vérité; il faut que j’aille voir.» Et le voilà lui aussi parti comme les autres.
20, +D’autruy+.--«Les miracles ont toujours besoin qu’on les aide à se faire.» RENAN.
32, +Hyperbole+.--Figure de rhétorique qui consiste à exagérer les choses, soit en les augmentant, soit en les diminuant, pour leur donner plus de force.
37, +Nombre+.--DIDEROT cite textuellement ce passage depuis: «I’ai veu la naissance de plusieurs miracles...» (p. 528, l. 38), et ajoute: «Je donnerais la meilleure de mes pages pour celle-là.»
37, +Resouldre+.--De se prononcer d’une manière ferme et résolue contre...=532=, 9, +Apprehension+.--De son imagination.
16, +Giste+.--Il en a été, il en est et il en sera toujours ainsi; et il n’est pas un de ces prétendus miracles avérés, qui ne puisse s’expliquer par l’autosuggestion et qui ne soit contestable. Il serait cependant si simple, s’ils avaient une source surnaturelle qui voulût se manifester de la sorte, de se révéler dans des conditions telles que personne ne pourrait la contester, par exemple un œil arraché, un membre amputé, au su et au vu de tout le monde, dont les blessures seraient complètement cicatrisées et instantanément renaîtraient comme si l’accident ne s’était pas produit!--Tous les miracles qu’on relève, sans exception aucune, même les résurrections qui peuvent s’expliquer par des cas de mort apparente, rentrent dans la première catégorie; pas un dans la seconde.
=534=, fait Iris la messagère des dieux, et en particulier de Junon qui, en récompense de ses services, la métamorphosa en arc-en-ciel. Elle était fille du centaure Thaumas, d’où le surnom de Thaumantias qui lui est quelquefois donné. Thaumas signifiant en grec «admiration», Cicéron dit que c’est en raison de sa beauté, parce qu’elle est admirable, qu’on l’a faite née de Thaumas, c’est-à-dire de l’admiration qu’elle inspire; version dont use ici Montaigne.--On dit couramment: «L’admiration est la fille de l’ignorance et la mère des merveilles»; c’est l’idée qu’il a voulu exprimer, elle est plus compréhensible ainsi que de la façon dont il l’a rendue: «Iris est fille de Thaumantis», même avec ce qui y fait suite.
=536=, 1, +Coras+.--Détenu à la conciergerie de Toulouse, comme calviniste, y fut assassiné avec trois cents de ses coreligionnaires quelque temps après la S.-Barthélemy.
7, +Pendu+.--_Discours préliminaire de l’Apologie pour Hérodote_, par H. ESTIENNE, tom. I.--Un N{é} Armand du Thil avait trouvé moyen, grâce à sa ressemblance avec un N{é} Martin Guerre, de se faire recevoir comme son mari, par la femme de ce dernier qui était absent. Il tint sa place pendant trois ans, et en eut deux enfants, sans que ni elle, ni ses parents, ni ses amis découvrissent l’imposture; au bout de ce temps, le vrai mari survenant, le procès en question s’engagea devant le parlement de Toulouse (1560); du Thil fut condamné à être pendu, puis brûlé après sa mort.--Montaigne dit que cette affaire était si peu claire, qu’à son avis un acquittement s’imposait; telle a été à notre époque l’affaire Dreyfus, où la culpabilité possible n’a cependant jamais été péremptoirement établie, dont la condamnation a divisé profondément la nation et dont un parti s’est fait si longtemps une arme contre l’armée bien innocente de la légèreté criminelle de quelques-uns; les erreurs judiciaires, comme les inhumations prématurées, sont journalières: on les éviterait en s’abstenant aussi longtemps que la certitude n’est pas faite.
s’agissait d’une femme de Smyrne qui avait tué son mari et son fils, lesquels avaient assassiné un autre fils qu’elle avait eu d’un premier mariage; mû par cette considération qu’il ne pouvait ni acquitter une femme coupable d’un double assassinat, ni punir une mère infortunée qu’une juste douleur avait poussée à cette vengeance, l’Aréopage ajourna à cent ans le prononcé du jugement (=68=).
14, +Choses+.--Il s’agit probablement de la pythonisse d’Endor que Saül alla consulter. Étant en présence des Philistins, se sentant pris d’inquiétude, il consulta le Seigneur, par l’organe de ses intermédiaires ordinaires. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, Saül fit rechercher une de ces créatures qu’il avait proscrites, habiles dans l’art de lire l’avenir et d’évoquer les morts du tombeau. On lui en indiqua une à Endor. Il s’y rendit déguisé, et lui demanda d’évoquer Samuel, ce qu’elle fit avec la permission de Dieu, disent certains pères de l’Église avec lesquels se range ici Montaigne, et elle lui prédit qu’il serait battu et que son royaume passerait aux mains de David, ce que vérifièrent les événements (=1051=).
17, +Engin+.--Une autre intelligence que la nôtre.
26, +Creduntur+.--St Augustin a dit: «Le plus souvent il advient que ceux qui entendent méprisent, et que ceux qui n’entendent point sont touchés de plus de zèle et de dévouement.»
32, +Brauerie+.--En se servant de termes insultants et méprisants pour ceux à qui il parle.
=538=, que Montaigne fasse ici allusion aux discussions soulevées par la Réforme, la grosse question de l’époque.
15, +Authorisé+.--D’accord; mais comment reconnaître que cette approbation surnaturelle a bien été donnée à tel ou tel? Quelle preuve en peut-il donner à ceux qui taxent de fourberie et d’imposture cette prétention de sa part?
23, +Vents+.--Avec la même rapidité que le vent.
31, +Elider+.--Briser, rompre, anéantir; du latin _elidere_, d’où vient élision.
=540=, 3, +Marque+.--On prétendait que le diable imprimait sa griffe sur le corps des sorciers.
7, +Ellebore+.--Plante employée en médecine comme purgatif et qu’autrefois on croyait propre à guérir la folie.
8, +Ciguë+.--Plante ombellifère, dont une espèce, la grande ciguë, est très vénéneuse; le poison extrait de cette plante était, notamment à Athènes, l’un des moyens d’exécution employés pour la mise à mort des condamnés à la peine capitale.
16, +Nœud+.--Gordius, Phrygien (Asie Mineure), de simple laboureur étant devenu roi, avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium le char qui le portait quand on vint lui annoncer la royauté; le joug était lié au timon par un nœud si artistement fait, qu’on ne pouvait en apercevoir les bouts: on le nommait le «nœud gordien» et un oracle avait promis l’empire de l’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand, lors de son expédition, s’y essaya; après plusieurs tentatives infructueuses, il le trancha avec son épée et parvint ainsi à éluder, sinon à accomplir la prédiction.
18, +Vif+.--A cette époque, on brûlait encore les gens se disant sorciers, ou passant pour tels.--Nicolas Rémy, conseiller du duc de Lorraine et enquêteur sur le fait de sorcellerie, fit, dans l’espace de quinze ans, brûler plus de 900 prétendus sorciers, dont 800 sorcières, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans un livre en 1596, dédié au cardinal de Lorraine: «Ma justice est si bonne, y dit-il, que l’an dernier, il y en a eu 16 qui se sont tués, pour ne pas passer par mes mains.»--En 1602, dans le Jura, un autre juge, Boguet, se targuait de pareille extermination, pratiquée pendant seize ans: il avait l’humanité de faire étrangler ses victimes avant qu’on ne les jetât au feu, sauf toutefois les loups garous «qu’il faut avoir bien soin de brûler vifs»; après avoir d’abord épargné les enfants au-dessous de quatorze ans, il en était venu à croire que pour avoir raison de cette lèpre, il fallait brûler tout jusqu’aux berceaux.
20, +Sommier+.--De cheval de somme.
21, +L’estoit+.--Ces sortes de métamorphoses temporaires étaient provoquées, disait-on, au moyen d’un fromage dont certains hôteliers initiés avaient le secret, qui changeait ceux qui en mangeaient en bêtes de somme, dont les dits hôteliers se servaient pour leurs propres services, leur rendant ensuite leur forme primitive. S. Augustin, qui relate le fait (_De Civit. Dei_, XVIII, 18), déclare ne pas y croire et que ce sont là des effets de songes; il admet toutefois que dans des cas très rares, ces suggestions peuvent être inspirées par des démons et qu’alors les fardeaux qu’il vous semble que vous portez, ce sont les démons eux-mêmes qui les portent pour compléter l’illusion.
Mieux vaudrait se borner à expliquer simplement de semblables faits par les hallucinations dont on peut être jouet en dormant, que de faire intervenir le diable.
30, +Pleuuis+.--Garantis. Pleuvir est un vieux mot inusité, signifiant cautionner, promettre.
39, +Choix+.--Vous fournira les moyens de choisir.
=542=, 11, Οἰφεῖ.--Proverbe grec qui a son semblable en latin: _Claudus optime virum agit_ et que Montaigne traduit après l’avoir cité. C’est sans doute dans cette opinion que les anciens ont fait de Vulcain, qui était boiteux, l’époux de Vénus.
31, +Coches+.--L’ébranlement et l’agitation de leurs carrosses.--A un moment, on en a dit autant des machines à coudre; à ce compte où nous conduiront l’usage des chemins de fer et des automobiles et plus encore celui des bicyclettes! Ce que je puis cependant affirmer, c’est que des effets de ce genre se produisent parfois chez l’homme qui demeure de longues heures consécutives, douze à quinze, à cheval.
32, +Commencement+.--Au commencement de ce chapitre, =III=, 526, à la fin de la page.
39, +Mot+.--De l’adage cité plus haut sur les boiteux.
=544=, 10, +Erratique+.--Vagabond, instable, incertain. Du latin _erraticus_ qui signifie errant çà et là; on désigne aujourd’hui sous ce nom: roche, bloc erratique, des roches qui, par une cause quelconque, se trouvent transportées à grande distance de leur gisement naturel.
11, +Theramenez+.--Cothurne (soulier) de Théramène; sobriquet donné par les Romains aux gens ménageant deux partis contraires comme avait fait Théramène, l’un des trente tyrans d’Athènes, imposés par les Spartiates à cette ville après leur victoire d’Ægos Potamos (=404=), qui adhérait aux mesures d’oppression prises par ses collègues contre le peuple et qui, auprès de celui-ci, les désapprouvait, ressemblant, en agissant ainsi, aux chaussures de théâtre que chaussaient indifféremment, suivant le besoin de son rôle, tout acteur homme ou femme, et qui, confectionnées sur une même forme, se mettaient indifféremment à l’un ou l’autre pied. Cette attitude de Théramène tourna contre lui, ses collègues le condamnèrent à boire la ciguë 12, +Dragme+.--La drachme (monnaie) valait un peu moins d’un sou.
14, +Talent+.--Monnaie de convention valant près de 5.000 francs (4.840 fr.).
21, +Riuerso+.--Proverbe italien qui existe pareillement et textuellement en français.
23, +Hercules+.--Obligé par les destins d’obéir à Eurysthée, roi d’Argos, entreprit, par les ordres de ce prince, une foule de travaux périlleux, dont les principaux, énumérés ci-après, sont connus sous le nom des «Douze travaux d’Hercule»: Il étouffa le lion de Némée; tua l’hydre de Lerne; prit vivant le sanglier d’Érymanthe; atteignit à la course la biche aux pieds d’airain; tua à coups de flèche les oiseaux du lac Stymphale; dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; vainquit les Amazones; nettoya les écuries du roi Augias, en y faisant passer le fleuve Alphée; combattit et tua le géant Géryon, auquel il enleva ses troupeaux; enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; enfin, délivra Thésée des enfers. Parmi ses autres travaux; il délivra Hésione d’un monstre marin; vainquit et étouffa le géant Antée; sépara les montagnes de Calpé et d’Abyla qui auparavant étaient une seule montagne et qui formèrent ce qu’on a nommé depuis les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar); tua le centaure Nessus; délivra Prométhée enchaîné sur le Caucase, etc...24, +Iuger+.--CICÉRON, _Acad._, II, 34.
CHAPITRE XII.
=546=, +Physionomie+.--Montaigne ne traite le sujet qui sert de titre à ce chapitre que dans ses cinq ou six dernières pages.
17, +Maisons+.--L’ex. de Bord. porte _massons_; c’est la version qui a été adoptée dans la traduction; «maisons» est évidemment une erreur d’impression qui s’est glissée dans les éditions antérieures et répercutée d’édition en édition.
23, +Vent+.--«Le vent enfle les outres, l’opinion enfle les hommes.»
Cette sentence, de STOBÉE, se trouvait du nombre des inscriptions que portaient les solives de la bibliothèque de Montaigne.
24, +Balons+.--A cette époque l’aérostat, la simple montgolfière elle-même, n’étaient point inventés; il ne s’agit donc ici que de simples balles de cuir, remplies d’air, plus ou moins grosses, comme encore actuellement il en est employé, sous ce nom, soit comme jouet d’enfants, soit à certains jeux, tels que le foot-ball, si fort à la mode aujourd’hui.
26, +Ioinctement+.--Plus directement, plus spécialement.
28, +Sequi+.--«Régler ses actions, observer la loi du devoir, suivre la nature.» La morale de Montaigne peut se résumer dans cette citation de LUCAIN, parlant de Caton, dont l’auteur des Essais fait ici application à Socrate, le plus parfait de ses modèles, qu’il admire, mais n’imite que dans ce qui n’est pas contraire à la tranquillité de son existence et ne saurait y apporter de trouble dans l’avenir.
=548=, courir vite et raser la terre, comme font certains oiseaux.
14, +Suffisance+.--Add. de 88: _soit pour iuger, soit pour rapporter_.
caractère moral de la philosophie de Socrate.
=550=, 7, +Agricola+.--TACITE, _Agricola_, 4.--Sa mère avait nom Julia Procella; lui-même fut le beau-père de l’historien Tacite qui a écrit sa vie. Général habile, il soumit la Grande-Bretagne qu’il réduisit en province romaine, et, le premier, reconnut que c’était une île.
pour désigner toute chose entrant dans l’alimentation.--«_La sienna vianda era, pans et aygua tot dia_ (Sa nourriture de tous les jours était uniquement du pain et de l’eau),» est-il dit dans la Vie de St Honorat.--«En cette isle seule, naissent ces belles poires..., viande très salubre ès malades, comme ès sains.» RABELAIS, IV, 54.--Ne se dit plus aujourd’hui que de la chair des animaux.
22, +Pœnitence+.--Ceux appartenant aux ordres monastiques et plus particulièrement aux ordres mendiants.
=552=, 2, +Targue+.--Et est armé pour la lutte, ni plus ni moins qu’avant et absolument comme tout le monde l’est;--se targuer signifie proprement se couvrir d’une targe ou targue, espèce de bouclier.
11, +Incorporels+.--Sans corps, vides de sens, frivoles.
14, +Ceans+.--Ici dans mon livre.
20, +D’ahan+.--D’effort, de fatigue, de tourment.
21, +Perche+.--Se démener, ainsi que fait l’oiseau de proie qui, attaché à une perche, s’y débat continuellement.
32, +Informe+.--Nous forme, façonne notre âme.
35, +Reuerez+.--Les pères de l’Église, et plus particulièrement St AUGUSTIN, dans ses _Confessions_.
37, +Voirie+.--De la lie du peuple; voirie, c’est l’endroit d’une ville où on jette les immondices.
=554=, sciences, des armes contre les maux et les accidents de la vie?
20, +Picoreurs+.--Les partisans, les maraudeurs.
s’écriait de même Cicéron, en de semblables circonstances, s’élevant contre la perversité des hommes de son époque.
36, +Donne+.--Ces deux vers français semblent être de Montaigne; la traduction du vers de Virgile qui suit est de lui.
=556=, 6, +Estranger+.--Les mercenaires étrangers, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols, qu’appelaient indifféremment à leur aide les Catholiques et les Protestants. C’est ici la seule allusion que Montaigne fasse à l’intrusion de l’étranger dans nos affaires politiques; quelque las qu’il soit des guerres civiles, il ne parle jamais, soit dit à sa louange, de recourir pour y mettre fin à l’appui que l’on pourrait recevoir du dehors.
9, +Chef+.--Non à la discrétion du chef, mais chacun...23, +Prohibete+.--Virgile dit cela d’Octave, qui plus tard devint Auguste. Montaigne en fait vraisemblablement application ici à Henri de Navarre qui avait sauvé l’État par l’assistance qu’il avait prêtée à Henri III, dont, au moment où Montaigne écrivait, il était devenu le successeur naturel par la mort du duc d’Alençon, frère de ce dernier.
24, +Precepte+.--Il est de Cléarque, général lacédémonien, et rapporté par VALÈRE MAXIME, II, 7, ext. 2.
29, +Delicieuses+.--Fait rapporté par FRONTIN, _Stratagèmes_, IV, 3, 13, au sujet de l’armée de M. Scaurus en Illyrie, vers l’an =122=--Ce Scaurus, qui s’illustra par ses services militaires et qui obtint les honneurs du triomphe, devint prince du Sénat et, comme tel, eut, pendant un certain temps, la direction de toutes les affaires de Rome; mort en =97=.
32, +Rhodes+.--Les chevaliers de Rhodes qui, dans leur hiérarchie, comprenaient le titre de commandeur, avaient été particulièrement sur mer, pendant plusieurs siècles, la terreur des pirates musulmans. Du temps de Montaigne, on les appelait encore de ce nom, bien qu’après la prise de Rhodes par les Turcs (1522), ils fussent devenus chevaliers de Malte, cette île leur ayant été donnée comme refuge par Charles-Quint.
38, +Prefix+.--Déterminé, arrêté, fixe.
40, +Empale+.--Supplice en usage chez les Turcs, consistant à enfoncer dans le fondement du condamné un pieu ou pal, fixé verticalement, qui lui traverse les entrailles et le laisser ainsi jusqu’à ce que la mort s’ensuive, ce qui peut se faire attendre huit à dix heures; ce fut le supplice infligé en 1800 à l’assassin de Kléber.
=558=, 1, +Damas+.--Le fait se passait en 1516; Selim I, sultan ottoman, était d’une cruauté égale à son courage et à sa fermeté; il avait détrôné et fait périr son père et ordonné la mort de plusieurs de ses frères; c’est lui qui obtint du dernier calife abbasside, dont déjà les sultans ottomans avaient absorbé toute l’autorité, de lui résigner cette qualité de calife, qui lui donnait l’investiture religieuse et le mettait au-dessus de tous les princes musulmans.
5, +Mortelle+.--La guerre civile.--S. Thomas blâme la sédition; mais il approuve l’insurrection consistant à renverser un pouvoir injuste et tyrannique; alors, selon lui, elle est plus qu’un droit, elle est un devoir. Il se rencontre sur ce point avec un tout autre individu que lui, Robespierre, qui, lui aussi, a dit que lorsque la loi devient oppressive, l’insurrection devenait le plus sacré des devoirs.
9, +Citoyens+.--«Dans les séditions, les méchants seuls gouvernent.»
HOMÈRE.
15, +Consorce+.--De notre société, c.-à-d. de la société chrétienne.--Consorce est le mot latin _consortium_ qui a cette signification et auquel Montaigne a donné une désinence française.
27, +Colloqué+.--Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir conserver dans la traduction: _Desmembrant sa mere et donnant à ronger les pièces à ses antiens ennemis_.
14, +Gibelin+.--Guelphe et Gibelin, noms de deux partis politiques qui, pendant près de quatre siècles, divisèrent l’Allemagne, puis l’Italie. Ces dissensions eurent pour point de départ les prétentions, en 1158, à la couronne impériale de Conrad, seigneur de Wiblingen (d’où par corruption Gibelin), et de Welf (dont on a fait Guelfe), duc de Bavière; mais elles ne tardèrent pas à se modifier dans leur esprit, et, d’une façon générale, les Gibelins en tenaient pour la domination impériale et la hiérarchie féodale, les Guelfes pour la domination de l’Église et l’indépendance nationale. Ces querelles cessèrent par lassitude de part et d’autre et surtout par la diversion qu’occasionna l’invasion des Français en Italie, en 1495.
17, +Voisinage+.--Montaigne, qui lui-même était catholique, habitait en plein pays protestant; en outre, sa mère Antoinette de Louppes était protestante et deux de ses enfants, le sieur de Beauregard et Jeanne de Lestonna, avaient adopté la même religion.
19, +Desempare+.--Abandonne, quitte, transgresse.
20, +Recherché+.--Je ne m’écarte jamais des lois et qui eût fait =562=, 8, +Commettre+.--Confier le soin d’une vieillesse...10, +Pourpoint+.--Presque nu, avec mon seul pourpoint; ou encore, réduit à la dernière extrémité, ne sachant quel parti prendre.--«Mettre un homme en pourpoint», c’est à proprement parler le dépouiller complètement, le réduire à la besace, dit Nicot, ce qui ressort nettement de ce quatrain attribué à Charles IX, où il est question de François Ier: «Le roy François ne faillit point, Lorsqu’il prédit que ceulx de Guise Mettroient ses enfants en pourpoinct, Et tous ses subiects en chemise.»
=564=, 30, +Vie+.--Combien peu il en a coûté au repos et à la tranquillité de ma vie, quoique j’en aie vu s’écouler plus de la moitié, pendant que s’opérait la ruine de mon pays.
36, +Guignent+.--Qui nous visent, nous guettent, s’adressent à nous.
=566=, 3, +Qu’à+.--Mais seulement par comparaison.
5, +Office+.--La corruption des grands et des hommes dans les plus hautes situations.
22, +Mains+.--«_Cedo et manum tollo_, je cède et tends la main.»
CICÉRON, _fragm. Consolat. ap._ LACTANT., III, 28.
24, +Tastonner+.--Flatter, amadouer. On disait: tastonner doucement les chevaux de la main pour les adoucir, les calmer.
31, +Peste+.--La peste, au XVIe s., ravagea presque toute l’Europe.
A l’époque où Montaigne écrivait, en 1585, elle venait de sévir à Bordeaux et dans les régions environnantes, s’étendant jusque chez lui; dans la ville seule où elle régna six mois, de juin à décembre 1585, elle fit 16.000 victimes sur 42.000 habitants.
=568=, 1, +Plaisante+.--Singulière, étrange, surprenante. «Plaisante» est mis ici par antiphrase.
32, +Compromis+.--Eussent admis d’une commune entente cette nécessité.
=570=, 6, +Descouppent+.--Se répartissent, se partagent en différentes formes.
6, +Neorites+.--DIODORE DE SICILE, XVII, 105.
9, +Fosse+.--A cette époque, le service des inhumations n’était pas partout, surtout dans les campagnes, un service public; on enterrait fréquemment de ci, de là, dans les propriétés particulières, ce qui se pratiqua jusqu’au moment de la Révolution, à l’égard des Protestants qui n’étaient pas admis dans les cimetières catholiques là où il en existait et qui encore à l’heure actuelle y sont enterrés à part. C’est à cela qu’est dû ce grand nombre de terrains, de quelques mètres carrés de superficie, abandonnés aujourd’hui, qui existent dans certaines régions, notamment dans le Périgord, où il en subsiste encore entourés de leurs murs de clôture et que signalent des arbres funéraires.
15, +Suffoquant+.--Des soldats romains, dit TITE-LIVE, XXII, 51, furent, le lendemain de la bataille de Cannes, trouvés morts en cette situation; il est à croire que blessés grièvement et hors d’état de mettre fin autrement à leurs souffrances, ils en avaient agi ainsi de désespoir.
=572=, 10, +Filiere+.--En terme de fauconnerie, on appelle filière une cordelette d’une vingtaine de mètres de long, que l’on tenait attachée à l’un des pieds de l’oiseau pendant ses exercices de dressage.
16, +Frappe+.--«Le coup ne nous surexcite pas tant que le bruit.»
20, +Noel+.--Dès l’été, sous prétexte que vous en aurez besoin en hiver, la St-Jean étant en juin et Noël en décembre.
28, +Dure+.--SÉNÈQUE, qui appartenait à la secte des Stoïciens, dans 34, +Volontiers+.--Vraiment; ceci dit sans nul doute par ironie.
=574=, 10, +Chaille+.--Ne vous en mettez pas en peine.
14, +Incertam+.--Le texte de Properce porte: _At vos incertam_.
30, +Total+.--C’est à tort qu’on veut nous apprendre à mourir, et à changer la forme de notre vie, alors que nous touchons à sa fin.
34, +But+.--«Le but de nostre carriere c’est la mort», dit ailleurs (=I=, 112) Montaigne, en contradiction ici avec lui-même.
35, +Visée+.--Le but où elle vise.
=576=, 26, +Socrates+.--Socrate était fils d’un sculpteur, profession qu’il exerça d’abord, puis abandonna vers 30 ans pour s’adonner aux sciences, Criton, un riche Athénien, lui ayant assuré à cet effet des moyens d’existence.--Dès lors, Socrate se donna la mission de réformer ses concitoyens et sa vie fut un véritable apostolat qu’il exerça uniquement par la parole, conversant avec les uns et les autres, procédant généralement par des interrogations qui, de réponses en réponses, amenaient ses adversaires à de ridicules absurdités, et ses disciples à découvrir par eux-mêmes les vérités qu’il voulait leur inculquer. Il ne tenait pas d’école proprement dite; on le rencontrait partout où se portait la foule, dans les assemblées du peuple, les fêtes, les gymnases, et tout servait de prétexte à son enseignement dans lequel il s’appliquait à faire ressortir les vertus (la prudence, la tempérance, la force, la justice), l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; à combattre les sophistes qui prétendaient tout savoir, leur opposant que quant à lui tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien; à recommander la pratique du bien comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur, le respect des lois et leur observation comme un impérieux devoir.--Sa vie fut conforme à sa doctrine; il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus publiques et privées, se signala par son désintéressement, sa générosité, son égalité d’humeur. Ses mœurs furent toujours irréprochables, et rien dans les accusations que ses ennemis portèrent contre lui n’en laisse soupçonner la pureté. Jamais il ne se départit d’une simplicité vraiment stoïque; il menait une vie frugale, allait toujours nu-pieds et ne se couvrait pas plus en hiver qu’en été.--Exact à remplir tous ses devoirs de citoyen aussi bien en guerre qu’en paix, Socrate se distingua par son courage en diverses occasions. Il avait 36 ans, quand Potidée se révolta et, réduite par la famine, fut prise après un siège de deux ans (=434=); il s’y fit remarquer par ses actions d’éclat, et céda à Alcibiade, qu’il avait arraché des mains de l’ennemi, le prix de la vaillance que lui-même avait mérité. Pendant ce siège, il demeura un jour et une nuit dans la même attitude, comme en extase, ce qui lui arrivait quelquefois. A la bataille de Délium, que les Athéniens perdirent contre les Thébains (=424=), il soutint pied à pied la retraite avec Lachez, jusqu’à ce que Xénophon, harassé de fatigue, étant tombé de cheval, il le prit sur ses épaules et le porta en lieu sûr. Il prit également part, en =422=, à une expédition ayant pour objet de secourir Amphipolis, qui appartenait à Athènes et qu’assiégeait Brasidas, général de Lacédémone, qui y fut tué. De même en paix, notamment à l’occasion des affaires de Diomédon (V.
vie tout entière, Socrate mérita d’être proclamé le plus sage des hommes. Il se disait inspiré par un génie familier, qu’on a appelé «le Démon de Socrate», qui dirigeait sa conduite. Il ne semble pas que ce fût là une assertion ayant pour objet de donner plus de poids à ses conseils; ce devait être cette sensation intérieure qui chez l’homme à l’esprit juste et pénétrant, lui communique comme un pressentiment de ce qui doit arriver, avant même que son esprit ait pu saisir la justesse de cette inspiration.--La hardiesse et la continuité de ses censures indisposèrent à la longue ses concitoyens; dès l’an =424=, Aristophane, dans sa comédie des «Nuées», l’avait vivement attaqué.
Il finit par être accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas admettre les divinités et de chercher à introduire des divinités nouvelles; en réalité il était poursuivi surtout parce qu’il était opposé au pouvoir démocratique. Devant ses juges, il garda l’attitude la plus fière et fut condamné à boire la ciguë; et vit l’exécution de la sentence différée durant trente jours, par suite du départ pour Délos de la galère y transportant la députation sacrée que les Athéniens envoyaient chaque année et jusqu’au retour de laquelle aucune exécution capitale ne devait avoir lieu. Pendant cette longue agonie il conserva un calme, une lucidité d’esprit, une égalité d’humeur inaltérables, et, le moment venu, subit son sort avec un courage et une sérénité admirables.
Peu après, un revirement dans l’opinion se produisit: son principal accusateur fut condamné à mort et lapidé; les autres, condamnés à un bannissement perpétuel, se pendirent; un deuil universel fut ordonné et une statue lui fut érigée.--Socrate s’était marié à l’âge de cinquante ans; Xantippe, sa femme, passe pour avoir mis plus d’une fois, par son humeur acariâtre, sa patience à rude épreuve; on lui prête une seconde femme Mirto, mais l’accord n’existe pas sur ce point. Il semble avoir eu trois enfants, dont l’un, Lamproclès, pouvait avoir 17 à 18 ans quand il mourut, tandis que les deux autres, Sophroniscus et Menexanus, étaient encore en bas âge.--Parmi ses disciples et avec une foule d’autres, Socrate compte: Xénophon, Platon, Antisthène, Aristippe, Phédon, Euclide, Criton, pour ne nommer que ceux qui ont acquis le plus 27, +Vie+.--Tout le passage commençant par ces mots: «I’ay peur, Messieurs», et se terminant par ceux-ci: «craindre des Dieux», qui, dans la traduction, est mis entre guillemets, est extrait de l’_Apologie de Socrate_, dans PLATON, ch. 17, 26, 32, etc., traduite par fragments par CICÉRON dans les _Tusc._, I, 41.
=578=, 19, +Prytanée+.--Édifice où, à Athènes, les Prytanes (magistrats chargés des affaires politiques et judiciaires) tenaient leurs séances; on y emmagasinait, en outre, des approvisionnements de blé et autres grains, et là également prenaient leurs repas certains citoyens nourris aux frais du trésor public.
=580=, 3, +Dieux+.--L’éd. de 88 aj.: _Vous en ordonnerez doncq comme il vous plaira_, membre de phrase qui dans l’éd. de 95 se lit à la page précédente, lig. 10.
3, +Puerile+.--Témoignant de sentiments d’une naïveté enfantine.
27, +Eux-mesmes+.--Ces dernières phrases sont copiées du traité de PLUTARQUE, intitulé _De l’envie et de la haine_, 3.
8, +D’augmentation+.--Elle fait naître plus d’animaux de toutes espèces qu’elle n’en enlève.
10, +Dedit+.--La traduction de ce vers d’Ovide est donnée dans la ligne qui suit.
19, +Chantent+.--Il y a longtemps que le chant du cygne à l’approche de la mort, est regardé comme une fable.
36, +Iours+.--J’augmente tous les jours le nombre de mes citations, contre ce que, tout d’abord, je m’étais proposé de faire et le plan que je m’étais tracé en commençant mon livre.--On peut dire que les Essais ont paru en trois fois: dans la première édition (1580), les citations sont assez rares; elles sont plus nombreuses dans la seconde (1588); elles foisonnent dans la troisième (1595); Montaigne en a fait, ainsi qu’il le dit, l’amusement de son oisiveté pendant les quatre dernières années de sa vie.--«Il y a quelque modestie, qui sied bien, d’appuyer sa pensée de quelque autorité étrangère, ou de recourir à l’expression d’un autre en défiance de la sienne propre; mais c’est un usage qui peut dégénérer en abus, et c’est ce qui en est de cette farcissure d’exemples, comme l’appelle leur auteur, que l’on trouve dans les Essais.» CH. NODIER.
=584=, 7, +Liminaire+.--Qui se met en tête d’un livre; on a dit depuis épître préliminaire, et aujourd’hui préface.
12, +Exagite+.--Critique; une des acceptions du verbe latin _exagitare_. CICÉRON, _Orat._, 13, dit aussi en parlant des dialogues de Platon où Socrate prend à partie les Sophistes: «_Plato exagitator omnium rhetorum_ (Platon, ce critique de tous les rhéteurs).»
26, +Seruice+.--Et le détournent de son vrai sens, pour en faire une application nouvelle.
30, +Conte+.--Et les racontent, les avouent.
ceux qui desrobent les cheuaux, ie leur peins le crin et la queue et par fois ie les eborgne: si le premier maistre s’en seruoit à bestes d’amble, ie les mets au trot, et au bats s’ils seruoyent à la selle_.
31, +Naturalistes+.--Qui aimons, qui suivons la nature, qui sommes partisans des choses naturelles et vraies.
=586=, 5, +Perdre+.--L’auteur fait probablement allusion ici aux sentiments que la lecture de son livre avait inspirés pour lui à Mademoiselle de Gournay.
22, +Deslogeant+.--Projet qui n’a pas été réalisé.
35, +Predicament+.--Était de cette catégorie.
37, +Hommes+.--C.-à-d. et est une preuve très incertaine de la laideur de l’âme.
=588=, 2, +Pied+.--Add. de 88: _Il n’est pas à croire que cette dissonance aduienne sans quelque accident qui a interrompu le cours ordinaire_.
2, +Sienne+.--De sa laideur.
11, +Phryné+.--Une des courtisanes les plus célèbres de la Grèce ancienne; elle eut pour amant le sculpteur Praxitèle et lui servit de modèle pour ses statues de Vénus. Elle était si riche qu’elle offrit, dit-on, de rebâtir Thèbes à ses frais, mais à condition qu’on placerait sur les murs cette inscription: «Alexandre a détruit Thèbes, Phryné l’a rebâtie»; son offre fut refusée.--Accusée d’impiété et défendue par Hypéride, elle allait être condamnée quand, dit SEXTUS EMPIRICUS,