SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Il eut de l'aversion pour les procès: P° '^ comparait aux anciens sages de il n'augmenta son bien ni ne le dimi- '» ^^'^^^ ' ^^ 1*? *^tait rendu leur iminua; il ne fut jamais, ni témoin, ni délateur, contre la vie de personne (6)j il fut sans envie et sans anibi- (i) Auson., in Prsel'at. aj Sii Parent.

et in Epiced.

(2) La province que Von appelle aujourd'hui Bourgogne.

(i) Scaliger dit que c'est la ville d'Acqs, sur l'Adour.

(4) Auson., «n Profess., cap. XVI, pag. i-G.

(5) Auson., in Epiced., pag. 2q8.

(6) Indice nie, nullus, sed neque teste, périt. Auson., m Epie,, pag- jgS.

ta leur par l'endroit le plus difficile, ce fut de pratiquer co qu'ils avaient enseigné: il s'attacha beaucoup plus à mener la vie d'un sage, qu'à dis- courir comme un sage: Quem sua contendit septem sapientibus œlat. Quorum doclrinam moribus excoluu; (8) Idem, ibidem.

(9) Idem, ibidem.

(jo) Idem, ibidem, pag. 3oo.

(il) Idem, i7t Parental., cap, I, pag. i\»- 586 AUSONE.

Vi.erei^ux^pouus,^uan^ dUerei nrie.op^o- déterra. C'est Ausone lui-même qui' Quamqùam et facundo, non rudis inge- "°"* apprCtld CCS particularités.

"'" ("3- TV.., ^ . -iu cœli numéros, et conscia stderaf ail Il ne laissait pas d'être éloquent non CaUebas, sludium dirstmulanCer agens.

pas en latin, mais en erec - ' "^c" '^"'"" "*' ""^'"^ quoque formula viia-.- 1., CI tu gici^. Signalts quam lu condideras labulis; Sermone: impromptus laiio, verim attica ^'c'^'!'^, """ ""'?»«'"• ^'''^ mafriV cura relexit lingua Jedula, quam Umidi cura tegebatavi (21).

"^ ' 9"mi3;. 11 ajoute qu Arbonus, expose de Ne nous étonnons point si après sa t^ipps en temps aux coups de la maumort on l'honora de cet éloge: // n'y y^i?^ fortune, et pleurant son fils qui a personne qui l'imite; il n'y m'ait eu ^^^^^ ™ort âgé de trente ans, se conpersonne qu'il imitât. solait dans ses disgrâces par l'espé- ■^'as nostra ilU qubd dédit hune lUulum.- mettait a SOn petlt-fils.

""iT-"^"'"""" ' '""" ^"""""'"'■' '^"*^ Dicebas sed le solatia longa fovere.

Sic nullùm, qui se nunc imitetur habel fii) vF"^^ '"^^ Pf'^^Pf'^f"^'^ manerel honos.

, ■/ •- i„Hi.ei.ur, nauei t^m). £j modo concdus ammarum mixte piorum ^ juL jiuuuie ue quelques Sentis quod quœslor, quod te prœfeclut, et ctiarges illustres, sans avoir la peine idem >■ j > de les exercer, et qu'il mourut à l'âge Consul Jionorificomunere commémora (22).

fvo^'r"'^p?^^^i"^^"'^•^^","^''''' f"' Remarquez bien qu'il suppose que " ■ coraplissement de l'horoscope, et le Curia me duplex, et uterque senalus habebat détail des dignités que notre poète ..?*r" ^•^^'"■'""' '^o'^inepanicipem (i5). avait obtenues à la cour impériale. Il .".!!!.! ^s*- nioins orthodoxe en un autre en- Pitefectusmagninuncupor Illyrici {16). chosc de nouS OU DOn, après notre mort: Nonaginta annos bàcidô 'sine\'corpore tôlô ^'^ """" ' ''"" "''^""^ post fata exlrema Exegi, cunctisinteger officiislin). -.^. "'''«■""' rivus adhuc, cevi quod periU meminens; Il composa en latin quelques ouvrages Si^e mhil superesl, nec habent longa otia de médecine, dont Vindicianus dS'» t /f"^"^',, /•,/,> et JVlarcellus (19) ont fait mention,.. • /,.

fut médecin de l'empereur Valenti- était païen ont jamais cité ce passage nien ■ et cela avant même que son fils comme une preuve de leur sentiment, eût été choisi pour précepteur de (^^ ^" "^ saurait douter qu'il ne (B) Son horoscope faisait croire îf"'f " ^ "?"• (^4) de la punition neurs.] C^cilius Argiciul Arborius, P^rir lan 388 (a5). Baronius prouve son aïeul maternel, entendait l'astre- <!«« P'*"!»" «« consacra a la vie mologie, et avait dressé cet horoscope. f,^«t'f '; /A° V''' 'Tf J"' ' Il le tenait caché, mais sa fille le M" 394 (26. Ce ne fut que peu d an- ' nées après la vie dévote qu il avait (12) Auson., m Parental., cap. I, pag. iio. (^i) Auson., in Parental., cap. IX, pag. 117.

(li) Idem, in Epiced., pair. 2n8.,,,. •, •> q (16) Idem, ibid., pag. 3o2. ^^^^ /„ Claris Urbibus, cap. VII, pag. 237.

(18) Voyez Scaliger, in Vilâ Ansonii. j„r cet endroit (Z'Aus'one. // esl plus exact dans (19) Marcell., in Episl. prœfixd, lih. tic Me- la Vie d'Ausone; il y marque l'an 388.

ilicâ, et cap. XXV ejutd. libri. (2C) ISaron., Annal., ad ann. Sg'), nnm. 72, (20) Scaliger., m Viiâ Aiisonii. VS' ^^4- AUSONE. 587 menée en Espagne, et qu'Ausone avait Ainsi la lecture des ouvrages de saint blâmée. Voilà ce qui fait juger que Paulin fait tout le contraire de ce que ce poëte vivait encore l'an 892, d'où Vossius et quelques autres ont assuré; il s'ensuit qu'il vécut long-temps; elle fait voir le christianisme d'Aucar il était déjà vieux lorsqu'il fut sone, comme l'a très-bien reconnu fait consul, l'an 379(27). Joignez à cela, que la différence d'âge entre lui et son père était fort petite (28); or il survécut à son père, qui mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

(D) Il y a d'habiles gens qui croient qu'il n'était pas chrétien.] Vossius est de ce i^mbre: Poêla Juit gentilis, dit-il (2g), quemadmodiim ex Paul- lino liquet: ut quœ Christurti célé- brant perperam illi sint iributa. Le père Briet assure la même chose; il ne fait que donner un autre four aux phrases de Vossius: IHx Paullino cer- tum est eum ethnicum fuisse, quare opéra christiana huic adjudicari so- lita, sine dubio alterius sunt (3o). M. Borrichius passe plus avant, car il assure qu'Ausone encourut souvent les censures de Paulin, à cause de son paganisme: Religione ethnicus, eo- QUE à Paullino amico, sed christia- nis sacris dedito, identidem objurgatus (3i). Paullinus discipulus Ausonii quem colebat ut prœceptorem, sed ut ai^ersuvi h christiana religione subindè increpabat, quemadmodiim ex opère ipsius liquidum est (Sa). Tout ceci nous montre que même les grands auteurs s'épargnent la peine d'aller aux sources, et qu'ils s'arrêtent au témoignage du premier venîi. Ceux qui consultent les ouvrages de saint Paulin n'y trouvent rien qui leur per- suade qu'Ausone faisait profession du paganisme; et dès là qu ils n'y lisent point qu'on ait exhorté fortement ce poète à se faire baptiser, ils concluent qu'il professait l'Évangile. Ils le con- cluent encore plus certainement de ces paroles expresses qu'ils y rencon- trent: Non reor hoc Sancto sic displicuisse Paren- Mentis ut errorem credal, sic fivere Chris- (in) Anson., in Gratiar. Âctione, pag. 70g.

(28) Auson., Epist. I.

(29) Vossius, de Poët. lat., pag. 55.

(30) Brietlus, de Poët. lat., lib. JF, pag. 5o.

(3i) Borrich., Dissertât, de Poëtis, pag. •;3.

(34) Paullinus, i>i F.pistolâ dejore ad Aiisoniuin, in^ne.

Lilius Gyraldus. Christianus quideni Ausonius fuit, ut ex ejus i>ersibus, et item. Paulini ejus discipuli facile col- ligimus (35). C'est donc sans nul fon- dement qu'on veut ôter à ce poêle ce qui se trouve à la louange de Jésus- Christ dans le recueil de ses vers. Il est même vrai que, quand on lui ité- rait le Carmen paschale, et l'excel- lente pièce qui commence par Omnipoiens, solo mentis mihi cognite cullu, comme quelques critiques veulent qu'on lui ôte VOratio paschalis, p-er- sibus rophalicis, on ne laisserait pas de trouver dans ses ouvrages de quoi réfuter ceux qui disent qu'il était païen. Or, voyez combien il importe de s'adresser entre les modernes, plu- tôt à ceux-ci qu'à ceux-là, lorsqu'on ne veut pas prendre la peine de re- monter jusqu'aux sources. Si Vossius se fiM adressé à Baronius, il se fùl épargné la faute qu'il a commise, et il l'eût épargnée à ceux qui l'ont co- pié. Il n'eût jamais pu comprendre, après avoir lu Baronius, que saint Paulin fournisse la moindre preuve du prétendu paganisme du poëte Au- sone; car ce savant cardinal rapporte la réponse respectueuse de saint Pau- lin, et fait voir que les pensées d'Au- sone sur la retraite de cet ami ne dif- fèrent pas de celles que les chrétiens attachés au monde forment tous les jours, quand ils voient un jeune homme de qualité renoncer à tous le? avantages de la terre, pour se con- sacrer à la vie monastique (36). On prétend qu'Ausone jugea qu'une Ini- meur de misanthrope, qu une mala- die de Bellérophon portaient Paulin à se retirer du monde et à renoncer aux muscs (37).

Tristis, egens, déserta eolat, tacilusque pererret ^Ipini convexa jugi; ceu dicitur olim (35) Gyraldus, Histor. Poët., Dialog. X, pag. 5j4- (3G) Baron., ad ann. 3g4i nuin. 84- (37) Je m'exprime ainsi, parce qu'encore tjtir Paulin ail donne' ce sens aux termes (/'Ansnne, ilj^ a sujet de croire que ce n'est pas le vérAn- ble, et qu'il faut entendre ici une imprécalinn contre celui qui conseillait il Paulin d^ ne pa.* répondre au.v l.ctirrs d'Ausone.

AUSONE.

Mentis inopt, talus kominum, et vestigia vitans, Avia perluslràsse vagus loca BellorophonM tes{i»}.

Mille et mille chrétiens auraient pu faire un semblable jugement: c'est donc une impertinente preuve de pa- ganisme. Arnisaeus, et l'auteur fran- çais qu'il cite, e'taient sans doute chrétiens, et cependant ils jugeaient tout comme Ausone, de l'amour de la solitude: ils ont assez clairement donne à connaître qu'ils attribuaient à une humeur me'lancolique la re- traite des fondateurs des moines; Me- dici liiter signa morbi melancholi rej'e- runt, si quis quœrat soliludineni, aut si quem tristis cigat mœror, loruâtJe sei/eruin fiante, uel a Icetis socioruni cœtibus arceat; et Gallicus quidam non inconcinnus scriptor, ejus ordinis fuisse censetFranciscum, Dominicum, aliosque eremitas, aut anachoretas, qui contra naturœ prœscriptum poli- ticis societatibus se subtraxerunt, in eremos, instar Endymionum, sese abdiderunt, et quo melancholica in- génia maxime afficiebantur, nowum vitœ genus, ajf'ectatœ religionis pallio i^estitum, condiderunt fSg). Baronius n'a pas oublie' de remarquer qu'Au- sone fut e'ievé par deux religieuses qui étaient ses tantes (4o). C'est une preuve qu'il était d'une famille chre'- tienne. Or, en ce temps-là le christia- nisme étant sur le trône, et le paga- nisme étant exposé aux disgrâces et à la persécution, il n'arrivait guère qu'un chrétien se fît païen. Puis donc qu'Ausone fut élevé dès l'enfance au christianisme, l'on doit être persuadé cju'il le professa tout le reste de ses jours j car rien n'est plus absurde que la pensée de Giselin. Il a débité que Claudien et Ausone, entraînés par l'autorité et par l'éloquence de Syra- maque, abjurèrent la foi chrétienne, et se replongèrent dans l'idolâtrie (4i). 11 prétend prouver cela par le témoi- gnage de saint Augustin, et par l'é- troite amitié que Symmaque leur té- moignait en leur écrivant. Le jésuite (38) Aiison., Eplst. XXV, pag. 697, 698.

(3()) Arnisœus, Releclionum politicar. pag. p.

(40) Baron., ad ann. 3g4, nuin. 85. Vojet la remarque (Y), num. Vil.

(40 Viclor Gisellnus, inSclioliis adsecundum lihruin Pi'udcntii contra Symmactium, apud Tbcopliil. Kaynaud. Iloploth., sccl. II,.terie I, qui réfute cela montre que saint Au- gustin, sans parler d'Ausone, a dit seulement que Claudien avait été at- taché au paganisme (42): ce n'est point prétendre qu'il eût été autrefois chrétien. Et, pour ce qui est d'Au- sone, on le justifie, tant par le silence de l'empereur Gratien et de saint Paulin, que par leurs honnêtetés. On aurait pu ajouter que la raison em- pruntée de l'amitié de Symmaque est la plus faible du monde: ce n'était pointe la conformité de rehgion quijes unis- sait, mais l'amour qu'ils avaient tous deux pour les belles-lettres.

On ne saurait disconvenir que M. Baillet n'embrasse le sentiment de ceux qui prétendent qu'Ausone a été païen; on n'en saurait, dis-je, discon- venir, quand on pèse les paroles qu'il emploie: « Ce sont des défauts qu'il M aurait dû récompenser par quelques » bonnes qualités prises d'ailleurs, et » qu'il devait réparer par des maxi- » mes et des sentimens tirés de la » morale, comme les meilleurs poètes » de l'antiquité avaient eu soin de " faire avant lui. Mais, comme il » vivait parmi les chrétiens, il avait " peut- être peur qu'on ne le confon- w dît avec eux, si on lui eût trouvé )> des sentimens trop conformes aux » leurs, touchant les mœurs (43). » Il est certain que l'on trouve, dans les ouvrages d'Ausone, les plus belles maximes de la morale, et nommé- ment les Apophthegmes des anciens sages de la Grèce. Que peut-on voir de plus moral que sa description du fir bonus (44)?

(E) // a composé quelques uers las- cifs.] Scaliger le père trouvait si sales quelques épigrammes d'Ausone, qu'il jugea qu'il n'y avait que le feu qui fût capable de les nettoyer. JVonnulla ( epigrammata ) adebfœda atque de- testanda, ut neque scriptore neque au- dilore digna, non in spongiam incum- bere mérita sint, sed solis flammis expiari posse i'ideantur (45). Je m'é- tonne qu'on ne dise rien contre les obscénités du Cento nuptialis, qui ont (42) Theopbll. Raynaudus, Hoploth., secl. II, série I, cap. XI y, pag. ôS.

(43) Baillet, Jugem. sur les Poètes, tom. II, (45) Julius Casar. Scalig,, Poit., lib. VI ^ AUSONE.

principalement excite' la bile de plu- sieurs autres auteurs. Voici un beau passage de M. Baillet: « Il aurait été » du moins à souhaiter qu'on eût ex- » terminé le misérable Cenlon, c'est- -dire, cette méchante pièce de un insolent qui avait l'audace de vou- loir briller plus que son maître. Il assure, i°., qu'il garda un tel milieu, que, sans prétendre de surpasser Va- lentinien, il fit en sorte que sou poème ne cédit point à l'ouvrage de » rapport, qu'il a fait des moitiés de ce prince; 2°., qu'il eut l'avantage « vers de Virgile, sur des matières de lui plaire, et que, ne l'ayant » purement ero£i^Mes. C'est avec beau- çoint vaincu, il n'encourut point la » coup de justice que l'université de » Paris se plaignait, il y a quarante 3> ans, de la malice que ce poète a M eue de faire parler d'une façon très- 5> déshonnête Virgile, c'est-à-dire, » celui des poètes de l'antiquité qu'on » a toujours loué le plus pour sa chas- « teté (^'). Et le père Briet, jésuite, a 3) porté son zèle encore plus loin {*'), « lorsqu'il nous a dépeint cette action » d'Ausone comme un attentat punis- )> sable ^ jugeant qu'il n'y avait pas » moins d'impudence et d'efifronterie w que d'impureté et d'infamie dans » un homme qui avait été capable ]> de commettre une telle infidélité, }) et qu'il y avait quelque chose de 3) plus diabolique qu'humain dans ce 3> pernicieux art de pervertir les cho- j> ses, c'est-à-dire, de les changer de w bien en mal, pour dresser des pié- 3> ges à l'innocence et à la pureté de }) la jeunesse (46). » Comme bien des gens seront fort aises de lire les pro- pres paroles du père Briet, je m'en disgrâce que la victoire aurait pu lui attirer. Voilà le langage d'un fia courtisan; mais, afin de rendre à ce poète toute la justice que la délicatesse de son esprit et de sa plume demande ici, il faut l'en- tendre lui-même: Piget f^irgiliani carminis dignitatem tam joculari de- honestâsse maleriâ; sed quidfacereni? jusswn erat. Quodque est I'Otentissi- MCM IMPERANDI GENUS, rOgahut qui jubere poterat, S. imperator f^alenti- nianus, uir meo judicio erudilus, qui nuptias quondàm ejusmodi ludo des- cripserat, aptis equideni uersibus et compositione festivâ. Experiri deindè volens, quanliint noslrd contenùone prcecellerent, simile nos de eodeni concinnare prœcepit. Quant scrupulo- sunt hoc mihi fuerit, inlellige. Neque. anteferri uolebam, neque posthaberi: quiim aliorum quoque judicio dete- genda esset adulatio inepta, si cédè- rent, insolentia, si ut œntulus emine- rem. Suscepi igitur similis recusanti, vais les copier: Centones ejus p^irgi- feliciterque et obnoxius gratiam tenui, liani non tantiim impurissimi sunt, sed et intpudentissimi, quibus castissimos versus libidinosœ affixit materiœ, opè- re quod plus dœmoneni quàni homi- nem saperet, adolescentinm pudiciiice insidianteni. Ausone fit cet ouvrage à la prière de l'empereur Valentinien, qui en avait fait un semblable. Il s'excuse sur cet ordre-là, et il observe qu'un prince ne saurait user d'une manière de commandement plus ab- solue que celle de la prière. II se trouva bien embarrassé, car, en faisant un mauvais poème, il s'exposait au blâ- me d'avoir sacrifié grossièrement sa réputation à la flatterie; et, en fai- sant un meilleur poème que celui de l'empereur, il s'exposait à passer pour (*') Réponse de rUniversilé à l'Apologie du père Nie. Caussin, pag. 358.

(*') Philipp. Briet, de Poët. Ulin., lib. IF, pag. 5o.

(4G) Baillet, Jugem. sur Us Pe«les, tom, il, nec i^ictor offendi (47). S'il était vrai que le Cenlo nuptialis de l'empereur Valentinien ne cédât pas à celui d'Au- sone, il faudrait dire que ce monar- que n'entendait pas mal la poésie j et comme, d'ailleurs, il était grave, et d'une pudicité exemplaire, il peut servir de beaucoup à la justification d'Ausone. Omni pudiciiice cuUu domi castus, et foris, nullo contagio con- scientiœ v'iolalus obscenœ, nihil in- césium; hancque ob cnusani lanquam retinaculit pelulantiam fiendrat aule regaiis (48). Un si grand exemple peut prouver très-clairement que les personnes les plus sévères et les plus chastes se laissent aller quelquefois à des jeux d'esprit, où les descriptions de la principale cérémonie des noces sont remplies de trop de licence et de trop d'obscénités, car il ne faut (47) Auson., in Prtsfal. Cent, nuptial., pag. 5ooi Soi.

(48) Amm. MwceU., lib, XXX, cof,. IX.

Sgo AUSONE.

point douter que cette pièce de poésie recourir à l'Italie, ne trouve-t-on poin de l'empereur Valentinien ne fût bien parmi les œuvres d'un poète de I ipereur gaillarde 5 la matière le demandait Il était question de mariage, et l'on avait pris la chose sur le ton de plaisanterie: Nuptias quondam. ejus- modi ludo descripserat ( Valentinianus) nt parmi les œuvres d un poète Haye, un épithalame qui, en ma- tière d'obscënite's, ne cède point au Centon d'Ausone (54)? J'adresse ceci principalement au sieur Riltershusius, qui a regarde comme un monstre ce aptis equidem versibus, et composi- qu'il a vu dans la conduite d'Ausone; tionefestwd (49)- On peut être très- je veux dire qu'un poète chre'tien de assuré que les vers de cet empereur nom et de mœuis ait écrit lascive- ne furent pas moins erotiques que vaent: Illud imprimis apud me monstri ceux de l'empereur Gallien (5o). Il instar habet, hominem chrislianum, faut donc reconnaître qu'Ausone trou- et ut apparet, non nomine tantiim, vait quelque excuse, en ce qu'il ne sed et pectore et moribus, adeo scepè faisait son Centon nuptial qu'à l'imi- lasciua atque improba scribere po- tation et qu'à la prière de son maître, tiiisse, ut nisi nomen ^usoni esset l'un des empereurs outre cela pure doctrine chrétienne (5i) 5 de pureté de façon que, s'il n'eût pas pratiqué le pagina, u que, dogme de la tolérance (Sa), on juge- rait qu'il ne lui manquait aucun des talens qui conviennent aux monar- ques les plus orthodoxes. Je ne re- marque ceci que pour en conclure que ceux qui mettent Ausone entre les poètes païens, sous prétexte qu'il a fait une pièce aussi lascive que le Cento nuptialis, n'examinent pas les choses assez mûrement. 11 est blâmasa vie, lascif a est nobis ita proba est. Je rapporte fort au long cette excuse-là dans un autre article (56). Notons qu'Ausone était si persuadé qu'on le blâme- rait, qu'il tâche de se justifier au commencement, au milieu et à la fin de ce petit poème. Nous avons vu ce qu'il a dit au commencement; nous verrons ailleurs (5^) ce qu'il a dit à la fin. Il ne nous reste que de remar- quer ce qu'il a dit au milieu. Sachez ble, sans doute. Je ne prétends point donc qu'après avoir décrit bien honl'excuser 5 je dis seulement que cette nêtement le festin nuptial, la marche action n'est point une preuve de pa- de l'épouse, la marche de l'époux, tanisme, et qu'elle ne suffit pas à les présens de noces, les vœux de onner de justes soupçons qu'il ne fut la compagnie, et avoir représenté pas un chrétien très-orthodoxe, et je assez honnêtement les premiers disprouve cela par les ciiconstances, c'est-à-dire, par le caractère de l'em- pereur qui lui commanda de com- poser un tel écrit, et qui l'approuva. Combien y a-t-il de poètes chrétiens dont les ouvrages sont plus lascifs que ne l'est le Cento nuptialis! Il en fau- drait dégrader plusieurs de la qualité de chrétien, si l'on se réglait à la maxime du Gyraldi. Christianus qui- dem Ausonlus fuit...sed petulantior tarnen et lasciuior quam ut inter chris- tianos numerari dignus sil (53). Sans (49) Auson., m Preeful. Cent, nuptial., pftg- (5i) Vofez M. Fléchier dans la Vie de Tbéo- dosc, pag. 52.

(52) Amra. Marcell., Ub. XXX, cap. XIX, il ibi Valesius.

(53) GyraU., HistOT. poit., Dialoî. X, ptig.Sii.

cours des mariés, il s'arrête là, et qu'il avertit ses lecteurs que ce qui lui reste à dire n'étant point couvert d'un voile, c'est à eux à ne point passer plus outre: Hacteniis castis au- ribus audiendum mysterium nuptiale, ambitu loquendi, et circumitione ve- laui. î^erîim quoniam et Jescenninos amat celebritas nuptialis, verborum- que petulanliam notus vetere instituto ludus admittit, cœtera quoque cubiculi et lectuli operta prodentur, ab eodent auctore collecta: ut bis erubescamus, qui et f^irgilium faciamus impuden- tem. Vos y siplacet., hic jam legendi (54) Voyez le Basium XX, sive Epitlialamium de Jean Secundus, pag. io3.

(55) Conradus Riltershusius, Epist. ad Solom. Pantherum.

(56) Voyez la remarque (D) de l'arlicU Vater.

(57) Voyez la même remarque.

AUSONE.

modum poniie: cœtera curiosis relin- quite (58j. 11 a raison de dire que ce qu'il uomme imminutin (69) sera de'- crit en termes fort sales. M. Moréri a été le plus indulgent de tous les hommes: Il y a quelques pièces, dit -il, qu'Ausone at^ait composées durant sa jeunesse, où il donne trop 5gi toire, pendant la vie de Tcmpe- reur Valentinien (63). Cela n'est pas vrai: Ausone déclare qu'il ne devait cette cliarge qu'à l'empereur Gratien. Tôt gradus nomine comilis propter tua incrementa congesti ex tua mé- rita, te ac pâtre principibus, quœs- tura commuais, et tui tantiim prœa la liberté de son siècle. Cette cen- fectura benejicii (64). 2°. Scaliger sure n'est point rigide, et suppose une fausseté, car assurément Ausone a cru sans raison qu'il y avait une faute dans le code Théodosien, à n'était point jeune lorsqu'il composa l'endroit où il est parlé d'Auxonius, leCenton nuptial. Je ne parle point des préfet du prétoire (65j. Il veut qu'on vers qu'il fit sur une jolie esclave qui lise Ausonius, et non pas Auxonius. 11 s'appelait Bissula, et qui lui avait été n'aurait point demandé une telle coradjugée pour sa portion du butin, rection, s'il avait pris garde que la après une grande victoire remportée en Allemagne l'an 368, car nous ne savons point à quel degré de licence il les porta: ils sont perdus, et nous pouvons seulement conjecturer qu'ils étaient bien libres, puisqu'il demande des lecteurs qui aient fait la dé- bauche.

Admoneo, anle bihas.

Jejunis nil scribo: meum post pocula si quis Legeril, hic sapieL (Go) Cela ne convient nullement à ce qui nous reste de ce poème 5 on n'y voit rien d'impur, ni dans les mots ni dans les pensées: il faut donc dire que la plupart des piècss qui le compo- saient sont péries. Un commentateur a prouvé la même chose par une au- tre raison, sans songer à celle-là. Il remarque que cette poésie est trop courte présentement, pour avoir pu être précédée de ces préfaces qui s'y trouvent (61); et, par conséquent, elle était beaucoup plus longue quand l'auteur l'eut achevée, que nous ne l'avons aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, Ausone, qui, en ce temps-là, n'était plus dans le feu de la jeunesse, décrivit, selon toutes les apparences, un peu bien librement, les gentil- lesses de son esclave: elle lui parut si agréable dès le premier jour, qu'il ne tarda guère à la mettre en li- berté (62).

(F) f^oici quelques erreurs de Sca- liger. ] 1°. 11 a cru qu'Ausone fut élevé à la charge de préfet du pré- (58) Âuson., in Centooe nupt., pag. 5i3, (Sg) C'est-à-dire, la défloration. (60) Auson, in Bissulâ, pag. 34o. (61J yoyez /'Ausone de Tollius, pag. 3^2. (6a) Auson., in Bissulâ, pag. 'i^i.

personne dont il s'agit dans cet en- droit-là du code Théodosien, mourut environ l'an 371, et qu'Ausone exerça le consulat l'an 879, et vécut encore plusieurs années depuis. 3°. Il veut que toutes les lois adressées à An- tonius, préfet du prétoire, soient corrigées, et qu'on y lise Ausonius, et non pas Antonius. C'est à tort, car il est certain qu'Ausone fut ho- noré de la charge de préfet du pré- toire d'Italie l'an 376, cinq mois après la mort de l'empereur Valentinien, et que son fils Hespérius lui fut donné pour collègue (66). Nous savons aussi qu'Antonius obtint la préfecture du prétoire des Gaules environ le môme temps. Les choses demeurèrent au même état l'année suivante: Ausone et son fils exercèrent la préfecture d'Italie, et Antonius celle des Gaules; mais, l'an 378, Antonius eut la pré- fecture du prétoire en Italie, Ausone et son fils l'eurent dans les Gaules, et ne la quittèrent qu'en 38o. Vous trouverez les preuves de tout ceci dans l'auteur que je vous indique (67). 4". Scaliger a cru qu'Ausone parlait de soi-même dans ces deux vers: