SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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rum proceruni ordinem adlegendo ali- quando Sanctitatem suant cogitasse, etsi certuni est et pluribus notuni, nollem tamen hic commemorare, nisi eminentissimus cardinalis, intimnruni Romance u4ulce consiliorumtestis locu- pies, id nuper Parisiis ei'ulgdsset, as- seruissetque per ununi Arnalduni ste- tisse quominiis is eminenlissimâ illâ dignitate ornaretur ( 98 ). Alexandre VIII, qui avait eu, avant qu'il fût pa- pe, beaucoup d'amitié et d'estime pour M. Arnauld, ne changea point de dispositions depuis qu'il fui élevé sur la chaire de saint Pierre. Il lui ac- corda quelques grâces, et il lui en au- rait accordé bien d'autres, s'il eût vé- cu plus long-temps, ou si M. Arnauld lui en eût fourni les occasions fgg).

Notez que l'évêque de Malaga fit brûler presque tous les exemplaires ((iS) Priefat. Causse Arnaldinic, pag. lix.

(gC) Ibidem, pag. Ix.

U)',) Ihtdem.

(98) Ibidem, pag. Ixj.

(çip) Ibidem, pag. Ixj, Ixij.

de la jiremière édition de sa Querirno- nia Catholica, dès qu'il eut su que, sans son consentement, on y avait donné la qualité d'hérétique à M. Ar- nauld. Celui qui brûla de ses propres mains les exemplaires en a donné une attestation en forme (100).

(Z) Ontroui'e qu'il s'écarta un peu de la ^oie étroite, dans inffaire qui donna lieu a un faclunt de M. Des- Lyons.'\ Une nièce de M. Des-Lyons, docteur de Sorbonne, et doyen de Senlis, fut assez adroite pour engager M. Arnauld à des démarches qui ne lui font point d'honneur. Elle plai- dait contre son père; il la protégea dans ce procès autant qu'il put. Cela n'est point d'im casuiste rigide. Outre cela, c'était une fille si bizarre dans ses dévotions, et si mal tournée, que M. Arnauld fut mal servi de la faculté qu'on nomme discernement des es- prits, lorsqu'il se laissa tromper par cette hypocrite. M. Jurieu, qui avait ouï parler du factura de M. Des-Lyons, souhaita passionnément d'en avoir un exemplaire, et le fit demander plu- sieurs fois à une personne qui aurait pu le lui fournir. H employa principa- lement l'intercession du libraire qui imprimait à la Haye, l'an i685, sa Jus- tification de la Morale des Réformés (101). C'était fort bien s'adresser, car si quelqu'un pouvait obtenir cela, c'é- tait sans doute ce libraire j mais le possesseur du factum ne voulut jamais s'en dessaisir en faveur dun écrivain qu'il connaissait disposé à tirer de là unenouvelle matière d'insultes et d'in- vectives. Il savait de quelle manière cet auteur empoisonnait toutes choses quand il s'agissait de déchirer M. Ar- nauld. Or, prenez garde, je vous prie, à ce petit tour de souplesse. M. Jurieu, ayant manqué ce coup-là, voulut per- suader au public qu'il ne s'était point soucié de cet avantage, et qu'il avait été assez modéré pour y renoncer volontairement: Et même, ce sont ses paroles (loa), pour J'ai re voir au. public que nous ne recherchons pas auec grand soin ce qui serait capable de rendre M. Arnauld odieux, nous (loi) // est plein de vie: on peut s'informer de lui.fi je dis la ve'rite'. Te'cris ceci le 1 d'avril ( 102) Jurieu, pre'face de la Justification de 1b Morale des Réforroés, édition de la Haye, en ARNAULD.

laissons h pari tout ce que le facluin de M. Des-Lyons nous aurait pu four- nir contre lui. ]1 y a bien des menson- ges de préface qui passent pour des péchés véniels, non-seulement dans les barreaux de la republique des lettres, mais aussi dans les barreaux de l'égli- se: celui-ci doit être exclus de ce pri- vilège dans Fun et dans l'autre de ces tribunaux. Lesiésuites n'ont pas lais- se tomber le factum de M. Des-Lyons: ils en ont pesé malignement les cir- constances, et ils en ont tiré le sujet de beaucoup de réflexions et de raille- ries. Voyez un ouvrage qu'on croit être du père le Tellier, et qui parut l'an 1688. En voici le titre: Lettre apologétique pour M. Arnauld, écri M. de la Fémas en fît celte traduction l'rançaise: Enfin, après un long voyage, Aroauld revient en ces saints lieux.• // est au Port, maigre' les envieux, Qui croyaient ifuil ferait naufrage. Ce martyr de la ve'rité Fut banni, fut perse'cute', Et mourut en terre e'trangère, Heureuse de son corps d'être dépositaire I Mais son cœur toujours ferme, et toujours innocent, Fut porte' par l'amour, à qui tout est possible, Dans cette retraite paisible, D'où jamais il ne fut absent (io5).

Dès que ces deux pièces, imprimées ensemble, eurent été répandues dans le monde, les jésuites flrentyaJre des reproches ci M, Santeuil sur son pro- cédé Il fit la sourde oreille, se te à un abbé de ses amis, sur trois des flattant que tous les murmures qui s'éderniers Hures qui ont été faits contre ce docteur; 1°. l'Esprit de M. Ar- nauld. ■i".Obserfalions sur la nouvelle Défense de la Version française du IVoureau-Testament, imprimé a Mons. 3", Réponse de M. Des-Lyons, doc- teur de Sorbonne, doyen et théologal de Sentis, au.x lettres de M. Ar- nauld.

(A A) Les vers de M. Santeuil sur le cœur de M, Arnauld excitèrent une guerre fort fio lente.] Les dames de Port-Royal des Champs reçurent le cœur de M. Araauïd ai>ec les transports qu'on se peut imaginer, et le placè- rent dans le lieu le plus honorable qu'il leur fut possible. Le coeur étant pla- cé, il fut question d'une épitaphe. On crut ne pom-oir mieux s'adresser pour cela qu'à M. Sanleuil Comme l'af- faire était délicate, les religieuses cru- rent dei'oir prendre M. Sanleuil à leur avantage. Pour cela, elles l'invitèrent h venir passer quelques jours a Port- Royal, avec un de ses confrères, qui en était supérieur (io3), et, durant le séjour qu'il y fit, il composa les vere suivans: j4d sanctas rediit sedes ejectus et exul: Hoste triumphato, tôt tempestatibus actus, Hoc porta in placido, hac sacrd tellure quiescit Arnaidus, veri defensor, et arbiler aiqui. Jllius ossa memo'r sibi vindiaet exlera tellus; Hue calestis amor rapidis cor transtulit alis, Cor numquàm avulsum, nec amalis sedibus absens («o4).

(io3) Histoire des Troubles etusés par M. A - iiaald après sa mort; oa le Uéinclc de M. San- teuil «vec les jésuiles, pag. S, tdil.de iCgC.

levaient alors se dissiperaient d''eux- niêmes insensiblement (j 06). Mais lors- qu'il \\t fondre sur lui une pièce enoyée de province ( 107) il prit les voies de satisfaction, (c II en fut frappé comme d'un coup de foudre, et accourut aussitôt au collège des jésuites, demandant mi- séricorde, avec les termes du mon- de les plus humbles et les plus tou- chans; conjurant tous ceux qu'il rencontrait de ne le point perdre; qu'il avait toujours été ami de la société; et que l'épitaphe en ques- tion n'était point de lui, mais qu'el- le avait été supposée par ses ennemis pour le brouiller avec les jésuites. On lui dit qu'on souhaitait que ce 3u'il avançait fût vrai, mais que ce ésaveu simple ne suffisait pas, et qu'il fallait détromper le public par un désaveu authentique qu'on lui demandait pour gage de sa sincé- > rite. Il promit tout ce qu'on voulut; mais l'embarras fut d'efl'ectuer sa promesse (108). » Le panégyrique mposant et flatteur qu'il fit de leur compagnie ne servit de rien (109). Ils s'aperçurent « du tour de souplesse dont il s'était servi pour esquiver la difficulté: ils le traitèrent d hom- me double et de mauvaise foi; il se vit, en moins de rien, inondé d'é- pigrammes qui venaient fondre sur (io5) Là même, pag. 4i.

(107) Intitule'e Santolius vindicatus.

(108) Histoire des troubles causés par SI. Ar- nauld après sa mort, pag. g.

(109) Là même- pag. xo.

ARNAULD.

)) lui de tous côtés, et où les jeunes j) jésuites du collège, qu'il appelle 3) dans un endroit Pubes jesuhiva ia- }) giVaria, avaient bonne part. Les » jansénistes, de leur côté, n'étaient ■» pas moins choqués de sa lâcheté, » que les jésuites Tétaient de sa du- •» plicité, et ils lui en donnèrent des :» marques par une pièce en vers burqu'il ne pnni'ait abandonner le sapc- res sans choquer les janscnistes. En- fin, après longues délibérations, il prit le parti de serwir chacun à peu près selon son goiit. Iljil donc tirer deux sortes de copies: les unes, oit il y at^ait sapïds, pour les jésuites, en leur disant de t'iVe voix qu'il le prenait dins le sens du sapies; et les )) lesquts, qu'ils firent contre lui, et autres, oit il laissait le saperes, pour faire sa cour aux jansénistes (ii3). ^ cela, il joignit l'interprétation de 5) qui commence par « SanleuU, ce renommé poite.

»> Ainsi il se trouva bien loin de son j) compte, et il vit qu'en voulant raé- >j nager tout le monde, il n'avait cou- î) tenté personne. » Tout bien pesé, il résolut de sacrifier les jansénistes aux jésuites: il fit à ceux-ci par let- tre une humble confession de sa fau- te i niais cela ne les contenta point: ils voulurent une rétractation (i lo). 11 se vit pressé là-dessus tous les jours par épigrammes sur épigramme» qu'il recevait continuellement, et qui ne lui donnaient point de repos (m). Il écrivit une lettre au père la Chaise, où il interpréta le mieux qu'il put quel- ques termes de l'épitaphe. La répon- se qu'il reçut de ce jésuite augmenta ses inquiétudes (112); il fallut songer à une seconde apologie. L'endroit le plus délicat, et sur quoi roulait toute la difficulté, était celui oit il disait de M, Arnauld, Ictus illo fulmine (Vaticano) Trabeate doctor, jam milii non ampliùs Arnaide saperes.

C'est-h-dire, Si vous aviez été frappé de la foudre du Vati» can, je vous renoncerais absolument.

Or, c^était ne rien dire. Les jésuites voulaient qu'il mît sapies, au lieu de saperes. ( Car tout ceci se passait sur Vepreui'e, auant que les copies fus- sent tirées. ) De mettre sapies, c'eût été déclarer M. Arnauld excommu- nié et condamné. Un de ses amis, h qui il en parla, lui donna une ouver- ture pour trouver un milieu entre sa- peres et sapies: c'était de mettre sa- pias, qui pouvait se prendre égale- ment dans les deux sens divers des deux autres mois; mais il sentait bien (m) Là même, pag. 14.

quelques autres endroits de l'épita- phe. Il ne contenta ni les jésuites, ni les jansénistes. Ces derniers firent courir contre lui une pièce fort pi- quante (i i4): les autres ne le poussè- rent pas moins fortement. Le père Commire s'en mêla. 11 était demeuré sans combattre, comme le corps de réserve; « mais il parut enfin dans le » champ de bataille; et, pour termi- J) ner une dispute qui ne finissait « point, et empêcher M. Santeuil de » dire tant de fois le pour et le con- » tre, il vint tomber sur lui. et lui )) passa dans la bouche un bâillon » qui l'a toujours fort incommodé de- » puis. Je parle du Linguarium, que » tous les savans attribuent à ce grand )) poète (ii5). » Un poète de l'uni- versité, et nullement ami des jé- suites, se mit sur les rangs, et fit une pièce intitulée Santolius pendens, c'est à-dire, Santeuil au gibet. C'est une des meilleures qui aient paru du- rant cette longue guerre poétique. U a paru, je pense, trois relations de ce difiérent. Je n'ai point vu la pre- mière: celle que j'ai citée est la se- conde: la troisième est de l'an 1697, et postérieure à la mort de M. San- teuil: elle contient les lettres qui furent écrites à ce poète par divers jésuites, et n'est point conforme à la seconde, quant à certaines circon- stances.

Il est certain que cette querelle fit beaucoup de bruit, et c'est pourquoi l'auteur de la relation se crut obli- gé d'employer ce préambule (116). « C'est le destin de ceux qui ont cau- » se de grands troubles durant leur (ji3) Histoire des troubles causés par M. Ar- nauld après sa mort, p»^. 20.

(ii4) Intitulée Santolius pœnilens. frayez i'ïlistoire des troubles, elc.^ pag, 20.

(il 5) La même, pag. ii- (iiG) Là même, pag. 3 et 4.

ARNAULD « vie, d'en cansrr encore après leur M mort. Celle d'Alexandre n'éteignit « pas la guerre dans l'Asie: elle la ral- 5' luina au contraire avec plus de fu- w reur, par l'ambition de ses lieute- w nans, qui se disputèrent long-temps » la couronne, li est arrivé quelque J' chose de pareil à M. Arnauld, s'il « est permis de comparer un docteur » à un conquérant. Sa mort, qui sem- J> blait devoir terminer tous les trou- 5J blés qu'il avait canse's durant sa >' vie, en a au contraire suscite de 5' nouveaux. Chacun sait la manière '> indigne dont les janse'nistcs se sont " déchaînes contre un saintabbé(i 17), ^> pour s'être explif{ué trop clairement 3) dans cette occasion, en disant, au M sujet du grand chef de parti qui ve- " nait de tomber dans la personne de '> M. Arnauld, Heureux qui n'en a » point d'ilutre que celui de Jésus- w Christ. Voilà ce que produisit la » première nouvelle de la mort de » M. Arnauld. Mais son cœur ayant )) été depuis rapporté en France, il 3) ne put y rentrer sans y répandre >' encore des semences de division, >» par le démêlé qu'il fit naître entre 3) M. Santeuil et les jésuites. « Plu- sieurs personnes se souviendront ici d'une plainte de Balzac contre l'épi- taphe du père Goulu (118); mais si d'un coté les jésuites ont pu dire que le tombeau même de M. Arnauld leur faisait insulte, les jansénistes ont pu crier d'autre côté, que même dans le tombeau on ne laissait pas en repos ce théologien: El ee rCesX, pas assez de payer en la vie, Iljaiit vajT encore au delà du trépas (iiQ^- (BB) M Perrault fut obligé a sup- primer le ^'uillel qu'il destinait à J\l, Arnauld dans...ses Hnnirues il- lustres de la nation française."l Voici ce qu'on trouve dans une lettre (juifut rendue publique l'an 1697. « M. Per- )> rault, de l'académie, a donné au )) public les Eloges des Hommes il- » lustres de ce règne. M. Arnauld et » M. Pascal y tenaient leur place à » juste titre. Baptiste et Molière y (11?) Cesl-à-dire l'abbé de la Trappe.

(118) Voyez la remarque fM), de l'article du pire GoDtr, général des feuillans.

(119' Ce sont deux ver' de l'opéra qui fui foué l'an ifi-4: il s'intitulait, ce ine semble, le Triomphe d'Âlceile.

» sont dans leur rang, comme des » illustres dans leur genre. Le livre » était Imprimé avec privilège, les » portraits gravé?. Il devait paraître » il y a quatre mois; mais les pères » jésuites ont tant remué auprès des )) puissances, qu'ils ont fait donner » ordre à l'auteur et au libraire de M retrancher.M. Arnauld et M. Pas- » cal, et de supprimer leurs éloges...w M. Arnauld a été un des plus grands » hommes de ce siècle. Il a rendu » service à l'Église, en combattant le » calvinisme, et en défendant la foi » de l'Eucharistie. 11 a vécu et il est » mort dans la communion de l'Égli- » se, et dans une parfaite obéissance » au saint siège, qui aurait assuré- » ment récompensé son grand raéri- » te, si la profonde humilité de ce » savant personnage ne lui eût fait » rei'user plus d'une fois une des plus )) émincntes dignités de l'Église. Mo- » lière a vécu comme un impie, et » il est mort comme un réprouvé dans )) l'excommunication. Cependant M. )) Arnauld est effacé du nombre des » hommes illustres, et Molière v est » conservé (120). » On a fait ces ré- flexions-là par toute la France et dans les pays étrangers; et Ton n'a pas oublié ce qu'a dit Tacite sur ce que l'image de Cassius, ni celle de Brutus ne parurent point aux funérailles de Junia: Prœfulgebant Cas- sius atque Brutus eo ipso quôd effi- gies eonim non uisehanlur (i3l). On a fait l'application de cette pensée à MM. Arnauld et Pascal; les vers qui ont été faits là-dessus ont couru tou- te la terre, car ils ont été insérés dans les Nouvelles historiques et politi- ques qui se publient à la Haye tous les mois. Ajoutons que beaucoup de gens se figurent que les jésuites n'ont eu guère de prudence dans cette af- faire, puisque le meilleur moyen d'at- tirer les yeux et l'attention du public sur ces deux illustres, était de faire que M. Perrault flM obligé de suppri- mer leur éloge et leur portrait. Cet acte ne pouvait servir qu'à rehausser le mérite que l'on voulait effacer: il menait tout droit au passage de Ta- cite j et ce ne pouvait être qu'une vive source d'exclamations et de ju- (120) Lettres d'une dame de qualité à une autre dame savante, pag. 24 t 25.

{fil) Tacit., Anoal., lib. III, injin.

ARNAULD.

cemens en faveur des deux personnes de commerce un marchand qui passe suppi'irae'es, et contre les instruraens pour riche, et qui ne l'est pas, lait de la suppression. Mais tout le mon- mieux ses aifaires qu'un marchand de n'est point demeure' d'accord de «pii serait riche, et qui passerait pour cette imprudence prétendue. Plu- pauvre? Les autres conditions de la sieurs connaisseurs en cette espèce vie humaine sont semblables à celled'affaires ont soutenu que la faction là, quant à ce point. Si c'est une ennemie de M. Arnauld n'a rien fait imprudence de s'engagera certaines qui ne ressente la plus fine et la plus choses, c'est une imprudence encoefligies de Cassius et de Brutus ne se- toutdirc. Ce principe n'est pas moins raient point vues parmi tant d'autres actif dans les guerres de robe Ion- dans une pompe funèbre? 11 connais- gue, que dans les guerres proprc- sait bien le relief de cette absence 5 ment ainsi nommées (1201). Enfin, il mais il trouva un plus grand incon- est connu de tout le monde que, venient à laisser paraître ces àeax dans les procès de grande importan- assassins de Jules César parmi les ima- ce, l'une des parties se pourvoit con- gés de leurs familles: c'eût ëtë en tre toutes les démarches qui peuvent quelque façon réhabiliter leur me'- favoriser l'autre. La politique vent moire, et il était de son intérêt de donc que l'on n'acquiesce point par ne faire aucune démarche qui tendît son silence aux procédures des jan- le moins du monde à cela. Les jésui- sénistes. Il faut se précautionner, et tes ont sans doute très-bien prévu contre les épitaphes, et contre les aussi le relief de la suppression que auteurs d'éloge, et multiplier les pa- M. Perrault ferait 5 mais, tout bien piers du sac, afin de mieux soutenir compté, ils ont cru, en habiles gens, le grand procès, et de mieux entre- que ce serait un désavantage beau- tenir le problème ou la Question cucoijp plus petit, que de donner lieu rieuse si AJ. arnauld est hérétique? à l'autre faction de se prévaloir de Question étrange, et sur laquelle les ce que M. Arnauld et M. Pascal se- catholiques romains prennent tous raient placés avec privilège sur le les jours, les uns l'affirmative, les Théâtre des Hommes illustres. En les autres la négative impunément. Ce faisant disparaître, on se munit d'un qui montre qu'il y a dans le genre nouvel acte qui peut servir dans le humain une source d'anarchie que procès; on les détient sous la flétris- l'on ne saurait boucher. Elle trouve sure; on empêche que personne ne principalement des conduits dans les puisse alléguer comme un signe de corps ecclésiastiques j car puisque l'é- réhabilitation le privilège obtenu par glise romaine n a point le secret de M Perrault: et, ce qui est bien con- fixer la liberté de dire le oui et le sidérablc, on empêche que le public non à l'égard des mêmes choses, ne s'imagine qu'on n'a plus le même qu'elle autre église le pourra faire?

crédit qu auparavant. Il n'est pas ai- Les autres églises n'ont point comme se de croire que le public se figurera celle-là des tribunaux que l'on recon- que si les portraits et les éloges de naisse infaillibles. Elles ne se gou- ces deux messieurs ont une pleine li- vernent pas avec des airs d'autorité berté desefaire voir dans un ouvrage et de grand éclat comme celle-là. On autorisé, c'est parce que les jésuites doit donc moins s'étonner que des n'on eu nulle envie d'y former aucun ministres protestans s'entr'accusent obstacle: il est plus naturel de croire d'hérésie dans des livres imprimés, qu'on prétendra qu'ils ne l'ont pu em- que de voir un grand docteur de pêcher. Or c'est un jugement terri- Sorbonne déchiré comme un héré- ble; les suites en peuveut être de con- tique par la faction des molinistes, séquence: il faut donc le prévenir; car les influences de la réputation (l'z) Marcellus muUa magnis ducibut Hcut sont d'une efficace extrême, soit pour "<"' «Sfedienda, Ua semel aggressU non di...Il/' nuUenda esse iltcrnao, (]iaa maina fainœ inoavancer, soit pour reculer les eve-,nentamulrnmqueparle,nferenl,tennUneinco-pneraens. Qui ne sait qu'en matière to abùetur. Titus Livius, W. /f', decad. lll.

l ARNAULD.

penJanl que trois papes l'honorent essais de la sienne (126). On l'apde leur amitié, de leur estime et pelle donc carte'sien * aussi abuside leurs louanges, et que les plus vement que janse'niste. Lisez ce qui illustres prélats mettent des appro- suit. Jl aidait puisé dans leur source bâtions solennelles à la tête de ses ses seutimens sur la grâce; c'esl-aouvrages. Il y a près de soixante ans dire, dans saint Augustin, avant que que ce procès dure (i^S), et l'on le Uirede M. d'Ypres eiilparu.\\\es est encore aussi libre que jamais, ou pour nier, ou pour affirmer. Les di- visions des ministres ne durent pas tant. On les accorde pour l'ordinai- le après le troisième ou le quatrième libelle, et on leur assure la répu- tation d'orthodoxie que les uns vou- laient enlever aux autres. Mais cela même ne laisse pas de ressentir un peu l'anarchie et cet état de nature où l'attaquant n'a presque autre cho- se à craindre que la résistance de l'attaqué, et non pas les châtimens d'un Juge commun. Les corps po- litiques ne sont pas sujets à un tel désordre, on n'y laisse pas la li- berté à un chacun d'appeler les au- tres ou fripons ou gens de bien; vo- leurs, traîtres, homicides, prosti- tuées ou personnes de bonne vie (1 î^)- On y fixe un peu mieux l'état et la qualité des réputations.

Au reste, la suppression ordonnée â M. Perrault n'a point empêché que les exemplaires de son livre, qui ont paru en Hollande, ne continssent les éloges de MM. Arnauld et Pascal. On a seulement vu quelque petit déran- gement au chiffre des pages. L'édi- tion de Hollande a remis les choses en ordre '•'.

(CC) M. Arnauld mérita l'estime de M. Descartes. ] Il est l'auteur des quatrièmes Objections contre les Méditations de ce philosophe, et tout le monde a iugé que ce sont les plus avait soutenus publiquement, en la présence des éi^êques, quatre ou cinq ans awant que le lii^re de ce prélat eût été publié (127). 11 les avait em- brassés sans savoir seulement que Jansénius trai'aillât sur la grâce A peine savait-il qu'il y eût un M. Jan- sénius au monde (128).

(DD) Il ne disait rien qui fût au- dessus des conversations coinmunes.'\ Il faut entendre ceci avec quelque restriction; car autrement on ne pourrait point le concilier avec ce qu'on trouve dans le récit de sa vie. On y trouve des heures de conver- sation après le repas, dans lesquel- les il y avait beaucoup a apprendre avec lui, parce qu'étant homme a ré- flexions, il en faisait toujours de forts solides, soit sur les événemens hu- mains, sur la conduite de la vie, sur les règles de la morale, ou mê- me sur les choses de science, et sur les affaires publiques. Souvent les conversations étaient employées à lire des livres nouveaux, et il en jugeait toujours si bien que le Jugement qu'il en portait, mais rarement d'un air décisif, était de lui-même décisif et sans appel. Sa mémoire, à l'occasion des choses qui se lisaient ou que l'on disait, lui fournissait toujours quel- que chose de ce que les auteurs avaient de plus beau sur le sujet; et on était souvent surpris de lui voir réciter un grand nombre de vers, soit lutins ou solides qui aient été proposées con- français, qu'il n'avait lus que dans tre cet ouvrage. M. Descartes en fit sa jeunesse, ou que depuis beaucoup ce jugement: voyez son histoire com- d'années. Il possédait fort bien les posée par M. Baillet (ia5). H faut no- poètes latins, et il en appliquait les ter que M. Arnauld avait enseigné plus beaux endroits avec beaucoup dans Paris la même philosophie que de justesse, et avec une grande pré- celle de M. Descartes avant que celui-ci eût encore publié les premiers (i23) On écrit ceci en 169g.

(154) On entend ceci par rapport aux accu- sations publiques.

* Il y a dans ceUe remarque, dit Leclerc, beaucoup de choses qui ne sont nullement exac- te s, mais je ne m'y arrêterai pas.

(125) Baillet, Vie de Descartes, tom. II, jmg. i7^ et suivantes. Vorei aussi Perr.-iulc, Hommes illustres, pag. 5-],58.

116 Là même, pag. 544' f^ojrez aussi C'est d'après les antorilés qu'il cite, que Bayle prend ses conclusions; mais Leclerc prouve qii'Arnauld ne commença d'enseigner son cours de pliilosopliie qu'en 1639, et le Discours sur la Méthode de Descaries était imprimé depuis deux ans, après avoir couru quelque temps eu ma- nuscrit.

(127) nist. abrégée de M. Arnauld, pag. 35.

426 ARNGRIMUS sence d'esprit, selon les occasions qui naissaient dans la com^eisation (129). Disons donc que ses entreliens n'étaient simples etvulgaires que lors- qu'il était avec des gens qui n'avaient pas avec lui une liaison d'habitude, et qui ne l't^ngageaient point par leurs questions à étaler ce qu'il savait.

(EE) On piétend qu'il est dei'enu l'apôtre du jansénisme en Hollande.l Il parut en 1698 un petit livre (i3o) où l'on assure (i3i) que M. Arnauld, après afoir erre quelque temps dans les Pays-Bas catholiques, t^int enfin se réfugier en Hollande. M. de JSeer- kassel, euéque de Castorie, et l'i- caire apostolique dans les Protnnces- Unies, le reçut comme un homme de Dieu, et le logea dans son bégui- nage de Delft, où. M. Arnauld de- meura quelques années sans être con- nu que de ceux qui étaient dans sa con- fidence. Là, il gouvernait absolument l'esprit du prélat, et celui-ci n'afait rien plus h cœur que de lui adresser tous les jeunes théologiens en qui il troufait de l'esprit, afin qu'il les Jor- mât. Les plus assidus auprès de lui étaient M. de Codde, aujourd'hui ar- chevêque de Sebaste, et successeur de M. de Castorie dans le vicariat apos- tolique; M. l'an Huyssen C'est