SigPhi · Nicolas Malebranche

Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et sur la mort

Page 29 of 30

bonté s'évanouit à la lumière de la Rai- son. Tout cp qu'ils paroi0ènt avoir de jbonté par rapport à nous eft unique- ment dans lemcace d'^s idées divines, dans la volonté du Tout-puiflànr^ Je ^uis fcvcé de vous l'avoHer t les corps ne peuvent ^tre bons à des efprits ^ &c s'ils nous parpidènt bons, c*efl: que nos ièns nous font donnez pour la confèr^ iration d'un corps, auquel on peut dire que les autres corps font bons. C'eft que les biens de ce corps ne méritant pas notre attention, Dieu nous découvre par la voie abrégée de Tinftinâ & du Sentiment ^ ce qui peut ou le confervec ou le détruire. Mais le bien de refpriç veut être reconnu pour tel: le.vraibieii veut être aimé par raifon,8c parce qu'il mérite d'être aimé. Les corps ont be- foîn d'artifice pour fe faire rechercher par des efprits: n'aïant nulle bonté réelle, il eue qu'ils en a^ent Tapparen^ ce: il faut qu'on fente en eux une dou^ ceur qu'^s n'ont pas. Ainfi nous vi^ vous parmi eux dans un enchantement perpétuel, conduits & féduits par des £èns trompeurs. * Fafcinatio nHgactatis *Saf. 41 objcarat bona, &in€onflantîa conctipifcen^ ^ ** ^€ frarfvmip finfmf fine mdifia^ M^îs 1 j^ 37^ II. Entretient 37^ II. Entretient mort y qui nous ferme les yeux, nous ouvre l'efpric. Elle nous conduit à Tin- teliigence des véritez que nos fens nous tenoient cachées. Délivrez de ce corps ^Sâp.$i -j-^iii appefantitrefprit^ nous irons dans ^^* le païs des idées par tout où il nous plaira: toujours éclairez d'une pure lu« miere, nous ne craindrons plus l'illufion & les vains phantômes. La Rai(bn nous fait efperer cette heureufe liberté.

Théodore. Oui. Mais la Reli« gion nous promet un bonheur infini-» ment au defTus de nos efperances. Nous i^iv^' * ferons participans de la nature divine, t »•/<'«•• enfans de Dieu f adoptez en fon Fils V rVw. unique, héritiers ^ de Dieu, & cohe- 8: »?• ritiers de Jefus Chrift. Dieu T habitera îi: }!^* au milieu de nous, & "^ nous aurons fo. * «/«^.cieté avec lui. Noust aurons part à fa l'x.x^ j. gloire: nous ^ joUirons de fes plaifirs: ^•»j- nous f régnerons éternellement avec 3,. '^^'lui. Suppofé donc qu'à la mort nous t A/>ot. perdions des biens réels, quel rapport *' ^' entre ces biens &les biens fufurs, en- tre les créatures & le Créateur, entre le tems & réternité? Quel rapport en- tre l'union que nous avons mainte^ nant avec l'idée des corps la moins no- ble ^ je veux dire la moins féconde, la SUR LA Mort. 377 la moins lumineufe des idées divines i Se l'union que nous aurons avec Dieu même: encre l'union imparfaite de nos efprics avec la fabftance divine y en- tant que relative aux êtres les plus mé. prifables •, & nôtre union avec cette même fubftance prife abfolument & en elle-même, & entant que relative à une infinité d'excellentes créatures? Car encore un coup il n'y a que la fub- (lance divine qui nourriÔè Tame & qui lui donne la vie ^ qui puiflè l'éclairer Se la rendre heureufe. In/inuavit nobis, *,^ « dit faint Auguftin, animam humanam ^^^% ' & mtnfem rationdem w» v E g e t A R i, JoMmw NON BEATIFICARI^ MON ILLUMINARI, KISI AB IPSA SUBSTANTIA DEX. CoUvaincus de cette grande vérité, qu'ex- prime fenfiblement î la divine Eucha- \^ifj^' liftie, quel rapport trouverons - nous mu, 7* entre notre union aôuelle avec Dieu ^^"^^^ Se celle que nous attendons? Certai- nement ce rapport eft nul. Ainfi quel- que perte que nous fafEons à la mort^ nous ne perdons rien.

Théodore. Quoi Arifte?

A R I s T E. Que je craigne encore la mort, convaincu comme je fuis de U TorncIL li 378 IL En T RETIEÎT vanité des biens qui padènt, efperanr comme je fais les promelTes que Dieu^ nous a faites en Ton Fils. Oiii tout ce qui m'environne n'eft que de la matière - inefficace: Ce monde n'eft qu'un amas de viles fubftances.^ Les hommes qui y vivent me font inconnus ^ & fi je les Toïois tels qu'ils font, j'en aurois peut-* ctre horreur: car f ai horreur de moi- même quand je penfe bien à moi: f^^- t Eccli. nltas vanitatwn & omnia vanitas. Tout: ^- *• n*eft que vahité.Biens trompeurs^beau. . tez imaginaires rperpetuelles illufions. Mais d'ailleurs la région, la patrie des* efprits eft immuable*. C'èft-Ia que l'on goûte des plaifirs folides: C'eft-là que l'on voit des beautez' réelles: Ccft-lài qu'habitent la vérité & la juftice. En nn mot, c'eft là que fe trouve le fotP^ verain bien, & par confèquent la fou- veraine félicité, la plus douce 6c la plus^ poire volupté* E t cependant je crains^la^ mort, le paflage de l'erreur y Se du pé- ché à la vérité & à la juftice y le retour d'un fâcheux exil àma chère patrie, o^ nous jouirons d'un bonheur qui ne fi- nira jamais. Il (èmble que je craigne de poflèder ce que je defire, & que je ibis adhiellement agité par deux mou-r vemens contraires.

TÎ*J^'*ti^.

TÎ*J^'*ti^.

, THEQTikÉ. Cela va fore bien. Aride: iliais lequel des deuxremporte l A Kts T E. C*eft ce que je ne puis vous dire. C'eft tantôt l'un de tantôt Tautre. Mais la crainte de la tnort,quel- q^e folle qu'elle me paroidè, je la tiens invincible. Elle cède quelques momens^ au' défit que forme en moi la'Rairon,^ iur tout lôrfque ce defir eft fcûtëna^ par la Religion: mais elle ne s'afFoiblit^ j^oint ce me (èmble.

TUFoiJOKB. f om vous trdm-- l^ezr, Arifte. Pour peu qu'elle cède cette' <n:ainté 3 elle s'aftoiblit. Vous Tcxperi^ inenterez bien-tôt, fi vous continuez' de la' ebmbatre. Regardez la mdtt de pré^zfàmiliarifear- vous avec elle. Com* batezfouvent à la lumière de la Rai« foft 8t de la foi ce qu'elle nous ravit tttvec ce qu'elle nous donne; Pefez bien- la piertfc avec le gain, comme vous ve-- lieîÈ^de faire. Et quoique vous nepuid^ -ikz pas' difliper tout à-fait la crainte 'ique nous en aVon^ ^'car c'efl: tin mpu^ Vemieiît natotel que je ne croi ipas qu'ort ptiiïfe déttuii^, le moment de la mort' fltvic^dra' peu à? peti le fujét de vôtre jèïe,4'objet dti plus violent de vos dejSo III. Entketien m. ENTRETIEN.

I AR I S T B. Que je fais content, mes checs amis, de nos entretiens précedens! Les fraïeurs de la mort ne me troublent plus fi fort, du moins ne m'ébranlent-elles plus. J'ai regardé de fi prés & fi attentivement Tobjet chi« merique de ma terreur, que mainte* nant fe n*en fuis plus efiraïé. Mais je ne fçai fi je conferverai long. tems cette fermeté d'efprit que je dois à votre Pbilofophie, ^ fur tout à la Religion .que nous profèfibns. ]'ai été fi fouvent la duppe de mon imagination, que je crains fort qu'elle ne me fiirprenne, Se qu'elle ne m épouvante par fes terribles phan tomes. Je fens mêmes qu'aâuelle* ment elle fi: réveille, & au'elle me re« }>rérente la mort comme l'entrée d'une blitude aâreufe pd l'oti ne peut avoir de fi>cieté ayçcp^rfonne. Pure Ulufion 1 La focieté qu)3 noi^ aurons tous dans la fa^nteCité,(<^ra infiniment plus douce& plus parËiite que celle que nous avons SUR LA Mort. 381 ici - bas. Non: )e ne crains point la mort: ma Raifbn & ma Religion me le défendenc. Les biens que nous poC- federon^ dans nôtre patrie valent in- finiment mieux que les vains amufè* mens de nôtre exil. Mais quoi! nous ne voïons pas les chofes que nous ef- perons: & quelque fermes que nous foïons dans nôtre foi, il nous refte tou- jours quelque fu jet de défiance. L'hom» me eft fait pour vivre en focieté, & j'y vis maintenant, content de ma fortune &. de mes amis -, jplein de fanté & de vie, honoré, aime, recherché des hon- nêtes gens. La mort tùe féparera de Théodore & de Theotime. Ah la dure réparation!

Theotime. La dnre Réparation! Parlez-vous férieufement?

A R I s T £• Fort férieufement: mais je favoue, je confalte un peu plus mon coeur que ma raifon.

Theotime. Ah! Confultez vô- tre raifon& lai (Tez-là vôtre coeur. Ne l'ouvrez qu'à celui qui le peut remplir* Il n'çft permis de fuivreles mouvmens du coeur que lorfqu'ils font raifonna- bles.

^1 ÏIL ÊîrrKÉf I Ew pas raifohtiaMe d'aimer Théodore, d'ai:- Rier un véritable ami: un ami qiù m'zr h\t mille biens, & à qui je dois^^ ce que jfai de plus précieux ^ des oonnoi (lancer €|ui font couce ma confolaeion & toute ma )oïe. La dure réparation!

T »E o T 1 M* E; Aimer Théodore, cela vous e(b permis. Aimez-le d'un amour de bienveillance;mais ne vous attachez point à lui. Tout attachement à la créature y^à une natiKe impuiflànte >r. i7:^(j. une foMe. Afandit efl cetni qui rnu m Chommt fa confitmoH &fa joie: KtxOèe j trop d'honneur, & je ne dois pas le fouflSir. Je ne vous fis jamais au- €un bien: & je fuis incapable d'en faîre à perfonne. Il n'y a que Dieu* qui foir bon, ou capable de vous faire dii bien: ^Lue i8; Nemo^ bonus mfi foins Deus. Lui feu! eft ''* nôtre lumière & notre Dofteuf: Ma,^ » I. Tim. ^^9 la puiflànce ne réfidè qtt^en lui: *" 6* Solus potens. Il n'y a donc que lui qui mérite d'être aime d'un amour d'union, d*an amour qui eft dû àJa ptiiflance: il n*y a cpielui dont \x/eparAiionfoh dure.

Pèfcz wen ces paroles de faint Jacques: svk t A Mort. j8$ dhnne datwn optimHmy& omm donumper^ fe^um, de fiêrfiim efl ^ defcendens a Patres Inminum* Tout le Bien que paroiflènt nous i^ice les créatures vient de plus haut ide/nr/hm efi. Celui qui nous parle n'eft pas celui qui nous éclaire:. TinteU ligence vient d'enhaut, de la clarté des* idées qui ne fe trouvent q[ue dans b' £>uveraine Raifon:' à Pâtre Inminniny apudcfuem non efi tranfmittatio nec "uiciffi* tudinis obfwératio* Raifon toujours lu-r^ ttîineufe: car lefoleil des efprits n'eft' pas fujet au changement ^ & à desré^- volutions qui TëcUpiènt..

A R I SX B. Jefçai, THeodbre^ que* ceux que nous appelions nos maîtres,, ne font que dès meniteHrs;6C que les pa** rôles dont ils nous frappent 1 oreille y, font bien differenres de ces réponfes intérieures, que rend à notre attention,, eeluiqui préhde àtous les efprits. Mais nous avpns^befoin de ces moniteurs fîdé;- les y éxsL&s, éclairez ^ Se fans vous Se Theotime, apurement je ne fçaurois* pointée que je vous dis maintenant. Se i»int d'autres vérités qui me remplif^ fcnt.

Théodore. Hé bien V Q^e per^ ërezà-vous donc à^ la mort B Deux mo^ 384 III.Entretiew nicears inutiles. Qu'ils foient fidèles ^ éxa£bs, éclairez, cane qu'il vous plaira de le fuppofer; mais alors vous n'en au^ rez plus befoin. Un homme qui fort d'un cachot & qui voit le foleil, re- grette-t'il la lampe de fa prifon l Un aveugle regrette-t*il fon bâton ou fon guide, lorfqu'il eft parfaitement guéri } Dure feparation I Au refte ^ vos amis vous rejoindront bien-tôt, s'ils font di- gnes de vôtre amitié: & en attendant vous trouverez pour amis tous les ci- toïens de la fainte Cité, qui vous re- cevront avec joïe, comme un des mem- bres de ce corps divin, dont le Seigneur J £ s u s eft le Chef.

Ariste. ]e le croi /Théodore: Je Tefpere. Mais les biens qu'on ne voit point ne touchent pas comme ceux qui frappent nos fens.

Théodore. Ils touchent bien plus vivement, quand on y penfe fou- vent, quand on les médite férieufe- ment. Des biens fenfibles s'évanouif- fenç comme des phantômes à ta lumière de la Raifon, lorfqu'on fait taire fon imagination & fes fens. Mais les biens futurs paroilfent d'autant plus réels, d'autant plus folides, qu'on y penlè davantage.

SUR LA Mort. 385 davantage. Pcnfons-y donc, je vous prie. L'homme eft fait, dites- vous» pour vivre en focieté. Oiii fans douce: mais ce n'eft pas pour celle où n9us vivons maintenant. Ceft pour la fo-' ciecé fiitucé que nous aurons tous * * i./«^ avec le Pcre & le Fils dans l*unité du '*' '• même efprit: que nous aurons tous dans U Cicé du Dieu %jvant, où habi- tent la vérité & la juftice, & dont les fondçmens Tont inébranlables. Voilà le dedèin de Dieu, & la lin de Thomme. Il ne peut y avoir, mon cher Arifte, de parfaite focieté que dans le Roïau« me, où règne abfolument la Raifon: & la Raifon elle-même a déclaré qiia fon Roïaume n'eft point de ce monde. Les peuples feroienc heureux, dit un Ancien, fi les Roisétoient Philofophes; Combien plus heureux le peuple qui a pour Roi, non quelque difciple de la Vérité & de la Sagefle, mais la Sagellè elle-même. Heureux * les peuples du *^* g'^* Sage Salomon, toujours en paix du;- tant fon règne: mille fois plus heureux le peuple de Dieu (bus le règne éternel du vrai Salomon la Sagellè incarnée > Heuceux les peuples chéris de leur Soavierain, traitez comme Tes en&ns; Bien: Tome 11. K k % 386 IIL Entketiin jheureux donc ce peuple conquis, qui à pour Prince fon Sauveur: mais Sauveur fi i^lein d'amour pour fon peuple, qu'il s'eft livré volontairement à la more pour le délivrée de la fervitude. Heu* reufe la focieté, dont le Roi eft le Fils unique du Tout-pui({ânt, & qui traite fes fujets comme Tes frères: où Dieu veut que nous rappéllions fon Père, que Qous aïons (bcieté avec lui, parc à foft héritage, à fa gloire, à fes plaiJirSy comme fes enfans adoptez en fon Fils. Encore un coup c'eft pour vivre dans cette focieté' là que nous fommes faits. A R I s T E. Je le croi ainfi, Théo- dore. Ce deflTein me paroît plus digne de Dieu, plus conforme à fes attributs que toutes ces focietez particulières, que differens peuples font entr'eux. Mais c'eft une belle chofc qu'une par- Élite focieté.

T H E o T ï M E. Oîii: mais c'eft ce qu'on ne trouvera jamais ici-bas. J'ap- pelle, Arifte, focieté, l'accord des et prits & des cœurs. L'accord des efprits dépend certafnement de la vue claire de l'immuable Vérité 5 Se l'accord des cœurs de la jouiflance de l'inépuifable Félicité. Car rien n*eft plus évident <jùe la diverfité des fencitnens aliène les eU prits, & que les biens qui fe divifent & "" qui s'épuifenc, excitent des jaloufies, & partagent les cœurs- Il ne peut donc ^ y avoir ici-bas de parfaite & paifiblé Ibcieté. Il cft vrai que l'EglifedeJefus- Chrift eft une focictc véritable. Les efprits y font rétinis par la foûmiflîon aux mêmes dogmes, & les coeurs par l'amour du vrai bien. La foi accorde les efprits, & la charité unit les coeurs. Audi peut on dire que l'homme eft fait pjour vivre dans cette fainte focieté. Mais c*eft pour y être perfecuté, éprou- vé, purifié, rendu digne de la focieté éternelle. Excepté donc cette iocietéT" qui cft gouvernée par le même Chef, & animée par le même efprit que la ce- lefte Jerufalem, & quixif feit avec elle qu'un même corps: je prétens qu'il n'y a pfoint fur la terre de focieté vérita- Théodore. Saint Auguftin dans fon Livre de la Cité * de Dieu, ]J;i^\^ foûtienc que Rome cette fameufe Re- i9.c/;.xu t>ublique ne fut jamais Rèfublfcfîie ^ c'eft à dire, félon la définition de Ciceron, véritable focieté. Il prouve ce paradoxe par ce principe reçu non feulement de 388 III. Entre Ti EN • * ^' ) Ciccron, "^ mais de tout ce qu'il y a de '^* gens raifonnables: ^n^nm Republitjne ne peut fkbfifter féns une éxaSh jufiice. Car quoique Ciceron fade foûcenir le con* traire à Furius Pilus un de Tes Incerlociw teuts, il ne manqua pas de le difculper, en lui faifanc déclarer qu'il ne parle pas félon ce qu'il pcnfe, & qu'il auroit honte de combattre pour l'injuftice. Selon ce principe, Ciceron conclut donc que de fon tems la Republique ne fubtiftoit plus. Nofiris vitiis ^ non cafié aliqfio j dit-il ^ Rem^nblicdm vtrho ntinemus, reip/i vero jam priéUm aniîfi* mns. Mais faint Auguftin en tire cette conclufion plus étendue, que Rome ne fut jamais Republique: car Rome ne fut jamais fans, vices & fans injuftices. Quelle plus auuide injuîlice, dit-il^ que d'ôter à DieuTe culte qui lui eft dû pour l'ofFric aux Démons? La vraïe jufticc ne fe trouve que dans la Republique dont Jefus-Chrift eft le fondateur & le fouverain. f^era jujUtiamn efini/iinea Repuhlka ^- cujêés conditorreSioryne. Chri^ fius efi. Et par confèquent il n'y a point dans le monde de véritable focieté que rEglife de Jefus-Chrift. Mais cette EgUfc foupire fai^s celfc vers le Ciel, i suK LA Mort. 389 vers fa patrie", fans attachement au monde & à fes pUifirs^ T H E o T X M E. Il eft évident qu'il ne peut y avoir ici-bas de véritable focieté où Ton rende à chacun une éxaâe jufti- ce. Carfuppofons que^nosloix fdjenc jattes y nos voifins en doutent peut-être» »ofons que le Juge de cette Ville l'homme du monde le plus intégre. On lui amené un innocent qui s'çft trouvé malheureufement dans le Ueu^ où venoit de fe commettre un meurtre, & dont on le croit coupable. Le Juge le condamne félon les loix à la queftioii. Ce pauvre hontme pour fe délivrer des tourmens avoue le crime, 5<-petfu>dc qu'il en eft Tauteur* On lexondamne à la mort* Ainfi les lois font juftes, le iuge eft intégre, & l'innocent expie par I torture, & par le dernier fupplice, l'ignorance du Juge, qui ne pouvoir Étire a#rement félon les loix- Com- ment un Souverain pourroit^il exercer la juftice, & régler exaâement les ré« compenfes & les peines fur les mérites Se les démérites des hommes, lui qui ne les connoit feulement pas ces meri-» tes., & qui eft ordinairement environné d'ambitieux ^ de flateurs, de feduâeurs, KKii; 390 II I. Entretien Certainement il n*y a qae le Juge qui pénétre les cœurs qui puiflè rendre à chacun feloii fes œuvres. iMais fi Ton joint à l'ignorance invincible du Sou- verain les autres foibléfTes de la nature humaine, dont ces- Dieux de la terre ne font pas éxemts: Si le Pxince eft co- lère, cruel, avare, voluptueux, in- juftê ^ impie, infenfé; en un mot, fans Religion & fans raifon; quelle juftice» quelle focieté dans TEtât qu'il gouver- ne! Enfin » fi on fait attention à la qua- lité des biens qui font au pouvoir des Princes, biens extérieurs & pafiàgers, biens apparens & trompeurs; on verra encore plus clairement qu'il.nC peut ^ avoir ici^bat de focieté fondée fur la juftice qui rend -à chacun ce qui lui eft dû. Car je veux qu'un Prince puifiè con- noitre éc païer tous les fer vices qu'on rend à l'Etat, & que tous les cens de bien fofent contens de lui, émaîne- ment il ne peut rendre à chaéuni ce qui lui eft dû, s'il ne peut feirc que tel foit heureux qui mérite de l^être. Or celui qui a la goûte, la pierre, ou quelque autre maladie fort donloureufe, eft aâudlement malheureux, fut-il com- blé d'honneur ôcjie biens par fon Prin« Sur LA Mort. 391 Sur LA Mort. 391 ce. Il ne peut donc y avoir de parfaiie fociecé que dans TEcac heureux donc le Souverain eft la Raifon même, & dont lestréfors font inépuifables; qu'avec celui qui veut, & qui peut rendre à chacun ce qui lui eft dû.

A R 1 s T E. Selon ce principe de Cice- ron, que la Republique ne peut fubfi- fter (ans une éxaâe juftice^ il eft évi- dent qu'ici-bas il ne peut y avoir de vé- . ritable focieté. Nos Souverains font des hommes, & tout homme eft impuif- fànt y ignorant & fouvent in jufte; qua- lieez qxti le mettent hors d'état de ren« dre à chacun ce qui lui eft dû. Les hom^ mes devjToient être d'aut^nrjJiii-mAl- — heureux qu'ils font plus criminels: & il me femble qu'en ce monde les plus gens de bien font les plus miferables ^ du moins font-ils les plus méprif z & les plus perfecutez: * Omnes ^nipiè v(h * t.T/«. bint vivtrein ChrijhftrfecHtionemfatien- ^* *^' utr, dit faint Paul; & ailleurs f Si in \\.cor. bacvitatantHm inChrifio/perantesfHmHS,' '^* ^^* mfiralnliorcs funnns omnibus hûminihHS. Non: je ne croi point que l'homme foit Ëtitpour vivre dans une (ocieté où Ton méprife l'égalité des natures, où Ton Ae peut difcernei l'inégalité des meii-* K. k nij 3^1 III. ENTRETIEN tes, où l'opinion eft la maicreflè; & où la Raifon » bien loin de régner avec raucoricé qui lui ïft duc ^ eft par nôtre corruption réduite à fervir à TinjuAice, à juftifier les paffions, à donner à de vains phantômes quelque réalité appa. rente. La diverfité des états, Tinéga. lité des conditions, la multiplicité des leix & des coutumes ne tirent, ce me femble,leur origine que de l'amour pro. pre, du péché & de la concupifcence. Les hommes aïant abandonné Dieu kur Roi naturel Se légitime, & la Rai- fon leur commune loi, ils ont formé pour leur mutuelle con(èrvation une iû- Mnit^ de focietez particulières, où Ton n^aime fon alTocie que par intérêt, où Ton ne (è foumet aux loix aue par né- ceflité, où 1 on ne refpeâe ion Souve* rain que par grimaces. Helas! qu'eft devenue la Providence depuis le péché! Quelles oMir^ues avons -nous qu'un Dieu |ufte nous gouverne? Les méchans profperent. La force, la loi des brutes défère l'empire aux plus forts. Les grands crimes font les grands hommes & les grands Etats; & le$ Romains vainqueurs de tant de nations ne val-, loient peut-être pas mieux que les peo^ pies qu'ils drtc vaincus. Oui, R oafe**.. pare du monde TEglife de Jefus*Chrift, qui n'eft poinc eâeâivemenc de ce mon- de, je ne vois plus ici-bas de (bcieté ou de Republique; je ne vois plus de mar- ques bien feures d'une Providence: car enfin la Providence divine ne peui-êcre fans une éxaâe juftice.

Theodorb. Doucement, Arifte, Vous pcmvez ne pas remarquer les dé^ marches de la Providence dans ce cahos ténébreux y oA le pèche a réduit toute la nature. Mais ne vous imaginez pas Sue rien s'y fade au h'azard. La Provi- ence ne règle pas feulement ce qui âi rapport à foo y and delTein» UEgUied^ Jefus.Chrift: elle s'étend à tout, jufl qu'aux Enfers mêmes, quoiqu'il n'y ait là nul ordre, & que tout y fa (Te horreur. Ce monde eft rempli d'm jufti« ces: mais les injuftices mêmes font fou<« mifes à la Providence. Ordinat peccata. Ht faint Auguftin. Ceux qui les com- mettent ces injuftices en font ou en- feront punis un jour/& ceux quijeâ fouflFrent les méritent bien ^ perfbnne n'eft innocent devant Dieu. Il eft jofte que les hommes foient pimis par les luites fimeftcs des mêmes paifi(m&mf^ 394 m- Entretien 394 m- Entretien quelles ils s'abandonnent. Il efl: jade que ceux qui n'ont pas obéi volontai-^ remenc à la Raifon, loi univerfelle de» erprits, (oient contraints de fe rendre à la force, à la loi des brutes. Il eft jufte que les Chrétiens mêmes entant que pécheurs, fouffrent des perfecurions qui les purifient y Se qui les fa.(rent fou* Eirer fans cette après la célefte Jerufa- :m. Ici-bas ils font en épreuve:.mais tout concaurt au bien de ceux qui ai;^ ment le Seigneur, tout eft réglé par Tordre de la Providence.

Sous l'ancienne foi la Providence étoie Ti(ible. Les biens temporeb étoient di-« Aribura aux Juifs felon^urs mérites, ieloa l'obéïfnmce qu'ils rendoient à kur loi« Je ne fuis pas fenne ^ difbit Da« » P/: j tf/ yid, * mais je fiai jamais vh dejufte aban^ dorme, ni fes enfans mandier leur pain. Leur juflice extérieure étant récompen^ fée par des biens (ènjlbles, la Provi«: detice paroidbit vifiblement. Car je ne parle pas des Chrétiens de ce tems-là^ des «véritables juftes qui appartenoienc à la loi nouvelle ^ & qui efperanc les yrai$ biens dévoient être traitez comme nous le fommes. Mais préfèntement la Providence fi'Cft plus fi vifible. L'Ange SUR LA Mo RT. 39y de la nouvelle alliance nous a donné une loi intérieure & fpirituelle, donc* les récompenfes ne frappent point nos fens 5 & perfonne ne fçait combien J E s u s-C H R I s T eft fidèle dans fes promeflès que celui qui en (ent les e£. fets. On ne voit point l'influence du chef de TEglife dans (es membres; les confolations dont il Idf (oûtient dans l'oppreffion, & la force qu'il leur don- ne dans la tentation. Leur mifere pa- roît, Se leur bonheur ne paroît point,- Mais enfin les promeflès de l'Evangile regardent la vie étemelle. Ainfi nous ne pouvons bien juger de la Providen^, ceéc de la Juftice divine^y-^'^tcs le jugement qui fera prononcé à la fin des fieclès, & exécuté dans l'éternité. Car Dieu étant jufte, il peut différer les récompenfes & les peines: mais c*eft une neceuité que le jour arrive auquel il rendra à chacun félon fes œuvres.

• A R I s T E. Je l'avoue. Il n'eft pas neceflaire pour juftifier la conduite de Dieu que les gens de bien foient en ce • monde plus heureux que les méchans. C'cft bien à flèz qu'ils le foient éternel- * lement. U eft de 1 ordre de la Providep- ce qu'ils foient éprouvez en plofiçuc»' 39^ m. Entretien 39^ m. Entretien manières, avant que d'être récompen-- fëz. Mais ils font aâixellement les p4us malheureux. Les Chrétiens ne font lau- Vcz qu'en efperance: Spe^ dit TApotre, fklvi faSi famus. Ils (ont de tous les hommes les plus miferables: Mlfirabi* Ikrts fumus omnibus hominibus.

Théodore. Certainement, Ari-« fte, vous vous (Irompez. Vous jugeii du bonheur de l'homme par les dehors, & nôtre bonheur eft en nous. La pau^ vreté & l'humiliation n'affligent point ceux qui méprifent les richefies ic les grandeurs. S. Paul ne dit pas ab(blu« ment que les Chrétiens ibnt les plus mi* icrikbles, mais qu'ils G*roient les hom- mes du monde les plus miferables ^ s'ik n*avoient d'efperance enjssus Christ que pour" cette vie. N'oubliez pas ces parcdes: Si in hoc vita tantkm fperahtes fmnns. Car les Chrétiens efperent la vie éternelle. Or refpérance ferme d'un fi grand bien leur en donne l'a vant-goât & une efpece de jotti (lance, qui les rend dans leurs miferes infiniment plus heu- reux & plus contens, que les volup- tueux au milieu de leurs débauches. Sffi fdvifaEH fimus. Ils font déjà fau- vez par la grandeur de leurs cTperan^ suiL LA Mort. 397 suiL LA Mort. 397 ces, par cette paix intérieure qui eft au defTus de nos penfées * ^«le èxnpcrat om* ^py^ -^ nem fenfum. Enfin Jésus -Christ?• lui-même décide la queftion. Car il nous promet que pr rionne ne quittera rien pour Tamourde lui, qu'il n'en re- çoive maintenant, dés cette vie, cent feis davantage^ nonobftant les perfecu- tions. Amen dico vobis: Nemo efl qui M*^t*^^i reliéjutrit dormm, aut fratres^ aut forO"^^^ ms^ aiit patrem^ aut rnatrem, ont filiosy ant agros, propter me & Evangelmm, qni non acôpiat centies tantHmytmnc in fem" pore hoc...cwn perfeaaiênUfus, & in ^- culofHtHro vitéon éUernam* En cflfèt nô- tre, bonheur eft en nous, & non pas dans ce qui nous environne. Celui qui poflede une terre en apparence, ne la poflede véritablement, ou n'en jouît qu'autant qu'il en reçoit aâuellement du plaifîr. Or je ne doute point que fé- lon la prome(Iè générale de Jésus- C H n I s T, celui qui abandonne fon bien pour l'amour de lui, n'ait cent fois ;p1us de )oïe que celui qui le retient. Je 5>rétens mêmes qu'il n'eft pas poflible jque les méchans jouïflènt véritable^ ment des biens qu'ils paroiflènt poflc»» der y & dont il eft plutôt vrai de dite 398 III. Entretien 398 III. Entretien qu'ils fonc poflèdez, embarraflèz ^ io« quiecex. On les flace au dehors, on les honore, on les élevé. Mais on les ra- baiflèau dedans, on les humilie, on les anéantit. Leur grandeur n'eft qu'en apparence. lU fonc peut- être bien dans Teiprit des autres, & ils font mal avec eux-mêmes. La terre qu'ils pojQTedenc injuftement aeft nullement à eux. Ils n'en joUidènt qu'en apparence. Dés qu'ils y penfènc, le reprpche intérieur les dé(ole, & ils fe Tentent déchirei: dans Tame. La joUidance d'un bien confiftant réellement dans le plaiHr qu'on y prend, dans la joïe, dans le repos qu'on y trouve; les méchans ne poflèderont jamais rien qu'ils n'étoui- fent en eux tout fentiment de raifon, de judice, de Religion. Mais qu'ils faf. fent pour cela tous leurs efforts, il efl: impoffible qu'ils y réuflîflcnt. Car rhomme ne Te fepare pas de la Raifon, comme des objets qui l'importunent. Elle le pénétre jufqu'au fond de Tame s & s'il eft mal avec elle, il eft néceflaire qu'il foie mal avec lui-même: il eft né- cedàite qu'il foit malheureux. Car enfin fi J'efperance des vrais biens nous rem- plit de joïe 9 & nous en donne l'avant^ SUR laMort. 399 SUR laMort. 399 goût,il n'eft pas pollîble.que la crainte des maux futurs ne faflè un eflèt con- traire, & ne nous accable d'une e£- froïable triftellè. Ainfi je croi que dés cette vie Dieu rend à chacun ce qui lui «ft dâ, non à l'égard des biens extérieurs £c lenfibles, des biens apparens & trom- peurs, mais à l'égard des vrais biens*, des biens fpirituels qui font le bonheur ôC la joïe de l'^^ie., A R I s T E. J'entre fort dans vôtre penfée. Vous fçavez, Théodore, les diverfes fortunes du malheureux, ou plutôt de l'infortuné Eugène. Lbrfqu'il étoit dans ta gloire & dans l'abondan- ce, & que je le croïois l'homme du monde le plus heureux, il falloir bien qu'il eût en lui un fonds inépuifable de triftedè. Car quoique je rabordaflè avec cet air riant que la joïe des heu- reux fuccés de nos amis répand fur no- tre vifage, j'étois toujours furpris de le voir fombre &c mélancolique; & plus je le fèlicitois, d'autant plus me paroif- foit-il infenfible à la joïe. Pepuis fa . difgrace je ne vis jamais d'homme plus content, C'eft aflurément que nôtre bonheur ne dépend pas de ce qui nous environne^ mais de celui qui nous péné^ 400 IIL Entiletï EN 400 IIL Entiletï EN cce, & qui, mêmes dés cette vie, rend à chacun félon Tes oeuvres. Cependant U me paroît difficile d'accorder cette vérité avec ce principe, que Dieu gou- verne le monde en fuivant les loix zené- rales qu'il s*efl; prefcnt » & qu'oroipai* rement il n'agit point par des volontez paniculieres. Car comment voulez, vous qu'il proporcionne toujours à nos mentes la )oïe, & jtou; les fenrimetis intérieurs qui font notre -bonheur ac- tuel, s'il n'agit en nous qu'en confe- .quence des loix générales.

Théodore. Ne vous fou venez- vous plus des Entreriens qvt^ nous avons eus fur la Providence } ^ bien-tôt tout ce qu'il fouhaite, n'eft-il pas aâuellement plus heureux que ce- . lui )qui ne joiiit que d'un bien fort le- ger, Se qu'on doit bien-tôt lui enlever > L'efperance des Chrériens eft fondée iùr les promedèsKlivines: Elle efl: donc ièrme cette efperance. Or toute efpe- rance eft naturellement fuivie de la joïe. Dieu produit donc la )oïe dans Le cœur des Cnrêciens en confèquence des loi? générales, TSEOOORB» TSEOOORB» Théodore. Ajoâcez, Theotir me, que la principale des loix généra- les eft celle félon laquelle Dieu a donné à Jefus-^Chrift une fouveraine puiflan* ce. Car c'eft principalement par Tin. fiuence du Chef de TEglife, par Tinter-» ceflion de nôtre fouverain Prêtre, que ^ fe répandent dans les juftes les délices intérieures qui font leur bonheur. Or puifque }e(us*Chrift a promis de don-* ner dés cette vie le centuple à celui qui quitte tout pour Tamour de lui, il fe fouviendra de fa promeflè. Et Dieu, fe* Ion la loi générale qu'il s'eft * faite de ne ^('J^ •* rien refiifer à fon Fils, ne manquera pas 41. &c\ d'accomplir t«us fes deHrs. Mais ne penfez pas, Arifte,^ue les juftes fen« tent en tout tems cette joïe interieu* re, qui les dédommage de tout ce qu'ils ont quitté pour Dieu. Car Jefus^Chrift les en prive fouvent pour les éprouver & pour les purifier. Les riches, prenez- Îr garde, ne goûtent pas en tout tems es plaifirs de la joiiiilànce. Il n'eft donc pas néceflaire, pour juftifier l'Evan^ gile, que les Juftes joUiftènt en tout tems de cette joïe intérieure, qui eft cent fois plus douce & plus coniolante que celle des impiies. Mais revenons je Tome IL L 1 401 III. Entretien 401 III. Entretien vous prie à nôtre fujec: car je conte pour rien ce centuple promis, quand je le compare avec l'étemelle félicité que nous efperons.

A-R 1 s T E. Je voudrois bien, Théo- dore, que vous me donnaflîez quelque idée de la focieté future pour laquelle nous fommes Btits; de la fin de cette fo- cieté ^ de fes lolx^ de Tordre qui s'y gar- dera.

T H E G D G n E. La fin de cette focie- té efl: la gloire de celui qui en eft Tau* teur, & le bonheur de ceux qui en font les membres. Ses loixc'eft la charité. L'ordre qui s'y gardera fera une éxaâe juftice.

A R I s T E. Je comprens bien cela, mais je voudrois que vous defcendiflîez dans quelque détail. La foi, par exem« pie, nous apprend qu'un jour nos corps redufciceront. Ne pourroit-on pas de là tirer bien des confequences?

Théodore. OUi, fi nous fça- vions quelles feront alors les lois de l'union de Tame & du corps, mais elles feront bien différentes de celles de la vieprefente. Maintenant ces loix ten- dent à la confervation de la vie, à la propagation* du genre humain, au bien www SUR LA Mort. 405 d'une fodecé palTagere. Elles auront alors des fins toutes difïèrences. Ces ioix ne tendront qu'à nous unir enfem- ble, & avec nôtre divin Chef ^ pour ne former avec lui qu'un même corps, qu'un même choeur de loUanges. Elles ne tendront qu'à nôtre félicité & à nô. tre perfeAion. Nôtre corps, félon faint Paul y ne fera plus animal & terreftre; il deviendra (piricuel & celefte; non qu'il change de nature & devienne efl prit, mais parce que les Ioix de Tunioni de l'ame Se du corps, ^qui ne tendent f>refentemehtqu'à la confervation de a vie animale y auront une fin toute fpirituelle.

Theotime. Je croirois, Théo- dore ^ que ce corps animal Se terreftre reflufcitera fpirituel, parce, qu'alors il fera parfaitement foûmis à Tefprit. Cac faint Paul oppofe fouvent l'eiprit à la chair. Il appelle donc animal bc terre* ftre nôtre corps, à caufe de la conçu* pifcence, à caufe qu'il excite en nous malgré nous des defirs charnels & ter- reftres. Il deviendra donc fpirituel, fe« Ion ce faint Doâieur, lorfque l'efprit en fera le maître, ôc qu'il n'y aura plus de concupifcence.

Ll ij 404 III- Entretien