FANCHETTE fe levant aujjî.
Que voulez- vous, Monfieur le Juge i.
Brid’oison.
Il s’agit, ma chère enfant, de prouver votre foumiffion & votre refpeél à votre père & à votre futur époux.
Basile.
Et fur-tout à Monfejgneur.
Fanchette.
Je fais ce que je dois à tous trois.
Brid’oison, Fort bien! Ainfi, ma belle enfant, Monfeigneur ■fera fort content de vous cette nuit.
Fanchette.
Cette nuit! Qu’eft-ce que cela veut dire, Mon- fieur le Juge?
Brid’ OISON riant.
Cela veut dire que vous pafferez la nuit à caufer avec Monfeigneur. C’eft la loi de C’eft le droit...Fanchette en colère.
Quoi, Monfieur le' Comte pourroit me fou- mettre à ce droit injurieux! Je n’y confentirai jamais.
Brid’ oison.
Le mariage ne vaudra rien.
• * Fanchette * •DE CHÉRUBIN.: Su FANCHETTEà part.
Ah! tant mieux, je refpire. ( Haut. ) Vous pou- vez déclarer mes intentions à Monfeigneur. Je vais, dès ce moment, trouver mon père: il ap- prouvera ma réfolution. ( hile fort avec vivacité; les Payfans & les P ay farines la Juiyent. ) SCENE III.
BASILE, NICOLAS, BRID’OISON* FIGARO.
OMME elle eft enchantée de la menace qu’on lui a faite, la pauvre petite! Aflurément elle ne s’intéreffe pas beaucoup à la validité de ce mariage.
NlCOLAsà Brid’oifon.
La Fiancée s’enfuit fans me dire mot! Qu’eft-ce que cela veut dire, notre parrain?
B R I D’ O I S O N.
Ça veut dire que votre mariage n’aura pas lieu.
Nicolas. • Eh pourquoi ça?
Basile.
• Il y a du remède.?
K.
«a'i LE MARI AGE INATTENDU Brid’ OISON.
• Je n’en vois pas. Se refufer à la loi! Eft-ce qûô je fuis un Magiftrat en peinture?
F I G A R O à part.
'Sans doute, & l’on peut dire un parfait original.
B R I D’ O I S O N.
Se refufer à la loi Je n’en reviens pas.
BASILE appercevant Figaro.
Que veut cet homme, Monfieur le JugSt?
Brid’ oison.
Il me regarde depuis long-tems avec un certain plailir. ( A Figaro. ) Approchez, l’ami.
F I G A R O d part.
Fabriquons un langage inconnu. ( Haut,) Hofpé hal, lidi cirici, cara maladida impogod pofpodogo.
BRID’OISO N reculant de frayeur.
Quelle eft cette langue, Monfieur Bafile? Ce n’elt pas du latin ni de l’Efpagnol.
Basile.
Il faut que ce foit de l’Arabe. ( A Figaro. ) Eft-ce que vous ne lavez pas parler François? Figaro.
In yerli planigoudouilfripouilkéfaco. {à part.) Il eft tems de m’en aller. Ah! fi je pouvois tenir ce céquin de Bafile dans quelqu’endroit écarté. ( s'en allant en danfint.) Cara miladida, inferni pla in pla bêta jugea, bêta jugea.
( Il fort. ) t DE CHERUBIN» SCENE IV.
C^UE dites-vous de cet homme, Monfieur le Juge? C’eft quelqu’arracheur de dents.
Brid’ oison.
Vous avez deviné. Il parle en charlatan. Ne vend-il pas aufli des chanfons?
Basile.
Je crois que oui. Ne trouvez-vous pas qu’il reflemble beaucoup à cet impertinent de Figaro? Brid’ oison.
Oh, que nenni! L’autre parle bien, & celui-ci ne fait pas dire un mot. Bâta jugea, pofpolo. Je ne faurois jamais prononcer cette diable de langue. 11 m’a pourtant amufé. Rappellez-le.
Basile.
Vous allez être fatisfait, Monfieur le Juge; tâchez, en attendant, d’exhorter Nicolas à ré- foudre fon époufe.
{Il fort.)
F » «4 LE MARIAGE INATTENDU SCENE V.
NICOLAS, B RI D’OISON.
Brid’oison.
C ê T Etranger, vraiment, a l’air tout-à-fait lingulier. Il y a comme ça des gens qui courent le monde, & qui mènent upe étrange vie. — Te rappelles-tu, mon Filleul, tout ce qu’il a dit?
Nicolas.
Ah! j’ouvrions bien les oreilles, dà; mais je n’avons rien compris à fon jargon. On ne parle parle pas comme ça cheux nous.
BASILE criant dans la coulijfe.
Au fccours, au fecours; on me tue. A moi, Moniteur le Juge: Nicolas.
Brid’ OISON fe retournant.
Qu’eft-ce que cela veut dire? ( A Nicolas. ) Ne me ‘quitte pas, mon garçon. Il y a toujours du trouble dans cette maifon. On tue cet homme.
DE CHERUBIN.
% SCENE VI.
f BASILE accourant tout effaré.
«A. M O I j à moi.
Qu’avez-vous, Monlieur Baille?
Basile.
•C’eft: ce malheureux Podogo qui m’a roue' de coups de bâton.
Brid’oison.
Oh, oh! Eh pourquoi? Que lui aviez-vous fait? Basile.
Moi, rien du tout. Je lui difois de revenir vous trouver; il m’a pris par la main, & m’a arrangé. Brid’oison.
De la bonne façon, n’eft-ce pas?
Basil e.
r Cela ne fe fent auflï que trop. Il s’ell enfui tout! de fuite; mais je le reconnoitrai bien.
Brid’oison.
' Le croyez-vous?
B a s i l E.
Voilà Monfeigneur.
• F 5 • I 86 LE MARIAGE INATTENDU SCENE VIL NICOLAS, BRID’OISON, BASILE, LE COMTE.
Le Comte.
U’AVEZ-VOUS fait, Bafile? Je viens de ren- contrer tout le village affemblé autour de Fan- chette, & cet imbécile d’ Antonio, qui me menace de ne plus être mon Jardinier.
Basile.
Son Excellence doit le punir de fon impertinence, en faifant valoir fes droits & fon autorité.- BrID’ OISON au Comte.
Vous avez, Monfeigneur, tout pouvoir fur la, fille & fur le père. Vos ordres doivent être exécutés.
Nicolas.
Mais, mon parrain, je fuis le maître de Fan- chettç. Il n’y a que moi qui avons tout pouvoir fur elle.
Brid’ OISON en colère.
Après Monfeigneur. Entendez-vous» petit garçon? Taifez-vous.
L.e Comte à part.
Feignons & foutenons ce que je viens d’avancer. ( A Bafile en lui faifant des figues. ) Balile, vow* Digiiized by Googfc - DE CHERUBIN. 9?
connoiflez mes intentions, &, malgré les defleins de Chérubin...BASILE fans faire attention aux Jîgnes du Comte « Oui, Monfeigneur, vous avez des raifons pour interroger -la mariée St lui faire connoitre tous les pièges de ce Page dangereux.
Le Comte.
Vous ne favez, Bafile, ce que vous dites. Ce n’eftpas moi qui prétends inftruire la fljariée*. Vous le, favez bien.
Ah, ah, c’eft du nouveau.
Le COMTE avec dijfimulation à Brid' oifon* Vous ignorez. Moniteur le Juge, que ] ai vendu ma Terre à Chérubin. Dans nos àrrange- mens je me fuis feulement réfervé la jouiflance. G’eft Monfieur le Marquis qui réclame des droits que j’avois abolis.
©h. Oh!
Brid’oison.
J’ignore, le fait; mais il eft le maître de cette Loi, & j’ai bon augure de fa capacité.
Le Cqmt e.
En deux mots je vais vous mettre au fait. Ché- rubin a feint de partir pour fe trouver ce foir dans ce cabinet* Il a chargé Baiile de iui amener ht 83 LE MARIAGE INATTENDU imnée; peut être fes intentions font bonnes; il faut, Monfieur le Juge, faire exécuter fes ordres. ( A Bafile, en le pinçant par la manche. ) Eft-ce que vous ne m’entendez pas î Basile.
Pardonnez-moi, Monfeigneur. {A part.) Diable m’emporte li je devine.
Nicolas.
Eft-ce que je ne ferons pas avec elle?
Br id’oisok.
Tu n’es pas néceflaire. Il faut être circonfpeft & iefpefter la volonté des Grands.
Nicolas.
Quelle chienne de volonté! Aufli cela me fâche. Tenez, je craignons que ce'Page n’ait de mauvai- fes intentions. On l’afïure bien méchant pour lea jeunes filles.
Brid’OISON, en colère.
Je crois. ma foi de Juge, qu’il fait le mutin. Je te donne de ma houlette, fi tu ne finis pas. Voyez donc cç petit garçon; ça veut raifor.ner de ce où il n’a rien à voir. Je t'apprendrai...entends-tu bien? Hé, hé! ( Il remue la tête. ) Le Comte.
Raflure-toi, Nicolas; je ferai caché dans un coin, & je verrai tout. ( A Brid’oifon. ) A41ez donc, Monfieur le Juge, & vous aufli, Nicolas, raffurer la mariée, en lui difant que Chérubin veut faire valoir fes droits, mais gardez-vous de lui dire que je dois être caché; repréfeméz-Iui feulement que la loi lui impofe la plus grande obéit- fance.
Brid’oisok.
* Repofez-vous fur moi, Monfieur le Comte. Je vais lui faire une bonne morale de ma façon qui la rendra foumife.
( Il fort avec Nicolas. ) SCENE VIII.
BASILE, LE COMTE..
Le Comte.
JÜjH bien! Monfieur Baille, que dites- vous de tout ceci î ' B ASILE.
J’entrevois vos projets, & que vous voulez prendre la place de Chérubin. Vous êtes bien sur que Fanchettene fe refufera pas à ce rendez- vous: mais j’entrevois auffi de l’embarras.
Le Comte.
Toujours un rien vous embarrafife, & vous ne favez vaincre les difficultés qu’au poids de l’or: mais, dans cette occalion, il n’en eli nullement befoin.
Basile.
t Pardonnez-moi, Monfeigneur, l’argent eft tou- jours nécelïaire.
90 LE MARIAGE INATTENDU Le Comte.
Allez vous joindre à Monfieur le Juge, pour tâcher de déterminer Fanchette. Aurefte, ce que j en fais n’efl que par fimple curiofité, & pour favoir fes véritables fentimens au fujet de Ché- rubin.
Basile.
Je vais féconder vos defleins: la nuit s’approche*, tout vous favorife.
. Le Comte.
» Oui, mais foyez bien circonfpeft. Vous fouffie- rez les bougies quand elle arrivera.
( Bafile fort. J DE CHERUBIN.
3r SCENE IX.
LE COMTE, feul.
FaNCHETTE ne m’aime point. Si Chérubin étoit à ma place, il tireroit plus de parti de ce rendez-vous. Que vais-je faire? Si cette aventure ne peut demeufer cachée, je me peids dans l’ef- prit de ma femme, du Duc & de la DuchefTe. Je fensau fond de monamedes mouvemens de crainte dont je ne puis me défendre: Je fuis amoureux &. refpeéiueux tout à la fois. Je ne veux que lire dans le cœur de Fanchette; fi.elle ne m’aime pas, je faurai refpeéfer fon innocence. J’entends du bruic. Elle iéfifiie pour avancer. Cachons nous.
( II va dans le cabinet, ) » ■ 9i LE MARIAGE INATTENDU SCENE X.
BASILE, BRID’OISON,FA NCHETTE*. ANTONIO, NICOLAS.
Antonio.
V entre die NN e, Monfîeur le Juge, toutes ces façons ne nous conviennent guères, & je n’ai- mons pas plus cette loi à Monlieur le Corme qu’i Ion Rage devenu Marquis. Je voulons bien qu’iL parle a notre fille, mais en notre preTerlce. ( A. Nicolas. ) N eft-ce pas * mon biau-fîls?
Nicolas.
C’eft bien dit, biau-père, & je l’entends ds meme que vous.
BRID OISON, fi reculant.
Que prétendent ces deux imbéciles. Je vous ordonne, par mon pouvoir, par ma place, de vous conformer aux loix auxquelles tous les hu- mains font fournis, fous peine de mort à la moin- dre refiftance de votre part.
Antonio.
Ah! c’eft une autre affaire. Je ne fommès pas curieux d’être pendu pour la vertu de notre fille. Elle eft affez grande pour favoir fe garder. » « 93 DE CHERUBIN.
Fanchette.
Ne craignez rien, mon père, ni vous aulïi, Nicolas. Je rends juftice â Monfieur le Marquis, fes intentions font pures. ( A part. ) C’eft ce que je vais apprendre, ou l’accabler de ma colère.
Bri d’oison.
Nous allons, Madame, vous laiiïer feule. Sui- vez-moi, vous autres.
( Bafile éteint les bougies f & ils fartent. ) SCENE XI. * FANCHETTE, LE COMTE.
Fanchette fe croyant feule. • Ah, je ne crains rien. Quoi, Chérubin, pour- riez-vous être coupable d’un complot auflï.noir? Vous voulez donc me forcer à vous haïr, à vous méprifer! — Le méprifer! Peut-il celler d’être eftimable? Hélas, il vient me faire fes derniers adieux. Autant j*étois faille d’horreur à la leule idée de me trouver avec le Comte, autant unpèn- chant invincible m’entraîne vers Chérubin. Quelle eft ma foiblelTe! ( Avec fermeté. ) 11 faut la furmonter en fuyant un entretien qui ifbus rendroit plus à plaindre. ( Elle ya pour s‘ en aller. ) *> *> £4 le mariage inattendu •Le COMTE la retenant & déguifant fa voix, Fanchecte, vous me fuyez.
F ANCHKTTE, Ciel! Il n’y a plus de lumières. Ah! je vous ai mal connu, Chérubin.
• Le Comte. * Fanchette, vous devez m’excufer. La paillon la plus vraie & la plus refpettueufe doit me juftifier à vos yeux.
Fanchette.
Non, je dois vous abhorrer. Je vois que vous vous êtes flatté de m’éblouir par votre rang, & qu’une pauvre payfanne ne pourroit réfifter à un grand Seigneur. Je ne fuis qu’une fille de village; mais apprenez que j’ai des fentimens trop élevés pour répondre à vos coupables defirs. J’ai pu vous aimer tant que je vous ai cru honnête; mais je vois que vos vertus n’étoient qu’une feinte pour me féduire, & que vous êtes un homme aufli mé- prifable que Moniteur le Comte.
Le COMTEà part.
Quelle déclaration elle me fair-lâ! ( Haut^fe mettant à genoux. ) Que j’obtienne mon paidop, ou que j’expire à vos yeux.
Fanchette.
• Oui, je vous l’accorde, fi vous me prouvez que vos fentimens n’ont rien perdu de leur puteté.
Le Comte fe- relevant.
N'en doutez point, aimable- Fanchette. (on DE CHERUBIN. 9* entend un tumulte éloigné. ) Mais qu’eft-ce que j’en- tends > Quel bruit!...Fanchette, fuivez-moi. Je fuis le Comte lui-même.
* Fanchette avec furprife.
O Dieu! Se peut-il?...Quoi, Monfeigneur, vous ofez employer cet horrible ftratagême! Vous connoiflez mes fentimens. Croyez qu’ils ne pour- ront m’écarter de mes devoirs. Je vais auprès de mon époux...( Le bruit tedouble. ) BASILE derrière le Théâtre.
Madame la Ducheflè arrive. Entendez-vous*’ Monfieur le Comte?
Le Comte.
Venez, Fanchette; entrez dans ce cabinet, en attendant qu’on ait traverfé le parc. J’entends des voitures, je vois des flambeaux. Cachez-vous * ne craignez rien.
Fanchette.
Pourquoi 'me cacher? L’innocence n’a rien i redouter.
$5 LE MARIAGE INATTENDU .—.'"■B?
SCENE XII.
FANCHETTE. LE COMTE, BASILE, CHERUBIN, l’épée nue, BRID’OISON * FIGARO, NICOLAS, ANTONIO, PLUSIEURS DOMESTIQUES, . portans des torches allumées. • BASILE à Chérubin & à Figaro.
3\Æon'SEIGNEUR eft au Château, ce n’ell pas le chemin pour y arriver.
Le COMTE tirant Fancliette par le bras.
Entrez, vous dis- je, pour vous & pour moi.
CHERUBIN en colère, & préfentant à Bafile jon épée fur la poitrine.
Scélérat, fi tu continues de me barrer le chemin, je te perce.
BASILE tombant de frayeur.
Monfeigneur, je vous demande pardon.
CHERUBiNn/TwmYznr Fanchette & courant vers elle. Ah, ma chère coufine!
Le Comte.
* Le Comte.
Sa coufine!...Qu’ai- je entendu?’ Fànchette.
Ah, Chérubin!
AgARO marchant furie corps de Bafle, qui fe relève, enjuiie.
Voilà un pont très-agréable à pafler.
Chérubin fe jettant aux genoux de Fànchette.
Oui, nous ferons unis pour la vie \ le préjugé ne pourra plus s’oppofer à notre bpnheur. Ah, mon ame eft accablée fous le poids de fa félicité.
. Fànchette le releve.
# Nicolas.
Mais voyez donc les cajoleries qu’il fait à notre femme devant nous. Jarniguoi. ( Il veut courir à Chérubin. ) Ta femme, pauvre nigaud! Tu pourras t’en pafler pour cette fois.
Brid’oison.
La tête tourne à tous ces gens-là.
Antonio.
i Que diable tout cela veut-il dire?
Figaro.
Cela veut dire que Fànchette n’efl point votre fille.
?3 LE MARIAGE INATTENDU # Brid’oison.
Gomme il y va! Il ôte une femme à fon mari* une fille à fon père; il voudra me dèbaptifer aufli, moi.^Ah, ah, ah! Ils font incroyables dans cette maifon.
Le COMTE à Chérubin. * » Expliquez-vous, Monfieur le Marquis.
' Chérubin.
Oui, Monfieur le Comte. Vous connoiffez le mariage fecret du Duc Don Fernand.
* Brid’oison.
Ah, je me rappelle l’aventure. Il y eut un enfant de ce mariage qui fut confié à fa nourrice. C’eÆ moi qui fis le procès verbal. C’étoit, je crois, une petite fille qui fut marquée à l’oreille.
Chérubin.
Cette petite fille eft. Fanchette.
Figaro.
C’efl: tout comme moi, je fus marqué aufli.
Antonio. * C’eft une rage que toutes ces marques: mais on a biau dire, Fanchette ell notre fille.
Fanchette.
Ah, Chérubin! Se peut il?...Ne me trompez- vous pas î Je n’ole me livrer à ma joie. Mais non, Digmzod b/Google DE CHERUBIN. 5?
Vous ne pouvez me jetter dans une erreur qui feroit mon fupphce quand je l’aurois reconnue. Ma naif- fance elt telle que vous le dites; j’en crois me* fentimens, trop élevés pour une vilîageoife, 8c qui font attuellement à leur place. Ah, Chérubin, Moniteur le Comte, courons tous; que j’aille ferrer dans mes bras les Auteurs de mes jours. Confolez-vous, Antonio, vous ferez toujours mon père.
Nicolas.
Et rellerons-je aufii votre mari.
Brid’ oison.
Il n’y a pas d’apparence; mais confole-toi, mon garçon, je te marierai avec une fille dont le père & la mère feront bien furs. ♦ Antonio.
Je ne fuis plus fon père, foit; mais je voulons ’ des preuves...Figaro.
Qu’avez-vous fait de cette cadette que votre femme, Mathurine, a recommandé de n’ouvrir qu’au moment où il feroit quefiion du mariage de Fanchette?
Antonio.
Je n’y avons pas touché.
Figaro.
C’eft dans cette cadette que vous trouverez l’ex- G 2 *00 LE MARIAGE INATTENDU trait mortuaire de votre véritable fille Fanchettev & les titres de Mademoifelle Don Fernand, nue voilà. ‘ U Antonio, -J’allons voir tout cela. Je courons la chercher.
( Il fnrt. ) SCENE XI I L FANCHETTE, le comte, BASILE, CHERUBIN. BRID’OISON, FIGARO, NICOLAS, PLUSIEURS DOMESTIQUES.
Le Comte à' Chérubin.
3Vï o NSI EU R le Marquis, airx termes où les chofes en font, je vous dois une explication. Ma conduite à l’égard de Mademoifelle a pu vous donner des foupçons; mais elle peut me rendre j u (lice. Je n’ai voulu que connoître fes véritable# fentimens; j’ai refpeélé fon amour dès que je n’ai pu en douter. Jouiffez d’un cœur qui vous appar* tient.
Fancketteù Chérubin en fouriant.
Moniteur le Comte.
DE CHERUBIN’. i<ar Le Comte..
J’ai pu concevoir * fans vous ôffenfer, le défit dé vous plaire.
Cherubi n.
Je m’en rapporte l’opinion que j’ai de la dé- licateffe de vos procédés. Permettez, Monfieur le Comte, que je vous embraflfe, & foyons unis* comme de bons parens.
Le Comte.
J’y confens du meilleur de mon cœur.
Figaro à part.
Quel effort! Le bon Apôtre! — Maisfoici nos. Dames.
FANCHETTE, L, E COMTE, BASILE, CHERUBIN, BRID’OISON. FIGARO, NICOLAS, SUSANNE, LA COMTESSE, LE DUC, LA DUCHESSE, PLUSIEURS DOMESTIQUES.
* C HERE enfant, viens embrafler ton père.
La Duchesse Cher gage de notre tendreffe.
Fanchette.
Quoi, je tiens dans mes bras ceux qui m’ont donné l’être! Je fuis le fruit de votre amour fi long-tems malheureux. Je vois coûter vos pleurs; lailteî-moi recueillir dans mon fein ces larmes pré- cieufes; qu’elles fe mêlent avec les miennes. Ce font des pleurs de joie dont aucun plaifir ne peut égaler la douceur.
La Comtesse.
Ma chère coufine!
S U S A N N E.
Vous n’êtes plus la mienne.
Fan c.h h t t e.
Si, ma chère Sufanne, toujours.
Brid’oisok.
t Je pleure aulïi. On diroit d’abord que ces gens-là font fous, & je finis toujours par pleurer jie toutes leurs aventures.
LeDuc.
*• Mais je crois que c’eft Moniteur Brid’oifon.
Brid’oison.
11 en eft quelque chofe, Monfeigneur, hors que • vous ne vouliez que je ne le fois plus.
Le Duc.
Excafez, Monfieur le Juge,!i je ne vous ai pas reconnu plutôt. Je n’ai point oublié les obligation* que je vous ai, & je vous revois avec un fenfible plailir. Vous nous ferez utile dans cette circonf- tance.
( 104 LE MARIAGE INATTENDU SCENE XV & dernière.
FANCHETTE, LE COMTE, BASILE, CHERUBIN, B R I D ’ O I 8*0 N, FIGARO, NICOLAS, SUSANNE, LA COMTESSE, LE DUC, LA DUCHESSE, ANTONIO, portant une cafiette, PLUSIEURS DOMESTIQUES, PAYSANS ET PAYSANNES.
t Antonio.
T E ne l’avons pas ouverte: voyez ce qu’il y 2 dedans.
Figaro. « Ce fera bientôt expédié. ( Ouvrant la caffetie. ) Voilà d’abord l’extrait mortuaire de la véritable Fanchêtte. Voilà votre procès>verbal, Monfieur Bnd’oifon, dont Monfieur le Duc a la copie. C’eft le plus intéreflant pour ces articles des bijoux, des diamans & de l’or.
. * * Basile.
Et de l’or 1 DE CHERUBIN. * Oui, de l’or. Cela vous tente & vous fait fortiÿ de votre léthargie.
FANCHETTEûv D uc & à la Duchejfe.
Chers & refpeélabl,es Auteurs de mes jours; vous que je n’ai eu le bonheur de connoître qu’en ce moment, votre fille ofera-t-elle vous demander la permiflion de difpofer de ces effets ï La Duchesse.
Ils font à toi, ma chère fille, & tu peux en difi* pofer à ta volonté, Fanchette.
Eh bien, j’en fais préfent à mon père Antonio» Anton ï o.
Tatiguoi, qu’elle eft aimable! Je l’aimons en- core davantage, quoique je ne foyons que fort père de lait.
Basile.
Je voudrois bien être à fa place. Il n’y a eu qu<* des coups de bâton pour moi.
Nicolas.
Et moi, j’en fuis pour un pied de nei.
Eh, te fouvient-il encore du Podogo? il eft i ton fervice.
Allons nous occuper du bonheur de ces deu* Amans. ( A Chérubin. ^ Ma fille fera heureufe avec vous, Monlieur le Marquis, 8c fa félicité va bien nous dédommager des peines que nous avons fouffertes. Il me tarde de la préfenter à la Cour..
LeComte.
-, Elle en fera le plus bel ornement.
Figaro à Bafilc.
Que dites-vous de tout ceci, notre Maître i Chanter? Vous en paroiffez ébahi.
% Basile.
-» « Je vois que tout eft poflible, dans ce bas monde. Tout eft bien, dit un certain axiome; moi j’y mets une variation. Tout eft bien pour ceux à qui tout réuffit.
Ç ■ r.
Figaro.
Ainfi, d’après ta morale, je vois, notre ancien Maître à chanter, que tu n’as plus Tien à faire dans cette maifon; je te confeille donc de parcourir philosophiquement les quatre parties du monde ?&, fi tu trouves un de ces Meilleurs commodes...tu m’entends, qui te vaille, crois-moi, abandonne-: < » w DE CHÉRUBIN. Ÿéjp lui ton infâme métier, qui ne t’a produit, jufqu’à préfent, que des coups de bâton.
Au Public.
Meilleurs, il faut convenir que mon mariage a excité la verve de tout le monde; plufieurs m’ont traité d’extravagant, & n’ont pas moins multiplié ma folie. Si cette nouvelle production vous paroît plus remplie de défauts que celles qui l’ont précé- dée, daignez lui accorder votre fuffr3ge en faveur du fexe de fon Auteur. Une femme qui marche dans la carrière dramatique, fans autre appui que fes propre forces, a des droits à votre indulgence. Vos yeux, accoutumés aux preltiges de l’art, ne pourront-ils fe détourner un moment pour exa- miner les jeux d’une imagination qui n’a d’autre guide que la nature i Fin du troijièmc & dernier Acle.
VAUDEVILLE Sur l'Air de celui de la Folle Journée* FIGARO..
Premier Couplet.
SouvENTdes Auteurs femelle*, Le Public eft faiisfait: Mais des Pédans fans cervelles Ne trouvent rien de parfait;; Dans leurs cenfures cruelles Ils maltraitent tous les jours.
Les Grâces & les Amours.
Vivat plus que I3 centaine, Figaro, le bon Dofteur, Ton illuftre cinquantaine Fera toujours même honneur A ton efprit, à ton cœur.
* CHERUBIN.
i, ' Troijîème Couplet.
Je ne fuis donc plus ce Page Si proriipt à fe traveftir: De Lutin me voilà Sage, Toujours pour vous divertir.. Qu'importe mon caraélère, Si je puis vous réjouir?
C’efl toujours faire plaifir.
LE COMTE.
Quatrième Couplet.
Si d’une aimable folie On veut imiter l’Auteur, D’un fuccès digne d’envie Pour obtenir tout l’honneur.
Il faut avoir fa magie Et fon talent créateur, Son efprit & fon bonheur.
VKS 'FIGARO.
Cinquième Couplet.
Les gens de Lettres, nos frères, Ne ccnnoitroient pas le fiçl, Si dans le fein de leurs mères Ils avoient fucé le miel: C’eft le lait des étrangères Qui, fe tournant fur leur coeur, Produit la bile & l’humeur.
BASILE.
Sixième Couplet.
Je vais donc, fans compagnie. Dans une Ifle, vivre en paix; Il faudra fans calomnie, Paffer mes. jours. déformais; Mais, pour égayer ma vie, * J’apprendrai, dans les forêts, A chanter aux perroquets.
SUZANNE Septième Couplet.
Qu’un çiari, dans les allarmes, Aille toujouts en rodant; —