SigPhi · Olympe de Gouges

Le mariage inattendu de Chérubin, comédie en trois actes et en prose. Par madame

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A SÉVILLE, Et fe trouve A PARIS, Chez CAILLEAU, Imprimeur - Libraire j rue Galande, N c 64.

Et chez les Marchands de Nouveautés* M. DCC. L XXX VL Digitlzed by Google PRÉFACE.

‘J E fuis femme 8c Auteur; j’en ai toute l’aéîivité. Mon premier mouvement eft femblable à une tem- pête; mais dès que l’explofion eft faite., je refte dans un calme profond: tel eft I’eftét qu'éprouvent toutes les perfonnes vives 8e (enfibles.

Mon Mariage de Chérubin eft un enfant de (a Folle Journée, qui naquit de l’enthoufiafme géné- ral; c’eft un de mes premiers Ouvrages, duquel je me promettois beaucoup de gloire, 8c encore plus de profit; fnais, hélas! c’eft bien le cas de dire:.

Pauvres petits infortunés, Vous êtes morts avant que d’être nésî Lu à la Comédie Italienne, il y fut accueilli t mais des confidérations de Théâtre â Théâtre en ..1 Ont empêché la repréfentation: je le préfente au- jourd’hui au Public, rempli de fautes, tel que doit l’être une production faite en vingt-quatre heures, à laquelle je n’ai rien changé. Cependant des hom- mes de Lettres, âinfi que MM. les Comédiens, ÿ ont trouvé quelque mérite digne de fixer l’at- tention des gens de goût; plufieurs perfonnes A 2 W PRÉFACÉ.

A 2 W PRÉFACÉ.

m’avoient engagé â la donner aux V ariëtëa, ou à la faire imprimer; j’adoptai le dernier parti, &, depuis un an qu’elle eft approuvée, je Pavois ou- blié parmi mes Manufcrits; mais aujourd'hui que je vois annoncer dans le Journal un Mariage de Chérubin, ma vivacité Languedocienne fe réveille. & il ne me relie plus que les regrets de m’être laifTë prévenir, & la crainte d’un vol clandeftin; peut-ttre auflï fuis- je comme tm poltron qui craint d’être affalïiné, au feul afpeft d’une épée nue. Les hommes, fur ce point, font très-chatouilleux, & les femmes y entendent encore moins raifon. Comme je n’ai rien de plus cher que mes produc- tions, je me hâte de réclamer celle-ci, dans le cas qu’on me l’ait volée. La paillon qui "me domine pour créer de nouveaux fujets, me fait oublier ceux qui les ont précédés; l’aélivité de dix Secré- taires ne fuffiroit pa3 à la fécondité de mon imagi- nation. J’ai trente Pièces au moins; je conviens qu’il y en a beaucoup plus de mauvaifes que de bonnes; mais je dois convenir aulfi que j’en ai dix qui ne font pas dépourvues du feris commun. Cependant, malgré la richelfe démon porte-feuille & la nouveauté de mes plans, dans ce tems de misère, mes peines & mes travaux me donneront plus de tourment que de gloire. La Comédie Fran- çaife m’a impitoyablement & injullement ôté les .

PREFACE. y .

PREFACE. y moyens d’obtenir quelque fuccès. Comme j’ai créé tous mes fujets, excepté celui de Chérubin, j’avois des droits aux fuffrages qu’on ne refufe pas à la nouveauté: Zamor & Mir^a pourra convain- cre le Public de cette vérité; elle a été reçue à la Comédie Françaife avec acclamation; M. Molé * quoiqu’il fut rebattu de ce Drame, ne put le lire fans verfer des larmes, & tout le Comité parut- éprouver la même fenfation; on a rayé cependant cet Ouvrage du tabieau de réception, par le com- ble de l’injuftice; c’eli envain que je me fuis plainte, perfonne n’a pris part à mon injure. J’ai cru qu’en intéreflant MM. les Auteurs Dramati- ques à ma caufe, qui devoit être la leur, je pour- rois avoir raifon de ce procédé: quel étoit mon. efpoir! Ne devois-je pas craindre plurôt que le véritable caraélère Français ne fut prefqu’évanoui? Il n’eft cependant pas tout-à-fait détruit, puifque de quarante Lettres que j’ai écrites, j’ai eu quatre réponfes. Ces MM., qui m’ont prouvé avoir lq caractère du véritable Homme de Lettres » fe font trop diflingués pour que je ne les nomme pas: MM. la Harpe, le Marquis de Bièvre, Grouvel & Cailhava: le relie a gardé un profond lilence. Je me propofe d’inllruire le Public des procédés que la Comédie s’ell permife envers moi, quoique- j’eufle mieux aimé qu’il les ignorât, préférant un- A3 yy PREFACE.

A3 yy PREFACE.

médiocre accommodement à un célèbre procès. Je dirai à cette occafion que j’avois fait part il y a quinze mois à M. C. de B...d’une petite pièce an- térieure au Mariage de Chérubin; fa délicateffe fut bleffée, & ne trouva pas le but moral affez bien obfervé: l’écolier n’imite jamais parfaitement fon Maître, & je crus que je ne pouvois mieux répa- rer mes torts qu’en mettant dans mon Mariage le but moral qui manquoit non feulement dans la première pièce que j’avois produite dans ce genre, mais encore dans toutts les productions qui tien- nent au Mariage de Figaro; il paroît que je n’ai pas mieux réuilî, malgré toute ma morale, aux yeux de M. C. de B..., qui cependant me fit la, grâce de m’écrire plufîeurs Lettres affez obligean- tes; j’ai cru que, dans mon malheur & dans le fatal évènement qui m’eft arrivé à la Comédie Françoife, M. C. de B...pourrait au moins me donner quelques bons confeils, s’il ne défendoit pas ma caufe; & comment ne me ferois-je pas flattée qu’ri l’eut défendue avec ardeur & zèle? N’eft-ce pas un homme d’efprit? un homme qui connoîc toute l’importance d’une affaire délicate, & qui fait les loix comme tous les Procureurs en- femble; & lorfqu’une femme ne lui demandoit que fes avis pour répondre à une querelle d’Alle- mand que la Comédie Françaife lui avoit faite.

PREFACE. vïj PREFACE. vïj elle trouve cet homme, que l’on aflure fublime & aimable, fourd, muet, 8c iufenfible aux cri* de la douleur 8c du défefpoir. Actuellement que je fuis un peu confolée de mes chagrins dramatiques, il me refte toujours fur le cœur la galanterie de M. C. de B...; 8c, comme je fuis très - franche *. j’aime à dire ma façon de penfer, 8c une petite vengeance foulage toujoursla femme la plus douce. Celle-ci ne peut blelfer la réputation d’un homme invulnérable; ainfi je déclarerai hautement au Pu- blic qu’ayant écrit à M. C. de B...de même qu’à tous les Auteurs Dramatiques > j’ajoutai l’apoftillè fuivante: « J’ai eu l’honneur de vous écrire, Monfieur,. » comme à tous les hommes de Lettres; mais jé » viens chez vous comme les opprimés couroient » chez Voltaire; je fuis à votre porte, 8c je me » flatte que vous me ferez l'honnêteté de me re- n cevoir ».

Le Suiffe me parut poli d’abord; mais en reve- nant m’apporter la réponfe de fon Maître, il me dit avec le ton d’un homme de fon état, qu’il étoic fort occupé, 8c qu’il ne pouvoit m’entendre. — N’étant point faite pour commettre une indifcié-- a 4 c 1 viij PREFACE.

tion, je le priai d’aller favoir Ton jour; il me ré-? pondit des mots affez vagues, qui font inutiles â repéter, venant du Suiffe de M. C. de B...Enfin il ^ obéit à ma fupplication en fronçant le fourcil, & revint me dire galamment de la part de fon Maître, qu’il ne pouvoit pas m’affurerdu jour. Je répondis: ni de l’heure^ ni du mois, fans doute; allons, fouette • Cocher; en me promettant bien de ne jamais récla-. *1 mer ni l’appui ni les confeils de ceux qui ont oublié le jnalheur & les adverfités: je laiffe au Public à décider fi M. C. de B...a bien fait de me punir de mon enthoufiafme en le comparant à cet homme célèbre, au défenfeur de Popprimé, à l’appui de a veuve de l’orphelin. Au refte, j’ai dégagé mon cœur du poids qui l’étouffoit depuis quatre mois; je lui dis tout cela fans faire de l’efprit ni des phrafes. Peut-être il me répondra; j’appren- drai de lui mieux que de tout autre l’art de faire une Préface: car, j’avoue mon ignorance, un inftinél naturel fait toute ma fcience. Il n'y a- ni favoir ni # fexe qui tienne; les Gens de plume s’ex- pliquent avec leurs armes; mais fi tous s’en fisr- voient avec cette franchife, il y auroit moins de méchants dans la Société: on applaudit à l’adreffe d’un lâche calomniateur. Tout efl charmant s’il inédit? vec efprit. Voilà les hommes &. leurs affreux PREFACE. « U principes. Si je me mettois à moralifer, je pour- rois ennuyer mon Leileur; il a trois ailes éternels à lire, je le prie de toute mon ame d’avoir du courage.

% personnages.

CHÉRUBIN, Capitaine des Gardes du Roi D’Efpagne.

FANCHETTE, fille du Duc & de la Duchefle, Crue fille d’Antonio. ANTONIO.

NICOLAS, fiancé de. Fanchette. BRID’OISQN, Parrain de Nicolas, BASILE.

LA FLEUR, Laquais.

UN NOTAIRE.

PLUSIEURS DOMESTIQUES. PAYSANS & PAYSANNES.

La Scène fe pajfe en Efpagne, dans un Château dm. Comte.

LE MARIAGE INATTENDU DE CHÉRUBIN, COMÉDIE • # Hg! l- ~ ACTE PREMIER.

ie Théâtre repréfente un Sullon meublé.

SCENE PREMIERE. CHÉRUBIN, FIGARO. Figaro.

Enfin vous voilà, Monfeigneur, le maître de ce Château. Vous n’êtes plus Chérubin, & Votre élévation à la Cour vous donne la fupériorité $jur le Comte. Il dépend à fou tour de vous. * Btgitized by Google 22 LE MARIAGE INATi'LNDU Chérubin.

Tti te trompes, Figaro. Dis plutôt l’ami du Comte & dfe la Comtefle.

Figaro.

Cette générofité eft admirable; mais la Terre n’en elt pas moins à vous; & le dérangement de Monlîeur le Comte..., Chérubin.

Malgré fa pofition, il n’a pas voulu accepter nies fervices. Je n’ai acheté fa Terre qu’à condition. que lui & la ComtelTe l’habitefoient leur vie du- rant.

Figaro.

Fort bien: vous n’aurez pas les honneurs de là Seigngurie; mais vous en ferez valoir les droits.

Je crois que Monfieur le Comte n’auroit jamais confenti à vous céder fa Terre, s’il n’avoic pas vu que votre refpeél pour la Comtefle augmentoit tous les jours, tandis que l’amour que vous aviez pour elle diminuoit fuiieufement: il étoit fl violent qu’il fautoit aux yeux des moins clairvoyans; mais le calme où vous êtes depuis quelque tems n’eft pas moins vilible. Je fuis ua vieux routier. Voyons fl je ne devinerai pas la caufe de cette tranquillité apparente. Madame la Comtefle, fe montrant i É lus traitable à votre égard, pourroit bien ih, qu’en dites-vous? Les femmes font fupé- rieures dans ce manège: tant qu’elles font les. cruelles & qu’elles n’ont rien à fe reprocher, elles ne prennent aucun foin pour voiler une intrig&ie; mais lorsque leurs bontés deviennent enfin larécom- penfg de nos foins, c’eft alors qu’elles emploient Di: ZC toute leur habileté, & nous forment dans l’art de la dilliinulation, où elles excellent: les rendez- vous les plus fecrets & les plus délicieux éteignent en public ces mouvemens impétueux qui nous tranfportent pour l’objet que nous aimons. Vous rêvez, Monfeigneur, qu’avez-vous à répondre?

Chérubin.

Ce que tu dis fur les femmes eft véritable & j’en ai fait l’expérience; mais tu te trompes, Figaro, au fujet de la Comtefle, elle eft trop refpeftable. Figaro.

Je le crois, dès que vous l’aflùrez. Vous êtes donc biqn heureux à préfent? Plus d’amour, plus de folie...Vous vous taifez, Monfeigneur; vous foupirez Ah, de grâce, parlez-moi. Eft-ce que vous ne m’honorez plus de votre amitié î CHÉRUBIN embraffant Figaro.

Mon cher ami, mon cher Figaro, je n’ofe t’avouer...Figaro à part.

Qu’eft-ce que cela veut dire? Seroit-il encore devenu amoureux de ma chère Sufanne? J’avois bien raifon de ne vouloir pas venir.au mariage de la couline de ma femme.

Chérubin.

Que parles-tu de fa coufine, de Fanchette? Elle- va donc être mariée à ce butor de Payfan?

Ah, je refpire. Il faut convenir que la ja- loulie d’un mari Caftillan eft terriblement ombra- X 4 LE MARIAGE t*N ATTENDU geufe. Ce mal me gagne. il faut que je tâche dè im'en corriger.

Chérubin.

Qu’eft-ce que tu marmotes-là, tout feul?

FlGARO grotcfquement.

Mes patenôtres, que j’avois oublié de dire ce matin. Dame, l’amour, à moi, ne m’empêche pas de faire mon devoir.

Chérubin.

Tu es toujours fou. Que tu es heureux d’avoir confervé cette gaieté!

Figaro.

Eh! que ferois-je fans elle, avec tous les en> barras du ménage, & les martels en tête que ma femme me caufe? Mais parlons de Fanchette. Elle vous tente * à ce qu’il me paroît, & je devine que vous fentez pour elle, ce que le Comte éprouvoit pour Susanne. Le droit du Seigneur ne vous tient-il pas au cœur?

Chérubin.

Non, Figaro.

» Figaro.

Quoi donc? Je croyois, moi, que c’étoit ce qu’il y avoit de plus joli que le droit du Seigneur; Préparer une mariée au pauvre benêt de mari, qui l’attend...Mais c’eft charmant cela! Le discours du Seigneur influe dans le ménage. $ Chérubin; Laiffe là la raillerie.

Figaro.

Oui, quand vous êtes férieux comme un Doc- teur de Salamanque.

Chérubin.

Je nîen ai pas la fagefle..

Figaro.

Eh bien, foyons donc fous. Amufons-nous à ce mariage.

Chérubin.

Je ne le puis; il faut m’éloigner de ces lieux.

Figaro.

Quel parti extrême! Vous n’avez plus rien d'un Page...Vous êtes donc bien amoureux!

Chérubin.

Plus que jamais. Fanchette eft devenue fi belle! Elle a un air fi noble & fi décent! Non, elle n’a rien d’une Payfanne.

Figaro.

Il ne lui manque que les habits pour avoir la mine d’uue femme de Cour; mais cela pouvoit-il être autrement * ayant été inftruite par ma Sufette, & élevée auprès de la Çomtefle ï Chérubin.

Je crois voir en elle une fille de qualité fous l’habit groflier d’une Villageoife.

Figaro.

Touiours des idées romanefques. C’eft comme moi, qui me croyois un grand perfonnage; mais Fanchette n’a pas été perdue, on conpoît fort bien i6 LE MARI AGE INATTENDU fon véritable père. Les Payfans font plus fùrs dans leur commerce. En un mot, elle e A fille d’Antonio, & il n’y a point à en douter.

Chérubin.

Quel dommage que Fanchette ait une fi baffe origine! Si l’on pouvoit vaincre le préjugé, qui fait le malheur des hommes.

Figaro.

Vous avez raifon, Monfeigneur; mais vous auriez tort fi vous vouliez le détruire. Quoique devenu votre maître, & parvenu au plus haut degré de fortune & de dignité, vous devez tout à votre rang.

Chérubin.

Ce rang eA un fot, & cependant il faut avoir l’efprit de le foutenir.

Figaro.

Bravo, Monfeigneur. Vous êtes le feul à qui j’ai vu le caraélère d’un véritable homme: ainfi, • vous n’avez pas befoin de mes confeils. Que votre raifon feule vous guide, & vous ne ferez pas de fottifes.

Chéruèin.

L’amour eA tout-puiffant. L’abfence feule peut le vaincre & non pas la raifon; Figaro.

Partez donc au plutôt, puifqu’il le faut, mais je crains bien que Monfieur le Comte ne profite de votre départ pour xéalifer fes prétentions.

ClIÉRUfflN.

Digüizod b y Cil KÏsJl DE CHERUBIN. i 7 Chérubin.

Tu crois, cher Figaro?

Figaro.

Ma foi, je crois tout de fa part. Refpe&e-t-il quelque chofe en fait de galanterie?

* Chérubin.

Tu me fais ouvrir les yeux. Le Comte pourroit abufer?...Non, je ne partirai qu’après le maii.ige.

Figaro.

Fort bien; mais voici Monlieur le Comte. Chan- geons de converfation.

SCENE II.

CHERUBIN, FIGARO, LE COMTE.

* Le Comte à Chérubin.

J E reçois de Madrid des nouvelles bien intéref- fantes, & qui vous regardent aulîi, Monlieur le Marquis.

Chérubin.

Sur quoi, Mon fri r le Comte?

Le Comte.

Vous êtes allié, ainli que Madame la.Comtefle* a la Maifon de Médoc; vous favez que cette Fa- mille avoir reçu une tache à l’occalion d’un ma- riage fecretavec le Duc Don Fernand: ce mariage i* LE MARIAGE INATTENDU \ av'oit été cafté, votre parente fut mife au couvent,' & le Duc exilé.

Chérubin.

Eh bien, Monfieur le Comte?

Le Comte.

Ce mariage vifent d'être réhabilité, & la céré- monie a été faite â la Cour.

Chérubin.

Quel bonheur! ma Famille eft donc enfin tout- à fait relevée?

Le Comte.

Ce n’eft pas tout. Ce couple infortuné, autant qu’inréreffant, vient nous voir; mais ce qui me paroîc bien lingulier, c’eft qu’ils me parlent dans leurs lettres d’ Antonio, & beaucoup de Fanchette.

FlGARO rêvant &fe frappant la tête.

Je n»me trompe pas. Ài-je rêvé cette hiftoire, ou b en eft ce Sulanne qui me l’a racontée? Je vais vous mettre au fait. Je vaux mon pefant d’or pour me retrouver dans ces aventures. La femme d’An- tonio fut prile pour Nourrice, & on l’emmena avant qu’elle fut accouchée; Penfanr de cette dame mourut au bout de trois mois, Mathurine revint dans fon village avec fa fille, chargée de biioux & de préfens. J’imagiqj qu’il n’y a pas eu de fa faute li l’enfant eft mort, & comme Fan- chexte eft fa Leur de lait en venant dans le pays, ils feront fôrt aifes de la voir.

Le Comte.

Il eft incroyable & n’eft jamais en défaut; il « Digitizec DE CHERUBIN. i 9 fait tout. Il faut convenir que fans Moniteur Figaro, on ne trouveroit pas touces ces chofes-là, &. j’ou- bliois que j'en avois oui parler.

Figaro à part.

Voilà de l’eau bénite de Cour, il a befoin de moi. Haut. Votre Excellence me flatte. Si j’ai donné de t’efprit à des ignorans, j’ai bien fait des bêtes de gens d’cfprit. Je réuifis ou tous les autres échouent. Une heureufe gaieté fait ma philofo- phie; je fais la loi aux fois; je brave les médians, & fuis humain comme petlbnne, faifant le bien en dépit de mes ennemis.

Chérubin.

Chérubin.

Mais à quoi fert, Figaro, ce dialogue que tu nous fais-làt nous parlions de Fanchette. Tu dis?.,.

F 1 G A R O.

Hé bien, je vous dis tout ce que j’en fais. Cha- cun parle de ce qui i’incérefle.

Le Comte.

Il a fes raifons. Qnand Moniteur Figaro a quel- que coup de patte à me donner, il ne m’épargne pas. Vous faites l’important, Monfleur le Finan- cier parvenu. Ne vous fouvient-i! plus que vous avez été mon Valet, & ancien Médecin de che- vaux en Catalogne?

Figaro.

J’ai eu l’efprit dé ne pas l’oublier, & vous n’avez pas eu celui de ne pius vous en fouvenir. Tenez, Monleigneur, point d’apofliophe. Je fuis B a * ,2ô LE MARIAGE INATTENDU un homme comme vous, & je connois mes droits» Il y a un million de fois plus de mérite à être par* venu moi feul, fans l’aide de pevfonne, à la place que j’occupe. Votre Excellence n’en peut pas dire autant.

Chérubin.

Il eft vrai qu’il a effuyé bien des évènemens & des tracalfenes dans fa vie.

Le Comte.

Et tout a tourné à fon avantage. Le voilà bien malade. Pauvre petit, je lui confei tlede fe plaindre. C’eft bien le mortel le plus heureux: fon étoile vaut deux mille ans de nobleffe.

Figaro.

Je conviens que je fuis né coëffé; que tout autre, qui auroit éprouvé mes cataflrophes, fe feroit cru perdu. Je me luis vu à la fois loué, blâmé, & traité comme un petit garçon. J’avois autant de probité qu’il en falloit pour faire un honnête homme, quoiqu’elle foit regardée dans ce fiècle comme un papier monnoie, qui ne paflfe qu’à la faveur du crédit. J’ai fait une étude particulière des hommes; je fais comme il faut s’y prendre pour les mener. Si je vous racontois...L I Comte.

Grâce, grâce, Moniteur Figaro; vous allez nous faire un dilcours éternel.

Figaro.

Voilà les Grands Seigneurs! Les rapproche-t-on du but & de la vérité, on ne trouve plus perfonne.

+ » Digitized DE CHERUBIN. n ( On entend du bruit. ) Mais voici nos Dame3 avec la mariée.

ChÉRUBINÙ part.

Comment cacher mon. trouble? Je me fens tout ému à fon afpeft.

SCENE III.

CHER.UBIN, FIGARO, LE COMTE, . LA COMTESSE, SUSANNE. FANCHETTE.

La Comtesse.

"V O I C I un nouveau Mariage, Monfieur le Comte, qui fe prépare. Que ferorfs-nous pour Fanchette? Pas autant que nous le délirerions. Notre fortune a bien changé..

Fanchette. « * Madame, je préfère vos bontés à tous les don* de la fortune.

Le Comte.

Qu’elle eft devenue intérefiànte!

S U S A N N E.

Elle ne chérit pas autant fon Nicolas que j’ài- tnois mon Figaro. Ce mariage ne fera pas heureux.

Chérubin.

Eli, pourquoi forcer fon inclination?

Son père le veut.

Fanchetth.

Je le veux mol même. 11 faut humilier mes fen- timens, qui font trop élevés pour la fille d’un Jardinier.

Figaro.

Un Jardinier eft un homme.

Chérubin..

Et fa fille peut prétendre au rang le plus éîeré, • quand elle a autant de mérite que Fanchette.

Le Comte à part.

Il en eft amoureux comme un Efpagnol. Je m’en étois douté; voilà ce qui' l’a guéri de fa paf- fion pour la Comteffe. Je n’en fuis pas fâché.

Fig.aRO bas au Comte.

Je le çrois, Monfeigneur; voilà votre honneur à couvert: v5us avez couru de grands rifques. i Le Comte de même.

Chut.

S U S A N N E.

Voyez comme l’éloge la fait rougir.

• LaComtesse.

C’eft une vérité.

Fanchette.

Madame la Comteffe, ne me gâtez pas, je ne le fuis que trop.

Les femmes en conviennent rarement; mais elle eft fi jeune, fi fimple, que la vérité n’a pas encore corrompu fon aine.

Le Comte bas à Figaro.

Cela viendra, Monfieur Figaro, cela viendra. Figaro.

Vous l’fcfpérez, Monfeigneur.

Le Comte» J’y compte.

Chérubin à Fanchette.

Mais pourquoi époufer un homme que vous u'aimez pas?

Le Comte, On dit que l’amour vient avec le tems. - 1 • Figaro.

Et moi, je foutiens qu’il s’en-va.

Su S A N N E.

Figaro a raifon.

Figaro.

Je l’aurois juré.

La Comtesse.

Surtout du côté des hommes.

Figaro.

Voilà le corre&if. Les femmes ne veulent jamais avoir tort les premières, & c’efl toujours nous qui. lès prévenons, * * *?4 LE MARIAGE INATTENDU La Comtfsse.

Il faut cependant égayer la fête. Vous allez nous laifler feules Nous avons la toilette de Fan- chette a faire. Je la mets en habit de Cour pour le jour de fon mariage.

Fanchrtte.

Madame, il n’eü pas néceflaire: il faudra le quiuer.

S U S A N N E.

Tour eft permis ce jour-là: c’eft le plus beau de la Mariée.

Figaro..

Et du Marié?

Le Comte.

Je peux refier à la toilette. Vous favez que je m’y entends très bien.

( Chérubin & Fane hette fe regardent pendant le dia- logue fuivant, 6* forment une f'ène \nuette & interejjante. ) FiGARO à part, s‘appercevant des regards que fe lancent nos deux Amans. ) Comme la prunelle va fon train! On peut bien dire que les Amans font femblables à ces Intelli- gences céleftes, qui fe communiquent leurs pen- lees en fe regardant. Que ce langage muet efl délicieux! Heureux tems de mes amours, ne reviendras-tu plus pour moi?

S ü S A N N E.

. Qu’as-tu, mon Figaro? Tu foupires, mon ami.

La traitreffe me devine & fe mocque de moi. ( Haut. ) Ce jour me rappelle celui de notre mariage.

S U S A N N K.

Eh bien! qu’as-tu à te plaindre? N’a-t-il pas e'ré des plus heureux? N’avons -nous pas profpéré au-delà de toute efpérance? Sois /perfnadé que nous ferons long-tems unis. & que notre cente- naire couronnera encore nos amours.

La Comtesse.

Allons, Meflieurs, fortez. J’ai à parler en par- ticulier à Fanchette & à Sufanne.

F 1 G. A R O.

Je fors.

( Il s‘en va. ) SCÈNE IV.

CHERUBIN, LECOMTE. LA COMTESSE, SUSANNE, FANCHETTE.

Chérubin.

M AIS, Monfieur le Comte, on devroit attendre Madame la Ducheffe.

La Comtesse.

Madame la Ducheffe!

Le C o m t b.

J’oubliois, ma chère Comteffe, de vous api6 LE MARIAGE INATTENDU prendre cette nouvelle. Votre parente, qui l’eft en même tems du Marquis, vient d’être réunie à fon époux le Duc de Médoc: on a réhabilité leur mariage, qui couronne une confiance que les années & Pabfence n’ont pu affoiblir de part ni d’autre. Ils viennent nous voir; voilà leur lettre. Je vais donner nies ordres pour les recevoir. ( Chérubin,) Venez avec moi, Monfieur le Marquis.

( Ils fortcnt. y SCENE V.

LA COMTESSE, SUSANNE, FANCHETTE. La Comtesse.

C^UE l bonheur pour ma parente! ( 4près avoir lu bas. ) Elle parle de toi, Fanchette.

Fanchette.

Hélas, je fuis la fœur de lait de leur fille infor- tunée, qui mourut âgée de trois mois, à ce que m’a raconté mon pète.

SUSANNE.

Matante Mathurine m’a parlé très fouvent de tout cela. Elle pleuroit en fe refîbuvenant de^ la cruauté qu’on avoit mife en feparant ces deux époux, & regardant Fanchette, elle lui difoit: «* Tu aurois joué un grand rôle, mon enfant, & »» moi aufli >*. Car elle avoit de l’ambition, pour une payfanne. Son mari n’eft qu’une bête;; maïs.

Digiiized by Goûgfc DE CHERUBIN. 27 elle ne manquoit pas d’efprit & d’un certain juge- ment. ^ La Comtesse.

Je n’ai jamais connu ma parente, j’étois trop jeune dans ce tems-là; mais j’ai appris tous fes malheurs. Quel plaifîr je vais goûter en la voyant!

FANCHBTTS4 pan.

J’éprouve intérieurement des mouvemens in- connus. L’arrivée de ces perfonnes, un penchant qu’il me faut étouffer; tout cela me bouleverfe le cœur & l’efprit. ( Haut. ) Je n’en puis plus.

La Comtesse.

Fanchette, vous pâlifTez? ( Sufanne. ) Elle fe trouve mal, Sufanne: approche ce fauteuil.

SUS A N N E.

C’eft ce maudit homme que fon père la force d’époufer.

La Comtesse.

Confole-toi, ma chère Fanchette; je parlerai à Antonio, &, s’il n’écoute pas mes raifons, nous trouverons des moyens pour rompre ce mariage.

F ANCHE T T K.

C’eft trop avancé; tout eft préparé pour demain.

S U S A N N E.

Nous gagnerons du tems. N’avons-nous pas le prétexte de l’arrivée de Moniteur le Duc 8c de fon Epoufe?

Fanchette.

Mon père n’écoutera rien.

a8 LE MARIAGE INATTENDU SCENE VI.

La Fleur.

Antonto & le Prétendu de Fanchette de- mandent à parler à Madame la Comtefle.

La Comtesse.

Faites entrer.

( La Fleur fort. ) SCENE VII.

41 LA COMTESSE, SUSANNE, FANCHETTE.

La Comtesse.

Ils viennent bien à propos.

DE CHERUBIN.

*> SCENE VIII..

Les mêmes, ANTONIO, NICOLAS.

« ♦ A N T O.N I O.

J E venions, Madame la Comteffe, pour avoir l’honneur de vous préfenter notre biau-fils.

, Nicolas.

C’eft beaucoup d’honneur pour nous, Madame la Comteffe.

La Comtesse.

. Je fuis fort aife de vous voir tous les deux; & pour quand le mariage?

Antonio.

Tatidienne, Madame la Comteffe, vous favez ben que c’eft demain. J’avons prié tout le village pour alfifter à la fête, fans compter ceux qui vien- dront de l’endroit de notre gendre.

Nicolas, d’un ton niais.

Je fommes affez riches pour fêter tous ceux qui viendront à notre noce. ( A fa Future.) Vous ne nous dites rien, Mademoilelle Fanchette. 11 vous tarde d’être mariée, n’eft-ce pas?

SUSANNE, à part.

Le fot animal! Où la Fortune a-t-elle été fe nicher i t % % go LE MARIAGE INATTENDU Fanchette.

C’efl: une queftion qu’on ne doit pas faire, Monfieur Nicolas.

Nicolas, riant.

» Ah! nous vous en ferons ben d’autres, quand nous ferons mariés.

Antonio, riant.

C’eft un Compère, que notre biau-fils.

La Comtesse.

Ceffons cette convetfation. Antonio, vous fa- vez que votre femme fut mife en qualité de Nour- rice auprès de la Ducheffe, époufc du Duc Don Fernand j ils arrivent tous les deux dans cette Terre.

Antonio.

Je favons ben cela, Madame la Comteffe; fi vous voulez, j’allons vous raconter...La Comtesse.

Je fais tout cela. Ils s’intéreffent beaucoup au fort de Fanchette, & je vous conleille de ne pas terminer avant leur arrivée.

Antonio.

Ça nous fait ben grand plailir, Madame la Com- tefle, mais qu’ils fe dépèchent de venir. On ne peut pas reculer la fête -, Madame la Comteffe fent cela aulli bien que nous.

'La Comtesse.

Je ne vois rien qui vous force à précipiter la cérémonie.

Mon oncle, voudriez-vous manquer à des per- fonnes de ce rang, & à qui vous devez tant de re- connoiflance?

Fanchette.

Mon père!

ANTONIO, faifant la grimace. * Eh ben! mon père. — Taifez-vous,* petite pé- ronnelle. ( A la Comtejfe. ) J’avons nos raifons, Madame la Comtelîe. Monlieur N'colas eft un brave garçon, qui a du bien, qui ne veut plus que je fois Jardinier, & qui prend ma fil.e telle qu’elle eli.

SüSANNE, à part.

Que veut-il dire? J’entrevois du myftère. ( Bas à la Comtejfe.') Tâchez d’éclaircir cela. Madame, nous allons vous laiffer avec lui.

Nicolas.

Je la prenons jolie, parce qu’elle l’eft, mor- guenne, je i’épouferions de même, quand elle ne le feroit pas. Suffit que j’avons donné notre paro- le; notre biau-père nous connoit ben; j’avons le cœur fur la main, dà.

SüSANNEjù part.

Quelle bonne tournure de mari! Qu’on en trouve un plus benêt, & je prends fur le champ la polie aux ballons pour l’aller dire à Rome. ( Haut à Fan -. chette.) Suivez-moi, ma couline. [A Nicolas.)

Et vous auffi, mon prétendu coufin, LE MARIAGE INATTENDU N ICOLAS, faifant des révérences. J’avons l’honneur de vous faluer, Madame la Comtefle. ( S'approchant de J a Futuie. ) Donnez- moi le bras, MadeinoifelleFanchette, j’allons être -votre conduéleur.

Donnez-moi aufii la main. Nous aurcns-là, ma foi, un élégant Ecuyer.

( Nicolas met fur fa tête Jon chapeau qui Uembarraf- foit, & on lui fait faire deux ou trois tours, parce quil s'ejl pré fente gauchement; la Lomteffe Jourit. ils Jonent. ) SCENE X.

V LA COMTESSE» ANTONIO.

* Antonio.

M ad AME Figaro a pris l’air goguenard com- me Ton vaurien de mari. Je n’aimons pas toutes ces façons.

La Comtesse.

Qu’avez-vous à me dire concernant Fanchette? * Antonio. 4 • Tenez, Madame la Comtefle; vous êtes une femme refpeélable; j’ailons vous décharger notre cœur. Vous connoiflez Moniteur le Comte, il a toujours des prétentions furies jeunes filles, mais î e Digitized ' DE CHERUBIN.’ 33* jè craignons encore plus ce gringalet de Page, quoiqu’il foit devenu fort raifonnable, à ce qu’on dit, depuis que c’eft un grand perfonnage; je ne m’y fions guères, je l’avon» furpris pluiieurs fois avec Fanchette, ils avoient rous les deux un pied de rouge fur le nez: je n’avons pas la berlue. Eft- ce que «Vlonlieur le Marquis eft fait pour fréquen- ter ma filie, &. cheicher à lui parler par-tout 2 La Comtesse.

■ • *■ Ce qu’il en fait n’eft que par politene.

Antonio.

Je favons ben que parmi les grands Seigneurs, on fait donner de biaux noms à ce qui n’eft guères biau de foi-même.

La Comtesse.

Enfin tout ce que vous me dites là n’eft pas une ïaifon.pour ne pouvoir retarder ce mariage de quelques jours.

Antonio.

Je vous difons tout ce que je favons, & je ne favons pas tout: tant y a que je fommes forces de veiller notre fille Comme le lait fur le feu. Ça n eft pas un petit embarras, &. puis les frais font faits, les habits de nôce font achetés il faut que le contrat fe ligne demain. Vous voyez. Madame la Comtefte, qu’on ne peut pas retarder, ni déprier tous les afliftans.

BASILE, dans la couiijje.

Je vais faire parc à Madame la Comtefte de ce qui fe palfe.

SCENE X.

LA COMTESSE, ANTONIO, B ASILE; Basile.

U N Courrier vient d’arriver, Madame la Com- tefle; vous n’aurez que dans quinze jours votre parente.

La Comtesse.

Moniteur le Comte en eft-il inftruit î . Basile.

Non, Madame la Comtefle.

La Comtesse.

Je vais le trouver. (Au Jardinier.) Suivez-moi* Antonio.

( Elle fort avec Antonio* ) SCENE XI.

BASILE, féal.

L A petite fille en tient pour Chérubin; c’eft en vain que Monfeigneur a jetté Ton dévolu fur elle } le Page aura la préférence pour le. droit du Sei* gneur, & Moniteur le Comte n’auja rien.

DigiiizoG r, Googk DE CHERUBIN.

31 S C E,N E XII.

BASILE, LE COMTE.

L K COMTE entrant doucehitnt.

Vo ü S en aurez menti, Monfieur le mauvaif Prophète.

• Basile étonné.

Vous m’écoutiez, Monfeigneur? Votre Excel- lence a pu voir que dans mes paroles il n’y avoic que le regret du paffe-droit que je crains pour vous.

Le Comte.

CTeft à quoi il iaut parer, s'il eÆ poflible. La Ducheiïe n’arrive pas, je vais perfuader à Ché- rubin que le devoir l’appelle auprès de fa parente; qu’il doit partir pour Madrid & revenir avec elle. Je me délie de Figaro, il eft plus fon ami que le mien, il faut l’engager à partir avec Chérubin. Fanchette abhorre fon prétendu; elle ne fe refu- feroit pas. comme fa coufine, au droit qui m’eft dû. Si l’on pouvoit faire partir la Comtefle, en promettant qu’on retarderoit la fête...Une fois tout le monde éloigné, nous laiflerions agir An- tonio.

Basile.

A qui mes confeils perfuaderoient de ne pa* perdre un moment pour conclure ce mariage. J’en- C a t • • „ rjtf LE MARIAGE INATTENDU ‘ tens, Monfeigneur, & je vais arranger tout c?1& avec des accompagnemens fur ma guittarre.

Le Comte.

Allez, & ne vous trompez pas dans les varia* tiôfis. Voilà pour l'accord parfait. ( U lui donne * de l’argent. ) • Basile.

Je n’oublierai rien, & ne me tromperai pas r'tnême d’une triple croche. J’imiterai la voix du rollîgnol*; mais je ne me laiflerai pas prendre par la patte, crainte de tomber. Repofez-vous fur .moi, Monfeigneur; vous fçavez comme je mène -Ces fortes d’affaire». Je fuis comme Céfar, qui croycit n’avoir rien fait, lorfqu’il lui reftoit encore quelque choie à faire.

{Il fort.)

SCENE XIII.

Le Comte feul.

O I L A bien ce pédant toujours avec fes citations! — Ce feroit admirable de me venger de Figaro & du Page, en faifant de Fanchette ma Maitreffe. Elle me plaît encore plus que Sufanne; elle n’a pas l’efprit naturel & l’enjouement de fa coufine; mais aulïi qu’elle eft intéreffante dans fa candeur naïve! Comment! elle a un air de dignité qui m’en impofe, quand je veux badiner avec elle. *< Je ne fuis plus un enfant »>, me dit-elle, en me *1, a Pièce de Chérubin, donnée aux Italiens, eft tombée *u moment - que Chérubin imitoi; U voix du Koftïgnol.

Digitized DE CHERUBIN. 37 fcnfant gravement la révérence, ôc puis elle 111e laiffe-là très-polimenr. Allons préparer nos affaires, elle changera de ton quand ejle fera mariée.

SCENE XIV.

U COMTE, LA COMTESSE.

La Comtesse., O U S n’ignorez pas, fans doute, Monfieur le Comte, qu’un Courrier elt 'arrivé de la part de Monfieur le Duc <k de Madame la Duchefi’e, & que no v tis ne les aurons ici que dans huit jours?

L H Comte..

Je le favois.

* La Comtesse.

Il conviendroit fort de retarder ce mariage. Je ne puis rien obtenir du père de Fancheue; mais, Monfieur le Comte, vous pourriez peut-être lui faire entendre raifo.a.

Le Comte.

Cet homme, eft trop entêté. Je viendrais plutôt à* bout de changer un Gouvernement.

La Comtesse.

* F-anchette me paroit avoir bien de la. répu- gnance pour fon prétendu.

c 3 3 8 LE MARIAGE INATTENDU Le Comte.

Je crois qu'elle auroit plus de goût pour Ché- rubin. • La Comtesse.

Quelle idée!

Le Comte.

Pas fi folle; & je crois que votre parent ne voit pas ce mariage avec plaifir. L'Amour fe plaît à rapprocher les rangs.

( La Comteffe paraît furprifc. ) Le Comte.

Cela vous afflige.

La COMTESSE avec une froideur apparente* Quoi! vous croyez que deux enfans...Le Comte.