This book is DUE on the last date stamped below ^. ■^^■: illl^^ DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE BAYLE.
TOME SECOND.
AN-AZ.
DE L'IMPRIMERIE DE FAIN, PLACE DE L'ODÉON.
DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE BAYLE.
NOUVELLE ÉDITION, AUGMENTEE DE MOXES EXTRAITES DE CHAUFEPlÉ, JOLY, LA MONSOIE, I-.-J. LECLERC, LEUUCHAT, PROSPER MARCHAND, ETC., ETC.
TOME SECOND.
PARIS, DESOER, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE.
DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE RAYLE.
AN.
Anabaptistes, secte dont la naissance suivit de fort près les conimenceniens du luthéranis- me. Nicolas Storch, Marc Stub- ner et Thomas Munzer la fondè- rent l'an i52i. Ils abusèrent d'une doctrine qu'ils avaient lue dans le livre de Libertate Chris- lianâ, que Luther avait publié l'an 1620. Cette proposition qu'ils y trouvèrent, L'homme chrétien est le maître de toutes choses, et n'est soumis à person- ne, et que Luther prenait dans un fort bon sens (A), leur parut propre à gagner la populace. C'est à quoi ils employèrent leur industrie, chacun selon ses ta- lens. Storch, n'ayant point de science, se vanta d'inspirations. Stubner, qui avait de l'esprit et de l'étude, chercha des explica- tions adroites de la parole de Dieu. Munzer, hardi et emporté, paya d'audace, et lâcha la bride aux passions les plus remuantes. Ils ne se contentèrent pas de dé- crier la tyrannie ecclésiastique de la cour de Rome et l'autorité des consistoires, ils enseiguèreut TOME II.
TOME II.
aussi que la puissance des prin- ces était une usurpation, et que les hommes sous l'Evangile doi- vent jouir d'une pleine liberté. Ils rebaptisèrent leurs sectateurs; et, pour mieux faire passer cette pratique, ils enseignèrent que le baptême conféré à des enfans est nul. Quant au reste, il insistè- rent beaucoup sur la morale ri- gide; ils recommandèrent les macérations, les jeûnes, et la simplicité des habits; et ils sédui- sirent par-là une infinité de mon- de. Après ces heureux commen— cemens, Munzer devint si témé- raire, qu'il exhorta hautement les peuples à résister aux magis- trats, et à contraindre les sou- verains à se défaire de l'autorité. Un tel Évangile plut si fort aux paysans d'Allemagne, qui trou- vaient un peu trop rude le joug de leurs maîtres, qu'ils se soule- vèrent en mille lieux, et qu'ils commirent une infinité de vio- lences. On leva des troupes con- tre eux, on les battit aisément, on en fit mourir un très-grand nombre. Munzer, qui les avait 2 ANABAPTISTES.
abusés, et qui s'était tant vanté plus eflicaces dont on se put avi- d'enthousiasmes {a), fut pris et ser pour l'extirpation de cette décapité l'an i525(^). Les disci- secte; mais on n'en vint point à pies qu'il avait laissés en Suisse bout (<?). Elle s'est conservée jus- y multiplièrent la secte et y eau- qu'à présent dans les Provinces— sèrent beaucoup de troubles, et Unies. Il est vrai que peu à peu il fallvit recourir aux lois pénales elle s'est guérie de ses principa- les plus sévères pour arrêter les les faiblesses (D): elle ne se vante progrès de l'anabaptisme. Il fal— plus d'enthousiasme, elle ne Jut faire la même chose dans s'oppose point aux ordres des nia- plusieurs villes d'Allemagne et gistrats, elle ne prêche plus l'af- ailleurs. Les ministres, à lavé- franchissement total de toute rite, réfutaient soigneusement sorte de sujétion, la commu- ées sectaires; mais, comme cela nauté de biens, et choses sem- ne produisait pas le fruit que l'on blables. Elle a souffert une infi- souhaitait, les magistrats sup- nité de subdivisions (E), comme pléaient à ce défaut par les voies il est inévitable à toute secte qui de l'autorité (B). Les anabaptis- ne se gouverne point par le prin- tes firent beaucoup de progrès cipe de l'autorité. Elle se vante dans la Moravie, et ils y en eus- d'un grand nombre de martyrs sent fait davantage, malgré les (F). Son martyrologe est un gros oppositions sévères du bras se- in-folio. Je ne crois point qu'au- culier, s'ils ne se fussent pas di- cun auteur ait parlé d'elle aussi visés en deux factions (c). Il n'y équitablement que George Cas- ent point de ville plus tourmen- sander (G). Les théologiens prê- tée de ces gens-là que celle de testans l'ont combattue avec zèle Munster (G). Chacun sait qu'ils dans les Provinces-Unies, et ont s'en rendirent les maîtres, et que obtenu en divers temps quelques Jean de Leide, le roi de cette édits pour la réprimer (H). Néan- nouvelle Jérusalem, se défendit moins elle y jouit de la toléran- tant qu'il put; mais qu'enfin, la ce. On dit que M. van Beuning ville ayant été prise, il fut puni raisonna uu jour là-dessus avec du dernier supplice l'an 1 536. Les M. de Turenne (I) fort solide- anabaptistes de Frise et de Ho!- ment et fort vivement. Les li- lande désapprouvèrent en plu- vres que l'on a écrits touchant sieurs choses la conduite de leurs cette secte et contre ses dogmes frères de Munster, et ne laisse- sont innombrables (K). Je ne rent pas d'exciter beaucoup de dois pas oublier qu'on n'a pu en- troubles {d). L'un de leurs prin— core l'éteindre parmi les Suisses, cipaux chefs se nommait Men- quoiqu'on ait usé des voies de la non. On se servit des moyens les rigueur en divers temps if). Je {a) Voyez son article. [Bayle ne l'a pas donné.]
ib) Moréri a tort de dire <jue cet héré- siarque se vantait, environ t'au 15^2, que le Saiol-Espril lui révcl.iil, etc.
(c) Ci-lle des Hultériens, et celle des Ga- briélistes.
(e) Tiré d'une dissertation de Frideric Spanheim le père, <ie Oritjine, Progressu, Sectis et n<imiiiil>us Anabiiptislarum, impri- mée à Lcidc, l'an l6i^3. Jean Cloppenljoiir* l'a insérée dans sa Gangrana Tlieologije An;<- baptisticie, imprimée à Frarieker, l'an i6!j(), [/) yoyci Stoupp. Relig. tics IloUaml.
ANABAPTISTES. 8 rapporterai quelques raisons que tis impatienlihus (i). Ses adversaires l'on allèffue pour iustifier leur les plus passionnes demeurent d'ac- , > ■ ' 9t ^ A j 1 cora qu u desapprouva la cooduite sevenle (L). On marque dans le,^aitieuse qui par accident semblait Moréri de Hollande les princi- être neede sa doctrine. Le père Maim- paux dogmes qui sontparticuliers bourg raconte que les rebelles, ayant aujourd'hui aux anabaptistes; ««^«^-e leur manifeste à Mai tin Lu- >.. 1 i • tuer, turent trompes dans 1 espérance cest pourquoi je ne les coterai qinh avaient eue de le lui faire ap- point. Il est sûr que la descrip- prouver (2); car, ajoutc-l-il, Luther, lion que le sieur Moréri don- fofanl que plusieurs l'accusoient lia- ne de cette secte ne convient ^oir donné lieu h cette révolte par les ,.,,.. lucres qu a ai'oit écrits en langue »'«<,- point au temps ou il écrivait, et gairepourla liberté é^angélique, conje doute uii peu que jamais on ire la tyrannie de ceux qui l'oppriait eu raison de la charger de ces ruaient par des traditions humaines, deux doctrines qu'il lui impute leur répondu par un long écrit, où d .,,?-i • leur montre que l escnture les oblise (M): lune est, qu ils en^e/g-Zie^f j^ se soumettre aux princes et aux qu'une fomme est obligée de COn- magistrats, quand même ils abusesentir à la passion de ceux qui roient du pouvoir que Dieu leur a la recherchent: l'autre est, qu'ils donné sur eux, qu'ils doivent s\,dres- , j '. j ^ ser a JJteu, et cependant souffrir en condamnent le mariage des per- patience, en attendant qu'il y mette sonnes qui n adhèrent pas à leurs ordre comme il luy plaira; et que la sentimens. Il faut regarder com- ^oye des armes, qu'ils ont prise, sera me une fable ce que disent quel- ^""*« ^«, leur damnation, s'ils ne les ^,•1 J mettent bas. INous verrons dans 1 artiques auteurs, qu il y a eu des ^j^ Munzer *, quUl rejeta bientôt les catholiques romains qui, s'étant propositions de ce fanatique, faits anabaptistes, avaient acquis {H) Les ministres...réfutaient soitout aussitôt la capacité de lire g'ieusement ces sectaires; mais...les et de discourir sur des matières 'r^j'^rats recouraient h la uoie de ..,, l autorité.] Les plus ardens ennemis de religion, mais qu étant ren- ^u luthéranisme auraient eu bien de très dans le papisme, ils oublie- la peine à imaginer une méthode aussi rent tout, et se trouvèrent igno- capable de l'étoufler dans le berceau, i \o/ ses adlierens lorraerent. Ils prêchaient Letlr. /r, pag loo et suiv. Mais plutôt ""_« i°*:l"°';.,'^"' /''"^f'-^.^" l^T. voyez les kuuÀ. Anuhaptist. de Jean Henri Oltius, imprimées à Bâle, l'an j6^2.
(g) Lindan-us, Dial. //'/Dubitantii, etThy- rrcus, lib. de ûfeinuniacis, cap. XXI, apiid ïbcopbil. Raynaiidum, tlieologise Natur. Dist. ly, nuin. 33o, pag, 4o4- (A) Ils abusèrent d'une proposition versement total des sociétés, et ils la mettaient en pratique avec des ra- vages inconcevables. Ils avaient en des liaisons avec Luther, et ils con- venaient avec lui que le christianisme devait être réformé selon la pure pa- role de Dieu (3). Ainsi toute la haine que Ton concevait contre eux relomqiie Luther prenait dans un fort j^^jt 5^, j^i ^t sur ses semblables^ et bon sens.'] C'est ce qu'il fit voir par quand on voyait les suites funestes l'explication de sa pensée, dès qu'il eut vu comment ces gens-l.î avaient (,) Frider. Spanliemius, de Origine, Pro- abusé de ses expressions: Quœ verba gressa, Sectis, et Nominilms Anabapiistarum sano sensu h Luthero...scripta et pro- lixâ 'i^ny»(ru declnrata, oppositoque aphorismn eumdem omnium servum esse et omnibus subjectnm exjooiifrt, detorta fuére in sensuni seqiiiorcm nb hominibus suœ pariler etaliencv quiepag. 196. Je me sers de Ve'dition insérée dam- la Gan^rœna Theologiœ AnabiiptisticK de Clop- penbour^;.
(2) Maimbourg, Hist. du Lutliéranisme, liv. I, pag. ii4, édition de HuUande.
* Ct'l article ti'exislepas, comme on Ta déjà dît* (3) Voyez Spaobem. de Origine Auabaplista- 4 ANABAPTISTES.
que l'entieprise de la reformation tes publiques; mais son refrein est avait produites si promplement, on toujours, qu'aprèi cela les magistrats était tenté de croire que ce n'était firent leur devoir. Il nous conte qu'à point l'ouvrage de Dieu. Cela, sans Zurich les chefs des anab.iptistes, doute, retarda beaucoup les progrès ayant disputé trois fois à leur confu- de la réforme. Il ne faut pas s'étonner sion avec Zuingle (6), furent con- que les ministres aient dit que c'é- damnés à se taire par un édit solen- taient-là les profondeurs de Satan, et i\e\:ienatus Tigurinus iolemni edicio que l'ennemi de notre salut s'était pœdobaptisnmm snncil, et iinaùap- servi de cette ruse, pour maintenir tisnti doctoribits silentium et quielein son empire, coulre les nouveaux apo- impeiai (7). Balthasiir Hubmeyer, l'un très que Dieu avait suscités (4). Ce d'eux, ayant promis de se rétracter langage coule naturellement des hy- publiquement, et ayant au contraire pothèses théologiques. Les controver- prêché ses erreurs, fut contraint à sistes du parti romain se prévalurent l'abjuration, et puis chassé delà ville de la conjoncture avec une adresse (8). Et parce que cette secte se multi- extraordiiiaire, pour décrier la ré- pliait de jour en jour, en dépit de formation, et pour animer contre elle tous les obstacles, on recourut à des toutes les puissances. Mais les réfor- remèdes plus violons. Le sénat fit un roateurs ne furent pas moins vigilans, édit qui condamnait à la mort les {)our se garantir de l'opprobre sous docteurs anabaptistes, et à de grosse.^ equel on voulait les envelopper. Ils amendes ceux qui leur donneraient crièrent de toute leur force contrôles retraite: Capitis pœna in anabuplUta- anabaptistes: ils les réfutèrent par non doclores deoreta, et gnwil/us in écrit- ils les engagèrent à la dispute eorumreceplatoresT)tulctis{f)).CeiteoT- partout où ils purent: Ut lahem iilain donnante fut faite l'an 1 53o. OEcoiam- sibi ccqiiè ac doclrinœ Ei/ungelicce pade disputa dans Bâle avec ces héréti adspersam abstersum lient heroès ilti, (jues, l'an i525, l'an 1627 et l'an iSag. fiui in Templo Dei remetiendo Jidem 11 soutint très-bien sa cause; mais il ne ne inteijritatem suam et Dei causant surmonta point l'opiniâtreté de ces publicis scriplis sibiogeiidamcensuére. gens-là. C'est pourquoi les magistrats Quod inler alios alacnler prœstitere les réprimèrent de telle sorte que l'é- Lutherus, Melanchthon, Zwinglius, glise recouvra la paix: Causœ quidem BuUingerus, Menius, Regius, alii, et abundè satisfecit, actoribus l'eropei' in seditiones et seditiosos graviter in- i^icacLbus non item; ita in prudentis- l'ecti, subditos perdueUes, de suo er- simi senalds, et strenui glorice dit'inœ ea potestates superiores flffîcio, ex t^indicis, in anabaptistarum sectariis Dei verbo mnnendo, tribunilios illos coërcendis authoritate, Ecclesice Bu- cnncionatores perstringendo, et omnes siliensis tranquillilati siniulet puritati ad quictemetdebitam principibus suis considendum ibidem J'uerit (10). Oa rei'erentiain hortando, nihil reliqui les réfuta à Berne, dans une dispute Jecére, ut impetum hnminum ad sce- publi(jue, l'an iSaj; mais ils disaient lera et cruces furibundis aniniis ruen- en secret que leurs raisons leur sem- tiuni sufflaviinnrenl. Lutherus i-el im- blaient encore bonnes. Afin donc que piinùs concitatior nonvrjipa.iViTMà.tan- le triomphe de la vérité fût plus au- tiim scripta contra seduiosos, fcriim thentique, on ordonna une autre dis- etiani g-nMTiUTDcà. emisit, et peculiari pute, l'an i532: elle dura neuf jours. Libella contra Lalrones et homicidas On en publia les actes: cela servit de l'iiisticos uulgato ipse classicuin in beaucoup: mais les édits rigoureux illos cecinit, principes hortatus, ut ul du sénat de Berne furent sans compa- ct «rnns lalrociniorum istoruTii inipe- raison plus utiles (n). Ces brouil- tuni sisierent, et eos ad quietem co- Ions eussent établi à Saint-Gai leur gèrent, qui persuaderi nollent (5). Le ministre, qui ras fournit ce latin, {&) En janvier, mars h novembre ^5^S.
nomme (juclques villes ou ces sectai- V 202 res furent confondus dans desdispu-,^\ /^^,„^,7,,^.
ANABAPTISTES.
Heu de sûret<Ç si les magistrats ne les fussent exilés (12). Ce fut là (|ue Tho- mas Schuckcr coupa la tête à son frè- re, Tan 1537. Il convoqua une nom- breuse assemblée, et déclara à la com- p;is;nie qu'il se sentait saisi de l'esprit (le. Dieu. Là-dessus il commanda à son frère de s'agenouiller, et prit uneépée. Son père et sa mère, et quelques au- tres personnes, lui demandèrent ce (ju'il voulait faire: uiyez l'esprit en repos, leur répondit-il, je ne ferai rien que ce qui me sera révélé par no- tre Père céleste. On attendait avec impatience l'isyue de tout cela, lors- qu'on le vit tirer sou épce, et faire sauter la tête de son frère. Il fut puni par les magistrats selon l'exigence de .son crime j mais il ne donna aucune marque de repentir, et il déclara sur l'échafaud qu'il n'avait fait qu'exécu- ter les ordres de Dieu. Vous pouvez croire que la sévérité des édits de bannissement fut redoublée à la vue d'un tel fanatisme (i3). A Strasbourg il y eut des disputes et des édits très- rigides contre cette secte (i4)- On y emprisonna Melchior Hofman, l'un de ses chefs, et il mourut en prison (i5). ÎJle se répandit dans la Moravie, dans la Bohème, dans la Pologne, dans la Hongrie, dans l'Autriche, dans la Si- lésie. Quelques-uns de ses chefs furent livrés au bourreau. Balthasar Hub- meyer, mené à Vienne, y fut brûlé. Celte exécution passa dans la secte pour un martyre, et y réchauffa le Ajoutons à tout cela que la reine Elisabeth, la première fois qu'ils abor- dèrent en Angleterre, l'an i56o, fit un édit qui leur commandait de se re- tirer incessamment (17). L'électeur palatin les chassa de ses états l'an 1.594. Les diètes de Spire, l'an 1639 et Van 1544, et celle d'Augsbourg, l'an i55i, firent des décrets barbares et sanguinaires contre eux (18). Philip- pe II ordonna, en i565, à la gouver- nante du Pays-Bas, de n'user d aucune remise ni d'aucun relâchement dans (ti)Tarbones nrbe ejecll fuêre. Idem, ibid.
(i3) Idem, ibid.
ii6) Idem, ibid. 17) Hoornbeek, Summa controvers. pag.
{li) Idem, ibid.
la punition dt s anabaptistes (19). Con- sultez les Annales de cette secte, com- posées par Jean Henri Ottiiis; vous y verrez une ample énumération des édits qui ont été faits contre elle en plusieurs lieux de l'Europe. Ce que l'on dit de l'artillerie, qu'elle est la dernière raison des rois, Ratio ultima reguiii, se peut appliquer aux lois pé- nales: elles sont la dernière raison des théologiens, leur plus puissant argu- ment, leur Achilles, etc.
(C) Ils tourmentèrent fort la uillede Munster."] Ce qui se passa dans cette ville depuis que l'anabaptisme y eut pris pied jusqu'au supplice de Jean de Leide est un des plus mémorables évé- nemens du XVF. siècle. On en trouve la relation dans plusieurs livres (*) Voyez nommément la lettre qui fut écrite à Erasme par Conrad Heresba- chius (20), l'an 1 536, et qui a été im- primée à Amsterdam, l'au 1637, cum. Hypomnentatis ac Nous Theologicis, Historicis, ac Politicis, Theodori Strackii, pastorls Budericensis. Voyez aussi le livre de Lambert Hortensius, de Tumultibus Anabaptistaruni; ce- lui de Jean Wigandus, de ^nabap- tismo publicato; et la Relation d'Henri Dorpius, bourgeois de Munster, pu- bliée l'an i536.
(D) Cette secte s'est guérie de ses principales faiblesses.'] C'est pourquoi les anabaptistes d'aujourd'hui se plai- gnent t[u'on les réfute comme ou ré- futait leurs ancêtres. Un théologien illustre de l'académie de Hollande s'est vu exposé à ce reproche dans une lettre qu'un anabaptiste a publiée en flamand ^ mais il lui a répondu qu'il ne prétend pas imputer à tous toutes les erreurs qu'il a marquées: tias (sectas) tit minime confundimus in conirouersiis singulis, ita nec nota- tos errores omnes omnibus imputa- (iql Idem, ibid. cilans Sltaix Hist. Bclg.
Ub. ïr.
(*) SI. Gavle a omis involontairement, ce semble, le poème héroïque latin en dsux li- vres, composé par Herman Kerssenbroecli, ré- cité par l'auteur en pleine assemblée de l'univer- silé de Cologne, et imprimé à Cologne même Tan 1545, in-8*. La pièce est dédiée à l'évêque de Munsler et d'Osnabnik, François, comte de Waldeck, elle titre en est: Belïi Monaslerien- sis canlra Anabaplislica momtra gesti, brevis alque succincla deicriptio. Rem. crit.
(20) Il a clé gouverneur des Jils du duc de Cléi'es, et puis conseiller du duc, et il fui au ste'ge de Munsler.
6 ANABAPTISTES.
mus minus voluimtis imputâtes iltis qui intra Waterlandornm dictas Con- fcssiones, bond fuie, yirocul fallaciis jh'ennoniticis, hœrere sese profilentur. Absit ut cuiquani ini'ito et deprecanti Hœresiin impingamus! Sed nec isti alio- rum apolo^iani suscipiant, aiit alios esse ac fuisse negent, quos hic Elen- chus, sub generaii enthusiastarum et anabaptistarum noniine, ne nesciat jui-entus nostra, coarguit. Faclum ta- nien nofissimè, ut dizimus ntodô, à Rj'pensi scriptpre Epistolœ in modutn belgico sermone mihi opponendœ. Qui errores hic coniplures notatos diim a suis Waterlandis amotitur, si modo uerè et sincère, hoc ipso non se aut suos in talibus Controt^ersiis peti,sed Jnmilias alias ex dicto grege, inlel- lexisse dehuit. Frustra ergo est omnis ipsius expostulalio, quasi ignorem quid Rypenses Anabaptisiœ sentiant, aut quasi lectoribus meis imponam (21). Hoornbeek a eu Tequitéde n'im- puter point à cette secte les hérésies de quelques particuliers: Hïc quideni imprimis à communibus illorum et sin5;ularibus cœtuunt dogmatis secer- nenda sunt propria aliqua doctorum ipsorum (22). 11 en marque deux nom- mément: celle de Jacques Outreman, et celle de Weke Walles. Le premier admet trois essences dans la Divinité, et veut que l'essence du Père soit ren- fermée dans le ciel, et ne passe point cette borne. L'autre enseigne que Judas était un homme de bien, et qu'il a été sauvé; qu'il n'a point commis de crime en trahissant Jésus-Christ; et que les prêtres et les scribes n'en ont point commis non plus en persé- cutant jusqu'à la mort notre Seigneur j et que l'un et l'autre des deux bri- gands ont été sauvés. Outreman ensei- gnait à Haerlem en iGo5. Walles en- seignait dans le territoire de Gronin- gue l'an iGS^; et il était si zélé pour ses sentimens, qu'il excommuniait sans miséricorde tous ceux qui ne les approuvaient pas. On le chassa de la province; et comme il se retira en Frise, le synode protestant qui fut tenu à Franeker l'an i644) ^^^ ^" sorte qu'on le chassdt (ïS).
(E) File a soiiffert une infinité de subdivisions.] Je craindrais de fati- guer mes lecteurs si je rapportais ici le catalogue de toutes les sectes de l'anabaplisme: je mécontenterai donc d'indiquer un livre où l'on pourra se satisfaire si l'on est curieux de voir cet te liste. Voyez la préface des Annales Anabaptistiques de Jean Henri Ottius.
(F) File se l'ante d'un grand nom' bre de inartyrs."] Si elle n'avait à pro- duire que ceux qu'on a fait mourir pour des attentats contre le gouverne- ment, elle se rendrait ridicule par son gros martyrologe 5 mais il est sûr que plusieurs anabaptistes qui ont souffert constamment la mort pour leurs opinions ne songeaient point à se soulever. Citons un témoignage qui ne puisse pas être suspect. C'est celui d'un écrivain qui a réfuté de toute sa force celte secte (24)- H remarque que trois choses ont été cause qu'elle a fait tant de progrés. La première est que ses docteurs étourdissaient par un grand nombre de passages de FEcri- tui'e ceux qui leur prêtaient l'oreille; la seconde, qu'ils affectaient un grand extérieur de sainteté; la troisième, que ces sectaires témoignaient beau- coup de constance h soufji'ir et a mou- rir. Il prouve qu'aucune de ces trois choses n'est une marque d'orthodoxie. Voici ce qu'il dit sur la dernière: La troisième marque par laquelle les ana- baptistes séduisent les simples et in- constans, est leur constance a souffrir et à mourir. Mais cela est bien trop simple et trop froid pour faire que leur doctrine d'Antéchrist soit bonne et saine; comme dit sainct Cyprian, la peine ne fait pas le martyr, mais la cause. IJ Fscriture (*) tesrnoigne que ceux-là sont tarais martyrs et bienheu- reux, qui souffrent pour justice, pour la vérité, et pour le nom de Christ. Pour laquelle uérité les anabaptistes ne souffrent pas, qui est une chose a desplorer, mais pour une doctrine d'Antéchrist. Et certes les princes et les rois ne tiennent pas bon ordre pour extirper cette secte; ils font mourir ces poires gens simples, la plus part es- tans séduicts. Ils deuroyent plustost (îi) FriHericus Spanhemios F. filius, in (24) Guy de Bres, épîire dédictaoire de la Klcnctio Controvcrsiarum, jp. ^•^.édil. an. 1694. Racine, Source etFondement des Anaboplistes.
(ja) Iloornbcel, Summa Controvers., pflg. Ce livre fut imprimé l'an \i65. 189 (*) Mallli. V, II; I Pier. IV, 20; I Jean (23J Idem., ibid., pag. SSg, 3go. V/, 3.
ANABAPTISTES.
ensuyiTe les bons rois, comme (*') Ezechias et Josias, lesquels ont pre- mier rejecté hors de leur terre toutes idolâtries, et quant et quant ont réformé la l'raje religion: ainsi de^royent-ils faire prcscher la wraye doctrine apos- tolique publiquement; lors quand cela se ferait, je croy qu'il ne seroitjà 6e- soin de tant de feu pour mettre à mort ees pof'res simples gens séduicts (a5). Ensuite il prouve par des exemples que des gens qui ne souffraient pas pour justice ont fait paraître un très- grand courage. Il allègue le mauvais brigand, les esseniens, les circoncel- lions, les martyrs papistes, ariens, mahumëtistes, les philosophes Zenon et Socrate. Mais il ne dit rien qui insi- nue que les martyrs anabaptistes souffraient la mort pour avoir porté les armes contre l'état ou excité les su- jets à se révolter. H représente leurs martyrs comme des gens simples. Voyez ce que je citerai ci-dessous de George Cassander.