SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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l'ouvrage du Créateur infiniment puis- sant et infiniment habile, ils croient donc que la principale difficulté, celle qui demande le plus la direction d'une intelligence, consiste dans la première formation d'une machine organisée, c'est-à -dire, dans la construction de ces petits animaux qu'ils supposent être dans la semence. Chacun de ces petits animaux est à proprement parler une homœomérie d'Anaxagoras. Il est donc plus malaisé de former des ho- mœoméries, que de faire croître les plus facile, après avoir donné le plus animaux par le moyen de la nourri difficile à une nécessité aveugle. Ab- ture. C'est donc pour expliquer la solument parlant, il est très-vrai que tout philosophe qui veut don- ner de bonnes raisons de l'arrange- ment que l'on voit dans les parties de 1 univers, a besoin de supposer une intelligence qui ait produit ce bel ordre. Ji ne doit point craindre que des personnes raisonnables lui repro- (127) C'e.tt-ît-rhre un Hegré tle j/etilr.rse au- dussous duqufl l\ niinnl, une fourmi, par ejtempU, ne pourrait pas être une fourmi.

formation des homœoméries, que l'on a principalement besoin d'un en- tendement; car toute homœomérie est un certain assemblage d'une infi- ( 1 28) JVf c Deus interdit, nisi dignus vindice nodus Incident. Uor. de Artc Poêt. vs. ic)i.

(12;)) On n entend point ici ce que les pères et les mères ^ contribuent: on entend, non pas la cause matérielle, mais la cause ejfîciente, qui organise le fœtus, cl qui construit celle admirable machine.

ANAXAGORAS.

nité de sortes de corps: et cet assem- nécessaire pour lu séparation et pour blafçe doit être fait selon certaines pro- la distribution de ces homœomeries portions et certaines situations. Au- mou* déifiez aussi lui donner leur Jortre est l'assemblage qui est nécessaire motion: l'eus n'étendez pas son inpour une honiœomérie d'os, et autre Jiuence partout où l'on en Ui'aii becelui qui est ne'cessaire pour une ho- soin. Ainsi une partie de i^otre syilènie mœomérie de chair; et si vous n'aviez ruine l'autre: i^ous ne l'avez pas formé pas suivi pre'cisément cette symé- de pièces bien assorties et bien liées trie-là, vous n'eussiez point eu les premiers principes du sang, ou de la moelle, mais ceux de quelque autre mixte. Or Anaxagoras n'a point supposé qu'il fût besoin d'une intel- ligence, pour former une inlinité d'espèces d'/towiœomeWes, dont cha- cune est un certain assemblage de toutes sortes de corps, tellement mê- lés ensemble, qu'il faut que ceus d'une espèce prévalent en nombre, et soient situés plutôt d'une façon que ensemble (i3i). Si nous avions ses écrits, ou tous ceux de Théophrasie (i3a), nous verrions peut-être qu'il discuta quelques-unes des diiUcultcs que je viens de proposer, et qu'il avoua que ses hypotlièses ne le con- tentaient pas, et qu'il succombait sous la pesanteur des mystères de la nature. Il disait que tout est rempli de ténèbres ■.Anaxagnras pronunciat circumfusa esse tenebris omnia (i33}.

Plusieurs autres philosophes s'en plai d'une autre, et qu'en général il règne gnentaussi,etjusqu'às'imaginerqueles là plutôt cette proportion, cette sy- ténèbres dont parle Moïse, qui étaient mélrieci, que toute autre. Il a donc donné pour la cause de ce qui était le plus difficile une nécessité aveugle. Il n'a donc point raisonné conséquem- ment lorsqu'il a cru nécessaire une intelligence pour ce qui était moins malaisé. Voici, selon sa doctrine, toutes les fonctions de l'intelligence: mettre en ordre ce qui n'y était pas, mouvoir ce qui était en repos, sépa- rer les choses mêlées, orner celles qui manquaient d'ornement. 'Avatt*- Tœv ÔKmv, Kxi wstsê^tsi Tst^iv Toiç Àtaxau-dessus de l'abîme avant que Dieu créât la lumière (i34), n'ont été dis- sipées qu'à l'égard des yeux; car pour les ténèbres de Vesprit, disent-ils, elles coulèrent encore tout le dessus de l'abîme. La lumière de la i^eritt- con- centrée dans ce goufre n'en sort ja- mais: elle envoie seulement quelques rayons qui parviennent a notre esprit après tant de rtjlexions et de réfrac- tions, et après avoir mêlé leur éclat avec tant de corpuscules sombres dans les espaces ténébreux qu'ils ont traver- sés, qu'ils ne sont propres qu'à former défausses images.

(H) Les idées des anciens, qui ont xpiTiv TOf'c f/.if/.tyy.îvoii, x.tt.i Koc-fxov Tok parle du chaos, n'étaient guère (j3oj. Anax agoras hœc do- justes, et ils n'ont pu dire que cet état cet: Mens omnium est initiant, eaque causa et omnium domina est, et ordi- nem confusis prœbet, et motionem ini- mobilibus, et discrimen commixtts, et ornalum inornatis. Il pouvait être attaqué, et par devant, et par derrière. Ou vous en faites trop, lui pouvait- on dire, ou vous n'en faites pas assez. Si vous croyez que la nature, sans aucune direction, ni connaissance, a formé toutes les homœomeries, vous deviez croire qu'elle les a pu mouvoir, démêler, et distribuer: l' entendement donc est superflu. Que si vous le croyez (i3o) Hermi.is in Philosophor. Irrisione. Cet Oui'rage d'Hermias se trouve dans la Biblio- thèque des Pères, et h la Jin rfe.r OEuvres de Jusim Martyr, e'ilition deVant, en iG'Jtj; el de Cologne, en i63G.

de confusion ne subsistait plus."] J'a- vais résolu d'étaler ici quelques ré- flexions sur ce sujet; mais comme les remarques particulières, et celles qui restent à faire donneront à cetarticle assez d'étendue et même trop, j'ai changé de résolution parijutlque petit pressentiment de prolixité. 11 se pré- sentera assez d'occasions de donner dans un autre article ce que je sup- prime ici.

(i3i) Voyez ci-dessous, citation (igS), un passage ^/'Aristote..

(i32) Il avait fait un livre m^l Tcëv 'AvA^oL- yapou, de Anaxagorae Decretis. Voyez Diog. Laert. in Tlieophr., Ub. V. nuin. 42.

(i33) Laclant., Ub. III, cap. XXVIII, (iJ4j Vejrez le I". chapitre de la Cenè.<>c.

46 ANAXAGORAS.

(I) On conte qu' ^'4 nax adoras avait prédit qu'une pierre tomberait ilu corps du soleil.'\ Diogène Laërce rap- porte cela (i35). Plutarque a parle de ce prodige; voici ce qu'il dit: « Il y 3) en a aussi qui disent que la cheute 3> d'une pierre fut un présage qui pro- 3) nostiquoit cesie grande desfaite » (i36). Car il tomba du ciel, envi- :» ron ce temps-là, ainsi que plusieurs ■» le tiennent, une fort grande et grosse :>i pierre, en la coste qu'on appelle la 3) rivière de la Chèvre, laquelle pierre j) se monstre encore au jourd'hui tenue 3> en grand' révérence par les habitans 3» du pa3's de la Cherronèse. Et dit- 3) on que le philosophe Anaxagoras » avoit prédit que l'un des corps at- 3) tachés à la voûte du ciel en seroit 3) arraché, et tomberoit en terre par 3) un glissement et un esbranlement 3) qui devoit avenir: car il disoit que 3) les astres n'estoyent pas au propre 51 lieu où ils avoyent esté nez, aten- j) du que c'estoyent corps pesans et 3) de nature de pierre; mais qu'ils re- 3) luisoyent par l'objection et réflexion 3) du feu élémentaire, et avoyent esté i) tirez là sus à force, là où ils estoyent j) retenus par l'irape'tuosité et vio- 3) lence du mouvement circulaire du 3) ciel, comme au commencement du 1) monde ils y avoyent esté arrestez, » et empeschez de retomber ici-bas, » lorsque se fit la séparation des corps j» froids et pesans d'avec les autres j> substances de l'univers (iS^) 3). J'ai rapporté tout ce passage afin que l'on vît en même temps la tradition de ce prodige et la singularité du dogme d'Anaxagoras- Les paroles de Pline ne méritent pas moins d'être citées: Célébrant Grceci, dit-il (i38), Anaxa- gorani Clazomenium, Olynipiadis sep- tuagesimœ octavœ secundo anno, prœ- dixisse cœlestium litteraruni scientiâ, quibus diebus saxuni casurum esset è sole. Idquefactuni interdiii in Thra- cice parte ad ^gosjlumen. Qui lapis etiain nunc ostcnditur, magnitudine i-'efiis, colore adusto, comète quoque illis noctibus flagrante. Quod si quis prœdictum credat, si/nul Jatealur ne- (i35) Diog. Laërt., lih. II, nwn. lo.

(i36) C'est la ruine de laJloUe des Athéniens par Lysander.

[l'i']) Plutarch. in Lysandro, pag. /J3g. Je me sers de la Version «i'Aniiot.

cesse est, majoris miraculi diuinitatem Anaxagorœ fuisse: solvique rerum naturœ intellectum, et corifundi oni- nia, si aut ipse sol lapis esse, aut unquhm lapidera in eo fuisse credatur: decidere tamen crebro, non erit du- bium. In Abjdi gymnasio ex eâ causa colitur hodièque, niodicus quideni, sed queni in niedio terraruni casurum idem Anaxagoras prœdixisse narra- tur. Colitur et Cassandriœ, quœ Poti- dœa focitata est, ob id deducta. Vous voyez là qu'Anaxagoras avait prédit plus d'une fois ces chutes de pierre, et que le culte de ces pierres se mul- tiplia à proportion. Notez qu'A mmien Marcellin et Tzetzès se sont servis du nombre pluriel touchant le prodige de la rivière de la Chèvre. Ils préten- dent qu'Anaxagoras prédit qu'il tom- berait des pierres du ciel (iSg.) Philo- strate s'est exprimé de la même sorte; voici un peu au long ce qu'il a dit: je n'en retrancherai rien; car ce sera une matière de critique: Injustement doncques auroit-on blasmé Apollo- nius d'une telle impiété et erreur, pour avoir préveu plusieurs choses, et en avoir prédict d'autres: de la mesme sorte que Socrates en auroit esté in- struit par les esprits de tout plein de- vant qu'elles advinssent. Anaxagoras aussi: car qui est celui qui ignore, que, comme une J'ois estant allé aux jeux olympiques vestu d'un gaban, pour prédire qu'ilpleuveroit (i4o), en- core que le jourfust si clair et serein, qu'il n'y avait aucune apparence de pluye, il ne tarda guères toutes fois qu'il pleut comme à seaux: une autre J'ois, ayant prédict que dans peu de jours une maison devoit Jondre, bien tost après elle tomba. Après, ayant encore adverti que le jour en plein midy tout a un instant deviendrait nuict, et s'obscurcirait de ténèbres: et une autrejois, que des grosses pierres tomberaient du ciel dans la rivière d'Egospotamos, il arriva ainsi. Ad- vouons doncques que ces choses-là et autres semblables préveues d' Anaxa- goras Jussent un indice d'un très-grand sçavair seulement, comment les peut- on imputer a Apollonius pour un art (i3q) Ammian. Marcel!., lib. XXII, cap. FIlI,p,ig. 3o8. TxcUes, chil. II, M. 8i)2.

(i4o) L)iog. Lni'icc, lit'. II, niint. lo. t.lien- Je Animiil., chap. VIII, cl Smàai, funl aussi mention de cela.

ANAXAGORAS.

magique (i40? Un commenlateiir a fait là-dessus une note bien ridicule: Quant a et que dit Philostrate, qu'A- naxagoras prédit la pluye, et qu'une pierre toitiberoil du ciel, et autres choses semblables, il n'y a aujour- d'huy.^ si petit astrologue qui n'enjîst autant (142). Quelle absurdité! Les as- tioiogues d'aujourd'hui, quelque fous qu'ils puissent être, n'ont point la te- me'rité de prédire qu'il tombera des pierres du ciel. Nos faiseurs d'alma- nacbs, nos plus fameux tireurs d'horos- cope se donnent bien garde de com- mettre si imprudemment leur réputa- tion. Ils savent trop bien que la pré- vision de telles chutes surpasse toutes leurs lumières. Pline avait raison de dire que la prédiction d'Anasagoras eût été un plus grand miracle, que de voir tomber unei pierre qui aurait été au corps du soleil (i43). Remar- quez qu'il y a un intervalle d'environ soixante années entre le temps où Pline dit que la prédiction fut faite, et le temps où, selon Plutarque, elle fut accomplie. Voici une autre obser- vation. Photius, dans ses extraits de la Vie d'Apollonius, prétend qu'A- naxagoras fut considéré comme un grand devin, pour avoir prédit par l'art magique qu'il pleuvrait (i44)- Je ne saurais croire que Photius ait si mal compris la pensée de Philostrate: j'attribue cette fausseté énorme au mauvais état où son ouvrasie a été rais par les copistes ^ et ]e ne puis assez ra'étonner de ce que le traducteur (145) a pu se résoudre à faire impri- mer cette page-là. Sa traduction est un tissu d'impertinences si grossières, et de raisonnemens si monstrueux, et avec cela si formellement contraire à l'original de Philostrate, qu'on ne peut comprendre quoi que ce soit à sa con- duite. A-t-il cru que le texte de Pho- tius était correct? Il fallait donc qu'il rêvilt à quelque autre chose, A-t-il cru que les lecteurs auraient la stupidité de prendre cela pour bon? Il était (140 Philostr. in Vitâ Apollonii, lib. I, cap. If. Je me sers de la TraducUan de Vige- nùre.

(i4î) Artiis Thomas Sr. d'Embri, Annotât, sur la Vie d'ApoUoDius, loin. I, pag. gi.

(143) Voje!. ses paroles ci - dessus, cila- (144; Pbolius, Bibliolb. Cod. CCXLI, pa^.

(j45) André Schottus.

47 donc dans une sécurité qui tient du prodige. J'exhorte ceux qui en ont le talent à examiner cet endroit de Pho- tius: ils y trouveront des plaies qui demandent la dextérité des meilleures mains, et qu'ils guériront peut-être par le secours des manuscrits compa- rés avec le texte de Philostrate.

(K) Touchant le procès d'impiété qu'on lui fit; les uns disent qu'il fut condamné; les autres qu'il fut absous."] 11 fut accusé par Cléon comme un im - pie, pour avoir dit que le soleil est une masse de matière enflammée j et, malgré la protection de Périclès, il fut condamné au bannissement et à une amende de cinq talens. C'est ainsi que Sotion narrait la chose (146). Mais d'autres disaient que Thucydide le déféra et l'accusa, non-seulement d'im- piété, mais aussi de trahison, et que l'accusé fut condamné à la mort par contumace (147). D'autres ont dit qu'il était dans la prison lorsqu'on pro- nonça contre lui l'arrêt de mort. Ils ajoutaient que Périclès demanda aux juges: Troui^ez-fous qu'il ait commis quelque crime? et qu'ayant compris qu'on ne lui en imputait aucun, il dit: Je suis son disciple: ne le perdez donc point, préi^enus par des calomnies; croyez-moi plutôt et redonnez lui la liberté. Il obtint cela; mais l'accusé conçut un si grand chagrin de ce pro- cès, qu'il renonça à la vie (i48). D'au- tres contaient qu'il fut mené devant les juges par Périclès, et que le cha- grin l'avait tellement amaigri et abat- tu, qu'il avait beaucoup de peine à marcher^ de sorte qu'il fut absous, bien moins parce qu'on le trouva in- nocent, qu'à cause de la compassion qu'il excita (149). J'ai dit ailleurs (i5o) que Périclès ne trouva point de meil- leur moyen de sauver ce philosophe, que de le f;ùre sortir d'Athènes.

Notez un peu quatre choses: 1°. Les accusateurs d'Anaxa§oras(i5i) étaient (146) Sotion, in Successionibus Philosopborum, npud Diog. Laërt., lib. II,num. la.

(147) Satyrus in Vitis, apud Diog. Lacrt., lib. II, num. la.

(i48) Hermippns,jnVilis, apud Diog. Laërt. lib. II, num. i3.

(149) Hieronymus, in sec. lib. Commentar. varior. apud Diog. Laërt., lib. II, num. la.

(iSo) Dans ta remarque (M) de l'ariicle de PtRiCLÈs, vers le milieu.

(i5i) Cléon, ou Thucydide. Voret Pliitarqua Jiii.i la Vie de Périclès, pag. 170, el i55.

48 ANAXAGORAS.

des gens dont la faction était opposée aux intérêts de Périclés. Ce ne fut donc point par zèle de religion qu'ils perse'- cutèrent ce philosophe: ce fut dans la vue de soutenir leur cabale, et d'af- faiblir l'autorité de Périclés, en fai- sant tomber sur lui très-malignement les soupçons d'irréligion, lis ne pou- vaient mieux y réussir, qu'en accu- sant d'impiété Anaxagoras. C'est pres- que toujours le premier mobile de cette espèce de procès; on se veut ven- ger de quelqu'un ou se délivrer de quelque obstacle d'autorité et de for- tune j et l'on appelle à son aide les passions -du peuple, par le faux sem- blant des intérêts du bon Dieu. i°. Il n'est pas vrai que les délateurs d'A- naxagoras se soient fondés sur ce qu'il reconnaissait ({ue l'entendement di- vin avait fabriqué le monde ^ ils se fondèrent sur ce qu'en disant ({ue le soleil était une pierre, il le dégradait de la qualité de dieu. Ce fut aussi le fondement del'arrêtde condamnation (i52). Disons donc que Vossius a fait ime faute dans ces paroles: Laërtii industria nobis ipsa Anaxagorœ werba conseruawit. Sunt autem hujus modi: Tiâ.vra.;(^pM//*'ra nv 'o/aoZ' Ùto. voûç sA.6»y aÙTU. «TiêxôcT/Mo-e. Omnia simul erant: deindèaccessitraens,eaquecomposuit. Quam apertè hic opificem ab opificio distingua! Hoc ferre nonpoluêre Athenienses, ac rtâsÔTUTct vel à-o-iQuAv uocd- runl (i53). On ne condamna point A- naxagoras précisément à cause de la dis- tinction qu'il établissait entre Dieu et les ouvrages de Dieu, mais à cause qu'il n'enseignait pas comme les poètes que le soleil fût tout ensemble l'ouvrage de Dieu et un dieu; car, selon la loi des peuples, puisée dans les écrits des poètes, le soleil était Apollon, fils de Jupiter, et l'une des plus grandes divi- nités. La faute de Vossius est toute semblable à celle que l'on ferait si l'on accusait l'inquisition d'avoir fait mou- rir un homme pour avoir dogmatisé qu'il n'y a que Dieu, l'auteur, le con- servateur, le souverain maître de tou- tes choses, qui mérite le suprême culte de latrie; et qu'aucune créature qui soit dans le paradis, ne mérite nos invocations et le culte de dnlie.

(i52) foj'ex, Joscphr, liv. If, contre Appioii, p. lO^C), F.; saint Cyrille, lin. VI, contre Julien.

(i53) Vossius lie Orig. et Propre.». IJololatr., Ce dogme contiendrait deux chefs* et ce ne serait que pour le second (jue l'on punirait un homme dans Sala- manque. Un protestant ne serait-il pas maJ fondé de dire qu'on aurait puni cet homme à cause du premier chef? Disons néanmoins qu'Eusèbe a raison de trouver étrange qu' Anaxagoras ait été presque lapidé comme un athée, nonobstant son orthodoxie à l'égard de l'existence d'un Dieu auteur de ce monde; dogme qu'il avait enseigné le premier de tous les Grecs: @a.i/f/^û.s-itt <r' iç-iv ùéç ûÛTOç TT^ôùTOi va.f'EKXKn toÎ/tov ôio\(iy>\Ta.ç Toy TpoTrov, «Tôçac 'AâMvaiofC ôLôioç êîvsti, oTi /uiii rov "Hxiov 'iôichâyd -, TOV S'é'HMOV TTOmrilV, fjllKfOU (Tê^V KO-TCLxs:/o-Ô«(ç «Ôavê (i54). In quo sanè per- mirum illud est, qui princeps apud Grœcos eam theologice rationeni intu- lerat, cum AOieniensihus, quod non jam Soient, ac Solis ipsius effectorem Deuni statueret, atheunt esse ulsum, ac proptereàpariirn abfuisse, quin ab iis lapidibus necaretur. Cela, dis-je, est digne d'étonnement; car enfin, et c'est ma troisième remarque, on a de la peine à concevoir que dans une ville aussi savante qu'Athènes, un philo- sophe n'ait pu expliquer par des rai- sons de physique les propriétés des astres, sans courir risque de la vie. N'est-ce pas un sort déplorable que d'avoir plus de lumières qu'un peuple superstitieux et conduit par des en- têtés? A quoi sert cette supériorité de génie et de connaissances au mi- lieu de telles gens? Ne tient-elle point lieu de crime? N'expose-t-elle point à mille diflamations, à mille dangers? Ne iouirait-on pas mieux des com- modités de la vie, si l'on était en- traîné par le torrent de l'ignorance et de la superstition? Oî TTfayiyfctfjifjLiyat TOV \f>lç-OU KcLTCtTO àvôpoiTrivcv hoyaiTTit- pstSivTiç Ta. 7rpa.yfAa.Ta. ôsaipiio-a.» xa< èxîy- ^cti, lèç àcriCiiç Ka.1 Trif^iifyoi nç S'ix.a.g-riptat, j)'_3^6>i3-av(i55). Quiante Christumjuêre quod rationepro caplu humano innixi res plerasque conleniplarl, explorare, et arguere contenderini, tanquam im- pii et curiosi ad judicum tribunal ia sunt prolracti. 4°. Je dis en quatrième lieu que l'on doit être choqué qu'un jirocès aussi remarquable que celui d'Anaxagoras, où Périclés, le pre- (i5/i) Fuseb. Pra>p»r. EvuDgel., lib. XIV, (i55} Jutinus Martyr, Apolog. I, pag. 48.

ANAXAGORAS.

^ier homme d'Athènes, entra si avant, n'ait pas été' mieux connu des historiens. Il y en a qui sur le point capital assurent tout le contraire de ce que les autres nient Cela ne fait point d'honneur à l'antiquité'.

^i'oubiions pas un beau passage de Lucien. On y suppose que le plus grand 49 cien, assure qu'Anaxagoras fut accusé d'athéisme à cause du dogme de l'en- tendement premier moteur, etc. (i 58). C'est un mensonge qu'il a pris de Vossius et que j'ai déjà réfuté. Il dit aussi que l'on promit un talent à qui que ce iùt qui tuerait ce philosophe (iSg). C'est confondre, ce me semble.

des dieux lâcha d'écraser Anaxagorasj Anaxagoras avec l'athée Diagoras. En- mais qu'il le manqua, et que la foudre, fin il compare, en matière d'ortho- détournée par Périclès, alla brûler un doxie, Anaxagoras avec Lucien, et se temple et pensa se rompre contre le plaint de ce que Justin Jlartyr met yÀp OLÙTùd TnV X^'f*- flê^IXA-MÎ,] Ô (Ts KitKilvÔ ti ICa.'TÎ<fXi^i, KO.» AUTOÇ ClKtyOU SitV a-UViTfiS» TTCtfO. TJIV TriTfUtV (l56j.

Lucien entre les athées: Anaxu^orce.., non absiniilis fuit Lucianus noiter, quem immeritô «tSêov i'ocat Juslinus Martyr in oialione contra (jrœcos (i6o). Sa comparaison est aussi fausse que sa plainte; mais voici la source de son erreur. Il avait lu dans Vossius: Lucianus in Tinione ait Jouem in u4naxagorœ caput sed Lucianum quid dico? Ecce Justinus Martyr oratione ad Grœcos eum «tflêov uocat Pœnas dubunt siniul alque fulmen (i6i): et il n'a point compris que cet prœpara^ero. Namfracti sunt et re- euwi se rapporte au philosophe Anaxatusd cuspide duo radii ejus maximi, goras et non pas à Lucien. quiim nuper acriiis in sophistam A- (L) Dingène Laërce, en rapportant naxagoram jacularer, qui suis f ami- un bon mot d' Anaxagoras, a commis liaribus persuadtbat, nuUos esse nos une béuue de chronologie.'] Il dit qu'Aqui DU l'Ocamur. Ai ab illo aberraui; naxagoras, voyant le sépulcre de.Mauaani oblentâ manu Pericles eum pro- sole, s'écria: C'est un monument de texit: fulmen ^'erô in Casloris et Pol- la conversion de l'or en pierres. Je ne lucis templum detortum, tum illud m'attache pas à une version littérale • exussit,tum ipsum ad saxum penè est mais voici le grec: Ti^oç ■TroM/TêXwc comminutum. Vossius, qui s'est con tenté de dire que Jupiter lança la fou- dre contre ce philosophe (iS^), a été cause de ce que M. Moiéri débite qu'Anaxagoras en fut écrasé. Il était assez naturel de le croire; car on ne \iKiila!fAiv)fC içn oua-ieti iiS'aïKo]/ (iGa). Monumenlum preliosum in lapides conversarum diviliarum imago est. Oa peut croire qu'en effet il débita cette pensée en voyant quelque tombeau somptueux; mais ce ne fut pas en se figure pas aisément qu'un coup de voyant celui de Mausole, car sa mort foudre destiné à la ruine de quelqu'un précéda de plusieurs olympiades la ue le tue point. Mais cela nous doit construction de ce monument:^M«xaapprendre à recourir aux originaux, goras otymp. lxxxvui morluus sans nous arrêter à des modernes qui est. Mnusoli autern sepulchrum ante ne rapportent un fait qu'à l'égard des olymp. cvii conditum non est.Aut igicirconstances dont ils ont besoin. Vos- turhœci^erbuphilosophusillenondixii sius, par exemple, qui n'avait que aut alid cerlc occaslone dixit.- Maufaire en cet endroit-là de dire si Ju- piter réussit ou non, supprima la mo- querie de Lucien. Cette omission a été un piège pour M. Moréri; il au- rait pu l'éviter s'il eût simplement tra- duit le latin de Vossius. Pourquoi fai- sait-il le paraphraste i Lambert Bar- leus, commentant cet endroit de Lu- («56) Lucianus, in Timone, pa^. 65, lom. I Operam. (157) Vo'siiis, de Ftiilosopb. S«clis, png 27.

TOME H.

soleum enim nunquhm vidit: quoU ab illustratoribus Laé'rtii nondiim opi- nor obsen^aium est. f^erba sunt Joan- nis Pearsonii l'iri undecunquè doctis- (i58) Lambert. Barlseus, ia Luciaai Timou.

(iSg) Id.,ibid. (i6i) Vossius, de Origine et Progressa Idolol., (i(5pJ Dioj. Laeitiuj, lib. IJ,num, lo.

5o ANAXAGORAS.

sinti, inlihro de epistolis sancti Igna- » long d'un Heu que d'un antre, »/*/«? tii, pag. gsecundce partis; quiùus ego clarè Anaxogoras, qui quUin Lampassentior. Id ipsum obseii'atum h Gis- berlo Cupero in antiquis numismali- bus explicatis, i'iro elegantlssimi in- genii (i63).

(M) La constance d'Anaxagoras, à la nowelU de sa condamnation, et de la mort de ses Jils,fut merveilleuse.] Il dit sur la première nouvelle: Il y a saci morerelur, quœrenlibus amicis felletne Clazomenas in patriam, si quid ei accidisset, afferri, » Nihil ne- » cesse est, inquit, undiquè enim ad » inferos tantundem vice est (173). » Diogène Laèrce suppose qu'il dit cela à quelqu'un qui se fâchait de mourir hors de sa patrie ( 174)- Je me suis soulong-temps que la nature a prononcé vent étonne' que les bons mots des son arrêt autant contre eux (i64) que anciens soient rapportés si diversecontre moi; et sur la seconde: Je sa- vais bien que je les avais engendrés mortels (i65). Diogène Laèrce insinue qu'il les perdit tous, et ajoute que, selon Démétrius Phaléréus, ses fils ment: j'en ai cherché la raison, et voici ce qui m'a paru de plus vraisem- bhibie. Les lecteurs retiennent mieux le gros et le fond d'un fait que les cir- constances: ils veulent donc le rapl'enlerrèrent de leurs propres mains porter j ils suppléent le mieux quils (166). Ce serait une contradiction en tre les auteurs: mais on la pourrait lever, si l'on supposait que, depuis qu'il eut témoigné cette constance, il mit au monde d'autres enfans, ou qu'il ne fit cette réponse que sur la nouvelle que l'un de ses fils était mort. Cicéron emploie le nombre singulier: peuvent ce qu'ils en ont oublié • et comme les goùts sont dilférens, il ar- rive que les uns suppléent une chose, les autres une autre. Je ne dis rien des su|)j)lémens que l'on fait exprès pour ajuster mieux les choses au sujet qu'on traite. Ce sont des variations artificieuses et de mauvaise foi 5 je n'en