six autres; nouveau refus, à la suite duquel elle en jeta à nouveau trois au feu. Tarquin lui demanda alors ce qu’elle voulait de ceux qui lui restaient: «Autant que des neuf,» répondit-elle. Sa fermeté fit juger à Tarquin que ces livres devaient être d’une extrême importance et il en donna le prix exigé. C’étaient les livres sibyllins contenant l’avenir de Rome qu’était venue lui offrir la sibylle de Cumes. Ces livres furent déposés au Capitole qui venait d’être achevé; ils étaient consultés dans les grandes circonstances et brûlèrent en =62=, lors de l’incendie de cet édifice; on chercha aussitôt à les reconstituer, mais le peu d’authenticité d’un grand nombre des prédictions ainsi recueillies firent qu’ils tombèrent dans le discrédit.
20, +Experience+.--C’est le recueil des feuillets composant son journal de voyage en 1580-81; on s’aperçoit aisément en les parcourant qu’il ne les avait dictés ou écrits que pour lui-même.
=656=, 9, +Vertu+.--Ce sentiment est expressément combattu par PLUTARQUE, dans le traité _Des communes conceptions contre les Stoïques_, 10 et suivants.
35, +Cicero+.--Comme Cicéron tâche d’adoucir et d’amuser le mal de sa vieillesse (dans son livre _De Senectute_), j’essaie d’endormir...=660=, 1, +Espreignent+.--Expriment, tirent, font sortir.
20, +Corps+.--Sans que le corps souffre réellement.
40, +Heures+.--A cette époque, on dînait ordinairement à onze heures du matin et soupait à six heures du soir. V. N. =III=, 432: Partir.
=662=, 13.
6.
30, +Pays+.--La profession militaire est aujourd’hui ce qu’elle était du temps de Montaigne, ce qu’elle a été et ce qu’elle sera de tous temps, la plus belle et la plus noble de toutes, parce que son idéal est la gloire et l’intérêt de la patrie, sa vertu essentielle l’abnégation et qu’elle a pour base la discipline. Quoique exclue avec juste raison de la politique et, quoi qu’en disent ses ennemis, n’en faisant pas, quand le Gouvernement lui-même ne l’y incite pas, celle-ci n’en réagit pas moins sur elle, parce qu’elle émane de la Nation, qu’elle participe de sa vie et ressent le contre-coup des passions qui l’agitent. En ce moment où les théories les plus subversives ont accès dans les sphères gouvernementales et vont gagnant de jour en jour, l’armée, il faut en convenir, traverse une phase difficile; ses ennemis, et elle n’en manque pas: les intellectuels qui la jalousent, les gens de désordre auxquels elle fait obstacle, jusqu’aux pouvoirs publics qui tout en la cajolant, l’exaltant, l’ont en suspicion, s’efforcent à qui mieux mieux de l’affaiblir; seul le pays, sans arrière-pensée, lui demeure sincèrement attaché. Mais le mal fait son œuvre, l’antimilitarisme étale ses idées au grand jour et fait de la propagande, on y fomente les rivalités, favorise l’intrigue, ses institutions les plus tutélaires sont battues en brèche, ses garanties foulées aux pieds, on la dégrade en en usant pour des œuvres de police, on en abuse en la contraignant à subir sans riposter les injures et les coups de ceux contre lesquels on l’emploie, on laisse dire à un ancien ministre sorti de ses rangs, qui cinq ans durant a travaillé à sa désorganisation, qu’elle est en révolte permanente contre les idées du jour, si bien qu’on en est arrivé à ce que les caractères y sont diminués au point que ce système d’illégalité et d’arbitraire dicté par la haine des uns, la crainte et la faiblesse des autres, ne soulève que de bien faibles protestations émanant de ceux qui en sont directement atteints; quant à ses grands chefs, qui pourraient être frappés mais dont la voix serait entendue et dont le devoir serait de parler, à peu d’exceptions près, par peur de se compromettre, ils se taisent et se bornent à gémir.
=664=, 13, +Galleux+.--La gale était alors une affection très répandue, dont la cause était inconnue et dont on ne guérissait pas aisément.
Aujourd’hui elle se contracte beaucoup moins; on sait qu’elle est due à un animalcule qui s’introduit sous l’épiderme, y chemine et y pullule, et en vingt-quatre heures on s’en débarrasse.
21, +Pruantes+.--Sujettes à des démangeaisons; expression gasconne.
24, +L’aage+.--Var. de l’ex. de Bord.: _tantost de six ans, le cinquantieme_.
28, +Ieunesse+.--Il y a peu à dire de ma santé au temps de ma jeunesse qui n’a guère connu la douleur.--Indolence est employé ici conformément à son étymologie (_in_ privatif, et _dolor_, douleur); son sens aujourd’hui est tout autre.
=666=, 12, +Temperature+.--Modération (de son âme).
22, +Guttur+.--Le goitre est une tumeur spongieuse, susceptible de devenir très volumineuse, qui vient à la gorge; elle est très fréquente dans certaines vallées des Alpes.
=668=, certaines gens de marcher tout endormis, il n’en avait rien cru, jusqu’à ce qu’ayant eu à voyager à pied toute une nuit, il fut forcé de le croire, par l’expérience qu’il en fit lui-même.--Le fait est fréquent chez le soldat, dans les marches de nuit.
11, +Fauorinus+.--Ou plutôt ce qu’il condamne, ainsi qu’il résulte 30, +Faict+.--C.-à-d. ne pas faire bonne chère avec des mets dont les autres se délectent...=670=, 1, +Galeres+.--Ce parent devait être vraisemblablement officier du corps des galères du roi, lequel, en 1748, a été réuni à celui de la marine.
5, +Village+.--Au village de Papessus, agglomération de quelques maisons à environ 3 kil. N. du manoir paternel, suivant une tradition locale.
19, +Attacher+.--C’est probablement en mémoire de ce parrain inconnu qu’il reçut le prénom de Michel; c’était parfois l’usage de donner des gens de peu pour parrains à de jeunes nobles, afin de leur enseigner à ne pas rougir plus tard de leurs inférieurs. Un arrière-petit-fils de Montaigne, Charles-François de Lur-Saluces, fut, comme son bisaïeul, tenu sur les fonts baptismaux par des pauvres; il en a été de même un siècle plus tard de Montaigne en Guyenne, comme de Buffon en Bourgogne, qui eurent pour parrains des mendiants de la paroisse, dont les prénoms leur furent donnés, «afin que toute leur vie ils se rappelassent que les pauvres sont frères». BONNEFON.
25, +Chelonis+.--Léonidas II, son père, roi de Sparte concurremment avec Agis III, était poursuivi et contraint de quitter Sparte et remplacé sur le trône par son gendre Cléombrote parce qu’il s’opposait aux réformes entreprises par Agis pour mettre fin aux abus qui s’y étaient introduits et la ramener à l’austérité de Lycurgue (=243=); au bout d’un certain temps, les partisans de Léonidas reprirent le dessus (=239=), Agis fut mis à mort et Cléombrote mari de Chélonis détrôné dut à son tour prendre le chemin de l’exil.--Le récit des faits de cette généreuse princesse est à lire dans PLUTARQUE, _Agis_ et _Cléomènes_, 5.
=672=, =674=, 12, +Naturelles+.--C.-à-d. à l’âge auquel je suis arrivé, ma mort est juste et naturelle; et je ne puis désormais ni demander ni espérer de la destinée une prolongation de vie, qui serait une faveur contraire aux règles et au cours ordinaire de la nature.
d’HORACE, tant prônée avant lui, dans l’antiquité par Cléobule, un des sept sages de la Grèce, comme une des plus sûres conditions d’une vie heureuse. DIOGÈNE LAERCE, I, 93.
«Si le bonheur nous est permis, Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône; La «médiocrité» le donne.»
C’est également Cléobule qui recommandait de la mesure en tout: «Faites, disait-il encore, du bien à vos amis pour vous les attacher davantage, et à vos ennemis pour vous en faire des amis.»
28, +Heure+.--C.-à-d. le déclin de nos facultés anticipe sur le moment où la mort doit arriver, et augmente à mesure que nous avançons vers l’heure fatale.
=676=, remettait du reste, le cas échéant, aux médecins: «Ils pensent, dit-il (liv. II, ch. XXXVII, =III=, 64), m’ordonner le blanc ou le clairet.»
25, +Liqueur+.--Vénus et Bacchus.
26, +Propre+.--C.-à-d. ou parce que je n’avais pour manger avec moi, aucune personne dont la société me convînt.
=678=, 7, +Ieusne+.--Par _loix de jeusne_, il faut, ce nous semble, entendre ici les régimes de toutes sortes que les médecins nous conseillent dans le cas de telles ou telles affections et qui tous aboutissent à des interdictions qu’ils nous imposent. D’autres ont pensé qu’il s’agissait simplement du jeûne que l’Église prescrit à ses fidèles et en concluent que son observation, d’après ce qui suit, aurait été chez Montaigne beaucoup plus une question hygiénique qu’une mortification; c’est bien, en effet, l’idée qui, à l’origine, le fit prescrire par la religion; et il faut reconnaître qu’aujourd’hui avec tous les tempéraments qu’elle y a apportés pour suivre nos estomacs devenus plus exigeants en raison de la vie plus intensive que nous menons, d’une débilité qui va croissant par suite de la sophistication de toutes denrées alimentaires et de la place de plus en plus grande qu’un accroissement dans le bien-être général a fait occuper à la viande dans notre alimentation, le jeûne n’est plus guère, dans l’Église catholique, qu’une marque d’obéissance qu’elle demande à ses adhérents.
=680=, porte Démétrius; Montaigne a mis Démocritus, probablement parce qu’il a relevé le fait dans Erasme qui a commis la même erreur.
7, +Demysetiers+.--Le demi-setier, mesure de capacité ancienne, représentait environ un quart de litre. Ce n’était pas, comme son nom semble l’indiquer, la moitié du setier; celui-ci valait près de huit litres. Trois demi-setiers faisaient donc trois quarts de litre, c’est à peu près la contenance de la bouteille de Bordeaux.
13, +Sommelerie+.--Pièce où dans une maison sont en dépôt les provisions de consommation immédiate, et où se font les opérations qu’elles comportent.
15, +Vin+.--_D’eau_, aj. l’éd. de 88.--D’autres attribuent cet usage à Amphictyon, successeur de Cranaüs. ATHÉNÉE, II, 2.
35, +Soulagé+.--C’est la raison qui fait que, de nos jours, soit pour écrire, soit pour l’impression, on emploie fréquemment des papiers très légèrement teintés, de couleur crème plutôt que blancs.
qu’il l’indique ici même, dans l’éd. de 88.
=682=, 5, +Coïement+.--Tranquillement. L’adjectif coi, au masculin, est encore en usage dans le style familier: «Il est resté coi.»
18, +Rassis+.--Add. de 88: _et pour la gesticulation, ne me trouue guiere sans baguette à la main, soit à cheual ou à pied_.
36, +Platon+.--Dans le dialogue intitulé _Protagoras_.
=684=, 1, +Conuiue+.--S.-ent.: pour qu’un repas ait lieu dans les meilleures conditions. AULU-GELLE, XIII, II.
13, +Manie+.--Qui vais toujours terre à terre.
35, +Critolaüs+.--Ce philosophe estimait que si dans l’un des plateaux d’une balance on mettait les biens de l’âme, dans l’autre les biens du corps et, en général, tous les biens matériels, les premiers l’emporteraient, même si on ajoutait aux autres la terre et les mers.
CICÉRON, _Tusc._, V, 17.--Montaigne en fait ici application à un usage fort différent.
=686=, 12, +Bacchus+.--Add. de 88: _Ces humeurs vanteuses se peuuent forger quelque contentement, car que ne peut sur nous la fantasie? mais sagesse, elles n’en tiennent tache. Ie hay_...13, +Cercle+.--La quadrature du cercle, ou transformation d’un cercle en un carré de surface équivalente, est un problème insoluble.
=688=, 2, +Vescu+.--C’est le mot de La Fayette à quelqu’un lui demandant ce qu’il avait fait pendant la Terreur, durant laquelle, membre de la Convention, il s’était effacé de son mieux et avait réussi à passer 4, +Si+.--S.-ent.: Mais, me direz-vous encore, si...14, +Adminicules+.--C.-à-d. n’en sont que d’infimes accessoires et superfétations. Appendicules et adminicules sont deux mots latins que l’on rencontre, avec le sens ici indiqué, dans Cicéron et autres, et que Montaigne a francisés.
16, +Deliure+.--Libre, dégagé de tout autre soin.
19, +Breueter+.--Annoter, prendre des notes.
26, +Certes+.--Que ce soit en plaisantant ou sérieusement qu’on dise...26, +Theologal+.--Jadis, ecclésiastiques et moines passaient pour faire bonne chère, et, la malice populaire tenant comme vin de choix celui qu’ils buvaient, qualifiait de vin théologal celui qui sortait de l’ordinaire. L’épithète de sorbonique ne fait que renforcer cette même idée. La Sorbonne, simple établissement d’éducation ecclésiastique dans le principe, était à cette époque, et depuis près de trois siècles, devenue une faculté de théologie, dont les doctrines faisaient loi en matière de foi.
31, +Condiment+.--Assaisonnement. Le mot est encore dans la langue et vient du latin _condimentum_, qui a le même sens; on le trouve ainsi employé dans CICÉRON: «Socrate disait que la faim est l’assaisonnement (_condimentum_) de tous mets, et la soif celui de toute boisson, quels qu’ils soient.»
35, +Bacchus+.--Add. de l’ex. de Bord.: _Illis est indulgendum, non seruiendum_ (il faut le leur pardonner, et ne pas leur en faire un grief).
=690=, 5, +Luy+.--Épaminondas pouvait d’autant mieux être porté à en agir ainsi que CORNÉLIUS NÉPOS, _Épaminondas_, 2, le représente comme ayant si bien appris à chanter, à danser et à sonner (du latin _sonare_, jouer des instruments; on dit encore «sonner du cor»), qu’aucun Thébain ne lui était supérieur dans ces différents exercices. V. N. =III=, 18: Epaminondas.
5, +L’ayeul+.--Il y a là confusion entre Scipion, le premier Africain, le vainqueur de Zama, et son petit-fils adoptif Scipion Émilien, le second Africain, qui prit Carthage; sur ce point, l’éd.
de 88 présente la var. suivante: _du ieune Scipion (tout compté, le premier homme des Romains)_, au lieu de: «de Scipion...celeste». Le premier a vaincu Annibal et ce qui a trait à la Sicile se rapporte à lui; mais la liaison avec Lælius et la collaboration à des comédies s’appliquent nettement au second. Toutefois, il est à observer que tous deux se sont illustrés au même degré, ont été victimes de l’envie, ont fini dans un exil plus ou moins volontaire; qu’il y a eu deux Lælius, comme il y a eu deux Scipion, qui respectivement les ont suivis chacun sur le théâtre de leur gloire et leur sont restés fidèles dans l’adversité; qu’enfin si Térence fut le familier de Scipion Émilien, Ennius avait été celui de son aïeul.
8, +Baguenaudant+.--Musant, jouant.--Baguenauder semble venir de baguenaudier, nom d’un arbuste de nos contrées dont le fruit est enveloppé d’une membrane enflée comme une vessie que les enfants s’amusent à faire claquer. Ce nom, mais dérivant du verbe, est aussi celui d’un jeu de bagues, sorte de jeu de patience assez répandu.
9, +Coquilles+.--CICÉRON, _De Orat._, II, 6, qui le dit du premier Scipion, mais non du second.
10, +Cornichon va deuant+.--On a beaucoup ergoté sur ce que ce jeu pouvait être. Les uns estimèrent que c’était faire des ricochets sur la mer avec les galets de la plage; d’autres, aller à qui ira le plus vite, tout en ramassant, chemin faisant, quelque chose à terre; ce serait encore le jeu de boules où on en lance tout d’abord une plus petite pour servir de but; ou enfin le jeu d’enfants que nous connaissons sous le nom de sabot et que l’on appelle aussi corniche.
10, +Lælius+.--«Quand ils pouvaient s’échapper de Rome, Lælius avait coutume d’accompagner Scipion à la campagne et là, comme des captifs ayant rompu leurs chaînes, tous deux redevenaient enfants...; souvent ils ramassaient des coquillages et des galets sur les rivages de Gaète et de Laurente, et, libres de toute préoccupation, s’amusaient aux jeux les plus puérils.» CICÉRON.--«Quand, loin du monde et des bruyantes scènes, la vertu de Scipion et la douce sagesse de Lælius s’étaient réfugiées à la campagne, tous deux, dénouant leur ceinture, jouaient avec Lucile et s’amusaient avec lui comme des enfants, en attendant que les légumes du souper fussent cuits.» HORACE.--«Scipion, dit SÉNÈQUE, pratiquait aussi la danse à la mode des héros anciens, qui s’y adonnaient de telle sorte qu’ils pouvaient être vus sans que cela portât atteinte à leur considération.»
12, +Comedies+.--Ces comédies sont celles de Térence auxquelles Scipion Émilien et Lælius eurent beaucoup de part, au dire de SUÉTONE dans la _Vie_ de ce poète, de quoi Montaigne était si fort persuadé qu’il dit (liv. I, 39, =I=, 432): «et me feroit on desplaisir de me desloger de cette creance».
13, +Hommes+.--Add. de 88: _Ie suis extremement despit dequoy le plus beau couple de vies qui fut dans Plutarque, de ces deux grands hommes_ (Épaminondas et Scipion premier Africain), _se rencontre des premiers à estre perdu_.
16, +Rome+.--Allusion à l’hostilité intransigeante que durant sa vie entière Caton l’Ancien et autres (V. les discours de Q. Fabius, TITE-LIVE, XXIX, 19) témoignèrent au premier Scipion. Montaigne commet encore ici une méprise; ce même historien ne dit pas que Scipion, en Sicile, visitait des écoles et écoutait des philosophes, mais qu’il allait se promener au Gymnasium, lieu destiné aux exercices physiques, auxquels parfois il prenait part.
32, +Abstinence+.--Cette beauté, c’est Alcibiade au début de leur connaissance, d’après le propre dire de celui-ci; il y avait entre eux une différence d’âge d’une vingtaine d’années.
boire _all-aufs_ (_all_ signifiant tout, complètement, et _aufs_, au mieux); d’où on a fait _allus_, puis _à lut_, voulant dire: «Continuer à boire durant tout le repas, sans cesser de faire raison à tous ceux qui vous provoquent»; c.-à-d. vider chaque fois son verre jusqu’à la dernière goutte, aussi souvent qu’on vous le remplit.
=692=, 1, +Grace+.--Socrate ne rougissait pas de jouer avec les enfants, 4, +Perfection+.--Tout ce que dit ici Montaigne, concernant Socrate, est tiré presque mot pour mot du _Banquet_ de PLATON, II, 16, dialogue dans lequel ce philosophe introduit Alcibiade qui fait de son maître l’éloge le plus beau et le plus délicat; c’est le chef-d’œuvre de Platon, et dans ce discours d’Alcibiade, il y a un art et un goût infinis. NAIGEON.
7, +Ply+.--C.-à-d. des exemples faibles et défectueux, à peine bons à suivre sous un rapport.
Mme DESHOULIÈRES.
Nicomaque_, X, 2, Aristote réfute cette théorie d’Eudoxe sur le plaisir en quoi il faisait consister le souverain bien, et dit positivement que lui-même se distinguait par une tempérance extraordinaire.--Eudoxe, qui fut l’ami de Platon, était du reste un philosophe d’éminente sagesse; astronome renommé de son temps, il avait apprécié l’année solaire à 365 jours un quart, ce qui fut adopté plus tard, sous César, par Sosigène pour l’établissement du calendrier Julien; géomètre, on lui doit une théorie des lignes courbes; il était aussi médecin.
=694=, 4, +Volupté+.--Des attraits excessifs et enchanteurs de la volupté.--Blandices vient du mot latin _blanditiæ_ (caresses, flatteries, attraits) que Montaigne a francisé en en changeant la terminaison.
10, +Elle+.--Elles se subordonnent à elle, c’est là la vertu.
23, +Compose+.--Je me prépare...25, +Moleste+.--Fâcheuse, du latin _molestus_, qui a même sens. Comme adjectif, ce mot n’est pas d’usage; au contraire le verbe molester, qui a même étymologie, est d’emploi courant.
34, +Pleine+.--MONCRIF a rendu ainsi, en vers, cette même idée: «Plus inconstant que l’onde et le nuage, Le temps s’enfuit; pourquoi le regretter?
Malgré la pente volage Qui l’oblige à nous quitter, Goûtons mille douceurs; Et si la vie est un passage, Sur ce passage au moins semons les fleurs.»
=696=, 1, +Condignes+.--Absolument mérités. Du latin _condignus_, même sens que _dignus_ mais plus affirmatif encore.
6, +Moy+.--Je délibère avec moi-même, je raisonne de mon plaisir; je ne glisse pas dessus, j’approfondis.
9, +Sens+.--Je ne permets pas à mes sens de s’en emparer exclusivement.
47, +Dire+.--Qu’elle puisse ne pas éprouver...=698=, légende, recevait des Nymphes une nourriture particulière qu’il conservait dans un pied de bœuf; il ne la prenait que par parcelles et on ne le vit jamais manger. On a dit aussi qu’il avait dormi cinquante ans dans une caverne; ce prétendu sommeil aurait été une absence de quelque durée durant laquelle, errant de côté et d’autre, il était occupé à recueillir des simples.
24, +Suyuans+.--Je voudrais que les sectateurs d’une telle philosophie n’eussent non plus de droit...30, +Fantastique+.--Il n’est pas visionnaire à ce point.
=700=, 6, +Tousiours+.--Cet ancien paraît être SIMONIDE qui dit que «les dieux composent toujours avec la nécessité». De son côté, PITTACUS a dit aussi: «Les dieux eux-mêmes ne vont pas à l’encontre de la nécessité.» Et EURIPIDE: «Le mortel qui cède à la nécessité est sage et connaît bien les dieux.»
14, +Diuina+.--Cette proposition de S. AUGUSTIN, _De Civ. Dei_, XIV, 5, vise, pour les condamner, les hérésies des Manichéens (=IIIe= s.), qui attribuaient la création à deux principes, l’un essentiellement bon, l’autre essentiellement mauvais, et tenaient le corps et la chair comme procédant de ce dernier.
19, +Peregrin+.--Et comme elle a plus de poids en une langue étrangère, nous insisterons sur ce point, en usant du latin.
29, +Capirotade+.--On dit aujourd’hui capilotade; au propre, ragoût composé de viande rôtie coupée en morceaux et assaisonnée d’ingrédients divers.
30, +Archimedes+.--Archimède était au bain quand il découvrit ce principe de physique qui porte son nom: «Tout corps plongé dans un fluide, perd une partie de son poids égale au volume de ce fluide qu’il déplace»; dans sa joie, il en sortit précipitamment et se mit à courir tout nu dans les rues de Syracuse, criant: Εὕρεκα, εὕρεκα! j’ai trouvé, j’ai trouvé! observation qui le mit à même de déterminer la quantité d’alliage introduite en fraude dans une couronne qu’Hiéron avait commandée en or pur. Ses distractions, en une autre circonstance, lui furent plus fatales: les Romains qui assiégeaient Syracuse dont son génie inventif contribuait à prolonger la résistance qui durait déjà depuis trois ans, ayant enfin pénétré par surprise dans la ville, Archimède, tout occupé de la solution d’un problème, ne s’en aperçut pas, et tardant à répondre à un soldat qui lui enjoignait de le suivre, celui-ci le tua, bien que l’ordre eût été donné de l’épargner (=212=).
32, +Diuertissent+.--Et de pensées qui nous détournent de notre salut.
=702=, 2, +S’attendre+.--Dédaignent de prêter leur attention...(du latin _attendere_); ou _de s’appliquer_, comme porte l’éd. de 1635 de Mlle de Gournay.
4, +Priuilege+.--Add. de l’éd. de 88: _Nos estudes sont tous mondains; et entre les mondains, les plus naturels sont les plus iustes._ de 88.
23, +Hammon+.--QUINTE-CURCE, VI, 9.--Jupiter Ammon avait au milieu des sables de la Libye, près de l’oasis de Syouah, à 500 kil. du Caire, un temple dont les oracles étaient réputés. Alexandre le Grand le visita en =332=, après la conquête de l’Égypte; pour l’atteindre il marcha quatre jours en plein désert; à son arrivée, les prêtres le saluèrent fils de Jupiter et lui assurèrent qu’il serait invincible jusqu’au moment où il viendrait prendre sa place parmi les dieux; et, à une question de ceux qui l’accompagnaient, l’oracle répondit qu’il serait agréable à Jupiter qu’ils rendissent les honneurs divins à leur roi. Peut-être est-ce à cela, et aussi à ce qu’il avait pu remarquer du culte grandiose dont les Égyptiens, plus que pas un autre peuple, entouraient les restes de leurs rois, qu’Alexandre voulut reposer dans le temple d’Ammon. Ptolémée Philadelphe, en conséquence de ses dernières volontés, fit transporter son corps à Memphis, d’où Ptolémée Soter le transféra à Alexandrie où il fut placé dans un cercueil d’or.
Ce cercueil ayant été volé, fut remplacé par un cercueil de verre; c’est là que le virent Jules César, puis Auguste qui lui mit une couronne d’or sur la tête et le couvrit de fleurs. L’empereur Septime Sevère défendit qu’on le montrât, et depuis on ne sait ce qu’il est devenu; S. Jean Chrysostome, à la fin du IVe siècle, en parle comme ignoré de tout le monde, autrement dit comme n’existant plus.
rendait en Asie, pour y continuer la guerre contre Mithridate. Pompée, qui n’avait alors que vingt-neuf ans, avait déjà reçu le surnom de Grand que lui avait décerné Sylla; il avait guerroyé en Italie, dans les Gaules, en Sicile, en Espagne contre Sertorius, contre les pirates, toujours avec un égal succès, et entre temps avait obtenu le consulat.
=704=, 6, +Extrauagance+.--Cette phrase clôt et résume la morale de Montaigne; morale qui n’est pas sans doute assez parfaite pour des chrétiens, mais qu’il serait à souhaiter voir servir de guide à tous ceux qui n’ont pas le bonheur de l’être. Elle formera toujours un bon citoyen et un honnête homme. Elle n’est pas fondée sur l’abnégation, mais elle a pour premier principe la bienveillance envers les autres, sans distinction de pays, de mœurs, de croyances religieuses. Elle nous instruit à aimer le gouvernement sous lequel nous vivons, à respecter les lois auxquelles nous sommes soumis, sans mépriser le gouvernement et les lois des autres nations, nous avertissant de ne pas croire que nous ayons seuls le dépôt de la justice et de la vérité. Elle n’est pas héroïque, mais elle n’a rien de faible; souvent même elle agrandit, elle transporte notre âme par la peinture des fortes vertus de l’antiquité, par le mépris des choses mortelles et l’enthousiasme des grandes vérités; mais bientôt, elle nous ramène à la simplicité de la vie commune, nous y fixe par un nouvel attrait et semble ne nous avoir élevés si haut dans ses théories sublimes, que pour nous réduire avec plus d’avantage à la facile pratique des devoirs habituels et des vertus ordinaires. VILLEMAIN.
7, +Tendrement+.--_Plus doucement, plus délicatement_, comme porte l’édition de 1588.
10, +Latoe+.--Apollon, fils de Latone.
11, +Mente+.--JUVÉNAL résume de même ce que l’homme vraiment sage demande au ciel: La santé de l’âme unie à celle du corps. _Orandum est ut sit mens sana in corpore sano._ n’être pas frappé de l’espèce de contradiction que présentent la fin tant soit peu épicurienne (dans le bon sens du mot) des Essais et la mort si dévotieuse de leur auteur (V. _supra_, fasc. A, p. XI).--On peut dire que le souhait emprunté à Horace par lequel Montaigne termine son livre, est le dernier soupir du lettré; c’est le reflet mourant de l’enthousiasme de l’antiquité, c’est la fin de la vie écrite. Dans la vie vécue, au contraire, le Montaigne de l’apologie de Sebond reparaît, et, au point de vue religieux, il est peu de morts plus démonstratives que celle-là. Dr PAYEN.--Fidèle à ses principes, il finit comme Socrate «en se conformant aux façons et formes reçues autour de lui»; sa dernière pensée fut un dernier hommage à la religion de ses pères. Abbé JAY.--Et de fait, à tous points de vue, on peut dans l’ensemble lui faire application de ce vers de LA FONTAINE: «Rien ne trouble sa fin, c’est le soir d’un beau jour.»
[G] FASCICULE G GLOSSAIRE ET NOTE SUR LA LANGUE DE MONTAIGNE [G.723] NOTE SUR LA LANGUE DE MONTAIGNE Le XVIe siècle fut pour la langue française, comme pour toutes choses, une époque de transition, chacun écrivait un peu à sa fantaisie; Montaigne a fait de même.
+Style.+--Son style est bref, concis et mouvementé. Il écrit comme il parle, en quoi il fut un précurseur. Ce qui aussi lui est propre, c’est le choix des expressions, si souvent imaginées; ce sont les locutions et mots qu’il emploie, tirés de l’ancienne langue romane, des patois de l’époque ou forgés par lui, toujours si parfaitement adaptés à l’idée qu’il veut rendre; et aussi ses tournures de phrase, qui tiennent beaucoup du latin, langue dans laquelle il avait été élevé. Mais si, à l’instar des meilleurs écrivains de l’antiquité, l’idée principale est toujours chez lui exactement suivie et nettement exprimée, quand des additions ultérieures ne sont pas encore intervenues, il ne pratique pas les longues périodes comme les maîtres de cette époque et leurs imitateurs; ses arguments sont présentés avec simplicité, ses déductions sont aisées, la phrase est courte et n’est pas surchargée de propositions incidentes.
Montaigne observe généralement, dans le détail, les règles grammaticales assez flottantes de son temps, tout en s’en écartant fréquemment au caprice de sa plume. Les principales particularités qui à cet égard, et sans rien avoir d’absolu, se présentent tant du fait de leur auteur que des errements qui alors avaient cours, et indépendamment des fautes d’impression, sont les suivantes: +Syntaxe.+--Les inversions sont fréquentes: _Ainsi faisoient aucuns chirurgiens...les operations de leur art_;--_Bon est-il tousiours de les ouïr_;--_Mais ceci sçais-ie par experience_.
Les pléonasmes également; surtout par le fait d’idées, de membres de phrase jointifs, ayant une signification identique, mais parfois aussi par la répétition de mots (noms ou adjectifs) ayant même sens; ces derniers sont notablement en moins grand nombre dans l’¬éd.
de 95 que dans celles qui l’ont précédée: _Ie cherche à conniller et à me desrober de ce passage_;--_S’il arriuoit que mes humeurs pleussent et accordassent à quelque honneste homme_;--_Estranges et Des noms, aujourd’hui masculins, sont féminins, et réciproquement: _Vn art_.
Des infinitifs sont employés comme substantifs: _le bien dire_.
Des verbes sont mis au singulier, alors qu’ils ont plusieurs sujets, quand ces sujets sont au singulier: _La touche d’vn bon mariage et sa vraie preuue regarde le temps_.
Certains verbes intransitifs aujourd’hui sont employés transitivement et inversement: _Ressembler son pere_;--_L’vn plainct la compagnie de sa femme_.
D’autres, alors réfléchis, n’ont plus cette forme et réciproquement: Les compléments indirects sont souvent unis au verbe par des prépositions autres que celles que nous emploierions: _Se fier de quelque chose_;--_Ne craindre point à mourir_;--_Si en l’aage que ie l’ai connu_.
Association de compléments construits différemment: _plongé en l’oisiueté et aux delices_;--_Labienus ne peut souffrir cette perte ny de suruiure à_.
Adjectifs employés adverbialement: _mieux sçauant_.
L’article souvent supprimé: _Autant que fortune leur dure_;--_Comme bestes furieuses_.
De même la préposition _de_: _Rien trop_.
_Faire_ employé pour éviter la répétition d’un verbe précédent: _Ie n’en cognoissois pas seulement le nom, ny ne fais encore le corps_.
_Aller_ employé comme auxiliaire, auquel cas le verbe qui suit est au participe présent: _Ceux qui nous vont instruisant_.
_Ils_, _vous_, remplaçant le pronom indéfini _on_: _Ils disent à ceux auec qui vous estes_.
l’aduenture les estime lon_.
_Aucun_, _nul_, ayant le sens affirmatif chaque fois qu’une négation ne les accompagne pas: _Aucuns me conuient d’escrire_;--_Exemple aussi remarquable que nul des precedents_.
Dans l’emploi de _ne...pas_, l’un de ces deux mots est souvent omis: _Affin que ie ne parle de luy_;--_Est-ce pas faire vne muraille sans pierre_.
_Ainsin_ mis pour _ainsi_ devant un mot commençant par une voyelle: _ainsin il aduint_;--en pareil cas on trouve également _ains_: _ains instruire_.
L’affixe privatif _in_ ou _im_ est employé avec nombre de mots qui ne le comportent plus aujourd’hui: _ineloquent_; _impremeditement_ (sans préméditation).
+Orthographe.+--La différence d’orthographe entre l’édition de 1588 et celle de l’¬ex. de Bordeaux d’une part, et l’orthographe de l’édition de 1595 de l’autre, est très sensible, surtout dans les additions de cette dernière qui se rapproche beaucoup plus de l’orthographe actuelle; elle se ressent très manifestement de la surveillance exercée par Mlle de Gournay sur l’impression de cette édition. Néanmoins, dans celle-ci, comme dans les précédentes, les fautes indéniables d’impression sont fort nombreuses; dans cette catégorie, nous rangeons entre autres les mots qui dans une même page