SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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esse unam numéro in omnibus homi- nibus; morlalem fera muhipUcatam. (22). Les jésuites de Conimbre remon- tent plus haut, car ils veulent que Thcophraste ait entendu de cette façon la doctrine d'Aristole son maître. ()c- currit alia sententia existimantium in disciplina Aristotelis ponendam esse unam duntaxatanimam inttllectricetn, siue unum intelleclum qui omnibus ho- minibus assistât, ut soUs lumen uni- i>ersitati. Sic enim A ristotelem inter- pretati sunt ejus discipultis et scholœ successor Theophraslus, Themislius, Sitiiplicius, Ap'erroës, aliique non pauci, etsi non omnes eodein modo de hnjusmodiinlellectulocutifuerint{'i.'i). Ils ajoutent que plusieurs modernes ont avoué que, selon les hypothèses d'Aristote, renlendemenl de tous les hommes est une seule et même sub- stance. Hoc quidem argumcnLum per- moi'il etiam ad prœdictam inlelleclils unitatem in Aristotelis doctrinâ asse- reiidam non paucos è recentinrihus peripateticis, in qiiibus sunt Thom. Anglicus, Achillinus, Odo, Jnndu- nus, Mirandulanus, Zimara, f^ico- mercatus, et quidam alii (24); mais qu'entre ces modernes les uns veulent qu'elle soit dans tous les hommes comme une forme assistante, et que les autres soutiennent qu'elle y est en qualité de forme informante. Ce der- nier sentiment est celui de Mirandulanus (25), et d'Achillinus (26). Mai^ voici une méprise toute semblable à celle de Pomponace. Les jésuites do Conimbre imputent ailleurs à Aver- roès l'invention de l'unité de l'enten- dement de tous les hommes. Cela pa- (31) Pomponatius, de Immortal. Anirnse, aap (22) Idem, ibid., cap. III, pag. 7.

(23) Conimbricenses in II. lib. de Animai, cap. I, Quœst. VU, art. I, pag. Sy.

[2i,)Ihidem.

(■>.5) Miranduliinns, de Kversionc singnl;iris Ccrtaminif, l,b. XXXII, sect. I ellib. XXXI If, sect.II,et VI.

(ifî) Achillinus, Ub. it lDt£llii;einjis.

AVERROÈS.

raîtra plus surprenant, lorsqu'on verra les paroles qui précèdent celles où ils l'aflirment Secunda ( sententia ) Jiiit uificennce 9 Metaph. cap. quarto, et in llb. JVatur. parte 5, jiuenipace in epistolâ de luviine, et Grcec.i cujusdam Marini cujus mentinnem J'acit hoc loco Philoponus, ajentium intellectum agenlem esse substantiam quandam separatam, quant yii'icenna C/iolco- dœam nuncupabat. Idem plaçait -^fer- roi in libella de Bealiludine ^nimœ, cap. 5, et in epitome Metaph. trac- talu 4, qui errori errorem subnectens, alioruni vestigia secutus, ununi om- nium hominum ûnxit communem in- tellectum, ut alibi retulimus (27). C'est dire que l'unité d'entendement est une fiction qu'Averroës a ajoutée aux erreurs des autres 5 et néanmoins il est clair que cette fiction n'est point difiérente de la doctrine qu'on venait d'attribuer à Avicenne, etc. Souve- nons-nous que l'entendement des hommes, au dire d'Averroès, est la dernière des intelligences, celle qui occupe le plus bas lieu de l'univers (28}. Esse mentium infimam omnium, et unicam. IVarn sicuti cœlestes globi singuli singulas habere mentes uiden- tur, ita et orbis hic inferior unam, ut ipse l'ult, hnbet, quœ non hujus homi- nls sit, l'el illius, sed humanœ speciei mens sit, et dicatur, ut speciei unicce unicus sit intellectus in hoc orbe infe- riori, ut plerique intelligunt, ubique tntus compingi (29). Quoi qu'il en soit, lors({ue ces jésuites réfutent la préten- due unité de l'entendement de tous les hommes, ils n'attaquent que ce philo- sophe, tant on est persuadé que pour le moins il mérite d'être tenu pour le principal défenseur de cette chimère. Ils remarquent que Scot a dit qu'Aver- roës s'est rendu digne d'être excom- munié par le genre humain, et que d'autres disent que sa doctrine est un monstre si efiroyable, que les forêts de l'Arabie n'en ont jamais produit de plus grand. Hœc commentatoris seu commtntitoris potiiis de unitate intel- lectUs sententia adeo stulta est, ut (27) Conimbriceuses in lib. JII de Anima, cap. y, Quasi. I, art. I, pag. 226.

(28} Commenlnlor ipsr, Comm. XIX, lib. III Je yinimii., ponil ipsam esse ulcimam intelligen- tiarum. Poniponalius, de Tminort. Anima:, cav. IV,pag.i,.

mérita Scotus in 4- d. 43. q. 2. dixc rit dignum esse.Ai'erroem qui ob has ineplias ex hominum communione aver- runcetur; alii fera koc ejusjîgmentum monstrum vocârint quo nullum majus jirabum sylt^ce genuerint. Certè hoc unum sut esse debuisset ad eos coar- guendos quijilium Rois tanti faciunt, ut ejus animam Aristotelis animam esse dicant (3o). La dernière partie de ce passage nous apprend qu entre autres éloges on a donné à cet Arabe celui d'avoir l'âme d'Aiistote. Les jé- suites de Conimbre veulent que, pour réfuter cela, il suffise de prendre garde à la doctrine de l'unité de l'en- tendement. Cette réflexion est fausse; car cette doctrine, comme l'avouent plusieurs modernes, n'est qu'une ex- tension et qu'un développement des principes d'Aristote. Je pourrais faire plusieurs remarques pour prouver c«la, mais je me contente de celle-ci: c'est que, selon l'hypothèse de ce phi- losophe, la multiplication des indi- ^ idus ne peut avoir d'autre fondement que la matière, d'où il s'ensuit que l'entendement est unique, puisque selon Aristote il est séparé et distinct de la matière, f^iderunt Aristoletem simpliciter prohare intellectum possi- bilem esse immixtum et immaterialem. (3i). Cette observation est de Pompo- nace. Quod t^ero unicus sit intellectus in omnibus hominibus sife postibili$ ponatur, patere potest ex eo quoniam apud peripateticos est celebrata pro- position multiplicationem indiuiduorum in ediem specie nonposse esse, nisiper materiam quantam, ut dicitut'j. et 12. Metaph. et 2. de Animâ{ii). Quelque fondée que cette opinion d'Averroè's puisse être sur Aristote, elle est dans le fond impie et absurde. Elle est im- pie, puisqu'elle conduit à croire qiie l'âme, qui est proprement la forme de l'homme, meurt avec le corps (33); elle est absurde, car que peut-on dii'e de plus insensé que de soutenir que deux hommes qui s'entretuent, dirigés chacun par ses actes intellectuels, ont la même âme? Que peut-on imaginer de plus chimérique que de prétendre (3o) Conimbric., in lib. Il de Anima, cap^ l, Quœst. VII, art. II, pag. 60.

(3i) Pomponatius, de Immortal. Aiiiuix, ca;f.

(33) Vo^n la remarque ^H), vert lujin.

AVERROÈS.

que deux philosophes, dont l'uu nie, lui, ou au dehors? S' il agit. rautreafiirme la même thèse en même quel monstre ne sera-ce vi audehors, quel monstre ne sera-ce point qu'un temps, ne font qu'uu seul être à Te'- acte d'intelligence posé hors de l'in- gard de l'intellect? Examinons ce qu'un tellect, etdans une autre personne (36)? adversaire de Pomponace proposa con- Cecinronve trop: il en faudrait inférer tre cette extravagance. que 1 entendement divin ne peut point Premièrement, il la réfute en tant produire dans Tâme de l'homme ua qu'elle pose que l'entendement n'est acte d'intelligence, sans le produire pas dans l'homme, et puis en tant dans lui-même. Or, cela est faux et qu'elle pose que tous les hommes n'ont absurde. L'autre membre de la que» qu'un même entendement. Sur le pre mier point, il demande, pourquoi un entendement qui doit unir son action à celle de l'homme, et cela de la ma- nière la plus intime qui se puisse con- cevoir en ce genre-là, croirait se dés- honorer, s'il s'unissait avec les orga- nes, pour composer avec eux un indi- vidu 1,34)? Vous comprendrez aisément l'union intime dont on paile là, si vous prenez garde que, selon les aver- l'oïstes, l'âme de l'homme n'est point capable d'entendre sans le secours de cet intellect assistant. Il faut donc que cet intellect supplée par son action à ce qui manque à l'âme de l'homme; et par conséquent nos actes intellec- tuels dépendent de deux principes, dont l'un est comme un sujet passif et incomplet, l'autre est un piincipe actif et qui perfectionne. Il est donc vrai que le concours de ces deux prin- cipes se termine à un même effet, et qu'ainsi l'action de l'entendement des averroïstes s'unit d'une façon très- intime avec l'âme qui entend. Cette difficulté n'est point forte, car l'union que l'on objecte n'est pas plus intime que celle de l'action de Dieu avec l'ac- tion de la créature, selon la doctrine du concours: et néanmoins il ne s'en- suit pas que ces deux causes se doivent unir personnellement. L'auteur prétend prévenir cette réponse, en disant que l'action de l'intellect des aver- roïstes est immanente et particulière, ce qui ne se peut pas dire du concours de Dieu (35) 5 mais on pourrait lui faire de bonnes répliques: ainsi sa dispute n'est pas triomphante quant au premier point, comme elle l'est quant au second j car voici comment il presse Averroës: Cet intellect dont vous parlez, est ou Dieu, ou bien une créature. S''il est Dieu, je vous fais celte question: Agit-il au dedans de (34) Antonius Sirmondus, de Tmmortatitate ADÎma! adversus Pomponat. et issethm, pag. 368.

tion réduit aux abois les averroïstes. Si Dieu forme en lui-même les actes d'intelligence qui sont dans l'homme, combien d'erreurs nourrira-t-il dans son sein? Sed neque intra Deuni con- tineri potest ( intellectio ) quàd im- menses in eum errores loties inueheret, quoties opinione sud fallerentur ho • mines; neque enim prorsiis uUa i'ateret excusatio, quin prima ac summa Ve- ritas è se ipsd monstrosè deficeret, si assignanda ipsi essent, si in sinu ejus et complexu reponenàa quascumque esse possunt falsa homiman judicia (37). S'ils répondent que cet intellect est créé, l'auteur réplique qu'une créature ne paraît pas pouvoir être suffisante à modifier si à propos toutes les âmes humaines en même temps (38). Outre que les opinions contraires qui régnent parmi les hommes ne sau- raient loger ensemble dans un seul entendement. Quomodô in unam et eandem intelligentiam simul cadet contrarietas illa opinionum et senten- tiarum, quam loties in hominibus expe- rimur, ciim unus ail, aller negat de eodem idem? quœ eadem quœstio im- pedirc potest adversarium in respon- sione jamjam explosa de intellectu divine. Cette dernière objection a la même force contre ceux qui voudraient dire que cet intellect est Dieu. C'est aussi par-là que l'on réfute invinciblement le spinozisme (3g). Notez que l'auteur avoue, que toute la force de son objection consiste en ce qu'il pré- tend avoir prouvé que l'action de l'en- tendement des averroïstes sur l'âme de l'homme est immanente (4o)- Je ne (36) Quid hoc portenli intellectio ut extra in- tellectuin consistât et quiUetntoto ab eo disjunctd supposito? Sirmondus, de Iinmoit. Aaiuiii;, (3^) Idem, ibidem.

(38) Idem, ibidem, pag. S^i, i')i.

(39) l'oyei l'article SnJiott., remarque (S), num. III (40) Antou. Sirutoadus, Je Iiuiuvrt. Aiiim.-e, AVERROÈS.

crois point qu'ils soient obligés de convenir qu'il prouve cela. Quant au reste, il déclare qu'il ne trouverait rien à redire à la pensée d'Averx-oè's, si ce philosophe n'eût parlé que de l'action de l'entendement divin consi- déré comme la cause première. Restât ergo, ul suum istiul soninium integrum yit-'erroès somnii loco et niendacii haberi sinat, aut certè interpretetur ipse, de nctione intellectds dii^ini, quâ parte non intellectus quideni prœcisè, sed est prima causa, in onines causa- Tum secundarurn, adeoque inferiorum intelligenliarum effcclus ex minu- te sud injluens aliquid (4')' -^^ it'a possit accipi, non disputa, illud contentas ostendisse, quod nisi quid sindle sonet ejus doctnna, inanis ac slulta sit; si quid autem simile, ne pi- lum quideni nabis adversantem habeal (43). Il nous avertit qu'il s'est abstenu des objections que Thomas d'Aquin a proposées contre l'hypothèse de cet Arabe. Je vous avertis qu'elle se trouve parfaitement réfutée dans un ouvrage de M. Duplessis-Mornai (43).

On s'étonnera que des génies aussi sublimes qu'Aristote et qu'Averroès aient forge tant de chimères sur l'en- tendement j mais j'ose dire qu'ils ne les eussent jamais forgées, s'ils n'eussent e'té de grands esprits. C'est par une forte pénétration qu'ils ont découvert des difficultés qui les ont contraints de s'écarter du chemin battu, et de mépriser plusieurs autres routes où ils ne trouvaient pas ce qu'ils cher- chaient. La plus certaine connaissance qu'ils eussent de la nature de l'âme, est qu'elle est capable de penser suc- cessivement à mille choses; mais ils ne pouvaient comprendre comment elle réduisait en acte cette faculté: l'action des objets, leurs espèces, leurs images e'purées tant qu'il vous plaira dans le cerveau, rien de tout cela ne paraît capable de donner à l'âme l'intelligence actuelle. Voyez avec quelle force le père Mallebran- che réfute tout ce qu'on dit de la manière dont nous connaissons les choses (44)> Il n'a point trouvé d'au- (40 Idrm, ibidem.

(42) Idetn, ilndein, pag. S^S.

(43J Celui de la Vcrilé de la Religion cliré- tieniie, au chap. XK.

(44) Mallebranclie, Recherche de la Vérité, lii\ ///, chap. I elsuivans de In, II'. partie, tre ressource, que de dire que nous les voyons en Dieu, et que les idées ne sont point produites dans notre âme. Quelques anciens philosophes ont dit que Dieu est l'intelligence générale de tous les esprits, c'est-à- dire, qu'il leur verse la connaissance comme le soleil répand la lumière sur les corps. Lisez ces paroles des jésui- tes de Conimbre: Prima sententiajuit yilexandri libro secundo de Anima cap. 20 et 21, existiniantis intellectum agentem esse intellectum uniuersaleni omnium conditorum, hoc est Deum, quod eliani Platonis dognia libro sexto de Republicd fuissec reditur, qui intellectum. agentcni nostros animas cœlitiis irradianteni comparawit soli, ut ex Themistio hoc in tih., rej'ert difus Thomas, i part., quœst. 79, ar- ticula quarto. In eundent errorem lapsus fuit Priscianus Ljrdusasserens, intellectum agentem non esse partent animœ, sed mentem primam atque difinam, t^el ideam. boni (45). Quand une matière est fort abstruse, il ne faut pas s'étonner que les plus grands philosophes en parlent nn peu de travers ou sur des suppositions malai- sées à comprendre. Or, s'il y eut jamais de matière difficile, c'est celle de la formation de la pensée. Elle est peut-être plus impénétrable que celle de l'origine de l'âme. C'est beaucoup dii'e, car la réflexion de Bartholin sur une chose que l'on raconte de saint Anselme est de bon sens. On assure que cet archevêque de Cantor- béri, se voyant proche delà mort, à l'âge de soixante-seize ans, souhaita un petit délai, afin d'achever une question très-obscure qu'il avait com- mencée sur l'origine de l'âme (46). « S'il eût obtenu encore soixanfe- « seize ans de vie, dit Bartholin, je }) doute qu'il eAt pu venir à bout d'une }> question si obscure.» Plaidé dubito, si fel totidem annos quos fixerai illi addidisset Deus, uitœ arbiter, ad fi- nem quœstionis dubiœ unquhm potue- rit pert^enire (47). Notez que la plu- part des cartésiens enseignent qut; comme il n'y a que Dieu qui puisse (45) Conimbrie., in lib. III de Anima, cap. V, Quœst. I, art. I, pag. 226.

(4";) Thom. Bortholiauf, Dissertât. VI de Ic- i^urdis liliris, pa^. ■)Gi\.

AVERROÈS.

mouvoir les eoqis, il n'y a aussi que proscrire par taiitorité papale.'] Vax Dieu qui puisse modifier les esprits Ils exceptent les actions qui rendent l'âme criminelle. Mais, pour tout ce qui s'appelle sensation, imagination, passion, mémoire, idée, ils préten- dent que Dieu en est la cause efficiente et immédiate, et que l'action des ob- jets ou le mouvement de nos esprits animaux n'en est que la cause occa- sionelle. Ce sentiment n'est qu'une extension de celui qu'on attribue à rapporte ailleurs (4^) les paroles d'une bulle de Léon X, approuvée dans le concile de Latran. J'ajoute ici que Raimond Lulle sollicita instamment le pape Clément V à condamner les Commentaires d'Averroës sur Aris- tote, et qu'il tâcha d'engager Phi- lippe-le-Bel, roi de France à solli- citer la même chose. Il représenta que ce sont des livres remplis d'er- reurs pernicieuses. et ç^\n peuvent im fameux interprète d'Aristote, et conduire peu à peu les jeunes gens à que M. du Plessis-Mornai réfute par l'impiété: il pria, il présenta des (les raisons spécieuses, mais dont nos cartésiens ne s'embarrasseraient pas. Voyons quelque chose de ce qu'il avance. Quant a L'opinion d Alexan- dre (d'Aphrodisée ), qui prétend un intellect agent universel, qui imprime l'intellect possible, c'esl-a-dire, la capacité d'un chacun, et la réduise en requêtes, il fit un livre sur ce sujet; mais il trouva sourds et le pape et le roi de France (5o). Présentement, il n'est nécessaire, ni de demander cela, ni de prier qu'à tout le moins il soit défendu de tenir ce philosophe pour un oracle: son autorité est nulle, et personne ne perd du temps à le lire; action, la plus part des raisons cy- mais il y a eu des siècles bien infatués dessus déduictes contre Ai'crroës, sert de sa doctrine. Lisez ce qui suit: aussi contre lui. Mais par ce que par Congruentior et exaudilu facilior cet intellect agent il semble entendre ^'uisset petitio, pro qud nunc, {quce I)ieudiremesme,ily acecideplus,que Dei benignitas est,) non est sata Dieu qui est tout bon et tout sage, n'imprinieroit point en notre en- tendement les folies et les malignités que nous y remarquons; qu'il n'y lais- serait pas aussi tant d'ignorance, et de ténèbres, que nous y tastons, ains vaincroit en tous la contagion qu'ap ■ porte ce corps, et bien qu'il n'inspirast ou n'injluast tant de choses a l'un qu'a l'autre, selon les dii'erses capa- citez de ceste table rase, que pour le moins il n'y peindrait pas un monde de faux traicts, que nous y pouvons voir chacun en soy-mesme. En après, oii ï influxion serait perpétuelle, ou bienenlrecouppée. Si perpétuelle, nous entendrions tout ce que nostre imagigendum. JYimiriim ne Averroës ora- culi loco esset in scliolis: quod cuni superiori seculo, et paucis anteriori- bus, invalnisset, prœsertim in Ilalid, ut Canus lib. lo de Locis, c. 5, nota- uit: occasio fuit magnornm in oris illis errnrum, et inutilis diligenliœ, qud aliqui non miniis in pervolutando Awrroë collocabant aperce, qu'am in sacris litleris ponant, qui iis maxime delectantur: nec fldei miniis Averroï tribuerunt, qu'am optimi qui- que fidèles canonicis scriptoribus; quod indignissimum fuisse, nemo non fidet. Nunc Auerroïs in scholis de- pontanns ei'asit(5i). Louis Vives s'é- tait bien plaint de l'autorité que ce nation nous représenterait sans labeur philosophe arabe avait obtenue. Quem et sans art; si entrecouppée, il ne se roit pas en nous d'entendre chose quel- conque, ny de vouloir quand nous voudrions. Or, au contraire, nous avons peine à com.prendre certaines choses, et nous faut gagner sur l'i- gnorance de nostre esprit, comme pied à pied: et y en a d'autres que nous entendons dès qu'elles se présen- tent, et quand nous voulons (^S).

(F) qui pt des progrès si for- midables, qu'il fallut le faire (^%) Du Plessis-Mornai, itcliiiiou chrélicuue, chap.

de la Vérité de philosophi de nostrd scholâ, qui post eum scripsére, ila sunt amplexati ut penè autnoriiate Aristoteli adœ- qudrint, nec solùm qui longo post intervallo vixerunt, sed qui illiusquo- que œtate; quod factum est et igno- rantid meliorum, et admiralione mer- cimonii linguâ et sensis peregrini: ut (49^ Dans l'article Spixoii, remarque (P), a tajin.

(5o) Tbfop. Raynaldus, Erotem. de malis >r. boDÎs libris, num. 3/)0, pag. aoo \ il aie Oharlc» Bouille, dans la Vie de Havuiond LuUe.

(Si) Iilmn, ibtd-r,.

AYERROÈS.

gratiam ei conciliare.t apuâ primas nofitas, apud posteras uelustas (Sa). 11 marque là un coup de bonheur: certains esprits fortunés plaisent d'a- bord pour leur nouveauté, et enfin à cause de leur antiquité'. Que mes lec- teurs examinent, s'illeur plaît, ce rai- sonnement d'un moderne. On ne doit pas s'étonner de uoir que les hommes aient eu tant d'estime pour Averroës, puisque te père de Cardan, qui se mêlait de magie, nous assure que les démons mêmes ont admiré sa doctrine, de laquelle Bajazet se dit^ertissait dans les plus sensibles douleurs de la goutte: qui n'est pas une preuve moins aoantageuj,e pour montrer sonmérite, qued'at'oirétonnéles intelligences (53). Si ce qui concerne Bajazet n'est pas rapporté plus fidèlement que le reste, j'en doute beaucoup (54). Pour bien rapporter ce qui regarde le père de Cardan, il fallait dire, que l'un des esprits qui lui apparurent faisait pro- fession d'être averroïste, et non pas qu'Averroè's avait étonne' les intelli- gences; et il fallait ajouter que Car- dan même insinue que ce conte de son père était fabuleux. Ille uero pa- lam auerroïstam se profitebatur. Uœc seu historia, seu fabula sit, ita se kabuit. Quod fabula fideatur satis argumento esse débet quod, etc. (55).

(G) Il n'y a point de livre où Auer- roës paraisse avoir eu de meilleures intentions, quedansses Destructiones Destructionum contra Algaze- lem: ] ou bien Deslructorium De- structorii. Le titre arabe est Hahapn- lah altahapalah (56). Averroës ré- fute dans cet ouvrage les opinions mé- taphysiques qu'Algazel avait soute- nues contre les philosophes. La plu- part de ces opinions d'Algazel sont très-mauvaises: car, par exemple, il a combattu ce que les philosophes disaient, que le monde est l'ouvrage de Dieu, et que Dieu est un agent; (5î) Lndoy. Vives, ie Causis corruptarum (53) Clavigny de Sainte-Honorine, de l'Usage des livres suspects, pag. 4^, 4g- (54) Je ne trouve dans Paii\ Jove, Elog. Viror. l)ellicS viilute illu.str., lib. IV, pag. 334 i sinon t/ue Bajatel II Peripatelici Averrois opiniouibus ablectabatiir.

(55) CarJanus Je Sublililale, lib. XIX, pag.

(56) fWe» Reiuesius, Epist. XV, ad Hofm., qu'il est unique, simple, incorporel, et qu'il ne peut point y avoir deu» natures incréées (57). Puisqu' Aver- roës soutient le parti des philosophes sur toutes ces propositions, on ne peut nier qu'il ne travaille en faveur de l'orthodoxie. C'est l'un de ses plus beaux ouvrages, au sentiment du père Rapin (58). Mais d'ailleurs, la bonne cause peut-elle trouver son compte dans les services que lui pour- rait faire un tel défenseur, lui qui niait que la création fût possible, et qui soutenait que tous les êtres spi- rituels sont éternels, et que Dieu ne connaît pas les choses particulières, et n'étend point sa providence sur les individus de ce monde (Sg)?

(H) Ou parle fort désauantageu- sement de la religion de ce philoso- phe.'] Vous trouverez dans le Diction- naire de Moréri, que le christianisme était selon lui une religion impossible; que le judaïsme était une religion d'enfans ] et que le mahométisme était une religion de pourceaux: et qu'ensuite il s'écriait, moriatur anima mea morte philosophorum,, c'est-à-dire, que mon âme meure de la mort des philosophes. Voilà de quelle manière il imitait Balaam, qui dit, que je meure de la mort des justes, et que niafln soit semblable à la leur (60). M. Moréri ne rapporte pas exacte- ment ce qui concerne le christianis- me: Averroës le nommait, dit -il, une religion impossible, à cause du mystère de l'Eucharistie. 11 est sûr que ce philosophe n'en parlait pas si obligeamment, quand il faisait ré- flexion sur la pratique de la commu- nion de Rome. Lisez ces paroles de M. Daillé, adressées au père Adam; « Les sages du monde ne vous ont » point pardonné cette étrange » créance, non plus que les Juifs: té- » moin la parole du philosophe » Averroës, que le cardinal du Per- » ron(*) rapporte sur la foi de Sar- >) ga, l'un des pères de votre société, » qu'il ne trouvait point de secte pire, (57) Fojrei la Biblioth. de Gesner, folio 10» verso.

(58) Rapin, BéflexioQS sur la Philosophie, (5q) Voyez Possevini, Riblioth. selecta: lib.

XII, cap: xxxri.

(60) Nombres, chap. XIII, vs. 10. (•) Du Perron, derEucbar., liv. III, chap.

AVERROÈS.

» ou plus badiite, que celle des chrc- » tiens, qui mangent et déchirent eux- » mêmes le dieu qu'ils adorent {6i). » Avant que de passer outre, je fais deux remarques contre ce docte ministre. La l'^. est que le cardinal du Perron n'est point proprement celui qui rap- porte cette parole sur la foi de Tun des confrères du père Adam, il ne la rapporte que comme citée par M. du Plessis ^ car c'est M. du Plessis qui al- lègue sur ce sujet ce que le je'suite Scarga observe touchant la pensée de ce philosophe arabe (6a). La II*. est qu^au lieu de Sarga, il fallait dire Scarga. Rapportons maintenant le passage d'un autre ministre: Si nous recevions la sainte Cène a genoux nous serions en scandale et en achop- pement aux infirmes, mais nous don- nerions occasion aux infidèles de blas- phémer le sacré nom de Dieu, et d'a- voir en horreur le christianisme. Car nous ne pouvons oublier le lamentable exemple de ce philosophe païen {*), qui, ayant vu manger le sacrement qu'on avait adoré, dit, qu'il n'avait jamais vu de secte plus folle et plus ridicule que celle des chi'e'tiens, qui adorent ce qu'ils mangent 5 et c'est à ce propos que ce malheureux s'écria: que mon âme soit avec celles des phi- losophes,veu que les chrétiens adorent ce qu'ils mangent (63). Ce même mi- nistre allègue ailleurs un passage de Cicéron, qui cadre beaucoup avec la pensée d'Averroës (64): « Ecquem )> tani amentem esse putas, qui illud M quQ vescaturDeumcredatesset{65)? » c'est-à-dire, et qui pensez-vous si » insensé, que de croire que ce qu'il j) mange soit Dieu? » Cicéron parla ainsi, en considérant qu'on donnait au blé le nom de Cérès, et au vin le nom de Bacchus. Cîimfruges Cerercm, vinum Liberum dicimus, génère nos quidem sermonis lUimur usilalo (66). Le père Lescalopier avoue que cet il- lustre païen est fort raisonnable, (61) Daillé, Répliqae au père Adam et à Cot- liby, I". part.,chap. XVJ,pag. ii6.