J3i Qu ator^ie'me parole de pi as fimple & de plus généra?/ afin de trouver quelque lumière. Lorf- que j'en trouve, je la contemple. Mais )e ne la fuis qu'autant qu'elle m'attire invinciblement par la force de (on évi- , dence« La moindre obfcuricé fait que je me rabats fur le dogme, qui dans la crainte que j^ai de Terreur ^ eft & (era toujours inviolablement ma regle^ daos les queftions qui regardent la foi.
Ceux qui étudient la Phyfiqtie ne raifonnent jamais contre l'expérience. Mais aufli ne concluent-ils jamais, par Fexperience contre la Raifon. Us hefî- tent y ne voïant pas le moïen de pafler de l'une à l'autre. Us hefitenc, dis^e, non fur la certitude de l'expérience » ni fur l'évidence de la Raifon ^ mais fiir le moïen d'accorder l'une avec l'autre. Les £tits de la Religion ou les dogmes déci« dez font mes expériences en matière de Théologie. Jamais je ne les révoque en doute. Ceft ce qui me règle & qui me conduit à ^intelligence. Mais lortqu'en croïant les fuivre je me fens heurter contre la Raifon^je m'arrête tout court; {cachant bien que les dogmes de la foi fc les principes de la EUifpn doivent itrc d'accord d^s U vérité, quelque ogppfitioii Entretien. 23$ «fcppolkion qu'ils aient dans mon e(^ prie. Je demeure donc fournis à l'auto^ rite, plein de refpedfc pour la Raifon, convaincu feulement de la foibledê de jnon efprit, & dans une perpétuelle dé-' JRance de moi-même. Enfin (i Tardeur pour la vérité fe rallume^ je recommen^ ce de nouveau mes recherches, & par une attention alternative aux idées qui m'éclairent, 8c aux dogmes qui me foûciennent & qui me condui(ent, je découvre Tans autre méthode particu- lière le moïen de paffer de la foi à Tin- telligcnce.Mais pour lordinaire fatigué êe mes e^rcs, je laiflfe aux perfbnnes plus éclairées ou plus laborieufès quô moi une recherche dont je ne me croi pas capable ^ 6c toute la récompenfe gue je tire de mon travail, c'eft que je fens toujours de mieux en mieux la pe- titeffè de mon efprit ^ la profondeur de ^os myfteres, & iebe{bin extrême quc- nous avons tous d'une autorité qui nous conduife, Hébien, Arift€,êtes- vous content > Ariste. Pas trop. Tout ce que vous ^iies-la eft encore fi général, qu'il me femWe que vous ne m'apprenie2 rien^ Pes^^ exemples, s'il vous plaît. Dccott-r Tiez-moi quelque vérité» Que }e volt« on peu comment vous vous y prenez* Théodore. Quelle vérité?
A B. I s T E. La vérité fondamentale de nôtre Religion.
Théodore. Mais cette vérité V0U5 eft déjà connue, & }e croi vous Tavoir bien démontrée.
A R I s T fi. Il n'importe. Voïooau On ne peut trop la prouver. Ceft par là qu'il faut commencer* T H E o T I M E. Il eft vrai. Mab te iera par là que nous finirons. Car biem* toc il faudra nous feparer.
A R I s T E. J'efpere aufli que nous ne ferons pas long-tems (ans nous rejoiiu dre.
V* Théodore. Ceft ce que je ne fçai point. Car je le foufaaite fi fort, que je crains bien que cela n'arrive pas» Mais ne raifonnons point fur l'avenir* Profitons du prefent. Soïez attent^^ ce que je vas vous dire.
Pour découvrir par la raifon entre toutes les Religions cdlle que Dieu a établie, il faut confuker attentivement la notion que nous avons de Dieu on ,de l'Etre infiniment parfait. Car il eft évident i|iie umiM i^e fomlts cauCoi Enthetien. îJJ doit néçedairemepi avoir* avec ^lles quelque rappprt, Cotifulcons-la donc^ /irifte-, cette notion de l'Etre infini, fnent parfait, Çc repayons dans nôtre çfprit tovit ce que nops gavons des at- tribues divins, puifque c'eft de là que nous devons tirer la lumière dont nous Savons befoifi pour découvrir c6 que Dpus cherchons.
A R I $ T«;^Hé bien. Cela foppofé^ Theodoub. Douceçient ^ dou* cément, }e vous prie. Dieu con^iolç parfaitement ces attributs que i^ jîip- pofe 4mt vous avez prf^ns à refprit. Il Ce glorifie de les poflèder. Il en a imç complai(ànce infinie. Il ne peut dpnc agir que félon ce qu^il eft,que d'une ma- nière qui porte le caraAere de ces mê* mes attributs. Prenez bien garde à cçla* Car c'eft le grand principe que nous devons fuivte, lorlque nous preten* 4ons connoStre ce que Dieu fait ou ne jl&it pas. Les hommes n^agiflent paf toujours félon ce qu'ils font. Mais c'eft qu'ils ont honte d'eux-mêmes. Je con-^ xiois un avaricieux que vqus prendriez pour l'hommç du monde le plu6 libéral. Ainfi ne vous y trompez pas. Les homi* ^es tijs pcK^ojncent p^s toujours RaK 1^6 QjjATO rzie'w E leurs stdiions & encore moins par leut^ paroles, le jugement qu'ils ponenc d'eux - mêmes, parce qu'ils ne foni point ce qu'ils devroient être. Maïs il n'en eft pas de même de Dieu. L'Etre infiniment parfait ne peut qu'il n'agiflè félon ce qull eft. Lorfqu'îl agit, il proi nonce néceflàiremenc au dehors le juge<« ment éternel & immuable qu'il porté defes attributs, parce qu'il k complaîc en eux, & qu'il fe glorifie de les pailè- der.
A R I s T E. Cela eft évident. Maià je ne voi pas où tendent toutes ces gé* héraliter.
V I. T H E o D o R E. A cela, Arifte^ que Dieu ne prononce parfaitement le jugement qu'il porte de lui même que par l'Incarnation de fon Fils, que par fa confecration^defon Pontife, que par FécabKflement de la Religion que nous profeflfons^, dans laquelle feule il peut trouver le culte & l'adoration qui exprii. me fes divines perfeftions, & qui s'ac:* corde avec le jugement qu'il en porter Quand Dieu tira du néant le cahos ^ il prononça, Je fuis le Tout-puiflanr. Quand il en forma l'Univers, il' fe coinplut dans la^agefiè. Qu^uidil aésir iTiômtne libre & capablfe dû bien & dd 'mal y il exprima le jugement qu'il porté de fa juftice & de ta bonté. Mais quand il unit fon Verbe à fan ouvrage, il pro^ nonce qu'il eft infini dam tous (es attri^ buts, que ce grand Univers n^cft^riert jpar rapport à lui y que tout eft profané, bar rapport à fa faimeté, à fon exceU lence, à fa fouveraine Majefté. En uii jmoc il parle en Dieu, il agit félon ce qu'il eft, & félon tout ce qu il eft. Conr- parez, Arifte^ nôtre Religion avec celle des Juifs, des Mahometans, & toutes les autres que vous connoiflez: & jugez quelle eft celîe qui prononce plus diftint^ ftement le jugement que Dieu porte», te que nous devons porter de fès attrii l)UtS.
. A m s T Ev Ab, Théodore l je vouîs ènten?.
VIT. TtrEaDORÉ. Jelefuppofe Mais prenez garde à ceci. Dieu eft efprit & veut être adoré en efprit & en vçriié. Le vrai culte ne confifte pas dans Te^r- cerieur, dans telfe ou telle (îtuiation de tïoi corps, mais dans telle & telle (itua- tiott,de nos efprits en prefence de Ta 'Mafefté divine, c*eft-à-dîre, dans les jtigemens de les mouvemens de Kanie.
i\8 Q^uatoïizie'me i\8 Q^uatoïizie'me Cjr celui qui offre le Fils au Pere^ qui adore Dieu par Jefus^Chrift, prononot par fon aâion un jugement pareil è celui que Diw porte de lui-même. I| prononce, dis- je, de tous les jugemeni celui qui exprime plus éxaâement le$ perfeâions divines, & fur tout cettf excellence ou fainceté infinie qui fepare la Divinicé de tout le refte, ou qui U relevé infiniment au de({ùs de toutes lef créatures* Donc la foi en Jefus-Cht ift eft la véritable Religion, Taccés aupréf de Dieu par Jefus-Chrift le feul vrai culte y la leule voie de mettre nos tù Î^rits dans tme ficuation qui adore Dieu, a feule voie par confèquent qui puiflç nous attirer les regards de complaifancç 6c de bienveillance de Tauteur de la fe* licite que nous efperons.
Celui qui fait part aux pauvres de {09 bien, ou qui expolè fà vie pour le (aluc de fa patrie; celui-là même qui la per4 genereufement pour ne pas commettrç une injuftice, fçachant bien que Dieu eft allée puilTant pour le récompenfeç du facrifice qu'il en fait, celui-là pro,. nonce à la vérité par cette aâion ua jugement qui honore la juftice divine^ Se qui U lui tcfki j&Torable. Mais ceuç itÔiofi coûte méritoire qu'elle eft n'aw dore point Dieu par&itetneot, fi celui que je fiippo^fe ici capable de la faire, refttfe de croire en Jefus-Chrift, & pre« tend avoir accès auprès de Dieu fans {on entremife. Le jugement que cef homoie par Ton refus porte de lulmêi* me, de valoir quelque cbofe par rap« fort à Dieu, étant direâejtnentoppofé celui que Dieu prononce par la nai£^ fion %c u confecration de fon Pontife, ce jugement préfomptueux rend inutile à ion falut éternel une aâion d'ailleuff û méritoire. Ceft que pour mériter à jufte titre.la poflèflîon d'un bien infini, il ne fuffic pas d'exprimer par quelques bonnes «euvres d'une bonté morale!• juftice de Dieu: il faut prononcer divi. siement par la ki en }efus - Chrift un jugement qui bonore Dieu (elon tout ce qu'il eft. Car ce n'eft que par le me« «'te di^cette foi que nos bonnes cra^res ^oivent cette excellence fur naturelle •qui nous donne droit à l'héritage dei ^enfiins de Dieu. Ce n'eft mêmes que ^r le mérite de cette foi que nous potu ▼ons obtenir la force de vaincre nôtre paflîon dominante, & de facrifiernô^ &e vie par un pur amour pour la juitice;» T4.0 Qij atorzib'me T4.0 Qij atorzib'me Nos avions tirent bien leur moralité du rapport qu'elles ont avec l'Ordre immuable, & leur mérite des iugemens que nous prononçons par elles de la puiflànce & delà juftice divine. Mais elles ne tirent leur dignité furnaturelle, ic pour aind dire, leur infinité & leur divinité, que par Jefus - Chrift, dont l'Incarnation, le Sacrifice, le 3^cer- doce prononçant clairemenr qu^^l n'y a point de rapport entre le Créateur 8c la créature, y met par cela même un fi grand rapport, que Dieu fe complaît & fe glorifie parfaitement dans fon ôu^- vrage. Comprenez-vous, Arifte, bien diftinâement ce que je ne puis vous exprimer que fort imparfaitement?
VIII. A R I s T E, Je le comprens^ ce me femble. Il n*y a point de rapport entre le fi^ni & l'infini. Cela peut pa({èr pour une notion commune. L'Univers comparé à Dieu n'eft rien, & doit être compté pour rien. Mais il n'y a que les Chrétiens, que ceux qui croient la Di- Tinité de Jefus-Chrift, qui comptent véritablement pour rien leur être proi. pre, & ce vafte Univers que nous ad- mirons. Peuc-«tre que les Pbilofophes l^rcent ce jugement-là. Mais ils ne k pranonceui Entretient. t4r Renoncent point. lU démentent aft contraire ce jugement fpeculatif par kurs aâiions. Us ofent s'approcher de Dieu, comme s'ils ne^fçavoient plus que la diftaoce de lui à nous eft innnîe* Ils s'imaginent que*Diea fe complaît dans le culte protane qu'ils lui rendent. Ils ont Tinfolence, ou H vous vpul^z^. là préfonnptiQn de Tadorer^ Qu'ils fe tailent. Leur filence refpeâueux pro^ nbncera mieux que leurs paroles le jugement fpeculatif qu'ils forment de ce qu'ils font par rapporta Dieu. Il ny a que les Chrétiens ta qui il foit permis d'ouvrir la bouche, & de loUer divi- nement le Seigneur. Il n'y a<]u'eux qui aient accès auprès de fa Souveraine Majeftè. Ceft qu'ils fe comptent véri- tablement pour rien, eux & tout le refte de l'Univers, par rapport à Dieu, lorfqu'ils proteftent que ce n'eft que par jefus-Chrift qu'ils prétendent avoir avec lui quelque rapport. Cet anéan^ tUTement où leur foi les réduit, leur donne devant Dieu une véritable réa« lité. Ce jugement qu'ils prononcent «l'accord avec Dieu même, donne à {out leur culte un prix infini. Tout e0; Tomt IL X profane par rapport àpiea. & doit être^ confacré par ta Divinité du Fils pour lÊtre digne de la fâinteté du Père, poi|C mériter ùl complairance & fa bienveil- lance. Voilà le rondement inébranlable de nôtre fainte Reiigion. 1%. Théodore. Apurement i , vous comprenez bien ma pen« fée. Du fini à Tinfini, 8c qui plus eft du néant profond oà le péché nous a réduits à la faintecé divine, a la droite du Très-haut, la diftance eft infinicy ^ous ne fommes par la nature que des CfK i: en&ns de colère a Natwra fiUi irdz % Nous étions en ce monde comme les A%tor. Athées^ fans Dieu, fans bienfaiâeurf Vtrf l^• Sine Deo in hoc mundo. Mais par Jefiis» Chrift nous voilà déjà reflufcitez, nous voilà élevez & affis dans le plus hauf Verf* f. rf^ cieux: Convivificavit nos inChtiflo^ &6' ^ conrefufcitavit, & confédéré fecit in coer kJHbns in Chrijhjept. Maintenant nous fie Tentons point nôtre adoption en }e« fus-Chrift, nôtre dignité, nptre Divi- '%.?itr, <^î^^ • ^ivina confortes natnra. Mais c'eft 4s que nôtre vie eft cachée en Pieu avec Entretien. 145 attflî avec lui dans la gloire: Scimtis if ho-,Î'^***^ '''' niam chm avparuerit, fimiles cl erimuSé V I T A vefira, dit faint Paul, ejt abf^ ^^^^ condita cmn Chrifio in Deo»*Ckrn Chriflus }. apparnerit vita veftra, tnnc & vos appéu rehitis cum ipfo ingloria. Il n'y a plus en^ txt nous & la Divinité cette diftance infinie qui nous feparoic. Nnnc autem E^h, %i in Chrifio Je/fi vos^ qw aliquando eraiis *^* Ungè,fa£H eJHs prope infanguine ChriJH t ipfi mim ejt pax mfira. Ceft que par* Jefiis-Chrift nous avons tous accès au« prés du Pcrc..^uoniam per ipfum habe^ nms acctjfwn amho in um /pirifH ad Pa^ "^ ' trem, Ergo, écoutez encore cette con« jclufion de TApôtre: Jam non eflîs hofpi- tes & advenét,fed eJHs cives fanShrnrn & domefiici Dei, fkperétdijican fuper funda" mentinn Apojlolomm & Prophetarum^ ipfi fummo anifdari lapide Chrifio Jefn ^ 'in tjHa omnis adtficatio confimSla crefcit In tem^ plumfanàmn Domno: in if ho & vos coa^ dificamini in habitaoUam Dei in /pirita. Petèsp, Arifte, toutes ces paroles^& prin* dpalement celle-ci: In qm omnis adifi^ catio confiralta crefcit in tmpbtm /an£ffm f)wmno* A ^ Il T ¥• Iln'y a, Théodore, que Xij Xij rHomme - Dieu qui puifle joindre \i créature au Créateur, (anâi fier des pro^ ^ fanes, conftruire un temple où Dieu har bite avec honfieur. Je comprens main? ». Cpr. tenant le fens de ces paroles: Dens erat in Chrifio mundHrn réconciliai Jibi C*eft une notion comnnune, qu'entre le fini & Tinfini il n'y a point de rapport. Tou( dépend de ce principe inconteftable^ Tout culte qui dément ce principe, cboque la Raifcn y 6c deshonore la Dû vinité, La SagefTe éternelle n'en peut; être l'auteur. Il n'y a que l'orgueil, que Tignorance, ou du moins que la . ftupidité de l'eCprit humain qui puiflè maintenant l'approuver. Car il n'y a que la Religion de Jefus - Chrift qui prononce le jugement que Dieu porte, & que nous devons former nous-mê*« mes 3 de la limitation de la créature, & de la fouveraine Majefté du Créateur, Théodore. Que dites- vous donc, Arifte, des Sociniens Se des Ariens, de tous ces faux Chrétiens qui nient la Divinité de Jefus- Chrift, &c qui néan- ipoins prétendent par lui avoir accès auprès de Dieu?  K I s T £. Ce font des gens qui troiu Entretien. 145 Entretien. 145 Vent entre Tinfini & ie fini quelque rap^ porc, & qui comparez à Dieu (è coinp^ tenc pour quelque cbofè. • Theotime. Nullement, Arifte ^ puisqu'ils reconnoidènc que ce n'eft que par Jefus-Cbrift qu ils ont accès auprès de Diéua A R I s T E. Oui, mais leur Jefus ii*e(t qu une pure créature. Ils trouvent donô quelque rapport entre le fini 6c l'infini^ éc ils prononcent celaux jugement ^ ce jugement injurieux à la Divinité, lord qu'ils adorent Dieu par Jefus-Chriff, Comment le Jefus de cei Hérétiques leur donnera - c'il accès auprès de là Divine Majefté, lui qui en eft infini.^ ment éloigné? Comment établira-t'il un culte qui nous fàllè prononcer le jugement que Dieu porte de lui-même^ qui exprime la fainteté, la divinité ^ l'infinité de fon eltènce } Tout culte fondé fur untel^efus, fuppofe, Théo* %ime, entre le fini Se l'infini quelque rapport, &r rabaifTe infiniment I^ Du ^inc Majefté. C'eft un culte faux, in- jurieux à Dieu, incapable de le recon* cilièr avec les hommes. Il ne peut y nvoir de Religion véritable qae celle Xii) Xii) 14^ QjJATO RZIE^MB qui eft fondée fur le Fib unique àtL Père, fur cet Homme*Dieu qui joint le ciel avec la terre, le fini avec Tinfini, par raccord incompréhenfible des deux natures, qui le rendent en mcme-tems égal à (bn Père, ic femblable à nous* Ceh me paroit évident: e vous Tavonë. Mais que dirons-nous Dieu, que Jefiis-Chrift fôc a leur tête?
A RI STB. N'abandonnons point, Theotime, ce qui nous paroit é videnty quelque difficulté que nous aïons à l'accorder avec certaines choies que nous ne connoiflbns gueres; Répondei^ pour moi, Théodore, je Vous en prie/ Theodokb. Les Anges n'ont poini Itnendu après Jefus-Cbrift, car Jefus-^ Chrift eft avant eux. Ceft le premier Col. t. ^^ ^^ toutes les créatures, PrimogmtM M*^ mmis créature. Il n'y à pas deux mille ans qu'il eft né en Bethléem: mais il y 9* ^cifits efl ab origine munM^ Comment cela? Ceft que le premier des deflèin» de Dieu, c'eft llncamation dé Ton Fils, parce que ce n*eft qu'en lui que Diea ENTRE tlEïf* jçé^oit Tadoracion des Anges, qu'il a JbuâFerc les factifièes des Juiis, & qti^it •reçoit & reeevra éternellement noà 4ouangeSy J%/îrj Cbrifins heri, & hodii, m^. 131 ipfe & infdCHlai Tout exprime & figure ^^ jefîis.Chrift. Tout a rapport à lui à (a manière depuis la plus noble des inteU Irgences pu}u'aux infeâes les plus mé-^ prifes. Qoand Jefus-Chrift naît en Be^ ihleem, alors \tt Anges glorifient lé «Seigneur. Us chantent tous d'un com^ muH accord ^ Gloria m altijfirms Deo» ^^^ ^^ ils déclarent tous, que c'eft par Jefus- ''^ Chrift que le ciel eft plein de gloire. Mais c'eft à nous qu'ils le déclarent, à j^ous à qui le futur n'eflt point prefent^ Ils ont toujours protefté devant celui qui eft immuable dans fes deflèins, 8C qui voit fès ouvrages avant qu'ils foienl exécutez, qu'il leur falloir un Pontife )our l'adorer divinement. Us ont re* connu pour leur Chef le Sauveur des •iiommes, avant mêmes fa naiflanœ ^temporelle. Us fe font toujours comp- tez pour rien par rapport à Dieu: (t ce. n'eft peut-être ces Anges fuperbes qui ont été précipitez dans les enfers à "^caufe d^ leur orgueil.
148 QlTATORZrE'Af É A ». I s T B. Vous me faites fouven^v Théodore ^ de ce qoe chance TEglife, lorfqa'on eft prêt d ofinr à Dieu le ù^ crifice: Per quem Majtftatemtuamlémm dont jingeli, adorant Dcmnatitmes 9 trt^ munt Pute^ates > & le refte. Le Prêtre haufle Cl voix pour élever nos eipritf vers le ciel, Surfmn corda; pour nous apprendre que c'eft par Jeius - Chrift que les Anges mêmes adorent la Divine Al ajefté, & pour nous porter à nous joindre à eux fous ce divin Chef ^afift de ne faire qu'un même chosur de loUanges, & de pouvoir dire à Dieo^ SanShts, SanSus, SanBus, Dominns Dem Sabaoth: Pleni/hm cali & terraglorii tkJL Xe ciel & la terre font plems de la gloire de Dieu: mais c'eft par ]efus« Chrift y le Pontife du Tres^haut. Ce n'eft que par lui que les créatures, quel- que excellentes qu'elles foient, peu- vent adorer Dieu, le prier » lui rendre des aâions de grâce ^ de (es bienfaits.
Thbotime. AfTurément, c'eft en Jefus- Chrift aue tout fubfifte, puifque fans lui le ciel même n'eft pas digne de la Majefté du Créateur. Les Anges par eux-mêmes ne peuvent avok de rap^ fort, aaccés 3 de fbciecé avec TEcre infini. Il £iut qiie lefus * Chrift s'en mêle y qu'il pacifié le ciel aufE - bie» que la terré, en un mot qu'il reconci^ lie avec Dieu généralement toutds cho^ fes. Il eft vrai qu'il n*eft pas le Sauveur des Anges, dans le même fens qu'il Jfeft des hommes. Il ne les a pas déli^ vrez de kurs péchez comme nous: mais il les a délivrez de rincapacicé naturelle à là créature d'avoir avec Dieu quelque rapport, de pouvoir l'honorer divinement. Ainfi il eft leur Chef auffi'^bien que le nôtre, leur Mé- diateur y leur Sauveur; puifque ce n'eft eue par lui qu'ils fubfiftent, ôc qu'ils )s>approchent de la Majefté infinie de Dieu, qu'ils peuvent prononcer d'ac«i cord avec Dieu même le jugement qu'ils portent de fà (ainteté. Il me fem- ble que faint Paul avoit en vûë cette *^érité, lotfqu'il écrivoit aux Coloifiens ces paroles*toutes divines: Eripuit not gle patejhtte tenebratimy & tranjhîlh in regrmmfilii dileSioms/Ha, in tjuo habetnui redemptiontmper fanguinem ejns, remtjfto-' nem peccatontm: tjiti eft imago Dei inviji^ 150 QUATOIÎ2IE*M]^ ttfRiC, ijtêomam in ipfieondhafHntitmJ verfk inçœlis & in terréi^ vifibîUa & in^ vifibiUa, fiveThrpnij five Dominatiêhes, Jive PrincipaMs, five Potefiates: emniâ feripfi^m & in ipjfocreata fient;^T iPsB IST AMTB OU^KBS^BT OMNI A IH IPSO constant: ET IPSE EST CAPUT CORPORIsEccIESXi£^ fui eflprincipium ^ primogtmtHS ex monms^ VT SXT IN OMNIBUS IPSE PRIMÀTUU Y B N E N S ^ tjma in ipfifcomplaemt anmem fUnitHdinem inhabitare ^ & per eitm recon^ éiliare o M n 1 A in ipfrm^ pacificMs par fmgmmm crucis ejus five ^m in term, five aiu in c o É l i s s ir n T. Qae cei ^oles font excellentes, & cfu'ellef expriment noblement la grande idée que nous devons avoir de nôtre fainttf Religion f XI. A R 1 s f E. il eft vrai, Théo:*' Ëme, que cet endroit de (kint Paul, ii ^ut-êcre quelques autres. s'accorde*^ parfaitement bien avec ce que nous venons de dire. Mais il faut avouer de l>onne foi, que le grand niotif que l'E* triture donne à Dieu de Tincarnation de fbn Fils, c*eft fa bonté pour les hom>< ^es^ Sic Defisdilexît mïmmn, dit Saini( ÉNTREt lEN. Ifl ^ean, ut fiUwn funrn unigemtum daret. Il y a quantité d'autres paflages que Vous n^avez mieux que moi, qui nous apprennent cette vérité.
Théo TIME. Qui doute que le Fi]s de Dieu fe foit fait homme par bonté pour les hommes, pour les délivrer de leurs péchez? Mais qui peut aufii dou^ ter qu'il nous délivre de nos péchez Îour nous confacrer un temple vivant la gloire de fon Père: afin que nous, & les Anges mêmes honorions par lai divinement la Souveraine Ma jefté? Ce$. deux motifs ne font pas contraires i ils. • font fubordonnez l'un à l'autre. Et puiC> *que Dieu airne totttes chofes à propoN tion qu'elles font aimables, puifqu'il Vaime infiniment plus que nous; il eft clair que te pliis grand de ces deux mo-» tifs, celui à qui tous les autres fe rap^ portent, c'eft que fes attributs foient divinement glorifiez par toutes (es créa- tures en Jefus.Chrift Nôtre-Seigneur. ' Comme TEcriture n'eft pas faite pour les Anges, il n'étoie pas nécefTaire qu'elle nous rebâtît fbuvent que Jefus- Chrift étoit venu pour être leur Chef •ttfE*bien que le notre ^ & que nous ne s s ajl Qj7ÀTOR2IE'Af E ferons avec eux qu'une feule EgUfe ti qu'un fetil concerc de lottanges. L'Ecris fure, fiûte pour des hommes, & pour des hommes pécheurs, dévoie parler tdmme elle a &it ^ 8c nous propofer fans ceflè le motif le plus capable d'ex* dcer en nous une ardente charité pour tiôcre libérateur. Elle devoir nous rcf- réfenter nôtre indignité, & la nécet té abfoluë d'un Médiateur, pour avoir accès auprès de Dieu: nécelSté, en« eore bien mieux fondée fur le néant 8C l'abomination du péché, que fur l'ia- Capacité naturelle à tous les êtres crées. Toutefs les pures créatures ne peuvent par elles-mêmes honorer Dieu divine^ ment: mais aufli ne le déshonorent*^ elles pas comme le pécheur. Dieu ne met point en elles fa complaifance: mais aufli ne les a-t'il pas en horreiu^ comme le péché, & celui qui le com« met. Il falloit donc que l'Ecriture paç« lit comme elle a fait de ^incarnation dre Jefus-Chrift, pour faire fentir aux hom^ mes leurs miferesi, & la mifericorde de Dieu } afin que le fentiment de nos mi- iêres nous retint dans l'humilité, 8c que la mifericorde de Dieu nous rem« Entretiem. 153 *^ic de confiance & de charité.
Théodore. Vous avez raifon ^ Theocimc. L'Ecriture Sainte nous par- le félon les deflèins de Dieu y qui font dThumilier la créature, de la lier à Je- j» fus-Chrift, & par Jefus-Chrift à lui. Si Dieu a laiflé enveloper tous les hom- mes dans le péché pour leur faire mife- xicorde en Jefus-Chrift, c*eft afin d'alv battue leur orgueil, Se de relever la puifTance & la dignité de fon Pontife. Il a voulu que nous duflions à nôtre di- vin Chef tout ce que nous {bmines, jK>ur nous lier avejC lui plus étroite-* xnenc. Il a permis la corruption de fon ouvrage, afin que le Père du monde futur 9 rÂuteur de lacelefte Jerufalem travaillât Cm le néant, non de Têtre, mais de la fainteté ôc de la juftice, 6c que par une grâce qui ne peut être mé- ritée, nous devinilions en lui & par lui une nouvelle créature ^ afin que rem- plis de la Divinité, dont la plénitude Dabite en lui fubftantiellement, nous puffions uniquement par Jelus-Chrift cendre à Dieu 4ps honneurs divins. Lifèz avec réflexion les Epîtres de faine paul^ & vpus y trouverez ce que je *54 Qi? ATO RZIE^ME vous dis. Que ne iIevons-no.us point % (ceiui qui nous élevé à la dignité d'en* fans de Dieu, après nous avoir cirez d'un état pire que le néant même ^ Sc awi pour nous en tirer s'anéantit jufqu'^ te rendre femblable à nous y afin d'|tre la viétime de nos péchez? Pourquoi donc TEcriture, qui n'eft pas faite pour les Anges, oui u'eâ: pas tanjc faite pour ^es Philofopnes que pour les (im|lles,' qui n'eft faite que pour nous faire ai* jner Dieu ^ & nous lier avec Jefusr Chrift, & par Jefus.Cbrift à lui: pour- quoi, dis-je, TEcritura nous explique* roi&elle les deflèins de l'incarnatioa par rapport aux Anges } pourquoi apptne* roit^elle (ur Tindignité naturelle à cou^» ces les créatures ^ Tindignité du pecbé étant infinin^ent plus fenfible, & la vi^' de cette indignité beaucoup plus capa« ble de nous humilier & de nous anéan-» tir devant Dieu } Les Anges qui font dans le Ciel n'ont jamais ofi^fé Dieu. Cependant faint Paul nous apprend que Jefus-Cbrift pacifie ce qui eft dan^ le ael au0i«bie^ . que ce qui eft fur la terre: Pacifican$ * ' ^-pfffn^nm mtps ejasjive ^uie in tçrrii Entretien. 255 fSint,J!ve tjH4tin cœlis: oueDicu réta- blit, qu'il foûtient, ou ielon le Grec ^ qu'il réunit toutes chofes fo^is un me. M '^^^^ sne Chef, ce qui eft dans le ciel & ce xtpa^ ,qui eft fur la terre: * Infiaurare omtiia xan^ in Chrifto, ejut In ccâis & ^ha in terra ca^oi» (mt inipfo; que JefiiSrChrift en un mot^ ^.^^,^ eft le Chef de toute TEglife: Et iffum 10. * diJit eaput/hfra omnem Ecclefiam. jCel^ ^*V ne fuffiuil pas pour nouji Ëiire com^ {Mrendre, que ce n'eft que par Jefus* Chrift que les Anges mêmes adorent Dieu divinement } & qu'ils n'ont de focieté, d'accès, de rapport avec lai ique par ce Fib bien-ai^l.é ^ eh qui le Père fe plaît uniquement, par qui il fe complaît parfaitement en lui-même ) pUeUns meus in quo hni amplacnit ani' Mdt$94 A R I s T E. Cela me paroit évident, n n'y a point deux Egliles difièrentes 9 deux faintes Sion. Acctjfiftis ^ dit iàint Paul ^ ai Sion montem & ciyitatcm Dti ^^^^* vivemis,JtrHfaUfn cœlefiem, & fnuUorHm * ^ * ** • jingîlorHmfrtqHfntiam, fx puifque Dieu à établi JeÇis Chrift fur toute rEglife, e qroi que ce n'eft que par lui que le§ Anges mêmes rendent à Dieu leurs de^ ij^ Qjtatorzie'mb.
▼oirs^ & qu'ils en font & ont coûjouri ité reçus favorablement. Mais j'ai une difficulté à vouspropofèr contre le prin* cipe que vous avez établi d'abord.
XII. Vous nous avez dit, Theodo* re, que Dieu veut être adoré en efpcit & en vérité ^ c'eft à dire y par des juge* mens & dés mouvemens de Tame; & que nôtre culte, & mêmes nos bonnes ceuvres tirent leur bonté morale des jui gemens qu'elles prononcent^ lesquels jugemens font conformes aux attriouts divins, ou à l'Ordre immuable dé% nerfeâions divines. Vous m'entendez bien. Mais ^ je vous prie y penfez-ivous que les (impies y entendent tant-defi« nefTe? Penfez- vous qu'ils forment de ces jugemens qui adorent Dieu en efptic & en vérité > Cependant fi le commun des hommes ne porté point des attri^ buts ou des perfeélions divines le juge« tnent qu'ils en doivent porter, ils ne {irononceront point ces jugemens par eurs avions. Ainfi ils ne feront point de bonnes œuvres.Ils n'adoreront point aulli en efprit & en vérité par leur foi en Jefas-Chrift, s'ils ne fçaventbien^ (^u'oâhr le Fils au Père ^ c'eft déclarer ^uç 'EnT RETIBN. 157 ^ae la créature & que les pécheurs ne Îeuvenc avoir direâemenc de rapport ^ Dieu. Et c*eft à quoi il me femble que beaucoup de Chrétiens ne penfenc point. Bons Chrétiens toutefois, & que je ne croi pas que vous ofiez condam« ner* T H g 0 D 0 it E^ Prenez bien gacde^ Arifte, Il n*eft pas ab(blutnent nécef* faite pour &ire une bonne aftion, de f^avoir diftinâement qu'on prononce pat' elle un jugement qui honore les anributs divins, ou qui (oit conforme à rOrdre immuable des perfeâions que renferme TEflènce divine.Mais afin que nos aâions foient bonnes, il faut né- ceflàirement qu'elles prononcent par elles-mêmes de tels jugemens ^ &que celui qui agit ait du moins confufé- niAt l'idée de l'Ordre, Se qu'il l'aime, quoiqu'il ne (caché pas trop.ce que c'eft. Je m'explique. Quand un homme fait l'aumône, il fe peut faire qu'il ne penfe point alors que Dieu eft jufte. Bien loin de porter ce jugement, qu'il rend honneur par fon aumône à la ju- ftice divine, & qu'il fe la rend favora^ ble ^ il fe peut faire qu'il nepenfe poini Tome IL Y Ij8 Qi?ATO!LZI«'ME à la récompenfe. Il fe pêne faire aaffi qu'il ne fçacbe point qae JDiea renfer^ me en lui-même cet Ordre immuable donc la beauté le frappe aâuellemenc ^ ni que c'eft la conformité qu'a (on aâion avec cet Otdre^qui la rend efleiw tiellement bonne, & agréable à celui dont la loi inviolable nfeft que ce mê-* me Ordre. Cependant il eft vrai de du re, que celui qui fait quelque aumône^ prononce par la libéralité ce jugement; que Dieu eft jufte $ & qu'il le prononce d'autant plus diftinâement, qde le bien dont il fe prive par fa charité loi feroit plus néceflaire pour (àcisfaire (es paflions ^ & que plus enfin il le prû^ nonce diftinâement ^ il rend d'autant >lus d'honneur à la juftice divine, il 'engage d'autant plus à le récompen^. fer 9 il acquiert devant Dieu de piu» grands mérites. De même quoiqu'il ne içache point precifément ce que c'eft ue l'Ordre immuable, & que la bonté efon aâion confifte dans la.confor- mité qu'elle a avec ce même Ordre, il eft vrai néanmoins qu'elle n'eft êc qu'elle ne peut être jufte que par cette conformité* 3 3 t^epuis le péché nos idées font (î con- fiifes, & la loi nàcurelle eft tellement éteinte, que nous avons befoin d'une loi écrite pour non» apprendre (ènfible- tnenc ce que nous devons dire ou ne faire pas. Comme la plupart des bons- mes ne rentrent point en eux-^mêmes, ils n'entendent point cette voix inté-» rieure qui leur crie, Non concupifies. Il a fallu que cette voix fç prononçât au dehors, & qu'elle entrât dans kur e& fif it par leurs Cens* Néanmoins ils n'ont Jamais pu efiacer entièrement l'idée dé 'ordre 3 cette idée générale qui répond à ces mots: Il font, on doit, il eftjujh de. Car le moindre ligne réveille cette idée iffeflàçable dans les eiifans mêmes qui font encote pendus à^ la mammelle. Sans cela le» hommes feroient totit-à- &it incorrigibles, bu piûtôt abfolument incapables dé bien & de mal. Or pour- ^ que l'on agiile par rdépendahce de cette idée confhfe 8c g^né^ale de l'Or- cire, Bc que et que l't^n fait y (bit d'ait^^ téisrs parfkitement'cdiifbrm'e 01 êft cet^ lainkjue lé motkvémeilt da corat eft'réi filé, quoique l'éfprit né (bit point fort cdairc. Il eft vrai que c'eft robéifTance iéo Quatorziê'me