(c) Tire de /'Arianisme de Maimbourir, Iw. I et II.
ARIUS. 375 lois pénales contre cette secte (G). Une autre chose qu'il a débitée, ne l'a pas médiocre- ment embarrassé; car on s'est extrêmement prévalu de ce qu'il a dit touchant la croyance des pères qui ont précédé l'arianis— me (H). Cette secte a été tour à KtKHV u7roç-r\3-iTai.i TifjLoipîct'i (1). lllud etiam denunUo, quod si quis librum ab Arto compositum occultasse depre- hensus sit, iiec eum stattm oblalum igné combusserit, niortis pœnam sub- ibit. Je ne me souviens point d'avoir lu aucun auteur qui ait remarqué l'é- trange et surprenante disparate de Constantin. Il se contenta de bannir l'iiérésiarque: il n'ordonna point la (Ij; et entin elle a peri jDar la contre ceux qui cacheraient quelque voie de l'autorité (K). Je ne vois " ' - • • presque point d'auteur qui ne fasse un crime à Arius d'avoir mis en vers ses sentiraens, pour les faire chanter à ses disciples. On condamne et la matière et la forme du poëme, qu'il avait inti- tulé Thalie (L). Il pourrait bien y avoir du préjugé dans tout cela. Un auteur moderne, qui était du sentiment de cet héréouvrage d'Arius. Qui vit jamais une plus énorme disproportion entre les peines et les fautes? Ne peut-on pas être très-orthodoxe et curieux de sa- voir ce que disent les hérétiques, et de garder les livres rares, comme le deviennent ordinairement ceux que l'on condamne au feu? S'il fût donc arrivé à un orthodoxe de garder quel- que livre d'Arius, par un principe comme celui-là, on l'aurait pendu sur-le-champ, et l'on aurait laissé vivre un homme qui aurait fait pro- ,. fession de l'arianisme. Quoi de plus tique, a écrit quelques ouvrages bizarre, pour ne pas dire qu'il y a pour montrer que les pères des contradiction à laisser vivre les hérétrois premiers siècles avaient eu tiques, et à leur défendre, sous peine la même opinion (M). Il n'eut f '«ort, de garder les livres de leur , ^, \ '^,. tondateurr On peut ajouter ceci. Anus pas beaucoup de peine a compi- et quelques évéques, ses adhérens, 1er des passages, car il les trou- furent bannis: leur conversation était va tout assemblés dans les Dos- ^^^"^"^^ Pl"^ dangereuse que la lecture Ueux théologiens anglais {d) et plice tous ceux qui fréquenteraient ces un français (e) ont fait contre '>^i'«'=' lui l'apologie des anciens jîères.
(rf) Gardiner et Bullus.
(e) M. le Moyne, professeur à Leyde.
(A) Constantin i'oulut que tous les liwres d'Arius fussent brûlés, et que qui aurait la hardiesse de les garder jfiit puni du dernier supplice. ] Socrate rapporte la lettre où Constantin or- donna que tous ceux qui trouveraient un livre composé par Arius et ne le brûleraient pas fussent punis de mort sans rémission, dès aussitôt qu'ils se- raient surpris dans cette faute. 'EKiTva ^êVTO» TTfOifyoptùm, ùç sï tiç crôyypaijufji.et UTTO 'Aptiùu <nivTa.yh <^a>p!tBtln Kpù^etç, Ktti fAti lôèiceç TrpaiTiviyKciv Trup'i Kturxi/ciexilés?
rius eVttfl la peine du bannissement,^ Baronius affirme, sur la foi de saint Jérôme, qu'Arius fit semblant de se repentir, et qu'ayant souscrit au concile de Nicée il fut reçu à la paix de l'église par ce concile, et ne fut point exilé. On ne peut nier que saint Jérôme ne dise qu'Arius fît sa paix avec le concile de Nicée (2); mais on doit ajouter incomparable- ment plus de foi à la lettre de ce con- cile qu'au sentiment d'un particulier qui a vécu depuis ce temps-là. On expose dans cette lettre comment les opinions d'Arius avaient été exami- (i) Socrat., Histor. Eccles., lib. I, cap. IX, (a) Hieroa., in Dialogo contri Luciferianos.
ARIUS.
nées et couclainuees; mais pour ce qui avait e'te' l'ait contre sa personne, et ce qu^il e'tait devenu, on se dispense d'en parler, afin de ne point paraître avoir envie d'insulter à sa disgrâce. Parlerait-on ainsi d'un homme à la re'- tractation duquel on aurait acquiesce? Le docte Henri de Valois, raisonnant sur cette lettre du concile, loue la mode'ration de la compagnie, sur ce qu'elle n'avait point nommément frappé de ses anatliètnes la pei sonne d'Arius, mais en général ceux qui en- seigneraient telles et telles hérésies, et sur ce qu'au lieu de solliciter l'em- pereur à bannir les hérétiques, elle témoignait être fâchée de leur exil (3). (C) ly autres soutiennent qu'il J'ut exilé. ] Sozomène est un de ceux-là, puisqu'il assure qu'Arius fut rappelé peu après la tenue du concile. Où ttok- xâ Si uçipov T«î êv NtKnia. St/vôJo:/, "A^sioç iTTi Tjjv i^opittv à.7rat,yôfAivoç, aivix.\n- 6» (4). IVon multô poit Synodum IVicce- nant Arius ab exilio reyocatus est. La soumission des deux évêques qui furent exclus de leurs églises, et envoyés en exil, fournit une preuve du bannisse- ment d'Arius. Je parle d'Eusèbe et de Théognis. Ces deux prélats furent exilés par Constantin, trois mois api'ès la clôture du concile, comme nous l'apprend PhilostorgLus (5). Ils obtinrent leur rappel trois ans après le concile, comme le même Philostor- gius l'assure. Or ils l'obtinrent en se soumettant aux décisions par un écrit qu'ils envoyèrent aux éveques, dans lequel ils remarquent, que celui qui était le chef de ces disputes avait été rappelé de son exil, et qu'il serait absurde, «ju'après la réconciliation de celui-là ils ne fissent point paraître leur innocence (6). Voilà donc deux faits prouvés, l'un qu'Arius fut exilé, l'autre qu'il fît la paix avec les évê- ques, et qu'il obtint son rappel avant qu'Eusèbe et Théognis obtinssent le leur. Us l'obtinrent en 328, selon Philostorgius, dont l'opinion s'accorde (3) Valesius, in Sozomenum, lib. II, cap.
(4) Soiom., lib. Il, cap. XVI, M. de Va- lois observe que, selon la force de ces mots 'tTTl T>IV î^opieLV, a faut entendre qu'Arius fui rappelé' pendant qu'il allait au lieu du bannisse- ment.
(5) Apud Valesium, in Histor. Ecclesiast So- crat., lib. I, cap. XIV, pag. 10.
(fi) Sozomen., lib, II, cap. XVI.
fort bien avec l'histoire de ce temps- là: il est donc faux qu'Arius n'ait ob- tenu son rappel qu'en 335.
(D) que l'empereur ne le rappela qu'au bout de dix ans."} Le père Maim- bourg a suivi cette fausse chronologie. Ou vient de voir la preuve de son erreur.
(E)...et qu'il mourut l'an 336. De fort sat'ans hommes rejettent cette chronologie. ] Henri de Valois prou- ve qu'Arius n'était point en vie au temps du synode de Jérusalem, qui reçut des lettres de Constantin tou- chant la réconciliation de quelques principaux membres de l'arianisme: u4rius hceresiarches diù ante syno- dum Hierosolymilanam è fii^is exces- serat, ut certissimis argumentis pro- baui in tibro secundo Obsert^ationum E cclesiaslicarum, capite II (7). Ce n'est donc point Arius l'hérésiarque qui fut recommandé à ce concile par Constantin, et qui trouva si favo- rables les évêques assemblés à Jéru- salem. Cependant Socrate dit en pro- pres termes que le concile, trans- féré de Tyr à Jérusalem pour la dé- dicace du temple, reçut à la com- munion de l'Eglise Arius et ses adhé- rens, en vertu des lettres de Constan- tin, qui témoignaient qu'il était per- suadé de l'orthodoxie d'Arius, et de celle d'Euzoius: "Apfiov fjCtv x.a.\ «TêlTHAffiKêl etÙTOt; TriTTiHT^CH TTip) TMC 7r«Vêa)ç 'Apilou koÙ EùI^cdiqu (8). Priant quidem unà cwn sociis in commu-- nionein recipiunt, obtemperare se di~ centes imper atoris litteris, quibus cer- tiores ipsos fecerat Jîdem se Arii et Euzoii peniliis perspectam habere. Constantin avait envoyé aux évêques assemblés à Jérusalem la profession de foi qu'Arius et Euzoius lui pré- sentèrent (g), et saint Athanase dit formellement que le synode de Jéru- salem reçut à sa communion Arius et ses fauteurs: r^i<|iovTêc cTsiv iiX- 6)!v<t» "Apaav Kit) Toi/ç a-ùy olÙtu (10): (l) Valesii Nota in Socrat., lib. I, cap. XXXIII.
(8) Socrat. Histor. Ecclesiastic. lib. I, cap. XXXIII.
(9) Elle est tout du long dans Sozomône, au livre II,chap.:XXVII.
(10) Atlianos., in libro de Synodis, apud Va- lesium ia bocral., lib, I, cap. XXXIII, ARIUS. 377 scrihentes suscipiendos esse Arium et point au peuple (ti). Ce qu'il dit ail socws. M. de Valois lève la difllcultë en disant qu'il y a deux Arius: l'un était rhe'résiarque, l'autre sec- tateur de rhérésiarque: ils avaient ëtë excommunies tous deux par Alexan- dre, ëvèque d'Alexandrie. Celui qui présenta à Constantin une profes- sion de foi conjointement avec Eu- zoius, et qui fut réconcilie par le synode de Jérusalem, n'était pas l'hérésiarque, c'était l'autre Arius. M. de Valois le prouve, non-seuleleurs est beaucoup plus fort, car il assure que Tarianisme ne fit que pas- ser comme un torrent. On ne peut pas dire, pour l'excuser, que c'est une de ces faussetés que l'on avance par surprise, et faute d'attention: il a donné ce fait comme une re- marque essentielle et fondamentale à son système. Son opinion est, d'un côté, que les hérésies contre le mys- tère de la Trinité sont fondamenta- les et mortelles, et de l'autre, que ment par des raisons qu'il a alléguées Dieu n'a point souffert que les sectes pour montrer que l'hérésiarque était qui étaient tombées dans cette sorte mort long- temps avant l'année 335; mais aussi par la requête d'Eusèbe et de Théognis. Ces deux évêques demandèrent grâce, en protestant de leur innocence, l'an 828, et al- léguèrent que le chef et l'auteur de ces controverses avait été réconcilié et rétabli. C'est ce qu'on ne pouvait pas dire de cet Arius qui fut réuni à l'Église dans le synode de Jérusa- lem 5 car la requête, ou la profes- sion de foi que lui et Euzoius pré- sentèrent à Constantin un peu avant ce synode, c'est-à-dire environ l'an 335, témoigne qu'ils étaient encore dans l'exil et dans l'excommunica- tion. Cette mort subite d'Arius, oii les orthodoxes ont trouvé tant de mystères, arriva après le concile de Jérusalem. 11 faut donc que l'Arius qui mourut de cette manière ne fût point l'hérésiarque, et que l'on ait transporté en un temps ce qui était arrivé dans une autre conjoncture. Il est étrange qu'il y ait si peu d'ordre et si peu d'exactitude dans l'Histoire Ecclésiastique: on ne saurait avérer l'exil d'Arius, la durée de cet exil, et choses semblables, qu'en raison- nant sur divers faits, dont les uns sont attestés par celui-ci, les autres par celui-là. Un bon historien, quand tous les autres seraient perdus, suf- firait à donner la suite des événe- raens principaux.
(F) La secte d'Arius..,. a subsisté long-temps...un ministre, qui passe pour fort habile, a ignoré unjait si notoire. ] Voici ce qu'il dit: Je suis même persuadé que l'arianisme n'a ja- mais fait un grand corps dans le monde- Il est t^rai qu'il y a eu beau- coup d'éuéques qui en ont fait pro- fession; mais celte hérésie ne passait d'hérésie durassent long-temps, et fissent figure dans le monde. Dieu ne saurait permettre, dit-il (12), que de GRANDES sociétés chrétiennes se trowent engagées dans des erreurs mortelles, et quelles y persévèrent LONG-TEMPS: OU moins, à juger des choses par l'expérience, nous ne de- vons pas croire que cela soit pos- sible, puisque cela n'est pas arri' vé. M. Nicolle est le premier qui lui ait donné des leçons sur les paroles de la page 1^9: il 1^ fit sans aigreur ni insulte, et en ces termes: « Ce » que dit M. Jurieu est très-vérita- » ble, étant entendu du grand feu » de l'arianisme, qui passa comme » un éclair; mais il serait moins » exact pour les temps qui ont suivi » celui-là. Quoique l'Église eût repris )» tout son éclat dans la plus grande » partie du monde, il y avait néaa- )) moins des corps considérables, » comme les Vandales en Afrique, )) les Goths en Asie, en Italie, dans 1) une partie de la France, et en Es- j) pagne, qui faisaient très-nettement » profession de l'arianisme, et où les )) choses étaient assez éclaircies pour w que le peuple y prît parti (i3). » M. Pellisson vint à la charge quel- que temps après, et voici comment: « Ces ariens l'importunaient néan- )) moins aussi -bien que les phanati- » ques d'aujourd'hui, les sociniens, )j et ceux qu'il nomme photiniens de » Pologne et de Transilvanie. Un res- )) te de pudeur l'empêchait de s'asso- » cier avec eux dans une même égli- (11) Jurieu, vrai Système de l'Eglise, pag (i3) Nicolle, pag. i5 eL iG, de la préface de l'Usité de l'Église.
ARIUS.
j) se. Il a trouvé un moyen de s'en 3) défaire, sans entrer dans cette dis- 3) cussion, ni appeler des experts pour 3) savoir si le fondement était ruiné, i> ou ruiné en en lier, ou ruiné en par- 3) tie. Il n'entend comprendre, dit-il, » dans cette église, une et étendue, 3) que les sociétés qui font corps. Les 3) ariens n'ont point fait de corps, au 3) moins de grand corps ( et cela, 5) contre la foi de toute l'histoire, 3) qui nous marque partout leur cora- 5) munion, leur assemblée, leurs ba- 3) siliques ou églises, entièrement sé- 3) parées de celles des orthodoxes ). 3) Les phanatiques, les sociniens, les 3) photiniens d'aujourd'hui n'ont point 3) encore d'assemblées réglées, ni de 3) police, ni d'union ensemble. Il ne 3) les faut compter pour rien. Mais » par ses principes, si Dieu, pour 3) punir nos fautes et nos misérables 3> divisions, permet que ces ennemis 3) communs se multiplient, quils se )> règlent et se forment en un corps, 3) les voilà au rang des autres. Il n'y )) aura pas de difficulté qu'on ne se 3) sauve parmi eux (i4)- " L'auteur, répliquant à M. Nicolle, avoua que les ariens ont fait un grand corps; mais il soutint qu'i/s ont Jort peu du- ré au monde, et que Dieu a fait pé- rir leur communion à cause de cela quelle ne consentait pas les vérités fondamentales (i5). Un troisième cen- seur s'est élevé, qui a soutenu, com- les deux autres, que l'arianisrae a eu non-seulement beaucoup d'étendue, mais aussi une durée considérable, et que c'était une hérésie qui pas- sait au peuple. Voyez le livre inti- tulé Janua Cœlorum reserata ( i6). On y montre ( 17 ) que l'arianisme subsista avec éclat plus de trois cents ans 5 qu'il fut pendant près de deux siècles la religion dominante en Es- pagne; qu'il fut sur le trône et dans l'Orient et dans l'Occident; et qu'il régna dans l'Italie, dans la France, dans la Pannonie et dans l'Afrique. Jamais auteur ne fut ballotté, ni rou- lé de conséquence fâcheuse en con- séquence plus fâcheuse comme l'a été l'auteur du Système par le feint Ca- (i4) Réflex. sur les différens de la Religion, (i5) Jurieii, de l'Unilé de l'Kglisc, pag. 564. (iG) Il fui imprimé à Amsterdam, en i6g2.
rus Larebnnius (18). On lui a mon tré que si Dieu n'a jamais permis que de grandes sociétés chrétiennes se trouvent engagées dans des erreurs mortelles, et qu'elles y persévèrent long-temps, et que si Dieu a fait pé- rir l'arianisme à cause qu'il ne con- servait pas les vérités fondamentales, il s'ensuit de toute nécessité, 1°. que les erreurs de l'église romaine ne sont point mortelles 5 2°. que le ma- hométisme a conservé les vérités fon- damentales. L'auteur du Système pré- tend que le mahométisme est une sec- te sortie du christianisme, et il ne saurait lui disputer ni l'étendue, ni la durée. Voilà des objections à quoi il est impossible que la chicane la plus outrée réponde. Les synodes n'en sauraient prétendre cause d'ignoran- ce, et néanmoins ils n'ont jamais censuré cette doctrine du Système, quoiqu'elle justifie pleinement l'église romaine, et convainque par consé- quent de schisme les réformés.
(G)...il a débité que l'on ne s'é- tait point servi de lois pénales con- tre cette secte, ] Rapportons un beau passage du Préservatif contre le chanl'Exposition Catholique de i'évêque de Condom. Voici ce qu'il dit à la page II ( 20 ): L'Eglise a souffert des persécutions, m,ais elle n'en a ja- mais fait. Elle a eu le dessus sur le pa- ganisme, comme le paganisme l'avait eu sur elle; mais elle ne lui a ja- mais rendu la pareille. Elle ne s'est pas servie de l'autorité des Constan- tin et des Théodose pour ensan- glanter les temples des faux dieux du sang de leurs adorateurs, comme les païens avaient employé les épées des Néron, des Maximin, des Décie et des Dioctétien, pour baigner ta terre du sang des chrétiens. Il faut être peu savant dans l'histoire de l'E- glise, pour ignorer que dans tes dé- mêlés qu'elle a eus avec les ariens, les eutychiens et les autres héréti- ques, elle ne s'est servie que d'exhor- (18) C'est le nom qu'a pris l'auteur du Janua Cœlorum reserata.
(19) Je crois que la première édition est de Ruufn, en 1680: il s'en est fait d'autres en Hollande.
(20) Édition de la Haye, en 1682.
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talions, que de raisons, que de con- ciles, et d'autres semblables armes. L'auteur du Commentaire philosophi- que s'étonna avec raison qu'un pro- fesseur en théologie, qui passait en France pour un homme fort éclairé dans l'histoire ecclésiastique, eût dé- hité une ignorance comme celle-là (21). Mais il fut encore plus étonné de ce qu'après le grand pur où le père Thomassin avait mis la chose, un autre écrivain français eût dit, ea s'adressant à iM. l'évêque de Meaux. J'ai à l'eus dire, monseigneur, que dans toute Vhistoire ancienne et mo- derne tout ce qu'il y a eu de t'oies défait exercées par les princes en ma- tière de religion, n'a été jamais re- gardé que comme des spectacles d'hor- reur, et que le nom de ces princes- là ne se profère encore aujourd'hui qu'ni'ec exécration. Je mets ici la ré- flexion du commentateur: Quoi! les Constantin, les Théodose, les Ho- norius, les Marcien, les Justinien, qui ont fait exécuter tant de lois pé- nales contre les sectaires, qui ont condamné h mort ceux qui persét^é- raient dans l'idolâtrie païenne, dans te manichéisme, etc., ou ceux qui liraient ou garderaient les livres des hérétiques, sont des noms qu'on ne projère encore aujourd'hui qu'auec exécration? Comment proui'erait-on txla (22)? Le théologien qui publia le Préservatif a mieux étudié les antiquités ecclésiastiques depuis sa transplantation en Hollande. Il a ap- pris à réfuter la tolérance par l'au- torité des Constantin, des Théodo- se et des Charlemagne. Le paga- nisme, dit-il (iS), serait encore de- hout, et les trois quarts de l'Europe seraient encore païens, si Constantin et ses successeurs n'avaient employé leur autorité pour l'abolir. Il trouvait fort mauvais enFrance qu'on employât l'autorité du bras séculier, et il trou- ve fort mauvais en Hollande qu'on dise qu'il ne le faut pas employer: et après cela, qu'on nous vienne dire qu'en changeant de climat, on ne change point d'opinion: Calum, non animum mutant qui irans mare currunt (24) ■ (îi) Comment. Pbilosophiq., pag. 354 '^" Supplément.
(ai) Droits des deux Souverains, pag. î8o. (24) llorat., Epist. XI, lib. I, vs. 27, 11 y a une foi locale et une foi à temps, dont on n'a point encore par- lé dans les divisions du genre en ses espèces. Voyez la remarque ( H ) de l'article de saint Augustin.
(H)...et l'on s'est extrêmement prévalu de ce qu'il a dit touchant la croyance des pères qui ont pré- cédé l'arianisme. ] H a soutenu dans ses Lettres pastorales, que ces pères ne croyaient pas l'égalité des person- nes de la Trinité, et qu'ils admet- taient une génération temporelle du Verbe, laquelle avait conféré à la seconde personne sa pleine et sa par- faite existence. Il est clair que ce sentiment ne diifère de l'arianisme que du plus au moins, et qu'il ren- verse la Trinité éternelle des person- nes. M. de Meaux a poussé là-dessus M. Jurieu avec tant de force (25), qu'il l'a contraint d'abandonner le silence à quoi il l'avait réduit sur d'autres articles; mais la réplique à fait plus de tort que n'aurait fait le silence; il a fallu se contredire et désavouer bien des choses j et après tout, on n'a rien gagné. M. de Meaux est revenu à la charge, a poussé son homme à bout, et l'a réduit à n'oser plus se montrer: de sorte qu'en- tre les éloges les plus caractéristiques dont on régale ce prélat, on n ou- blie point qu'il a fait taire la criti- que la plus hardie ( 26 ). A peine M. Jurieu était-il sorti des mains de M. de Meaux qu'il tomba dans celles de Carus Larebonius, qui lui fît voir que si les pères des trois premiers siècles avaient eu sur la Tri- nité et sur la génération du Verbe le sentiment qu'il leur impute, il s'ensuivrait nécessairement que l'hé- résie des ariens, ni celle des so- ciniens ne seraient pas mortelles et fondamentales ( 27). Il faut bien prendre garde que les victoires rem- portées sur ce ministre ne regardent que ses sentimens particuliers, et nullement la doctrine de son église. C'est de quoi l'Histoire des ouvrages des savans (28) a donné avis au pu - {25) Dans ses Averlîssemens.
(26) Korez le Discours prononcé par M. de la Bruyère, lorsqu^il fut reçu à rAcadémie Fran- çaise.
(27) Voyet Janua Cœlorum reserata, pag.
(28) Mois de mai 1692, article IX, pag. 391 et suif.
38o ARIUS.
blic. Ceci n'est point une matière sur les rigueurs qu'il fallut que Re'- usurpe'e, elle appartient de droit à carède exerçât, et il les excuse sur mon Dictionnaire critique; car c'est ce que la nécessité les demandait, une fausseté de fait que l'hérésie d'A- et qu'elles ne déplurent pas aux peurius ait été enseignée implicitement pies: ContigU autcm Recaiedo, qund kaud scio an ret^um ulli, ut reli- gione perniutandd, qiiod propemodùin necesse erat, motus existèrent, sed neque diuturni admodùm neque gra- ves, et seueritas animaduersionis non modo invidiosa non esset, quia ne cessario suscipiehalur, sed etiam po- pularis et cum bonis omnibus, tuni infimo cuique gratissinta (3i). L'au- teur que j'ai cité ci-dessus remarque que si nous avions les plaintes que tirent les ariens, nous verrions ap- paremment un fort long détail de violences, et qu't-n tout cas, ce n'a été que par accident que l'arianis- me a été ruiné sans de rigoureuses persécutions; car puisque, selon Ma- riana, les peines ne furent employées que lorsque la nécessité le deman- dait, il faut conclure, i". que si on thodoxes n'aient °e les employa pas très - souvent, car nous avons c'est parce que les ariens ne furent pas opiniâtres; 2°. que s'ils avaient fait les difficiles, on les aurait ré- duits de gré ou de force au point où on les voulait i^rt). Cet auteur fait voir en passant (33) une contradic- tion très - grossière où tombent les écrivains qui se mêlent de parler de conveisions. Ils posent pour maxime générale que l'opiniâtreté est le ca- ractère de l'hérésie; et néanmoins, pour mieux cacher les violences des convertisseurs, ils disent que les con- versions se sont faites facilement; et ils tirent de cette facilité une preu- ve de l'hérésie des convertis. On ne quitte pas avec tant de facilité, dit- on, la vraie église: la résistance que les ariens firent au roi Récarèdej^uf si faible et si courte, qu'on poui'ait bien juger de là même que ce n'était que pour le mensonge qii^on combat- tait, et non pour la t^érité, qui est seule capable de dominer les esprits raisonnables, et leur inspirer de ta par les pères des trois premiers siè- cles. Il est bien étrange que M. Ju- rieu, ayant parlé de l'arianisme par tant de côtés, ait toujours donné à gauche. Cela est si diflicile, qu'on aurait moins de peine à rencontrer un gladiateur qui ne sût jamais frap- per un taureau: Taurum loties non ferire difficile est (29). 11 ne faut pas omettre que, sur la question du lait qui regarde les lois pénales de Con- stantin et la durée et l'étendue de l'arianisme, les auteurs que j'ai ci- tés ci-dessus lui ont marqué son er- reur fort honnêtement, et sans re- courir aux insultes et aux duretés dont il se serait servi en pareil cas contre un adversaire.
(I) Cette secte a été tour a tour persécutrice et persécutée. ] On ne peut nier que les " ' été les agresseurs vu que Constantin employa la peine du bannissement contre les princi- paux chefs de l'arianisme, et qu'il menaça de mort tous ceux qui ne jetteraient pas au feu les écrits de l'hérésiarque; mais il est certain que Constantius, son fils, et Valens, qui firent monter sur le trône l'arianis- me, traitèrent plus rigoureusement les orthodoxes, que Constantin n'a- vait traité les ariens. A cela près, il semble, généralement parlant, que ceux-ci aient eu plus de tolérance que ceux-là, et c'est une thèse que le commentateur philosophique a en- trepris de prouver dans le supplé- ment de son ouvrage (3o). Il se sert, entre autres raisons, de ce qu'au temps que Récarède extirpa l'aria- nisme dans l'Espagne, les évêques catholiques étaient en beaucoup plus grand nombre que les évêques ariens, quoique depuis près de deux cents ans la religion arienne fût la domi- nante. C'est un i)uissant préjugé qu'on fermeté {3^) n'inquiétait guère les catholiques.
(K)...elle a péri par la voie de l'autorité.^ Mariana coule doucement (19) Voyei Trcbcllius Pollion, dans la. Vie 6e Gallien.
(3o) Aux chapitres XXX et XXXI.