SigPhi · Pierre Bayle

Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ Contrains-les d'entrer

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qu'clqu'elle les eût contraintes à fe con- former à. fa profeilion de foi: ainfi l'on verroit une guerre continuelle foit dans les rues des villes, foit dans les campagnes, foit entre les nations de diferent fentiment, & le Chri- flianifme ne feroit qu'un Enfer per- pétuel pour ceux-qui aiment le re- pos, 6c pour ceux qui fe trouve- roient le parti foible. Mais ce qu'il y a de riaicule là dedans c'eft qu'on ne fauroit fur quoi fonder les repro- ches que l'on feroit au parti vifto- rieux 6c perfécutant, car Ci un lui difoit, /■/ efi bien vrai ^ue Jefus-Chrit a ordonné à fes Dtciples de ferfécuter, tnaii cela, ne votfs regarde fa^ vous qui êtes hère-' îlcjîtes, il n'y a cjue nous quïfommes la vraie Egiîfi cjui pnif fions exécuter ce commande* ment, il répondroit qu'il demcuTC' d'acord du principe mais non pas de l'aplication, 6c que c'ed lui qui a fcul le droit de contraindre puis qu'il a la venté de fon coté. On voit clairement par là que l'on ne pourpourpourroit blâmer ni Pinfolencc qui feroit permife aux Dragons, m les cmprifonnemens, ni les amandes, ni les enlévemens d'enfans, ni au- cune autre violence, parce qu'au lieu de difcuter ces faits, de de les examiner à quelque régie commu- ne de Morale, il faudroit traiter du fond des Controverfes, examiner qui a tort ou qui a raifon dans fa pro- feffion de foi, cette afaire eft de lon- gue haleine comme chacun fait, on n'en voit jamais la fin, de forte, que comme en arendant le jugement dé- finitif du procez,on ne pourroit rien prononcer fur les violences, elles demeureroient en féque dire pour le moins, 6c ce feroit toujours de l'a- vantage pour le parti viftorieux: le parti foufrant ne feroit que fe morfondre à traiter, une par une fes Controverfes, 6v ne pourroit jamais avoir le piaifir de Aire. on me traite in- ju[h/iie;jt, fi ce n'cil en fupofant fon prmcipe, 6c en difant je fuis la vraie Eglife.

' Eglîfe. Mais diroient les autres fur l'heure, 'vous n êtes pas la 'vraie Eglijè donc on 'vous traite juju7rj€nî. Vous navtz^ pas encore prouz'élvôtre prétention 9 on vous la me, atendc:^ donc à vous plaindre que le procès foit vuidé, ] Je ne conçois point d'état plus- trifte £<; tout enfemble plus -digne delà moquerie de tous les profanes, de tous les libertins, ÔC même de tous les hommes que celui-là, c'eft quelque chofe de beau 6c de fort- glorieux au nom Chrétien que de comparer les plaintes qui ont été fai- tes contre les perfécutions Païennes 6c Arriennes, avec les Apologies de la perfécution qu'on faifoit fou- frir aux Donatiftes. Quand on a bien examiné tout cela, on réduit nécellairement à ce beau principe, j^ai la vérité de mon côté, donc tkîs vtolen~ ces font de ho fines œuvres: un tel erre donc fes violences fcnt criminelles. Dequoi fer- vent je vous prie ces raifonnemens? guériflent ils le mal que font les perfécufécufécuteurs, ou les peuvent ils faire rentrer en eux-mêmes? Ne faut-il pas nécefTairemcnt pour guérir la fureur d'un emporté qui ravage tout un païs ou pour la faire conoî- tre, le tirer des difputes particuliè- res 9 6c le rapeler à des principes communs aux z. partis, tels que font les maximes de la morale, les préceptes du Décalogue, de Jefus- Chrit, 6c de Tes Apôtres touchant Péquité, la charité, Pabftinence du vol 5 du meurtre, des injures du pro- chain? Ce feroit donc déjà un fort- grand inconvénient dans le com- mandement de Jefus-Chrit, qu'il ôteroit aux Chrétiens la régie feurc te commune de juger fl uncaétion cil bonne ou mauvaife. Ce n'en fe- roit pas un moindre que tous les Chrétiens en prendroient droit de pcrfécuter ceux qui ne feroient pas de leur communion, ce qui ne fe feroit que par mille violences d'une part, 6c par mille hipocrifies de l'autre« tre« tre. C'en feroit un^^.fort-confidé- rable que tous les Chrétiens pour- roient foutenir avec raifon que les perfécutions qu'ils livrent aux au- tres font juftes: d'oii s'enfuivroit que la perfécution de la vérité fc- roit une action picufe, car tout de même que les préceptes d'honorer fon père & fa mère, de ne point fe foiiiller dans les brutalitez de la chair, de ne point tiier, ni dérober, d'aimer fon prochain comme foi même, d'aimer Dieu, de pardon- ner à fes ennemis regardent les Ar- riens, les Neftoriens, les Sociniens, auHi pleinem.ent que les Réformez &: que les Catoliques, êc que ceux qui font l'élite des prédeftinez, amfi doit-on dire que le précepte de con- traindre ell: adrcfic indifercmment à tous les Chrétiens: autrement (i vous le rcftraignez aux fculs orto- doxes, pourquoi ne leur apropriez vous pas aufli le Commxandement d'être fobre, chafte, charitable?

Or Or Or fi le commandement de con- traindre au fens literal, cfb adrefle à tous ceux qui croient à PEvangi- le 5 chaque feéte doit fe Papliquer 6c y obéir en faveur des dogmes qu'il prend pourPEvangile, en fa- veur de la religion qu'elle croit la véritable, car fi elle ne le faifoit pas, elle defobéïroit formellement aux ordres de Ton Créateur, ellefcroit donc obligée de perfécuter pour obéir à Dieu. Nouvelle preuve de la faufleté de ce précepte, car il im- plique que Dieu commande des chofcs auxquelles la pluspart de ceux qui obéïroient commettroient des crimes. Mais il fera parlé plus- amplement en un autre lieu du droit que peuvent prendre fur la parabole les focietez non Ortodo- xcs.

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