SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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mais comme on aura apparemment d'autres occasions d'en parler, on se bornera ici à un petit nombre d'ob- servations. L'auteur de ce livre avait publié un écrit qui eut beaucoup de succès. Ceux qui eurent soin de l'im- pression à la Haye, l'intitulèrent la Politique du clergé de France. Ce sont des dialogues où il y a beaucoup d'agrémens et de politesse, mais peu de solidité de raisonnement, et très- peu de circonspection dans le débit certain i\rtiauiu. uca.j.ojj...v.., v^...— peu ae ciicuiispci^nun uau.i iv. ui dernier s'est vu engagé ont fait tant jg plusieurs faits notoirement fa de bruit, et sont remarquables par tant de grands exploits de part et d'autre, que tout homme d'étude qui se verrait soupçonné de les ignorer, aurait sujet d'opposer à ces soupçons injurieux ces quatre vers de Virgile: Quis genus jt^neadum, ijuis Trojœ nesciat urbem, yirtutetque, virosque, aut lanli incendia belh? Non oblusa adeb geslamus pectora Pœni, JSec tam advenus equOi Tjiid sol jungit ab Quoi qu'il en soit, je ne saurais m'empêcher de mettre ici le décret des six réguliers de Liège (20): la la- tinité en est si exquise, qu'elle pourra délasser un peu mon lecteur. Nos in- fr'a scripti superioies conventuales re- gularium in cii^itate Leodiensi, certio- rati de conventiculis, quœ habentur apud CERTUM Arnoldtjm doctrinam sus- pectant spargentem, censemus D. f^i- cariuni chaiilatii'è cerliorandwn, ut similia confenticula dissipare, et pro- hibere non dedignetur etiam cum dic- to Arnoldo com^ersaliones. Dalum in conv^entu minorurn hâc aS Augusti 1690. Ad qnem effectum commisimus K. P. M. Ludouicum Lamet, priorem doniinicanorwn. ad noniine nostro M. Arnauld réfuta ce livre (■23) avec un peu trop de hauteur, et d'une ma- nière d'autant plus désobhgeante, qu'il convainquait manifestement son adversaire d'avoir très-mal raisonne, et d'avoir avancé plusieurs faussetés. Il entama un autre ouvrage du même auteur (24) j il ht paraître qu'il avait envie de répliquer à l'Apologie de la morale des réformés au sujet de l'inad- missibilité de la grâce; en un mot, l'auteur de la Politique du clergé pré- vit très-bien quïl allait avoir en la personne de M. Arnauld un adver- saire qui ne lui laisserait aucun repos, et qui ne lui passerait aucune contra- diction, aucun faux raisonnement, ni aucune fausseté de fait. Cela n'ac- commodait nullement un homme qui voulait publier beaucoup de livres, et qui ne se donnait guère la peine de revoir ce qu'il avait une fois écrit. Il s'abandonnait à son feu et à son ima- gination, et c'était une source iuépui- sable de fausse logique, et de contra- dictions grossières. Il chercha donc les moyens de n'avoir plus M. Ar- nauld à ses trousses, et rien ne lui parut plus propre pour cela que de l'attaquer personnellement, je veux 7 -. " dire, que de lui imputer toutes sortes accedendum D. Ficanum, et expo- ^^ mauvaises qualités personnelles.il nendufn intentioneni nostram. L'auteur g^^ç^j^a ^e dessein avec tout l'empor- de la Question curieuse dit bien que ..„.„ Question curieuse dit bien que le père d'iscrin s'était vanti; d'ai'oir eu commission ou permission de son al- tesse l'évèque de Liège de faire arrêter (19) Virgil., Mneid., lih. I, vs. 568. (50) Il est rapporte dans la page 228 de la Question curieuse.

(21) Question curieuse, pag. 198.

(23) Dans /'Apologie pour les Catlioliques im- primée en 1682.

(24) Inliudé, Préservatif contre lecbaDgement Je religion.

ARNAULD.

tement imaginable; et, se trouvant en train de médire, il n'épargna quoi que ce soit: il se jeta à travers champs à droite et à gauche, pour trouver plus d'occasions de satiriser; comparaison cloche, car l'Esprit de M. Arnauld n'est point semblable au chei'al de bois, où l'on enferma les principaux capitaines de l'armée (27) j il ressemble a ces l'aisieaux qui, par et l'on peut dire de lui, sur le chapi- le conseil d' A nnibal, furent pourvus tre de la médisance, ce que l'on di sait de Voiture sur le chapitre de l'amour: il l'a éïeaàne depuis le scep- tre jusqu'à lit houlette, depuis la cou- ronne jusqu'à la cale. M. Arnauld ne trouvant pas à propos de se commet- tre avec un houime qui se servait de telles armes, prit le parti de se taire absolument par rapport aux réformés 5 et ainsi, ce que toute la société des jésuites n'avait su imaginer, un seul q ministre l'imaç^ina et l'exécuta heu- J rensfment: je parle du secret de faire taire ce docteur. Ce n'est pas le seul avantage que l'auteur de l'Esprit de M. Arnauld ait retiré de cette satire: il imprima une telle crainte à cent auteurs qui auraient voulu l'attaquer, et à une infinité d'autres personnes à qui il aurait pu se rendre désagréa- ble, qu'ils n'ont osé s'attirer son indi- gnation. Cela ne doit pas tant sur- prendre \ car enfin, il y a peu de fa- milles à qui l'on ne puisse reprocher Quelque aventure (aS;, ou qui n'ait es ennemis assez malicieux pour l'at- taquer par quelque bon conte, lors- ?[u on sait à qui s'adresser pour le aire mettre sous la presse impuné- ment. L'Esprit de M. Arnauld sem- blait promettre l'impression à toutes les historiettes scandaleuses qu'on en- verrait par la poste, soit qu'elles re- gardassent un simple particulier, comme le prêtre Soulier; soit (lu'elles regardassent un secrétaire d'état, comme feu M. Colbert.

Je sais qu'un jeune janséniste, con- sidérant l'eflèt de cette satire, com- parait M. Arnauld à l'ancienne ville de Troie, dont les plus braves guer- riers, ni mille vaisseaux, ne purent venir à bout, et qui succomba par les ruses d'un transfuge, et par un cheval de bois.

Talibus insidiis perjurique arte Sinonii Crédita res, captique doli...Quos neqiie Tydides nec Larissœus Achille s, Non anni domuêre decein, non mille cari- Il est irai, ajoutait-il, que cette (îS) T^es Espagnolt uni ce proverbe. No oy jsneracioa, do no oya puta ô ladroii. (36) Virgil., TEneïd., Ub. II, vs. igS.

de pots de terre remplis de serpens. Voyez Cornélius Népos, dans la vie de ce capitaine carthaginois.

(H) On l'a mis de Cassemblee de B our^-Fontaine. ] L'abus de Dupleix à l'égard du père n'est rien en com- paraison de la fausseté que M. Filleau, avocat du roi au présidialde Poitiers, publia touchant le fils en l'année 1654; car il n'y a nul lieu de douter, u'ii n'ait mis M. Arnauld au nombre es sept docteurs de l'assemblée de Bourg-Fontaine fa8). Voici ce que c est en peu de mots. M. Filleau, pu- bliant en 1654 une relation juridique de ce qui s'était passé à Poitiers au sujet de la nouvelle doctrine de Jan- sénius, exposa qu'un ecclésiastique lui avait dit que, dans une conférence que sept personnes eurent à Bourg- Fontaine, l'an 1611, il fut délibéré des moyens d'anéantir le christia- nisme 5 que cet ecclésiastique était l'un des sept personnages ^ qu'il avait rompu quelque temps après avec les six autres, dont il ne restait qu'un en vie, et qui étaient ( J. D. V. D. H. ) (S. V.). Par de certaines circonstan- ces dont ce récit est accompagné, et par le caractère de certains livres qu'on fait entendre n'avoir été pu- bliés qu'en exécution des engageraens de Bourg-Fontaine, tout le monde a cru que les lettres du premier nom désignaient Jean du f^ergcr de Hau- ranne, abbé de Saint-Cyran; que celles du second désignaient Corneille Jansénius, évêque d'Ipres; que celles du troisième désignaient Philippe Cospean, docteur de Sorbonne, évê- que de Nantes, et puis de Lisieux j que celles du quatrième désignaient Pierre Camus, évêque de Belley; que celles du cinquième désignaient Antoine Arnauld, dont nous parlons (27) Hue délecta vinim sortili corpora Jur- t\in Includunl ceeco laleri, penilusque cavernas Ingénies, uterumque armato milite comylent. Virgil., yEoeid., W. //, vs. 18.

(28) C'est une chartreuse à iG ou l'j lieues de Paris- 4io ARNAULD.

dans cet article; et que celles du relation juridique, que ces lettres désixièmc désignaient Sirnon Vigor, signent un autre qui est encore en vie, conseiller au grand conseil. M. Fil- et qui est trop bon ami de M. A rnauld leau assure qu'il fut résolu dans cette pour lui être inconnu (3i). M. Pascal, assemblée d'attaquer les deux sacre- qui travaillait alors aux Provinciales, mens les plus fréquentés par les adul- tes, qui sont celui de la pénitence, et celui de ^eucharistie; et le moyen d^y patvenir fut oui^erl par l'éloignement que l'on en procurerait, non en té- moignant aucun dessein de faire en sorte qu'ils fussent moins fréquentés, mais en rendant la pratique si dijfl - cde, et accompagnée de circonstances si peu compatibles avec la condition des hommes de ce temps, qu'ils res- tassent comme innaccessibles, et que dans le non usage, fondé sur ces bel- les apparences, on en perdit peu à peu la foi. Le public a cru que cela s'a- dressait à M. Arnauld, à cause de son îivre de la Fre'quente communion, et qu'ainsi M, Filleau n'entendait que lui, par le cinquième de ces dange- reux conspirateurs contre la religion chrétienne, marqué (A. A.) (29). Comme il ne s'agit pas ici d'cxami pressa vivement les jésuites de nom- mer le délateur secret de la confé- rence, les six docteurs qui y avaient assisté, et en particulier celui qui était désigné par les lettres A. A., et qui, n'étant point M. Arnauld, était trop de ses amis pour ne lui être pas connu 5 mais on laissa tomber ces som- mations, etcen'estquedepuis quelques années, qu'un jésuite d'Anvers fort célèbre, a déclaré au public que cet ami de M. Arnauld était son propre frère Arnauld d'Andilli (3a). On a réfuté cela. Voyez la remarque (B) de l'article Armaold d'Andilli.

(I) On l'a fait aller au sabbat."} Je ne sais à laquelle des deux assemblées M. Arnauld aurait mieux aimé se trouver, ou à celle de Bourg-Fontaine, ou à celle dont feu M. de Maupas, évê- que d'Evreux, a quelquefois parlé. Il est certain qu'il a assuré a plusieurs ner la vérité ou la fausseté de cette personnes, qu'il at'ait appris d'un conspiration, je me contenterai de dire que M. Arnauld traita cela d'un sorcier converti, qu'il avait vu au sab- bat M. Arnauld et une princesse du des plus, grands excès de calomnie sang {3 j), et que 31. A rnauld y avait qu'on ait jamais vus, et qu'en particu- fait une fort belle harangue aux dialier il se justifia invinciblement de blés (34). S'il eût fallu choisir entre l'accusation qu'on lui avait intentée, ces deux extrémités, et si la barande s'être trouvé à la conférence de ces gue n'eût tendu qu'à exciter les dédéistes (3o); car il fit voir, qu'étant né en 1612 il n'avait que neuf ans lorsqu'on prétendait qu'elle s'était te- nue. Cette justification est si forte, que non-seulement le silence du dé- nonciateur, mais aussi l'aveu formel d'un de ses amis, fit connaître qu'on n'avait rien à y répliquer. Le père Meynier, prétendant d'ailleurs que la relation de M. Filleau touchant la con- férence de Bourg-Fontaine ne contenions à quelque sorte d'amendement de vie, je ne doute pas que ce doc- teur n'eût mieux aimé avoir harangué au sabbat, qu'avoir opiné dans la char- treuse de Bourg-Fontaine à l'abolition du christianisme, et à la propagation du déisme.

Ce serait abuser de la patience de mes lecteurs, que de les avertir du ridicule de l'historiette que ce prélat a racontée à plusieurs personnes, et nait rien qui ne ft\t très-positif, avoua c'est une de ces faussetés que M. Ar- gue JU. Arnauld avait donné des preu ves convaincantes qu'il n'était pas de cette assemblée: mais il se trompe, (3i) Ze père Meynier dans le livre intilnle. Le Port-Royal et Genève d'intelligence contre ces A. A. on entend Antoine Arnauld Je lui dis de la part de l'auteur de la (29) Le 1 V. factura pour les parens de Jan- sénius, pag. ii et 12, montre t/tie c'est lui i/u'on a désigne dans la Kelation juridique.

(30) Dans sa Lcitri^ à un duc et pair, en i655. Voyez aussi la I". partie du IV. factum des pareas de Janséaius.

en i65(i.

(3a) Le pire Haiart, dans sa Réponse au factum pour les parens de Jansénius. Voyez Z'Hist. des Ouvrages des Savans,yVmec 1688, et la II'. partie du 1V«. factum des parens de Jansénius,pag. 2.

(33) C'est apparemment la feue duchesse de I,onguevillr.

(34) IV «. factum des parens de Jansénius, ARNAULD. 4it nauld ne croit pas qu'on se doive ja- table, que M. Arnnnld auaitfait ab- raais donner la peine de réfuter. Voici juration de la foi catholique a Bois-le- ses paroles (35): L'intérêt de l'hon- Duc, et qu'il s' j était marié (38). La neur peut être regardé en deux nia- plupart de ceux qu'on appelle zéla- nières ou par rapport h lu calomnie teurs ne craignent rien tant que l'or- en soi\ qui d'elle-même serait atroce, thodoxie de ceux qu'ils accusent. Ils ou par rapport h ceux qui, pnwant en ne font pas comme Dieu, qui ne veut être préi^enus, auraient ensuite très- point la mort du pécheur, mais qu'il méchante opinion de la personne ca- se convertisse et qu'il vive. ils yeu- lomniée. C'est proprement ce dernier lent que leur accusé se pervertisse, rapport qui oblige a s'en défendre; et ils sont fâches qu'il ne passe pas car quelque énormes qu'elles fussent, dans le parti ennemi, afai de rendre on les pourrait négliger, si elles véritables leurs accusations. Ils ai- étaient de telle nature, qu'il n'y edt ment mieux qu'un autre se damne, point de personne sage qui y pût que s'ils passaient pour des calomnia- ajouter foi. Par exemftle, ce,quejeu leurs insignes. Voyez ce qu'a dit un M. de Maupas, évêque d' Evreux, auteur moderne (Sg).

avait dit autrefois, qu'il avait appris (L) On lui a donne la charge d'é- d'un sorcier converti, que M. Ar- cuyer du Goliath Pierre Jurieu. ] nauld avait été au sabbat, et que les Ceux qui ont placé M. Arnauld à la diables avaient admiré la harangue tête des Vaudois lui ont fait sans qu'il Y avait faite, était en soi une doute plus de plaisir que ceux qui horrible calomnie; cependant aurait' l'ont représenté comme l'écuyer du on voulu que, si quelque brouillon Goliath M. Jurieu: c'est ce qu'a fait avait mis cela dans un libelle, ce doc- M. l'évêque de Malaga dans sa Plainte teur se fdt amusé h le réfuter, et que, catholique, en appliquant le mieux faute de le faire, on eut droit de sup- qu'il a pu à ces deux fameux écri- poser que c'aurait été l'impuissance vains une pensée de saint Bernard sur de répondre qui l'aurait forcé à se Pierre Abcilard et Arnauld de Bresse taire, et qu'il y aurait donné les (4©), ce qui lui donne lieu d'employer mains? cette conclusion: Isti qui modo sur- (K) On l'a envoyé commander les rexeruntnovusGolias,etejusarmiger, troupes vaudoises."] La fausseté que voi- Peirvs scilicet, et ART:ixhxivs,facilinego- ci n'est guère plus vraisemblable que tio exterminabuntur. Le public a vu la précédente, il y a eu des nouvelles la lettre que M. Arnauld a écrite à ce manuscrites qui ont assuré positive- prélat, où il lui montre qu'il faut ment que cet Arnauld qui est à la qu'on ait étrangement surpris son al- téle des Vaudois; est M- Arnauld doc- tesse (40, puisqu'on lui a fait pren- teur de Sorbonne, qu'il s'est enfin Are \q àocXewv Arnauld pour l'écuyer déclaré, et qu'il fait merveille en Sa- de Jurieu, le Goliath des protestons voie, à la tête des troupes du parti contre le parti catholique. Car, pour- (36). Ce serait une métamorphose suit-il, votre altesse aurait - elle ele bien surprenante, si, à Tiige de capable, si elle avait connu cet Ar- soixante et dix-huit ans, un docteur nauld, d'une aussi grande faute de de Sorbonne qui n'a jamais fait qu'é- jugement, que de mettre du même tudier, et qui a tant écrit contre les parti les deux ennemis les plus décla- rainistres, était devenu lui-même un rés, et de prendre celui qui a soutenu ministre colonel, qui eût pendu la avec zèle la cause de l'église contre plume au croc, pour ne se servir que ce ministre, pour son associé et son du mousquet et du sabre, travaillant confident dans la cruelle guerre qu'it à faire parler des carabins d'Arnuukl (38) Troisième plainte de M. AriiauU, pfg. 8.

(3c)) Dan< lu Criliqne générale du Calvinisme de Maîrubourg, pag. 584 ^^ ''' seconde édition.

C4o) Le péril Maimboiirg s*e5i fort joué sur la même équivoque d' Arnauld de ïtrewe, diinx sa Décadence de l'Empire; et le père Théophile Kaynaiild a fait un livre intitule: Arnaldus de lirixià redivivus, in Arnaldo de Luletia.

(4i) On le traite ainsi à cause qu'il était fils naturel de Philippe IV, roi d'Espagne.

encore plus qu'un de ses oncles, fort connu des Rochellois, n'en lit parler sous le règne de Louis XIII (37). Feu M. l'évêque de Liège a ouï dire h sa (35) Tirées du loin. II F de la Morale pratique, (36) Question curieuse, pag. ^.

(37) yoj-ez les Mémoires du.sieur de Pontis.

4i2 ARNAULD.

fait a l'église? II est certain que les C'est ce que signifient ces paroles de deux auteurs qu'on a pris, l'un pour l'avertissement au lecteur: Je n'ai Goliath, 1 autre pour l'ecuyer de Go- pas cru pnuuoir dire la uérité, et ne liatli, le sont si peu, qu'il n'est pas pas blâmer la conduite de ce uieux plus faux que M. Arnauld ait assiste à tartufe, que la justice nu roi trèsa conférence de Bourg-Fontaine, ou au sabbat, ou à l'irruption des Vau- dois, qu'il est faux qu'il soit l'ecuyer du Goliath Pierre Jurieu. Rien donc ne saurait être non-seulement plus froid, mais aussi plus éloigné de la vérité, que les allusions trouvées dans le pas- sage de saint Bernard.

C'est ce que le pre'tendu Goliath n'a pas moins reproché à l'auteur de la plainte catholique, que le préten- du écuyer. Si cet évéque auait du bon goût, dit- il (42), il n'aurait pas f lit rouler ses violentes in^'ectit^es sur de froides allusions des noms d'Arnauld de Bresse et Pierre Abaillard ^ mou- lant que M. Arnaukl soit le successeur d'Arnauld de Bresse, et le ministre Pierre Jurieu celui de Pierre Abail- lard. // n'aurait pas appelé ce minis- tre le Goliath ennemi de l'église, et ^rnauld son écuyer. Cet Arnauld et ce ministre s'entendent trop mal pour faire partie ensemble; et de plus, M. Arnauld est bien d'dge, de taille, et de force a être le Goliath, plutôt que l'ecuyer; aussi le prétend-il bien, et l'on l'eut bien lui en laisser l'ho- neur.

Je remarquerai ici un petit défaut de mémoire de M. Arnauld 11 s'est plaint (43) qu'après la froide compa- raison d'Arnauld de Bresse ai^ec Ar- nauld de Paris, et de Pierre Abail- lard at^ec Pierre Jurieu, on fait dire à M. l'e'vêque de Malaga, que ce doc- teur est le Goliath du parti, et le mi- nistre son écuyer. Nous avons vu qu'on lui a fait dire tout le contraire.

(M) On a dit qu'il a^'ait t'té banni de France. ] Un docteur de Sorbonne, savoyard de nation (44) > ^ soutenu dans ses Préjugés légitimes contre le jansénisme, imprimés à Genève (45), l'an 1686, que M. Arnauld avait été chassé de France par ordre du roi.

(4*) Religion des jésuites, pag. Sg.

(43) A la fin du III'. tome de la Morale pra- (44) Il s'appelle Vabb^ Je Ville. Voyez let Pfouvilles (le l.-i République des Lettres, juillet 1686, article VIII.

(45) i^ ne faut pas s'arrêter au titre, qui porte à Cologae, chez Abraham du llois.

CHRÉTIEN A RENDU FUGITIF dans la Hol- lande. 11 est néanmoins certain qu'il s'est retiré hors du royaume volontai- rement, et l'on n'en saurait douter, après les lettres qu'il écrivit en 16^9 à M. le chancelier le Tellier, et à M. l'archevêque de Paris, imprimées dans le i*"^. tome de l'Esprit de M. Ar- nauld, l'an 1684: de sorte qu'il est as- sez étrange que, deux ans après, l'ab- bé de Ville ait fait paraître qu'il igno- rait une vérité exposée aux yeux de tout le monde, daus une satire qui a tant couru. Mais il est encore plus étrange, qu'en l'année 1690, M. Ar- nauld ait été contraint de faire impri- mer ces deux lettres, pour réfuter ceux qui publient partout qu'il est rebelle à son roi, et qu'il a été chassé de France comme un brouillon (46). Je ne crois pas que l'auteur de son Esprit ait débité un moindre mensonge que celui-là, en soutenant qu'il a été chassé de Flandre. Bien que ce bon homme, poursuit-il (47), croye que ses ai'enlures sont fort enterrées, on n'a pas laissé d'apprendre de bonne part, qu'il avait été chassé des Pays- Bas par ordre du gouverneur. Le ter- me de chasser, dont l'auteur de la Critique générale du Calvinisme s'est servi, est un peu équivoque. Ils ont fait acroire, dit-il (48), que la maison de M. Arnauld étaitun rendez-vous de mécontens, qu'on y tenait des confé- rences pleines de cabales et df. factions, qu'on y préparait des mémoires pour la cour de Rome; en un mot, ils ont obtenu tout ce qu'il fallait pour le CHASSER avec le reste de la troupe. Cela ne veut dire sinon qu'ils obtinrent qu'on donnât certains ordres à M. Ar- nauld, qui furent cause qu'il se choi- sit une retraite daus les pays étran- gers.

(N) On adit...qu'il avait fait l'Apo- logie pour les catholiques, afin de re- couvrer ses bénéfices.'] M. Jurieu s'est fort abusé lorsqu'il a dit que M. Ai- nauld avait fait l'Apologie pour les ca- (46) Quest. curieuse, prt^. 212. (4nl Kspritde M. ArD,iuld, tom. I ypag. BS. (48) (iiiliquc générale du Calviiiisme de ]>Taimboarg, LcUre V- ARNAULD.

tholiques dans la vue d'obtenir son endroits, il tomba sur des choses qui rappel en l'rance, afin d'y jouir pai- lui firent assez connaître le génie Je ce siblement Je son bien et de ses béné- niimstre, comme est cette Jolie culom- Jices (49 ), et que la crainte qu'on ne nie, qu'on laissait lire à Port Royal les fit conjisquer ses bénéfices l'a engage livres des sociniens à des enfans de dans quelques démarches. On ne pour- rait gutre mieux convaincre ola de faux par une démonstration géomé- trique que par la déclaration que M. Arnauld a faite publiquement, qu'il n'a aucun bénéfice ^ car il n'en- trera jamais dans l'esprit d'aucun homme raisonnable, qu'un docteur aussi jaloux de sa réputation que celui- là, et qui ne peut s'attendre à aucun moyen d'éviter la plus mortifiante de toutes les confusions, en cas qu'il nie faussement qu'il ait quelque bénéfice, en ait quelqu'un, s'il se trouve qu'il le nie dans un écrit imprimé. 11 ne faut donc que jeter les yeux sur ces paroles de M. Arnauld, pour être dé- monstrativement convaincu du men- songe de son adversaire. La manière séditieuse, dit-il (5o), dont ils aidaient osé parler Jes affaires de ce pays-là, qualité de douze ou treize ans, à qui on enseignait les lettres humaines (5a) j et une autre non moins ridicule, quoique moins atroce, que M. Arnauld, qui n'a aucun bénéfice, ET QUI n'eN A JAMAIS RECHERCHE, a écrit l Apolngie des catho- liques pour consert^er ses ùén'Jîres. Il conclut de là qu'un calomniateur si outré et si déraisonnable, étant in- digne de créance, ne méritait aucune réponse, et il n'a depuis rien lu Je ce lii^re ai'ant que i^otre Défense eiit paru, f^oilà ce que je sais d'original (Hi). 11 est donc arrivé à l'auleur de l'Esprit de M. Arnauld ce que les Latins ex- primaient par le proverbe, Cantlierius in porta: il a bronché dès le premier pas.

Notez que M. Arnauld avait un ca- nonicat dans l'église cathédrale de Verdun, lorsqu'il commença sa lia obligé CambassaJeur de sa Majesté cence, l'an i638 (54); mais il quitta britannique d'obtenir de Messieurs les ce bénéfice un peu avant que de re- Etats la condamnation du plus em- cevoir le degré du diaconat, l'an i64l porté de leurs libelles, auquel il leur a plu de donner pour titre l'Esprit de M. Arnauld, quoique je sois peut-être le moins mal traité d'un grand nombre de personnes qu^ils y déchirent sans aucun rapport 'a moi, que ridicule ou imaginaire; n'ayant presque rien autre chose à me reprocher que des inten- tions cachées, fondées soutient sur des faussetés manifestes: comme lorsqu'ils disent que ce n'a été par aucune i'ue de religion que j'ai fait l'Apologie pour les Catholiques, mais par une une d'intérêt, pour ne pas perdre mes bé- néfices, MOI QUE TOUT LE MONDE SAIT QUI n'en ai AUCUN. C'est ainsi qu'il parle dans une lettre datée du 20 d'octo- bre 1684 '1 '^^ parle pas moins allir- mativementdans un ouvrage imprimé en 1689. Pour le lit^re faussement in- titulé V Espv'it de M. Arnauld, t7(5i) n'a jamais eu aucune pensée J'y ré- ponJre; car lui ayant été eni'oyé quel- que temps après qu'il parut, en ou- vrant l'un et l'autre tome en divers (49) Esprit de M. Arnauld, loin. I, pag. 34, (50) Seconde addil. à ('Apologie pour les Catholiques, pag. l!^.

(5() C'est de lui-même que M. Arnauld parle.

( 0 ) On lui a imputé plusieurs livres qu'il n'avait point composés. ] Nous diviserons cette remarque en quatre sections *.

I. Sans avoir égard à Tordre du temps, je donnerai pour la jjremière fausseté en matière d'attributions de livres, celle qui regarde la Perpé- tuité delà Foi; car cet ouvrage a donné lieu à l'une des plus célèbres disputes qui se soient jamais excitées entre les catholiques romains et les protestans. M. Claude, qui a été le tenant de ceux-ci, en a remporté la plus belle réputation que jamais mi- nistre se soit acquise; et M. Arnauld, (5i) Voyez la Réfulaùon de ce conte dans la DissertatioD de M. Arnauld, sur le prétendu Bonheur de^^ plaisirs des seos, imprime' en 168".

(â'i) Tome III de la Morale pratique, pag.

(.^J Prœfalie Causx Arnaldinse, pag. vii.

(5.SJ Ibidem, pag xix.

* Joly dit qu<> Bayle e.st fort embarrassé par plusieurs ouvrages attribués par les uns à M. Ar- nauld, et que d'autres nient être sortis de sa plume. Il y avait certes de quoi l'clrc. Au reste Joly renvoie au Dictionnaire de Morr'ri, dans les dernières éditions duquel on trouve uu fort boa catalogue des ouvrages de ce docteur 4i4 ARNAULD.

qui a e'te le principal tenant de ceux- là, n'a jamais peut-être employé avec plus d'application qu'alors, toutes les forces de son esprit. On a vu de part et d'autre, dans le cours de cette fa- meuse contestation, tout ce que le génie, l'éloquence, la lecture, la lo- gique peuvent fournir de plus bril- lant et de plus fort: cliaque parti prétend avoir remporté la victoire sans que les peines incroyables que le Port-Royal s'est données pour faire venir à grands frais un grand nombre d'attestations du Levant, aient près que de rien servi contre la persuasion où étaient les réformés touchant la foi d ment, que la Perpétuité de la Foi a été imprimée pour la première fois l'an 1671. Je ne dis pas cela sans avoir pris garde que l'on s'est souvent abusé de cette manière, pour n'avoir pas trouvé dans des préfaces la date qui leur convient. Mon édition de la Per- pétuité;de la Foi est la quatrième, et de l'an 1666; mais je ne laisse pas d'y apprendre la date de la première, parce que j'y trouve au bas de l'extrait du privilège que ce livre a été achevé d'imprimer pour la première fois le i5 de juillet 1664. La publication de la première réponse de M. Claude est de es chrétiens de ce pays-là par rapport teur de sa Vie, n'ayant pas cru qu'un l'eucharistie. L'ignorance qui rè- détail précis des dates fût nécessaire gne parmi ces chrétiens, le décri de la dans un abrégé, a été cause que les