SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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ce pied-là; mais on ne laissait rent pas l'imprudence de mar- pas de croire qxi'Hadrien les avait quer la cause infâme de son apo- forgés (c). 11 fit rebâtir la ville théose, en s'adressant à Antonin cil son mignon était mort, et il ordonna qu'elle portât le nom de ce favori (D). 11 était bien aise qu'on lui vînt dire qu'on voyait au ciel un nouvel astre, qui était Pins, fils adoptif et successeur d'Hadrien, ou à Marc-Aurèle, adopté par Antonin Plus, selon l'intentiond'Hadrien. Ils touchè- rent alors délicatement à cette l'âme d'Antinoiis (E), et il disait plaie (^); mais Tertullien, plus lui-même qu'il voyait l'étoile éloigné de ce temps-là, et sous d'Antinoiis {d). Ce qu'il y a de des empereurs qui n'avaient pas plus étrange là-dedans n'est pas le même intérêt à l'affaire, ne la comjîlaisance profane que l'on garda plus de mesures. Prudence avait pour la faiblesse de ce prince, dont on se moquait d'ail- leurs i^e); mais c'est de voir que, long-temps après sa mort, on ait persévéré dans le culte de cette nouvelle divinité. Ce culte était encore en vogue sous l'em- pire de Valentinien {f), lors- qu'il ne s'agissait plus de flatter un prince, ni de craindre l'édit exprès qui avait ordonné cette religion {g). C'était donc par le sot attachement qu'ont les peu- ples à tout ce qu'ils trouvent éta- bli, que l'on continuait d'adorer a finement observé, que le lui- gnon d'Hadrien était monté à une condition plus relevée que celle du mignon de Jupiter (F), puisqu'Antinoiis était à table, pendant que Ganymède versait à boire. Il pouvait dire:...Mediis t'ideor discumbere in astris Ciim Joi'C, et Itiacâ porreclum suinere dexlrâ Immortale merum (i) De tout temps les hommes du monde ont fait plus exactement leur cour aux dieux de la terre, qu'aux dieux du ciel. Je ne sais Antinoiis. Les pères de l'Église pourquoiM. Moréridébitequ'Hadrien crut Antinoiis changé en fleur et en temple (A), et même qu'il lui fit bâtir un autel. N'est- ce pas dire qu'il ne lui fit point bâtir des temples? et cela est-il plus vrai que le changement d'Antinoiis en fleur?

se servirent avantageusement de cette folle superstition, pour faire sentir la vanité de la reli- gion païenne. Il était aisé de remonter jusqu'à la source, à J'égard de cette nouvelle divini- té, et puis de rendre suspecte l'origine de toutes les autres. Ils parlèrent diversement d'Anti- noiis, selon les temps: ils n'eu- (c) Voyez la remarque (D), à la fin.

{d) Xiphil. in Adriano.

(e) Idem, ibid.

(J") Tristaa, Comment, Historiq,, paff.

(ff) Saint Âthanase contre les Gentils, et Tliéodoret, au VU". Discours sacre', cite' /vrtr Tristan, Comment. Historiq.,^nç. S^S, disent r/u'il y eut un edit exprès d'Adrien pour le culte d'Antinous.

(A) Justin., Martyr, Apolog. ad Àntuni- nuni l'iuni; Atlienagoras, ad Alarcum Im- perat.

(i) Statius, Silv. IF, ////. ir, vs. lo.

(A) Voyez la remarque (Cj.

(A) L'empereur Hadrien lui rendit toutes sortes d'honneur.t ditnns. ] Je ne m'arrête point à ce £;rand nombn; de statues ou de simulacres qu'il lui fit faire presque par tout le inonde, (i). Je dis qu'il lui fil bâtir des tem- 23 ANTINOUS.

pies, qu'il lui ordonna des prêtres et un fait constant, qu''une opération des jeux sacres (2), et qu'il lui consacra magique à laquelle Hadrien faisait tra- des mystères (3). Pausanias dit que la vailler, demanda que quelqu'un li religion d'Antinoiis fut établie à Man tinée, avec un soin tout particulier de cet empereur, à cause que la pa- trie d'Antinous était une colonie de Mantinée (/{). On y cëlébraitdesjeux, tous les cinq ans, en l'honneur de ce favori; mais pour les mystères qui lui e'taient consacre's, on les célébrait tous les ans. Ceux qui appuient sur ce qu'il y a eu des prêtres d'Antinous qui prenaient la qualité de prophètes, ceux, dis-je, qui appuient sur cela, et qui en tirent la raison de ce qu'il avait un oracle, cherchent des mys- tères où il n'y en a point (5). Ces pro- phètes étaient les prêtres qu'Antinoiis avait en Egypte dans la ville qui por- tait son nom (6); ville qui était église mère, et chef d'ordre, dans cette nouvelle religion (7). Or, dans les collèges des prêtres d'Egypte, on nommait prophètes ceux qui étaient comme les doyens et les chefs. Voyez les preuves que le docte Henri de Va- lois en apporte dans ses notes sur Eusèbe (8) On a une inscription, dans laquelle Antinoiis est placé_ sur le même trône que les dieux d'Egypte: c-[/v6povoç Ttùv 8V AiyÔTTTûi 0iâv (9). La dignité d'assesseur des dieux était de beaucoup inférieure à celle-là. Je ne dissimulerai point que le philosophe Celsus avance que les Egyptiens ne soufiriraient pas que l'on égalât Antinoiis à Jupiter et à Apollon (10). Origène soutient le contraire j mais j'avoue qu'il le dit sans preuve, et que je n'entends point son raisonne- ment.

(B) Quelques-uns disent qu'il mou- rut pour Hadrien. ] Hadrien ne disait point cela j mais Dion n'a nul égard a l'histoire de cet empereur, où il avait lu qu'Antinous était tombé dans le Nil et s'y était noyé. Il donne pour (2) Hcgesippus, apud Ecclcsiastua; lib. IV, cap.

Fusebium, Histor. FUI. Ci) Pausan., lib. VIH,pag. 244.

(5) Voyez Casaubon, et Saumaise, jur Spart.

(6) Hegcs., apud Euseb. Hist. Eccl., lib. JV, cap. VIII.

(7) Voyez la remarque (D).

(8) /Idcap. VIII, lib. IV.

(y) Vide Spnnli., de Numism., ptrg. 637. (lo) j4puU Ori^en., lib. III, pag. i33.

vrât son âme volontairement et qu'An- tinoiis accepta cette condition. L'a- bréviateur Xiphilin nous a dérobé apparemment quelques circonstances qui éclaircissaient un peu ce mystèrcj car il n'est point vraisemblable que DionCassius ait rapporté une telle chose d'une manière si coupée, ou plutôt si étranglée. Quoi qu'il en soit, on ne peut conclure de la narration de Xi- philin, qu'Antinoiis ait donné sa vie pour sauver ou pour prolonger celle d'Hadrien. On en doit plutôt conclure qu'il la donna, afin que, parl'inspec - tion de ses entrailles, les devins pus- sent connaître l'avenir que cet empe- reur cherchait. Et qu'on ne me dise pas, avec un de nos antiquaires (i i), que si ce n'eust esté que la seule curio- sité de t^oir des entrailles d'un garçon pour un effet de domination, il n'estoit pas nécessaire d'exposer a cette espreu- i'e celui qu'il aimoit le plus de tous les humains; il y ai'oit assez d'autres enjans d'exquise beauté en tout ce grand empire ( si la beauté y ser^>oit (■2) ) qui eussent peu estre employez a cet infâme mystère: qu'on ne me fasse point, dis-je, cette objection; car cet écrivain en a reconnu lui-même la nullité, en ajoutant tout aussitôt ces paroles: il se pouu oit faire néanmoins que le secret de cet art nécromantique requérait que ce fust lui, comme son mieux aimé, qui fust sacrifié pour ren- dre le sacrifice plus efficace. Il devait ajouter ce que Dion dit nommément, qu'il fallait une victime volontaire: or, les autres jeunes enfans que l'em- pereur eût destinés à ce sacrifice, ne s'y fussent pas soumis de bon gré. Croyez-vous qu'il ne fallût pas faire une horrible violence à ces beaux en- fans qu'Héliogabale livrait à ses magi- ciens? Cœdit et humanas hostias, lec- tis ad hoc pueris nobilibus et decoris per omnem Ilaliam patrimis et matri- mis, credo ut major esset utrique pa- renti dolor. Omne deniquè magorum genus aderat illi operabatiirque quo- tidiè hortante illo, et gratiasdiis agen- te qubd amicos eorum inuenisset, quiim (11) Tristan, Commentaires bistoriq., lom. I, (n) Il ne /allait poinl parler de cela en doutant. Vojtz l'Apulùgie d'Apulée, pag- Soi.

ANTINOUS.

inspiceret exta puerilia et excuterel donné à cette fleur; mais on devine hostias ad ritum gentilem siium (i3). aisément que l'intention de Pancrates La magie de ces siècles-là demandait était d'honorer la mémoire de ce fa- de ces sortes de victimes, et saint Jus- vori. J'ai cru pendant (jutlqne temps tin remarque qu'elle choisissait des que ce passage d'Athénée avait donné enfans dont la pudicité fût immaculée, lieu au mensonge du sieur Moréri NêKwo/xa.yT«r*i //êv yÀp kai a.1 liS'ict^ôti- que j'ai rapporté sur la fin de cet ar- pcBv TTciiS^aiv 'eTroTrTfùo-tiç (i4)- IVecyo- ticle; mais j'ai changé d'opinion mantice ipsœ et incorruptoruin puero- après avoir lu ces paroles d'un auteur rum speculariœ inspectiones. Sur ce moderne i Hadrian...donna le nom île pied-là, Antinoiis eût été un sujet ce misérable ( Antinoiis ) a une ville fort mal propre. Revenant à Hadrien, d'Egypte...comme aussiil le conféra je dis qu'on doit, ce me semble, suppo- à un astre, à unejleur, a des temples, ser 1". qu'il ne consentit à immoler h des sacrifices, à des oracles et à des son mignon, que pour le besoin le jeux de prix, biej en fit un dieuÇtg), dans l'avenir: j'aimerais mieux donc vres qu'il consultait, suivre Aurélius Victor que Xiphiliu. (D) Hadrien fit rebâtir la ville où Voici ce que dit Auréli us Victor: (>Mœ Antinoiis ttait mort, et il ordonna quidem a!ii pia uolunt religiosaque, quelle portât le nom de ce favori. '\ quippè Hadriano cupienle fatum pro- J'ai suivi le traducteur de Xiphilin, ducere, ciim voluntarium ad vicem qui ne parle que d'une ville réparée, magi poposcissent, cunctis retractan- quoique Xiphilin se soit servi du mot tibus, Antinoum objecisse se referunt <r:/voixiVai. D'autres, n'y regardant pas (i5). Joignez à cela, si vous voulez, desi près, disent qu'Hadrien bâtit une ces paroles de Spartien: De quo ville, qui porta le même nom qu'An- ( Antinoo ) varia fama est, aliis eum tinoiis: no?^iv sWis-sv ê^rav^z/zov Avtivôou devotum pro Hadriano asserentibvi (ao). Urbem condidit Antinoo cogno- (>6). tninem. Elle était dans la Thébaïde et (C) On lui bâtit des temples et des se nommait anciennement Besa, qui autels...avec l'empressement d'une était aussi le nom du dieu particulier nation accoutumée aux plus honteuses qu'on y adorait. Casaubon l'assure flatteries.'] Casaubon met entre les (21), et remarque que les Égyptiens, basses complaisances que l'on eut pour laissant aux Grecs le nouveau nom, la passion d'Hadrien ce que fit le poète continuèrent de l'appeler Besa; mais Pancrates (17). Or voici ce qu'il fit. 11 il se trouva des gens qui, par l'union montra comme un miracle à Hadrien, de l'ancien et du nouveau nom, la une fleur de lotos, qui était sembla- nommèrent Besantinoiis. C'est ce que ble à une rose, et lui dit qu'il fallait fit Helladius, qui y était né (22). N'oula nommer Antinoïenne; et qu'elle blions pas que le tombeau d'Antinoiis était née dans le lieu qui avait été ar- y était. Nous l'apprenons de ces parorosé du sang du lion que lui Hadrien les de saint Epiphane: 'Clt h 'Avt/vooç avait tué à la chasse. L'empereur prit ô sv 'AvTivioy xs^oiJêt/^êvoç x-a.) o-t)v Kwimtant de plaisir à ce discours, qu'il or- fimTrx^'tm KÛfAivttç ùttq' AS'ficLvoZ Kct'n'zà/ytt donna une pension à Pancrates dans (23) Ad hune modum Antinoiis in le »tu4ee d'Alexandrie (18). Athénée urbe sui nominis cum lusorio navig'io n'explique point pourquoi ce poè'te sepultus ab Adriano in Deorum nuvoulait que le nom d'Antinoiis fût merum relatus est. Nous apprenons (i3) Lampridius, la Vilâ Heliogab., cap.

riii.

(14) Justin., in Apologiâ, pag. 65. Voyez Saumaise sur Spartien in Adriano, pag. i36, et Apulée, in Apologiâ, pag. 3oi.

(i5) Aurel. Victor, m Cœsaribus.

(i6) Spartian., png. i35.

(l'j) Casaub., in Spart. Vit. Adriani, pag. 187.

(18) Atben., Ub. XF, cap. VI, pag. 677.

TOME II.

(19) Tristan, Comment. liLst., lom. /, pag.

(20) Hegesippus, npud F.useb., Hist. Eccle- siast., lib. IV^cap. VII f Vorr^ aussi kriXimea MarceU.n, U^. XXII, chap.'XVI.

(ai) Casaubon., in Spart. Vit- Adriani, pag.

(22) Vide Photlnm, BibliolVi., pag. iSgG. (i.l) Epiph., i;i Ancoralo, nuin. loS.

,3o ANTIPATER d'Origènt, qu'on disait qu'il se faisait des miracles dans ce temple d'Anti- noiis {24). C'est là où Saumaise pose le prétendu oracle de cette fausse et ridicule divinité. Licet in multis, dit- il (aS), Grœciœ urhibus templa et sa- cerdoles habuerit Antinous, prœcipiiè tamen eum coluisse videntur /Ei^yptii in ed urbe quœab ipso nonien accepitj nam ibi sepullus est, ibi oracula per eum reddi credebantur, ibi et propfie- tas habuit.

Ce qui concerne Toracle est attesté parOrigène (26), si on lit le passage comme Saumaise l'a cite: nvê7v âê»'- XATov ciiroToi/'AvTivôou^voi'V (27). Voyez aussi Scaliger surEusèbe, num. ai 45, où il ne cite pas comme Saumaise, auoique Spencer l'assure à la page 44 e ses notes sur Origène contre Cel- sus. Voici ce qui m'a fait dire que c'était un oracle prétendu. Je me sou- venais de ces paroles de Spartien: Et Grœci quidem i>olente Adriano eum consecrai'erunt, oracula per eum dari nsserentes quœ Adrianus ipse compo- suisse jactatur (28).

(E) Hadrien était bien aise qu'on lui dît qu'un noui'el astre était l'dme d'Antinoils. ] On s'était déjà servi d'une semblable flatterie à l'égard de Jules César: Ludis quos primo conse- cratos ei hœres Augustus edebat, Stel- la crinila per septem dies continuas fulsit, exoriens circa undecimam ho- ram, credilumque est animam esse Cœsaris in cœlum recepti, et hdc de causiâ simulacro ejus in uertice addi- tur Stella (29). Ovide a fini ses méta- morphoses par celle de l'âme de César en astre: Kix eaftilus eral, medid c'um sede senatûs Constitil aima Venus nulti cernenda, suique Caesaris eripuil nwmbris, nec in aéra solvi Passa recentem animam, cœleslibus inlulit as tris. Dumque tulil, lumen capere alque ignescere sensit, Emisilque sinu. Lunâ volai ahi'us illa, (a4) Origen., adversus Celsum, lib. III, pag.

(iS) Salm., in Spart. Vit. Adriani, pag. i^i. (36 Origen., contra Celsum, Ub. III, pag.

(37) Salmasius, in Spartiani Vit. Adriani, (38) Spartiana.s, in Adriano, pag. i37. (29) Sueton., in Ciesare, cap. LXXXflII.

Voyez les Peaait» diverses sur les comètes, pag.. îig.

Flammiferumque trahens spalioso limite crinem Stella mical.

Ovid., Ub XV., Melam., vs. 843.

Avant cela, les poètes grecs avaient rais en usage cette invention pour les cheveux de Bérénice. L'empereur Ha- drien était trop savant, pour ne sa- voir pas tout cela 5 et néanmoins il se paya d'une flatterie qui ne pouvait plus avoir la grâce de la nouveauté. A quoi songèrent ceux qui ne mirent ce mignon qu'au plus bas étage du ciel? 11 y en eut qui ne le placèrent que dans le globe de la lune: nâc 9 cèptûav xa6i'Jp!/T«i (3o); Quomodo An- tinous speciosus adolescens qui obiit collocatus est in lund?

(F) Prudence a finement obsen'é qu'Antinous était monté à une condi- tion plus relevée que celle du miifnort de Jupiter. ] Ses vers méritent d'être rapportés plus correctement que ne les rapportent les sieurs Tristan dans ses Commentaires historiques sur les médailles des empereurs romains (3 1), et Moréri dans son Dictionnaire his- torique. Les voici donc, selon l'édi- tion de Nicolas Heinsius: Quid loquar Anlinoum cœlesli in sede loeatutn? Illiim delicias nunc divi Principis: illurn Purpureo in greinio.cpoliatuni sorte virili Hadrianique dei Ganymedem, non cyathos Dts Porgere, sed medio recubantem eum Jova fulcro Nectaris anibrosii sacrum potare Irœuin, Cumque suo in templis vota exaudire marito (33 j?

(30) Tatian., Orat. contra Grsecos, pag. i^g. (3i) Tristan, Comment. Hi.st., pag, 5^i. (32) Prudent., contra Symmach., lib. I, vs, ayi.

ANTIPATER, Iduméen de nation (A), illustre par sa nais- sance (B), par ses richesses, et par son esprit, profi tahabilement des confusions oii la discorde d'Hyrcan etd'Aristobule plongea la Judée. C'étaient deux frères, qui se disputaient la souveraine sacrificature. Antipater embrassa avec chaleur le parti d'Hyrcan, et y engagea de telle sorte Aretas roi des Arabes, et puis Pompée ANTIPATER.

i3i général des armées romaines, qu'Hyrcan gagna le dessus (a). Sous son gouvernement, Anti- pater disposait de toutes choses, solut de prévenir l'inconvénient, et n'en trouvant point de meil- leure voie que d'ôter du monde Antipater, il s'en défit par le et il le faisait à l'avantage des poison (/). Il se rendit coupable Romains, toutes les fois que en cela d'une noire ingratitude; l'occasion s'en présentait. Cela car celui qu'il fit mourir l'avait fit que les généraux de la repu- comblé de bienfaits, et lui avait blique, un Scaurus, un Gabi- même sauvé la vie (g). Antipater nius, un Cassius, l'honorèrent de plusieurs importantes com- missions, ou déférèrent beau- coup à ses conseils (b). Il rendit un service signalé à Jules César, pendant la guerre d'Alexandrie: il lui amena et des vivres et des troupes, et il paya de sa per- sonne courageusement; de sorte qu'outre bien des louanges, il obtint de Jules César le droit de bourgeoisie romaine, et l'admi- nistration de la Judée (c). Les plaintes d'Antigonus (d) ne pu- rent rien contre lui. Son appli- cation aux affaires, et son habi- leté, le mirent dans une si haute considération, qu'on ne l'hono- rait guère moins que s'il eût été revêtu de l'autorité royale selon les formes (e). La manière dont il se précautionnait contre les revers de la fortune, en don- nant à l'un de ses fils le gouver- nement de Jérusalem, et à un autre celui de Galilée et le com- mandement des troupes, fit soupçonner avec raison qu'il cherchait à n'avoir personne audessus de lui, ni de nom, ni d'effet. Un Juif nommé Mali- chus, plein de ces soupçons, ré- (a) Joseph., Anliquit., lib. XIV, cap. II, et seq.

{bi) Ibidem, cap. IX, et setj. (c) Ibidem cap. Xir, et XV. {d) Il était Jils d'/iristobulc. (e) Joseph, Anliquit., cap. XVII.

laissa entre autres enfans le fa- meux Hérode, qui fut roi des Juifs (h).

(J^ Ibidem, cap. XIX.

{^) Ibidem, cap. XVIII.

ifij Sa femme, nommée Cypris, était de grande maison dans L'Arabie. Joseph, de Bell. Jud., lib. I, cap. VI.

(A) Iduméen de nation ] Eusèbe le fait Ascalonite (i). Une troupe de bri- gands, dit- il, qui await pille nn tem- ple auprès d' Ascalon, amena auec le reste du butin Antipater dans l' [da- mée, oii il demeura, parce que son père n'eut pas de quoi le racheter. Ce que je dirai dans la remarque suivante réfute ce conte. Phofius me paraît ici un peu blâmable. En donnantl'extrait de Josephe, il assure qu'Hérode était fils d'Antipater, qui avait servi dans le temple d' Ascalon: 'O toÛ 'AvriTrirpou Toy 'ATKHKCeviTOU tou JêpoJoj/Xoc (a). Ce n'est point dans Josephe, qu'il trou- vait cela; et ne'anmoins où sont les lecteurs qui ne s'imaginent que tout ce que dit Pholius est dans les livres dont il parle? Ailleurs (3), il dit qu'Anti- pater e'tait d'Iduraée et de la ville d'Ascalon, et grand ennemi d'Hyrcan, pour l'amour d'Aristobule. Celte der- nière faute ne doit pas être impule'e à Photius; car toute la suite de soa discours montre qu'il associe Antipa- ter à Hyrcan. C'est à ceux qui ont pu- blié cet auteur, qu'il faut adresser ses plaintes quant à cela; mais il est res- ponsable de l'autre faute. Ascalon n'é- tait pas une ville d'Idumée; et après tout, ce n'est pas Josephe qui a dit qu' Antipater était d'Ascalon. Or cest (i) Euseb., Hist. Eccl., lib. I, cap. VI; et VII, rx Africano.

(i) Pholius, Biblioth., num. LXXVI, pas.

(3) /</p/n, ihid., num. CCXXXVIII, i32 ANTOINE.

de Josephe que Photlas donne là Tex- sans presque point de surnom.

tiait.

(B) Illustre par sa naissance. ] Son père, nomme Antipater, fut gouver- neur d^dumée, sous Alexandre Jan- née, roi des Juifs. Eusèbe le nomme Ile'rode et le fiiit vaiet d'un temple, et si pauvre, qu'il ne lui Ifut pas pos- sible de racheter son tils, qui était tombe entre les mains des voleurs: Tot/TQV «Tê 'HpaiJof tivÔç 'A(rx.a.Aû)V/'TCii/ Tùïv TTlpt TOt tiU) ToZ ' ATrltt^hfCV^Ç Ufioélù- Âa'V >ixK:jv/ut.ha>v yiyovîvAi (4)- Uuic fe- ra Meroclem querudam Jtscalonitam iiniim ex numéro sert^orum templi ^■ipollinis quod Ascalone est palrem. fitissr. Mais les savans ne doutent point qu'en cela Eusèbe, et Africain tpi'il copie, n'aient suivi de mauvais mémoires, et qu'il ne faille ajouter plus de foi à Joseplie, qui assure que îe roi Alexandre et la reine son e'pou- se donnèrent le gouvernement d'I- dume'e à Antipater, et que celui-ci ga- gna par la multitude de ses présens l'amitié des Arabes et celle des habi- tans de Gaza et d'Ascalon (5). En un autre endroit. Josephe, parlant d'An- On ne trou\ e pas que la branche patricienne ait duré long-temps, ni qu'elle ait produit d'autres personnes mentionnées dans l'histoire, que T. Antonius Me- RENDA, et Q. Antonius Merenda. Le premier fut l'un des décem- virs abrogés à cause de la fierté tyranuique d'Appius Claudius, l'an 3o4 de Rome, et l'un de ceux qui s'exilèrent volontaire- ment, et dont les biens furent confisqués, après le procès qui fut fait à App. Claudius, et à Sp. Oppius {b). Le dernier fut tribun militaire, l'an 333 de Rome (c). Mais la branche plé- béienne a duré long-temps, et a fleviri avec un très-grand éclat (A); car outre qu'elle a pu se glo rifier d'avoir possédé deux fois le tipater le fils, remarque qu'il était le generalat de la cavalerie, six principal d'Jdumée, tant par l'anti- fois le consulat, une fois la cen- quité de sa famille, que par ses ri- gure, trois fois l'honneur du chesses (6). Hégés-ppe dit du même ^^- },^ (^j elle s'est vue, en Antipater, qu u était illustre par ses t l -t^^, -, ancêtres dans sa patrie (7). De tout ia personne de Marc Antoine le temps, on a aimé à ravaler la nais- triumvir, maîtresse de la moi- tié de l'empire. Nous allons faire des articles particuliers pour les principaux de cette ancienne maison (B).

on a aimé à ravaler la nais sance de ceux que la fortune fait mon- ter au sommet des dignités (8). Au reste, l'ambiguïté d'un passage de Jo- sephe a fait que quekjues- uns s'imagi- nent que l'aïeul d'Hérode ne s'appe- lait point Antipater, mais Antipas.

(4) Euseb., Hist. Eccl., lib. I, cap. VI. Vide ibi Valesium.

(5) Joseph., Aoliquit., lib. XIV, cap. II.

(6) Iilem, de Bell. Jud., lib I, cap. V.

(7) Hegesipp., de Excid, lib. I, cap. XIV.

(8) Voyez la remarque (A) de l'article Tou- CUIT.

ANTOINE, famille romaine, eu latin Antonia, qu'une vieille tradition faisait descendre d'Au- lx.,, <:i. J'u „ 1. ^ ^ 1-1. triora[)he et de la censure, ton lus a Hercule (a), a produit /n\'/->'., ,,,,,'','. (ti) C était une ancienne (f/) Vojez Glaiidoipii Ouomaslic., p, 60.

(A) La branche plébéienne de cette famille Antonia a duré long-temps et a fleuri awec un très-grand éclat. ] Il faut bien se souvenir que Marc An- toine l'orateur, mort l'an GG-], est le preniit-r qui porta dans cette famille les honneurs du consulat et ceux du deux branches: l'une était pa- tricienne, avec le surnom de Merenda; l'autre plébéienne, maison, j Ceu.N. qui ont le plus de lecture, le S lus de recueils, le plus de matériaux^ estinés à un libraire, tombent quel- quefois dans des oublis assez étranges. Le pcrc Vavasseur ea Cst un exemple.

ANTOINE.

dans son excellent Tralledu style bur- lesque, lorsqu'il censure Photius d'a- voir cru qu'Anlonius Diof;tnes, au- teur d'un roman, suivit davssez près Alexandre: Où KÎav wô^pai t£v;tfôvû)v Toù fixa-ixîceç 'Aki^xvS'fiOii (l). JVoii ita dili post yllfxandri tnagni tempora Jlonns.se. Il allègue contre cela jjIu- sieurs raisons, dont il trouve cellecusations contre ceux qui étaient absens pour le service de la ré- publique; mais il aima mieux se justifier dans les formes, et pour cet effet il revint à Rome, et poursuivit son procès, et le ga- gna glorieusement [a). La Sicile ci la plus forte: c'est que la famille lui échut iDendant sa préture Antonia ne subsistait point encore, et il donna la chasse aux pirates ■ "^ •*' ' qui infestaient ces mers-là. Il fut fait consul avec A. Posthumius Albinus, l'an de Rome 653, et réprima courageusement et heu- reusement toutes les machina- tions turbulentes de Sextus Ti- tus, tribun du peuple. Quelque temps après il fut gouverneur de Cilicie, en qualité de pro- consul, et y fit tant de belles et que son nom n'était encore ni connu: JVeque., tjuoiî gravissimum est, tum nota gens Antonia., aut fada fox, aut audita temporibus Mis (a). Kien de plus faux. Nous avons pro- duit, sur la foi de Tite-Live, un Ti- tus Antonius, déoemvir l'an 3o4 de Rome, et un Quintus Antonius, tri- bun militaire environ trente ans après. (In trouve dans le même Tite-Live un Marcus Antonius, crc'e général de la cavalerie par le dictateur Corné- lius Rufinus, l'an 421- Or, c'est une chose certaine qu'Alexandre mourut choses, qu'il en remporta l'hon- fan 43o. Je n'allègue pas la tradition ng^r du triomphe. N'oublions rapportée par Plutarque^ car on pour rait me répondre, très- justement, qu'Anton, (ils d'Hercule, était aussi peu la tige des Antoines en Italie,, que Cocceiiis Nerva la tige de la mai- son de Cosse en France- Ci) Photlus, Blblioili (2) Vavassor, de ludicrâ Dictione num. CLXVII, pag, ANTOINE (Makc), l'orateur, a été le plus grand ornement de sa maison. A son entrée dans les charges, il fit éclater son mérite, par un endroit qui est digne d'ê- tre rapporté. Il avait obtenu ia questure de la province d'Asie, et il était déjà arrivé à Brundu- sium, pour s'y embarquer, afin d'aller exercer sa charge, lors- que ses ainis lui firent savoir qu'il avait été accusé d'inceste, et que le préteur Cassius, le juge dumonde le plus rigide, jusque- là que l'on appelait son tribunal recueil des accusés, était saisi de cette cause. Marc Antoine eut pu se servir du bénéfice de la loi, qui défendait de recevoir les acpas que, pour cultiver le mer- veilleux talent d'éloquence qu'il avait, il voulut bien en quelque manière devenir le disciple des plus grands hommes qui fussent à Athènes, et à Rhodes, lors- qu'il alla en Cilicie, et lorsqu'il revint à Rome. Il exerça ensuite la charge de censeur, avec beau- coup de gloire, ayant gagné sa cause devant le peuple contre Marc Duronius, qui lui avait intenté une accusation de bri- gue, pour se venger d'avoir été rayé du sénat par Marc Antoine; ce que ce sage censeur avait fait, à cause que Duronius, pendant qu'il était tribun du peuple, avait cassé la loi qui réprimait les dépenses immodérées des festins {b). C'était un des.plus (.à) Valer. Maxiimis, lib. III. cap. Vtl., num. 9. // rapporte, livre Vt, chap. VIII, la constance (Vun esclave de ce Marc Antoine à nier que Son maître fût coupable.

[b) Glandorpius, Onomast. paj. 68, ex Epilomc Livii, Cicérone, etc.

ï34 ANTOINE, grands orateurs qu'on eût jamais vus à Rome; et il fut cause, se- lon le témoignage de Cicëron, bon juge en ces sortes de ma- tières, que l'Italie se pouvait vanter d'égaler la Grèce en l'art de bien dire. Il défendit entre autres personnes Marcus Aqui- lius, et toucha tellement les ju- ges par les larmes qu'il répan rent envoyés pour le tuer. La manière dont il leur parla les attendrit, et il n'y eut que ce- lui qui les commandait, qui eut la brutalité de le tuer, n'ayant pas écouté son discours, mais étant entré dans sa chambre tout en colère de ce que les sol- dats n'avaient pas exécuté son ordre (e). Sa tête fut exposée sur dit (c), et par les cicatrices qu'il la tribune aux harangues, pro montra sur la poitrine de son rostris, lieu qu'il avait orne de client, qu'il gagna sa cause. On dépouilles triomphales (y). Ceci peut voir fort amplement le ca- arriva l'an de Rome 66'j. Il laisractère de son éloquence, et ce- sa deux fils, dont je vais parler.

lui de son action, dans les livres que je cite (dj. Il ne voulut ja- mais publier aucun de ses plai- doyers (Aj, afin, disait-il, de ne pouvoir pas être convaincu d'a- voir dit en un procès ce qui se- rait contraire à ce qu'il dirait dans un autre. La morale du barreau ne trouvait point en ce (e) Plutarcl)., in Mario, pag. 43 1. Valer. Max., lib. riir, cap. IX.

{/) Cicero, de Oratore, lib. III, cap. III.