SigPhi · Nicolas Malebranche

Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et sur la mort

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quod utriufque conferatur afpe^ lius. De Lihero Arbitrio, 1. 1.

ch. II.

On voit clairement par ce feul paflage, que félon faint Auguftin, les idées font bien diflfelentes des perceptions que nous Tome L î P R EFACE. en avons, bien diftèrentes de nos propres modalitez; Car les idées font immuables, & communes à tous les efprics. 2^. Que ces idées qui nous c- clairent ne fe peuvent trouver qu- en Dieu, dans la fouveraine & immuable vérité, D i c quia tu tibi lumen nm es^ dit-il ail- leurs, ut multum oculus es i lu^ men non es. Quid prodefi patent ^ fanus oculus, fi lumen défit î Ergo die à te tibi lumen non ejfie V ^ clama quod fcriptum eft: Tu il- luminabis lucernam nleam Do- mine: Lumine tuo illuminabis tenebras meas. Me^ autem ni^ hil nifi ténèbre: Tu autem lumen fuytns tenebras y illuminans me. JN^on à me mihi lumen exifiens^ fed lumen non participans n i s i I K T E. ( Remarquez ces paro- les, nifi in te, Il ne dit pas, nifi à te. ) Sic ^Joannesamicus fpon- fi ^ Chrifius putabatur^ lumen pu^ PREFACE, tahatur^ Non*erat ille lumen, V*^*«* fed ut teftimonium perhiberec de lumine. Quod autem irat lu- men / Erat lumen verum. Quid efi verum / Quod illuminât omnem hominem. Serm. 6^. félon l'ordre nouveau.

Si l'on étoic bien perfuadé de ce que dit faint Jean, que le y^erbe qui s* efi fait chair ^ efi la vie 3 la lumière commune des intel- ligences, ou que 0 Kéy>^, eft cette Raifon qui éclaire intérieure- ment tous les hommes, que de- viendroit le Socinianifme? Car rîen n'eft plus évident que tou- tes, les créatures font des êcres particuliers, & que la Raifon eft univerfelle & commune à tous les efprits. Vbique veritas fr^ft- des omnibus confulentibus te ^ fi- mulque rejpondei omnibus etiam di- ver fa confulentibus. Liquide tu rejpondes ^ fed' non liquidé omnes audiunt. Omnes unde volunt confu^ lunt y fed non fempçr quod volùnt audiunt. ConfeflT. Liv. lo. ch, iG.

*sju- Une faut pas s^imaeiner que 1. A^oL S. Augulbn loïc le premier qui AUx. in ait cru, que Jésus -Christ vedag, fgion fa divinité, ctoit nôtre lu- * voyex^y micre, nôtre Maître intérieur.

de s?a"u- Entre les Péres qui Pont précech^ ^vt ^^' il y en a plufîeurs * qui fe font cw. Wi déclarez pour ce fentiment 5 & h Vcbn je ne croi pas qu'il s'en trouve un acns"pé- feul qui l'ait combattu. Ils Tares, c'cft voient appris j^e fentiment, ou que pia- comme S. Augultin a\ avoue de tiré ce lui-mcme, dans les Livres des 3ansfcs* Platoniciçns eftimez alors, ou que nous çonvamcus par le huitième cna- cbîfeft' pitre des Proverbes deSalomon^ Teudik^ fur tout par l'Evangile de ''a'T' ^* J^^^ ' ^^^ ^^^ pofîtivement c 2 que le Verbe de Dieu, la Sagefle éternelle, la Raifon étoit la vie ^ la lumière des hommes, cem PREFACE. Vraie lumiért qui éclaire amt hom^ me qui vient en ce monde. Il écoic aflîirémenc nôtre lumière inté- rieure, avant qu*il fe fût fait homme ^ pour être nôtre c6n- duâeur & nôtre modèle: mais on peut dire 3 qu'alors la lumié* re îuifoit dans les ténèbres. Carfi Jesus-Chuist n*ctoit que ûmplc moniteur j comment feroic vrai ce qu'il dit de lui, qu'il eft nbtre unique Maître, qu'il eft la voie Jla vérité ^ ^ la vie} qu'il eft la lumière du monde l N'eft ce pas la Raifon ûnivér-i felle, oui eft cette vraie lunoiére qui éclaire tous les hommes, quoique tous les hommes n'en jtoientpas également éclairez? Et lorfque les Legiflateurs éta* bliflènt des loix juftes, peut-on dire que la fouveraine Raifon n'y ait point de part? E g o Sa^ vrov.c.%, fientia habita in confilio^ ^ eruài^ fis interfum co^itationibus \ fer me 1 iij teges régnant, ^ legum conditores jufta decemunt. Ces paroles ne font-elles pas dëcifîves?

On croit ordinairement que \ts idées purement intelligibles ne font rien, & que tout ce qui eft dans refprit y eft entré par Jes fens. S. Auguftin n'eft pas de -cefentiment. Ea qu^û intelligit animus. cùm fe avertit k corpt^e y non funtfrofetto corforea r ^ta^ menfunt y maximeque sunt, nam eodem modo femper fe fe ha* h.ent. Nam nihil ahfurdius dicïpù^ tefi. quhn ea effe qua oculis vide* wus, ta non effequa intelligentut cemimus, cum dubitare démentis fit j intelligentiam incomparabili^ t.et oculis. ont eferri. De i m mort, animai ch; lo. Et dans it% Conmemoria rmmerorum dimenfionum^ que rationes (^ leges innumerabi^ les y quarum nullam corporis fen^ fw imprejfît 3 quia nec ipfa cola^.

PiiEFj4CE. fat a funt ^ aut fonant, aut oient ^ autzufiata, aut contreBata funt. yiùaivi fonos verborum quibus fi^ ffiificantur cum de his dijferitur: Jedillialn y iftiC autem ait a funt. Nam illi aliter yacè ^ aliter la^ tinè fonant i ifia verà nec graca nec iatina funt 3 necMi\ rumgenus. Vidi lin^ fabrorum^ vel etiam tenuijjtmas y ficut filuM aranea: fed illa alia funt: non funt imagines earum quas mihi nunciavit oculus camis. Novit eas quifquis fine ullà cogitatione qua^ lifcumque corporis intus agnovit eas. Senfi etiam numéros omnibus corporis fenfibus quos numeramus: fed illi alii funt quibus numera-^ mus y nec imagines ifi-orum funt ^ ET IDEO VA;i-DE SUN T. RlDEAT ME ISTA DICEN- TEM Q^I EOS NON VIDETÎ ET EGO DOLEAM RIDEN- TEM ME.

S. Auguftin croïoit donc que \ Ulj P RE FAC n. c'eft en Dieu que nous voïons les nombres nombrans qu'il ap- Km P^J^e ailleurs, étemels dr divins y DIVINOS AC SEMPITERNOSj & que ces nombres font bien plus réels que les chofès nom- brëes. Il avoir le même fenti- ment des f^res géométriques. Qjj I s mem§tamcacus efi ^ dit- il, qui non videat ifias fiyiras qu^ in Geometria docentur^ habi^ tare in ipfa veritate / Solil. 1. i. Lors que nous les découvrons ces idées, nous ne les formons GNERET ANIMUS INVEN- TioNE teIiporali, num letema fepè invenit: Quid enim tant atemum quam ratio circuli ï De Immort, animas cap 4.N0N enim fie fuerunt ut ejfe definerenty autficfutura funt quafi nonfint: PR E Fj4 C jB.

fed idipjum ejfe femper habuerunt^ femper habitura Junt. Manent au-' temiLon tanquam in Jpatiis loco^ rum fixa veluti corpora ^ fed in natura incorporait fie inteOigibilia praftofunt mentis aj^eihbus yfieut ifta in loeis vifibilia vel contre-- Babilia corporis fenfibuS...Ad quas mentis atie pervenire pauco^ rum eft j ^ cum pervenitur^fit rei Nous ne voïons pas feulement en Dieu les nombres ^ les figu- res, toutes les vcritez fpcculati. ves, mais encore les vcritez de pratique, lesloix éternelles, les règles immuables de la Morale* I N D E o confpicimus incommu-- tabilem formam ju^itiiC fecundàm quam hominem vivere judicamus. L. 14. ch. 15. Sed commemotdtur^ »/ convertatur ad Dominum ^ tan^ • PRÉFACÉ.

• PRÉFACÉ.

* quant ad eam lucem^qua etiam CUM ab illo averieretur qùodammodo tangebatur. Nam hinc efi quod etiam impii cogitant atemitatem^ (^ multa reEiè reprehendunt ^re* Béque laudant in hominum mori- bus. Qui bus ea tandem regulisju* dicanty nifi in quibus vident quem* admodum quifque vivere debeat y etiam fi nec ipfi eodem modo z//- j ai ex- vant / Ubi eas^ vident i Neauc piuTicurs enim tnjua natura ^ cum procul du^ ce que" bio mente ifia videantur ^ eorum» vÛixT^ f «^ mentes conftet ejfe mutabiles, immua- j^^ ^i^^yo tegulas immutabiUs vi^ juftice.fc deat quifquis in eis y ^ hoc videre comment ^^^^^^y^. ^^^ ^-^ habitu Ju/û mcutis^ chTitîe *^^ '^^^^ eorum conftet ejfe injujlas.

au Traité Ubinam funt ifta reyila fcript^y leèc^iu ubi quidfitjuftum & injuftus ag^ ^"^^^^ nofcit y ubi cernit habendum ejfe . quod ipfe non habet \ Ubi ergo fcripta funt ni fi in libro lucis iU lius qua Veritas dicitur / Vnde . prbfac:e.

cmnîs lex jnjla defcribitut.

li feroic inutile de tranfcrire un plus grand nombre de paflà^ ges, pour prouver que S. Augu- ftin a crû que la SageÛTecterneU le eft la lumière des intelligen- ces ^ & que c'eft par la ma^iife- ftation de fa fubftance ^ entant qu'archétype de tous les ouvra*» ges poffibles, entant qu'art im- muable, que Dieu nous éclaire intérieurement, & fans * tentre^ \HumM^ mife £ aucune créature. Mais il eft tih^nuu a propos que je prouve ici ^ que^if*. fuivant la doélrine du même'^!^' tA ffdfaint Dodeur, il faut dire necef yî/'l- ^ lairemcnt, que c eft aujfi en Dieu l. <. ci. que nous voîons les corps. Car la utiiitaw propofîtion que je foûtiens,^ «*^« ch^^f voit en Dieu toutes chofes, eft gé- nérale.

Je fuppofe pour cela deux vé- ritez, prou vées dans cet ouvra- ge, dans la Recherche de la vérité^ & ailleurs. La première, que les T REF AC JE. couleurs ne font point répan- dues fur la furface des objets, & que ce ne font que des modifi- cations ou des perceptions de Tame produites en elle par l'i- dée de retendue à Toccafion des ébranlemetts du cerveau. C'eft une vérité dont je ne croi pas que puiflent douter ceux qui ont examiné cette matière. Aufli paflè-t-elle pour inconteftable dans Tefprit de bien des gens.

La féconde, que nous ne voïons point les oojets en eux- mêmes, & que nul corps ne peut par lui-même agir fur Tefprit, ni lui donner la modification de couleur, ou la perception de fbn idée. Je fuppofe que quand tous les corps qui nous environ- nent fèroient anéantis ^ nous {courrions les voir^ & que nous es verrions efFedivement com- me nous les ^^oïons, fî leurs idées sous aâeâoient comme elles PREFACE.

PREFACE.

nous afftdent à leur prë/èncc. £c cela ne manqueroic pas d'ar- river fî nôtre cerveau étoit ë- branlë par le cours des efprits animaux, ou par quelque autre caufe, de la même manière qu'il l'eft par la réflexion de la lumië- re. Ce qui fè pafTe dans le fom- meil & dans les fièvres chaudes, eflune preuve fuffifànte de cec- te véritë. Cela fuppofc, exami- nons ce que c'eft que voiries corps.

Lorfque nous fermons les Îreux, noyis avons préfente à 'efprit une étendue qui n*a point de bornes. Et dans cette étendue immatérielle, & qui n'occupe aucun lieu, non plus cjue l'efprit qui Ja voit, comme je l'ai prouvé ailleurs *, nous * *-^^*'' pouvons y découvrir toutes for-f i« D«/cn- tes de figures, de même qu'on a,"*''^* peut' former une iphére ou un cube d'un bloc de matière. Cet* PREFACE. t€ étendue & ces figures font /«- telUpbles ^ parce qu'elles ne fe font nullement fentir. Mais lorfl qu'on ouvre les yeux, cette mê- me étendue devient fenfible à nôtre égard, par cela feul qu'el- le nous touche plus vivement, ôc qu'elle produit dans nôtre ame une infinité de perceptions tou- tes différentes, que nous appel- Ions couleurs. J'expofe monfèn- timent fans le prouver: ce n'en eft pas ici le lieu. Il me fuffit que dans la vue que nous avons à^s objets, de ce papier par exem- ple, on n'y trouve que de l'é- tendue & de la blancheur ^ en- core un coup cela me fuffit.Lort* que l'on ouvre les yeux au mi- lieu d'une campagne ^ toute cet- te variété d'objets que la vue découvre, ne vient certaine- ment que de la diilribution des couleurs différentes qui fèm- blent répandues fur diverfes parties de retendue. Car il efl évident que ce n*eft que par la variété, des couleurs que nous jugeons de la différence des corps que nous voïons. Or ^ fé- lon S. Auguftin, c*eft en Dieu que nous voïons Pétenduë intel- ligible. Gar elle eft éternelle cette étendue } elle eft immua- ble, infinie, efficace, capable de modifier Pefprit & de Péclai- rer j qualitez certainement qui ne peuvent convenir aux crca^ tiires.Selon lui c*eft en Dieu que nous voïons les figures Géomé- triques 5 & il efl clair que, com- me on ne peut former une fphé- re matérielle, par exemple, fans étendue matérielle, Tefprit ne peut concevoir de fphére fans étendue intelligible 5 c*ef]: à di- re, fans ridée de la longueur, de la largeur, & de la profon- deur. Donc, félon la doétrine de ce faint Dodeur, c*efl en T KEF A CE. Dieu, que nous voïoiis \qs corps. Car nous ne les voïons, autant que nous fommes capables de les voir, que parce que Tcten- duë intelligible devient vifîble à nôtre égard, lorfqu*elle caufè en nous la perception de cou- leur 5 & nous ne les Tentons que parce qu'elle devient fenfible à nôtre égard, lorfqu'elle caufè en nous un fentiment plus vif, tel qu*eft la douleur. Car la dou- leur, par exemple, que fènt un manchot con^me répandue dans fon bras, n'eft point certaine* ment dans le bras qui n'eil plus. Ce n'eft point ce bras-là qui lui fait mal. Il ne lui en fit même jamais, s*il eft vrai que les corps ne.puiflent agir furies ed prits & les rendre malheureuxj s'il eft vrai qu'il n'y a que l'intel- ligible, que les idées divines qui puiflent affecter les intelligen- ces. On verra les preuves de tout ceci PREFACE. ceci dans les deux premiers Eiu tretiens, Se dans le fécond fur la Mort.

J'avoue que S. Auguftin n'a ja- mais dit, que Ton voïoit \ts corps en Dieu. Il n*avoit garde de le dire, lui qui croïoit qu'on voïoit les objets en eux-mêmes, ou par des images corporelles^ & que les couleurs qui les ren« dent vifibles, ëtoient répandues fur leur furface. Aflùrcment (î Ton voit les corps en eux-mê- mes, ce n'eft pas en Dieu qu'on les voit: cela eft clair. Mais s'il eil démontré, comme je le croi, qu'on ne les voit point en eux- mêmes, & que les traces qu'ils impriment dans le cerveau, ne leur reflemblent nullement, comme le fçavent tous ceux qui ont étudié l'Optique: s'il eft cer- tain de plus que la couleur n'eft que la perception par laquelle Tame les voit, je foûtiens que PREFACE. loivant les principes de S. Au- guftin, on eu oblige de dire, que c*eft en Dieu qu'on voit les corps.

En effet, je recqinnois & je proteAe, que c'eft à S. Auguftin -que je dois le fentiment que j'ai avancé fur la nature des idées, J'avois appris d'ailleurs que les qualitex fenfîbles n'étoient que dans l'ame ^ & que l'on ne voïoit point les objets en eux-mêmes, ni par des images qui leur refl femblent. Mais j'en étois demeu- ré là, jufqu'à ce que je tombai heureufement fur quelques en- droits de S.Auguftin, qui fer vi- rent à m'ouvrir l'efprit fur les idées. Et comparant ce qu'il nous enfeigne fur cela avec ce que je fçavois d)iilleurs, jfe de- meurai tellement convaincu,^»^ c'efi en Dieu que nous votons toutes ihofes ^Q^t'yt ne craignis point d'cxpofer au public ce fenti- PRÊJPÂCB. ment, quelque étrange qu^il pa- roifle à rimagination ^ & quel- que perfuadc que je fufïe, que cela ne me feroit pas d*honneiir dans Tefprit de bien des gens. Cette vérité me parut fi propre à faire comprendre aux efprits attentifs, que Tame n'eft unie diredement qu'à Dieu } que lui feul eft nôtre bien & nôtre lu- mière, que toutes les créatures ne font rien par rapport à nous, ne peuvent rien fur nous: en un mot, cette vérité me parut de fi grande conféquence par rapf)ort a la Religion & à la Mora- e, que je me crûs alors obligé de la publier, & que j'ai crû dans la fuite devoir la foûtenir.

Cependant je ne prétens pas être toujours dans Tobligatioii de répondre à ceux qui attaque- ront mes fentimens, fur tout s'ils les prennent mal, & s*ils me font d^s objedions dontlaréfolution o'J P REFAC E. dépende de ce que j*ai déjà c- crit. J*aime mieux me taire que de dire incefTamment aux gens^ qu'ils n'entendent pas ce qu'ils critiquent, & de repeter pour eux ce que j'ai déjà expliqué. Mais je prie lès Ledeurs de ne point regarder comme mes vé- ritables lentimens ceux que l'on m'attribue, quoique Ton cite les endroits de mes livres dont on prétend qu'ils font extraits, Se que l'on obferve même le chan- gement de caradére, pour faire croire qu'on ne change rien dans mes expreffions. Et afin qu'on me rende plus volontiers cette juftice, voici quelques preuves qui juftifient la deman- de que je fais ici, & que j'ai fou- vent faite ailleurs pour de fem- ,,,, blables raifons. dit.'o»^ Un Auteur * que je ne croi pas au]mr^ dcvoir nommer, parce qu il ne ^'^J"/ ' ^'eft pas nommé lui-même da;is P REFAC JE. Ion ouvrage^afait depuis peu des K*^ Eclaénijfemem. fifr la dêarim ^ ST *** fkr l'hiftoire EccUfafiifàe, où il f/^^S^ a tâché de juftifîer les anciens;|*^ hérétiques à mes dépens. Il ne ^^^^ parle point du P. Malebrancher#^c# dans le premier chapitre de Ton Zy^tl Livre 5 mais voici ce qu'il en dit ÎJÎJ/m dans le fécond. ^iu'pli^ Selon Tertullien une des erreurs f»«/-«. frincipales des Marcionites ^ A- ^Ti'JT felletiens & ralentiniens, c'etoitff;''^^ de croire que Jefus^Çhrift et oit beau lH^Hll^ avant fa pamon. Le Père Male^ i^htUu branche, qui les fuit quelquefois, /? w»/- Comme nous verrons plus bas y s*efl ï o»J!!îî!.* entièrement déclaré four eux fur ce "''^ point. Mais comme il enchérit tou- jours beaucoup fur ceux dont il dé-- robe quelque chofe _, // prouve que Je fus - Chrifi étoit beau fur terre par des preuves de MetaphyfiquCy ^ par des raifons qu'il a puisées dans le Livre de la Sagejfe univer^ [elle, ^ dans l'idée de l'être par-- PRÉFACE, fait Tr. de la Nat. & de la Gr. 1.

1. nomb. 18. & i^.Jur quoi on ne feut s* empêcher de rire un peu de ce bon Père ^ qui a recours aux idées platoniciennes y ^ à la dévotion fur un pur fait, qui riinterejfe en aucune manière la Religion ^ la^ quelle ne connoît point Jesus- Chrîst félon lacnair (mais fé- lon l'ejprit) comme dit faint Paul 2. Cor. 5. 16. Car ^apjfant de f^avoir comment et oit:fait le corps de Je fus - Chrift fur terre ^é* de quelle figure, de quelle taille, de quelle couleur étoit cette portion de matière ^ ou ce corps auquel le Verbe s'efi uni dans fin Incarna^ tion y ce qui efi une que ft ion de pur fait i le bon fins devoit lui faire chercher dans les médailles de Je- fus-Chrifi y ou dans les Auteurs qui ont connu ^pratiqué des mil- lions de gens j}ui avoient vu des tableaux de lui tir ex^d^ après na^ ture y la dècijîon de cette quefiion^ PREFACE. ^ non fas dans les raijomemeus £ttne metafhyfique creuje ^ alanu biquée.

Re'ponse. Ne croiroît-on pas après la leâure de ce pafTa- ge 3 que dans Tendroic que cite TAuteur, ou du moins quelque part ailleurs, j*ai traité la que- ftîon de la taille, de lafiyire y de la couleur de Je fus - Chrift:■ Que j'ai décidé qu'il était ieau de w- jfage: Que j'ai tire mes preuves itune metaphyfique creuje & alam^ biquée 5 & que \t% raifonsque j'ai prétendu fui fer dans la Sagejfs Eternelle ^ font fi impertinentes, que l'an ne peut s^ empêcher £en rire? Cependant le fait eft, que je n*ai jamais parlé de cette que- ftion, ni dans le Traité de la Na- ture (^ de la Grâce y ni dans au* cun de mes Livres. Dans l'en- droit qu'il cire, je prétens que c'eftàcaufè de Jesu^- Christ que le monde lubjGfte, & qu'il II- PR É F A Cl. n'y a rien de beau, rien qui foît agréable aux yeux deDieu^aue ce qui a quelque rapport à ion Fils bien- aimé. Il ne s'agiflToit point du tout de la taille, de la fiyire y de la couleur du corps du Sauveur, comme le prétend TAuteur. Ceft à quoi je ne pen- fois feulement pas, bien loin d'avoir eu recours aux idées Plato^ niciennes four décider cette quefiion.

Dans le chapitre fuivant^le même Auteur m'attribue de croire que la matière eft éter- nelle. Il avoit déjà avancé cette calomnie dans la critique àts Mémoires de M. de Tillemont il y a environ deux ans. Apparem^ ment quelqu'un l'a détrompe: Mais il ne paroît pas fort difpofé à me rendre jufticc j car voici comment il parle.

On fera peut-être fur fris que fur le fait de l^ éternité de la matière faïe cité le P. Malebranche ^ qui nm PKEJFACE. jager fur le rapport de qiii que ce foit, quelque eftime même qu'ils ayent {lour ceux jqui: les àcraïqu^nc» Ctxi^ïoiinÀïi^esS^ ble., vpi'ilriiie lÊuit condamner peribaoe ' avant que de i'ayoitr entendu^juftifie la demande que Refais. Les Critiques font des ac- cufàteurs, il ne faut donc pas Jes confidërer comme dqsjugçs;J'4i fouveiit été' oblige de faire' dés Livres pour prouver,' on que ceux qui me critiquoient ne m'entendoient pas, ou qu'ils n'a- giflbient pas de bonne • foi.. Je voudrois bien n*en plus compo- fer de pareils. Et j'en ferai dit. penfé, fî ron veut enfin m*ac- corder la juftice que je deman. de y de ne point juger de mes o- pinions avant que de les avoir iërieufement examinées dans mes livres. Je croi qu'on Ij^s y trouvera luffifamment expli- quées, fur. tout n l'on joint mes Tomel. ââ* R^Hr A CE. derniers ouvrages avec les pre- miers; C'eft principalement dans ijbes dernières produâtons d"^ Auteur cm!on doit s^'inilnii*. re i fond de fessientimens^ Car à cinquante ans on efl: moins ignof rant qu'a trente ^ ou l'on auroit bien mal employé ion temps. •Fateât mf ex €orum rriàmera efffe co^ ^^Mtt à corriger àans le premiir J^'oUane^ \aM9miAÊiâÊàMt±ââ JÊiJêlJUdâÉàJÊiJMÂÊiÈÉBt TABLE .' JCL ^tftilj^iHffêit dfi ççrfs. De U mttnre r ^des idées. QHfUmndî okmsxwrfs int èittm, & cfuê noMsngardêns, tfi bi/in * d^imn de celui ^H»n9mv$i9ns,if9%ti IJ« £iftiL£.TiBif.. JDe fexijknce de - JXtÊL Que.nmffomMmsvêirenlHitûH-' ta ebefes, & jne riendefim ne pétale refrefemif. Deforti (]H*Mj[hffit de fenfer :i Im fowr fçavgir (juil efi^ j8 III. Entubtism,.De Utd^rence fiê^Uy a entre msfemimens & ms idées. S^^ilm faut juger des çhofes ^ue par les ' iaees qui les repreferaent, ^ mdlement far les fenthnens dont m efi towhé en lestr prefence y oh à leuroccajsùn, £f, I V. E N T R E T I E N. En général de la nature & des propriétés desfens. De la fagejfe des loix de C union de Famé & du corps. Cette union changée en dépendance par le péché du prernieroomme ^^ 1 1 x V. E N T R E T I B N* De tufago desfens dans les feiences. Il y a dans nos /ènti- mens idée claire &fentiment confus» Vi» dée n^ appartient point aufentiment. Cefi tiàiiqiA idéiirtitfjntit, &Ufemmi0 ^ui Cafflique & le rend attunif: car c^efif^UfiOflmênt que [iJétwteUigi^ Ue devient fin (ihle, '' ■ '• ijéf ^fitnce dés eàfp ^ tirées deU i/toehimn. Deux f&ms deteveUttènSé D*^ vient que ks reveUtÎMs naturelles des fimi" fnens nensfont une eccafi^n derreur^ 15^7 VIL Etiifi^nlL'». De Pinefficaeé^ descoHfisnktHnUes^MdeCimpmffance des créature/. Que nous ne fimms unis immediatef^nt & SreBement ^fu'à Vni. Entretien. De Dieu ^& dé f es attributs. 184 IX. En t r e t I e m. Que Dieu agit tou" jours feint ce tju^il efi. Q^il a tout fait pour fa gloire en JefuS'-cl^fiy & quil n*a jrint formé fes de feins fans avoir égard oHx voyes de les exécuter f 534' ENTRETIENS ENTRETIENS SURLA METAPHYSIQUE.

PREMIER ENTRETIEN.

De Pâme ^ dr qiCelle eft diffinguèe du corps. Be la nature des idée s ^ Que le monde, oà nos corps habu tent, ^ que nous regardons ^ efi bien différent de celui que nous voïons.

mon cher Arifte, puifque vous le voulez-, il faut que je vous entretienne de mes vidons mecapbyfiques. Mais pour cela il eft neceffaire que je quitte ces lieux enchantez qui charment nos fensj& qui Tomt L A î..Premier par leur vlrieté partagent trop unerprtt tel que le mien« Comme j'appréhende extrêmement de prendre pour les ré*« ponfcs immédiates de la vérité kite^ rieure quelques - uns de mes préjugez, ou de cesprincipes obfcurs oui doivent leur naidance aux loix de Vunion de Tame Se du corps; & que dans ces lieux je ne puis pas, comme vous le pouvez peut-être, faire taire un certain bruit tonfus qui jette la con&fion Ce le trou* ble dans toutes mes idées: (brtons d'i- ci, je vous prie. Allons nous renfermer dans vôtre cabinet, afin de rentrer plus facilement en nous-mêmes. Tâchons que rien ne nous empêche de confulter Tun & l'autre nôtre maître commun, la Raifon univerfelle. Car c'eft la vérité intérieure qui doit préfider à nos entre- tiens. C'eftelle qui doit me dider ce que je dois vous dire, Se ce que vous voulez apprendre par mon entremife. En un mot c'eft à elle à qui il appar. tient uniquement de juger & de pro.* noncer fur nos diffèrens. Car nous ne penfbns aujourd'hui qu'à philofopher: 6c quoique vous foïez parfaitement fournis à l'autorité de TÊglife, vous voulez que je vous parle d'abord coni- Entretien. $ ne fi vous refufiez de recevoir les veri« ces de la foi pour principes de nos con« noiflànccs. En efièc, la foi doic réglée les démarches de nôtre erptic: mais il n'y a que la fouYcraine Raifon qui le semphSè d'inteUigence.

A R I s 1 s. Allons » Théodore, pac tout où Vous voudrez. Je fuis degoucé de touc ce que )e voi dans ce monde ma« teriel 8c fcnfible^ depuis que je vous en- cens parler d'un autre monde tout rem<« pli de beautez intelligibles. Enlevez* moi dans cette Région beureuiè & en- chantée. Faites m'en contempler toutes ces merveilles dont vou^ me parlies Vautre jour d'une manière fi magnifique 6c d'un air fi content. Allons, je luis prêt de vous fiiivre dans ce pais, que vous croïez inaccefiiîble à ceux qui n'écou« cent ique leurs fens* Theoogrb. Vous vous réjouid fez, Arifte, 6c je n'en fiiis pas fâché» Vous me raillez d'une manière fi dtli* cate 6c fi honnête ^ que je fens bien que vous voulez vous divertir » mais que vous ne voulez pas m'ofiTenfer. Je vous le pardonne. Vous fiiivez les infpira- tions fecrettes de vôrre imagination U>û)ours enjoiiée. Mais ^ fou ftrez qu^ A ij 4 Premier A ij 4 Premier je vous le dife, vous parlez de ce que vous n^entendez pas. Non, je ne vous conduirai point dans une terre étrange* re: mais je vous apprendrai peut^tre que vous êtes étranger vous-même dans vôtre propre païs. Je vous apprendrai que ce monde que vous habitez n'eft point tel que vous le aoïez, parce qu'eâTeâivement il n'eft point tel que vous le voïez ou que vous le fentez. Vous jugez fur le rapport de vos fens de tous les objets qui vous environnent; & vos fens vous feduifenc infiniment plus quevous nepouvez vous l'imaginer. Ce ne font de ndeles témoins que pour ce qui regarde le bien du corps & la con^ ^rvation de la vie. A l'égard de tout le refte, il n'y a nulle exaâitude, nulle ve* rite dans leur dépofition. Vous lever% rez^ Arifte, (ans fortir de vous-même, fans que je vous enlevé dans cette Région enchantée que votre imagination vous reprefente. L'imagination eft une folle lui fe plaît à faire Ta folle. Ses faillies*, es mouvemens imprévus vous divertiG' fenr, & moi auffi. Mais il Ëtut, s'il vous lait, que dans nos entretiens la Raifca bit toujours la fuperieure.il faut qu'eU le décide ôc qu'elle prononçe.Or çUe I9 ?.

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tait 8^ tioQs échape toujours, lorfqao l'imagination yient à la traverfe, & qa*aa lieu éé lui impofèr fUence, nous écoutons fésplaifiitireries, & que nous nous arrërëhs aux divers fantômes qu'elle nous prefènte. Tenez-la donc dans le rerpeâ; en prefence de la Rai- £bn. Faites-la taire, fi vous voulez en- tendre clairement & diftinâement les réponfe;;! de la vérité intérieure.

A K i s T I. Vous prenez, Théodore, bien ferieufement ce que je vous ai die iàns beaucoup de réflexion* Je vous de- mande pardon de ma petite liberté. Je TOUS protefte que. • •.

Théodore. Vous ne m'avez Eôintfôché^Arifte: vous m'avez ré joiii. îar encore un coup, vous avez l'ima- gination fi vive & fi agréable, & je fiiis lî afluré de vôtre coeur, que vous ne me fâcherez jamais,& que vous me réjoui* rez toujours 3 du moins quand vcus ne me raillerez que tête à tête: 8ç ce que je viens de vous dire n'eft que pour vous faire entendre que vous avez une terri- ble oppofition à la vérité. Cette qualité ui vous rend tout éclatant aux yeux es hommes, qui vous gagne les cœurs, «qui vous attire rcftime,qui fait que.tous A ii] i € Premier ceux qui vons connoKfenc vcalenc vous Eofleder^eft rennemie la fj^ irreconci- able de la Raifon. Je vous avance un paradoxe dont \c ne puis vous démon-» • Tfdùé ^^^* prefentcmcnt la venté. Mais vous iie M«. lereconnoicrez bientôt par vôtre pro. jt^ ' ^^' P^® expérience j & vous en verrez peut- être les raifons dans la itiite de nos en- tretiens. Il y a encore pour cela bien du chemin à faire.Mais croïez-moi; le ftu-* pide & le bel efprit font également fer- mez à la vérité. Il y a feulement cette différence, qu'ordinairement le ftupido la refpeâe, & que le bel efprit la mé** ptife. Néanmoins fi vous êtes bien re** fblu de gourmander vôtre imagination^ vous entrerez fans aucun obftade dans le lieu où la Raifon^i^end fes réponfes: & quand vous l'aurez entendue queU que tems, vous n'aurez que du mépris pour tout ce qui vous a charmé jufques ici; & fi Dieu vous touche le cœur, vous n'en aurez que du dégoût.

Akiste. Allons donc prompte^ mqnt^ Théodore. Vos promeflès me donnent une ardeur que je ne puis vous exprimer. Afiurémenc je vas faire tout ce que vous m'ordonnez. Doublons le pas '. • Grâce à Dieu, nous voici enfiti Entretien. 7 tmvex au lieu defliné à nos entretiens* Encrons...Aflcycz-voas...Qu*y a-t- il ici qui puiflè nous eonpëchetde ren« trer en nous^métnes pourconfultetla Raifbn^ Voulez- vous que je ferme tous les paOages de la lumière, afin que les ténèbres fàflènt éclipfer t^iu ce qu'il y a de vifible Sans cette chambre, & qui peut frapper nos fens?

"THEODORi. Non, mon cher. Les ténèbres frappent nos fens aiifH» bien que la lumière. Elles efface nt l'é. dat des couleurs. Mais à Theure qu'il, cft»elles pourroient jecter quelque trou» ble^ouquelcjue petite fraïeur dans nô«* re imagination. Tirez feulement les rideaux* Ce grand jour nous incommo* deroitun peu, & donneroit peut-être trop d'éclat à certains objets. • •. Cela cil fort bien: afleyez. vous» Rejettez, Aride, tout ce oui vous e(l entré dans l'efprit par les fens. Faites taire vôtre imagination. Que tout foie chez vous dans un parfait mence. Ou- bliez même, (i vous le pouvez, que vous avez un corps, & ne penfet qu'à ce que je vas vous dire. En un motfoïez attentif, & ne chicanez point fur mon