SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Tribus imposloribxis (G). Je ne On conte qu'il se mit si fort à saurais croire que l'on ait gravé rire, entendant des discours sa- sur son tombeau, dans l'église les, qu'il renversa la chaise sur de saint Luc à Venise, l'épita- quoi il était assis, et qu'en tom- phe rapportée par M. Moréri (H), bant il se blessa à la tête, et L'auteur de cette épitaphe outra mourut sur l'heure (0). Il se sans doute la chose. Si l'on avait trouva mal d'avoir fait des vers raison de penser que l'Arétin contre Pierre Strozzi; car ce bra- n'aimait point Dieu, on n'en ve homme le menaça de le faire avait point de dire qu'il ne le poignarder jusque dans le lit: connaissait pas: ses ouvrages de ce qui étonna tellement ce poë- piété témoignent manifestement te, qvi'il n'osait laisser entrer le contraire (I). Je ne crois pas personne dans sa maison, et que l'on trouve dans ses écrits qu'il n'eut pas le courage de sor- aucun dogme d'athéisme; mais tir, pendant que Strozzi séjourcomme plusieurs de ses libelles na dans les états de Venise. Je attaquent violemment les désor- citerai mon auteur (P). Notez que dres du clergé, et décrivent d'un ce poëte si satirique prodiguait style profane et de débauche une les louanges avec les derniers ex- infinité d'impuretés attribuées à ces. Nous trouvons les hyper- la vie de couvent, il ne faut pas s'étonner qu'on l'ait fait passer {b) Voyez la remarque {\).

pour athée. Joignez à cela, qu'un ^^, clt',oméA\^s, dii Joly, sont au nombre mais fait des dialogues sur les peu connue..lomGinguëné parle avec éloge...i>» ',• 1 • • dans son Hisloùv d'' la /ilteratiire italienne, et n'y aurait pas employé un lan- *■ joiy dit 1557, à soisanie-cinq ans.

ARÉTIN.

boles les plus pompeuses, et les i principi daipopuU trihutati di con- n.. • Y 1 1 „^+ac /Inwic tinuo tullafia me loro schinvo e fiaflatteries les plus rampantes, dans ^,„^ Vii«f«no (,). 11 dit dans une les lettres qu'il écrivait aux rois ^^fj-g lettre, que Ton jurait que les et aux princes, aux généraux princes lui faisaient tribut, non pas d'armée, aux cardinaux, et aux afin qu'il les louât, mais de peur j 1 „„J„ Tovit qu il ne les blarnat: et il aioule que autres grands du monde lant ^..^^it ^ien se tromper, puisque la s'en faut que 1 on voie la les airs plupart des grands maîtres ne craid'un auteur qui fait craindre, gnent pas le courroux de Dieu. Reou qui exiee des rançons, que douteraient-ils ma plume? continue- I on y voit toute la bassesse d un. ^^.^^ J^^^^^. „^^,,„,^,^i',r'adi Dio, auteur qui demande très-lium- g temeranno il furore de la mia blement un morceau de pain, penna (2)? Ce raisonnement n'est II se sert d'expressions touchantes point bon: la crainte des hommes fait ' ^. t ' 1 que Ion s abstient de mille choses, pour représenter sa pauvreté: il j^^^ ^^ ^^ s'abstiendrait pas, si Ton recourt même au langage de La- ne craignait que la vengeance dinaan, je veux dire aux phrases vine (3).

dévotes qui peuvent le mieux (B) On lui donne le titre de exciter la compassion, et animer '^'^''V j* «livino Aretino.] On ne sera ,,,.,, ^ '.. pas tâche de voir ici le ingement de a la chante les personnes qui at- -- -■ tendent de Dieu la récomjjense de leurs bonnes œuvres. Il ne faut pas oublier que l'un des su- jets de ses importunités était la dot de sa chère fille Adria (Q). Il se donna mille peines pour la marier, et il la vit si malheureu- se dans cet état, qu'il se repentit de son impatience (R). Fatalité trop ordinaire parmi les hommes; car combien y a-t-il de choses qui les inquiètent extrêmement lorsqu'elles ne sont point faites, et qui les chagrinent encore plus lorsqu'elles le sont?

(A) Il n'est pas moins connu sous le titre de Fléau des princes *, que sous le nom — de Pierre Arétin.] Il se vante d'avoir cette réputation par toute la terre. Lisez la lettre qu'il écrivit à Hersilia del Monte, parente du pape Jules III; vous y trouverez ceci: In tanlo è manij'esto, ch' io sono noto al sopfiij a gli Indiani, ed il niondo al para di qualunche hoggi in bocca de la fama risuoni: che piu?

* Joly remarque que cepenclantil écrivait avec beaucoup dliumilite à l'empereur, aux rois de France, d'Aiiglulerre, de Hongrie, elc. Bayle le dit plus loin dans le lcxte\.

Montagne sur cet éloge: Platon, dit- il (4), a emporté ce surnom de Dii'in, par unconsentementunii^erselqu aucun n'a essayé luy envier; et les Italiens, qui se tuante nt ei afecques raison d'avoir communément l'esprit plus esfeillé et le discours plus sain que les autres nations de leurs temps, en viennent d'esirener V Arétin, auquel, sauf une façon de parler boujie et bouillonnée depoinctes, ingénieuses h la vérité, mais recherchées de loing et fantasques, et outre l'éloquence enfin telle qu'elle puisse estre, je ne veois pas qu'il y ail rien au dessus des communs au- teurs de son siècle; tant s'en fault qu'il approche de cette divinité an- cienne.

(C). Quelques-uns ont dit qu'il fai- sait les fonctions de Dieu sur la terre par les foudres dont il frappait les télés les plus éminentes.'] J'ai vu cette pensée dans un auteur italien, cité par un auteur allemand. Cur verô sibi arrogaverit aliorum consensu di- vinitalem, nescio. nisi forte Dei mu- nus exercuisse dicendus sit, cii.m summa capita velut celsissinios mon- tes fulminaverit, lingud corrigens et (i) Arétin, au VI^. livre de ses Lettres,fol. ii5.

(î) La même, folio 120, verso.

('!>) Voyez les Pensées sur les Comètes, nurr.. \ùi et suiv.

(4) Montagne, Essais, liv. I, chap. LI. s. la fin.

298 ARÉTIN.

mulctans quœ ab aliis castigari ne- queunt (5).

(D) Il se l'entait que ses libelles faisaient plus de bien au monde que les sermons ] Il dit dans l'épître dé- dicatoire de la seconde partie de ses Ragi^ionamenti, que si l'on ne vou- lait pas Tesliraer à cause de ses inven- tions, il fallait du moins lui accorder quelque gloire pour le service qu'il avait rendu à la vérité, en la pous- sant dans la chambre et dans les oreilles des grands, à la honte de la flatterie et du mensonge. 11 rapporte qu'un ambassadeur du duc d'Urbin disait que si les ministres des prin- ces, et leurs courtisans, étaient ré- compensés de leurs services, ils en avaient l'obligation à la plume de Pierre Arétin. Il ajoute qu'un autre disait: L' Arétin est plus nécessaire a la t'ie humaine que les prédications, parce que les prédications ne mettent dans le bon chemin que les simples; mais ses écrits y mettent les grands seigneurs. Voici ses paroles en italien; mis par leurs armes. ) J'ai lu cela dans une lettre qui lui fut écrite par Dap- tisfe Tornielli (6). On lui déclare qu'il mériterait le titre de Germani- que, de Pannonique, etc., comme au- trefois les empereurs se donnaient le nom des provinces où ils avaient triomphé. IVon sapete uoi, che con la penna uostrn in mano hauete soggio- gato piii principi, ch'ogni altro poten- tissimo principe con l'arme? La penna i'Oitra a quai non mette terrore, a quale non èjbrmidabile? a chi anche non grata, a chi non cara, ove si mostra arnica? La penna uostra si puodir, che i''hafatto trionfator quasi ai tutti i principi del mondo; che quasi tutti i'i sono tributariit, e corne injèu- dati. Meritareste esser chiamato Ger- manico, Pannonico, Gallico, His- panico, e finalmente insignito di quei titoli, quali si dat^ano a gli antichi Iniperadori Romani, secondo le pro- i^incie per loro soggiogate: che se quelli soggiogacano le prouincie per jorza d'arme, e per esser piîi di loro Ç)uando io non fossi degno di honor potenti, non era granmerai^iglia; mag- t'eruno, mercè de le inuenlioni con le giormerauigliaassaiè, che unprit'ato.

quali do Vanima a lo stile, merilo pur qualche poco di gloria per ha^'ere spinto la verita ne le camere, e ne le orecchie de potenti ad onta de l'adu- latione,e de la nienzogna: e per non difraudere il mio grado, usero le pa- role stesse del singulare M. Gianiaco- po, ambasciadore d'Urhino: JVoi che spendiamo il tempo ne seri'igi de prencipi insieme con ogni huomo di corle, e non ciascun virtuoso, siamo riguardati e riconosciuti da nostri pa- droni, bonla de gastighi che gli ha dati la penna di Pietro. E lo sa Mi- lano, corne cadde de la sacra bocca di colui, che in pochi mesi mi ha arrichito di due copped'oro: VAretino è piic necessario h la i'ita humana che le predicalioni, e che sia il fera esse inernie, haggio soggiogato infiniti potenti: che l'un patente V altro, non è merafiglia.

(F) On l'encourageait...à satiri- ser les princes, ajîn qu'ils se corri- geassent.^ C'est le marquis du Guast qui lui fit cette exhortation, dans une lettre qu'il lui écrivit de sa propre main (7). Il ne demandait pas d'être privilégié: il voulut bien que ses défauts fussent censurés par l'A- rétin 5 et il l'exhortait à le faire. 11 y a bien de l'apparence qu'il était sûr qu'il ne serait pas pris au mot. L'A ré- tin ne confondait pas les amis avec les ennemis: il ne faisait ses exécutions que sur ceux qui avaient négligé de s'en racheter. Seguite dico col solito animo, c'est ce que le marquis du pongonoinsu ledritle strade lepersone Guastlui écrit, ese in me uostro amico semplici, ed i suoi scritti le signorili, alcuna cosa men chelaudahile conosed ilmio nonè i^anto, ma un modo di procedere per soslener se medesimo os- seruato daEnea, dowe non era conos- ciuto.

(E). On lui écrirait que sa plume lui m'ait assujetti plus de princes que les plus grands rois n'en auaienl sou- (5) Jacobus Gaddius, de Scriptorlbtis non Icclesiaslicis, iom. I,pag. i3, apud SpnfWum^ in Felice LiteiatO, pag- "'■ cete, ricordatei'i di non lasciar di riprenderla: accioche fatto accorto de/l' error, corne desidero, lofugga, e divenga migliore. Seguite lo stil uostro, che di nuo^'O ue ne prego: (6) Elle est dans un recueil publié Van i558, à Venise, appresso Dominico Giglio, 1/1-8"., au feuillel 128 i-cito du I". livre.

(7) Elle est au feuillet 44 du second livre du recueil dont on a vu le litre dans la citation pré- ce'dente.

ARÉTIN aecioche, se i defettl con uerita sa- combien on promène cette proposi- ranno in altii trouati, si t^ergognino, tion du père Mersenne. e i'ergognandosi, e mendandosi fug- (H) Je ne saurais croire qu'on ait gano dal vilio alla uirlii. Ondeirei grafé sur son tombeau l'épitaphe rap- dii>enuti buoni, abbraciali con essa portée par M, Morëri.'\ Il ne dit point uirtii, si confermino nel bene. Del positivement et précisément que cette che quanlo in cio l'humana repub. épitaphe ait ete' gravée sur le tombeau si at'anzi; la giudichino quelli, che de Pierre Arétin, dans l'église de lo sanno meglio inlender, cli io no'l Saint-Luc: mais il n'y a personne so esprimere. qui ne soit en droit de supposer que (G) On lui attribue mal à propos le c'est ce qu'il a voulu dire; car il s est livre de Tribus Impostoribus.] Nous exprimé de cette manière: « Il mou- aurons peut-être occasion d'examiner » rut à Venise, où il est enterré dans amplement cette matière, et de faire )> l'église de Saint-Luc. Voici son voir qu'il y a très-peu d'apparence » épitaphe: que ce livre ait jamais existé. M. l'abbé Nicaise, l'un des plus hon- nêtes hommes de ce siècle (8), qui a des habitudes avec tous les savans de l'Europe, au nombre desquels il tient une place très-honorable, eut la bonté de m'en voyer l'année passée (9), une très-curieuse dissertation de M. de la Monnoie, son compatriote (10), sur le livre de Tribus Impostoribus. Elle est remplie de remarques très-bien » Condil Aretini cineres lapis i'te sepullos, » Murlales alro qui sale perfricuil.

» Intacius Deus est illi, causainque rogatus • Hanc dédit: ille, inquii, non mihi notus » Elle est plus ingénieuse en italien. » en ces termes: » Qui giace VArelin poêla Tosco, • Che d'ognun disse tnalo che (16) di Dio, » Scusandosi col dir' io no'l conosco. » Il n'y a rien dans le narré de M. Mochoisies, et mériterait extrêmement réri qui puisse faire soupçonner le d'être imprimée (*). iM. de Beauval moins du monde que ces quatre vers vientd'en donner un petitextrait(ii). ne sont pas l'inscription même du L'auteur montre, par de très-fortes tombeau de l' Arétin *. C'est donc raisons, que ce livre est une pure tromper tout lecteur qui n'est pas chimère. Grotius a cru, et peut-être capable de se tirer d'un mauvais pas sur un mauvais fondement, que l'on par ses propres réflexions. C'est en a parlé de ce livre avant que l'Arétin particulier tendre un piège aux pro- fùt au monde. Il dit que les ennemis testans qui, à moins que d'aller un de Fridéric Barberoussc l'accusèrent peu bride en main, se portent à croire d'avoir fait composer ce livre (12). Il qu'il n'y a presque point d'objet de devait dire que Fridéric II fut accusé scandale que les Italiens n'admettent d'avoir dit que le monde avait été dans leurs églises. Plusieurs donc trompé par trois imposteurs (i3). Le d'entre eux croiraient aisément, sur bon père Mersenne a débité qu'un de la parole de M. Moréri, que le pa- ses amis, qui avait lu le livre en ques- triarche de Venise souffrit, non-seu- tion, y avait reconnu le style de lement qu'on enterrât un athée ea Pierre Arétin (i4). Chansonsque tout terre sainte, mais aussi que l'on ex- cela. Néanmoins on ne saurait dire posât aux yeux du monde dans une église l'épitaphe de cet athée en quatre vers qui tournent la chose en plaisan- terie. Pour moi, je ne saurais croire que la corruption et la négligence du clergé soient jamais allées jusqu'à souffrir de semblables inscriptions sépulcrales dans une église. Je crois donc que les quatre vers rapportés (8) Voyez Vêlage quon lui donne dans le Ménagiaoa. {Toni. Il, pag. 6S,edit. de Pans, (10) Ils sont de Dijon.

[*) Elle l'a élé en iniS, à la fin du T. IV du Menagiana, éd. de Paris. ADD. de l'édition d'Amsterdam.

(n) Histoire des Ouvrages des SaTans, mois de fe'vrier i6q4, png- 278, 279. Il a rapporté l'e'loge que le Ménagiana donne h M. de la iVIonnoie.

(it) Grotins, Âppend. ad Comment, de Aa- tichristo, pag, li'i.

(i3) Vide Oeckhcniin, de Scriptis Adespolis, pus- 374, edit. aniH 1G86.

(i5) Voelius, Disputation., vol. I, pag. 206, et Spizrlius, Atheism. Scruùnio, pag. 18.

(•G) Iljallail dire mal fuor che.

* Joly dit gravement qu'on pcnt tenir pour certain que celte épitaphe ne fut jamais gravée sur le tombeau d'Arétin.

ARÉTIN.

ARÉTIN.

par M. Morëri sont une de ces pièces satiriques que l'on fait sur la mort des gens, et à qui l'on donne le titre et la forme d'épitaphe. Combien en fit-onde semblables sur le cardinal de Richelieu, et sur le cardinal Mazarin! Ceux qui font l'éloge des hommes il- lustres, et qui, à l'exemple de Paul Jove, se plaisent à rapporter leurs épitaphes, devraient toujours expli- quer si ce sont des vers qui aient e'té gravés efi'ectiveraent sur le tom- beau, ou s'ils ont été simplement un jeu d'esprit. Si l'on avait eu cette précaution à l'égard de l'Are tin, on ne verrait pas dans leThéâtre de Paul Frehérus, et dans le Félix Litteratus de Spizelius (17), que les quatre vers en question se lisent sur le tombeau du personnage à Venise (18). Un théo- logien d'Utrecht assure que l'épita- phe de Pierre Arétin, insérée dans les éloges de Paul Jove, et celle que Pazzi a rapportée, témoignent que c'était un grand apôtre de l'athéisme. « Arelini epitaphium, apud Jovium » in Elogiis virorum doctorum, dit- '> il (19), et alterum, apud Ginzeppe '> Pazzi, indicat qualis et quantus ■"" atheismi prœco Jiœrit; sic enini " Pazzi in libro cui tit. Continua- « tione délia monstruosa farina 5 « Qui giace VAreUnipoéta Tosco (20), » Che disse mal d'ogn'unjuor che di Di»; » Ma si scuso dicendo, no'l (21) conosco. » Aliter sic: • Qui giace estinto quelV amaro Tosco, " CK'ugii' huom vivendo con mal dir trafisse. » Vero è che mal di Dio giamai non disse, « Che SI scuso dicendo io no^l conosco. >» Sur cela, j'ai à dire premièrement, que Paul Jove ne rapporte point l'épitaphe de Pierre Arétin. Comment la rappor- terait-il, puisqu'il mourut avant lui? C'est celle de Léonard Arétin qu'il rap- porte; mais elle ne contient rien qui donne la moindre atteinte au chris- tianisme du défunt: elle ne touche à la religion, ni de près, ni de loin. En second lieu, il n'y a nul fond à taire sur les deux épitaphes italien- nes:, car elles ont été faites sans (18) Venetiis sepiiltus jacet, ciim lioc Epita- phio, Condil Aretini, etc. Paulus Frelict., in îhcalro Viror. iUiistriiim, pag. 14G1.

(ig) Voelius, Disput., tom. I,pag. 20G.

(20) Il fallait Tosco.

(21) Jlfallail io no'l.

aveu, et n'ont point e'té gravées sur le tombeau. Ce fut un jeu d'esprit de quelque poète satirique. Spizelius a copié presque mot à mot toutlepas- sage de Voétius sans le citer (ia). Notez que Lorenzo Crasso(23) insinue encore plus clairement que Moréri, que les quatre vers latins sont sur le tombeau de cet athée à l'église de Saint-Luc.

Mettons-ici un bon Supplément(a4). C'est la coutume, parmi les catho- liques, d'attacher à quelque colon- ne, ou ailleurs, près du tombeau des morts, et surtout des morts de réputation, des inscriptions fu- nèbres en papier. La vérité est que ces inscriptions sont et doivent être toujours à la gloire du défunt. Mais l'Arélin ayant été un homme d'un libertinage distingué, il est forfe possible que quelque railleur, pen- dant ou après l'enterrement, ait porté dans l'église de Saint-Luc, l'épitaphe rapportée par Moi'éri, et par tant d'autres avant lui. C'est ainsi qu'il faut entendre les paroles du Ghilini, qui s'en est même ex- pliqué assez clairement dans ce sens, quand, après avoir dit, e sopra il suo sepolcrofit posta questo, epitafio, » Condit Aretini cineres, etc-, il ajoute immédiatement, Jîi pari- niente appeso alla sua tomba quest' altro quasi tradotto dal sudetto, che l'a attorno nella bocca sino délie persone idiote, » Qui giace V Arétin, etc.

L'épitaphe italienne, de la ma- nière dont le Ghilini la rappor- te, est plus correcte de beaucoup qu'elle n'est dans le Pazzi, dans Voétius, ni dans Moréri • et je ne comprends pas ce dernier, quand il dit qu'elle est plus ingéniejïse que la latine. Il me paraît aussi que lui et le Ghilini se sont trompés, d'avoir pris l'italienne pour une copie de la latine. C'est à mon avis tout le contraire; et ce qui me le persuade, c'est que l'italienne est rapportée dans les nouvelles Récréa- tions imprimées sous le nom de (22) Spiielii Scrutinium Atheismi, pag. 18» , (2S) A la page 38, du premier lome de ses Eloges. (24) M- «JïlaMonnoie, remarques manuscrites.

ARETIN.

3oi » Bonaventure des Periers, Jrt-i6, à » Paris, en 1572 (*), et qu'on ne me » montrera la latine nulle part dans » un livre aussi ancien 11 y a des » fautes dans l'ëpitaphe italienne de » l'Aretin produite par Moreri et » par Voétius la plus correcte est » celle qui se lit en ces termes dans » le Ghilini: » Qui giace l'Aretin amaro Tosco n Del sem' human, la cui linguatrafisse » El vivi, et morti: d'Iddio mal non disse, » E si scuso, co'l dir, io no'l conosco. ■> Ceci, bien loin d'énerver ma critique de Moreri, en est plutôt la confirma- tion.

Dans les entretiens que j'eus l'an 1696, avec le père Coronelli, qui ac- compagnait les ambassadeurs que la république de Venise envoyait en Angleterre, je lui demandai ce qu'il J^ n'en crois rien Notez, je vous prie, ces paroles de M. Misson: « J'ai peine à croire qu'on » ait tourné en épitaphe, comme » quelques-uns m'en assurent, la » mordante épigramme qui a été faite » contre l'Aretin. A tout hasard, je » mettrai ici la copie qu'on m'en a j) donnée (26). » C'est dommage qu'il n'ait jamais trouvé ouverte l'église de Saint-Luc: il y alla plusi-ig-s fois tout exprès pour y t^oir te lombeau de l'Aretin. S'il avait pu la visiter, il nous fournirait une bonne décision. Les journalistes d'Utrecht, en parlant de son voyage, rapportent les quatre vers, Coiidit Areùni cineres, eic. et déclarent qu'on dit qu'ils sont gravés sur le tombeau de ce satirique, cujiis sepulchro sequentes uersus inscripli esse dicuntur {•2']). Encore un coup.

pensait de l'épitaphe de l'Aretin. Il me répondit qu'il ne la croyait pas telle que Moreri la rapporte, et il me promit de s'en informer. 11 m'écrivit de Venise, le 2 de novembre de la même année, et me marqua qu'il était très-vrai que l'Aretin fut en- terré dans l'église de Saint-Luc 5 mais qu'il n'avait pu encore rien dé- couvrir touchant 1 épitaphe. Il m'en- voya un passage tiré (aS) du f^enelia descritta dal Sansot^ino, coll' Addi- tioni del Martinioni: Voici ce qu'il contient: P^i dorme parimente in un deposito posto in aria quel Pietro Are- tino, il qualej'u cognominato flagello de prencipi, per la licentiosa presun- lione délia sua mordacissinia penna, ed il quale morendo perde del tutlo il nome: poiche essendo ignaro di letlere, e opérande perjbrza di natura ne' suoi caprici, hebbe dopa morte il merilato premio délia sua petulantia: conciosia che essendo le cose sue repulate dalla Chiesa poco chrisliane, fiirono uietale del tutto a lellori, e si sarebbe djj'alto cancellata la memoria, se l'Arioslo burlandosi del titolo ch'egli si haue^a preso indebitamente, nonhai'essedetto nelFurioso: i.. Ecco il Jlagello De Prencipi, il divin Pietro Aretino.

(*) Je cite cette édition, parce que dans la première, qui est de Lyon, in-8°., cAm Robert Granjon, en i558, moins ample de 35 contes que celle-ci, l'e'pitaphe de l'Aretin n'est point rnpporle'e.

(I) On a tort de dire qu'il ne con- naissait pas Dieu: ses oui^rages de piété témoignent manij'eslement le contraire.^ Paul Freher rapporte que quelques princes d'Italie, mauvais imitateurs de l'empereur et du roi de France, qui faisaient des présens à l'Aretin pour n'en être pas déchirés, lui firent donner cent coups de bâton, et que ce cluUiment eut un tel eflét, que cet auteur renonça aux satires et aux libelles diffamatoires, et ne fit plus que des livres de piété: Quidam principes Italiœ miniis sibi conuenire existimantes donis eum ajjicere, jus- tibus * ad mortem iisque cœdere per alios curârunt, et hoc modo linguam ejus maledicam refrenârunt, qui dein- ceps ascriptis satiricis abstinens sacra scripsit, non sicut priora per inquisi- tionem prohibita (28). Il lui arriva donc la même chose, à quelques différences près, qu'à ceux dont Horace dit dans la première épître du 11'^. livre, v. i54, Verlére modum formidine fustis Ad béni dicendum deleclandumqiie redacti.

(26) Missoa, Nouveau Voyage d'Italie, tom. I, pag. 281, e'dil. de la Haye, en 1698. Ce Voyage a été' si bien reçu du public, el avec rai- son, qu'on l'a df'jà imprime' trois fois.

(2']) Hiblioth. librorum novorum, tom. III, pag. 63o.

^ Joly dit que jamais les princes d'Italie ne maltraitèrent Arétin, et que ce fut l'ambassa- deur d'Angleterre qui lui dt donner des coups de bâion en septembre ou octobre i547.

(28) Frelieri Tlieatr. Viror. illustrium, pag. 1461. Ghilini dit la même chose dans la page 192 de la première partie de son Teatvo.

do2 ARETIN.

Je ne toucherai que deux différences, dévotion ont été composés en divers La première, c'est qu'il n'en avait pas temps par l'Arétin j les premiers avant été quitte pour la peur: le bâton sa conversion, les derniers depuis sa avait effectivement joué sur ses pau- conversion. M. Moréri lui attribue vres épaules. La seconde est qu'il ne d'avoir fait sur la Jîn de ses jours les divertit pas beaucoup en changeant ouvrages de piété; je doute fort de de style; il était sorti de son élément, cela; car il dit lui-même dans l'épître On ne signale guère son esprit, quand dédicatoire de la II®. partie de ses on se met sur le tard à faire des livres Ragionamenli, qu'il se piquait prinde dévotion: cela soit dit selon l'hypo- cipaiement de travailler vite, et de thèse du sieur Freher, que j'examinerai tirer de son propre fonds: et pour ci-dessous. Mais le bon de l'aflaire prouver la fécondité et la promptiest, qu'au sentiment de quelques per- tude de sa plume, il étale le titre de .sonnes les livres qu'il fit en ce genre plusieurs ouvrages qu'il avait faits en sentent un homme bien converti. On très-peu de temps, les uns sur des n'ignore point quelle a été la conuer- matières de dévotion, les autres sur siondu fameux Crétin. On n'a trouué des matières de gaieté: Tutto è cianrien en lui qui ne fût changé, jusqu'à cia, eccetlo il Jar tosto, e del suo.

son nom; et quelques-uns prétendent Eccovi la i salnii, eccovi la historia di qu'il Y a si bien réussi, qu'il n'est Chi'isto, eccoui le comédie, eccouiil presque pas possible de reconnaître dialogo, eccoi'i i volumi divoti ed dans les Hures de dévotion de Par- allegri, seconda i sogetti, ed ho partenio Eliro (29), les marques du torito ogni opéra quasi in un di, e per vieil homme, qui sont si fortement che sijornisca di uedere cio che sa Jar empreintes dans V ouvrage de Pietro la dote, che si ha ne le fasce, tosto Aretino (3o). On a recueilli des con- udiransiifurori de Parniie lepassioni versations de M. Ménage une chose d'amore, che io doverei lasciar di qui doit avoir ici sa place: « L'Arétin cantare per descrivere i gesti di quel i> a fait aussi des œuvres de dévotion, Carlo Àugustn. Sa paraphiase sur les 3> et cela a fait dire de lui, ubi benè, psaumes pénitentieis était déjà tra- 5) nemo meliùs; ubi malè, nemo pe- duite en français, et imprimée à V jiis...Voici une épigramme sur la Lyon, l'an i54o. Sa paraphrase sur j) Paraphrase des sept psaumes de la la Genèse, avec la vision où Noé » pénitence parTArétin: * Si ce livre unil le destin » De David et de VÂrélin » Dans leur merveilleuse science, » Lecteur, n'en sets pas empêché: » Qui paraphrase le pe'ché, » Paraphrase la pénitence (3i). » Notez qu'à la seconde édition du Mé- nagiana on a ôté le ubi benè, nemo connut les mystères du f^ieil et Nouveau Testament, fut imprimée à Lyon, en i542, traduite de son ita- lien (32). Qui oserait dire qu'en ce temps-là cet auteur avait renoncé à ses péchés et à ses libelles? Quoi qu'il en soit, voici le titre de quel- ques-uns de ses ouvrages de dévo- tion: Specchio délie opère di Dio; meiiiis, et qu'on a dit, qu'en matière Paraphrasi sopra i sette salnii; f^ita de dévotion, on ne peut souft'rir le délia beata Firgine; Humanita del style d'Arétin, et que c'est la chose Figliuolo di Dio; f^ita di santo du monde la plus pitoyable que les Tomaso d'Aquino; P'ita di santa Vies de J. C., de la f^ierge, de Catarina f^irgine e Martire (33). saint Thomas d'Aquin, la Genèse, Voici la confirmation complète de et la Paraphrase sur les psaumes, soit ce que j'ai avancé (34). « L'Arétin ne pour les pensées, soit pour l'exprès- j, composait des œuvres de piété sion. ■» que pour exercer son imagina-