SigPhi · Nicolas Malebranche

Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et sur la mort

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iéo Quatorziê'me à Tautorité divine qui fait les Fidèles & les gens de bien. Mais comme Diea ne peut commander que félon fa loi in- .violable, rOrdre immuable, que félon le jugement éternel Se invariable qu'il ^orte de lui-même & des perfeâions qu'il renferme dans (on efTe nce: il eft clair que toutes nos oeuvres ne fonted fentiellement bonnes, que parce qu'el- les expriment, & qu'elles prononcent, )pur ainiî dire, ce jugement. Venons maintenant à l'objeétion de ces bons « Chrétiens qui adorent Dieu dans la fim^ plicité de leiu foi.

XIII. Il eft évident que rincarnation ie Jefus- Cbrift prononce, pour ainfi dire, au dehors ce jugement que Dieu porte de lui-ixiême « que rien de fini ne peut avoir de rapport à lui. Celpiqui reconnoit la néceffiié d'un Médiateur ^ prononce fur fa propre indignité: & s'il croit en même tems que ce Mediareuf ne peut être une pure créature, quelque excellence qu'on veiîille la fuppofer, il xeleve infiniment la: Divine Ma jefté. $4 fqirepelle^mêmn^eft doncrconforme.au jugement que Dieu porte de nous & de fes divines perfeâions, Aiafi elle adore Entretien. i€ï Entretien. i€ï eu parfaitement: pmfque par ces ju- tnens véritables,& conformes à ceux e Dieu porte de lui même, elle mec fpric dans là fituation la plus refpe- leufe où il puiflè être.en prefence de 1 infinie Majefté. Mais dites-*- vous ^ plupart des Chrétiens n'^y entendent int tant de fineflè- Ils vont à Diea it Amplement. Ils ne s'apperçoivenc ilement pas qu'ils font aans cette £U ttion fi refpe&ueufe. Je vousravoue« ne le fçayent pas tous de la manière ne vous le fçavez. Mais ils ne laiîlèiic ; d'y être. Et Dieu voit fort bSn iU y font, du moins dans la difpo- on de leur cœur. Ils abandonnent à us-Chrift qui eft à leur tête, & qui ^ jr ainfi dire y porte la paroje de les Tenter à Dieu dans Tétat qui leur ivient. Et Jefus-Chrift qui. les re* de comme fon peuple, comme les mbres de fon propre corps, comme s à lui par leur chanté & par leur ne manque pas de parler pour eux, je prononcer hautement ce qu'ils (ca^^oienc exprinoer. Ainfi* tous les retiens dans la fimplicité de leur foi, a préparation de leur cœur, adorent; 1^2 QUATOIÎZIE^ME • incedàmmenc par Jefas-Chrift y d'at^ adoration tres-parfaite & cres-agréabie à Dieu, tous Tes attributs divins. Il n*eft pas néceflàire, Arifte, que nous fça- chions éxaâement les raifon^ de n6tre foi,J'éntens les ratfons que la Meta» phynque peut nous fournir. Mais il eft tfblolument nécefl!aire que nous la pro- feflions: de même quM n^eft pas néJ celHtire que nous concevions diftinAe- ment ce qui (ait la moralité de nos o^ vres, quoiqu'il foit abfolument néoe£« iyre que nous en &(fions de bonnes. Je ne croi pas cependant que ceux qui le mêlent de philofopher, pixiflènt enu ploïer leur tennis plus utilement, que At tâcher d'obtenir auelque intelligence des véritez que la h>i nous enfeigne.

A n I s T B. A durement, Théodore,' II n'y a point de plaifir plus (ènfible^ ou du moins de joïe plus folide, que celle que produit en nous rinteiligencc des veritez de la foi.

Theotime. oui dans ceux qtfi but beaucoup d'amour pour la Rdlî- gion, & dont le cœur n'eft point corl» rompu. Car il y a des gens à qui là lu^ inierefait de la peine. Ils fe fichent de EntrétieW- ièj voit ce qu'ils voudroient' peu^€tre qiit ne fût point.

Théodore. Il ya peu de ces gens-là, Theocime^ Mais il y en a beau- coup qui appréhendent) & avec raifbn^ qu'on ne tombe dans quelque erreur | & qu'on n'y entraîne les autres. Us (e-^ roient bien-aifé^ q^'on éclahck les ma<« tieres, & qu'on défendit la Religion* M|k cojtnme on fe défie naturellemenc de ceux qu'on ne connoît point y oti craint, on s'e£Fraïe, on s'anime, Sç on prononce, enfuite des jugemens de paflîon ) toujours iniuftes & contraires à la charité. Cela fait taire bien des gens » qui devroient peut-être parler^ ôc de qui j'aurois appris de meilleurs principes que ceux que je vous ai pro« pofez* Mais fouvent cela tfoblige point au filence ces auteurs étourdis Ôc téme-* raires>) qm oublient hardiment tout ce qui leur vient dans Tefprit. Pour moi, quand un homme a pour principe, de ne fe rendre qu'à l'évidence & à l'aUi* torîté; quand )e m'apperçois qu'il ne travaille qu'à chercher de bonnes preu- ves des dermes reçus, je ne crains point qu'il pui& s'égarer dangereuiement# SÏ4 Ql^Atorzie^mï Peut-être tombera-t'il dans quelque erreur. Mais que voulez-vous? Cela eft attaché à nôtre miferable condition. C'efl: bannir la Raifon de ce mond^ ^ s'il faut être infaillible pour avoir droit de raifonner* A a I s T E« Il faut, Théodore ^ que je vous avoUe de bonne foi ma prévenu cion. Avant nôtre entrevue j'étois dans ce fentiment, qu'il falloit ab(bludAit bannir la Raifon de la Religion, com* me n'étant capable que de Ta troubler» IMais je reconnois prefentement, que fi nous l'abandonnions aux ennemis de la Ibi^nous ferions bien^^tôc pouflèzàbout^ Se décriez comme des brutes. Celui qui a la Raifon de (on côté, a des armes bien pui fiantes pour fe rendre maître des efprits. Car enfin nous (bmmes tous raifonnables, & eflèntiellement raifon* nables. Et de prétendre fe dépoiîiller de fa raifon, comme on^fè décharge d'un habit de ceremonie^c'eft fe rendre ridicule, & tenter (inutilement rimpof» fible. Audi dans le tems que je déci- dois qu'il ne falloit jamais raifonnereil Théologie, je fcntoisbien que j'exigois des Théologien^ ce qu'ils ne m'accor* dcroienc Entretien. iSy Croient jamais. ]e comprens maincei» nant, Théodore, que je donnois dans un excès bien dangereux, 6ç qui ne Blu foie pas beaucoup d'honneur i rpcrc fâince Rehgipn ^ fondée par la Souve« raine Raifon, qui s*eft accommpdjêe à nous y afin de nom rendre plus raJfon«- nables. Il vaut mieux Ven tenir au (em*^ {>erainent que vous avez pris, d'appuïer es dognies fur Taucoricé de TEgliie ^ Sç de chercher des preuves de ces dogmes dans les principes les plus (ûnples 6c les plus clairs que la Raifon nous fourniflè. Il faut ainfi faire fervir la Metaphyfl* que à la Religion, ^ car de toutes les parties de la Pnilofopnie il n*y a gueres que celle-là qui puifle lui être utile ) & répandre fur les véritez de la foi cette lumière qui fert à rafîûrer Tefprit y 6c à le mettre bien d'accord avec le cœur« Nous conferverons par ce moïen la qualité de raifonnables, nonobftanc r.ôtre obeïffance & i ôtre foûmiflion à rautorité de TEglife.

Theoooile» Demeurez ferme; Arifte, dans cette pcnfée, toujours foû- mis à l'autorité de TEglife, toujours prêt de vous rendre à la Raifon. Mais lie prenez pas les opinions de quelques Podeurs^ de quelques Çomipunaute;;; fie mêmes d'une nation entière, pour {des véricez certaines. Ne les condamne^ pas non plus trop légèrement. A Té- jgard des iencimens des Philofophes ne TOUS y rendez jamais entièrement, que lorfquerévidence vous y oblige & vous y force. le vous donne cet avis, afin de guérir le mal que je pourrois avoir fait 'y Se que il; j'ai eu le malheur de vous propofer comme véritables des fenti.- jnens peu certains, vous t)ui0iez en re« connoure la laullèté en (uivant ce bon avis, cet avis G. néceflaire, & que jt ^ainsfor.c d^avoir (buvent niêgligé.

■fi^ SSim ENTRETIENS SUR LA MORT V L ENTRETIEN.

Ri s T E & Theotime a voient lié encr'eux une étroite ami« tic depuis les entretiens pre« cedens. Arifte par fon hon- nêteté & fes manières enjouées avoic gagné le coeur du Philofophe Theoti- me: & Theotime s'étoit attiré Tcftime 4'Arifte par la netteté de fes idées & par la iuftefle de fes raifonnemens. Le Phi- loiophe 6c le bel efprit font naturelle.- .ment incompatibles, lorfqu'ils veulent toujours conferver leur caraâere. Mais Theotime s'humanifoit fouvent par le plai/ir qu'il trouvoit dans les agréables fcnfées d*Atifte^ ou peut.e^'-e par un i-ij 4^8 LEntretien iêntiment plus Chrétien & plus relevé j fetnblable à celui de la fouveraine Rai?- fon, qui a bien voulu prendre une n^ cure & des manières fenfibles, pour s'accommoder à la foibleflè des hom« ^es qui n'écoutent aue leurs fen^. Et Ârifte de (on côté &i(oit cffbn de tems entems pour rentrer en lui même, 6c confulter de concert avec Theotime U Vérité intérieure. Et parce qu'ils rece« voient Tun & l'autre les mêmes ré« r^nCes de la même Raifon qui préfîde tous les elprits, ils étoient prefque toujours parraitement d'accord. Ce(l« là ce qui a pu lier fi étroitement deux perfonnes d'un fi diffèrent caraâere: car lorfqu'on eft uni par l'erprit, on l'eft bieui-tôt par le cœur, quand on a le cœur bien fait, & qu'il n'eft point cfclave de quelque bas intérêt.

Cependant ces deux Meflieurs ne purent un jour s'accorder fiir le fbjet de la Mort, Arifte trouvoit la vie trop courte: Theotime la trouvoit trop Ion* pue. La (èule penfèe de la mort faifoit horreur à Arifte: rien de plus terrible pour lui. Theotime au contraire parloit de la mon avec des tranfports de joïe. (Ç*cft la fin de iços nçs maux ^ difi)it-i|9 C'eft le tems de la récooipenfe & du fouverain bonheur. C'eft le commen-^ ceinenc d'une vie heureufe & qui ne finira jamais. Pen(êz-vous, Arifte^ pouvoir être heureux dans une terré étrangère, fu jet à mille miferes & touc environné de ipiferables } Nôtre patrie c'eft le Ciel; c'eft là qu'habitent ta véi» rite & la juilice: c'eft au/fi là que nous trouverons la félicité & la joïe. Arifte fecoiioit la tête à ce difcours, & à quantité d'autres (emblables: & quoi« que dans lé fond il en approuvât la plâ« part, il ne pouvoit fouffrir cet air de confiincè avec lequel Thedtime lui par** loit. Voilà de grands fentimens, diloic- il ^ 8c dignes de Theotime. Mais je craindrois fort pour Ton intrépidité, li ce monftre horrible de la mort étoic prêt à le dévorer. Dans ce moment Théodore arriva: l'un & l'autre crûrent avoir en lui un bon fécond, auflî- biea qu^un ami fincere. Arifte lui expofa le fujet de leur difpute, & lui demanda fon fentiment- Vous avez peut - être tous deux raifon, répondit Théodore: vous, Arifte, de craindre la nlort, 8c vous, Theotime, de la defîrer. Mais re« mettons à demain cette imponante ma: Ziii 170 I. Entretieit tiere: Elle demande corne nôtre atren^ lion. Il faut que nous la méditions fé- rieuièmenc tous trois ^ avant que de nous en entretenir. On en tomba d'ac^ cord, & le lendemain Théodore corn- mença de cette forte.

Theodoilb. J'ai bien de la joïe^ mes chers amis, de ce que vous vou^^ lez que la mort (oit aujourd'hm le fujet de notre entretien. Car quoique la plû« part des hommes n'ofènt la confiderer^ & que les plus hardis ne s'en appro- chent qu'en tremblant: c'eft fur Tes avis » iif ow- falutaires que le Sage * règle toute fa H^^ftî/j conduite. En effit, la penfée^ie la memoTA^ mort chaiige toutes nos idées & coni ^fir^Hu damne tous nos deffeins. Car le tem» ^ ** *- comparé à l'éternité approche fi fort ilT^c du néant, que les biens & les maux tahis. d'une 6 courte durée ne paflênt que 4", ' ^' pour des phan tomes dans un efprit bien convainoi. de fon immortalité.

Si vous regardiez, Arifte / comme de vrais biens les corps qui vous envi- ronnent, certainement vous auriez fu- jet de craindre la mort: car fûrement elle vous les enlèvera: &c ce qui eft bien plus terrible, elle nous livrera tous entre les mains du vrai bien, qui ^ub: la MôRt; i'ii Jaloux de Tamôur qui lui eft dÛ;, fë vangera éternellement de Tinfidelit^ de les créatures. Mais vous êtes trop^ éclairé pour regarder comme de vrais biens ces viles fubftances qui vous font aflTujetties, ces êtres impuiflàns j qui bien loin de pouvoir nous rendre heu-( ^eux, ne peuvent pas mêmes nous avetw tir de leur pre(ehce. Car voUs fcavez^ ^ue les corps ne peuvent agir uir les efprits y Se que l'idée fenfîble que nous en avons eil bien différente de Tébran-^ fement (fue je veuit bien fùppoftr qu'ils ^roduifent dans le cerveau. La crainte que vous avez de la itiort'ne Vient donc fSLS de ce que vouis connoiflèz claire- ment *, mais plutôt de ce que vous fen* fez confufément que les corps font vé- ritablement des biens. Et fi cel!^ eft, eette crainte eft purement xlaturelle, 6C la raifon n'y a point de part. Comment donc pourriez-vous la juftifier } Il eft l^ermis de fuïrlamort, fi la Raifon ne nous y condamne par, la fuite & tous les autres mouvemens du corps peuvent être déterminez par l'inftinâ; & le fen- timent. Mais les lïiouvemens de Tame^ tel qu'eft celui de la crainte, afliiré^- jnent ils ne doivent êcre réglez que pacf nij.

nij.

la Raifon. Quoi! ne fçavez-voos pfns que toutes les impreflions fenfibles ne nous font données que pour la conièr- vatiôn de fiôtre être fenfible -, 8c que toutes les démarches de l'efprit vers le vrai bien doivent être réglées par la lumière de la Raifon* Aimer, baïr^ defîrer ou craindre oar inftinâ ou fen* riment confus, n'eft pas aeir en créa- ture raifonnable: 8c s'il n'eft pas permis d'aimer le vin & de le regarder comme un vrai bien, nonobftant le fèntiment agréable qu'il femble produire en ncus^ un efprit éclairé ne croira jamais devoir craindre la mort, nniauement à caufe de cette horreur fenfible qu'elle exqte en lui. Car cette borieur n'eft qu'un fèntigpent confus, qui n'ébranle l'amd que pour la conservation d'un corps tellement oppofé à nôtre bonheur, que tant qu'il fubfiftera tel qu'il eft, nous ne jouirons point du fouverainbien* A R I s T Ë. J'ai appris de vous Se de Theotime, ou plutôt pour parler corn, me vous le fouhaittez, j'ai appris des réponfès intérieures de nôtre Maître commun, qu'il ne falloir jamais que l'efpri't fe laiflît conduire par l'inftinâ & le lêntimenc: car ils n'avertiflènt iUKLAMoRT 273 iUKLAMoRT 273 Tame que pour le bien du corps. Oui )e fuis convaincu aue la Railon doit régler toutes nos démarches. Ceftun guide fidèle, un guide éclairé; mais c'eft le dIus fôcheuz & le plus incom- mode ^e tous les guides. Elle n'a nul égard à nôtre fbiblede & à nôtre laffi. tude. Les chemins où elle nous engage font impraticables: malgré tous mes efibrts y je n'avance point. ]e me fens au contraire agréablement tranfporté dans ces routes enchantées, où mes (èns êc mon imagination me conduis iènt. Et fans cette voix intérieure qui me crie fans ceflè que je m'égare, je ferois Thcmme du monde le plus con- tent.

Theotimb. Vous feriez, Arifte, Phomme du monde le plus malheureux.

Theodokb. Arifte feroit heureux fans doute, comme ces vi Aimes qu'on cngraifle pour le facrificele font aûueU lement; car elles ne font point inquié- tées du futur, Se elles joiiiflènt du prè- (ênt. Mais cette voix intérieure ne (è taira pas. Vous en entendrez fans ceflè^ mon cher Aride, des reproches & des menaces terribles, Jufqu'à ce que vous yottsfoûmettiez à (es Ordres. L'apprélieniion de la mort & de récernicé quf ta fiiit troublera cous vos plaifirs. Elle tous chagrinera, elle vous défolera dans le fond de Tame, fulfiez- vous touc raïonnanc de gloire & comblé de mille i>iens.Pbur devenir folidemem heureux^ il ne faut point quitter ce chemin étroit qui conduit à la vie. Il elt; vrai qu'il eft impraticable ce chemin, & que ce fe^ toit en vain que la Raifon nous y rap-> pelleroit intérieurement, (î elle ne mar^ choit devant nous, fi elle ne nous foûw tenoit, (î elle ne nous donnoit la force* de la fuivlre. Mais voilà que cett^ lu^ ^fta». miere intérieure, * qui éclaire tons les * * hommes qui viennent au monde, paroîc devant nous y faite comme nous. £He nous prend par la main, elle nous e^*- horte à la fuivre, & choifillànt pour" elle les pas les plus fâcheux, elle nous^ f ranfporte,• pour ainfi dire, par le mou-^ fement qu'elle nous dontie. Souvenez- vous, Arifte, de ce que je vous ai dit- tant de fois, que la Sagedè éternelle qui nous parle fans ceiTe dans le plus fecret de nous-- mêmes, nous voïanif répandus au dehors, s'eft enhn prefen-- tée devant nous, pour inftruir^ d'une' manière fenfible y groflîére Se char^ nelle (c'^eft rexpreflîon d'un grand Saint) ^^^•/'*'" des hommes charnels, & qui ne s'atta- chent qa'au fenfible*. Souvenez - vous* de l'exemple que JefusXhrift nous* a montré durant fa vie, & que factifianc enfin cette nature fenfible en Thonncur du vrai bie^ non feulement il nous a appris par la le peu d*eftime qu'il faut faire de la vie prefènte & de tous les objets de nos fèns ^ mais de plus, qu il nous a mérité la force néceflaire pour méprifer ces vains objets, Se marcher à grands pas dans le chemin qui conduit à la vie» Si ce corps de péché nous ap« pefantic & nous rend immobiles dans ce chemin difficile; fi l'imagination 6c les fens nous follicitent à le quittef y que i le (èntiment intérieur que hou» avons de nôtre foiblefle ne nous defeC- père pas. Mais humilions-nous pro- y fondement, & invoquons fans cefle le 4 jt^ Sauveur des pécheurs: * Qmconque imo- »! *i •, ifuera le mm du Seigneur fera fauve. * JVl?- » j^^ ^^ tre fouverain Prêtre eft mainteHam dans U 4: h* 7^ Saint des Saints, toujours vivant four inr^ * tercederpour nous: & c'cfft de là que deP» cend cette force toute celefte qui nous fera méprifer la terre Se fuivre jufques * ^j^f. 4an& le Ciel nôtre divin * Précurfeur. ^: 10.. ' 2^6 I. Entretien 2^6 I. Entretien Que les Païens, Arifte, craignent la mort, ces [yeclieurs qai ne fçavent Jas que le Fils de Marie a été nommé E ^ u s, * parce efH^U devait délivrer fin ' feupU de leurs pechc'T^ Il n*y a point pour eux de monftre plus tenible. Les Péri^ pateiiciens l'ont crû avec J||iron, & le Sage des Stoïciens qui la bravoit eft le plus infenIS des hommes. Cacon, Tin* tbtcuné Caton le fçaic bien maintenante %liA-^ Mais ne croïez-vous pas t tjue le Seigneur J fe s ù s a détrtùt parfit mort Pempirede la rnort, & q^il a mu en liberté ceux tfm toHte lenr vie if oient dans me cruelle fervi^ tude, parrapprihenfion aie Us en avoient? Nôcre Cher eft reffuicité, ic nous le fônîmes avec lui. Nous fbmmes enle« véz avec lui dans le Ciel, 9i là nous régnerons éternellement avec lui. C'eft • 2^*« faint Paul qui vous le dît: "^ Convivifica- ' * i/it nos in Chrifio, & conrejfufcitavk ^ & Confedirt fedt in cceUflibus in Chrifio jefii» Cette cfkpreflion parole bien hardie. Mais quoi! Dieu ne manque jamais à «wr!*'^^ promeflès. Il a mêmes T confirmé par ferment celle qu'il nous a faite en Jefus-Chrift. Pourquoi donc ne pour^ rions-nous pas dire que nous podèdons déjà ceéju'il nous a promis } On le peut SVK LA Mort. 177 perdre, il eft vrai: mais 011 ne le peut qae par fa faute. Et perdre par fa jtaute des l3iens infinis ^ paroîc à faint Paul une folie fi infigne, qu'il ne veut pas croire que les Ephefiens à qui il écrit: en foienc capables. Ne craignons donc point la mort qui nous met pour jamais en pleine poITeiEon des promeflès. Mais qu'une (ainte horreur nous faififlè 6c nous épouvante, lorfque la volupté nous foUicite, 6c que Torgiieil nous révolte contre la loi d'un Dieu vangeur* A & I s T £. Je vous avoue que ceux qui ont une foi vive, & une ferme efpc- rance aux magnifiques prorneflès des biens à venir, n'ont pas grand fujet dfi craindre la mort. Cependant ce pafHige eft fi oppofé à la nature, que je ne croi })as qu'il foit poffible d'en approcher ans horreur & fans crainte. Çar'enfin ' Jefus-Chrift lui-même a craint )a mort. Ton approche l'a fait frémir. Il en a fiié )e fang » & elle a arraché trois fois de lui cette prière: Pater mi, fi foJftbiU ejf, ^^j^ prartfeât a me callx ifie: prière qui con* »<; ifi% fond TorgUeil des Stoïciens, & qui jdevroit un peu diminuer ia confiance ide Theotime.

p.j% T. Entretien <]ui augmente ma confiance: car JeHis.. Chrift nous a délivrez de la crainte de la mort lorfqu'il a bien voulu en feniir les firaïeurs. Ce font Tes foibleflès volcntai- tes qui font notre force, Sr qui nous délivrent de nos foibleSès involontai^ res. Au refte, je ne prétens pas être inr fenfibleà cette horreur naturelle qu'on a de la mort; mais je ne croi pas pour «cela la devoy: craindre.

Théodore. Comment, Arifte, ^enez - vous de parler de l'Homme^ Dieu } Non, Jefus • Chrift n*a point yoaH. craint la mort. Il Ta defirée; ^ il Ta \°' J^- afftontée: il s'eft livré lui-même fore 2faji )3: tranquillement entre les mains de ceux ^' qui dévoient la lui faire fouiftir de la manière du monde la plus cruelle. Il eft vrai qu'il a fénti les horreurs de la mort, félon ces paroles: Tranfeatame çalix ifte. Mais il n'y a pas confentî: Vtmm tamîn non fient ego volo^fti fient tu. Et s'il les a fenties, ces horreurs 5 c'eft xju'il a voulu être frappé de la jufte ter- ireur que la mort doit faire aux pécheurs» C'eft qu'il s'eft volontairement regardé comme la viâime du péché: c'eft qu'il a^oulu augmenter le mérite &laper/* IfeâJon 4e Xorx faprijfice jpar itous les /en^ «UBL LA Mort, 17^ «UBL LA Mort, 17^ irimens les plus pénibles: c'cft enfin quM ^ voulu témoigner Ton zèle pour la gloire de fon Père, & l'excès de fa cha- rité pour fes frères* Mais cette triftefle, * dont il a voulu que fon ^me fut com- * Mattii nie accablée dans le tems de fa paflloi^, * ' ^^' fait la joïe des Chrétiens au moment de leur mort. Ainfi la confiance de Theo,- time n*eft point vaine iç mal fondée. L'efperance en Jésus ne trompe point; ^ Spes non confnndit^ L'homme de doH^ *^mA Itnrs, pour parler comme le Prophète, ïfrye \}i a véritablement pris pour lui nos foi- i>lefles & nos langueurs. Il s'eft chargé M nos iniquitez, & par là il nous a dé<* livrez de la crainte de la mort. Car 1^ fnort n'eft terrible que pour les pe»- cheurs. Elle eft à defirfr pour les jades, parce que c'eft le montent auquel Dieu rendra à chacun la récompenfe ou la peine dûë à leurs oeuvres.

A R I s T E. J*ai donc un fujet legi- dîne de craindre la mort: non à cau(è de cette horreur fenfible qui me faific quand f y penfe; mais à caufe que rien n'eft plus terrible que de tomber entre les mains d'unDieu jaloux, d'un Dieu mangeur, d'un Dic;a qui connoit tous 4t:$ défQidrjïs de ^a viepaflëe^ ^ c^ui i8o I. Entretien i8o I. Entretien ne peut laifTer le péché impuni. Voos pouvez peuc-êcre l'un Se Tautre mourir avec )oïe dans refperance de ce qui elî dû à vos bonnes oeuvres. Mais que dois- y: attendre de la Juftice divine ^ moi dont toute la vie...Theodoue. Tremblez, Arifte, devant Dieu, dans la penfée de vos dé. fordres. Vôtre crainte eft raifonnable, ic elle vous fera falutaite, fi elle vous fait recourir au Sauveur des pécheurs. Theorime n'eft pas exemt de cette eC* pece de fraïeur; mais fa (bi le rafliire, & bannit de fon efprit le trouble & Tin- quiétude. Ne peniez pas, je vous prie, que nôtre efperance 6c nôtre joïe foient appuïées fur nos œuvres. Elles (êroient tres-mal fondées. Ceft fur nôtre foi en .Jefus-Chrift, & fur la charité qu'il ré« pand en nous.^ Ceft fur-nôtre adoption * R«m. divine ^ qui nous donne droit de parler '*• *^' à Dieu comme à nôtre Père. Nous fbm- t I/o*», mes f tous pécheurs; mais Jésus eft le ^' *' ^' Sauveur des pécheurs; & fi nous avions l'orgiieil de nous croire exemts de pé- ché, nous n'aurions plus de Sauveur. » K9M. Nous fbmmes ^ perfuadez que Dieu ne '' trouve plus aucun fujet de condamna* tjk)n daps ceux qui pnc la foi en J^f^$* ' Chrift s uK LA Mort. i8ï s uK LA Mort. i8ï Clirift & qui font animez de la charité. Bc comme Theocime a fentimenc inté- rieur de fa foi & de fon amour pour Dieu, il appréhende avec raifon la vie, beaucoup plus que la mort: cette vie inféparable du péché qui lui fait hor<- reur, que la mort qui l'en délivrera, 6c qui le mettra en poflèfEon de celui qu'il aime.

Theôtimb. Helas! peut-on haïr le péché Se aimer la vie qui ne peut ctre fans péché } Mais ^ Arifle, ne con« tons point fur refperance d'une éterni^ té bienheureufe: ne regardons que le 'pre(ènt« Quoi! le néant même ne vaut« il pas mieux ique l'aflexnblage des biens & des maux de cette mifecable vie^Une ame non feulement unie à un corps la plus vile des fubftances ^ mais dépen- dante de ce corps: unie par ce corps à tous ceux qui nous environnent, dé- pendante de tous leurs mouvemens, 6c par là efclave de l'opinion, de la cou- tume y des paflions brutales de ceux qui nous veulent nuire. Une intelligent ce fans lumière y efFraïée par de vains phantômes, & toujours fèduite par des lèns trompeurs. Un cœur fans droiture, gourjnaoaé- (ans ceflè par des paflioiis Tome II, Aà i8i L Entretien i8i L Entretien honceti(ês: une foif ardente pour la fé^ licite, une vafte capacité de tout bien ^ remplie fucceflivement de mille mauxf irritée plûiôc qu'étanchée par des plai- firs brutapx qui ne durent qu'un mo-' ment, toujours accompagnez de là* cheufes inquiétudes, Se fuivis de re« mords & de repentir. Quoi! Peut-on bien connoitre la dignité de fa nature,, la noblefTe de Ton origine, la fin de fa création *, &c craindre, je ne dis pas la« xnort, la diflblution de ce corps de pé- ché, qui nous empêche de joiiir de nos <lroits revendiquez par Jelus - Çhrift 'y mais le néant même, qui nous dé ^ livreroit du moins de la honte de nô- tre dégradation & de tous les maux^ qui l'accompagnent. Pefez éxaélement tous les biens dont nous joUi(%>ns, ÔC tous les maux que nous foufFrons ici- bas:^ mais pefez-les en prefence de la Raifon, & {àn$ que l'imagination s'en mêle, Se je fuis certain que les maux* l'emporteront infiniment iur les biens.. Or fi les maux fkifoient feulement équi** libre avec les biens, l'amour propre éclairé eftimeroit autant le néant que la vie. Donc en regardant la mort com^^ me TanéantiiTement de notre êcr^^ elle îi*efl: nullement à craindre, s'il eft vrai* ^e les maust de la vie l'emportent de Beaucoup fur les biens dont on y jouir.* . Ariste. Apparemment, Theotime, mes balances font trompeufes. Je ftiis là duppe de Timagination, qui prend le jtial pour le Bien, ou qui augmente de^ beaucoup le poids de biens fort legi^rs:' car je ne fuis point du tout de vôtre (èn-- timent;& je doute mêmes que Théo- dore Tapprouye^ lui qui décide toujours* jen vôtre faveur.- Théodore. L'immortalité de' 1-ame rend inutile cette difcuflion. Car quelque heureux que vous foïëzmain*- tenant, vous ne devezf point craindre la /itîort, s'il eft vrai que c'eft le paiTage à Une éternité bieriheureufè.- A R I s T £. Oili; mais (1 la mort me plongeoit dans le néant, ou qui pià eft, Êi elle me précipitôit dans les enfers.

Th e o d o r e. Vous n'avez pas grand fujet de craindre ni l'un ni l'au- tre: le premier, fi vous êtes bon Philo-* fbphe: le fécond, fi vous êtes un vrai' Chrétien. Gar pour commencer patl'a- Héantifiement de nôtre être> quelle rai^ Xbn y je vous prie, avez^vous de l'ap* ^réheuden Le paflàge de Têtre au njéant A a iji 284!• Entretien n*cft-il pas naturellement impoffible l aufli-bien que celui du néant à l'être?

A it I s T s. Cela me paroît ainfi*. Cependant je m'imagine toujours qu'a* prés la mort je ne ferai plus.

Theodoue. Vous vous l'imaginez; mais le concevez-yousbien } Vous êtes perfuadé que vôtre ame eft une (bbftan- ce diftinguée de vôtre corps, & dont les proprietez font bien diflfèrentes des mo- difications de l'étendue. Or réduire à rien une fubftance n'eft pas pltis conce- vable que d'en faire une de rien: Tune & l'autre eft également impoffible aux forces ordinaires de la nature. *Vous ne devez donc pas croire que lorfque vôtre corps fera détruit vous ne ferez plus vous^ncême. Si vôtre imagination vous le dit y c'eft qu'alors elle ne fera plus, 8c qu'elle ne parleàl'efprit & ne l'efFra'fe que pour fa propre confèrvation. Mais la Raifbn dit le contraire. Vôtre imagu nation vous dit auffi qu'après la mort nôtre corps fera anéanti. Mais fî vous confultez la Raifbn^'elle vous répondra que les fubftances font immortelles 8c incorruptibles en qualité de fubftance^ 8c qu'il n'y a que leurs modifications qui fe détruiftnt 8c s'anéaatiflent.

suK LA Mort. i8y suK LA Mort. i8y Après la more nôtre corps ceflèra d'êcre organifé. Il fera change en cerre, en vapeurs, en pouffiere. En un mot ^ il aura des modifications toutes dif!è« rentes de celles qu'il doit avoir pour être corps vivant & animé* Mais il n'y aura pas le moindre atome de fa fulv ftance qui rentre dans le néant. Il en eft de même de nôtre ame. Sa fubftance eft naturellement immortelle* Après la mort elle n'aura plus à la vérité tous ces fèntimens confus qui Ce rapportent à la confervation du corps. Mais elle aura fans doute des connoi (lances plus claires, des fèntimens plus doux, des modifications en un mot d'autant plus parfaites ^ que le bien qu'elle pofledera alors eft au deftiiis de ceux de la vie pre«- fente. L'expérience apprend en partie ce que deviennent nos corps lorlqtt'ils fe corrompent. Mais nous n'avons nulle idée de l'état de l'ame après fa confom- mation: car fcàl na, point vit, l* oreille n^a point entmdu, & Cefprit même n^aja^ mais confà ce ejue Dieu a prépari à ceux qui Cahnent. Mais puifque 1 expérience vous apprend que le corps appefantic l'efprit & trouble toutes (es idées; n'a- vez* vous pas fujet d'efperer, que Jel£îé ï. ÉNf RÉflÉïr gagé du corps, il fera dans uiie liberte^^ parfaite. Faifant abftraâion des biens- que la foi nous promet, ne vous pa-^ rok-il pas qu'une ihcîelligence eft bien xnalheureure de fe voir celiementefcla« ve d'une porcionde la matière, qu'elle ne peuc agir (elotl ce qu'elle eft, ni mè^ mes fe fouvenir de fa dignité, fans Ce' fentir maltraitée, fans qu'on la rappelle iiufli-tôt,•& qu'on l'oblige à quelque' fer vice honteux.

A R I s T E. Je fuis fait à cette fervi-- t^ide, & je la trouve aflèz douce. Je* n'ai pas comme Theotime le coetur no^ ble & élevé: je fuis content de mon* £>rt. Et (i je crains de mourir, c'eft que' je fcai bien ce que je quitte, & que je* ne ^ai pas ce que j'aurai* T H E o T I M E. Et moi je fouhaite rheureux moment de la mort, parce que je fçai bien ce que je quitte, &: ce que je m'attends de pofleder. Que quit- tons-nous, Arifte? je voudrois bien vous^ «n voir Ëiire le détail.

As-is T £« Nous le ferons on jour^ svK LA Mort. iSy ee décai]. Laiflbns maintenant parler Théodore^ - T H E o D o R E. N'êtes- vous pas con-- vaincu, Arifte, que la crainte du néanc^ n*eft qu'une vaine fraïeur qui fe diffipé* dés que paroît la lumière ^.dés que lon^ eonmlte la Raifon?

A R T s T E. Je fuis convaincu qu(5- naturellement il n'eft pas poflible que' les fubftances rentrent dans le néant,- Mais celui qui les en a tirées peuten-^ core aujourd'hui les y replonger. Ot quelle alTûrance avez^vous qu'il ne le' fera pas à l'heure denotre mort? Car enfin les defTeins de Dieu nous font in«r connus. Mais de plus, quoique nôtre' corps ne s'anéantiliè pas quanta fa fub^ ftance: en quel état eft-il réduit? Un- cadavre qui le pourrit fait horreur; & fi les modifications qui arrivent à Tame' ont quelque rapport à celles qui fur-^ viennent à un corps mort, j'aimerois encore mieux n'être point du tout, que' d*être aufC defagréablement modifié. T Théodore. Vous fçavez, Arifte, que Tame n*èft pas divifibleni fujetic' £ar cbnfequent a une corruption lem-^ làble à celle des corps. Les modifica^ lions defagréables dontelie eft capablir.

a88 I.Enthetien ce font les divers fenrimens qui VaSiu gent^ Se qui la corrompent. Or la caufe naturelle de ces fentimens fôcheux ne (ubfiftant plus après la mort, il fèmble qu'elle n'aura plus rien craindre. LorC* que la matière devient corps humain, elle eft élevée à la plus haute perfè6tion dont elle foit capable ^ mais une ame dépendante d'un tel corps eft dégradée de fa dignité. Il eft donc jufte qu'à la mon les corps perdent leur beauté. Mais on doit efperer qu'alors les amea recouvrant leur liberté, elles joiiiroqit) d'une paix ^ roiJxfide.

Je vous avoSe qu'à la mort Dieu peut anéantir nos âmes; mais leur immorta- lité eft (uffifammenc démontrée,quand on a bien prouvé que ce font des fub- fiances diftinguées du corps: car l'a- néanciflement des fubftances eft natu- rellement impoflible. Il n'y a que Dieu qui foit immortel, fi vous prenez im* mortel pour indépendant. Dieu peut iàns doute, s'il le veut ^ anéantir nos amcs, lotfqu'elles quittent le corps $ mais je fuis bien certain que c'eft ce qu'il ne voudra jamais: A R I s T E. Quoi! Théodore, eft-ce que Dieu vous a découvert Tes deflèinsi.

TUBOPOILE.

SUR LA Mort, lîcf