(F) H se vit sacrifié a la risée des ennemis, par l'impossibilité oii on le mettait de leur tenir téle.J Voilà com- ment le roi d'Espagne, tout grand politique qu'il était, aimait mieux perdre les Pays-Bas que de ne point satisfaire les jalousies et autres pas- (12) Brantôme, Vi«s des Capitaines étrangers, toin. Ifypag. 117,118.
(i;'i' Additions aux Mémoires de Castelaaii, toin. II y pa,;. 88g.
* Cet article n'existe pas.
(i4) Sentca, Kpisi. IM.
sions cachées qui lui rongeaient l'âme. C'est à cela que les Hollandais sont autant ou plus redevables de leur li- berté, qu'à leur bonne et sage con- duite. Il y a peu de grandes affaires qui ne réussissent pour le moins au- tant par les fautes de l'un des partis, que par la prudence de l'autre. Il n'é- tait pas malailé de faire donner dans le panneau Philippe 11, dès qu'on dé- terrait ses jalousies. Strada se figure que le prince d'Orange écrivit à un de ses amis, à Paris, le mariage de don Juan avec la reine d'Angleterre, et la promesse que le marié faisait de la liberté de conscience à ceux de la nouvelle religion; qu'il écrivit, dis- je, cela tout exprès, afin d'augmen- ter les soupçons du roi Philippe: il crut que sa nouvelle ne manquerait pas d'être sue par l'ambassadeur d'Es- pagne. Quin ad hanc quoque suspicio- neni régi confirniandam haud sanè du- bitaverim aspexisse Orangium, scrip- tis ad amicum litteris in Galliam, qui- bus Joan. Austriaci atque Anglœ re- gince conjugium signijicabat, addebat- que, pro sua in eam rem operâ, spem sibi ai) Auitriaco factam liberœ per Belgium religionis. Id, quod a Var- gâ, Hispano apud Gallum oratore in arcana quœque intento, sollicité admo- nitumjerunt Phdippum regem (i5).
(G) On a cru...qu'il fut empoi- sonné.'] Vous trouverez ici les paroles de Strada, et celles de Brantôme. Ex mœrore contabuit, dit Strada (i6): an vero ad hoc quo satis extingui po- tuit, venenum aliud cujusquarn dolo subjectumfuerit (namque in defuncti corpore extitisse non obscura veneni vestigia qjffîrmant qui viderunt) equi- dem nihil ipse staluerim. Ce pauvre piince, dit Brantôme (17), ne jouit pas longuement de celte belle gloire et louange; car lui, qui avait tant cher- ché de mourir dans un camp rude de Mars, alla mourir dans un lit mou et tendre, comme si c'eut été quelque tnignon de f^énus, et non un fils de Mars. Il mourut de peste, quil avait prise de madame la marquise d'Avré, disait-on, de laquelle il était épris; mais tout le monde ne dit pas cela, et (i5) Strada, de Bello Belg., dec. I, Ub. X, pag- (Ji8.
(17) Brantôme, Vies des Capitaines éliaiigers^ png- i4oviême en Espagne; car on tient qu'il mourut empoisonné par des bottines parfumées.
(H) // n'osa recommandera Philip- pe Il ses deux filles naturelles.'] Don Juan, le plus beau prince de son siè- cle, était d'ailleurs fort galant et fort civil. Jugez si ce ne fut point un hom- me à bonnes fortunes. Il eut une fille à Madrid, et une autre à Naples. Celle de Madrid s'appelait Anne, et avait pour mère une fille de la première qualité, et d'une beauté achevée: Ex Maria Mendozid splendidissimi gene- risj'ormœqueelegantissimœ puelld(\8). La même dame qui avait élevé don Juan (19), éleva secrètement cette bâtarde, jusqu'à l'âge de sept ans; après quoi elle la mit dans un cloître. Philippe II l'en tira, et la fit mener à Burgos, où elle devint supérieure perpétuelle de^ bénédictines. L'auti'e fille de don Juan s'appelait Jeanne: elle avait pour mère une demoiselle de Sorrento, nommée Diane Phalan- ga; et après avoir été élevée jusqu'à l'âge de sept ans chez Marguerite, duchesse de Parme, sœur de son père, elle fut mise chez les religieuses de sainte Claire à Naples, où ayant vécu vingt ans elle fut enfin mariée avec le prince de Butero. Ces deux filles de AUTRICHE. 5g9 dans une même cour, en Espagne, ils se voyaient de trop près, et parce qu'ils étaient trop bons amis pour se dérober l'un à Vautre. Mais bien per- suadé que la manijestalion d'un crime est un crime, il lui avait fait mystère, dit-il, de ses amours avec Diane (21)» C'est démentir Strada sans raison ni preuve, et c'est alléguer une raison de silence qui prouve trop.
(I) Ily a eu au Xf^H^. siècle un autre don Jd.an d'Autriche.] Il était fils naturel du roi d'Espagne Philip- pe IV, et il naquit l'an 1629 (ai). 11 fut légitimé l'an 1642, et il n'y eut personne qui fit sur cela à Philippe IV les complimens de congratulation avec autant d'empressement que le nonce apostolique Jacques Panzirole (23). L'amitié du roi pour cet enfant fut la plus tendre du monde. 11 le dé- clara son généralissime, tant par mer que par terre, dans la guerre contre le Portugal l'an 1642 j et quelques an- nées après, il l'envoya en Italie contre les rebelles de Naples (24)- Cette der- nière expédition, ayant été fort heu- reuse, porta le roi à donner au mê- me don Juan la commission de réduire à leur devoir les Catalans révoltés. Il l'envoya ensuite commander dans le Pays-Bas. Cet emploi ne contribua don Juan moururent presque le même pas beaucoup à la gloire de don Juan: jour, au mois de février i63o. 11 les celle qu'il avait acquise en faisant le avait fait élever si secrètement, qu'il ver le siège de Valenciennes s'éva ne doutait pas que le roi n'ignorât tout le mystère: et il n'en avait ja- mais fait confidence au prince de Parme son grand ami, qui ne sut la chose à l'égard de l'une de ces bâtar- des, que par le moyen de la duchesse sa mère, peu avant la mort de don Juan. Eas régi incompertas crederet; quippe occulté adeo caulèque educa- tas, ut Alexander ipse secretorum ejus plané omnium particeps filiarum alleram ignoraret: alleram non ab Auslriuco sed h Margaritâ matre haud pridem nôsset (20). L'auteur de la Vie de ce pxince, imprimée à Am- sterdam, en 1690, veut que don Jean ail fait confidence a son cher neveu le prince Alexandre Farnèze de ses amours avec la belle Merutoce, et de sa fille Anne, parce que vivant alors fiS) Slr.i<la, decad. I, lib. X,pag. C24. (u)) Catherine Ultoa, femme de don Louis Çiiixaila. (20) Slrada, devad. I, lib. X, pag, 624.
nouit par la mauvaise fortune qui l'accompagna en d'autres endroits, et surtout par la perte de la bataille des Dunes, qui fut suivie bientôt de la perte de Dunkerqne. Il ne fut pas moins malheureux dans la guerre de Portugal, après la paix des Pyrénées; car l'armée qu'il commandait fut en- tièrement défaite, et il tomba en dis- grâce, et reçut ordre du roi son père de se retirer à Consuégra (25). Il n'eut aucune part au gonvernement après la mort de ce prince: toute l'autorité se trouva entre les mains de la reine mère et du jésuite Nidliard. On voulut l'éloigner, sous le spécieux prétexte de l'envoyer au Pays-Bas faire tête aux armées de France j mais il décoU' (21) Vie de Jon Juan d'Autriche, pag. \!fi.
(22) Vita di don Giovanni d'Austria,' pig. 4> e'dit. de Genève, en i(j86.
(aSj La même, pag. 284.
6oo AZOTE.
vritla ruse, et ne voulut point y al- raient un plus libre cours sous un 1er, et feignit d'être malade. La cour, maître qu'il ne ferait qu'imiter. Ce offensée de cette conduite, le fit reti- mane'ge lui réussit. Philippe IV, âgé rer à Consuégra (26). Il ne s'oublia de seize ans, monta sur le trône en point dans cette retraite, et il mena- 1621, et laissa le soin des aflTaires au gea si bien les dispositions des esprits comte-duc d'Olivarez, qui n'oublia à qui la faveur du père Nidhard était rien pour faire durer l'oisiveté de ce- odieuse, qu'enfin ce jésuite fut obligé monarque. 11 inventa de nouveaux de céder. Il sortit d'Espagne pour al- plaisirs, il fit venir à Madrid la plus 1er à Rome, et depuis ce temps-là les excellente troupe de comédiens qui affaires de don Juan allèrent mieux, se pût former en Espagne. Elle joua jusqu'à ce qu'enfin il fut rappelé à la devant le roi, l'an 1627. Il s'y trouva cour (27), et qu'il y eut la direction une comédienne qui s'appelait la Cal- principale du gouvernement. Il mou- derona, qui lui plut beaucoup. Elle rut le 17 de septembre 1679, après n'était pas fort belle, mais elle avait une maladie de vingt-trois jours (28). des gentillesses et des agrémens in- II y eut des gens qui dirent qu'on l'a- comparables, et une voix charmante, vait empoisonné: J^i sono persone, Le roi ne l'eut pas plus tôt vue sur le che assicurano che fosse un colpo uS' théâtre, qu'il en fut épris, et il or- cito dalla mano délia Reg. Mad. e del donna qu'on la fît venir dans sa cardinal JVitardi, coll' assistenza de' chambre: il ne voulait, disait-il, que suoi partigiani (29). D'autres ont dit l'entendre parler de plus près. Aussi- qu'il conçut tant de chagrin du ma- tôt que le comte-duc eut appris cette riage du roi avec la fille de M. le duc nouvelle, il ménagea l'entrevue, et d'Orléans, qu'il en mourut; et néan- fît introduire de nuit la comédienne moins, selon l'opinion publique, il dans la chambre de sa majesté. Elle avait été le principal promoteur de ce n'en partit que le lendemain, et lais- mariage (3o). Je me souviens d'avoir sa le prince si amoureux d'elle, qu'il lu dans quelque gazette de l'an 1678, la déclara sa favorite. Elle n'était âgée que le marquis d'Agropoli, soupçonné que de seize ans. Depuis ce temps-là, d'avoir fait une comédie contre don les entrevues furent fréquentes, elle Juan, fut relégué à Oran. devint grosse, et accoucha de notre (K) Jils de Philippe Ip^ et don Juan. Mais, après les couches, d'une comédienne.'] Tout le monde elle rompit ce commerce (3i), et sait que Philippe IV fut fort adonné s'enferma dans un couvent, et y prit à l'amour des femmes. Il fit paraître l'habit de religieuse, avec la béné- de très bonne heure cette inclination, diction du nonce du pape (32). et il eut un gouverneur, qui, bien ^3^^ ^^^ ^^„^ ^^.,^ Calderona accopiarci pih col rè. Vita di don Giovanni d'ÂusIria, (32) Jean-Baptiste Pamphile, qui depuis fut le pape Innocent X. Tiré de la Vita di don Gio- vanni d'Austria, pag. 2 et suivantes.
AZOTE, en latin Azotus, ville cle la Palestine, proche de la mer, l'une des cinq satrapies des Philistins (a). C'était là qu'ils tat, et il prévit bien qu'il les pour- gardaient la principale de leurs rait exercer avec beaucoup plus d'au-.^^j^^,-jg nommaient Daffon, tonte, si le monarque menait une vie l \, ^ i ■ j I voluptueuse et efléminée; et que laquelle tomba et se brisa devant d'ailleurs ses propres débauches au- l'arche, qu'ils avaient prise sur les Juifs, et qu'ils avaient mise dans le temple de cette idole (b).
loin de le soutenir dans un chemin si glissant, contribua à sa chute. C'é- tait le comte d'Olivarez: il était sujet lui aussi à cette passion; et tant à cause de cela, que pour s'assurer da- vantage de l'administration des affai- res, il fomenta le tempérament im- pur de son jeune prince. Il espéra que sous le règne de son élève, il au- rait les plus grandes charges de l'é (28) Vita di don Giov. d'Austria, pag. 628. (2f)) Là même, pag. Csg.
(3o) yojez les Nouvelles de la République des Lettres, juillet 1686, pag. 827.
{a) Josué, chap. XIII, vs. 3, où la fer- sion de Genève la nomme Asçdod. {b) /«^ liyre de Samuel, c/wp. V.
AZOTE.
Il ne paraît pas que les Juifs riens, et avec les Phéniciens, les aient subjugué cette place avant deux principales nations, selon le règne d'Hosias roi de Juda (c) lui, qui occupassent la Syrie (i). (A). Elle leur fut prise par Tar- Etienne de Bysance prétend que tan, général d'armée de Sargon le fondateur d'Azote était un de roi d'Assyrie, comme nous l'ap- ces fugitifs qui de la mer Rouge prend Ésaïe (rf), qui vivait en ce se transportèrent en Palestine, temps-là. Elle fut assiégée quel- et qu'il donna le nom de sa fem- que temps après par Psammiti- me à la ville qu'il bâtit. Ce nom chus roi d'Egypte, et ce fut un signifiait une chèvre. M. Bochart des plus longs sièges dont on ait a rejeté tout cela (A). Saint Jé- jamais ouï parler; car on fut rôme dit que de son temps Azote vingt-neuf ans devant cette pla— était encore une ville considéra- ce, avant que de la prendre (e). ble (C). Il est apparent qu'elle fut rui- née par les Égyptiens, vu que le prophète Jérémie n'en parle que comme d'un reste de ville (f). Elle était considérable lors de la guerre des Machabées: ce ne fut pas le moindre exploit de Jona- than, que la prise de cette ville. Les ennemis qu'il avait battus s'y retirèrent, et s'enfermèrent au temple de Dagon. Il y fit mettre le feu, de sorte qu'ils y périrent dans les mêmes flammes qui consumèrent le temple et la vil- le (g*). Nous lisons dans les Actes des apôtres que saint Philippe ayant baptisé l'eunuque de la reine Candace, fut ravi par l'es- prit du Seigneur, et se retrouva à Azote (B). Les auteurs profa- nes ont parlé de ce lieu-là com- me de la ville marchande des Arabes (h): et il faut bien que ses habitans fissent figure, puis- que Strabon les a mis dans la liste des quatre peuples qui étaient mêlés avec les Célosy- (c) W. livre des Chroniq., chap. XXFI, fS.6.
(e) Herodot., lib. II, cap. CLFII. (y) Jérém., chap. XXV, vs 20.
(g) /""■. livre des MacUab., chap, X, fS. 83 et suivons.
(A; Ponip. Mêla, lit). I, cap. X.
(i) Sfrabo, lib. XKI, pag. 5l5. Voyez aussi pag-. 522.
(Â) Bocliart., Geograph. sacra, lib. II, cap. XII.
(A) // ne paraît pas que les Juifs l'aient subjugée auant le règne d'Ho- sias.^ Cherchez tant qu'il vous plaiia dans les chapitres XI et XV du livre de Josué, où Si. Morëri nous renvoie, vous n'y trouverez pas que Josué ait conqilîs la ville d'Azote. Il n'est pas plus vrai que ceux de la tribu de Juda l'aient conquise au temps des juges: l'auteur qui le dit, et qui cite le P''. chapitre du livre des Juges (i), n'a pas raison de le faire. Ce qui a trom- pe', ou M. Morëri, ou l'auteur qu'il a suivi, est qu'au chapitre XV de Josuë, l'on voit cette ville dans le partage de la tribu de Juda. Mais il fallait prendre garde que l'on mettait dans ces partages ce qui ëtait dëjà subjugué, et ce qui le serait un jour. Il paraît manifestement par le III*. chapitre des Juges, que les cinq gou- vernemens des Philistins, et Azote par conséquent, ne furent point sub- jugués par Josuë. Dieu lui-même, lors- qu'il représente que ce conquérant ëtait trop vieux pour achever cette guerre, met entre les pays qui restaient à subjuguer, ces mêmes cinq gouverne- mens (a). Cela nous indique une autre faute de Morëri. Josué, dit-il, la sou- mit premièrement aux Hébreux, uers l'an 2586 du monde, et elle fut de- puis une des cinq satrapies des Phi- (i) ChrUlopb. Heidmannas, in Palxstinâ, pag. ç)o. (ij Jusur, XIII, vs. i.
AZOTE.
listins. Ne l'ëtait-elle pas avant Josué, par le témoignage de Dieu même?
(B) Se retrouva a Azote (3).] M. Mo- ve'ri prétend que ce fut dans cette ^ille que saint Pliilippe fut ravi. S'il avait lu le chapitre VIII des Actes qu'il cite, il n'eût pas osé dire cela.
(C) Saint Jérôme dit que de son temps Azote était encore une ville considérable (4)] Voici ses paroles: Usque hodiè insigne oppidum. Palœs- (3) Actes des Apôtres, chap. VIII, vs. 4o.
(4) Hieronym, de Locis bebraïc.
tinœ. M. Baudrand veut qu'ayant été anciennement une ville épiscopale, sous l'archevêché de Césarée, elle était ensuite devenue un simple mu- nicipium au temps de saint Jérôme: Olim episcopalis sub archiepiscopo cœsariensi, pnstea municipium tem- pore sancli Hiernnymi (5). Il me per- mettra de lui dire que son ordre pa- raît renversé. D'où serait venue la ruine de l'épiscopat d'Azote entre le temps de l'érection, et le siècle de ce saint?
(5) Baudrand., Lexicon Geographicum.
FIN DU SECOND VOLUME.
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