SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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nation grecque de temps immémorial sur le chapitre de la bonne foi, la véna- lité de signature dont on les croit ca- pables (56), etc., énervent à l'égard des protestans les attestations que le Port-Royal a produites. Mais cela n'empêche pas que cette dispute ne puisse être regardée, mettant à part les préjugés de parti, comme une des plus mémorables et des plus glorieuses occupations de M. Arnauld. C'est donc avec raison que j'ai commencé cette remarque par le premier exploit de ce grand combat.

Je voudrais que l'auteur qui nous a donné un bon abrégé de la vie de M. Claude (57), eût marqué avec la deraière précision l'époque de cette guerre, puisque M. Claude n'avait mis aucune date à la préface de son pre- mier livre. Ce défaut de date peut savans hommes qui font le journal de Leipsick avec beaucoup d'avantage pour la république des lettres, et avec beaucoup de gloire pour leur ville, qu'on peut à bon droit appeler l'Athè- nes de l'Allemagne, se sont trompés sur le premier écrit de ce ministre. Ils prétendent que sa première réponse à la Perpétuité de la Foi fut imprimée avant qu'il allât servir l'église de Mon- tauban (Sg) 5 mais la vérité est que la première et la seconde ont été impri- mées en même temps, après que la première çut couru quatre ou cinq années en manuscrit, et lorsqu'il n'é- tait plus à Montauban. Revenons au fait.

M. de la Devèze n'assure pas que la Perpétuité de la Foi soit un ouvrage de M. Arnauld: il se contente dédire qu'on l'en croit l'auteur. Les journa- listes de Leipsick se renferment dans les tromper beaucoup de gens; car, par ai-//.

exemple, j'ai la première réponse de m^mes bornes (60); mais dans le sup- M. Claude, imprimée à Paris, chez plement de Morori, où l'on a donné Etienne Lucas, en 1672. Le titre n'ap- "" ^^rt long article de M. Claude, tiré prend point si c'est la première ou la seconde édition; et dès la première ligne de la préface, je vois qu'il y a^ait enuiron quatre ans que cette dispute était née, et qu'il y avait un an que le manuscrit qu'on avait communiqué en ce temps-là à M. Claude était im- primé. Si je n'ai point d'autres lu- mières, je me sens presque invinci- blement porté à faire ce faux juge- (56) Voyez ci-dessous la remarque (S).

(57) À.B. R. D. L. D. P. C-esi-à'dire, Abel Rololp de la Devèie, pasteur. Il e'iail ci-devant ministre a Castres. et a présent il l'est à la Haye.

en partie de l'abrégé de sa vie, on as- sure tout net que M. Arnauld est l'au- teur de la Perpétuité de la Foi. Ce- pendant l'opinion la plus commune et la plus probable donne ce livre à M. Nicolle *, les trois gros volumes de la (53) C est-a-dire, selon la date anticipée du libraire; car je crois que le livre parut en j665.

(59) Acta Eruditor. Lipsiens., an. 1687, (60) Idem, ibidem; mais, en i683, pag. 44^ « ils Vnjfirment.

* Croirait-on que Leclerc et Joly reprochent à Bayle d'atlrilmer à Arnauld la Perpétuité de la Foi, dont il ne composa, disent-ils, qne l'épitre dédiiatoirc?

Perpétuité défendue à M. Arnaud, et la Réponse générale au second livre de M. Claude à M. Nicolle. La Question curieuse ne dit rien de positif sur cela, parce que Ténumération qu'on y trouve des écrils de MiM. de Port- Royal contre ceux de la religion ne distingue point ceux de M. Nicolle, d'avec ceux de M. Arnauld.

Notez que le premier tome de la Perpétuité défendue fut imprimé Tan 1669, et que l'auteur ayant hésité pendant un an s'il répondrait au livre de M. Claude, commença à y tra- vailler au mois de janvier 1667, et ARNAULD. 4i5 charité et la justice, si on en considère bien le> circuiislances. La seule raison, ajoute-t-il (64), que vous ayez Je l'en faire auteur est te témoignage d'un homme que vous dites vous- même être indigne de toute créance, et si décrié pour ses mensonges, qu'il n'est capable que de faire douter des vérités les plus claires, quand il les avance.

III. Le journal de Leipsick attribue à M. Arnauld les Préjugés légitimes contre les calvinistes {65). C'est pour- tant M. Nicolle qui en est l'auteur, selon l'opinion générale de tous ceux acheva ce premier volume au mois de qui sont les mieux instruits de ces juin 1668 161). Notez aussi qu'on le sortes de particularités: et c'est à lui donne à M. Arnauld dans quelques- nommément que l'abbé de Ville l'at- unes des approbations qui se voient tribue (66), dans la préface du livre à la tête de l'ouvrage. Cela doit ôter dont j'ai fait mention ci-dessus, oii toute incertitude. il rétorque contre M.\l. de Port-Pioyal II. L'auteur de l'Esprit de M. Ar- les Préjugés dont ils se sont servis nauld attribue à ce docteur le second contre la réforme. La preuve dont volume de la Morale pratique, mais il se servent M.VI. de Leipsick, n'est pas n'en donne aucune raison. M. Arnauld bonne; car bien que l'é^êque de Con- l'a démenti publiquement. Il est cer- dom et eelui de Grenoble, donnent tain, a-t-il dit (62), que M. Arnauld leur approbation par un même acte n'est point auteur de la Morale prali- aux Préjugés légitimes, et à trois que. Les jésuites ne la lui attribuent...autres livres dont l'un est constam- que sur la foi de M. Jurieu, cet hom- ment de M. Arnauld, ils ne préten- de si décrié par ses faussetés et ses dent pas que les autres le soient aussi. mensonges, et qui n'impute cette Mo- On les a joints ensemble, parce qu'ils "aie h lu. Arnauld, que comme il fait beaucoup d'autres pièces, aux- quelles tout le monde sait qu'il n'a pas eu la moindre part. L'accusa- teur ne s'est pas mis en devoir depuis ce temps-là de justifier ce qu'il avait dit; Téipiité veut donc qu'on juge que c'est une fausse imputation. 11 faut bien que 'es preuves en soient diflici- les à donner, puisque M. l'évèque de Malaga n'en parle qu'en doutant, sur la seule autorité de II. Jurieu. Modo «ttARNALDUs, dit-il (63), «« innuitVs.Tv.vs JoRiEn in suo Sfiritc. L'auteur delà Dé- fense des nouveaux Chrétiens, qu'on croit être le père le Tellier, l'une des meilleures plumes de l'ordre, a été plus décisif que le prélat, quoiqu'il ne paraisse pas avoir d'autre caution que M. Jurieu. C'est pour cela que M. Arnauld lui fait une rude répri- mande, et qu'il l'accuse d'un juge- ment téméraire, qui blesse le plus la (61) Voyez sa préface.

(62) LeUrc d'uo Tbéol. sur la Déf. des nouv. Clirélieas, pag. 3.

étaient sortis tous quatre de Port- Royal presque en même temps. Ces quatre livres sont les Préjugés légi- times, la Réponse générale à AI. Clau- de, le Renversement de la Morale, et le second tome de la Perpétuité défendue.

IV. On a imprimé à Anvers (67), en 1689, la Défense de l'église contre le livre de M. Claude intitulé la Dé- fense de la Réformation. Les journa- listes de Leipsick conjecturent ((ue c'est un ouvrage de M. Arnauld (68):, mais il vient d'une autre main, sa- voir du père d'Antecourt, religieux de Sainte - Geneviève, chancelier 3fi.

(64) Tom. III de la Morale pratique, pag.

(66 II le nomme mal Nicol. Quel'on attribue justement, dil-il, à M. Nicol, un des plus polii écrivains de Port-Royal.

(67) Le litre porte: à Cologne, chez Pierre Marteau (68) Acta Erudilor. Lipsiens., ann. 1690. pag^ 18, et dansV Inieti, pag. 611.

4>6 ARNAULD.

de l'université de Paris, comme )> dans la décision des dogmes, elle l'est nous l'apprend un excellent journa- » aussidans la décision de ces sortes de Jiste (69). » Jails qui s' ensun^ent nécessairement Je passe sous silence une erreur du " des dogmes, eiqui sont les mnyensnéjésuite Papebroch; c'est celle d'attri- " cessaires par lesquels elle an iue a la buer à M. Arnauld les livres qui ont " connaissance des t^éntés de foi. Tout paru sous le nom de Pétrus Aurélius. >' celaestde M. Arnauld. «Voilà qui est Petrus aurélius t^ero nomine est u4n- net et précis. On affirme positivement tonius ^rnaldus(']o). Je ne sais que que l'Apologie des Religieuses, et la dire à l'égard d'un fait que j'ai trouvé réfutation d'un livre du père Annat, dans une pièce volante (71), intitulée sont deux ouvrages de notre docteur.

Défense du Mandement de Monsei- Je ne prétends pas le nier, quoique gneur l'ti'êque d'^^rras, du 3o dé- d'une part le style de l'Apologie me cenibre 1697, contre un libelle in- paraisse plus châtié que le sien, et titulé, Ancienne Hérésie des jésuites de l'autre moins vif, moinsimpétueux, renouvelée, etc. L'auteur de cette Cette Apologie est un assez gros indéfense prétend prouver que les jan- quarto divisé en IV parties, imprimé sénistes ont reconnu l'autorité de l'É- l'an i665. Notez en passant le sort glise à l'égard de la détermination du des disputes: il n'arrive presque jasens d'un ouvrage; et voici ce qu'il mais, en soutenant une opinion, que dit dans la page 24. « De plusieurs l'on ait une entière liberté de se ser- » que je pourrais produire, je me virdemaxiraespurement universelles.

i> contenterai d'un seul qui peut tenir On a quelques autres sentimens à raé- 3> lieu de tous les autres. C'est M. Ar- nager, qui obligent à des restrictions, }> nauld, le chef et l'oracle du jansé- mais c'est une gène très-incommode 5 )> nisme. Après avoir enchéri dans la car votre adversaire se prévaut de ce 3) quatrième partie de l'Apologie pour que vous exceptez. Cela lui fournit }> les religieuses de Port-Royal sur J> tout ce qui avait été dit jus(|ue-là }> contre l'infaillibilité de l'Eglise à 3» l'égard du sens des livres, enfin 3) dans un nouvel ouvrage, fait pour 5' soutenir cette apologie même et 5) d'autres de ses écrits, réduit à ne 3) pouvoir autrement se défendre du i) reproche qu'on lui faisait, que ses 3) raisonnemens allaient à détruire 3> la certitude delà tradition, il se vit des argumens ad hominem, et de fort grands avantages, et c'est presque toujours par-là qu'il se relève de sa chute, après qu'on l'a terrassé. Les Jansénistes en sont un exemple dans 'Apologie du Mandement de M. d'Ar- ras. Je voudrais bien voir comment ils s'en tireront. Chaque parti souflVe dans cette matière. On ne peut point soutenir l'infaillibilité de l'Église à l'égard des faits; et, à moins que de 3) contraint de faire malgré lui cet l'admettre, on s'expose à mille incon- » aveu important et décisif, qui rui 3) nait en peu de lignes ses travaux de 3) tant d'années. Il y a de certains 3) Jaits, dit cet écrivain (*), dont on 3) conclut nécessairement la vérité 3> d'une doctrine, et ce sont ceux qui 3) contiennent la tradition de l'église. » Par exemple, il s'ensuit de ce que » tes pères ont enseigné unanimement » une doctrine comme de foi, que cette 3> doctrine est de foi...et ainsi, il est veniens. Quant au livre des Deux chefs qui n'en font qu'un, j'en par- lerai en quelque autre endroit. C'est un ouvrage que l'on donne faussement à M. Arnauld: j'ai trouvé cette im- putation dans un écrit anonyme, imprimé l'an 1688, et qui passe pour être du père le Tellier. Il a pour titre, Lettre apologétique pour M. Ar- nauld, etc. On aurait plus de raison de dire que le dogme même des deux 3> clair que l'église étant infaillible chefs qui n'en font qu'un, a été sou- tenu par ce docteur de Sorbonne dans lapréfacedu livre de la FréquenteCom- munion; mais cela même demande quel(|ucs éclaircissemens. Voyez l'His- toire abrégée de sa vie (72).

(P) On a imputé son silence h un& (6q) Hist. des Ouvrages des Savans, août 1689, (71) Imprimi'e a Cologne, chez Vandliuning, a la Palme, en iCg8; elle contient 5o pages in-i2.

(") Réfut.du livre du père Annal, etc.,^a;^.5.

(73) Pag. 85 et tuivanies.

ARNAULD.

fausse raison.^ Les difficultés propo- silence, par rapport au père le Tel- se'es à M. Steyaert font voir que Tau- lier (77), ont satisfait peu de gens.

teur du f^oyai^e du Monde de Des- cartes * n'a pas consulte' exactement l'époque de la (luerelle de M. Arnauld et du père Mallebranche, quaad il a dit que le premier s'y engagea, afin d'avoir un prétexte de ne pas répon- dre à deux livres qui avaient paru contre lui, l'un composé par uu mi- nistre, l'autre composé par un jésuite. Il faut avouer que le public n'est pas encore trop bien revenu de l'élonne- ment que lui donnèrent les premiè- res années du silence de ce docteur à l'égard de ces deux livres; mais il est certain, quoi qu'en dise le voya- geur subtil et poli de ce nouveau Monde. que la partie était liée avec le père Mallebranche, avant que l'Es- prit de M. Arnauld et les Observa- tions du père le Tellier eussent pa- ru (73), Je ne dois pas dissimuler que les raisons que M- Arnauld a don- nées de son silence ont plu à quelques personnes ^ mais il s'en faut beaucoup qu'elles aient plu à tous les lecteurs. J'ai déjà rapporté un (74) passage qui concerne ces raisons (75); en voici un autre: « Et quant à M. Jurieu, il » s'est rendu si fameux dans toute » l'Europe par ses médisances et ses » calomnies, qu'il n'est plus capable )) de faire du mal à ceux qu'il déchire. » Je sais que deux diverses personnes, » tous deux proleslans, en ont écrit à M M. Arnauld, comme d'un homme M décrié parmi les siens, et dont les » eraporteraens leur faisaient honte ^ » et qu'ils se sont oflérts de lui en- » voyer des mémoires qui le feraient M connaître pour tel qu'il est. Mais » on ne s'étonne pas que M. Arnauld ne » les ait pas pris au mot, et qu'il n'ait » pas voulu perdre le temps à écrire M contre un homme qui n'est fort » qu'en injureseten médisances(76).w Il produit tout incontinent qitelc[ues faits, qu'il prétend n'être que des ca- lomnies atroces publiées par ce minis- tre. Les raisons, qu'il donne de son * Le père Daniel.

(■73) Voyez les Difficultés proposées à M. Steyaerl, part. VI, pag. Sg, et suivantes.

(n5) Il est a la page 23'^ du III'. tome de la Morale pratique. Koyei aussi la page 36i.

(76) Dissertation sur le prétendu bonheur Ae^ pllisirs des sens, pag. 12.

(Q) On lui a donné des lunettes et un ualet injidèle.] Les écrits publiés sur le commerce de lettres d'un faux Arnauld avec un professeur de Douai, contiennent des choses qui pour- raient convenir à cet ouvrage; néan- moins je ne rapporterai «jiie la ma- nière dont M. Arnauld réfute la plainte qu'on lui a imputée d'avoir été ^olé par son valet, et d'avoir de la peine à cause de son grand âge à lire le pe- tit caractère. Comment, dit-il (78), me pQurrais-je plaindre d'un ualel qui m'aurait uolé et trahi, moi qui n'en ai jamais eu que de très- fidèles, et qui n'en ai eu aucun depuis douze ans que je suis sorti de Paris? Dans une note sur la lettre de M. de Ligni, il y a, que jamais M. Arnauld ne s'est seT\>i de lunettes, et qu'il ne laisse pas de lire la plus petite lettre aussi bien que la grosse (79). Voilà deux petites sin- gularités, qui méritaient d'être com- muniquées aux curieux de l'histoire des Hommes illustres. Pour l'intrigue du faux Arnauld, c'est une des plus fines comédies qui ait été jamais jouée: le succès en a été aussi grand que les auteurs le pouvaient attendre. Il n'y a peut-être point d'exemple de morta- lité, qui ait enlevé en si peu de temps plus de professeurs à une académie, que cette aflaire en a enlevé à l'université de Douai; et jamais décharge n'éclaircit si bien les rangs; c'est de quoi se souvenir de cette parole du. psalraiste, et renoi^abis J'aciem terrce. (R) // s'est battu i^igoureusement contre le père Simon, soit touchant l'inspiration des auteurs sacrés, et les versions de l' l'écriture...^ On a vu cicensurées par les facultéesde théologie de Louvain et de Douai. Ce sont des propositions qui paraissent limiter ou modifier l'inspiration de l'Écriture.

(7';) Morale pratique, lom. III, pag. 266, 7- (-j8) Première plainte, pag. g- (ijg) Imperialis rapporte que François Picco- lomtiii, mort àVdge de quatre-vingt-quatre ans, ne s'e'tait jamais servi de lunettes. Le \ale?ian8, pag. 3, nous apprend qu'Hadrien de Valois, k plus de quatre-vingts aos, écrivait et lisait les caractères les plus menus, sans secours d* iuneties.

dessus, dans l'article du père Adam (80), deux propositions des jésuites ARNAULD.

M. Simon a pris là-dessus parti contre les censeurs (81), et a été réfute par M. Arnauld, depuis la page ii3 jus- qu'à la page 236 de la Vl^ partie des Difficultés proposées à M. Steyaert. Il s'est déi'endu dans ses Nouvelles 01)ser- vations sur le texte et sur les versions du Nouveau Testament (82), depuis la page 33 jusqu'à la 91. On peut apprendre bien des choses en com- parant exactement les raisons de 1 un avec les raisons de l'autre. Ckacun sait que M. Arnauld est cehii de tous les écrivains catholiques qui a soutenu le plus doctement et le plus solidement l'utilité des versions de 1 Ecriture. Le qu'il a dit à l'égard du droit sur cette matière, est aîîmirable: ce qu'il en a dit à l'égard du fait, c'est-a-dire, pour montrer que, selon l'esprit de rÉolise, les laïques n'ont jamais cte exclus de la lecture de la parole de Dieu en langue vulgaire, est beau et curieux; mais, si vous lisez attenti- vement les réponses de M. Simon (83), vous ne saurez que penser touchant l'esprit de l'Église quant à cela. Les sen- timens desdocteurs, les jugemens des académies, lesmandemens des prélats, les actes publics, en un mot, allégués de part et d'autre, forment une^ si étrange variété, et surtout lorsqu'on examine les motifs et les principes étalés par ceux qui blâment, et par ceux qui louent la lecture des versions, qu'il résulte de tout cela, que, selon l'esprit de l'Église, il doit être défendu et permis au peuple de lire l'Ecriture Sainte. Il n'y a guère de faits qu'on puisse réduire plus aisément au pyr- rhonisme historique, que cette deman- de-ci: L'Église a-t-elle désapprouvé, ou approuvé, quel Ecriture f dilue par les laïques en langue wulgaire? Quelle pitié qu'on ne puisse rien établir de ferme sur une telle question, ni à l'égard de la négative, ni à l'égard de l'affirmative! Un corps, qui se van- te de l'infaillibilité, ne devrait-il pas êtreplusuniformedans ses procédures? M. Arnauld, avec les torrens de sou éloquence et de son savoir, entraîne- rait une infinité de lecteurs à dire (81) Voyez le! chap. XXI ÎI H XXIV de son Histoire critique <lii Nouveau Testament.

(8a) Imprimées a Paris, Van iCijS, in-!^'.

(83) Dans les Noiivellci Observatians sur le texte «I les versions du Nouveau Testament, de- puis la page ffiS jusqu'à la page 584.

que l'on a calomnié l'église romaine, quand on lui a reproché mille et mille fois qu'elle interdit aux laïques la lec- ture de la parole de Dieii; il les en- traînerait, dis-je, à croire cela, si M. Simon n'opposait des digues à ces torrens. Voilà compjcnt, dans les mê- mes communions, un docteur défait le travail de l'autre: l'ennemi commun en profite, et a lieu de s'écrier, Stepè, preinenle Dec, ferl Deus aller opem.

(S)...soit en faveur des attestations des Grecs.'] J'ai dit ci-dessus (84), que les protestans les ont méprisées, comme des choses que l'on avait faci- lement obtenues de cette nation vé- nale. [ Emendicatis undique per lega- tos regios, consules, missionarios, Grœculorum hdc de re testintoniis, à quibusnihilnonpretioexlorqueas (85). « M. Arnauld produisit plusieurs at- j) testations de prêtres grecs, pour » montrer qu'ils étaient là-dessusdans » les hypothèses des catholiques ro- » mains; mais il est vrai aussi qu'on « en obtint la plupart à force d'ar- )) gent. M. Wheler assure, dans ses » Voyages de Grèce, qu'il a parlé à » plusieur papas t|ue M. de Nointel, » neveu de M. Arnauld, a tâché de » corrompre de cette manière (86). » Voilà deux témoins du fait que j'ai avancé. Notez que M. de Nointel n'est pas neveu de M. Arnauld. On le dit là apparemment pour avoir lu dans la réponse de M. Claude (87) que M. de Pompone, neveu de M. Ar- nauld, et ambassadeur alors en Suè- de, lui avait procuré des matériaux ] (88). Quoi qu'il en soit, M. Simon a soutenu qu'il y a même des ca- tholiques qui ne s'en rapportent pas tout-'a-fait à ce grand nombre d'attes- tations (89) 5 et il rapporte les fon- demens de leurs doutes. M. Arnauld (84) Dans la remarque (O), num. I, immé- dialemenl après la citation (56).

(85).Spanlieni. Slriclur. ia Expositionem Episcopi Condom.

(86) Bibliotliéque Universelle, tom. XI, (8n) ClDiMe, Réponse à la Perpétuité defcn- aue \ lii'- ly, thap. III, pag. 5g-].

(88) N'Uez que ce qui est ici entre deux cro- chets était en marge de la remarque (M), cita- lion (aj, dans la première édition. C'est dans celle-ci, remarque (O), citation (5C).

(89) dans son Histoire Critique de 1» Créance du Levant.

etanline tout cela avec une extrême ferveur, et donne un précis de ce qu'il avaitréponduà M. Spanheim dans l'Apologie pour les catholiques (90}. (T) Je ne sais si le public uerra jamais ce que M. Arnauld écrivit enfat'eur de M. Despréaux (*). ] La critique de la X®. Satire de M. Desf)réaux (91) étant tombée * entre es mains de M. Arnauld, lui fit naî- tre la pensée d'écrire une disserta- tion en forme de lettre, oit il prit la défense de la satire avec cette vi- gueur d'esprit et de style qui ne l'a jamais quitté: le parti des anciens en fut glorieux, et cela a i^alu à M. Ar- nauld ces beaux uers de M. Dcs- préaux, où il préfère a tous ses avantages, même à celui d'élre his- torien du roi, l'apologie que ce doc - leur a faite de sa satire...Les jansé- nistes rigides, ou les rigoristes ne fu- rent pas conlens de celte dernière piè- ce de M. Arnauld. Un docteur blan- chi dans des disputes graves et sérieu- ses parler, à plus de quatre - vingts ans, (le vers, de femmes, de romans, quel désordre! Le parti en frémit, et se disait à l'oreille que leur chej bais- sait. La poésie, a les entendre, était un art frivole, qui n'avait pas dil un moment arrêter un si grand génie. Ce- la vint au.t oreilles de M. Despréaux, et là-dessus il entreprit son poëme sur l'amour de Dieu, pour montrer que la poésie peut embrasser les sujets les plus sublimes Ces particularités m'ont été communiquées par un homme de beaucoup d'esprit et d'érudition (92), fort connu de M. Despréaux. Mettons ici un passage de la X*. Épître ( \'s. 1 1 5 et suiv. ) de ce grand poète, où il s'a- dresse à ses vers.

Maii des heureux regards de mon astre éton- nant Marquez bien cet effet encor plus surprenant, Qui dans mon souvenir aura toujours sa place: Que de tant d'écrivains de l'école d'Ignace C()o) DifScuU. proposées à M. Sieyaert, part. yj, pag. 275 et suivantes.

[{*^ M. Despréaux l'inséra dans l'édition de ses OKuvres de x^^oi Cette pièce a paru depuis dans toutes les éditions quiontsuivi cellede iro2. .4dd. de l'édition d' Ainsli-rdam ].

fgi) C'est la Satire contre les Femmes.

* Leolerc trouve impropre cette expression, puisque c'était Perrault lui-même qui avait en.- voyc sa Critique à Arnauld.

(91) M. Marais, avocat au parlement de Paris.

ARNAULD. 4,9 Elnni, comme fe suis, ami si déclaré, Ce docteur toutefois si craint, si révère'.

Qui contre eux de sa plnine épuisa l'énergie, /Jrnauld, le grand Arnauld,Jit mon apolo- Sur mon tombeau futur, mes vert, pour l'é- noncer (^i, Courez en lettres d'or de ce pas vous placer.

Chercher, pour l'y graver, le plus précieux ' jaspe.

Surtout à mes rivaux sachez bien l'étaler.

(V) Si la lecture des mauvais livres produisait dans le cœur des jeunes gens les mêmes effets qu'en lui, il se- rait bon de la conseiller, ] Voici ce qu'il nous apprend lui-même. « Je me souviens d'avoir lu autrefois, étant fort jeune, dans les Muses ralliées ( c'était le titre de ce livre, si je m'en souviens bien ), quelque » chose de fort méchant sur ce sujet. > C'est un poète qui se glorifie d'a- voir obtenu ce qu'il n'avait pu de- mander sans crime ^ et la raison qu'il rend d'être venu à bout de son dessein est tout-à-fait abomi- nable C'est, dit-il, que cette per- sonne avait l'esprit trop sfilide pour ne pas regarder comme d'invisibles chimères ces vieux contes d'honneur qui naissent au cerveau des maris et des mères. Je suis certain que ce qui est en italique était dans ces vers j car j'en fus tellement choqué que cela m'est toujours depuis de- meuré dans l'esprit. Ce poète sup- pose donc qu'il u'y avait que la con- sidération de ïhonneur qui eût pu > empêcher cette femme de le sa- tisfaire j mais qu'elle s'était mise au dessus par la force de son es- (X) // a fait un Testament spiri- tuel. ] J'en ai un exemplaire de l'édi- tion de Liège, en 1696. On y a mis une préface où l'on tiésavoue l'édi- tion qui avait déjà paru (Y) On a reconnu enfin à la cour de Rome ce qu'il valait. ] Le pape (*) M. Arnauld a fait une Dissertation où il me justifie contre mes censeurs, et c'est son der- nier ouvrage. [ Celle note de Bnileau lui-même n'est pas exacte, puisque la Lettre à Perrault est tlu mois de mai 1694, et que, depuis encore, Âruaiild a composé ses quatre lettres à Male- branrlie.]

^9^) C'est ainsi qu'il y a dans l'édition dont je me sers, qui a été faite dans i/uelque ville det Provinces-Unies, <94) Arnauld, cinquiùme Dénonciation da Ptché Philosophique, pag. Sn,."ÎS ARNAULD.

Clément X, ayant lu quelques ouvra- ges de M. Arnauld, les loua extrême- ment, et déclara que l'auteur lui fe- rait beaucoup de plaisir s'il lui en envoyait un exemplaire, ou s'il le fai- sait donner à son nonce (gS). Le car- dinal Altiëri, qui avait fait voir ces Lettres au pape, ne pouvait assez les louer, et finit vingt fois ses éloges par ce témoignage honorable: « M. Ar- 3) nauld a rendu de très-grands servi- » ces à l'Eglise: il serait à souhaiter 3) que la mort ne lui enlevât jamais » un si grand homme. » De ecdesid optimè meritus est Arnaldus; optan- dum esset ut talent ac tanium uirum mors illi nunquam ereptura esset (96). L'estime et l'affection d'Innocent XI pour ce docteur ont été connues du public. Voyez la lettre qu'il lui fit écrire par le cardinal Cibo, le 2 de ■janvier 1677: elle est à la fin de la lettre que M. Arnauld écrivit à M. l'é- vêque de Malaga, le 2 de décembre 1688. On a une lettre de M. Favoriti, secrétaire do ce pape, datée de Rome le 3 d'avril 1680, où l'on voit de grands éloges et de fortes marques de la dou- leur qu'avait ce pontife de la persécu- tion qui était faite à M. Arnauld (97). Il eut envie de l'élever à la pourpre, et il ne tint ([u'au docteur que cela ne s'exécutât. De y4rnaldo in purpurato-