Théodore. Cela paroît d'abord aflèz vrai-femblable: mais aflùrémenc cela n'eft pas vrai. Car Adam n'a pas été créé avec la concapifcence; & ce- pendant faint Paul appelle terreftre ÔC animal le corps qoe Dieu lui avoit for- 1. Cvr. mé. Commeilya^ dit-il, un corps animsU^ *^ ^*' il y a OHJji un corps ffnntHet...Afais ce n^efi-pas le corps Jpirimel ^sti a été formé le premier: Cefi le corps /mimai, & enfaite le jfpiritHeL Le premier homme ejl le terre flre, &c. Vous voïez donc que félon S. Paul, Iç corps d'Adam, qui a été formé le pre^ tmfr, n'étoit pas fpirituel, quoiqu'a- lors il n'y eût point de concupifcence. Ain(i nos corps après la rcfùrreâion ne feront point fpirituels, précifément à •cau(è qu'il n'y aura plus deconcupiC- . cence, mais parce que les loix de 1' u« nion de l'ame & du^orps, qui ne ten- d^nt préfêntement qu'à la conservation d'un corps corruptible, & au bien d'u- ns focieté périflfable, (êront changées en d'autres loix, propres pour des corps incorruptibles, 6c pour une focieté éter- nelle. Mais il n'eft pas poflible de fça* voir le détail de ces loix.
Theotime. Quand je fais attention 4UX loix de l'union de l'aipe £c du corps^ icklsL fin à laquelle ces loix Ce rappor- tent, il me pàroïc évident qu'après la réfurre£tion, elles ne fubfifteront plus; parce que le corps n'aura plus les mê- mes befbins qu*il a maintenant. Mais «fin qu'il ne les ait plus ces befoins, il eft néceflàfre que les loix des commu- nications des mouvemens foient entiè- rement détruites. Car les mêmes effets fuivent néceflàirement des mêmes cau- (ès. Il eft clair qu'en confèquence des loix des mouvemens, tout corps cho^ 3ué doit recevoir quelque impreffîon e ceUii qui le choque. S'il, arrivoic donc, par exemple, qu'un corps glo- rieux (e trouvât dans le chemin d'un autre corps en mouvement. •. • TheodoriT Je vous entens, Theo- time. Il y a bien de l'apparence que les loix des mouvemens demeureront les mêmes à l'égard des corps ordinaires. Mais certainement il y aura cette ex- ception particulière dans ces loix, que 1^ corps glorieux ne dépendront nul- lement de ceux qui les environnent, 6c qu'il ne leur arrivera de changement que dépendamment de la volonté des efprits qui leur feront unis. Car Tordte veut que les* corps foient fournis aux 4o6 III. Enti^etien 4o6 III. Enti^etien eCprics, le moins noble au plus noble; Et Q cela ne Ce trouve pas dans les dani4 nez, c'eft que le même ordre veut en- core que des efprits révoltez contre la pui (lance Ibuveraine &c légitime, foienc par la même puiflànce fournis à la plus vile des créatures. Les loix des mouve- mens, celles de l'union de Tame & du corps, en un mot toutes les loix natu« relies ne font que les volontez efficaces & confiantes du Créateur, & toutes les volontez divines font néceflàirement conformes à pordre immuable de la I'uftice. Ceft fur ce principe incopcefta- >le qu'on doit juger de la conduite de l'Etre infiniment parfait. Car quoique ce principe ne nous découvre pas pofi* tivement les defTeins de'Dieu, il nous apprend du moins qu'il n'eft pas capa.* ble d'en prendre de i)izarres, & qui s'accordent avec nos imaginations.
THEaTiMB. Je l'avoue ^ & il eft aifé de conclure de ce principe, qu'a* prés la réfurredion nos corps feront impaiEbies: mais il ne fuffit pas pour prouver la fubtiliié, l'agilité & les au- tres qualitcz, qu'on attribue commu- nément aux corps glorieux».
Théodore. Il cft' vrai» Ce n'cft suK LA Mort. 407 par la révélation qu'on peut s'in-^ lire des defTeins de Dieu à cet égard, lis faint Paul nous a appris que nô- corps, de vil & abjet qu'il eft, fera 3rmé Se fbndu feniblable au corps rieux de 3 e s u s-C h r i s t. Voici paroles. * Salvatorem expeêtamti Do- \ ^^"^'^ • 'um mftrwnJefHm Chrifinm qui refbr-^ Ht corpHS hftmilitaiis noftra configuram I corpori claritaiis ftidt, fecundum ope^ onem ejua etiam pojfit fibi fiihjicereom'm , Si donc il eft certain que le corps Jefus-Chrift a été vu des Apôtres c telles & telles qualitez après fa arreftion ] onsL fujet d'efperer que 1 corps, en feront un jour revêtus la puiflance de celui (jai peut î'affk^ \r tontes chofes. Or Jésus -Christ monté aux Cieux. Il a fouvent ap-« u à fês Difciples, & il a difparu en moment devant eux, C'cft une prcu- :ertaine de ce qu'on entend par 4g/- II eft entré * plufieurs fois, les por- ^Joam fermées, dans le lieu où étoient les ^^* ôtres. C'eft TefFct de ce qu'on ap- le fubtilitéi II a paru éclatant -f com- t ^^f^n le foleil furlafainte montagne. Il '^** ^* it vifible par fa propre lumière.- Voi- a clarté. Si donc nos corps feconc 4o8 III. En.tr ETl IN reformez fur le modèle de celui de Je- fus-Chrift reffiifcicéjon a raifon de croi- re qu'ils auront quelque parc à (es glo- *^*'''*^' rieufes qualitez. "^ Semnatur corpus ani- male y fwrgtt corptuffnrkaU.^lA9intcnài\t nous rapipons lur la terre: Après nôtre transformation, nous volerons, pour ain(i dire. Maintenant les corps qui nous environnent, nous tiennent en- fermez: leur folidité nous arrête, & s'oppofè à nous. Alors nous ferons en parfaite liberté ^ les corps les plus foli- des céderont à nos mou vemens. Main- tenant nos corps ont befoin d*ttne lu- mière étrangère pour fe faire voir. -Un iour tout brillans de leur propre gloire, li^lf* ^^^ ï^^oi^t en tout tems vifibles. T f«/-^ gebmt ficut Sol in Rtgno Patris torim. Quand je dis qu'ils feront vifibles pat. leur propre lumière, c'eft dans le fens ordinaire que je l'entens. Car Dieu feul, comme vous fçavez, eft vifible par lui- même: lui feul éclaire immédiatement les efprits, & leur découvre fes ouvra- ges par l'efEcace de fes idées. Mais la caufe occafionnelle ou naturelle de la vidbilitédes corps glorieux, ne dépen- ,^ ^ dra certainement plus ni du Soleil ni de ii: t5* la Lune: * Civkiis non tgtt Sole neqne SUR LA Mort. 409 Luna, Ht Inceant in ta. Apparemment elle dépendra de la volont^des efprits, en confequence de quelques loix gé- nérales de l'union de Tame & du corps, bien différentes de celles qui s'obfer- vent prefentement; par lefquelles loix Dieu formera pour toujours encre nous, & avecjefus Chrift nôtre divin Chef, une parfaite focieté. Car nous ferons unis avec lui, non feulement par nos efprits, mais encore par nos corps.
Théodore. Je ne le fçai pas, ^ Arifte. Car encore un coup je ne fçai point quelles feront les loix de cette union éternelle de nos âmes avec nos corps par rapport à la focieté future. Mais nôtre refurredioh ne fera pas inu- tile & fans deflein. Imaginez - vous^ Arifte, que vous ne fçachiez rien de ce que l'expérience vous a appris des loix de l'union de l'ame & du corps, par rapport à la focieté prcfente. Par exem- ple, que vous êtes ému de jcï.- eu de triftefle, lorfque vous voïc-z fur le vifa- ge de vôtre ami certains airs, certaines contorîions, ou que vous entendez cer- tains cris naturels; pourriez-vous ja* Tomt IL Mm 410 III. Entretien 410 III. Entretien mais deviner que par là Dieu vous uniJ roit à vôtre*ami, & vous porteroit ou à le fecoucir, ou à vous con joiiir avec lui? Quel rapport y a-tJ! entre les difïèrens airs du vilage ou divers cris, 8c les mou- vemens de joïe ou de triftelle qui les accompagnent } Ne paroît-il pas mê- me qu'un befoin preflànt, & qui de* mande un promt fecours, a plus de rap< port aux éclats précipitez du ris, qu'à un cri plaintif & languiflant ^ & qu'un homme qui rit & nous montre les dents, a plutôt deflêin de nous infulter & de nous mordre qtie de nous réjoiiir? Si donc les loix de Tunionde TameSc du corps, établies pour la confervation de la vie èc de la focieté prefente, nous fer oient entièrement inconnues fans l'expérience que nous en avons; com- ment devinerions-nous celles de la vie & de la focieté future? Ce que j'en (çai c'eft que ces loix feront dignes de la fagefle de Dieu, & de (on amour pour fon Eglîfe^ & qu'elles n'excite- ront pas en nous des fentimens auiE méprifables & auffi foibles, que ceux que nous éprouvons maintenant. Car (i nous avions une idéée claire* de i'a-> mç ^ nous verrions bien qu'elle eft ca^ su!i LA Mort. 4T1 su!i LA Mort. 4T1 pable d'une infinité de fencimens bien plus doux que cous 'ceux donc nous jouiflbns. Dieu proporcionnera fans douce la douceur des fencimens à la joui({ance du bien que nous poflède^ rons dans le ciel. Si donc laprefence de nos ainis nous faic plaifir; u un regard favorable du Prince nous remplie de joïe en confequence des loix établies pour le bien de la fociecé, que ne fera poinc en nous la prefence de Thuma- nicé faince du Sauveur, les carelTes 6c les amiciez de THomme-Dieu > A R I s T E. Je fçai bien que vous ne pouvez pas contencer encicrement ma curiofité. Car quand mêmes vous con« noieriez clairemenc les loix donc vous parlez, & que vous auriez éprouvé les ièncimens qui en fonc des fuices, com- me vous ne pourriez pas me les^ice goûter ces fencimens, vous ne pourriez pas non plus me (aire connoîcre éxaâe- menc ce que vous fçauriez de ces loix. Car nos fencimens ne fonc pas accachv z à des expreiliops arbitraires, comme le fonc nos idées. Je comprens donc bien que le décail des loix de l'union de ra- mène du corps par rapporc à la focicié fiicure, cft impénétraole. Mais vous Mm ij jsm III. Entretien pourriez, ce me femble, tirer bien des confequencesde'ce principe que vous avez pofé, qu'aptes la refurredion, le corps fera parfaitement fournis à Tef^^ prit. Car C\ tous les mouvemens du corps fuivônt promcemenc tous ceux de la volonté, il eft clair, par exemple, que nous ne ramperons plus fur la terre, comme nous faifons maintenant -y puif. que nôtre dedr fufEra pour nous tranf- porter où nous voudrons. On peut dé* duire de ce principe les autres qualité:^ des corps glorieux bien plus clairement que de ce que dit S, Paul, <jHé Dieu re^ formera notre corps fur celni âfe J e e u s- Christ: car ce padàge fe peut in- terpréter en bien des manières.
Théodore. Jecroi,Arifte, que vous vous trompez: car il n*eft cer- tain ique le corps fera fournis à l'efprir, que parce qu'alors l'efprit fera fournis à Dieu. Penfez-vous que le premier homme avant fon pèche voulût voler dans les airs? Non fans doute: car il ne vouloir pas ce que Dieu ne lui avoir pas donné le pouvoir de. faire. Son corps lui étoit parfeitemcnt foâmis, il eft vrai, mais par rapport au deflèin de Dieu, auquel il fe foûmetcoî: lui-mçihe. S*il n*étoic donc point à propos pour le bien de h focieté future que les corps des Saints enflent l'agilité qu'on leur attribue; fi Dieu n'avoir point établi leurs defirs pratiques cau^ fes occafiôunelles de leur tranfport j quoique le corps leur fât fournis, ils ne produiroient en lui que les mouve- taens ordinaires. Ainfi vous voïeîs bien qu'on ne peut pas conclure les qualiiez des corps glorieux de ce principe, que le corps doit être fournis à l'efprit, puit qu'il ne lui doit-être fournis qu'autant que l'efprit l'eft à Dieu. Car des efprits fournis à Dieu ne veulent que ce que Dieu leur a donné la puiflancede faire^ en établiflànt leurs defirs ptatique^^ caufes occafionnelles de fon aftion. Ce n'eft donc que par l'Ecriture qu'on peut s'aflîirer des qualitez des corps glorieux: Et fi elle ne s^en expliquait pas aflèz nettement, il n'en Endroit point par- ler décifivement. Mais faint Paul nous aflurant que nos corps feront reformez furceluidèJfisus-CHRisTreflufcité, je croi qu'on en peut conclure qu'ils au- ront part à fes glorieufes qualitez,quel- que furprenantes qu'elles nous paroif- fent. C^ï enfin comment pourrions- Mm iij 4T4 m. Entretien nous être toujours avec Jesus-Christ, •i.Tfee/. comme TApôire nous le promet?"^ ^•*7« Comment pourrions-nous erre enlevez, dans les airs au devant de lui^ (i nous n'a« \ions comme lui cette agilité qui le portoic en un moment dans des lieux tort éloignez } Mais il faut parler So- brement de CCS grandes véritez, T H E o T 1 M E. Il eft vrai, mais il eft bon d'y penfer, & d'en parler fouvent. S. Paul même nous Tordonne en finif^ fant ce qu'il en a dit par ces paroles: Wi. i8. Jta<jue confolamnl invicem in verhis iflis^ En efRt on fe confole aifément de la perte d'un corps infirme, & qui appe- santit Tefprit, lors qifon efpere d'ea xecevoir un tel qu'il nous le promet.
A R I s T E. Croïez-vous, Théodo- re, qu'un corps glorieux traverfe en un moment tout IVfpace qui eft entre le ciel & la terre, ou qu'il aille d'un lieu en un autre fans pafTer par le milieu?
Théodore. Je n'en fçai rien. Cela dépend d'une volonté de Dieu purement arbitraire, & qui par confc- quent ne peut être connue, S elle n'eft révélée.
A R I s T H. Je ne parle pas du fait^ mais de la feule poifibilité du fait.. ^ Théodore. Ouï, je croi qu'il cft poflîble qu'un corps aille d*un lieu en un autre ^ fans^afler par le milieUé Car fi dans le premier moment Dieu le veut en A, & dans le fécond ei\ B, fans le vouloir dans Tefpace qui eft en- tre A & B, le corps fera en A, & en- fuite en B 5 fans fe trouver dans Tefpacc où Dieu ne» le voujlra pas. Où eft je vous prie la difKculié? Ne demeurez- Entrée* vous pas d'accord que c'eft uniquement ^' la volonté de Dieu qui donne l'êcre à toutes chofes, & que de la part de Dieu » la confervation n'eft qu'une création continuée?
A R I s T E. Ouï. Mais il me parole que cela fe contredit.
Théodore. J*avouc qu'il* y a contradiâion qu'un corps aille d'un lieu en un autre fans paner par le mi- lieu, fi cela fe fait par le mouvement: car qui dit mouvement, dit tranfpoïc fucceflSf. Tout mouvement fe mefure par l'efpace parcpuru comparé au tems emploie à le parcourir. Mais tel corps qui eft dans le ciel, peut en un inftant être fur la terre, fans pafler par le milieu, fi Dieu le veut fur la terre, fans le vouloic dans les efpaces qui U M m iii j 4i6 II L Entretien joignent avec le ciel. Car puifque la voionié de Dieu donne à toutes chofes & l'être & la man^re d'être, aflîiré- ment ce corps ne traverfèra pas réelle'* ment des efpaces où Dieu ne le veut ou ne le conferve point.
A R I s T E. Je croirois donc volon- tiers que les corps glorieux vont d'un lieu en un autre %is paffor par le mi« lieu, & qu'ils font tranfportez en un inftant par tout où l'ame defire. Mais qu'en penfez-vous, je vous prie?
Théodore. Pour moi, je n'ai point fur cela, ni fur beaucoup de fem- blables queftions, de fentiment arrêté. Mais il me paroît beaucoup plus vrai^ fèmblable, que les corps feront tranf- portez avec d'autant plus de rapidité, que Tame aura plus d'emprcffement. D'où il fuit qu'ils traverferont réelle- ment les efpaces, & que leur tranfport ne fe fera point en un inftant, puifqu'il fe fera dans un temps d'autant plus court que la volonté pratique, qui fera la câufe occafionnelle de leur vîteflè, fera plus vive & plus efficace. Prenez garde, Arifte, que toutes nos volontez ne font pas pratiques, & qu'il n'y a que les pratiques qui foient accompagnées SUR LA Mort. 417 SUR LA Mort. 417 d'un certain fcntiment d'efibrt, qui nous apprend que nous faifons aâuel- lement ufage de la puiflànce qui nous cfl: donnée. En nous prefentemenc cec effort eft fouvent pénible, à caufe que nôtre corps eft paflible & corruptible 5 que les efprits aninaaux fe diflipenc, Sc que les fibres de nos mufcles fe peu« vent rompre. Mais il n'en fera pas de «même dans les Bienheureux. Ils ne fe la fieront & ne fe fatigueront point. Leur tranfport ne fe fera^pas comme en nous. Cependant Tufâge de leur puidànce leur fera apparemment con^ nu par la quantité de leur eflort, dont sis auront fentiment intérieur. Or dés- lorfque vous admettez du plus ou du xnoins dans Teffbrt de la volonté qui veut tranfporter fon corps, il faut que vous mettiez audi du plus & du moins dans la vîtelTe félon laquelle il eft tranf^ porté. Car, toutes chofes égales, les effets répondent aux efibrts des mêmes caufes. Ainfi il y a bien de Tapparence que le tranfport des corps glorieux ne fe fera point en un inftant. Mais je vous prie, laiflbns toutes ces fpeculations inutiles, & dans lefquelles nous nous tromperions afluréoient.
>\ R I s T £• Qu'il eft doux néanmoins de s'encrecenic de ce que nous ferons un jour!
Théodore, Oui. Il eft bon de pcnfcr fouvent à ce que nous ferons éternellement, & de nous confoler les ^uTbejf. uns les autres, comme dit *{aint Paul, fit48 «7- fyr les promeffes de nôtre transforma- tion glorieufe. Mais il eft inutile de fai-* re fur cela mille queftions de Phyfiquo. & de Metaphyfique, Contentons-nous je vous prie, d'en fçavoir ce que l'Ecri* ture nous en apprend. La refurreâion des corps n'eft pas TefTentiel de la fèli- cité future, ni même la focieté que nous aurons avec Thumanité fainte de Jésus, quoique cette focieté foit irt^ nniment plus douce que toutes celles d'ici* bas. L'eflènce de nôtre béatitude fera la jouïdànce de la divinité même, * I. Ef. cette focieté éternelle, "^ que nousau- de s-jea. ^^^g ^^^^ j^ Trinité fainte, avec le Père Se le Fils dans l'unité du Saim-Efprir. On ne fçauroit fe former une trop grande idée d'une telle félicité. Que Tcfprit s'élève, que le cœur s'ouvre, que l'imagination groffillefès efperan- 1 1? Cor. ^^^ » ^^ n'atteindra jamais au bien que '?i ' j>, * Dieu veut nous faire en fon Fils, f L'œil n^apoinf vu y F oreille na point entendu, Pefprit même na point conçu ce (jueDieié a préparé pottr ceux qui taimem. Bien convaincus de cette vérité, lai (Ions nô- tre bonheur entre les mains de Dieu, & travaillons férieufementà nôtre fan- âiHcation, "^ Portons (image de Chomme * '• ^^* celefte, comme nous avons porté celle de 5 V. ^' F homme terrefire. Vivons en Chrétiens, Car la chair & le fang ne pojfederont ja^ fnais le Roiaume de Dieu, Il faut foufïrir •f-avec J E s u s-C h r i s t, pour refliif- 1 Rm». citer avec lui. Mais le tems des affli- ^'' *7. âions n'eft qu'un inftant par rapport à r^ternicé, & cet inftant produit en nous le poids éternel d'une Souveraine gloire. * Id enim qmd in prafemi efl mo^ * ^ cor^ ntentaneum & levé trihulationis noftra^fu- A s 17% pra modum in fublirnitate atemum glori^ pondus opérât ur Ut nobis.
A R I s T E. A quoi penfez - vous^ Theotime? Vous me paroiflèzbien rê- veur. Nous parlons de la félicité futu« re, & vous ne prenez point de part à la joïe que produit en nous Tefperance d'un fi grand bien. Je fuis de vôtre avis: je méprife, ou plutôt je defîrc xn ai n tenant la mort.
410 tîl. EîITIlEtiÈN OU ce qui la fuit, La fermeté de vôcrô efperance vous remplit de joïe j & je fuis faifi de fraïeur, à la vue des fup- plices que Dieu fera foufFrir éiernelle- tnent aux viftimes de fa jufticc. O éter^ îîité, que tu es terrible! Eternité de biens j ou éternité de maux l O Tépou- ventable alternative, quand on n'cft pas tout-à-fait certain de (a deftin.ée! Je voue Tavouë, Ariftc, je fuis main*, tenant eïFraïé, Mais c'eft que je ne fiiis pas ftupide; & il faudroit que je le fuf« le dans l'excès pour n'être pas frappé par les idées terribles qui fe prefentenc maintenant à mon efprit.
A R 1 s T E. Vous la troublez néan- ttîoins. Qu*eft devenu vôtre intrépi- dité, cet air de confiance dont vous parliez de la mort > Theotime. o Jésus, Sau- veur des pécheurs!
Théodore. Laiflbns, mes chers aniis, nôtre bonheur entre les mains de celui de qui il dépend: Mais faifons tout le bien qui dépend de nous. Par SUR LA Mort. 411 là nous aflurerons nôtre félicité future. Dieu eft jufte, & fidelle dans fcs pro- me (Tes. Nous aurons donc les bien? promis.
TheotiME. // faut * oferer fin * p^»7« ' falHt avec crainte & tremblement. • ***** T H E G p o R E. Oui fans doute, niais avec une ferme efperance en Dieu, nne parfaite confiance aux Rse^ riçes de J s s u s«C h r i s t. Il faut que la crainte nous réveille de cet aflbupiC- fement où le monde vit: mais il faut auflî que Tefperance nous confole & nous anime à la vertu.
Theotime. Horrendum efi in^ cidere m manas Dei viventis. Dieu agic toujours félon ce qu'il eft, S*il récom» penfe en Dieu, il punit en Dieu. Je juge donc de la grandeur des fupplices écernels paj Texceflive félicité que Dieu nous promet. Ainfi je tremble dans l'incertitude où je fuis de mon fort. Que la fécurité eft dangereufe? C'eft Vtffct ou de la folie, ou de la ttu-" pidité.
Theotime. Oui, ceux qui ont la cbaricé dans le cœur, ceux qui onc refprit de Jésus.
• Théodore. C'eft ainfi que je Tcntens.
Theotime. Penfons donc fou- vent à ce que nous ferons éternelle- ment* Car il eft écrit: Mtmorartmvijfi^ ma tua ^ & in dterrmm non -peccabis. La crainte eft pour le moins aufïï efficace que Tefperance pour nous mettre en garde contre les illufions du peché« APPROBATION.
J'Ay lu par ordre de Monfeigncur le Chancelier, Ut Entretiens oh R. P. Malebranche, Prêtre de C Oratoire, fur la Afétaphyfi(jue, & fur la Religion; & Us trois Entretiens du mime uinteurfiir la Mort, imprimez enfemble à Paris chez Michel David en 1703. Les fré- quentes Editions d*un Ouvrage fi fo,. lide, font honneur au goût du Public.
PRIVILE G E DV ROY. ' LOUIS par la grâce de Dieu Roy de France & de Navarre, à nos amez & féaux Confeillers les Gens te- nans nos Cours de Patientent, Maiftres des Requêtes ordinaires denôtreHôtel, Grand Confeil, Prevoft de Paris, Bail- life, Senefchaux, leurs Lieutenahs Ci- vils, &r autres nosjufticiers qu*il ap- partiendra ^ S A L u T. Michel David; Libraire à Paiis, Ncus ayant feii remontrer qu'il defireroit faire imprimer un Livre intitulé Entretiens fur la Me-- tafhyficjue & fur la Religion ^ par le Père Malebran che, s'il nous plaifoic lui accorder nos Lettres de Privilège fur ce neceffaircs. Nous avons permis & permettons par ces Prefcntes audit David, de faire imprimer ledit Livre en telle forme, marge, caraâere & au* tant de fois que bon lui (ëmblera, & de le vendre, faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume pendant le temps de cinq années confecutives, à compter du jour de la date defdites Prefentes. Faifons défenfes à toutes perfonnes, de quelque qualité & con- dition qu'elles puiflent êtic, d'en intro* daire d'impremon étrangère dans au- cun lieu de nôtre obeï {Tance -, Et à tous Imprimeurs, Libraires & autres d'im- primer, faire imprimer, vendre, débi- ter, ni contrefaire ledit Livre en tout ni en partie fans la permiffion cxpreflè & par écritduditExpofantyOudeceux qui auront droit de lui, à peine de con^ fifcation des Exemplaires contrefaits, de quinze cens livres d'amende contre chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à THôtel-Dieu de P^- ' ris.
ris.
tîs, Tautre tiers audit Expofant, & de tous dépens, dommages & intérêts -y A la charge que ces Prefentes feront en- regiftrées tout au long fur le Regiftre •de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, & ce dans trois mois de la date d*icelles 5 Que Timpreflion idudit Livre fera faite dans nôtre Royaume & nonailleurs,en bon pa- pier & beaux caradkeres, conformé- ment aux Reglemens de la Librairie; Et qu'avant que de Texpofer en vente il en fera mis deux Exemplaires dans nôtre Bibliothèque publique, un dans celle de nôtre Château du Louvre, & un dans celle de nôtre tres-cher & féal Chevalier Chancelier de France le Sienr Phelypeaux, Comte de Pontchartrain, Commandeur de nos Ordres, le tout à peine de nullité des Prefentes; Du con- tenu defquelles vous mandons & en- joignons de faire joUir TExpofantjOU iës aïans caufe, pleinement & paifible- ment, fans fouffrir qu'il leur foit fait aucun trouble ou emjrêchemens. Vou- lons que la Copie dcfdites Prefentes, qui fera imprimée au commencement ouàlafindudit Livre foit tenue pour deucment (îgnifiée, & qu'aux Copies Tome //, Nn collationnées par Tun de nos âmez 8è féaux Confeillers & Secrétaires foi (bit ajoutée comme à TOriginaU Com- mandons au premier nôtre Huiffier, ou Sergent, de faire pour l'exécution, d'iceiles tousAftes requis & neceflai* res fans autre permiiEon, & nonob^ ftant clameur de Haro, Charte Nor« mande, Se Lettres à ce contraires: Car tel efl: nôtre plaifir. D o n n e* à Verfailles le huitième jour de Janvier, Tan de grâce mil fèpt cens huit: Et de nôtre règne le foixante-cinquiéme. Si- gné, Par le Roy en fon Confeil, Le COMTE.
Regifirèfitr h Regtflrt N^ z. de la Com^ munanti des Libraires GT Imprimeurs de Paris, pag. 199. N** 37}. conformément AUX Règle nens ^ & notamment a VArreft du Confeil du i:^. Aoiifi ijo^. A Paris et 11* Janvier 170S.
Signe, Loiiis Sivestkb ^ Sjndic^ Fautes h corriger dans le fécond Folnmti ■ i I