^20 IL Eî^TRËTÎ Ë» fenc dans le corps toutes les mauvàifef* habitudes qù-on a concraâées,& ne rc«- ftoûveltent ^e l'homme intérieur dont les difpofîcions ne nous font pas con- nues.- En cfftt, il me^pâroît évident que cela doit erre ainfî: car il n'eft pas jufte que Dieu fàfleun miracle; quM change Tordre de la nature fans nécef- fîtè. Celui qui à obéi aux follicitâtions de (es fens, & qui a joiîi dés plaifirs fenfiblës, en doit avoir Timaginsitioni ûHé ■ jufqu'à ce que les tracés, ou plu- tôt les plaïes^fle cerveau en a reçues, fôient parfaitement guéries: cure alïu- rément bien difficile: car le cours des efprits renouvelle à tou!^ mromens ces ""JtAn «: fôrtes de blHïûréi Voilà pourquoi cthA *^' • ^HÎ'Commttleptché'endfvierHhàtiêretiement * efctave, fi le Sauveur des pécheurs né f en afFranchît par le fecours continuel de (à grâce. Dieu laiflè en nous la con- cupifcence, qui eft ta fuite naturelle du péché, afin que le pécheur s^humi^ iié\iiaF le fentiliiént intérieur qu'il a idé ia^^ibleflè 8c dé fâ petite au mat r afiii qu'il combatte (ans ceflè & qu'il en mérite davantage pour le Ciel. Car c*ell par nos divers combats que Jefiis- Chrift nous fait mériter ces divers dc«* Î^rez de gloire qui feront la beauté de a ceiefte Jérusalem. Dieu ne permet le mal que pour un plus grand bien. Il a fesvûës 'y & c'eft à cet édifice fpirituel^ dont nous ferons lès pierres viyantes, que fe rapporte la conduite de Dieu fur les hommes. Que penfeZi^vous ^ Théo* dore ^ de ces raifons?
T H E o D o R. £. Elles font très foli* des;tDais voici ^ ce me fèmble, la rai- fbn fondamentale de cette conduite de Dieu déduite de fon attribut elTentieU Car, comme je vous ai dit plufieors Ibis, c'eft de la connoiflance des attri- buts diviAs, clairement connus, & in* conteftablement reçâs, tel qu'eft fon infinité, qu*on doit tirer les raifons de la Providence divine j parce que Dieu n*a.point d'autre Loi, d'autre re-k. g!e de fes aâions que fes propres attri- buts, ni d*autre motif que Tamour qu'il leur porte, que la complaifance qu'il y S rend. Podr fçavoir les cbofes à &nd, faut toujours remonter aux prini dont elles dépendent. Suivons donc ce principe.
La^foi ou la railbn nous apprend les Véritez qui fuivent. i. Que Dieu a fait FhoHuae & la femme juftes^mais libres^ 312 II. Entretien capables de bien & de mal^ de meticê & de démence* i. Que pour conduire fon ouvrage par une providence géné- rale, qui port&c le caraAere d'une (k«» geflè injjBnie, il a établi certaines Loix de l'union de l'ame & du corps ^ & d'au- tres Loix félon lefquelltt les enfàns dé- voient naître de leurs parens entiéte* ment femblables à eux. Il feroit pré(ên- » Recftir- teroent inutile que je vous fiflè '^ h dé-* ff}t!^ par une fuite naturelle de ces Loit^ furctmé. dont je vieus de parler ^ quoique d'aiU m^b^î' leurs conformes a l'ordre, &tres-{àgeo ment établies, tous les hommes de* viendcoiênc pécheurs comme leurs pre-* sniers parens. Dieu a prévu qu'aptes I« peché^ l'union de l'ame avec le corps Ct changeroit en dépendance y n'étant pas )ufte qu'il y ait des exceptions dans les Loix naturelles en faveur d'un homme rebelle à fon Créateur; Se qu'ainfî la concupifcence, qui n'eft autre choie que cette dépendance, répandroic une corruption générale dans le genre hu« • main. Dieu, ef>un mot, a prévu le pe* ché d'Adam & fcs fuites funeftes y il Ta p A empêcher ^ & il ne Ta pas fait;, x^U qae amoar qu^il portât à rhotnme. Voi- là une conduite qui paroic bien étrange à cous ceux qui;ugent de Dieu par eux- mêmes. Mais û Ton conçoit que Diea doit agir feton ce qu'il eft; fi on con- fuite actencivemenc la Loi Divine, l'or- dre immuable des attribues Divins ^ tout cela fe juftifie pleinement.
Dieu voit que fon ouvrage va périr y ic il demeure immobile ^ que declare- %*i\ donc par là l Le voici. L'attribut dientiel de la Divinité, c'eft Tinfiniti* Dieu déclare donc par là que llionune» cette excellente créature, qu'il avoic formée de Tes mains & animée de Ton ibuffle, n'étoit rien par rapport à lui: carda fini à l'infini, ladiftance, l'iné- galité efl: infinie y le rapport eft nuK Dieu foûcient donc ma)eftueufement le caraâere de la Divinité, lorfqu'il voit périr fon ouvrage fans faire la moindre démarche pour le (ècourir. Il prononce par cette conduite le Jugement éternel u'il porte de fon infinité ^ & du néant e la créature. En un mot, il parle etx Dieu: car il déclare par là que fon vé- ritable deffein, Tobjet de ibn amour fie ie fa complai(ànce, l'ouvrage digne des atttibuis divins ^ n'eft pas uiomoie 3: 314 n. Entretien avec fa fainceté & (on excellence nato* relie ^ mais rhotnme divinifé en Jefus- Chrift, & que tout culte eft.profane^ indigne de la Divinité ^ qui n*eft point fanâiSé par la Divinité raèmè. Dieu avoit créé Thomme )u(le, Se lui avoit donné tout ce qui lui étoit néceflaire pour conferver fa juftice. Mais faire ajuelque démarche particulière & ex- traordinaire pour lempêcher de périr, c'eût été à Dieu démentir hn innnité^ & marquer trop de complaifance pour, un ouvrage qui ne la meritoit pas. Car. ce n'eft qu'en Jefus-Chrift que Dieu fe plaît dans Tes créatures, qu'il fe com«. plaît en lui-même de tout ce qu'il a fait* Parce qu'il n*y a que l'Homme- Dieu qui divinife fonoufrage,& qui mette quelque rapport entre la créature & le Créateur* A R I s T £• Je me fouviens que vous j^^' m'avez déjà * prouvé cette vérité.
Théodore. Il eft vrai. Mais c*eft une de ces véritea qu'on peut bien dire deux foii, fur. tout lorfquonen veut tirer de nouvelles confequences. Com- me nous ne pouvons donc avoir d^iccés auprès de Dieu, ni de focieté avec lui 92e par Jefus-Chrift ^ que nous ne pou^ vcns adorer Dku divinement que par fon Pontife; Dieu, pour nous lier le plus étroitement qu'il étoit poffible à ' nôtre Chef, a vSuîu qu'il fôt auffi nô- tre «Sauveur. C'eft pour cela quil a permis le péché & la corruption de la nature. Il a voulu que Jefus^Chrift eue . la gloire 4e tirer du néant de la Sain«- tetè& de la Juftice un monde nouveau; & que, la grâce ne fuppofant en nous aucun: mérite, nous duflions à nôtre. Chef tout ce:^ue nous avons devant Dieu de réalité. & de vie. Ceft auffi dans le même de(Ièin qu'il laiilè dans les uftes mêmes la conçu pifcence, foit na« turelle, foit acquife ^ afin que le fenti- nn&nt de lepr foiblejflè & de leurs beCoins les humilie profondément, 8c les lie .é^troitemencà leur Sauveur, à celui par qui (eùl ils peuvent rendre à la Divinité. des honneurs divins. Voilà j Arifte, le deflèîn de Dieu réglé fut fa loi, fut Tor- dre immuable de fes attributs quMl ne peut jamais démentir. Ceft encore un CQnp de nous lier fortement & par des .çbligatÎQns infinies à Jefus-Chrift, qu'il ^« établi.Chef 4^ fon Eglife, pour confa^ crer par lui. nôtre culte y & pour noui» ^cpiQplerp4i^lai4efe3 bien-faits. i ii6 IL Entretien ii6 IL Entretien Ne vous étonnez donc pas fi les da« cremens n'efiacent point de notre cer- veau ces traces importunes qui exct- tent-ennous des mou^emens déréglez/ Car c'eft dans notre foibledè que parole la puifTance de Jefiis-Chrift. Notre ei^ clavagenous lie à notre Libérateur; Se cet éguillon de la chair qui nous pique £c qui nous maltraite fans cefle, nous doit faire fbâpirerfàns cefTe après celui . ians lequel nous ne pouvons rien« Saine Paul n'avoir pas rima^ation(àliepar les dites naturelles de quelques défor» » i.^Cori dres volontaires. Mais, * afin que la ' '^' srandeUî: des révélations divines ne Té. levât point. Dieu permit au Démon 4'ezciter fa concqpircence. L'ApStre pria fouvent le Seigneur de le délivrer de cet Ange de Satan. Mais Jefus- Chrift lui répondit: Ma graa vous fit ffii, £ar ù'efi dans votre foibUJfe que mapHiJfmct farcit davantage^ Je f rendrai doncfUifir, À\t et grand Saint, à me glorifier aans mes fiiUeJfes ^ afin que Ut pUiffance de Jefits^^ Chrifi habite en moi. Dieu a donc permis le péché & la concupifcetice qui en eft une fuite, afin de faire fervir 4e plus >jgrand des maux au plu$ grand des biem» ff, de npMS jinic ^ jcelpi ^ujL fiious ^ 0 2f un état pire que le néaqt même, pour nous élever à la dignité d'enfans de pieu.
Theopore. Cela s'accorde auflî parfaitement avec la conduite que Dieu a tenue dans Tancien Teftament. Lord que Dieu donna la loi aux Juifs » il pré<» Voïoit bien qu'ils en deviendroient plus criminels^ Car comme dit faibt Paul; hfechi àiant fris occafion de ^irriter far U ♦ R««i eomnandemtnt de la toi, d froduit dans ^** ''•• Phomme toute fine de mauvais defirs. Car fans la loi le feché était comme mort: mais le comfmndement étant furvenn, le feché efl rejfnfcité >& ile^ arrivé ^ne ce cjui tendoit • i donner I4 vie, car la loi eftfainte, jufk, bonne en elle-même, que cela^dis^je^a donné la mort. Non tjue la loi far elle-même fois caufe du feché: mais défi que la concftfif" cençe eft devenue far le commandement mê-p fM une fiwrce de feché fins abondante. Dieu k donc prévô que par la loi les hommes iànsia grâce deviendroient plus crimi- nels. Mais parce que la loi fait conno}? pç le pech^ 1^ feaiir ^ Tliomme la cor?
3i8 IL Entreti EK ^Gai. 3: ruption de Ton coeur, Dieirl'a donnée *^' pourconduireTàla grâce, pour faire connoure la nccelEcé d'un Médiateur^ & conferver la foi au Meflîe promis dés le commencement du monde. L'Ècri.
• Géd. jvture, dit faine Paul y*aenfirmé toH$ Us **• hommes fous le péché, afifi qui les biens fro-r tnïsfujfent dortheK. à ceux.qui anvolem la Aff jo- aétidonnide Dieu yjfour être notre pigcjfe^ notre jujtice^ notre fanEtification ^ & notre rédemption, afin que. celui qui fe glorf fie jic » I. Cor. lefajferque dans le Seigneur. * Anatjoêmfi •'••*** donc a quiconque n aime- pas le Seigneur Jefus. Mais qu'heureux eft le pécheur^ qui {entant fa mifere intérieure s'atta.
t^otf. 1: che au Sauveur des pécheurs, •{• à celui ^^' qui efile Chef duquel font le co^sdel'E^ .gUfe reçoit C influence qui P anime & qui le 1. Tittufitf^^ifie, à celui' enfin quia détruit ta mon, ii "o- (^ qui donne à ceux (JHi lefuivent une vie qui ne finira jamais.
rien n'eft plus confolanc pour moi quç ce que vous vene? de me dire. La qua- *.licé de Sauveur des pechecjrs que porte li » I. délivre de cet excès de crainte qu'excitje fn moi Iç fentiment que j' jai de ma cpf:,» niptïoa Ipiption & de mes défbrdires. Il n'y d ?iie la Religion qui puiflè appréhdre k, homîne ^ non feulement à méprifèr 1» more; ce que la Philofophie Stoïcienne ie vantoic de pouvoir âûre, mais mê- mes à la defirer. Je (en» maintenant xnonefpric dans un grand calme. Ce-« pendant }e voudrois bien encore que vous diflîpafliez ces vaines &aïeuf s cpoi Timaginacion m'infpire ^ lor(qu*eUe me repréiente qu'il faut un jpar quitter k» douceurs de la vie, rompre tout ïe conw merceque nous avons avec la nature^ ôc rentrer pour sÂnû dire dans te néants Car je m'invagine toâ jours qu'à la mort on eft enfeveli dans les ténèbres ^ que Tamen'a plus aucun fentiment; qu'elle perd en un mot avec le corps toutes Cs'è ïacultez & toutes fes idées. Le fommeil & la mort ont entr'eux un grand rap« port; Mais encore a^t'on dans le fom-» meil quelques fentimens de ce qu'on eft y une fuite de penfées bizarres qui fouvent nous remplit de joïe. Il eft vrai qu'on perd en cet état 1; pouvoir de penfer à ce qu'on veut* Mais ce n'eft. peut-être pas un grand mal: car fou- t^ent rhomme s'accable de chagrin 8c i'inquiétude par une attention volon^ 530 II. Entketiew uite à de âchcuTes idées. Quoiqu'iC en foicle fommeil me paroît bienjdoux,. te rien de plus affieux àmon imagina* tion qoe la mort.
T H B o D o IL B. Le femmeil noos^ Jioic paroicre agréable & U mort ter^- rible^ en confeqaence des loix. natt^- felles dt Fanion de l'âme & du corps:: car ce» loix: ne tendent qu'à la confer- Tationde la vie; Mais vous fçavez bien^ Arifte ^ que les^ loir naturelles h'èxci^ ventea nous que des (endmens confus.. Ordan^ là rechdxhedù vrai bienl'èf^ prit ne fe doit jamais conduire par in- ianSt ou fentiment confus, mais par rai(bn & par lumière. L'ame dans^ le* ibmmeil: eft réduite à la plus baflè des^ fervitudes, & privée de tous Tes droits.. Ha mort au contraire la délivre de cet efclavage > & la rétablit dans fa digni^^ tt. Le fommeil n'a de rapport avec la: mort que par Fimmobilicé du* corps» C'éft un rapport que découvrent les^ fbnsw Maisf^fi vous confulce^cla Raifbn,, elle vous apprendta que ces deux, états:; dé l'àme fbnr les plus oppo(èz..
n n'eft:pa»pofEoie, mon cher Ariffe;, cPèmpêdiec en nous Fè^t déa lois na^ tuidlles.. La Raifba 8ù iaHeligion m^ ïÊtï» tie changent rien dshs. Tunion dor Pâme avec le corps.- Mais elles s'oppo^ lent à fa dépendance y Se elles la dimw siaënc peu à peui II eft impoflible dd* n'être pas frappé dé cette hooreur ifen-r fible qu'exciced'abord en* nous l'imagé' de la mort; mais, il eft poffibb de n*w être pas ébranlé, ou de n'en être paa^ troublé. La mort n'èft tout-à-^it ter« irible«qu'à ceux (|ui ne la c6nnoi(IèntP point 9 & qui n'ont point reibccànce que nous avons. Kegardez^a.de prési- Con(iderezr attentivement ce qu'elle-' nous enlève & ce:qn elle nou^renxI.'Fâ^ miliarifes^vous avec elle; Vous vecres' peu à peu qu'elle s'apprivoifera avec vousf. ht vous n'aurez jamais de con- ' felationplus douce que celle' que vous làrevé^de'ce cbnimerceppourvûnéan' «loinS' queda/ Religion y enti«.< Gat fansilaiReligioû on-ne'^ffj^irpastcop; û la mort eft ou n'èff pasavantageufe à l'homme- dans- l^tât'oiVil'Tft céduitw 7ou5:vous- imaginesr, & |c me l'ima-^ gineauffi moi-même^ jqu^àla mort on elË^ènfeveli dans lesnénébres ^. que Pa^ wen^a plus^ucuh intiment ^^que l-oii ^rd avec Ton corps toutes fes hctAtcis^ 4& généralement^ toutes fes idées. Mais Ee ij/ ce ne font là*qàeictcs illofionsidel^iitfiaui ginacion, & la raifon n'y a nulle part* Pbtlofophons, je vous prie, plus fériev^ - Ariste,. 3Y confens. Ceronnement h more (éparei'ame du corps; Or c'eft pannotre corpf tjuencmsifomaaes unis à. cous oeniB qui nom eàrriranneQC. Car le Âoleil^parexemple, n'eft vifible qu'à caufe qu'il: ébranle le nerf optique, 8c par lui le cerveau* Donc la more anéan- tit à nôtre égsird toute la nature. : I T in:E oD o:iL e. Hé bien, qu'en con^ ddrrz-rYDtis?;: L'erprida plus noble des créatures, eft fbparé du: corps la plus vile des fubftances. La mortanéantità fon égard toute la matière. Quel mal* heur pour lui!- Eft-ce que vous regar^ dez Tes cocpsxpmmele lieu des efpriir^ coin ipe leur fumiece'^ leur bien, la cau^^ ft de leur, pçrfc£Hoa 8c- àt leur boa^ fceur? •A it I s T'E. Jefçai bien qpe les efl Erits nefoni; unis immédiatement qu'à Neu, & que cVft.uniqàemêhrde' qu!il8 reçoiveiir cette âiite de^penf & de^^èntimens qui (e rapportent aux. ^ 7. E«^. objets (en.fibles. * Vous m'en avez coiwi vaincu. Mais le corps cft la cau£b occa^ ftuK LA Monr. 33^ (TdiiAelle oanacucelie de toutes ces pen^ Gfis de de cou» ces fencimens qui font la douceur de la vie, & qui donnent à Ta* me cette variété de monvemens qui nous.occupent agréablement. Le corp» détruit, rame deviendra donc comme infjbniîble. Se par con&quem fana vie &. fans mouvement. Car.iDieu n^agira plus en elle pour l'unir à Ton corps, Se pat Ton corps à tant de créatures qui font la beauté de llJnîveri?.
T H E o D G R E^ Oiîi, certaine'-^ ment une ame dans laqpdle Dieu n'a-^ git point eft infenfible, fans vie & £àns mourement. La voilà morte r on ne fçait plus ce que c'eft. Mais pouvez^» TOUS concevoir que Dieu conferve éter^ nellecnent des fubftahces pour n'en rien faire l Que penlèriez-vous de l'Univers ftde fon Auteur, fi Dieu après a voie créé retendue la laifToit informe., fana cette vaneté de figures & de mouve- mens qui font la beauté du monde vifi* ble? Dieu' n'emploie fa pui (lance que pour honorer fa fageflè. Qu'il hiSk A>nc Tame tomber dans le néant, fî à la mort il eft refobi de n'en plus rien iiiiVe; : Dieu a'agira plu» dans rame» dtces^ J34, II.EKTRËTlEir ?oas,.pour Tanir àr(bQ«corp8y & par lui à tant de créatures qui font \àt beauté^ de l'Univecs^Je le veux. Mais fansnous^ acrêter à ce que Ufoi nous enGngne:: qu'un jpuc.nôire ame TerareiimQànâiL tre corps ^.mais glorieux 8c ti formé fat le modèle de celui de Jefus-Chrift; que' par ce corpi noun aurons rapport à^utl* monde nouveau* biendiâèrencde celoi*^ ci ^ & que nous formerons une fi>cieté^ snfinimentplus parfaite & plus heureu-^ fe. San9^, dis-je, conter là-de(Sis,, quel- malheur eft*ce pour nous que Dieu n'w- gifle plus dans notre ame pour riinir à^ aôtre corps,à'la plus méprifabie de»fob> ftances y principalement dépuis que W pechè a changé l'union 4e Pâme Se da< €orps en une fâcheùfe (érvitudé? N'èfly ee pas plutôt un grand bien> que de n'être plus fujet à la goûte ^ à la pierre^, à la^ migraine,. Se à tant de diâerens^ maur^ qu'il n'y a pas aStz de termes^ pour les marquer tous ï- Pirefentement^ je ne fouflre point de mal rmais j^en at» cens. Et peut-être que demain je ferai- attisiqué d'une douleur qui neme qait** «era qu'avec la vie. Gac i\- n'en eft-paè^ de la douleur comme des plaifîrs teiil fiUeSé Le plaifir le plus doux dev»encc sxjK LA Mort, jjf sxjK LA Mort, jjf hien-x&t fade, de enfiiice il fe change eh amertume. Maïs les grandes dou^ lears (iibfiftenc (buvent julqu'àla mort.. Lorfque l'atne eft accablée de douleurs^ lorfqu'èlle eft mal, pour ainfi dire, avec fi>n coFps, elle eft mal avec tout le refte de lanature. Elle ne trouve plus rien de bien ni rien de beau: tout la Êttigue ôc là chagrine. Elle a dans cet état autant de per&cuteurs qu'il y a d'objets ièn(i-r blés, qui font (îir fon cerps^une forte jinpremon. Cependant cet état d'acca-- blement Se de douleur ne fe peut ni pré:- ^ojr ni éyiter par nStre prudence ni par nos précautions., n n'y a que la mort qui nous en délivre. H n'y a donc qu'eU l(e qui nous puilTe mettre Tefprit en tc^ po5% Mais (uppofbns que Dieu, agiflànt: dans l'àme pour l'unir à fon corps, 5c par fon corps à tout l'Univers, ne nousi^ donne que les fenrimens agréables que BOUS éprouvons, 8c qu^il arrête' félon» nos deuts routes les impreflions £àcheu«-^ Ses que nous recevons dés objets fend.» Mes: funpofon» que l'homme (bit en^ €ore en l'état heureux, o& fe trouvoic ^dam^ avant fon pecfié y lorfque l'u-»^ nion de L'ame avec le corjgs n'étoitgoint: 33^ IL EnthetieîT 33^ IL EnthetieîT changéeien dépendance; je (bûciefis qaer mêmes dans cette &tppofmon, la morc- nous eft infiniment plus avantageufe* que la vie; puifqpe maintenant la more doit précéder la joUidance du fouverain» bien, Tuoion par&ice de- l'aœe avac Diei», Il eft certain, Arifte, qile Dieu a fait ks efprits pour le connoitre & pour l'aimer: car il n'agît que pour lui. Les- efprits maintenant ne s*occupent que* des corps: mais c*eft que l'homme h'efir plus tel que Dieu Ta fait. Il eft devenu efclave du corps, parce qu*il n^a pas efté fournis à Dieu: & s'il fe foûmet à Dieu, la mort qui le délivrera de fz fer^ vitude 9 le rétinira à Ton principe & à & fin. Mais puifque Dieu pour eiitrete-^ nir l'union de l'ameavec le corps,, nous donne un H grand nombre de fenrimen^ agréables ^ que l'homme, qui ne con-r nok pas fa dignité & ion excellence ^ regarde cette union comme un grand bien; quel fera nôtre bonheur lorfque nous (erpns réunis à nacre principe ^ lorfque Dieu agira en nous pour nous pnir étroitement avec lui? Jugeons-en^ Arifte, par la difference qu'il y amtre le Créateur & les créatures. Car enfin il'eft raifbnnable de penfer qae Dieu proportionne les plaifirs atix biens dont il nous fait jouir. Il n*y a nul rapport entre las créatures & le Créateur. Il d'y a donc nul rapport entre lesp1aifir$* de la vie prefente, qui font une fuite: de Tunion de l'ame Se du corps, & ceux de la vie future, de la focic te que nous aurons avec Dieu par Jefus Cbrift. L'œil i. ccf n* a point: va, C oreille r!a point entendu ^'^'^* fe/prit mêmes n*a jamais t^fâ ce que Dim^ a préparé à ctfix qiiU aime^ Ne craignei donc point la Réparation de l'âme & du! corps 9 puifqu'elle eft néceflàire j)refen^ tement pour vous réunir à Dieu: mais craignez fouverainement le pecbé qui vous en fépareroit éternellement.
A B. I s T B. Mais lorfque l'ame (èra réparée du corps, il n'y aura plus de c;âufe oççafipnnelle de Taâion de Dieu en nous. Après la mort la (ubftance de nôtre corps reçoit diverfes modificaf pons: mais la caufe naturelle de tous (ces changemens eft vifible. Un cada^ .yre eft environné & pénétré d'autres corps, qui par leur choc le corrompent, ^n confequence des loix naturelles des pommunicatipns des mou vemens. Mais f ulfque le$ traces du cerveau font les TqtmIL Ff jj8 IL Entretien causes occafionnelles de nos fenrimens, ce cecveau décruit^ramene fendra plus tien.
Theodq&e,, L^ame ne fencira plus/' rien par rapport à la confervation dé fon corps. Mais elle aura fans doute des (êntimens bien plus vifs par rap. porc à Dieu, qui fera le fouverain bien des bons > & qui alors deviendra le fou-^ verain mal des méchans y car Dieu ren- dra à chacun f(Ébn fes oeuvres. On peut dire que nos çeuvtes (êront à Tégard de U Juftice divine, la caufê occafionnelle des récompenfès 6c des peines futures, en confequence des loix éternelles: loix iiécellàires 8c immuables, bien dificu rentes des loix arbitraires de l'union de Famé 6c du corps, ou de celles des communications des mouvemens.
Vous imaginez. vous, Arifte, qu'il ne peut y avoir d^autre caufê occafion^ nelle de nos fentimens que les traces du cerveau? Faites attention fur ce qui fc paflè en vous - même, & yous en trouverez d'autres. Lorfqu'un homtné a &it quelqu'aâion de juftice, 6f qu'ai| lieu de fui vre les mouven^ens agréable^ 4e fès paffions « il y a réfîfté généreu-o fcAEieiif ^ ne fe fenc-U pas ^mû ^'unf SUR LA Mort. 33^ SUR LA Mort. 33^ joïe intérieure } Les méchans au con« traire ne fonc-ils pas intérieurement défolez à la vue de leurs défordres? Or quelle peuc-êcre la-caufe occafionnelle de ces lencimens, fi ce n'eft la connoiCi fance aâuelle que Tame a de fon état ^ connoi (lance qui fera bien plus vivo après la more qu'elle n'eft maincenanc, puifque la mort nous fépare d'un corps^ qui nous répand (ans ceflè au dehors* Les traces du cerveau ne parlent à Ta^ me que pour le bien du corps. Elles ne^ peuvent donc pas occafionner dans l'^* me des fentimens agréables, lorfqu'on réfîfte à fes pa(Eons, ou qu'on fait le contraire de ce que le corps demande; ni des fentimens ficheux, lorfqu'on lui accorde tout ce qi^^l defire. Ces traces ne font donc poincTés feules caufes og. cafîonnelles de nos fentimens. L'ame après la mort ne fera donc pas privée de fa (ènfibilité par le défaut d'une eau» è occâfîonnelle. Car enfin l'ame eft in- féparable d'elle-même. Elle eft foûmi«* fe à la puiflànce des idées: & la con« rdence de ce qu'on eft fuffit, afin que Dieu par l'idée de l'ordre immuable comble ^e joïe ceux qui auront obéi k cette loi inviolable ^ 6c rcmplidc dis Ff i) Ff i) ^0 lî. ENTRETlEtï KiftelTe ceux qui l'auront méprifeè, Cac ^eft immediacemenc par les idées qu^ Dieu agit dans l«s intelligences. Et û Dieu par l'idée du corps, répand dans l'ame la douleur de la goûte, lorfque Ijs corps en eft attaqué y que ne fexat'ijl point par l'idée de Tordjce > lorfque Ta* me fera déréglée.
. A R I s T E. Je croirois bien que Va* me réparée du corps eft capable desfèn* timens de joïe & de triftéfle: mais je nfi puis m^imaginer qu'elle ais encore de3 Khtimens prévenans, tels que Cbnt Ifi Î^laifir & la douleur. Les Démons ^ es Impies feront condamnez au fèa éterneh On n'en peut pas douter apré; ceite parole terrible de Jcfus-Chrift; ^îatth. Retirez^oHS de mdjÊÊudits: allez, aufm i^SM»*- tternelvréfaré pour ^Diable & pour fes Miniflres. Mais qu'eft-ce que cela fi. gnifie? Eft-ce que les damnez, les Dé- mons qui n'ont point de corps ^ peu- ventroufirir le femiment de la brûlure? ^e croirais volontiers que ce feu qui les tourmentera, n'eu: pas digèrent de cç Tver qui Jes rongera, c'eft-à-dire, dii reproche éternel de leur confcience ^ ,qui les accablera d'une ti:ifte0è ^&oif^ T/H E o D o B. E. Cependant Jefus-v CKrift, qui fçavoic bien ce qui en eft ^ cKftingué ce ver qui ne meurt f oint, de ce) feu (jni ne s"" éteint feiht. Il vaut mienx g- cKt-il, entrer dam U vie étemelle avec une, main, que d^en avoir deux > & aUér ett Enfer, dam ce feu quon ne peut éteindre * ek le ver qui les ronge ne meurt point, fjr. ou le feu ne s'éteint jamais: Paroles qu'il repece * trois fois dans un même diG» * ^^^ cours. Je veux bien que ce ver marque la rage ^ le defefpoir, la criftelFe éteri nelle que cauie dans les damnez le re-» proche intérieur: Cette explication pa-t tcAtSittèz naturelle. Mais je n'ai nuUei peine à croire qu'outre ce ver il y aura lin feu qui tourmentera les damnez. Il cft vrai que le (eu ne peut brûler que les corps, fi par brûler on entend répa- rer & (Àflipet les parties dont les corps font compofèï: & en^ ce fens le feu de FEnfer ne brIHera pas mêmes les corps àts damnez. Mais fans doute ce fcu peut btûler & tourmenter les efprits-, comme caufe occafionneUe, ou pro«. duire en eux des fentimens très» vifs 86 tres.cuifans yfemblablesà ceux que faio en nous la brûlure. Car prenez-y gar*^ de^ on nefènt de la douleur lor.fqu'oi$ ff iij.
ff iij.
is bd^le, que parce que les fibres du cerveau font cerribiemenc ébranlées. Or il n'eft pas plus difficile de com- prendre que les Démons foufSrenc des couleurs tres-vives par le mouvement du feu, que nôtre ame par tel ou tel ébranlement du cerveau. Dieu peut donc établir le mouvement du feu de TEnfer, caufe occafionnelle du tour« ment éternel des efprits fuperbes.
A R I s T B. Mais nôtre ame eft unie it nôtre cerveau. Nous avons un corps» te les Démons n'en ont point. £ft-ce qu'ils feront'unis au feu, comme nous à nôtre corps, ou à nôtre cerveau i Théodore. Non, ils n'y ie-» ront point nnis. Ils y feront affUjenis^ ils y ieront condamnez. Dieu pour pu* nir leur prgiieil, les alTajettira à la plus' yile des fubftances, à Taâion d'un feu matériel. Leur repos, ou la ceflàtion de leurs douleurs, dépendraHu repos d'un corps toujours en mouvement. Ainfi leurs maux ne-. finiront point. Eft-ce 2ue tout cela n'eft pas poflible, & con- >rme à Tidée que nous avons de la Ju« ftice divine? Quand Dieu a uni Tame du premier homme à fon corps,l'ame en écoit la maicreflè. C'eft qu'alors Tordre itnttiuable de la Juftice le vouloit aiw fi. Après le péché, I^Htiion s'eft changém tn dépendance. Mais cette dépendance n'eft pas entière. On peut dire que nâL tf^ ame eft en partie unie & en partie ainijettieànotre corps. Tous les moa«i y -mens quife paffcnt dans nôtre cer^ veau & dans nos membres ne font pas indéfendans de nos votontez. CVft que iiôtre ame n*eft qu'en épreuve dans nôu tre corps: ii y. a efperance de retoiu: vers Dieu par Jefiis-Chrift. Cela de voit £tre ain(i, afin que Dieu pût exécuter fts de(!èins. Mais du moins après le Jugment dernier, Touvrage de Dieu «tant alors confommé, les Démons dé- •poiiillezde leui pouvoir, feront afliu ettis à Paâion du feu, dont ils ne re- cevront que des (èntimens fâcheux: farce que ce n'eft que pour les punie que Dieu établira le fèupour étreTin^ ftrument de leur fuppirce.
Ariste. Quand je fais attention que nos fentimens ne font que des modifi- cations de l'ame, & que Dieu feul en eft la caufe véritable, je icomprens bien que Tame après la mort n'eft point ab- folument incapable de fentiment, fup- pofé que Dieu agiflè en elle. Mais corn- Ffiiii 344 II- Entretien ment voulezr voas que Dieu agi(Ie dans les Démons ^ dans de pars efpvits àroc- cafiondu feu qui n*eft point organiféB Car ce n'eft que par les organes de nos iêns, que Dieu aâèâe nôtre ame de di> ▼ers fentiméns.
Théodore. Il eft inutile de con- jeâurer fur la manière dont le feu, comme caufe occaiionnelle, a^ fuc les Déliions. Dieu peut établir ces for- tes de caufes comme il lui plaît; fes idedeins fur cela nous font inconnus. Mais il eft certain que le cerveau n'eft pas plus capable par lui-même d'agir dans Tame que le feu /ur de purs ef- prits. Nous nous entretenons mainte* nant, nous nous comuiuniquons mu^ tuellemenrnos penfées. Mais que fai. ;fons.nous pour cela? Nous ébranlons ^air par nos paroles, & rien davanta^ ge. Cet air ébranlé ébranle nôtre cer- veau y & cette matière étant ébranlée> deux efprits fe trouvent frappez des xnêmes idées. Quel rapport entre des cbofes fi difièrentes? De purs efprits, qui n'auroient point Texperience de ce i&it,Hi'auroient.ils pas les mêmes raU ions de le révoquer en doute, que cel- les que vous avez for le kn qui tour- SUR LA Monr. î4f SUR LA Monr. î4f mente ïes damnez ï Pourquoi donc n'a-*' TOikrôns • nous pas que les Démon» peuvent être tourmentez par un fèa matériel, d une manière merveilieufe à la vérité > mais tres-^réelle ^ dit fainr Auguftin, * puifque l'expérience mê- me nous apprend, que nôtre ame eft* tellement dépendante de nôtre corps, que tout ce.qui ébranle le cerveau Vé^ branle elle-même. Au refte, vous vousf trompez de croift que les organes dc9 fens loient la canfe de nos fentimens.^ Us ne fervent ces organes qu'à tran£« mettre Faétion des objets julqu'an cer- veau, dont l'ébranlement eft feul la caufe occafîonnelle des fentimens de l'ame. L'oeil, par exemple, ne fert qu'à réunir fur le nerf optique les raïons qui viennent de chaque point des objets,. Bc gu'à ébranler ce nerf; Se Famé n*a le (entimentde couleur, que parce que le mouvement de ce nerf Ce commua