SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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pie de ce recueil. 0n leur déclara que Chron. lib. 2. Pisistrati jussu Arisî"on souhaitait que chacun d'eux, travaillant à part, mît ces vers dans le meilleur ordre qu'il pourrait. Après qu'ils eurent exécuté cette commis- sion ils s'assemblèrent par les ortarchus Homeri rapsodiam recensuit, et in 34 partes pro numéro elemen- torum distribuit. Jason de Nores in Artem Poëlicani Horatii, Aristar- chus miro quodam acumine castiga- bat veterum scripfa, atque ideô col- (4i) Guill. Saldénus, de Libris, piig'. 43/ '^ ligendis Homcri versibus prœpositus ' fuit: In quibus uides miros anachronismos. Primas, qui Arislarchum sub Pisistralo collocat. Secundus, qui Ci- (44) Allatius, de Patriâ Homeri, pag. g3 et fcif. Il dit que ces comnieittaires ne sont pas imi>nmc's.

avait du, pitg. i3, ArisUrclius Grammat supra mille Commentarios signavit: il devait dite, comme Suidas, snpra octingcntos.

(4^) Voyez la fin du paragraphe VI de ce Projet, à la fin du XV', volume de ce Dic- tionnaire.

(43) Le Fèvre, seconde Jouroaline, pag. 48, e'dition de Hollande, ARISTARQUE.

nœlhum Chium asserit prirnum Homeri poësim dispersant récitasse. Cùrn uler- que post Pisistrati temporafloruerit. Cinœthus enim, si Pindari scoliastœ crediniHS in IVemeon, od. 2, sub olym- piade sexagesimâ nonâ apud Syracu- sas Homeri carmina ifo.^âS'na-i (45).

(E) Cicéron et Horace se sentirent de son nom, pour désigner un cri- tique très-rigide. ] Consultez la Ha- rangue contre Pison, vous y trouverez ces paroles: J^eriim tamen, quoniam te non Aristarchum, sed Phalarim Grammaticum habemus, qui non no- tant apportas ad malum uersum, scd Poêlant armis persequare, scire cupio quid tandem isto in fersu reprehendas, Cédant arma togœ (45*) Le même orateur déclare qu'il redou- tait les coups d'ongle de son ami Atti- cus. IVostrum opus tibi probari lœtor; ex quo avât) ipsa posuisti quœ mihijlo- rentiora sunt i^isa tuo judicio. Cœrulas enim tuas miniatulas illas extimesce- bam (46J. C'est ainsi qu'on s'exprime- rait aujourd'hui, pour signifier les censures qu'un lecteur voudrait mar- quer à la marge de quelque livre, et les cœrulas miniatulas du passage que je rapporte. Atticus était donc un de ces amis fidèles qui examinent sévè- rement les compositions de leurs amis. Pour marquer cela, Cicéron l'appelle son Aristarque. Quid multa? tolum hune iocum, quem ego t^ariè meis ora- tionibus, quarum tu Aristarchus es, soleo pingere, dejlammâ, âeforro, ( nosti illas Ànxi/Ôar/ç ) ualdè grai'iter pertexuit (47)- Les vers d'Horace que je vais citer donnent une idée qui est une forte preuve de mon texte.

y^ir bonus et prudent fiersui reprehendel inertes, Culpabil duras: incomplis allinel alruin Transverso calamo signant 1 ambiliosa recidel Ornamenta: pnriim claris liicein darWcoget: jérguet ambiguë dictum; mutanda nolabit; Fiet Aristarchus: nec dicel: Cur ego amicum OjlJ'endam in nugis {!fi)?

(F) Quelques-uns lui attribuent une pensée que d'autres donnent, ou h Théocrite, ou à Isocrate. ] On rap- porte ce bon mot d'Aristarque: « Je f45) Allatius, de Patriâ Homeri, pag. 96,97. (45*) Cic., Oral, in L. Pisonera, cap. XXX.

(46) Cicero, ad.\tticum, lib. XVI^ Epist. XI.

(47) Idem., ibid., lib. I, Epist. XIV.

(48) Horat., de Ane poëticâ, vs. 4 |5.

i> ne puis pas écrire ce que je voudrais, » et je ne i>eux pas écrire ce que je » pourrais (49). » Voilà ce que dit M. Dacier sur ces paroles d'Horace: Si quantum cuperem, possem quoque (5o).

Jusqu'ici, aucun des auteurs que j'ai consultés ne m'a conduit à la sour- ce; mes recherches ont été encore plus inutiles qu'à l'égard de la pro- phétie d'Aristarque. C'est ce qui me fait souhaiter passionnément que M. Dacier, et plusieurs autres qui lui ressemblent en cela, veuillent avoir la bonté de se défaire de la coutume de ne point citer. Craignent-ils que le grand et le beau monde, pour qui ils travaillent, ne juge que les cita- tions sentent trop l'auteur, le pays latin, l'université? Mais j'ai de la peine à croire qu'un comte de Gui- che (5i), par exemple, eût été fâché de savoir où l'on trouve qu'Aristarque a dit ce bon mot, et qu'on l'a traité de Prophète. Toute dame qui aime l'érudition serait encore plus aise de savoir si Plutarque, ou Arislote, rap- portent un fait, que de savoir en gé- néral qu'on l'a rapporté. Cela soit dit en passant. Revenons à notre texte. Nous lisons dans les recueils de Sto- bée, que Théocrite, interrogé pour- quoi il n'écrivaitpas, répondit: Parce que je ne pourrais le faire comme je voudrais, et que je ne ueux pas le faire comme je pourrais. 'Efû)T«âê/î /iÀti o'j ov Swa/AOLf àç éi j'ôvctjust.i, où yêoyxo- Mai(52). Isocrate, étant à la table de Nicocréon, roi de Cypre, fut prié de discourir: il n'en voulut rien faire, et allégua cette excuse. Ce que je sais n'est pas de saison, et ce qui serait de saison, je ne le sais pas. 07; /j.h iyà «Tsivos, ouX ô vt/v xitipôç" OÎÎ (Ts ô vûv XAI- foç, ouK iyà «Tsivôç (53). De quibits ego fini fiabeo dicendi rébus, cas occasio non admittit: de quibus aiitem dicere jani esset lempestiuum, de iis nihil (49) Dacier, Remarqaes sur l'Epîtré I du II*. liv. (î'Horace, pag. 435.

(50) Horat., Epist. I, Ub. II, vt. 256. (5i) On dit dans la.ruiIeiiuMénagiana, pag.

6, e'dilion de Hollande, que ce comte, au rai- lieu de ses plaisirs et de l'embarras de la cour, ne laissait pas d'étudier an moins règlement trois heures par jour.

(52)Stobœus, Serm. XXI, de Cognosc.sejpso.

(ai) Plntarchus, in Vilâ Isocrat., pag. 838, F. Vorez-le aussi Symposiac., tib. I, cap. I, 33o ARISTARQUE.

faieo eloqui. Cela me fait souvenir de clvo/Acthiitç: heis libreis contra analo- cette pensée de Se'nèqiie: « Je n'ai ja- giam alque Aristarchum est nixus (60). :» mais votrla plaire au peuple, car il Si Varrou a parle là de Cratès Mallo- « n approuve point ce que je sais, et » je ne sais point ce qu'il approuve. » Jyunquam volui populo placere, nam quœ egoscio non probat populus, quœ probal populus ego nescio (54)- (G) // eut beaucoup de contesta- tions dans Pergame, avec le gram- mairien Cratès (55). ] Les paroles de tes, il est vraisemblable que Suidas a pris l'un pour l'autre \ je veux dire que Cratès Mallotès, et non pas Cratès de Pergame, a été l'émule de notre Aristarque. Je ne sais si jusqu'ici les commentateurs de Suétone se sont jamais avisés de le critiquer sur un point de chronologie dont je m'en vais Suidas sont expresses là-dessus: Ko*- dire un mot. Il débite que Cratès Mal Sïïty.tKKtic-a.'Ta h Tlipyx/uicc (56). Cum Cratete granimatico Pergameno, Per- gami scepissiniè cnntendit. Casaubon, en vertu de ce passage, soutient que l'antagoniste d'Aristarque ne fut pas Cratès Mallotès, mais un autre Cratès natif de Pergame (57). Comme ce Cra- tès Mallotès était contemporain d'A- ristarque, et fort connu du roi de Pergame, on jugerait aisément que ce fut lui qui disputa en plusieurs rencontres avec Aristarque. C'est pour- quoi il est bon de prendre garde que Suidas donne le surnom Pergaménien à l'adversaire d'Aristarque. Peut-être se trompe-t-il, car ceux qui citent Cratès de Pergame nous le font bien moins connaître comme un grammai- rien, que comme un historien (58), et il est sûr que la grammaire était l'é- tude principale de Cratès Mallotès. Lisez ce passage: Primas quantum opinamur studiuin gramniaticce in ur- bern intulit Crûtes Mallotès Aristarchi œqualis, qui missus ad senaturn ab Attalo rege inler secundumac tertiuni belluni Punicuni, sub ipsam Ennii niortem, quiim in regione Palatii pro- lapsus in cloacœ foramen crusj'regis- set, per onine legationis siniul et va- letudinis tenipus plurimas ÀKpoxTuç subindè Jecit assiduèque disseruil, ac nostrisexeniplofuitadimitandum(5oi). C'est de Cratès Mallotès que l'on en- tend ordinairement cet endroit de Varron: Cratès nobilis grammaticus, qui J'rctus Chrysippo homine acutis- sitno, qui reliquit sex libres Têpi tm?

(54) Seneca, Epislolâ XX/X, pag. sig.

(55) Suidas, m'ApiV«tp;toî- (5G) Idem, ibid.

'j';) Casaubon, in Suctou. de Ulu.str. Grain., cap. II.

(58) Vojei Vossius, de IIi>t. Giaecis, png. 6^'^.

(5n) Sneton. de illininli '^•rammU., cap. JI lotès vint à Rome, au nom du roi Attalus, environ le temps qu'Ennius mourut. La mort de ce poète tombe sur l'an de Rome 585. Or, en ce temps- là, celui qui régnait à Pergame se nommait Eumènes. 11 commença de régner l'an 5S6 de Rome, et il mourut l'an 596, laissant la tutelle de sgn fds et la régence, à son frère Attale. Si donc Cratès Mallotès fut député aux Romains par cet Attale, l'exactitude chi'onologique ne souffre point que l'on assure qu'il fit ce voyage environ le temps qu'Ennius mourut. Mais néan- moins Suétone nous fournit de quoi confirmer l'opinion de ceux qui font fleurir Aristarque sous Ptolomée Phi- lometor dans la i56^. olympiade (61). Eusèbe et Suidas sont de ce nombre.

Vossius n'a point suivi Suétone, car au lieu de dire qu'Aristarque et Cratès Mallotès ont été contempo- rains, il a dit cela de Cratès Mallo- tès, et d'Apollodore, disciple d'Aris- tarque (62). Je ne prétends point que ce soit une fausseté, car on peut bien être contemporain, et du maître, et du disciple; mais je remarque par oc- casion qu'il s'est abusé dans une autre chose: il a cru qu'une pièce de théâ- tre, qui fut traduite par Ennius, et qui était appelée V Achille d'Aristar- que, ne portait ce nom qu'à cause que ce grand crilique l'avait corrigée. Ab hoc et ^etus quœdam comœdia, quant Ennius postea transtulit, dice- hatur Achilles Aristarchi. Meminit ejus Plautus (63). At sic non aliâ de (60) Varro, de Linguâ latinâ, lih. VIII ^ inilio, foyez ans ri ttv. VII, pag. 97. Voyex dans Vossius, de Illst. Gra;c., pag. 347 t P'"" Meurs autorités qui manquent que Craies Mallo- tès e'iail t;rain.mairien.

(61) Elle répond a lafn du VI*. siècle de Bum,: (62) Vossiu:., de Aile grammnlicà, lib. /, (6''.} PLitit.,;>i Piologn Prenuii, vs. i.

ARISTÉE.

causa vocahalur, quam quod ab eo ignorassent en quel temps avait vécu esset emendata. C'est une erreur. Cette Aristarque. 3°. Je ne crois point que pièce ëtail une tragédie d'Aristarque personne dise que ce grammairien de Tége'e, contemporain d'Euripide Voyez Scaliger (64)- (H) IL sorlil de son école jusqu'à quarante grammairiens. ] On peut le compter pour un chef de secte, té- moin ces paroles de Varron: Relin- quitur de casibus, in quo Aristarchei suos intendunt nerf os (65). Hoc in ora- tione diligentiùs quant alii ab Aris- tarcho grammatici (66). Voyez aussi les railleries d'Herodicus {6n). Il paraît par Suidas, que l'école d Aristarque subsista pendant quelques siècles dans Alexandrie (68).

(I) J'aurai quelque chose à dire contre Moréri. ] i°. Il s'est laissé abu- ser par Vossius, quand il a dit qu'A- ristarque était de Samos (69). 2°. 11 n'y a rien de plus inutile que d'obser- ver qu'Aristarque fut contemporain de Craies (70). C'est expliquer une chose obscure par une chose plus obscure, obscurum per obscurius. Il y a eu plu- sieurs Cratès. Diogène Laè'rce en compte dix, les uns philosophes, les autres poètes, ou grammairiens, ou orateurs, ou géomètres, etc. (71)- Ils n'ont point vécu en même temps, ils n'étaient pas du même pays: qu'y a-t-il donc de plus inutile, que de marquer qu'Aristarque florissait au temps de Cratès? Le plus célèbre de tous ces Cratès est le philosophe cyni- que. Ainsi, le sens le plus naturel des })aroles de M. Moréri est qu'Aristar- que a été contemporain de ce cyni- que: or cela est très-faux; il y a de grands intervalles entre l'un et l'au- ti'e (72). Cette censure ne regarde point Suétone, qui a dit que Cratès Mallotès était contemporain d'Aris- 1 arque 5 car il n'y avait guère de gens de lettres au siècle tle Suétone qui (64) Scaligeri Animadv. in Eusebium, nam.

(65) Varro, de Liuguâ latinâ, lib. VU, (66; Idem, ibid., lib. IX, png. i34. ^67) Àpud Atbeaaeuin, lib. V, injînc.

(69) Vossius, de Poètis Graecis, pag. 67.

(71) Diog. Laerl.,in Vilis Philos., lib. IV, (72) Diogène Laërce, liv. V, num.?<■), du tjiicCraté.t le Cynique jTorissaiteiwiron la ii3^. ij'> inpiade.

composa neuf lucres de corrections de tlliadeetde l' Odyssée. C'estdeCratès Mallotès, que Suidas assure cela (73), comme Vossius l'observe (74)- Moréri n'a point entendu les paroles de Vos- sius. 4°- Il est faux que Ptolomée La- thurus fût fils de Ptolomée Philomé- tor. 5°. Je crois qu'au fond il est vrai que notre Aristarque était en vie la iSS". olympiade; mais, puisqu'Eusèbe et Suidas le font fleurir en la iSô"., c'était celle-ci qu'il fallait marquer. Vossius impute à Eusèbe faussement de l'avoir placé à la i58*. (75).

(73) Suidas, in Kp*T«ç.

(74) Vossius, de Poètis Grœcis, pag. 67.

(75) Idem, de Histor. Gra:cis, lib. I, cap<. XFItl, pag. 119.

ARISTÉE, en latin Aristœus, fils d'Apollon et de Cyrène (A). Son article a été donné fort im- parfait par M. Moréri, qui s'est borné à nous apprendre, 1°. qu'en poursuivant partout Eury- dice, femme d'Orphée, il fut cau- se qu'elle mourut de la piqûre d'un serjîent; 2°. que les nym- phes, pour se venger d'Aristée, firent mourir ses abeilles; 3°. (\vl ayant fait le sacrifice de quel- ques taureaux, il recouvra ce qu il avait perdu («);4"'. qu'il fut V inventeur du secret de tirer le miel, défaire l'huile et le fro- mage (B). Il avait bien d'autres choses à dire touchant ce fils d'A- pollon, car on aurait dû racon- ter qu'il naquit dans cette partie de la Libye oii la ville de Cyrène fut bâtie; qu'il fut élevé par les nymphes; qu'étant allé à Thëbes il y épousa Autonoé fille de Cad- mus; qu'il en eut Actéon, qui fut mis en pièces par ses propres chiens; qu'après la perte de ce (a) Tout ceci se trouve dans Virgile, ait IF'. Civrc des Géorgiques.

ARIS fils, il fut consulter l'oracle d'vVpollon; qu'en vertu de la réponse qui lui fut faite tou- chant les honneurs qu'il recevrait dans l'ile de Céa, il s'y trans- porta (C); que, la peste ravageant toute la Grèce, il offrit des sa- crifices qui firent cesser ce mal; qu'ayant laissé sa famille dans l'île de Céa, il repassa en Libye, d'oii, avec la flotte que sa mère lui donna, il fit voile vers laSar- daigne (D); qu'il y choisit une habitation, qu'il cultiva ce pays avec un grand soin; qu'il en bannit la barbarie et l'état sau- vage; qu'il visita quelques autres îles; que l'abondance des mois- sons, et la multitude des bes- tiaux, l'obligèrent à s'arrêter quelque temps dans la Sicile, oii il enseigna aux habitans ses beaux secrets; qu'en reconnaissance, ils l'honorèrent comme un dieu et principalement ceux qui cul- tivaient les oliviers; qu'enfin il passa en Thrace; qu'il y fut ad- mis par Bacchus aux mystères des orgies, et que, dans la fami- liarité qu'il eut avec lui, il ap- prit beaucoup de choses profita- bles à la vie humaine; qu'ayant demeuré quelque temps proche du mont Hémus, il disparut; et que non-seulement les peuples barbares de ce pays-là, mais aussi les Grecs, lui décernèrent les honneurs divins {b). C'est faus- sement que M. Moréri observe que Diodore de Sicile fait men- tion d'un autre Aristée dans le chapitre LXXXIV du IV^ livre, car ce chapitre et le précédent contiennent ce que je viens de narrer. Je suis surpris qu'on n'y (è) Tiré de Diodore «le Sicile, liv. /^, chap. LXXXm, LXXXir.

TÉE.

voie rien de l'Arcadie, qui fut l'une des principales stations d'Aristée (E). Vous verrez dans les remarques les variations des auteurs, la fausseté de quelques censures, et telles autres jjarti- cularités; et je n'oublierai pas la découverte astronomique que l'on donne à Aristée (F), ni son culte pour la canicule, ni sa fille Macris (G). On a dit que, pour les services qu'il avait ren- dus au genre humain par la connaissance qu'il avait de tous les arts profitables, les dieux le placèrent entre les étoiles, et qu'il était \ Aquarius du zodia- que (c). Les conformités de son histoire avec celle de Moïse ont été curieusement et doctement étalées par M. Huet {d). Pres- que tout ce que Lloyd a joint à Charles Etienne dans cet article, a été' tiré mot à mot du commen- taire de la Cerda (e): il ne le cite pas pourtant.

(c) Voyez le Comment, de Germanie, in Aratea Pbsenomena, cap. de Aquario, pag. ii8.

{d) Huet. Demonstr. Evang., propos. IV, cap. VIII, nxiin. 17, pag. 110.

(e) In lib. /^Géorgie. Virgilii.

(A) // était Jils d'Apollon et de Cyrène. ] C'est la tradition générale; et il y en a bien peu dans les sujets mythologiques, qui soient plus con- stantes que celle-là. Cependant Cicé- ron en allègue une autre: les Grecs assurent, dit-il, qu' Aristée est Jils de Bacchus. Il ajoute qu'on l'honorait en Sicile, dans le temple de cette divi- nité. Quid? il s'adresse à Verres, ex œde Liberi simidacrum Arislei non tuo impcrio palain ablatum est?...Aristœus, qui, ut Cr*:ci ferunt, Li- beri filins, iin'cntor olei esse dicitur, iin'a cum Libero pâtre apud illos eodem eral in tcmpln cnnuecrnlus (i). Dans un autre livre, il s arrête à l'opinion ( r) Cicero, in Vcricni, Oiat, IX, cap. LVII.

ARISTÉE.

no** la plus comraurve; il dit qu'Apollon était père d'Aristëe. Quid Aristœus qui olifce dicilur in^enlor Apollinis JiUus (2)? Parlons de Cyrène: elle était fille d'Hypseiis roi des Lapithes, fils de Peneùs et de Creuse (3). Celle- ci était fille de la Terre i Peneùs était fils de l'Océan. Cyrène méprisait les occupations des autres filles et leurs divertissemens de table (4); et se sou- ciant très-peu de dormir la grasse matinée (5), elle n'aimait que la chas- se, et faisait un grand carnage de bêtes féroces. Apollon l'ayant rencon- trée, lorsqu'elle se battait seule avec un lion, demanda à Chiron qui elle était, et s'il ne ferait pas bien d'user de main mise, et de coucher avec elle?

'Otria, Kêîpêv fjLtKiï\iia, TToicfi (6); Fas-ne est illuslrem manuin ei admovere? Vtrum et ex slralis tondere melUtam kerbain?

Chiron, commençant par répondre à la dernière demande, repiésenta que les amans se doivent servir de la clef du cœur, c'est-à-dire de paroles douces et adroites, qui persuadent à la belle d'accorder ce qu'ils désirent. Il ajouta que, parmi les dieux, etparmi les hommes, la pudeur s'oppose à la précipitation avec laquelle on pré- tendait débuter par la jouissance, et s'expliquer là-dessus fort nettement:...KcK £v Ti deoic Ai^Téovt' dy.<^a.Jov tl- J'ilùLç ruX.ih To ^paJTov iùvâiç (^). El inter deos et hominei pariter verecundan- iur apertè postutato dulcifnti priinum cubili.

<c Au reste, continua-t-il, c'est par » un effet visible de votre grande civi- » lité, que vous me faites l'honneur » de m'interroger: vous me deman- (2) Idem, de Naturâ Deorum, lib. III, capi XVIII.

(3) Pindari Ode IX Pythior., pag- 433.

(5) Tov (Tê iTuyiiat'ro]/ yKutiùv Tvciv AvatXicrxoio'*, pêTOVTaTrpàç ctaî. Exiguum autem somnum concubitorem siiaven in palpebris iinpendens, quum advenlaiet au- rora. Piadari Ode IX Pylhior., pag. 434.

(n) Idem, ibidem.

)) dez l'extraction de celte fille, vous » qui savez toutes choses.;> Voilà le sens de Pindare: je ne prétends point donner une traduction de mot à mot, il me suffit de représenter la pensée. Or, si c'est là ce qu'il veut dire, qui pourrait voir sans indignation la li- cence d'un auteur français, qui Ta fait parler ainsi? « Est-il permis de w la voir? Puis-je bien m'en appro- » cher? Ne serai-jepoint téméraire si je )> prends sa belle main, et si je cueille » sur sa bouche une de ces roses ver- » meilles que j'y vois peintes? Mais » le Centaure, en souriant, lui ré- « pondit de la sorte: Un chaste » amour, Apollon, doit être toujours )) caché, et le beau sexe, parmi les » dieux, comme parmi les mortels, M n'accorde point ses faveurs aux yeux » du monde. C'est sans doute cette » raison qui vient de vous faire par- » 1er avec tant de retenue. Un amant » moins chaste que vous n'aurait pas » eu tant de respect, et c'est à vos » bonnes mœurs, plutôt qu'à mes en- " seignemens, que vous devez cette )) modestie (8). » Cette traduction est contraire à l'original, et ne se sou- tient point dans ses faussetés j car si l'on suppose qu'Apollon ne s'exprima point grossièrement, mais honnête- ment et chastement, la réponse de Chiron est ridicule et contradictoire. La lin fut qu'Apollon, sans nul dé- lai, enleva Cyrène, et la transporta en Afrique, et jouit d'elle sur-le~. champ.

KiJVO XSIV' à.[/.</.p (AstlTst- Celer autem est properantium jam deorum actio, viœque brèves. Illiid Ma dies peregil. In thalamo autem Libyie divite auri congressi sunt.

Chiron eût voulu qu'il eût pousse' les beaux sentimens, et filé le parfait amour; mais les dieux des poètes, comme l'observe Pindare, ne s'accom- modaient pas de cette patience j ils expédiaient prompfement les choses, ils allaient au fait par les chemins les (8) Notes sur l'Aiistée de Virgile, traduit en français, et imprimé à Iffon, Van 1668, pag.

(9) Pindari Ode IX Pylhior., pag. 443.

ARISTÉE.

plus courts, et fort vite à l'abordage, et de but en blanc à la jouissance, ou de gré ou de force. Ils prenaient le roman par la queue (lo), et ils di- saient comme Borée, Apla mihi vis est (ii).

Cyrène conçut, et mit au mon- de notre Aristée. Notez que Vir- gile (12) et Hygin (i3), qui la font fille de Pénée, suivent en cela une ancienne tradition (i4)- C'est pour- quoi nous pouvons dire que Frischlin a eu grand tort de blâmer Boccace, et d'ignorer ce qu'ils avaient affirmé. Constat non reclè scripsisse Bocaliuni, l. '] Geneal., c. 28,dum asserit Cyre- nen Penei fuisse Jiliam (i5). Apollo- nius suppose qu'elle était bergère, et qu'elle avait résolu de vivre dans le célibat; mais qu'Apollon qui l'enleva ne lui permit point de conserver sa virginité (16).

(B) Il fut l'inventeur du secret de tirer le miel, de faire l'huile et le fromage. '\ Diodore de Sicile rapporte qu' Aristée ayant appris des nymphes qui le nourrirent l'art de cailler le lait, et de préparer des ruches, et de cultiver les oliviers, fut le premier qui communiqua aux hommes ces trois inventions. Les commodités qu'ils en tirèrent les remplirent d'une telle reconnaissance, qu'ils lui ren- dirent les mêmes honneurs divins qu'à Bacchus. Cet historien dit aussi que les nymphes lui imposèient trois noms, celui de Nomius, celui A^ArisXœus, et celui diAgreus{i']). Cela s'accorde assez bien avec Pindare(i8). Mais notez qu'il dit que les Heures et la Terre, auxquelles Mercure porta ce petit enfant, le nourrirent de nectar et d'ambroisie. Notez aussi que d'au- tres disent qu' Aristée ayant inventé dans l'île de Céa la préparation du miel et celle de l'huile, et ayant fait lever les vents qu'on nommait Eté- (10) Conférée, la V'. scène des Précieuses ridicules.

(11) Ovldius, Metamorph., lib. VI, vs. 690.

(12) Virgil., Géorgie, lib. IV, w- 355. f^orcî aussi Servius sur le 'il']', vers de Virgile.

(li) Hygin., cap. CLXI.

(li) Scboliast. ApoUooii in lib. II Argonaut., (i5) FriscVilin., in Callimacli. Hymn. Il, pag. 39a, edil. Ullraj. an. 1697.

(16/ Apollon., Argon., /i7>. //, vs. 5ot et sea.

(l'j) Diod. Sicul., lib. IV, cap. LXXXIlI, (i8} Pindari Ode IX PylUwt., pag, 441.

siens, fut surnommé Jupiter Aris- taeus (19), et Apollon Agreiis et No- mius (20). Le surnom de Nomius lui convenait à cause du soin des bes- tiaux, et celui d'Agreiis à cause de l'application à la cliasse (ai). Voici une autorité curieuse touchant cette application: Ceux qui attrapent les loups et les ours avec des fosses et des pièges, font prières à Aristeiis, pour ce que ce fut le premier qui intenta la manière de les prendre aux pièges et avec des laqs courons. Cest un passage du Plutarque d'Amiot; en voici l'original: Ei';t°vTot( «T' 'Aptç-a.ia Joxoi/VTêc IpôyfAcia-t Koù /Spô;f 5 >^ÛX.(,VÇ KO.) etpKTovç oç TrpùoTaç ô^fio-a-tv tTrvi^i TlûSâl.- ypa.ç (22). Aristœo votafaciunt foveis actis j aut laqueis positis, quilupis aut ursis insidiantur, ille feiis primus pedicas quia icndere coepit. Le seo- liaste d'Apollonius n'explique pas de la même sorte l'étyraologie de ces deux surnoms. Il fonde celui de Nomius sur ce que Cyrène eut affaire avec Apollon pendant qu'elle était bergère, et celui d'Agreiis, sur ce que l'action se passa au milieu des champs. Il ajoute que, selon d'autres, l'étyrao- logie vient de ce q'uAristée enseigna l'agriculture aux bergers, 'hypia. kai Nô^iov, dit-il, tI /Lih, on «v â'j^fœ î/uiy» tÎî //.nTp! aÙtoZ 0 'Awcl^^a!V. No/<iov cTs, OTi yifAoîi(r\f 'i/A.iyyi. oî tTs, éVi t»)v xstT«. Toùç Àypaùç Btpa,7riia,v tok vo/xsùa-t il(r>iyïi(!-xTo (23). L'endroit où Apollo- nius dit que les habitans de Thessalie donnèrent ces deux surnoms à Aris- tée, contient des choses qu'il est bon de mettre ici. On y trouve qu'Aristée fut élevé dans l'antre de Chiron; et que, lorsqu'il fut adulte, les Muses le marièrent, et lui enseignèrent la médecine et les sciences divinatrices, et le préposèrent à tous leurs trou- peaux (24). On trouve dans un autre endroit du même poète, qu'il inventa le miel et l'huile (aS). II dit dans (ig) Scholiast. Apoll. in Argon., lib. II, vs. 5oo.

(io) Apollon., Argon., liv. IV, vs. 1218, fait mention d'un temple d^ Apollon Nomius, (21) Benediclus in Pindarum, Ode IX Pylhior., (22) Plularcli., i;i Amator., pag. ')S'}.

(23) Scholiast. ApoUonii, in l b. II, vs. Sog.

(24) Apollon., Argonaut., lib. IV, vs. 5ia etseq.

(-.iS) Idem, ibidem, w. il 35, ARISTÉE.

Virgile, que la peine qu'il s'était don- ne'e pour perfectionner l'agriculture, et pour nourrir le bétail, lui avait acquis toute la gloire qu'il possédait.

£n etiam hune ipsuni vUte morlalis honorerriy Quem inihi vix Jruguin et peeudum cuslodia sollers Omnia tenlanti extuderal, te matre, relin- Il est l'une des divinités que Virgile invoque ayant à écrire de l'agricul- ture: Et cultor nemorum, cui pinguia Ceœ Ter cenlum nivei tondenldumeta juvenci (27).

Oppien (28), Nonnus(29), le sco- liaste de Pindare, celui d'Apollo- nius, etc., s'accordent à le faire l'in- venteur des choses que j'ai naarquées. On verra ci-dessous quelques passages sur ce sujet. En voici un où on lui donne pour patrie la ville d'Athènes. Oleum et trapetas Aristœus yllhe- niensis. Idem mella (3o). Le mot tra- pèzes veut dire les meules à broyer les olives (3i). N'oublions pas qu'il in- venta le benjoin. C'est ce qu'assure un ancien auteur cité par le scoliaste d'Aristophane (32), comme vous le pourrez voir à la page 356 du com- mentaire de Saumaise sur Solin.

Notez que Justin (33) débite que Cyrène engrossée par Apollon, à Deo repleta, eut quatre fils, JVomius, Aristœus, AiUhocus, et Argœus (34). C'est avoir changé en deux hommes les deux surnoms d'Aristée (35).