SigPhi · Proudhon

Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle

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Les adversaires de la Révolution sont ceux qui vivent de préjugés, encore plus que de parasitisme; ce sont ceux surtout qui, moins aveugles que le vulgaire des conservateurs, moins incertains de la Révolution que les révolutionnaires eux-mêmes, spéculent, jouent, si j’ose ainsi dire, à la baisse des vieilles institutions, entretiennent la résistance afin de ménager l’agiotage, et à chaque faux pas de la résistance, à chaque progrès du mouvement, escomptent un nouveau bénéfice. Ces chefs de file du jésuitisme, de la monarchie, de la république gouvernementale et modérée, auxquels il faut joindre certains entrepreneurs de théories sociétaires, sont les vrais ennemis de la Révolution, d’autant plus coupables qu’ils sont d’une foi moins robuste, et que leur hostilité n’est qu’affaire de vanité et d’intérêt.

Mais que dis-je? y a-t-il aujourd’hui des hommes vraiment coupables du crime de contre-révolution? Et quand il s’en trouverait par hasard quelqu’un, ne serait-il pas largement excusé par le service que son opposition rend à la cause même qu’il prétend combattre?

Qui donc aurait pensé au crédit gratuit, sans la retraite du capital? — Le capital se refuse, disait M. Thiers en 1848, avec une excessive complaisance. J’ai peur qu’il ne lui en coûte cher un jour, pour s’être refusé.

Qui, sans la guerre de Rome, aurait remis sur le tapis l’ancienne thèse de la décatholicisation de l’Europe?

Qui, sans la rue de Poitiers, se fût avisé de la révolution agraire?

Qui, sans les rigueurs de la magistrature, eût imaginé d’abolir les tribunaux?

Qui, sans l’état de siége, sans les attaques à la garde nationale, eût soulevé la question de l’obéissance passive du soldat, et parlé de supprimer les armées permanentes?

Qui, sans l’abus de la centralisation politique, aurait formulé l’organisation économique?

Qui, sans la Législation directe de M. Rittinghausen, le Gouvernement direct de M. Considérant, la dictature de Nauvoo, aurait repris la théorie du Contrat social, et posé, avec un surcroît de certitude, le principe de l’anarchie?… Poursuivez donc, royalistes, jésuites, bancocrates, phalanstériens, icariens, le cours de vos résistances insensées. Achevez d’éclairer le Peuple et de lui définir la Révolution. Plus vous irez, plus vous le servirez, plus aussi j’aime à croire qu’il vous pardonnera.

Mais vous, Républicains de la vieille école; à qui le désir ne manque pas d’aller en avant, et que le respect de l’autorité retient toujours, ne pouvez-vous une fois lâcher la bride à vos instincts? Voici vos deux candidats, MM. Cavaignac et Ledru-Rollin, dont le rôle, s’ils voulaient, serait de conduire en peu de temps, l’un la bourgeoisie, l’autre le prolétariat, à ce monde supérieur du droit humanitaire et de l’organisation économique. Déjà ils ont pris la devise du dernier conclave démocrate-socialiste: La République est au-dessus du suffrage universel. Mais M. Cavaignac, défendant la Constitution, se croit obligé d’être de plus en plus ami de l’ordre, tandis que M. Ledru-Rollin, dans ses manifestes contre-signés Mazzini, ne peut s’empêcher de se signer sur le front, sur la bouche et sur la poitrine, au seul mot d’anarchie. Tous deux, méconnaissant également les attractions de leur parti, tremblent de tomber dans ce puits de la Révolution, qui est notre galerie de délivrance, comme s’ils devaient au fond rencontrer le diable. Allez donc, couards! vous avez déjà la moitié du corps dans la margelle. Vous l’avez dit: La République est au-dessus du suffrage universel. Si vous comprenez la formule, vous ne désavouerez pas le commentaire: La Révolution est au-dessus de la République.

fin.

TABLE.

À la Bourgeoisie. I IDÉE GÉNÉRALE DE LA RÉVOLUTION. 1 Première Étude. — Les réactions déterminent les révolutions. 3 Deuxième Étude. — Y a-t-il raison suffisante de Révolution au dix-neuvième siècle? 35 1. La Révolution, en 1789, n’a fait que la moitié de son œuvre. 35 2. Anarchie des forces économiques. Tendance de la Société à la misère. 42 3. Opposition du Gouvernement à la liberté et à l’égalité industrielle. 58 Troisième Étude. — Du Principe d’Association. 77 Quatrième Étude. — Du Principe d’Autorité. 109 I. Négation traditionnelle du Gouvernement. — Émergence de l’idée qui lui succède. 116 II. Critique générale de l’idée d’Autorité. 141 1. Thèse. L’Autorité absolue. 141 2. Les Lois. 146 3. La Monarchie constitutionnelle. 149 4. Le Suffrage universel. 155 5. La Législation directe. 161 6. Constitution de 93 ou Gouvernement direct. Réduction à l’absurde de l’idée gouvernementale. 170 Cinquième Étude. — Liquidation sociale. 192 1. Banque nationale. 197 3. Dettes hypothécaires. Obligations simples. 209 4. Propriété immobilière. Bâtiments. 217 5. Propriété foncière. 222 Sixième Étude. — Organisation des forces économiques. 235 1. Crédit. 237 2. Propriété. 238 3. Division du Travail, Force collective, Machines. — Compagnies ouvrières. 247 4. Constitution de la Valeur; Organisation du bon marché. 258 5. Commerce extérieur: Balance des importations et des exportations. 270 Septième Étude. — Dissolution du Gouvernement dans l’organisme économique. 277 1. La Société sans l’Autorité. 277 2. Élimination des fonctions gouvernementales. — Cultes. 286 3. Justice. 295 4. Administration, Police. 302 5. Instruction publique, Travaux publics, Agriculture et Commerce, Finances. 312 6. Affaires extérieures: Guerre, Marine. 324 Épilogue. 334 Table. 351