SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Sextus Empiricus, ayant césilas ne paraît point différer des pyrrhoniens, ajoute que, s'il fallait croire certains bruits, ce n'était qu'un pyrrhonien d'apparence, qui, dans le fond, suivait la méthode des dog- matiques. Les doutes qu'il proposait à ses auditeurs, afin de voir s'ils avaient assez de génie pour compi'en- dre les dogmes de Platon, le firent regarder comme un philosophe qui n'affirmait rien; mais il débitait af- firmativement la doctrine platoni- que à ceux à qui il avait trouvé une grande force d'esprit (83). Il est dif- ficile de découvrir si ce conte est vé- ritable. Voyez les Dissertations de M. Foucher sur la philosophie des académiciens ( 84 ), et la note de Thomas Aldobrandin que je vous in- dique (85).

(I) On raconte des choses bien sin- gulières de sa libéralité. ] 11 faisait du bien, el ne voulait pas qu'on le sût. 'i.uipyiTiiira.i Trpô^êifOî «v, Jt*i KctQifV Tttv J^et^iv xTUi^aTctTOi (86). Erat ad fe- renda bénéficia promptus; latere quo- que gratiam omni studio quœrebal, fastuni ejusmodi maxime exhorrens. C'était pratiquer l'Evangile avant qu'il eût été annoncé. Ayant fait une vi- site à Ctésibius, qui était malade et qui manquait du nécessaire, il lui glissa adroitement sous l'oreiller une nous le va dire: Arcesilaûs, ut aïunt, ^««e'> répliqua Cléanthe, que de souamico pauperi, et paupertatem suam dissimulanti, œgro autem, et ne hoc quidem confitenti déesse sibi in snmp- tum ad necessarios usus, cimi clam succurrendum judicâsseî, pult^ino ejus ignorantis sacculum subjecit, ut homo inutiliter i'erecundus, quod deside- (83) Cicero, Âcadem. Quastion., lib. II, cap. XVIlI,fin.

(8Hi Sextus Empiricus, Pyrriion. HypoJypos., lib. J, cap. XXXIII.

(84) Foucher, Ih. I, pag. 32; et liv. III, pag. i54, et suiv.

(85) Th. Alilobrand., in Dio^eo. Laërtium, lib. IV y num. 28.

(86) Diog. Laèrtius, Ub. IV, rtwn. -I-t.

(87) Idem, hid.

tenir que v'ous dites une chose, et que l'ous en faites une autre (92).** 11 y a beaucoup d'esprit dans la re- partie. Ce fut apparemment une al- lusion aux vers d'Homère qui por- tent que ces fourbes et ces hypocri- tes, dont les pensées sont contraires aux paroles, méritent d'être détestés comme l'enfer (gS). Cependant Cléan- (88) Seneca, de Benef., lib. II, cap. X, (89) Plut., de Discrim. amici et adulator..

(90) Diog. Laërlius, lib. IV, num. 38.

(91) Diog. Laèrtius, in Cleanlhe, lib. FII, '■92) Idem, ibid.

(0'<) Homerus, Iliad., lib. IX, vs. 3i2.

ARCHÉLAUS.

the lonaît clans le fond la bonne vie d'Arcésilas. Notez que dans la doc- trine des plus grands pyrrhoniens il y avait une théorie favorable à la vertu j car, quelle que fût selon eux l'essence même des choses, ils en- seignaient que, pour la pratique de la vie, il fallait se conformer aux ap- parences. Quoi qu'il en soit, le vrai principe de nos mœurs est si peu dans les jugemens spe'culatifs que nous for- mons sur la nature des choses, qu'il n'est rien de plus ordinaire que des chrétiens orthodoxes qui vivent mal, et que des libertins d'esprit qui vivent bien.

(L) Il suwit le penchant de la na- ture jusqu'il des excès honteux. ] Les bonnes qualite's que j'ai rapportées dans le corps de cet article, et dans la remarque précédente, se trouvè- rent réunies en sa personne avec l'impudicité la plus criminelle; tant il est vrai que les vices et les vertus savent l'art de s'allier. 11 entrait à la vue de tout le monde chez Theodota et chez Phileta, deux femmes publi- ques: Ksti ©soeTûTvi Tê Kitt $»xa«Tit Theodolœ item ac Philetœ, Elien- sibus scortis, palam congrediebatur. Le pis fut qu'il s'adonna au jpéché contre nature: ^ixo^sipaxiôc ri «v x*< X*Tit<f êpiiç. oôfV OÎ TTip't ' AfiçOÙVlt TOV X/OV 2Ta)(X.oi STêKAXOyV etÙTOV <fQofia, Tû)V vtûiv, xa< x.tv et.iS'oXÔyov net) Bpa.(ruM à/na- KAXotvriç ( gS ). Adolescentibus item maxime studebat, eratque in amorem pronus. Undè illum Jiristo Chius, stoïcus, corruptoiem jucenum, diser- tumque impudicum, et temerarium ap- pellabat.

(M) // s'est vanté d'une grande for- ce de courage pendant les douleurs de la goutte. ] « Rien n'est passé de là ici, ■» dit-il en montrant ses pieds et sa poitrine à Carnéades l'épicu- rien, qui s'affligeait de le voir si tour- menté: Is quùm arderet podagrœ do- loribus, uisitassetque hominem Car- néades epicuri perj'amiliaris, et tristis cxiret: « Mane quœso, inquit, Car- » neade noster, nihil lllinc hue peri>e- » nit,ostendens pedes et pectus{g6). ■» C'était parler en stoïcien, quoiqu'Ar- (94) Diog. Laërtius, lib. If, num. l\o. (g5) Idem, ihid.

(èfi) Ciccro, de Finibus, Itb. f, cap. XXXI, injine.

césilas fût l'antagoniste du fondateur des stoïciens.

(N) Diogène Laërce ne lui donne point Bien pour successeur. Le père Rapin s'est imaginé cela sans nul fon- dement. ] Voici ses paroles: « Cicé- » ron, qui connaissait fort bien les » successeurs de Platon, ne dit rien » de ce Bion, que Diogène donne » pour successeur à Arcésilas, et qui » se rendit si célèbre par la véhé- " mence de ses satires, au sentiment » d'Horace (97). » Tout le fondement du père Rapin consiste en ce que la vie de Bion suit immédiatement celle d'Arcésilas dans l'ouvrage de Diogène Laè'rce. Cette raison est nulle, puis- que l'auteur dit expressément que Lacydes fut le successeur d'Arcési- las (98) j et que Bion, étant même auditeur de Cratès, méprisa les sen- timens de l'académie, et qu'ensuite il embrassa d'autres partis (99).

(0) J'ai trouvé a son sujet une faute très-grossière dans Sidonius Apolli- naris. ] 11 prétend que selon Arcési • las, antérieur à Socrate, Dieu est la cause efficiente de l'univers, et que les atomes en sont la matière: Post hos ÀrcKsilas divind mente palralam. Conjicit hanc molem, conjectain parlibus illis Quas atomos vocat ipse levés. Socraiica post hune SecLa inicat, quce de naiurte pondère rnigrans Ad mores hominum limandos transtulil Savaron, sans dire rien de cette bé- vue de chronologie, s'est contenté d'observer que tout le monde attri- bue à Épicure et à Démocrite le dog- me que Sidonius ApoUinaris attri- bue à Arcésilas (ici). Cette obser- vation est mauvaise j car personne n'a prétendu que Démocrite et Epi- cure ont enseigné que l'univers était l'ouvrage de Dieu.

(qi) Rapin, Compnr. <le Platon et d'Aristote, (98) Diog. Laërtius, lib. IV, num. Sg, in Lacyde, initio.

(99) Idem, ibid., num. 5i, Ss, in Bione.

(100) Sidon. ApoUinaris, carm. Xf, vs. 9^, pag. i5i.

(loi) Savaro, in hune locum Sidonii Apol- lioar.

ARCHÉLAUS. Diogène Laër- ce parle de quatre personnes qui ARCHÉLAUS. o53 ont pofté ce nom-là (a), et qui nous trouvons dans Alhënee quelques 4. A^^.,v;,.TTC 1., «li;irtcr.r.Tio particularités, et nous n en trouvons sont ArcHELAUS je philosophe î;^^^^^ ^^^^ j^^ Stromates. Atliénée (b); ArCHÉLAUS 1 auteur d une rapporte que le roi Antiochus n'avait description de tous les pays oii point de favori pour lequel il eût Alexandre porta ses armes; Ar- plus d'estime que pour le danseur propriétés merveilleuses de cer- les habitans de Milet dédièrent une statue d'airain à Archélaiis le Violon. Qu'il me soit permis de traduire ainsi (i) Alhen., lib. I, cap. XVI, pag. ig. C.

ARCHÉLAUS, philosophe grec, disciple d'Anaxagoras, était d'Athènes, selon quelques- uns, ou de Milet, selon quelques autres,(«). Ce qu'il y a de bien sûr, est qu'il enseigna dans Athè- nes. On dit même qu'il fut le premier qui y transporta la phi- losophie (A). Il fit peu de chan- gemens à la doctrine d'Anaxa- goras (b): il admit, aussi-bien que lui, les parties similaires, pour le principe matériel de tou- tes choses, et l'entendement di- vin, pour la cause de l'arrange- ment des corps; et il enseigna comme lui que les animaux, sans en excepter les hommes, furent produits d'une matière terrestre, chaude et humide (B). Il s'attacha principalement à la physique, comme ses prédéces- seurs, mais il se mêla de la mo- rale un peu plus qu'ils n'avaient fait. Il n'y fut guère orthodoxe, puisqu'il soutint que les lois humaines étaient la source du bien moral et du mal moral: c'est-à-dire qu'il n'admettait pas le droit naturel, mais seulement le droit positif; et par consé- quent, qu'il croyait que toutes sortes d'actions sont indiiférentes taines choses (c); et Archelaus l'orateur, qui écrivit une rhéto- rique. M. Ménage ajoute à ces quatre-là, Archelaus roi de Cap- padoce; Archelaus roi de Sparte; Archelaus général de Mithri- date; Archelaus le danseur; Archelaus le joueur d'instru- mens; et Archelaus le comédien (d). Il remarque que Lucien fait mention de celui-ci, au trai- té de Conscribendd Historid; qu'Athénée, dans son 1". livre, a parlé de celui qui jouait des instrumens (e); et que Clément d'Alexandrie, au VIP. livre des Stromates, parle du danseur (A). Il a oublié Abchélaus l'astrolo- gue (y), et plusieurs autres Ar- chelaus, dont je parlerai dans les articles suivans.

(a) Diog. Laërtius, lib. II, num. 17, in Archelao.

{b) C'est celui qui est le sujet de l'article suivant.

(c) Voyez la remarque (C) de l'article suivant.

(d) Menag. in Diog. Laërl., lib. II. num. 17.

(e) Voyez la remarque (H) de l'article Abdère.

(/) Cic. de Div., lib. II, cap. XLII. Quelques manuscrits portenl Anchialas.

(A) M. Ménage remarque...qu'A- thénée...a parlé de l' Archélaiis qui jouait des instrumens, et que Clé- ment d'Alexandrie...parle du dan- seur. ] M. Ménage entendait les règles de la bonne et docte manière de ci- ter; mais il ne les observe pas ici. 11 eût mieux fait de citer le premier livre d'Athénée, à l'égard d'Arché- laiàs le danseur, que de citer le VIF. livre des Stromates de Clément d'A- lexandrie; car, outre que le droit d'aînessç n'appartient pas à celui-ci, (a) Diogen. Laërtius, lib. II, num- ib. 'b) Voyez la remarque (CV 254 ARCHÉLAUS.

de leur nature, et qu'elles devien- nent bonnes ou mauvaises, se- lon qu'il a plu aux hommes d'é- tablir certaines lois (c). Il com- posa un ouvrage de physique, à ce que dit Suidas, et il passa pour l'auteur de certaines élégies destinées à consoler Cimon fort affligé de la mort de son épouse [d). Socrate, le plus illustre de philosopher à Athènes, et y demeura trente ans (3). Il n'est pas impossi- ble que son maître Anaximénes ait continue' de philosopher dans l'Ionie pendant une partie de cet interval- le (4). On pourrait même supposer que Diogène, son autre disciple, lui succe'da. Or, si la chaire de Thaïes ne fut point vacante dans l'Ionie, pendant qu'Anaxagoras philosophait à Athènes, il est faux qu'il ait trans- porté en cette ^ille l'ëcole de Thaïes. Un pareil transport suppose que la iSCiples, tut son successeur succession manqua par le voyage d'A- (e). Il faudra dire quelque chose naxagoras. Il serait seulement vrai d'un poète qui se nommait qu'avant que ce philosophe eût fait en parle; mais il s est contente gné parmi les Athéniens. Peut-être de nous conserver le titre d'un que Clément Alexandrin, et les au- ouvrage de sa composition.

(<-■) To (A'x.*(ov êtva.1 KoÀ To ilta-Xfov où <^viTit aiwa. vô/Jitf:. Juslimi et turpe non na- turâ constare, sed lege. Diogen. Laërtius, lib. Il, num. i6.

(d) Plut., in Cimone, paff. 481.

(e) Gicero, Tusculan.,; lib. V. Diog. Laërtius, lib. II. num. 16. Glem. Alexandr. Strom., lib I, pag-, 3oi. August., de Civit. Dei, lib. rm, cap. II.

(A) On dit qu'il fut le premier qui transporta à Athènes la philosophie.^ Plusieurs critiques ont observé là- dessus l'oppo«ition qui se rencontre entre Diogène Laè'rce et Clément Alexandrin. L'un attribue cette pre- mière translation à Archélaiis, l'au- tre à Anaxagoras.'^OwToç ('Ap;t5>^*05) «f/stv [ji.i'riyAyiv 'K^nvckÇi (i). Primus hic ( Archélaiis ) ex lonid physicam philosophiani Athenas infexit. Ce sont les paroles de Diogène Laërce^ et voi- ci celles de Clément Alexandrin: Oî/Toc {'Avct^ctyôpcLç) jUiTiiyAyiv àtto tÎÏç 'îeevioLÇ 'AfljivctÇê tJiv (TiaTpfMv (2). Hic ( Anaxagoras ) ex lonid scholani traduxit Athenas. Personne, que je sache, n'a cherché les voies de con- cilier ces deux sentimens, ou l'ori- gine de cette diversité d'opinions. Il me semble néanmoins qu'il était aisé de s'apercevoir de ce que je m'en vais vous dire. Anaxagoras vint fort jeune (i) Diogea. Laërlius, lih. II, 89, num. 16. (î) Clem. Alexandi-, Stromat., lib. II, pag. 3oi.

teurs qu'il a suivis, n'ont voulu dire autre chose, et qu'ils ne se sont pas mis en peine de s'exprimer plus exac- tement. Quoi qu'il en soit, n'en dé- plaise à Casaubon (5), il me semble que Diogène Laerce a parlé avec plus d'exactitude 5 car il faut savoir qu'A- naxagoras en sortant d'Athènes se re- tira à Lampsaque, où il enseigna jus- qu'à sa mort. Sa chaire fut remplie dans Lampsaque mjême, par Arché- laiis, son disciple (6), qui vint en- suite philosopher à Athènes (7). Ce fut donc proprement Archélaiis qui transporta d'Ionie dans Athènes l'école de Thaïes: ce fut là une vraie trans- plantation 5 mais auparavant ce n'en était pas une véritable, puisque peut- être cette école ne fut jamais vide dans le temps qui s'écoula entre le voyage d'Anaxagoras à Athènes et sa retraite à Lampsaque, ou que si elle souffi'it quelque interruption, ce- la fut bientôt réparé par le retour de ce philosophe en lonie. Ce serait en vain qu'on m'objecterait qu'il ne nous reste aucun écrivain qui ait as- suré que Diogène fut le successeur d' Anaximénes^ car je puis répondre: 1°. Que nous n'avons rien d'exact sur (3) Diogen. Laërtius, lih. II, num. -j.

(4) Ce que Diogène Laerce rapporte, liv. Il, num. 2, louchant le temps de la mort d' Anaxi- ménes, est ridicule.

(5) Casaub. sur cet endroit de Diog. Laerce, le censure et se déclare pour Clément Alexan- drin. M. Ménage /ait la même chose.

(7) lUem, ihid: ARCHÉLAUS.

l'histoire des anciens philosophes ^ et par conséquent, que ce silence n'ôte pas le droit de supposer ce que je suppose; a°. qu'Anaxagoras ayant été plus illustre que Diogène, et ayant eu un disciple qui continua la suc- cession; ayant même, comme il est assez vraisemblable, survécu à Dio- gène; c'est par lui, plutôt que par ce dernier, que l'on a marqué les successions de la secte d'ionie. Il y a beaucoup d'apparence que Sidonius ApoUinaris associe ces deux disci- ples d'Anaximènes, comme deux col- lègues qui furent l'appui de cette école: Quarlus Anaxagoras Thalelica dogmala serval: Sed divinum aniinum sentit, quifeceril orbem. Junior huic junclus residet collega, sed idem Materiam cunclis crealuris aira credens Judicat indè Deum, faceret quo cuncta(8), tulisse (9).

Voici d'autres conjectures. Nos plus savans humanistes ( 10 ) prennent pour le fondement le plus assuré de l'âge d'Anaxagoras ce que Diogène Laërce rapporte qu'au temps de l'ex- pédition de Xerxès, ce philosophe avait vingt ans. C'est de là qu'ils prennent droit d'inférer que, puis- qu'il vécut soixante - douze ans, il mourut dans la 88^. olympiade. Je ne veux rien contester là - dessus; mais j'ai à faire des difficultés con- tre ce que dit le même Laërce, qu'A- naxagoras fit le voyage d'Athènes à l'âge de vingt ans, et qu'il séjourna trente années dans cette ville. Il me paraît peu vraisemblable qu'il ait choisi pour ce voyage le temps de l'expédition de Xerxès, sous laquelle les Asiatiques ne doutaient pas que la république d'Athènes ne fût écra- sée. N'insistons point sur cela: pas- sons à d'autres instances beaucoup pins fortes. Si Diogène Laërce a rai- son, il faut dire qu'Anaxagoras ne demeura dans Athènes que jusqu'à la deuxième année de la 82". olym- (8) Cela comparé avec ce <]ue Cicéran, de NatQrâ Deorum, lib. I, cap. XI, et srtf., et saint Augustin, de Civil. Dei, lil>. VIII, cap. II, disent de Diogène d' ApoUonie, Jait voir qu'il s'agit ici de ce Diogène.

(9) Sidon. Apollinar, carni. XV ^ vs. 89.

(10) Scalig., in Euseb., num. i554, pag. io3; Petavius, Kationnr. Temporis, part. /, lib. III, cap. VIII, pag. i4o; Vossius, de Scientii» SI«tbein., eap. XXXfll, num. 4, pag. 148.

piade j car l'expédition de Xerxès tomba sur les derniers mois de la 74** olympiade, et sur les premiers de l'olympiade 73 5 mais Diodore de Si- cile n'assuret-il pas que ce philoso- phe fut accusé d'impiété à Athènes, l'an deux de la 87". olympiade (i ij? Il ruine donc le narré de Diogène Laërce: ce n'est point sans s'embar- rasser d'un autre côté; car que de- viendra ce que l'on rapporte, que Socrate, après la condamnation d A- naxagoras, devint disciple d'Arché- laiis ( 12 ); que deviendra ce que d'autres ont débité, qu'Euripide quit- ta l'étude de la physique, et s'at- tacha an théâtre, à cause du procès d'Anaxagoras (i3)? Socrate, âgé de près de quarante ans lors de ce pro- cès, selon la chronique de Diodore de Sicile, aurait-il eu encore besoin d'étudier sous un autre maître? et notez que, selon Porphyre, il se rangea auprès du philosophe Arche- laiis (14), environ à l'âge dedixsepf ans. Euripide, qui, au temps du même procès, avait plus de cinquante ans, attendit-il jusqu'à ce temps-là à faire des tragédies? Il usa si pett de ce grand délai, qu'il en fit une à l'âge de dix-huit ans (i5). Pour dis- siper un peu ce chaos, et pour trou- ver quelque méthode de lier ensem- ble ces narrations, il faut revenir à Diogène Laërce, et abandonner Diodore de Sicile; car, en supposant qu'Anaxagoras fut accusé dans l'o- lympiade 82, nous trouverons très- possible ce que l'on prétend que ce procès produisit par rapport à Eu- ripide et à Socrate. Nous pourrons présupposer que ce poëte ayant uni l'étude de la physique avec la com- position des tragédies, jusqu'au temps qu'il vit le péril d'Anaxagoras, ne s'appliqua plus qu'au théâtre depuis ce temps-là. Mais que ferons - nous d'Eusèbe, qui nous a dit qu'Arché- laiis fut successeur d'Anaxagoras dans Larapsaque, avant que de venir phi- losopher à Athènes? Cela ne peut être vrai si Anaxagoras a vécu jus- (ii)Diod. Siculas, Uh. XII, cap. XXXIX, (12) Diog. Laèrtius, lib II, num. ig.

{l[^) Voyez la Vie de Socrate, écrite par M. l^harpentier, pag. 5.

(.5) Aulus Gellm,, Ub. XV, cap. XX.

ARCHÉLAUS.

qu'à l'olympiade 88: temps où So- «rate, plus grand maître encore qu'Archélaùs, n'avait pas besoin de se mettre sous sa discipline. Il fau- drait supposer, peut-être, i". qu'Ar- chélaiis, ayant étudié quelques an- nées sous Anaxagoras dans Athènes, y prit la place de professeur dès que son maître se fut retire'^ 2°. qu'au bout de quelque temps il fut le re- joindre à Lampsaque, et y fut son successeur, d'où ensuite il retourna à Athènes, et y transplanta tout-à- fait la chaire de Thaïes. Peut - être aussi qu'il serait bon de supposer qu' Anaxagoras fut accusé plus d'une fois à Athènes, et que, s'étant retiré en lonie au temps du premier pro- cès, il fut rappelé au bout de quel- ques années par Périclès, et accusé tout de nouveau, après un séjour de quelques années. Nous avons vu (16) que certains auteurs ont dit qu'il fut accusé par Thucydide, l'adversaire de Périclès, et condamné à la mort par contumace. Or, depuis le ban- nissement de ce Thucydide, l'auto- rité fut entre les mains de Périclès pendant quinze ans (17): ce qui signi- fie que Thucydide fut chassé quinze ans avant la mort de Périclès. 11 s'en- suivrait de là qu'Anaxagoras aurait été condamné par contumace quinze ou seizeans pour le moins avant que Péri- clès mourût 5 mais, selon Diodore de Sicile (18) et Plutarque (19), il fut ac- cusé un peu avant le commencement de la guerre du Péloponnèse, c'est-à-dire, deux ou trois ans avant la mort de Périclès. On pourrait donc s'imaginer qu'il fut accusé deux fois, et mettre son retour en lonie, et son second retour à Athènes, dans l'intervalle de ces deux accusations: et, par-là, on résoudrait une assez grande diffi- culté. Socrate n'a point été l'un des disciples d'Anaxagoras, quoique Dio- gène Laèrce l'assure (20): je l'ai prou- vé (21) par une raison très-forte; et je puis la confirmer, non-seulement par le silence que Platon et Xénophon (i-)) Plutarch., in Periclf, pag. i6l. E.

(18) lib. XII, cap. XXXIX,pag. 433.

(19) Plularch., in Pcricle, pag. 169.

iio) Diog. Laërt., in Socinte, Mb. II, num. \ii) Ci-dessus, à la fin de la remarque {^) lie l'article «/'Ahaiacoras, gardent là-dessus, lorsque les circon- stances du sujet les engageaient à ne se point taire j mais aussi par le si- lence des accusateurs de Socrate, et par la réponse que leur fit Socrate. Eussent-ils manqué de lui reprocher qu'il avait été instruit par un phi- losophe que l'on avait condamné com- me un impie? Cela n'était-il pas pro- pre à le rendre plus suspect? Eus- sent - ils oublié cet adminicule? Se fussent-ils contentés de lui reprocher en général qu'il philosophait comme cet impie? et s'il l'eût eu pour maî- tre, aurait-il osé répondre ce qu'il répondit ( 22 )? Concluons qu'il n'a pas été disciple d'Anaxagoras. Mais comment comprendrons-nous qu'il ne le fut point, si nous supposons qu'A- naxagoras ne sortit d'Athènes qu'au temps que Diodore de Sicile et Plu- tarque ont désigné? En ce cas-là, Anaxagoras n'eût-il point fleuri dans Athènes lorsque Socrate était le plus en état de le choisir pour son pro- fesseur? et, cela étant, peut-on bien se figurer que Socrate n'alla point aux leçons de ce philosophe 5 mais qu'il fut à celles d'Archélaiis? Est- il pro- bable que celui-ci dressa une école dans Athènes, pendant qu'Anaxago- ras florissait dans la même viîle, ou que s'il le fit, ses leçons furent pré- férées par Socrate à celles d'Anaxagoras? Ce sont des difficultés que l'on peut résoudre, si l'on suppose que ce dernier fut chassé deux fois, et que, dans le temps qui s'écoula entre ces deux condamnations, Archélaûs philosopha dans Athènes.

Il me reste à faire une observation contre Plutarque. Il ne faut pas s'i- maginer qu'il ait cru qu'Anaxagoras mourut dans la 88®. olympiade 5 car lorsqu'il raconte les prodiges qui pré- cédèrent la défaite des Athéniens, à la rivière de la Chèvre (23), il dit que, selon les prédictions de ce phi- losophe, il tomba du ciel une grosse pierre. Ce malheur des Athéniens ar- riva l'an 4 àc la gS*. olympiade. Il serait absurde de supposer que Plu- tarquea prétendu qu'Ànaxagorasavait prédit cette chute d'une pierre vingt ans auparavant: il a donc cru que (23) f^ojei la citation {tiG) de l'artisla d'Asi.xkduMs.

ARCHÉLAUS.

ce philosophe vécut jusqu'à la gS*. olympiade. Or, c'est une grande er- reur. Il m'est fort suspect d'anachro- nisme, eu ce qu'il pose la chute de cette pierre sous la çf'i". olympiade. Pline, Eusèbe, et les Marbres d'Arun- del réfutent cela. Ils placent cet évé- nement sous la 78". (2^).

Voilà lefat pitoyable où les an- ciens, que l'on vante tant, ont laisse' l'histoire des philosophes. Mille con- tradictions partout, mille faits in- compatibles, mille fausses dates. No- tez que je n'ai vu aucun moderne qui re'fute ceux qui mettent la mort d'A- naxagorasdans la 78*. olympiade (aS); qui les réfute, dis-je, par Diodore de Sicile et par Plutarque, qui as- surent que ce philosophe fut accusé un peu avant la première année de la guerre du Péloponnèse (26).

(B) // enseigna que les animaux, sans en excepter les hommes, Jurent produits d'une matière terrestre, chau- de et humide, ] Ce qui nous reste de ses sentimens, dans les auteurs qui les rapportent, est si concis qu'on a de la peine à s'en former une idée bien distincte: Tsw*?^*! é'î <|)»5-i tx tfiôct tK ^'ipjuliç tÎîc ytiç, KO.) ikÙv Tra-pcL- 7rA«3-/av yatXstjcTi j 0(ov Tpo^iiv, àvisiVnc.

Gigni ferô animnlia ex terrœ calnre, quœ limum lacti simillimum i^elut es- cam eliquauerit. Sic et homines natos- C'est ainsi que Diogène Laërce s'est exprimé. Il venait de dire que, selon ce philosophe, les deux causes des générations étaient la chaleur et l'hu- midité (28). Il venait aussi de rap- fiorter comment l'eau, l'air, la terre, e feu, étaient sortis de ces deux prin- cipes; mais j'avoue que ne compre- nant quoi que ce soit dans ses paro- les, je ne veux point prendre la peine (i4) Pline, à Van a; Voyez ci-dessus la cita- tion (liS) de l'article d'AmikGOKis; Eusèbe, à Van 4; les Marbres li^Ârundel, à Van t. Voyez Hardouiu sur Pline, tom. I, pag. 273.

(ï5) Diog. Lacrce, liv. Il, num. 7, le fait. £iuèbe la met à l'an 4 de la 79*. oljmpiade.\ (27) Diog. Lacrtios, lib. II, p. 90, num, 17.

(28) Au lieu de ■^'i^Xf"^ 1 frigidum, i7 faut lire uypov, faamidum. Voyez M. Ménage sur tel endroit. Mais notez «/u'Hermia.s, ia Philoso- pborum Derisione, f>a^ 177, axjur* <7!/'Arché- laii» donnait pour les principes de toutes choses SiffA'iy KAi ■^fXfo" > le chaud et le froid.

TOME II.

aS^ de les copier. M. Ménage, qui les a insérées dans son Cominentauc,.sans y joindre aucune note, ignorait ap- paremment quelle en est la significa- tion. Les autres commentateurs n'ont pas été plus heureux. Ils les ont aban- données à leur obscurité: faisons-en autant, et recourons à Plutnniiie, qui a dit que, selon Archéiaiis, Pair infini, la condensation et la raréfac- tion de l'air, Tune le feu. l'autre l'eau, étaient les principes de toutes choses (29). Justin Jlartyr lui attri- bue la même opinion à peu près (3o). Cela signifie, ce me semble, qu'il admettait l'air pour la matière pre- mière, et le feu et l'eau pour les élé- mcns: mais ce n'était point son opi- nion, si l'on en croit saint Augustin; car ce père lui attribue le dogme d'A- naxagnras touchant les homœomcries, et touchant l'inlelligence qui les avait assemblées: Anaxagorœ successit au- ditor ejus Archéiaiis: etiam ipse de particules inter se dissimilibus, qui- tus singula quœque Jîerent ita oiuiiia constare putafit, ut inesse etiam mentent diceret quœ corpora dissimilia, id est illas particulas conjungendo et dissipandn agerel omnia (3i). Je crois que saint Augustin a raisonj car Sim- plicius observe qu'Archélaiis, tâcîiant d'apporter quelque explication qui lui fût particulière, ne laisse pas de don- ner les mêmes principes qu'Anaxa- goras, savoir une infinité de p;irti- cules semblables (32). Il y a beaucoup d'apparence qu'à l'égard de la pre- mière formation des animaux, ils sui- virent la même hypothèse. Nous avons vu quel était le sentiment d'Arché- laùs, et voici le dogme d'Anaxagoras: Çaïu. y(vÎTda.t ï'ç vypfjZ Kctt S-sp^oJ Kxi ytceSouç' 5ç-fpov «Tè i^ àxKMXaJv (33). Ani- mnrites primo ex humore et calnrc, terrdque mandsse, posteà ex ini^ictni natos esse. Puisqu'ils admettaient une intelligence qui tira les homœoméries de la confusion où elles étaient, il faut croire qu'ils la firent présider à la production des animaux j car s'il