que à vôtre erpric avec des bornes inde* terminées qaant à leur grandeur, mais également diftantes d'un point deter- sniné,& toutes dans un même plan: & alors vous concevez un cercle en gene« rai. Lorfque vous l'imaginez, c'eft qu'une partie déterminée de cette éten- duë^dont les bornes font également di- ftantes d'un point,touche légèrement ▼ôtre efprit. Et lorfque vous le Tentez ou le voïez^c'eft qu'une partie détermi- née de cette étendue touche fènfible- ment v6cre ame, 6c la modifie par le fentiment de quelque couleur. Car l'é- tendue intelligible ne devient vifible, ÔC ne reprefente tel corps en particulier que par ta couleur, puifque ce n*eft que par la diverficé des couleurs que nous jugeons de la différence des objets que nous voïons. Toutes les parties intelli- gibles de l'étendue intelligible font de même nature en qualité didée, auflî- bien que toutes les parties de l'étendue locale ou matérielle en qualité de fub- ftance. Mais les fencimens de couleur étant effentiellement dilïèrens,nous px^ geons par eux de la variété des corps.Si }e diftingue vôtre main de votre habit ^ & l'un 9c Tautre de l'air qui les eavi« jronne,c'eft que j'en ai des feniimens de couleur ou de lumière fort diflêrens. Cela eft évident. Car Ci j'avois de tout ce qui eft dans vôtre chambre le même fentimem de couleur, je n'y verrois par le (èns de la vue nulle divcrfité d'objets. Aind vous jugez bien que retendue in- telligible diverfement appliquée à no^ ^roye^irc efprit,*peut nous donner toutes les ^diUpe- ^^^^^ ^^^ ^®^^ avons des figures mathe- m/ y 9. matiques, comme auflî de tous les ob* Pmf & J^^ 9"^ ^^"^ admirons dans TUnivers, ncféûr- Se enfin de tout ce que nôtre imaginarSTttt ï*^^ ^^^^ reprefente. Car de même que matière. Votï peut pat l'aâion du cifeau former ^Jïr):,^ d'un bloc de marbre toutes fortes de fi- Kep. M gures, Dieu peut nous reprelenter tous ^^ay^' les êtres matériels par les diverfes appli* & des cations de retendue intelligible à nôtre ^îdÉt'de ^^P"^- O"^ comment cela fe fait,& pour- ^. Ar^ quoi Dieu le fait ainfi, c*eft ce que nous mat^em. Pourrons examiner dans la fuite. Lett.tou' Cela fuffit, Arifte, pour un premier véfi^fe^^ entretien. Tâchez de vous accoutumer 0» ma aux idées metaphyfiques, & de vous ni'.Len. élever au delTus de vos fens.Vous voilà, fofihurae fi je ne me trompe, tranfporté dans un fjfjif\ nionde intelligible. Contemplez-en les •Méd. beauccz. Kepailcz dans votre efprit tout ce que je viens de vous dire.Nourridc z- vous de la fubftance de la vérité, & pré- parez-vous à entrer plus avant dans ce païs inconnu, où vous ne faites encore qu'aborder. Je tâcherai demain de vous conduire jufqu'au Thrône de la Ma je- fté fouveraine à qui appartient de toutç éternité cette terre heureufe ôc immo« bile où habitent nos efprits.
A K I s T E. Je fuis encore tout fur- pris & tout chancelant. Mon corps ap. pefantit mon efprit, & j'ai peine à me tenir ferme dans les veritez que vous m'avez découvertes: & cependant vous £ retendez m'é lever encore plus haur. .a tête me tournera, Théodore j & (î je me Cens demain comme je me trouve aujourd'hui, je n'aurai pas Tafiiirance de vous fuivre.
T HEOD GRE. Méditez, Arifte,ce que je viens de vous dire, & demain je vous promets que vous ferez prêt à tout.La méditation vous affermira l'efl prit,& vous donnera de Tardeur & de$ ailes pour pader les créatures, & vous élever jufqu'à la pefence.du Créateur» Adieu, mon cher. Aïez bon courage.
A R 1 s T B. Adieu, Théodore. Je vas faire ce que vous venez de m'ordonner» 58 Second II ENTRETIEN.
De TExiftcnce de Dieu, i^ nous pouvons voir en lui toutes chof et « & que rien de fit» ne peut U repre^ [enter. De forte ^u^ilfiiffit de penfer à lui pour ff avoir ce tjuileft.
TH E o D o IL B. Hé bien, Arifte « que penfez-vous de ce monde in. telligible oi\ je vous conduits hier? Vô« tre imagination n*en eft-elle plus e£* fraïée> Votre efprit marche- t'il d'un pas ferme & a(Iuré dans ce païs des medita«- ti6, dans cette région inacceflible à ceux qui n'écoutent que leurs fens \ A R I s T E. Le beau fpeâiacle, Théo- dore, que TArchetype de l'Univers! Je Tai contemplé avec une extrême fatis- faâion. Que la furprife eft agréable^ lorfque fans fouffirir la mort, rame fe trouve tranfportée dans le païs delà ve. rite, où elle rencontre abondatnmenc de quoi fe nourrir. Je ne fuis pas, il eft vnai 9 encore bien accoutumé à cette Entretien. 39 manne cclefte, à cette nourriture toute fpiritueUe. Elle mof aroit dans certains momens bien creufe 6c bien légère. Mais quand je la goûte avec attention, j'y trouve tant de (àveur ôc de folidité » quejenepuis plus me refoudre à venir pattre avec les brutes fur une terre ma^ terielle.
Theodob.!. Oh oh, mon cher Arifte, que me dites- vous là? Parlez* vous ferieufement l A B. I s T E. Fort ferieufement. Non e ne veux plus écouter mes fens. Je veux toujours rentrer dans le plus fe- cret de moi-même, Se vivre de Tabon* dance que j'y trouve.Mes fens (ont pro. près à conduire mon corps à ia pâture ordinaire: je confens qu'il les fuive. Maisque jelesfuivemoi! c'eftce que je ne rcrai plus» Je veux fuivre unique- ment la Raifon > & marcher par mon attention dans ce païs de la verité,oû je trouve des mets délicieux, 8c qui (èuU peuvent nourrir des intelligences.
Théodore. Ceft donc à ce coup que vous avez oublie que vous avez un corps.Mais vous ne ferez pas long-tems fans penfer à lui, ou plutôt fans penfec par rapport à lui*Ce corps que vous ne- 40 Second 40 Second gligez prefentcment, vous obligera bien-tôt à le menef paître vous-même, & à vous occuper de Tes befoins. Car maintenant relprit ne fe dégage pas fi facAement de la matière. Mais pendant que vous voilà pur cfprit > dites-moi, je vous prie,qu'avez. vous découvert dans le pais des idées> Sçavez- vous bien pre- fentcment ce que c'eft que cette Raifon dont on parle tant dans ce monde ma- tériel & terreftre, & que Ton y connoît fi pea? Je vous promis bier de vous éle- ver au-deflus de toutes les créatures, 6c de vous conduire jufqu*en prefènce du Créateur.N'y auriez- vous point volé de vous-même,& fans penfer à Théodore? I. A n I s T E. Je vous Tavouc J*ai crû que fans manquer au refipeâb que je vous dois, jepouvois aller (eul dans le chemin que vous m'avez montré. Je 1 aï fuivi, & j*ai, ce me femble, connu clairement ce que vous me dites hier, fçavoir que la Raifon uni verfelle cft une nature immuable, & qu'elle ne Ce trou^ ve qu'en Dieu, Voici en peu de mots toutes mes démarches. Jugez-en, &• dites-moi fi je me fuis égaré. Après que vous m'eûtes quitté, je demeurai quel- que tems tout chancelant & tout inter- dit.
Entretien. 41 Entretien. 41 iSit. Mais une fecrette ardeur me prefl Tant, il me fembla que je me dis à moi- même ^ je ne fçai comment, la Raifon tncfl commune avec Théodore: pourtjuai donc ne puis- je pas fam lui la confulter ^. U faivre? Je la confultai, & je la fuivis •, & elle me condui(îc,(i je ne me trompé juC qu'à celui qui la poflède en propre, ic par la necefficé de Ton être: car il me femble qu elle y conduit tout naturelle- ment. Voici donc tout (implement & Ans figure le raifonnement que je fis.
L*étenduë intelligible infinie n'eft point une modification de mon efprit. Elle eft immuable, étemelle^ nece^Taire. Je ne puis douter de fa réalité & de fon immenfité. Or tout ce qui eft immua- ble, éternel ^ necetlàire, & fur tout in- fini, n*eft point une créature, & ne peut appartenir à la créature. Donc elle ap. partient au Créateur,& ne peut fe trou** ver qu'en Dieu. Donc il y a un Dieu » & une Rai(bn: un Dieu dans lequel fe trouve Tarchetype que je contemple da monde créé que j'habite: un Dieu dans lequel retrouve la Raifon qui m'éclai« re par les idées parement intelligibles qu'elle fournit abondamment à mon e(^ prit & à celui de cous les hommes. Cas: D 41 Second D 41 Second je fais fcur que tous les hommes font unis à la même Raifbn que moi ^ puid que je fuis certain qu'ils voient ou peu- vent voir ce que je voi quand je rentre en moi-même, & que )*y découvre les veritez ou les rapports neceflaires que renferme la fobftance intelligible de la Rai(bn univerfelle qui habite en moi, ou plutôt dans laquelle habitent toutes les intelligences.
II. Thiodorb. Vous ne vous êtes point égaré^mon cher Arifte. Vous avez (uivi la Raifon; & elle vous a con- duit à celui qui Tengendre de (a propre fubftance, & qui la poflede éternelle- ment.Mais ne vous imaginez pas qu'el- le vous ait découvert la nature de TEtre fuprême auquel elle vous a conduit» Lorfque vous contemplez Tétenduë in- telligible,vous ne voïez encore que Tar*. chetype du monde matériel que nous habitons, & celui d'une infinité d'autres I)o(fibles. A la vérité vous voïez alors a fubftance divine, car il n'y a qu'elle qui foit vifible, ou qui puiife éclairer 1 efprit.^Mais vous ne la voïez pas en elle-même, ou félon ce qu'elle eft.Vous ne la voïez que fdon le rapport qu'elle a aux cçé9tarcs naturelles^ que feloi) qa*eUe eft participable par ellefs ^ ou qu elle en eft reprefenCacive* Et par confequent ce n'eu point Dieu, à pro- prement parler, que voas voïez, tnai$ feulement la matiete qu'il peut pro* duire.
Vous voïez certainement par Téten* due intelligible infinie que Dieu eft. Car il n'y a que lui qui renferme et que vous voïez, puifqueriende fini ne peut contenir une réaUté infinie. Mais vous ne voïez pas ce que Dieu eft. Car la Divinité n'a point de bornes dans fes perfections > & ce que vous voïez quand vous penfcz à des efpaces im* meniès, eft privé d'une infinité de per-* ferions. Je dis ce que vous voïez, Sc non la fubftance qui vous reprefente ce que vous voïez. Car cette fubftance que vous ne voïez pas en elle-même, a des pei ferions innnies.
AfTurément la fubftance qui renfer- me retendue intelligible eft toute-puifi fante. Elle eft infiniment fage. Elle ren- ferme une infinité de perfeâions & de réalitez. Elle renferme, par exemple ^ une infinité de nombres intelligibles. Mais cette étendue intelligible n'a rien fie. commun avec toutes ces chofes. Il D ij 44 Second D ij 44 Second n'y a nulle fkgeflè, nulle puiflànce ^ an-^ cune unité dans cette étendue que vous contemplez. Car vous fçavez que tous les nombres font commenfurables en. tt eux, parce qu'ils ont Tunité pour commune mefure. Si donc les parties tie cette étendue divifées & fubdivi. fées pat Tefprit pouvoient fe réduire à Tunité, elles feroient toujours par cet- te unité, commenfurables entr'elles: ce que vous fçavez certainement être faux. Ain(i la fubftance divine dans fa (implicite, où nous ne pouvons attein- dre, renferme une infinité de perfe- âions intelligibles toutes diS^rentes, par lefquelles Dieu nous éclaire (ans fe faire voir à nous tel qu'il eft, ou fdon fa réalité particulière Se abfolue, mais feloii fa réalité générale & relative à des ouvrages poffibles. Cependant tâ- chez de me uiivre: je vas vous con- duire le plus prés de la Divinité qu'il me fera pofHble.
III. Uétenduë intelligible infinie n'eft Tarchetype que d'une infinité de mon- des pombles femblables au notre. 3e ne vôi par elle que tels Se tels êtres,que des êtres matériels. Quand je penfe a cette étendue ^ je ne voi U fobfUnce divine Entretien. 45 Qu'entant qu'elle eft reprefencaciye des corps, 8c parcicipable par eax. Mais prenez garde, quand je penfe à Têtre ^ & non à tels & tels êtres ^ quand je pen- fe à l'infini, & non à tel ou cel infini, il eft certain premièrement que je ne Toi point une fi vafte réalité dan<i les modifications de mon efprit. Car fi je ne puis trouver en elles afifez de réalité pour me reprefenter l'infini en étendue^ à plus forte raifon n'y en trouverai-je point aflèz pour me reprefenter l'infini en toutes manières. Âinfi il n'y a que Dieu, que l'infini, que l'être indéter- miné, ou que l'infini infiniment infini, qui puiife contenir la réalité infiniment infinie que je voi quand je penfe à l'ê- tre, & non à tels Se tels ctres^ ou à tels & tels infinis.
I V. En fécond lieu, il eft certain que l'idée de l'être, de la réalité, de la per- feâion indéterminée, ou de l'infini en toutes manières, n^eft point la fubftan- ce divine entant que reprefentative de telle créature, ou participable par telle créature. Car toute créature eft necef- iairement un tel être. Il y a contradi- âion que Dieu faflè, ou engendre un èw eu ge&eral ou infini en toutes p^-> 4^ Second nieres, qui ne foie Dieu lui-même, an égal à fon principe. Le Fils & le Saine Elpric ne pardcipenc point à l'Etre du vin: ils le reçoivent tout entier. Oa pour parler de choies plus proportion- nées a nôtre efprit, il dl évident que l'idée du cercle en gênerai n'eft poinc l'étendue intelligible entant que repre^ Tentative de tel cercle, ou panicipable par tel cercle. Car l'idée du cercle eti gênerai, ou Teflence du cercle reprefen* te des cercles infinis,convient à des cer-* clés infinis. Cette idée renferme celle de Tinfiniv Car penfer à un cercle en gêne- rai, c'eft appercevoir, comme un feul cercle, des cercles infinis. )ene fçii fi vous concevez ce que je veux vous fai- re comprendre* Le voici en deux mots, C'eft que l'idée de 1 être fans rcftriâiion, de l'infini, de la généralité n'eft poinc l'idée des creatures,ou Teilence qui leur convient, mais Tidée qui reprefente la Divinité, ou l'eftènce qui lui convient. Tous les êcres particuliers participent à l'être: mais nul être particulier ne l^é. gale. L'être renferme toutes chofes, mais cous les êcres 8c créez Se poffibles avec toute leur multiplicité ne peuvent xemplir U vafte étendue de Têcre.
Entretien. 47 Entretien. 47 A n I sT £• Il me femble que je vot bien vôtre penfée. Vous definiflez Dieu comme il s*cft de fini lui-même en par- ^^j lanc à MoïTe ^ Dieu âtft cdd qui eft. L'é- 5. 1 4, tendue intelligible eft Tidée ou Tarche. type des corps. Mais l'être fans reftrU âion 9 en un mot l^E t 11 1. c'eft Hdée de Dieu: c'eft ce qui le reprefente à nôtre efprit tel que nous le voïons en cette vie.
V. Theodors. Fort bien. Mats fur tout prenez garde que Dieu ou Un* fini n'eft pas vifible par une idée qui le reprefente. L'infini eft à lui-même foi» idée. Il n^a point d'archétype. Il peut être connu, mais il ne peut être fait. Il n'y a que les créatures, que tels & tels êtres qui foient fàifables, qui foient vifibles par des idées qui les reprefen- tent, avant mêmes qu'elles foient fai* tes. On peut voir un cercle, une mai- fon, un foleil, fans qu'il y en ait. Car tout ce qui efî fini fe peut voir dans l'infini qui en renferme les idées intel- ligibles. Mais l'infini ne fe peut voie qu'en lui - même. Car rien de fini ne peut reprefènter l'infini. Si on penfe à Dieu,il faut qu'il foit. Tel être^quoique (pona^ peut n'exifter poinc. On poM^ 49 Second voir Ton eflence dans fon exiftencc, fon idée fans lai. Mais on ne peut voir Tef. fence de l'infini fans fon exiftence, l'i- dée de l'être fans l'être. Car l'être n'a point d'idée qui le reprefence. Il n'a point d'archétype qui contienne toute la réalité intelligible* Il eft à Im-même fon archétype, & il renferme en lui Tarchetype de tous les êtres.
Ainfî vous voïez bien que cette pro- pofition, Il y a un Dien, eft par etle^ même la plus claire de toutes les pro- portions qui affirment Texiftence de quelque chofe, & qu'elle eft mêmes aufli certaine que celle-ci, Je penfé, doncjefiis. Vous voïez de plus ce que c'eft que Dieu, puifque Dieu & l'être, ou l'infini, ne font qu'une même chofe.
V I. Mais encore un coup, nie vous y trompez pas. Vous ne voïez que fort confufément, & comme de loin, ce que c'eft que Dieu. Vous ne le voïez point tel qu'il eft: parce que quoique vous voyiez l'infini, ou l'être fans re- ftriâion, vous ne le voïez que d'une manière fort imparfaite. Vous ne le voïez point comme un être fimple. Vous voïez la multiplicité des créatu- s^ dans riofinité de l'être incréé ^ mais Entretiek. 49 Entretiek. 49 vous n'y voïez* pas diftinâetntot fou unicé. C'eft que vous ne ie voï?z pas cane félon fa réalité abfoluë, que fé- lon ce qu'il eft par rapport aux créacu^ res poiiibles, donc, il peut augmenter le nombre à Tinfini > fans qu'eues, éga- lent jamais la réalité qui les repréfente. C'eft que vous le voïez comme Raifbti univerfelle, qui éclaire les intelligen- ces félon la mefure de lumière qui leur eft necedàire maintenant pour Ce conduire, ôc polir découvrir, fes perfè-* ftions entant que participables par des- êtres limitez. Mais vous ne découvrez « p> as cette ^ propriété qui eft eftentielle à /« prem.
'infini, d'être en même tems un & ff///hl»t toutes chofes, compofé, pour ainfi dire, in w- d'une infinité de perfcdions diflferen- ^f j* ces, & tellement (impie, qu'en lui cha^ naud, r<. que perfeélion renferme toutes les au- ^^^^'^^ très (ans aucune diftinftion réelle.
Dieu ne communique pas fa fubftan- ce aux créatures^ il ne leur commu- nique que fes perfeâions -, non telles qu elles font dans fa fubftance, mais telles que fa fubftance les repréfente, & que la limitation des créatures le peut porter. L'étendue intelligible » par exemple, repréfente les corps: c'eQ; Tome /. E f jio Second f jio Second leur archétype ou leur idée. Mais quoU que cecce étendue n'occupe aucun lieu, les corps font étendus localement; 6c ils ne peuvent être que localement étendus, à caufe de la limitation e({èn- tielle aux créatures, & que toute fub» (lance finie ne peut avoir cette prp. priécé incompréhenfible à refprit hu- main, d'être en même tems un & tour- tes chofes, parfaitement (impie & poCi feder tontes (brtes de petfeâions.
Ain(î retendue intelligible repréfen^ te des efpaces infinis; mais elle n'en remplit aucun: & quoiqu'elle remplie, fe y pour ainfi dire, tous les efprits, Se fe découvre à eux,' il ne s'enfuit nulle- ment que nôtre offrit foit fpacieux. Il faudroit qu^il le ^. infiniment pour voir des elpaces inhnis, s'il les voïoit par une union locale à des efpaces lo- * yoyjK^ calement * étendus. tel^eTi. ^^ fubftance divine eft par tout (ans remarq^ ' extenfîon locale. Elle n*a point de bor- &ts/u]: ncs- Ell^ ^*cft P°"^^ renfermée dans l'.'ins. rUnivers. Mais ce n'eft point * cette ejt'def' fubftance, entant que répandue par fus £«r. tout, que nous voïons lorfque nous ^^^^' penfons à des efpaces* Car fi cela étoit, noire efprit étant fini ^ nous ne pour- • Entre Ti En. jc • Entre Ti En. jc rions jamais penfer à des efpaces in* finis. Mais retendue incelligi^le que nous voaons dans la fubftance divine qui la renferme, n'eft que cette mfi« n)e fubftance entant que repréfencati^- ve des êcres matériels, & participable par eux. Voilà tout ce que je puis vous dire. Mais remarquez bkn que 1 être fans reftriâion, ou Tinfim en toutes manières que nous appercevons, n'eft point feulement la fubftance divine en- unt que repré/entati ve de cous les être» poflibles. Caï quoique nou» n'aïops point des idées particulières de tous ces êtres y nous fbmmes Siffùm qu'ils ne {meuvent égaler la réalité intelligible de 'infini. 6'eft donc en un fens la fub- ftance même de Dieu que nous vpïons. Mais nous ne la voïons en cette vie* que d'une manière fi confiife & fi éioi-. gnée, que nous voïons plûcot qu'elle eft que ce qu^le eft ^ que nous voïons plutôt qu'ellSift la fource Ôc l'exem- plaire de tous les êtres » que fa propre -nature ou. fes perfeâions en elles-mê- mes.
A R I s T E. N'y a-t-il point quelque contradiâion dans ce que vous me di« ces } Si rien de fini ne peut avoir afièz Eij de réalité pour repréfenter l'infini, ce (]ui ni(^paroîc évident; n'crft-ce pas une néceflité qu'on vote la fabftance de Dieu en elle-même?
VII. Theopo r e. Te ne vous nie pas qu'on ne voie la fiibftance de Dieu en elle-même. On la voit enelle-mê- tne en ce fen^v que l'on ne la voit poinc {»ar quelque cho{è de fini qui la repré- ente. Mais on ne la voit point en elle* même en ce Cens, qu'on atteigne à fii (implicite, & qtie Toii y découvre jfes perfeâions.
Puifque vous demeurez d'accord qoè rien de fini ne peut repréfenter la tésu lité infinie, il e clair que fi vous voïei l'infini, vous ne le voïez qu'en lui- même; Or il eft certain que vous le votez. Car autrement, quand yous me demandez s'il y a un Dieu, ou un être infini » vous me feriez une demande ri* dicule » par une propofiuon dont vous . n'entendriez pasJcs ternR. C'eft com- me fi vous me demandiez, s'il y a un *' "Ceft un BUSH, c'eft à dire une telle chofe, fans :;X^j fçavoir quoi.
itiLuçum ' Afidrementtous les hommes ont ri« "'^* dée de Dieu, ou penfent à l'infini, lotf. qu'ils demandent s'il y en a un* Maii Entretien. yj ils croient pouvoir 'y pen/èt (ans qu'il y en ait } parce qu'ils ne font pas reflé-» ziôn que rien de fini ne peut le repté* (enter. Comme ils peuvent penler à- bien des chofes qui ne font point, h cau{e que lès créatures peuvent être vÛQS fans qu'elles foierft, car on ne le& Toit point enislles- mêmes, mais danâ les idées qui les repré(èntent, ils s'ima« ginent qu'il en eft de même de l'iufîni ^ & qu'on peut y penfei fans qu'il foiu Voàài ce qui Eut qu'ils cherchent, fans le reconnoître y celui qu'ils rencontrent à tous momens, & qu'ils recoiyioî. tfoient bien^tôt, s'ils rentroienten eux« mêmes, & faifoient réflexion fur leurs idées.
A 11 I s T E. Vous me convainquez ^ Theodore^mais il me refte encore quel* que doute. C'eft qu'il me (emble que Vidée que-i'ai de l'être en général, ou de Tinfini, eft une idée de ma façon; Il me femble que refpritr peut fè faire des idées, générales de plufieurs idées particulières. Quand on a vu plufieurs arbres, un poinier, un poirier, un pru< nier, &c on s'en £iit une idée générale d'arbre. De même quand on a va plu- sieurs êtres y on »'en forme Hdée gêné- 54 Second raie de l'être. Ainfi cette idée générale de rêcre n'eft peut-être qu'un aflèm* blage confus de tous les autres. C'ed ainli qu'on me l'a appris, 6c que je l'ai toujours entendu.
Vm. Théodore. Vôtre cfprit, Arifte ^ eft un Merveilleux ouvrier. Il fçait tirer l'infini du fini /l'idée de 1 être fans reftriâion des idées de tels 8c tels êtres. C'cft peut-être qu'il trouve dans ion propre fonds afièz de réalite pour donner à des idées finies ce qui leur manque pour être infinies. Je ne fçai fi c'eft'^inft qu'on vous l'a appris: mais je croi fçavoir que Vous ne l'avez ja* mais bien compris.
A R I s T E. Si nos idées étoient infi« nies, afTurément elles ne feroient point nôtre ouvrage, ni des modifications de nôtre efprit. Cela ne k peut contefter. Mais peut-être font-elles finies quoi« que par elles nous puiffîons apperce* voir l'infini. Ou bien l'infini que nous voïons n'eft point tel dans le fonds. Ce lî'eft, comme je viens de vous dire, que TafT: mblage confus de plufienrs chofes fiîiies. L'idée générale de l'être n'eft peut-être qu'un amas confus des idées de tels Ôc tels êires. J'ai de la peine à Entretien. 55 »tn'ôter cette penfée de refprit.
IX. ThiodoiLb. Oui, Aride ^ nos idées font finies, fi par nos idées vous entendez nos perceptions ou les modifications de nôtre eiprir. Mais fi vous entendez par Tidée de l'infini ce que l'efprit voit quand il y peufe ^ ou ce qui eft alors l'objet immédiat xld rerprit^ailïirément cela eft infini; car oh le voie tel* Prenez-y garde, vous dis-je, on le voit teL L'iropreffion que rinnni. fait fur Tefprit eft finie. Il y a mêmes plus de perception dans refprir^ plus d'impreflion d'idée, en tin mot, plus de penfée, lors qu'on connoit clai* rement & diftinûement un petit objet, que lors qu'on penfe confiifenient à un grand, ou irêmes à l'infini. Mais quoi* que l'efprit foit prefque toujours plus touché, plus pénétré, plus modifié par une idée finie que par une infinie, néan»- moins il y a bien plus de réalité dans Tidée infinie que dans la finie, dans l'être fans reftriâion que dans tels 6c tels êtres* Vous ne f<jauriez vous ôter de Tefprit, que les idées générales ne font qu'un aflèmblage confus de quelques idées particulières^ ou du moins que vous nij 5^ Second avez le pouvoir de les former de cet. aflèmblage. Voïons ce qu'il y a de vrai & de (ànx dans cette penfée dont vous êtes fi iFort prévenu. Vous penfez, Arifte, à un cercle d'un pied de diaine* tre, enfuice à un de deux pieds, à un d» trois, à un de.quatre, &c*>/Sc enfin vous ne déterminez point la grandeur du diamètre, & vous penfez à un cer- cle en général. L*idée de ce cercle cfi général, direz- v«us» o'eft donc que rafiemblage confus des cer<:les auC- quels j'ai penfé. Certainement cette confequence eft fauflè: car l'idée du cercle en général repréfente des cercles infinis, & leur convient à tous j & vous n'avez penfé qu^à un nombre fini de cercles.
C"eft donc plutôt que vous zvex trouvé le fecret de former Tidée de cercle en général, de cinq ou fix que vous avez vus. Et cela eft vrai en un ièns^ & faux en un autre. Cela eft faux en ce fens, qu'il y ait aflèz de réalité dans l'idée de cinq ou fix cercles pour en former l'idée de cercle en gé- néral. Mais cela eft vrai en ce fens; qu'après avoir reconnu que la grandeur des cercles n'en change point les pro^ Entretien.' 57 Entretien.' 57 prierez, tous ave« peut-ctte ceflc de les confiderer Tun après l'autre felôn leur grandeur déterminée, pour les con(îde« rer en général (clon vne grandeur indé* terminée. Ainfi vous avez, pour ainfi dire, formé Tidée de cercle en général, en répandant l'idée de la généralité fur les idées confîifès des cercles que vous avez imaginez. Mais je vous foûtiens que vous ne fçauriez fbrnKr des idées ïnérales,. que parce que vous trouvez ins ridée de l'infini afTez x)e réalité )our donner de la généralité à vos idées. Vous ne pouvez penfèr à un diamètre indéterminé, que parce que vous voïez l'infini dans l'étendue,& que vous poiN vèz Taugmenter ou la diminuer à Tin* iBni. Je vous foâtiens que vous ne pour« riez jamais penfèr à ces formes abflrai* ces de genres & d'efpeces, fi l'idée de l'infini, qui efl inféparable de vôtre ef*- prie, ne fe joignoittout naturellement aux idées particulières que vous apper^ cevez. Vous pourriez penfer à tel cer- cle, mais jamais au cercle. Vous pour* riez appercevoir telle égalité de ra^ns^ mais jamais une égalité générale entre dés rayons indéterminez. La raifon cA, que toute idée ^oie Sç déterminée ne 5^ Second 5^ Second peur jamais repréfèncer rien d'infini & d'indéterminé. Mais i'efprit joint fans réflexion à Tes idées finies Tidée de la 'généralité qu'il trouve dans l'infini. Car de même que l'efprit répand fur l'idée de telle étendue ^ quoique divifible à Tinfini, l'idée de l'unité indivifible ^ il répand au(G fur quelques idées parti, culieres l'idée générale d'une parfaite égalité: Et c'eft ce qui le jette dans une infinité d'erreurs. Car toute la fauflèté de nos idées vient de ce que nous les confondons entr*elles, & que nous les mêlons encore avec nos propres modi* fications. Mais c'eft de quoi nous parle- xons une autre fois.
Théodore.' Mais n'eft-ce point que vous regardez nos idées comme diftinguées <le nos perceptions? Il me femble que l'idée du cercle en général n'eft qu'une perfection confufe de plufieurs cercles de diverfès grandeurs, c'eft à dire un amas de diverfês modifications de mon efprit prefque effiicées 9 dont chacune y eft ttdée ou la perception de tel cercle.
X. Théodore. Oiii fans dou- * ^oy«^ Jte, * je mets bien «le ia difiference entre ^ 4» IT ûos idées & nos perccptions,çntre nous Entretien. 59 qui appercevons, & ce que nous ap- ^^.^' percevons. Ceft que je fçai que le fini ^dilfLf^ ne peut trouver en lui de quoi ferepré-^^X^*'' iènter l'infini. Ceft que )e fçai, A rifte, R?|Z/r que je ne renferme en ihoi aucune rca- £^/i^ licé intelligible; & que bien loin deM.^,». trouver en ma fubftance les idées dé toutes chofes, je n'y trouve pas mê-.* ^^^'^ mes J idée '^ de mon ccre propre. Car m ^,. ie fois entièrement inintelligible à moi- f ^^' ^' meuM, oc je ne verrai jamais ce oue je dt u vt- fuis I que lorfqu'il plaira à Dieu de me ^'^^» ^-J^ découvrir Tidée ^ ou Tarchetype des ef- ^Mr- prits que renferme la Raifon univer- ^^'^* telle. Xlais c*eft de quoi nous nous en- p^/I et retiendrons une autre fois. ch^t^a^ Apurement, Aiifte, fi vos idées t^^ toient que des modifications de vètre efprit y l'afiêmblage confus de mille H milleidées ne feroit jamais qu'un com« pofé confus, incapable d'aucune gêné* ralicé. Prenez vingt couleurs difi^renr tes, mêlez-les enfemble pour exciter en vous une couleur en général; produi(èa( en vous dans un même tems plufieurs fentimens difïèrens pour en former un fentiment en général; vous verrez bien- lôc que cela n'eft pas poflîble. Car en mêlant diveifes couleur?^ vous fere;($l4 Second 6o Second 6o vert, du gris, du bleu, toujours quel- que couleur particulière. L'étourdi (lè* menteft produit par une infinité dé- branlemens divers des fibres dti cerveau 8c des efprits animaux: mais ce n*eft néanmoins qu'un fentiment particulier, C'eft que toute modification d'un être particulier, tel qu'eft nôtre efprit, ne peut ê tre que particulière. Elle ne peut iamai5 s'élever à la généralité qui fc trouve dans les idées. Il eft vrai que vous pouvez penfer à la douleur en {(é« néral: m^is vous ne fçauriez jamais être modifié que par une douleur particiu liere. Et fi vous pouvez penfer à la dou- leur en général, c'eft que vous pouvez joindre la généralité à toutes chofi». Mais encore un coup vous ne (çauriez tirer de votre fonds cette idée de la généralité. Elle a trop de réalité: fl faut que l'infini. vous la foumiflè de (ba abondance.
A R I s T E. Je n'ai rien à vous répons dre. Tout ce que vous me dites me pa^ roîrévident* Mais je fuis furpris que ces idées générales, qui ont infiniment plus de réalité que les idées particulieres,me frappent moins qu'elles, & meparoiC» ièacmvoir beaucoup moins de foiidicé,.
•X I. T H E o D o R B. Ccft Qu'elles (e font moins fentir, ou pliîcoc c'eft cja'elles ne fe font nullement fentir. Ne jugez paf, Arifte, de la réalité des idées, comme les enfans jugent de la réalité des corps. Les enfans croient que tous ces efpaces qui font entre la terre ic le ciel ne font rien de réel ^ pajrce qu'ils ne fe (ont point fentir. Et il y a mêmes peu de gens qui lâchent qu'il y a autant de matière dans un pied cube d'air que dans un pied cube de plomb y ^arce oue fe f^omb eft plus dur, plus pelant y plus ftnfible en un mot que Tair. Ne les. imitez pas. Juges de U réalité des idées, non par le ientiment que vous en avez, qui vous marque conforment leur ac« tion y maïs par la lumière intelligible qui vous découvre leur nature. Autre* ment vous croirez que les idées fend- blés Se qui vous frappent, telle xju'eft celle que vous ayez de ce plancher que vous preflèz du pied, ont plus de réa- btc que les idées purement intelligi^ blés y quoique dans le fonds il n*y ait aucune diflference.
A R I s T E. JÊHcum différence, Theow dore! Quoi Pidée de retendue à la. quelle Je penfe n'eft. pas différente de ïi Second celle de.cette étendue que je voi, qae je preflè du pied, & qui me réfifte.