nous les Eire fèntir, que nous confîdérons comme Chap. nos biens dcschofès, au defïus defquelles nous fom- XVIL mes infiniment élevez i qui ne 4)eu vent au plus agir l'expli- que fur nos corps, & produire quelques mouvemens T'^"'^^^.. dans leurs fibres, mais qui ne peuvent jamais agir fiir dernier nos âmes, ni nous faire kntir du plaifir ou. de la dou- Livre, en leur. quel fcns Certainement, fi ceii'eft pas notre ame qui agit les objets fur elle-même, à l'oGcafion derequifepalTedansle ^g^^"^ c®rps; iln'y a que Dieu feul qui ait ce pouvoir: Etfi cQ^pg. ce n'eil: point elle qui fè caufe du plaifir ou de la dou- ij leur félon la divernte' des e'branlemens'.des fibres de Ion Q^'Hf^'y corps, commeily a toutes les apparences jpuifqu'el- ^^^ lefent du plaifir fans qu'elle y coniènte, je ne coiuiois j^-^^ • point d'autre main afîez pui.lante pour les lui faire fen- r-f. ^^^^^ tir, que celle de l'Anteur de la nature. ^^'^^^ ^ En effet il n'y a que Dieu qui fbit nôtre véritable ^^^ ^^^^^ bien. II n'y a que lui qui puifle nous combler de tous j^^Qjyjçf^ les plaifirs dont nous Ibmmes capables. Ce n'eft que fç.^çyi^^ dans (à connoifrance& dansfon amour qu'il a réibiu „^ ^'f^. de nous les faire fèntir: Et ceux qu'il a attachez aux y^^fy.Qjf^ mouvemens qui ièpafi[ent dans nôtre corps, afin que f^iy^Tpr,^ nous eufîîons foin de fa confervation, font tres-petits, ^^y j^^ tre's-foibles & detre's-peu de dure'e, quoique dans Te'* pi^î^y, tat où le pe'ché nous a re'duits, nous en fbyons comme efdaves. Mais ceux qu'il fera fèntîr à fès Elus dans le Cid, feront infiniment plus grands, puifqu'il nous a iàitspourleconnoitie& pour l'aimer. Car enfin l'or- dre demandant que l'on rellente de plus grands plai- firs, lorfqu'on pofîede de plus grands biens j puilque Dieu eft infiniment au defius de toutes cho fes, le plai- :fir de ceu x qui le pofïe'der ont, furpaffera cei cainemen t IIL tous les plaiiirs. VOrï- Ce que nous venons de dire de la caufè de nos erreurs gi'^^ des à l'égard du bien, fait afiéz connoîtrt la faufTeté des erreurs opinions qu'avoient les Stoïciens, & ks EpicuL'iens des EpU touchant le fouverain bien. Les Epicuriens le met curiens toient dans le plaifir j & parce qu'on le fèntaufli bien CT des dans le Yice, que dans U vertu > 6c mêmes plus ordi- Stokiens jiaireiri DE LA RECHERCHE Chap* nairement dans le premier, que dans l'autre, on a XVII' crû. communément, qu'ils fe iaifîoien't aller à toutes fortes de voluptez.
Or la première caufe de leur erreur efi:, que jugeant fàudèment qu'il y avoit quelque chofe d'agreabJe dans les objets de leurs fens > ou qu'ils e'toient les ve'rita- bîes caules des plaifirs qu'ils fèntoient j étant outre ce- la convaincus par le fèntiment intérieur qu'ils avoient d'eux mêmes, que le plaifîr étoit un bien pour eux, au moin' pour le tems qu'ils en jouïfToient j ils le hiC- foient aller à toutes les paillons, derquelles ils n'ap- prchendoient point de (oufFrir quelque incommodi- té dans la fuite. Au lieu qu'ils dévoient coiifidérer, que le plaifîr que l'on fent dans les choies fenfîbles, ne peur être dans ces choies comme dans leurs ve'ritables caulèsni d'une autre manière; & parconféquent, que les biens fenlibles ne peuvent être des biens à l'égard de nôtre am.e: & le refte que nous avons expliqué.
Les Stoïciens periùadez au contraire, que les plar- firs fenfîbles n'étoient que dans le corps & pour le corps, & que l'ame dcvoit avoir (on bien particulier, mettoient le bon-heur dans la vertu. Or voici la fbur- cc de leurs erreurs.
C'eft qu'ils croyoient, que le plaifir & la douleur fenfîbles n'étoient point dans l'ame, mais feulement dans le corps: & ce faux jugement leur fcrvoit enfuite de principe pour d'autres faufles condufîons: comme que la douleur n'efl point un mal, ni le plaifîr un bien j que les plai'.-rs des fèns ne font point bons en eux-mê- mes; qu'ils font communs aux hommes & aux bê- tes, &c. Cependant il eft facile de voir, que quoi- que les Epicuriens, 8c les Stoïciens ayent eu tort en bien des chofès, ils ont eu rai(on en quelques-unes». Car le bon heur des bien- heureux ne confiite que dans une vertu accomplie, c'ef]:-à-dire dans, la connoifî'an - ce & l'amour de Dieu; & dans un plaifir très-doux, qui les accompagne fans cciÏQ.
Retenons donc bien, que les objets extérieurs ne ■ ren^ment liea d'agréable m de fâcheux: qu'ils ne DE LA VERITF. Livre L 115 font point les cauiès de nos plaifîrs: que nous n'avons Chap, point de fùjet de les craindre ni de les aimer: mais qu'il XYH, n'y a que Dieu qu'il faille craindre, & qu'il faille ai- mer, comme il n'y a que lui qui (bit allez puiiîant pour nous punir &. pour nous re'eompenlèr, pour nous faire ^ntir du plaifîr & de la douleur: enfin que ce n'eft qu'en Dieu, & que de Dieu, que nous de- vons efperer ks plaifîrs, pour lefquels nous avons une inclination n forte, fi naturelle, & fi jufte.
Chap. CHAPITRE XVIIL XYIIL I. Que nosjens nous portent à l* erreur en des chofes mê- me qui ne font point fenfihles. IL Exemple tiré de la, converfation des hommes. III, Qt^ilne faut points^ ar- rêter aux manier es fenjihle s.
NOus avons fuffi{àmment explique' les erreurs de nos fèns à l'égard de leurs objets, comme de la lumie're, des couleurs, & des autres qualitez iènfîbles. Il faut voir maintenant comme ils nous fe'- duilènt touchant les objets même qui ne font point de leur refibrt, en nous empêchant de les confidérer avec attention, & en nous inclinant à en juger fur leur j^ rapport. C'eft ce qui méiite bien d'être expliqué. q^„ ' L'attention & l'application de l'e/prit aux idées ^^' ' chires&diftindes que nous ayons des objets, ^^^^ portent a pas poilible de voir la beauté de quelque ouvrage iaiis Aj.^a_ ouvrir les yeux, & iàns le regarder fixement j ainfi fp^pauine l'elprit ne peut pas voir évidemment la plùparj: des /-^J^/^^/^^ choies avec les rapports qu'elles ont \ts unes aux f^ySLles autres, s'il ne les conlidére avec attention. Or il ^ ■' eft certain, que rien ne nous détourne davantage de l'attention aux idées claires & diilindes que nos propres lèns; &: par conféquent rien ne nous éloi- 114 DE LA RECHERCHE ' j Chai, éloigne davantage de la vérité, & ne nous jette {î-tôt jlCYIII. tîiins l'erreur. ■ Pour bien, concevoir cette vérité, il eft abfolument - néce/Taire de fçavoir, que les trois manières dont l'a- j ine apperçoit, fçavoir par les (êns, par l'imagination, | &parre{prit, ne la touchent pas toutes égalementi % & que par conféquent elle n'apporte pas une pareille '| attention à tout ce qu'elle apperçoit par leur moyenj | car elle s'applique beaucoup à ce qui la touche beau- i coup, & elle en: attentive à ce qui la touche peu. I Or ce qu'elle apperçoit par les fenSjla touche & l'ap- i plique extrêmement; ce qu'elle connoît par l'imagi- \ nation la touche beaucoup moins,- mais ce que l'en- i tendement lui repréfente, je veux dire, ce qu'elle ap- j perçoit par elle-même ou indépendemment des fèns i & de l'imagination, ne la réveille preique pas. Per- ' fbnne ne peut douter que la plus petite douleur des i fcns ne fbit plus préfente à l'efprit, & ne le rende plus attentif, que la méditation d'une choIè de beaucoup 1 plus grande conféquencCk i Larailbn de ceci eft, que les fèns repréfèntent les; objets comme préfèns, & que l'imagination ne les i repréfente que comme abfens. Or l'ordre demande 1 que de plufieurs biens, ou de plufieurs maux propofez, àl'ame, ceux qui font préfèns la touchent ôcTappli- i quent davantage que les autres qui font abfens, parce; qu'il eft nécefïàire que l'ame fe détermine prompte- < m ent fur ce qu'elle doit faire en cette rencontre. Ainfi" J elle s'applique beaucoup plus à une fîmple piqueure, i qu'à des ipéculations fore relevées; & les plaifirs & ' les maux de ce monde font même plus d'imprefTion jj fjc elle, que les douleurs terribles, & les plaifirs in- finis de l'éternité, i Les fèns appliquent donc extrêmement l'ame à ce i qu'ils lui représentent. Or comme elle eft limitée, & ■ qu'elle ne peut nettement concevoir beaucoup de cko. ■ fes à la fois; elle ne peut appercevoir nettement ce l que l'entendement lui repréfente, dans le même ] tcirf' que les fèns lui offrent quelque chofe à confidé- \ rer. i rer. i DE LA VERITE'. Livre L 115 rer. Elle laifTe donc les idées claires ^diftiiiAcs de Ghap. l'encendemcnt, propres cependant à découvrir lavé- XYIH. rite des chofes en elles-mêmes -, & elle s'applique uni- quement aux idées confufès des fens, qui la touchent beaucoup, & qui ne lui repréfentcnt point les chofes /don ce qu'elles font en elles-mêmes, mais feulement félon le rapport qu' elles ont avec fon corps.
Si une perfonne, par exemple, veut expliquer quel- ^^' r que vérité, il eft néccfïaire qu'il le ferve de la parole, ^^^^^f^ & qu'il exprime fes mouvemens & fes fentimens inté- ^'^^ «^ '^ rieurs par des mouvemens & des manières fenfibles. corrver- Or i'ame ne peut dans le même-tems appercevoir di- T^^^^" ««"^ flindementplufieurschofes.Ainfiayant toujours une hommes. grande attention à ce qui lui vient par les fens, elle ne eonudcre prefque point les raifons qu'elle entend dire. Mais elle s'applique beaucoup au plaifirfenfible qu'el- le a delà mefure des périodes, des rapports des ge- ftes avec les paroles, de l'agrément du vifage, enfin de l'air, & de la manière de celui qui parle. Cepen- . dant après qu'elle a écouté, elle veut juger, tfeft la coutume. Ainfi les jugemens doivent être difterens, ^lèlonladiverfitédesimpreflîons qu'elle aura receuës par les fens.
par les fens.
Si par exemple, celui qui parle s'énonce avec facili- té j s'iigarde une mefure agréable dans fes périodes; s'ilal'air d'un honnête homme & d'un homme d'ef- prit j & fi c'eft une peribnne de quaUté,• s'il eft fuivi d'un grand train j s'il parle avec authorité & avec gra^ vite; fi les autres l'écoutent avec relped &en filencc; s'il a quelque commerce avec les elprits du premier ordre; enfin s'il eft alTez heureux pour plaire, ou pour être eftimé, il aura raifon dans tout ce ^u'il avan- cera; & il n'y aura pas jufqu'à foncolet &c a fes man- chettes, qui ne prouvent quelque chofè.
Mais s 'il eft afîez mal-heureux pour avoir des qua-- litez contraires à celles-ci, il aura beau démontrer, il - ne prouvera jamais rien; qu'il dife les plus belles cho- fes du monde, on ne les appercevra jamais. L'atten» tion des auditeurs n'étant qu'à ce qui touche les fens, ic 11^ ^ DE LA RECHERCHE Ghap, le dégoût qu'ils auront de voir un homme fi malcom- XYIII» pofe', les occupera tout entiers, & empêchera l'ap- plication qu'ils devroient avoir à /es penfees, Cccokt I fàle & chifonne' fera meprifèr celui qui le porte, & tout j ce qui peut venir de lui; & cette manière de parler de 1 Philosophe & de rêveur, fera traitter de rêveries &! d'extravagances ces hautes & fublimes véritcz » dont; le commun du monde n'eft pas capable, i Voilà quels font les jugemens des hommes» Leurs J yeux & leurs oreilles jugent de la vérité' & non pas la i raifbn, dans les chofes même qui ne dépendent que i delaraifbn j parce que les hommes ne s'appHquent \ qu'aux manières iènfîbles & agréables, & qu'ils n'ap- ^ portent prefque jamais une attention forte ôc ferieufe,? pour découvrir la vérité. | IIL Qu 'y a-t-il cependant de plus in jufte que de juger des | Çuilne chofes par la manière, & de mépriièr la vérité, par-.| J^ïit ce qu'elle n'eft pas revêtue d'ornemens qui nous plai-; ^omt^ iènt, & qui flattent nos fens? Il devroit être honteux i s'arrêter à des Philofbphes, & à des perfonnes qui (è piquent,j aux ma- d'eljnit, de rechercher avec plus de foin ces matières i r^^V/ agréables, que la vérité même, & de fe repaître plù^ Jenjibles tôt l 'eiprit de la vanité des paroles, que de la fblidité i ^,^1 des choies. C'eft- au commun des hommes, c'eft aux J gréahks âmes de chair & de fàng,à le lailîer gagner par des pé-; iiodes bien mefurées, & par des ^gures &: des mou-; vemens qui réveillent les pallions. \ Inverjîsqu^ fiib verbîslatiîantia cernunt. '■': I Vèraquc confiituunt, qux belle tangerepopmt Mais les perfonnes {âges tâchent de fe défendre ] contre la force maligne, & les charmes puilTans^ de CCS manières feniibles. Les fens leur impofènt auffi bisn qu'aux autres hommes, puilqu'en elFec^ iisibnt hommes, mais ils méprilènt les rapports^ ^;fils leur font. Ils imitent ce fameux exem-: pie DE LA VERITE'. Livre L 117 pie des luges de l'Aréopage, qui deiFcndoieiit ri- Cha?. goureuièment à leurs Avocats de fe fervir de ces XYUIt paroles & de ces figures trompeufcs, & qui ne les écoutoient que dans les ténèbres^ de peur que les agré- mens de leurs paroles & de leurs geftes ne leur perfiia- dafïènt quelque cholè contre la vérité & la juftice, •& afin qu'ils pCifTent davantage s'appliquer à confiderer la fbîidité de leurs raifons» CHAPITRE XIX, C^^^- Deux autres exemples. I. Le premier ^ de nos erreurs touchant la nature des corps. II. Le fécond, de celles qui regardent les qualités de ces mêmes corps.
ON vient de faire voir qu'il y a un fort grand nombre d'erreurs, qui ont pour première cau- fè cette forte application de l'ame à ce qui lui vient par les fèns, & cctt-e nonchalance, oûelleeit, pour les chofes que l'entendement lui reprefènte. On vient d'en donner un exemple de fort grande conféquence pour la Morale tiré de laconverfation Aes hommes, en voici encore d'autres tirez du commerce que Ton a aveclerefte de la nature, leiquels il eft abfblument nécelTaire de remarquer pour la Phynque» Unt àts principales erreurs, ou l'on tombé en ma- J. tiéredePhyiique, c'eft que l'on s'imagine, qu'il y a 'Erreurs beaucoup plus de fubfrance dans les corps, qui (è font touchant beaucoup fentir, que dans les autres qu'on ne lent la nature prefquepas. La plupart des hommes croyent, qu'il y des corps a bien plus de matière daiiS l'or & dans le plomb, que dans l'air & dans 1 eau j Se les ènfans même, qui n'ont point rembarqué par les iens les effets de l'air, s'ima ginent ordinairement que cen'eltrien de réel.
L'or & le plomb font fort pefans, fort durs & fort fènfblesj l'eau & l'air au contraire ne fè font prefque pas fèntir. De là les hommes concluent, que les pre- miers ont bien plus de réalité que les autres. Ils jugent àt ii8 DE LA RECHERCHE \ Chap. *^^^^ vérité des chofes par l'imprefTion fènjfïble qui; XlX*. ^'^^^ crompe toujours, & ils négligent les idées clai- \ xes & dilHndes de l'elprit, qui ne nous trompent ja-: maisj pdicequelelènlible nous touche & nous appIiJ!
que, &. que l'intelligible nous endort. Ces faux juge- I mens regardent la fubOiance des corps, en Yoici d'au- ] très iur les qualitez des mêmes corps. ] 'II. Les hommes j ugent prelque toujours que les objets;; Erreurs <\^* excitent en eux des lèulàtions plus agréables, font touchant les plus parfaits & les £Îus purs j fans ff avoir feulement \ leurs en quoi concilie la perfedion & la pureté de la matié- \ qualité^ ^^> & mêmes fans s'en mettre en peine.; ^ leur Ils difênt, par exemple, que de la fange eft împu- \ ^^erfe- re, & que de l'ea^ très- claire eft fort pure. Mais les i 6iiott, chameaux qui ain; ent l'eau bourbeufè, & ces animaux \ qui fèplaifent dans la fange, ne feroient pas de leur \ ientiment. Ceibnt des bêtes, il eft vrai» Mais les per- i fonnes qui ai ment les entrailles de la becafîè & les ex- 1 crémens de la fouine, ne àifènt pas que c'eft de l'im- ^ pureté, quoi qu'ils le difènt de ce qui fort de tous les i autres animaux. Enfin le mufc & l'ambre fbntefti- \ mez généralement de tous les hommes, quoi que l'ott; tienne que cène font que des excrémens. \ Certainement on nejuge de la perfedion de la ma- i tiére & de fà pureté que par rapport à fes propres fènsî ^ Se de là il arrive, que les fèns étant difFérens dans tous ' les hommes, comme on l'a fiiffifàm ment expliqué, ils doi vent ^ugertrés-diverfèment de la perfedion & ] de la pureté & la matière. Ainr les livres qu'ils coni- ] pofenttous les jours fiir les perfections imaginaires, ' qu'ils attribuentàcertains corps, fbntnéccfîàirement \ :ge & bizarre j puitque les raifbnnemens qu'ils con- I tiennent ne font appuyez que iur les idées faufïèSïCon» ] Il ne faut pas que des Philofophes difent, que la i matière eft pure ou impure, s'ils ne fçaventce qu'ils = entendent précifément par ces mots de pur & d'imp! I,- car il ne faut pas parler fans fçayoir ce que l'on \ DE LA VERITF. Livre ï. n^ ditî c*eft-à-dire, fans avoir des idées diftiiKfles, qui CHAp. lepo ident aux termes donc on fè /èrt. Or s'ils avoient XIX. fixe des idées claires & diftindes, à l'un & à l'autre de ces mots, ils verroicnt que ce qu'ils appellent pur feroit fouvent très impur, & que ce qui leur paroît impur, (è trouveroit fouvent trés-pur.
S'ils vouloient, par exemple, que cette matière là fû: la plus pure & la plus parfaite, dont les parties ièroient les plus déliées & les plus faciles à fc mou* voir, l'or, l'argent & les pierres précieufès fèroient des corps extrêmement imparfaits; & l'air & le fea fèroient au contraire très - parfrdts. Quand de la chair vien droit àfe corrompre & à (èntir mauvais, ce feroit alors qu'elle commenceroit à fè perfectionner j & une charongne puante feroit un corps bien plus par - fait que de la chair ordinaire.
Que fi au contraire ils vouloient, que les corps les plus parfaits fufïènt ceux, dont les p*ircics fèroient les plus grofîes, les plus foli des & les plus difficiles à remiier-, de la terre feroit plus parfaite que de l'or j & l'air & le feu fèroient les corps les plus imparfaits.
Que fi l'on ne veut pas attacher aux termes de pur & de parfait les idées diftiuâiçs, dont je viens de parler, il cft permis d'en fubllitue'r d'autres en leur place: mais (^ l'on prétend ne définir ces mots que par des notions fènfibles, on confondra éternellenienc toutes chofès, puis qu'on ne fixera jamais la lignifica- tion des termes qui les expriment. Tous les hommes, comme l'on a déjà prouvé ont des fènfàtions bien dif» férentcs des mêmes objets: Donc on ne doic pas défi- nir ces objets par les fcnfations qu'on en a, fi l'on ne veut parler fans s'entendre, Se mettre la confuûon par tout» Mais au fonds, jenevoispasqu'ily ait de la Ma- tière, fùt'Ce celle dont les cieux font compofèz, qui contienne en foi plus de perfection que les autres. Toute matière ne fèmble capable que de ngures & de mouvemens, & il lui eft égal d'avoir des f gures ôc des mouvemens réguliers, ou d'en avoir d'irréguliers.
La Il© DE LA RECHERCHE Cha/« Laraifbnnenous dit pas, que le Soleil foit plus par- XIX. ^^^^' i^ip^i^s lumineux ^ue la boue j nique ces beau- tez de nos Romans & de nos Poètes, ayent aucun avantage iiir les cadarres les plus corrompus, Ce font Ros (èûs faux 6c trompeurs qui nous le difent. On a beau (è re'crier: toutes les railleries & les exclamations paroîtront firoides & badines à ceux qui examineront attentivement les raifbns qu'on a apportées.
Ceux qui (çavent feulement fèntir, croyent que le Soleil eft plein de lumière: mais ceux qui Içavent fcn- tir & railonner, ne le croyent pas; pourvu qu'ils fça- chent auffi bienrailbnner, qu'ils fçavent fentir. On eft tre's-perfiiadé, que ceux mêmes qui deTerent le plus au témoignage de leurs fèns, entreroient dans le îèn- timent ou l'on eft, s'ils avoient bien médité les cho- fès que l'on a dites. Mais ils aiment trop les illufions de leurs fèns j ilyatroplong-tems qu'ils obéïfTent à leurs pr^ugez i &leurames'eiî; trop oubliée, pour reconnoître que c'eft à elle même qu'appartiennent toutes les perfedions qu'elle s 'miagine voir dans les corps.
Ce n'eft pas auffi à ces fortes de gens que l'on parle; on fè met peu en peine de leur approbation & de lair eflinie: ils ne veulent pas écouter, ils ne peuvent donc pas juger. Il fuiîit qu'on défende la vérité, & qu'on ait l'approbation de ceux qui travaillent ferieu- fement à fè délivrer des erreurs de leurs fèns, & à ufèr bien des lumières de leur efprit. On leur demande feulement, qu'ils méditent ces penfè'es avec le plus d'attention qu'ils pourront j & qu'ils jugent. Qu^'ils hs condemnenc, ou qu'ils les approuvent. On les fbûmet à leur JL.gement j parce que par leur médita - lion ils oiv/; acquis fur elles droit de vie & de mort, qui lie peut leur être contcfté fans injuitice.
CHAPI- DE LA VERITE'. Litre î. m CHAPITREXX. g^^ç; Conclupon de ce premier livre. I. que nos fêns ne nous * /ont (lome:^ que pour nôtrecorps. 11. Qu^il faut douter de ce qu'ils nous rapportent. IIL Çuece n'eji pas peu que de douter comme il faut.
r > "y Ous avons ce me fèmblèafTez découvert léser- ^ * N rems péne'rales où nos {ens nous portent, fbit *>- ^ ^ a l'égard des choies qui ne peuvent être apperceuës ■> ^ que pâi|' l'entendement 5 & je ne croi pas qu'en fui- y^^ J'^" vant lelir rapport nous tombions dans aucune erreur, '^^^^^ dont on ne puiilè reconnoitre la caufè par les choies ^'^^ ^ ^ que nous venons de dire, pourvu qu'on les vciiilie un * ^^^j^^' Nous avons encore vu, que nos lèns fonttre's fî- ^° ^^ deles Se très exacts, pour nous inftruire des rapports, ^^T^" que tous les corps qui nous environnent ont avec le nôtre; mais qu'ils Ibnt incapables de nous apprendre ce que ces corps font en eux-iViêmes: que pour en fai- re bou ulage, il ne faut s'en lèrvir que pour conlèrver là faute' & là vie -, & qu'on ne les peut allez me'prilèr, quand ils veulent s'élever jufqu'à fe Ibùmettreref- prit. C'eft la principale cholè que je Ibuhaitte, que l'on retienne bien de tout ce premier Livre. Que l'on conçoive bien, que nos kns ne nous font donnez, que pour la conlèrvation de nôrre corps; qu'on Ct fortifie » dans cette pentée,- & que pour iè délivrer dé l'igno- rance où l'on efi:, on cherche d'autres lècours, que IL ceu X qu 'ils nous fourniiTent. Qu^H Que s'il le trouve quelques perlbnnes, comme uns faw doU' doute il n'y en aura que trop, qui ne Ibient point per- ter du luadées de ces dernières propof'tions par les choies rapport qu'on a dires jufques ici, on leur demande encore quils bien moins. Il fufiit qu'ils entrent feulement en quel- y^ous font que défiance de leurs lèns: & s'ils ne peuvent pasrc des cho-- jettcr entièrement leurs rapports comme faux Se fes.
F tromïii DE tA RECHERCHE Chap. trompeurs, oa leur demande feulement, qu'ils dou- % X. '^^"t fe'ricufèmcnt que ces rapports foient entièrement Trais.
Et véritablement il me (cmble qu'on en a afTez dit, pour jetter au moins quelque fcrupuie dans l'eiprit des perfbnnes raifbnnables > & par conféquent pour les exciter à (èfervir de leur liberté', autrement qu'ils il 'ont fait jufqu'à prefènt. Car s'ils peuvent entrer dans quelque doute, que les rapports de leurs fèns foient vrais, ils auront aufîi plus de facilite' à retenir leur con - lentement, & à s'empêcher ainfi de tomber dans les erreurs où ils font tombez jufqu'ici, principalement, s'ils fèfbuvicnnent de la règle qui eft au commence- ment de ce traité? Qu'on ne doit jamais donner un con- fentement entier, qu,*à des chofes qui paroijjênt entière- ment évidentes; C^ aufquelles on ne^euts'abjienir de cory- fentir, fans reconnaître avec une entière certitude, que l'on fer oit mauvais ufage de fa liberté > fi Von ne s'y ren- dait pas ^ m. Au refle, qu'on ne s'imagine pas avoir peu avancé, Çue ce fî on a feulement appris à douter. Sçavoir douter par nejl pas efprit & par raifon, n'elî: pas n peu de chofe qu'on le peu que penfe. Car il faut le due ici, il y a bien de la différence de fca- entre douter & douter. On doute par emportement voirdou- & par brutalité j par aveuglement & par malice j & ter ccm- ^^'i"" p^r fantaiîîe, & parce que l'on veut douter. me il faut ^^^s on doute auffi par prudence & par défiance, par fàgefTe & par pénétration d'efprit. Les Académiciens, & les Athées doutent d-^ la première forte: les vrais Philofophes doutent de la féconde. Le premier doute elî; un doute de ténèbres, qui ne conduit point à lalu# miére, mais qui en éloigne toujours. Le iècond dou- te naifl de la lumière, & il aide en quelque façon à la produire à fbn tour.
Ceux qui ne doutent que de la première façon, ne comprennent pas ce que c'eft que douter avec efprit. Ils fe raillent de ce que.■i. Defcartes apprend à douter da^lapi'^ miére de fès Méditations Metaphyfiques, p^tce qu'iUeurfsiîible qu'il n'y a qu'à douter par fantailîe; DE LA VERITES Livre I. it\ taifie:& qu'il n'y a qu'à dire en général, que nôtre Chaf. nature eft infirme: que nôtre efpriteft plein d'aveu- XX, glement: qu'il iàutavoir un grand foin de fc défeirc de ces préjugez, & autres chofès fèmblablef. Ils pea- /ent que cela fùfîît pour ne plus fè laifler féduire a £ès fèiis, & pour ne plus fè tromper du tout. II ne fufic pas de dire que l'efprit eft foible j il faut lui faire fèntir lès foibiefTes. Ce n'efl pas afïcz de dire, qu'il eft fîi- jet à l'erreur 5 il faut lui découvrir, en quoi confîflent its erreurs. C'efl ce que nous croyons avoir commen- cé de faire dans ce premier Livre, en expliquant la na- ture & \qs erreurs de nos fèns: & nous allons pour/iii- vre nôtre même defïèin, en expliquant dans le fécond la nature & les erreurs de nôtre imaginatiooj BB LA DELA RECHERCHE DELA VERITE Chap, L LIVRE SECOND. DE V IMAGINATION PREMIERE PARTIE. CHAPITRE PREMIER.
I. làée générale de V imagination. II. Qu'elle renferme deuxfacultez j l'une aBive 1 C^ l'autre pajj'ive. III. Caujé générale des changemens qui arrivent a l'imagi^ nation des hommes, CT* le fondement de ce Second Livre, An s le Livre précédent nous avons traittédesfèns. Nous avons taché d'en expliquer knature,& de mar ^ quer precifement l'ulàge que l'on en doit faire. Nous avons décou- vert les principales & les plus géné- laks erreurs dans lefquelies ils nous jettent; & nous avons tàch'i de limiter de telle ibrte leur puifîànce, «5^fpDn doit beaucoup efpérer d'euX) & n'en rien crain- dre, fi Cil l«s retient toujours dans les bornes, que nous DÉ LA VERITE'. Livre IL 115 nous leur avons prefcritcs. Dans ce {ccond livre nous Chap. traitterons de l'imagination: l'ordre naturel nous y I...oblige 5 car il y a un u grand rapport entre les (èns, & l'imagination qu'on ne doit pas les feparer. On verra mêmes dans la fuj te, que ces deux puiiîances ne dilîé» rcnt entr'elles que du plus & du moins, Voici l'ordre que nous gardons dans ce Traitte'» Il cftdivilëen trois Parties. Dans la premie're nous ex- pliquons les causes phyfiques du de'réglement, & des erreurs de l'imagination. Dans la féconde nous fài- fons quelque application de ces caufès aux erreurs les plus ge'nérales de l'imagination; & nous parlons aufîî des caufès que l'on peut appeller miorales de ces er- reurs. Dans la troifieme nous parlons de la commu- nication contagicu(è des imaginations fortes.
Si la plûpatt des chofes que ce Traite' contient, ne font pas fi nouvelles 5 que celles que l'on a de'ja dites en expliquant les erreurs des fens, elles ne feront pas toutefois moins utiles. Les personnes e'clairées recon- noilîent alTez les erreurs & les caufcs même des erreurs dontjetraite; mais ily atrés-peudeperfonnes qui y fàirentafTezde réflexion. }e ne pretens pas inlhuire tout le monde, j'inftruis les ignorans, & j'avertis feulement les autres, ou plutôt je tâche ici de m'in- fh'uire, & de m 'avertir moi-même. ■^• Nous avons dit dans le premier Livre, que les or- ^(^^^ g^- ganes de nos fèns étoient compofèz de petits filets, qui nérale de d'un côte' fe terminent aux parties extérieures du /'^wd^Ç^- corps&àla peau, & de l'autre aboutififent vers le mi- nation, lieu du cerveau. Or cqs petits filets peuvent être re- muez en deux: manières, ou en commençant par les boucs qui fè terminent dans le cerveau, ou par ceux qui fe terminent au dehors. L'agitation de ces petits filets ne pouvant fè communiquer jufqu'au cerveau, quel'amen'apperçoive quelque chofè j fi l'agitation ^ P/tr commence par l'impreflîon que les objets font far la «« j^g^- furface extérieure des filets de nos nerfs, & qu'elle fè fnent na- communique jufqu'au cerveau, alors l'amefent &ju- tureldont ge^que ce qu'elle fent efl au dehors > c'eft- à-dire j'^i/ p^r- A j qu'elle latf BE LA RECHERCHE