à peine de la corde, te après cette patience de peu de jours, on verroit ceux qui n'auroient pas affilté aux divins ofices, ÔC on les pendroit comme rebelles. Or comme ce fe- roit fe moquer du monde que de prétendre que ce ne feroit pas une perfécution proprement ainiî nom- mée 5 il eil: facile de voir que les E- dits préalablement publiez & enré- gîtrez ne font rien à la qucilion & n'empêchent pas qu'on ne violente la confience, 6c qu'on ne punilTe tres-injuftement.
Je fouhaiterois que tous ces Ecri- vains llateurs leullent un peu leur ' S. Thomas, ou du moins le Traité i^e la Foi hwnatne publ ié par les Janfeni- iles; ils y verroient au chap. 8. de la I. partie, cjh une loi ejui n efi p.is jufie ne(i pas une ioi, ^ quelle ne participe à la force de la loi quauta?iî cju elle participe â la juftice,...cjuelle doit être pojfible félon la nature, Jiêcejjaire, uîîk > regarder inutilité puhiiji^^ r'y nçj^pas tpiterét parti» cuiier, cuiier, cîLier 3 car comme difent ces Auteurs un peu plus bas, il faut que les loix £- aefiafiï^jues tendent au bien j^arîiculier _de ceux 'a qui elles font impofees n étant pay perr/iis dans lEglife de faire un mal à dts particuliers fous prétexte de procurer un bien au public. Quoi qu'il en foit de ces conditions d'une loi, que je ne crois pas toujours néceilaires atin qu'un particulier s'y foumette Ccar quand il ne s'agira que d'un intérêt tem- porel, il fera fagement de fe foumet- tre à une loi nijulle) je dis félon la rémarque propofée ci-delîlis dans 1q chapitre 4. que quand on veut prou- ver qu'un Prince châtie juflement fes fujéts, il ne futît pas d'alléguer en général qu'ils n'ont pas fait ce qu'il leur avoit commandé; il faut de plus que l'on montre qu'ils pou- voient faire en honneur èc en con- fîcnce ce qu'il leur avoit commandé, car il un Prince, méchant Poète, s'avilbit de faire un Edit enjoignant à tous fcs fujé:s de déclarer au Grcfe de la paroiile qu'ils font perfua- dez que les vers du Roi font beaux, à peine d'être condannez au ban- hilTement, &; s'il fe trouvoit plu- fieurs fujéts fcmblables à Philoxeiie qui ne peut jamais être allez diiUmu- lé.pour loiicr les Poëlles de Denis le Tiran, trouveroit-onjufbe l'exil de ces fujéts? Cependant il fer oit fondé fur la defobéïflance d'un E- dit. Trouveroit-onraifonnables les amandes qu'on inflige roit à des gens qui refuferoient de croire que la terre tourne, que les couleurs ne font pas dans les objets, que les bêtes font des automates, après qu'un Roi auroit publié que tous ceux qui ne croiroient point ces 5. chofes feroient taxez à tant au pro- fit du Fifc. Ou bientrouveroit-on jufte qu'un Roi ordonnât fous des peines exécutables que tous fes fu- jéts aimaifent l'étude, les parfums, les poilfons, certaines fiuifes, qu'ils cuiîent les yeux bleus, la barbe ép ai lie, p ai lie, paille, 6cc. Ne feroit-ce pas une Tirannie toute vifible que d'en- voier vivre à difcretion des Dra- gons chez un homme qui n'obéïroic pas à cette forte d'Edits? C'eil donc une ignorance cralle ou plutôt une fiaterie ridicule que de prétendre que les traitemens faits à ceux de la Religion font juftes, parce qu'ils ne fe font pas conformez à l'ordre ver- bal qui leur étoit fait un peu avant la dillribution des billets aux trou- pes, qu'ils eulfent à être de la Reli- gion du Roi, car pourd'Edit no- tihé &C régîtré touchant cet ordre, je ne fâche pas qu'il y en ait eu avant l'expédition d'une partie du Roiau- me, 6c j'ai déjà dit que la révocation de l'Edit de Nantes donnoit un cer- tain tems pouravifcràcequ'onau- roit à faire, mais que ce n'a été qu'une tromperie la plus-groilierc- ment infidèle qui fe foit vue.
Puis donc que généralement par- lant CG que les fujéts ncfe font pas 6.Ch. fî^d) conformez à la volonté deleurPrin- ce, ne prouve pas qu'ils foientju- Hement punis des peines dont-il a menacé les déjinquans, il faut exa- miner en particulier à quelle forte de loix ils n'ont pas obéi lorsqu'on ( veutconoitre s'ils font avecjuftice j foumis au pillage 6c à ladifcretion! de la foldatefque. Or cet examen i particulier nous feroit voir 5 fî nous le faifions, que les Edits pour l'in- obfervation defquels l'on pourroit prétendre que les Protefbans Fran-. cois ont mérité d'être expofez aux Dragons, font effcntiellement in- jufles, 6c par confequent les peines que l'on fait foufrir à ceux qui ne les ont pas exécutez font injuftes ipfifa^ Ûo 6c par leur nature. On ne peut donc pas éluder par-là la force de mon argument, qui eft (ce que je prouve par l'exemple de la derniè- re perfécution de France) que Jc- fus-Chritn'a pas comaiandé de con- traindre à fuivre fil Religion, puis que ce feroit un ordre qu'on ne pourroit exécuter fans une compli- cation de plufleurs crimes.
Pour montrer en peu de mots Pinjuftice de la déclaration verbale qui étoit faite aux Proteftans, que le Roi ne vouloit plus qu'une Reli- gion dans Ton Roiaume, êc que tous ceux quinefeconformeroient pas à cette fienne volonté éprouve- roient les rigueurs de fajuftice, je ne m'amuferai pas àciterl'Edit de Nantes, ni tant d'autres promciles folemneîles, car ce ne font que des bagatelles pour les Rois; promet- Tes, fermens, Edits, ce ne font que des pis aller dont ils fe fervent à pro- pos, 6c qu'ils fouflent comme des toiles d'araignée dés qu'ils en onC tiré quelque utilité j je remonte à ce raifonnement primitif 6c cilen- tiel.
Toute loi qui cft faite par un homme qui n'a point droit de la faire £c qui paiTe fon pouvoir cil in- F 6 jullc, j lifte, car comme dit Thomas d'A- quin, pour qu'une loi foitjufte, il faut entre autres chofcs que celm ' qui la fait ait l'autorité de la faire, (^ qu il ne fûfjepas fin pouvoir.
Or eft-il que toute loi qui oblige :i agir contre la confience eft faite par un homme qui n'a point d'au- torité de la faire 6c qui pafle Ton pouvoir.
Donc toute telle-loi eftinjufte.
Pour montrer la vérité demal'e- conde propofition, je n'ai qu'à dire que toute l'autorité des fouverains vient ou de Dieu immédiatement, ou des hommes qui entrent en focié- té fous certaines conditions.
Si elle vient de Dieu il eft clair qu'elle ne s'étend pas jufqu'à pou- voir faire des loix qui engagent les fujéts à agir contre leur conficnce, car autrement il s'erfuivroit que Dieu pourroit conférer à l'homme le pouvoir d'ordonner la haine de Dieu 1 Vcitx, le TraiinU la Foi hnnu U^i 'uf ra.
Dieu, ce qui elt abfurde 6c nécel^ fairement impolîible, la haine de Dieu étant un acte ellentiellement méchant. Pour peu qu'on exami- ne la chofe on verra que la confien- cc, par raport à chaque homme, eil la voix 6c la loi de Dieu connue 6c acceptée pour telle par celui qui a cette confience, de forte que vio- ler cette confience eil ellentielle- ment croire que l'on viole la loi de Dieu; or faire une chofe que l'on croit être une defobéïllance à la loi de Dieu eft ellentiellement ou un acte de haine, ou un acte de mépris de Dieu, ôc cet acte eil ellentiel- lement méchant de l'aveu de tout le monde, donc c'ell la même cho- fe, commander d'agir contre fa con- fience, oc commander de haïr ou de méprifer Dieu, de forte que Dieu ne pouvant pas conférer le pouvoir d'ordonner que l'on le haïlîe, ou méprife, il cil évident qu'il ne peut pas confcrçr l'autorité decomman- F 7 dcr der qu'on agiflè contre fa confience.
Par la même raifonilefl; évident que jamais les hommes qui ont for- mé des fociétez, 6v qui ont confen- tî à dépofer leur liberté entre les mains d'un fouverain, n'ont pré- tendu lui donner droit fur leur con- fience; ce feroitune contradiction dans les termes 3 car pendant qu'un homme ne fera pas fou à lier il ne confentira point qu'on lui puiiîe faire commandement de haïr Ton Dieu, Se de méprifer Tes loix clai- rement &: nettement lignifiées à la confience, £<: intimement gravées dans le cœur, &: il cil certain que lors qu'une troupe de gens s'enga- gent pour eux & pour leur poité- rité à être d'une certaine Religion, ce n'eft qu'en fupofant un peu trop légèrement qu'eux 6c leurpoftéri- té auront toujours la confience telle qu'ils fe la (entent alors, car s'ils faifoient réflexion aux changera ehs qui qui qui arrivent dans le monde, 6v aux diferentes idées qui fe fuccédent dans nôtre efprit, jamais ils ne fe- roient leur engagement que pour la conficnce en général, c'efl-à-dire qu'ils diroient, nous promettons pour nous ôc pour nôtre poftérité de ne nous départir jamais de la Re- ligion que nous croirons la meilleu- re 5 mais ils ne feroient pas tomber leur pafte fur tel ou tel article de foi 5 favent-ils fi ce qui leur paroît vrai aujourd'hui le leur paroîtra d'i- ci à ^o. ans, ou le paroitra aux hom- mes d'un autre fiécle? Ainfi ces en- gagemens font nuls de toute nulité, Se excédent le pouvoir de ceux qui les font, n'y aiant homme qui fe puiiîe engager pour l'avenir, beau- coup moms engager les autres à croire ce qui ne leur paroitra pas vrai. Puis donc que les Rois n'ont ni de Dieu, ni des hommes, le pou- voir de commander à leurs fujéts .qu'ils agiflent contre leur conficn- ce, ce, il cil manifelte que tous les Edits qu'ils publient fur cela font nuls de droit, & une pure ufurpation, fent pour les contrevenans font mjuftes.
Je tire de-là une nouvelle preuve démonflrative contre le fensliteral de la parabole, car s'il étoit vrai il donneroit droit aux Princes défai- re des loix qui cngageaflent leurs fujéts àprofefler une Religion con- tre les lumières de la conficnce, ce qui feroit la même chofe que don- ner aux Rois la faculté d'établir des loix pour la haine 6c pour le mépris de Dieu dans tous leurs Etats, ce qui étant de la plus-outrée impiété il s'enfuit que ces paroles Cofitrain- les d'entrer ne ilgnilient pas ce que l'on prétehd, puis que 11 elles le li- gnifioient ce feroit fur tout aux Princes qu'elles feroicnt adrelîces, afin que d'abord ils fillent des loix févcrcs contre les autres Religions ^ êc qu'en fuite ils infligeaflent les peines portées par ces loix à quicon- que les enfraindroit.
J'^éxaminerai ailleurs Pillufion de ceux qui difent que les Princes ne prétendent pas faire des loix contre la confîence, mais faire changer de confience aux gens par les menaces 5c par les peines temporelles 5 mais je dirai par avance que s'ils peuvent faire cela ce n'efi: nullement en ver- tu de la parabole, c'eft par des rai- fons de politique, lors qu'une feâe leur eftjuftementodieufe par raport au bien public, 6v en ce cas-là s'ils croient que fon peu d'atachement pour la patrie vienne de fa Religion, 6c qu'ils voient que les moïens na- turels 6c légitimes de la convertir qui font les conférences amiables,les livres, les inllructions familières, ne la convcrtiflcnt pas, ils peuvent, le jugeant néceifairc raifonnable- ment au repos de leur Ellat, leur ordonner d'aller demeurer ailleurs & & êv d'y tranfportcr feurcmcnt leurs biens &; leurs familles ^ mais de faire comme en France oii on n'a voulu ni foufrir qu'on fortit du pais avec fes biens, ni fans Tes biens, ni qu'on y demeurât ians exercice public, priant Dieu à fa manière dans fa chambre, mais où on a voulu né- cefîairement l'une ou l'autre de ces a. chofes, ou que l'on allât à la Mef- fe, ou que l'on fût mange jufqu'aux ôs par des foldats, ôc tourmenté à petit feu en mille manières, c'efl: ce qui ne fe fauroit excufer, 6c qui renchérit fur les plus-injufles vio- lences dont on ait mémoire.
Demandons un peu à ces gens qui nous vienent dire que puis que le Roi de France ne fait qu'infliger les peines dont il a menacé les infra- cteurs de fes Edits, on ne doit pas Tacafer d'injufticc, mais fe recon- noître coupable d'opiniâtreté, 6c de defobeïifance à fon légitime Prince, demandons leur dis-je, Il ce ce ce n'efl pas établir que toutes pei- nes font juflement infligées lors que ceux qui les foufrent ont de- fobéï aux loix du Roi, car s'il n'y avoit que quelques peines qui fut fent juiles, leur réponfe feroitillu- foire^ elle nous laifieroit l'embar- ras de difcuter en particulier fi les peines des Huguenots font du nom- bre des peines juftes, ôcainfice ne feroit que rentrer dans la difpute du fond: il faut dont s'ils veulent ré- pondre quelque chofe qui vaille qu'ils fe fervent d'une propofition univerfelle; mais en ce cas-là que deviendroit le luplice des enfans Hébreux qui furent jettez dans la fournaife de Babilone? Ne fau- droit-ilpas dire qu'il fut jufle, n'en avoient-ils pas été menacez par é- dit public s'ils ne fe mettoient à genoux devant la llatuc du Roi? Demandons encore à ces Meffieurs ce qu'ils penfcroient fi Louis le Grand ordonnoit par un Edit que tous tous tous fes fujéts s'agcnoulllafîent de- vant la llatuë que le Duc de la Feuillade lui a Riit drelîer. Je n'exa- mine point ici les conjedturcs de certains efprits oififs qui difent que fî les chofes alloient du train qu'el- les vont encore ly. ou 20. ans, il ar- riveroit de 5. chofes l'une ou que la Cour de France ordonneroit un culte public à cette ftatuè, ou que fi la Cour ne le faifoit pas, le peu- ple s'y porteroit de lui même, ou que fi le peuple ne le faifoit pas, le Clergé commenceroit le branle par fès procelîions, 5v par fes Apollro- phes de Chaire j il en fera tout ce qu'il plaira à Dieu, 6c je fuisaflez ocupé du préfent pour ne fonger pas à toutes ces fpéculations creufcs de l'avenir; Trudens ' futur i iempon's exitum Caliginofa noclenrerrAt Deits: Ricîet^ueft mortalis ultra Fas trépidât: quod adeji ^ rmmmto Corn- Compnere aqum, cetera flitminis RituferuKtur. Mais je demande fi^cela arrivoit, je veux dire fi le Roi ordonnoit qu'on invoquât faftatuè, qu'on Pencen- fat, qu'on fe prollernàt devant^ à peine d'une amende arbitraire, ou de châtiment corporel, les Catoli- ques de France qui réfuferoient de le faire rje ne doute pas qu'il ne s'en trouvât fur tout parmi les Laïques) ne feroient-ils pas mis à l'amande trcs-injuftement, 6v châtiez crimi- nellement? Ni Maimbourg, ni Va- rillas, ni Ferrand, n'oferoient dire aujourd'hui le contraire.
On parle de Bafilide grand Duc de Moicovic qui faifoit dcsloixles plus-dures Se qui y apofoit la peine de mort pour les contrevenans j il commandoit à fes fujéts de travcrfcr en hiver les rivières â demi glacées, de s'enfcvelir tous nuds dans la neige, de fauter dans les braficrs ar- dcns,de lui porter â fon lever quand il il il geloit à pierres fendre un verre de leur fdeur, un milier de puces de conte fait, tant de grenouilles, êc de rofîignols. C'ctoit la plus-é- norme tirannic du monde, cepen- dant à le bien prendre il ne com.- mandoit pas deschofesplus-impof^ fibles que Peft à certames gens de croire ceci ou cela en matière de Religion. Ils fiieroient plutôt au milieu des neiges, ils tireroicnt plu- tôt de leur chaire de leur os du vin & de Phuile, que deleurame une telle ou une telle afirmation. J'a- voue" que la difîculté n'efl pas à beaucoup prés il confidérable pour la langue & pour la main, car on peut dire aifénjent de bouche 6c figner de fa main qu'on croit ceci ou cela, 6c faire toutes les pollurcs du corps qu'un convertifleur exige, mais ce n'ell point ce qu'un Roi qui confervc du moins les aparcnces de la Religion doit exiger en i.in- ftance. 11 ne doit point ordonner que que que l'on parle ou que l'on figne qu'après que Pamc a changé inté- rieurement, c'eft donc ce change- ment intérieur, ces afirmations 6c ces négations de l'ame qu'un Roi qui fait des loix pourlaconveriîoti de Tes fujéts, leur doit commander, or c'eft ce que je dis aufii impoiTihk 6c plus même que la fileur qu'éxi- geoit le grand Duc de Mofcovie, car pour peu qu'on fâche que nous ne croions les chofes que quand elles nous paroiffent vraies', ôc qu'il ne dépend pas de nous qu'elles nous paroilTent vraies, non plus qu'il ne dépend pas de nous qu'elles nous paroiffent blanches ou noires, on verra qu'il efl plus-facile^de trouver des puces 6c de la fiieur en hiver, que d'afirmer rnentalement ceci ou cela quand on eft ftilé à voir d'a- bord les raifons qui nous portent à le nier, 6c qu'on eft acoûtumé à prendre cette négative pour le fer- vice du vrai Dieu, ôc qu'on a l'efprit prépréprévenu d'une fraieur réligieufe contre les raifons qui portent à afir- mer. Je fai bien que Pefprit fe laifl fe quelquefois corrompre par le cœur, & que dans les chofcsdcu- teufes les paflions & la cupidité peu- vent faire afirmer à l'ame ce qui lui paroit encore confus, mais cela même fer oit une horrible perverfité de vouloir qu'un homme choifit u- ne Religion en féduifant lui même fon efprit, Se de plus cette réduction eft peu pofTible à l'égard de certains dogmes qu'on eft acoûtumé d'en- vifager comme abfurdes 6c contra- iliétoires, par exemple qu'il faut manger fon Dieu, que les rats le mangent quelquefois, qu'un corps d'homme'eft en mille lieux à la fois fans y remplir aucun efpacc. Bref comme il ne dépend pas de nos paf- fîons que la neige nous paroilfe noi- xe, mais qu'il faudroit pour cela ou qu'on la noircît, ou qu'on nous mit dans un certain poitc ôc avec de cer- tains tains yeux qui cauiaffent dans nô- tre cerveau les mêmes modifica- tions que les objets noirs, il faut pour nous faire atirmer ce que nous nions, qu'on le rende vrai à nô- tre égard, ce qui fupofe une certai- ne proportion entre les objets 6c nos facultez laquelle n'eft pas en nô- tre puillance toujours.
Aions des exemples moins odieux que celui de Nabuchodonozor, 6c de Bafilide. Que dir oit-on fi Al- phonfe Roi de Caflille avoit envoie des foldats par tous les bourgs, vil- les, 6c vil âges de Ton Roïaume pour déclarer que fa volonté étoit que tout le monde fût de fon opinion à Pétard du nombre des cieux, des Epicicles, des Cnftalins, 6ec. 6c qu'à moins qu'on ne fignât qu'on le croïoit, on fc verroit acablé de gens de guerre? Qlic diroit-on Ci le Pape ' Adrien fix qui aimoit extrê- mement le Merlus, 5c qui avoit G même même infpiré ce goût aux Courti- fans, de forte que ce poiiTon aflez méchant d'ailleurs enchérit fous ce Pontificat à la grande rifée de tou- tes les poiflbnniéres, fe fût avifé d'ordonner, non pas entant que Pape, mais comme fouverain de l'Etat Ecléfiaftique, que déformais chacun eût à fe conformer à fon goût, à peine d'une grolfe amande, de prifon, ou de logement de fol- dats? Il n'y a point d'homme rai- fonnable qui ne trouvât cette con- duite ridicule 5c tirannique. Ce- pendant à tout bien prendre elle ne le fer oit pas tant, que fi l'on di- foit dans un pais, où il y a plufieurs Religions, nous voulons & ordon- nons que déformais chacun déclare qu'il a fur la Religion les mêmes fentimens que la Cour, à peine pour ceux qui ne Tavoueroiit pas, delà prifon, ou de la confîfcation de tous les biens: je dis <^ue cette conduite feroit pire eue l'autre car il cil plusdifidifidificile de croire à un Proteilanf' .que Jefus-Chrit cil préfent félon Ton humanité dans tous les lieux où l'on célèbre la Mefle, que de croire le Siiléme d' Alphonfe, & il ei\ plus- facile d'acoûtumer fon palais à cer- taines viandes, que fon elprit à cer- taines opinions, 6c fur tout lors que Pon fe trouve fortement perfuadé qu'elles expofent à la danation é- ternelle. Tout honnête homme, bon Catolique Romain avoUera s'il s'examine qu'il auroit beaucoup plus (le peine à s'acoûtumer aux méchans ragoûts des Tartares, ou à croire toutes les vifions d'Arifto- te, 6c de Defcartes, qu'à croire qu'il eft impie d'invoquer les faints, ce qu'on i'obligeroit defigncr ici fi l'on y traitoit les Papilles comme l'on a traité les Réformez en Fran- ce. Arrière donc d'ici ces méchans ou CCS ignorans Téologicns qui di- fent que les Rois peuvent comman- der à leurs fujéts d'avoir une telle G X ou ou une telle Religion. Tout ce qu'ils peuvent, c'eft <de comman- der qu'on examine, qu'on étudie une Religion, mais auffi il cftab- furde à un Roi de commander que ce qui lui paroît vrai le paroifîe aufli à fes fujéts, que de commander qu'ils aient le vifage fait comme lui, ou le même tempérament que lui. Grotiusa cité a.beaux pallages d'O- rigéne 6c de S. Chnlbftome qui montrent que de toutes les coutu- mes il n'y en a point de plus-dificiles à quiter que celles des dogmes de Religion. De fure belU c^ pac, L 2. cap. 20. art, 50. 11 cite là même Ga- lien difant qu'il n'y a point de gale plus-malaïfée à guérir que les pré- jugez de fecte.
Cha.
Chapitre. VIT.
Sixième Réfutât ton du fens literal ^ parla raifon OjHîl oîe à la Religion chrétien^ fie un fort argument dont ellefeferî con* tre le Mahomet ifme, CE Chapitre fera beaucoup plu?- court que les précedens, parce^ qu'il y a un Docteur de Sorbonne nommé Mr. Dirois qui a- fait dépuis peu d'années un livre intitulé prett- 'ves é^ préjugez pour la Religion Chrétien-^ m oii il montre amplement 6c par de bonnes raifons la fauileté des Re- ligions Idolâtres, 6c de la Maho- métane en leur donnant entre-au- tres caractères celui de perlécutcr, &: d'exiger des profefTions à vive force, a quoi il opofe la manière douce, pacifique, enfanglantée de pcrfécution palTive, 6c non d'acli- vc dont le Chrillianifine s'cft établi, C'eft par -là que nous diiTipons la chicane que nous font les libertins C 5 quand quand nous leur propofons comme une preuve de la divinité de la Re- ligion Chrétienne les grands pro- grez qu'elle a faits au long 6c au large en peu de tems. Ils nous ré- pondent que fî cette preuve étoit bonne, la Religion de Mahomet le feroit auffi, parce qu'en peu de tems elle s'eil répandue dans une infini- té de païs, mais nous répliquons que cela n'eft pas étonnant, parce que Mahomet 6c Tes feclateurs fe font fervis de la contrainte, au lieu que les Chrétiens n'ont opofé au paganifine que leur confiance à fou- frir. Il n'y a rien qui ne foittrcs- raiibnnable Sc très-fort de la part des Chrétiens dans cette difpute, mais fi une fois il étoit prouvé que Jefus-Chrit a commandé la con- trainte, il n'y auroit rien de plus- pitoïable que cette ittaque que nouz ferions aux Mahometans, d'où j'argumente ainfi.
Un fcns literal qui ôte à la RéJigioa (ijO 7.Ch.
gion Chrétienne une forte preuve contre les fauiies Religions, eil faux, Or tel efl le fens literal de ces pa- roles Conîrahhles d^entrer ^ Donc il eft faux.
Que pourrez vous dire contre les violences des Païens, & des Sarra- zins? Leur irez vous fau*e honte comme fait Mr. Dirois de ce quane adoration forcée, une hipocrifie évidente, uit culte notoireme7}t contre la cof^fa-nce, pour ohéïr aux hommes, pajjent parmi-eux pour des aBes de piété (^ de Religion ^ Leur direz vous que leurs Dieux (^ leurs adorateurs ne dcmande7jt ^u'autanf de Religion quil en faut pour détruire la 'véritable, puis ci u ils font aujji fatiS" faits d'une adoration forcée que d'une fui" cérc? Mais ne voiez - vous pas qu'on fe moquera de vous, 6c qu'on vous renverra en France cher- cher la rcponfc à vos quclHons? Ne voiez- vous pas qu"*on vous rcpo/i- dra qu'ils n'ont fait que ce qucjc- G 4 fusfus-Chrit a commandé fi exprefîe- ment, Se au lie u de vous lai lier pré- tendre que Tes premiers Diciples font plus à loiier que ceux de Ma- homet 5 qu'on répondra au contrai- re que ceux-ci ont beaucoup mieux £iit leur devoir, n'aiant point per- du de tems à fe fervir d'une voie commandée de Dieu, courte, 6c éficace. On vous dira que les Chré- tiens des 5. premiers fiécles ont été ou des contempteurs puniilables des ordres de Jcfus-Chrit, ou des lâches Cv des poltrons qui n'ont ofé faire ce qui leur étoit commandé, ou des gens femples & bêtes qui ne con- noilloîent pas la centième partie de leurs droits, au lieu aue les Maho- métans y ont été d'abord très - in- llruits, 6v les ont fait valoir en bra- ves gens, fort zélez pour obéir à une loi qui ne pcut-étie que juile puis que nous fommes contraints d'avoiicr qu'elle ell émanée de Jc- fus-Chrit. Et pour ce qui efl: de leurs leurs grands progrez, fi d'un côté nous en diminuons le mérite à caufe des forces qu'ils ont eues en main, ils le relèveront de l'autre en difant que Dieu a béni vifiblement le zélé & le courage avec lequel ils ont é- tabli fans perdre tems la divine Re- ligion de fonProphétepar les voies que nous avoiions nous-mêmes être tres-faintes &; commandées expref^ iement de Dieu.
Chapitre. VIII.
Chapitre. VIII.
Septième Réfutation du fens liîeral ^ parla raffon au il a été i-nconnu aux Férespen' da'f'd une lo?igue fuite d'anrjées.
CEtte preuve feroit forte con- tre ceux de l'Eglifc Romaine, fi c'étoient des gens qui eullent des pricipes fixes, mais ce font des Pro- tces qui s'échapent par mille tours deioupleflc, &c ious toute forte de Métamorphofes, quand on croit les- tenir. \h difcnt en toute autre ren- G J coru contre que lors qu'on eft en difpu- îe fur le fens de quelque pailage, il faut confulter la tradition, èc s'en tenir à l'explication des Pérès, de forte que quelque raifonnable que foit une explication de l'Ecriture, fi elle efl: nouvelle, ils difent qu'el- le ne vaut rien, qu'elle vient trop tard, 6c qu'il y aprefcription con- tre. A bien raifonncr fur ce fonde- ment, il auroit falu rejetter dans le fiéclé' de Théoûofe ôc de S. Augu- fbjn toutes les preuves qu'on tiroit de l'Evangile en faveur des violen- ces, puis que c'ctoit lui donner un fens tout à fait nouveau, qui ve- noit trop tard, Se contre lequel il y avoit prefcription. Mais nos Ad- verfaires ne font pas pour s'étonner de fi peu de choie, ils diront que ia véritable autorité des Pérès n'effc pas lors qu'ils font partagez fur quelque doélrine, mais lors qu'ils s acordent unanimement, 6c qu'ain- fi les grandes himicres du 4. fiécle cle de n'aiant pas confenti aux fenti- mens précédens quant à la perfé- cution, les plus -anciens Pères ne font pas un bon préjugé pour l'opinion que je foutiens. Quand on les preile en leur difant qu'il n'y a rien en quoi tous les Pérès s'acor- dent, ils ont d'autres tours d'an« guille pour s'échaper, & n'ont nul- le honte de foutenir le fens literal, quoi que de leur propre aveu, le confentement unanime des Pérès-, marque nécellaire devérité ne lui convienne pas. Cela ne m'empêche point de railonner en cette ma- nière.
Il n'y apasaparenccquefi Jefus- Chrit avoir ordonné de faire des Chrétiens par force, les Pérès des 5. premiers fiécles euiTent raifonné comme tres-pcrfuadez que la con- trainte eft une chofe tres-opofée à la Religion, car en fait de Morale Evangélique, de préceptes, ou de confcils (fii'onvcut) de Jcfus-Chrit