SigPhi · Théodule-Armand Ribot

Les maladies de la mémoire

French

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invente an lieu d’expliquer. Je me rattache à l’opinion des contemporains qui voient dans la personne con¬ sciente un composé, une résultante d’états très com¬ plexes.

Le moi, tel qu’il s’apparaît à lui-même, consiste en une somme d’états de conscience. Il y en a un prin¬ cipal autour duquel se groupent des états secondaires qui tendent à le supplanter et qui sont eux-mêmes poussés par d’autres états à' peine conscients. L’état qui tient le premier rôle, après une lutte plus ou moins longue, fléchit, est remplacé par un autre au- • tour duquel un groupement analogue se constitue. Le mécanisme de la conscience est comparable, sans mé¬ taphore, à celui de la vision. Dans celle-ci, il y a un point visuel qui seul donne une perception nette et précise: autour de lui, il y a un champ visuel qui décroît en netteté et en précision à mesure qu’il s’éloi¬ gne du centre et se rapproche de la circonférence. Notre moi de chaque moment, ee présent perpétuelle¬ ment renouvelé, est en grande partie alimenté par la mémoire, c’est-à-dire qu’à l’état présent s’associent d’autres états qui, rejetés et localisés dans le passé, constituent notre personne telle qu’elle s'apparaît à chaque instant. En un mot, le moi peut être considéré de deux manières: ou bien sous sa forme actuelle, et alors il est la somme des états de conscience actuels, ou bien dans sa continuité avec son passé, et alors il est formé par la mémoire suivant un mécanisme que nous avons décrit plus hrut.

11 semblerait, à ce compte, que l’identité du moi repose tout entière sur la mémoire. Ce serait, par une réaction mal entendue contre les entités, ne voir qu’une partie de ce qui est. Sous ce Composé instable I tt 84 LIîS MALADIES DE LA MÉMOIRE qui se fait, se défait et se refait à chaque instant, il y a quelque chose qui demeure: c’est cette conscience obscure qui est le résultat de toutes les actions vitales,; qui constitue la perception de notre propre corps ell qu’on a désignée d’un seul mot:1a cénesthésie. Le sen-' timent que nous en avons est si vague qu’il est difficile d’en parler d’une manière précise. C’est une manière d’être qui, se répétant perpétuellement, n’est pas plus sentie qu’une habitude. Mais, si elle n’est sentie ni en elle-même ni dans ces variations lentes qui constituent l’état normal, elle a des variations brusques ou sim¬ plement rapides qui changent la personnalité. Tous les aliénistes professent que la période d’incubation, des. maladies mentales se traduit non par des troubles, intellectuels, mais par des changements dans le carac- j ^ t'ere qui n’est que l’aspect psychique de la cénesthé¬ sie. On voit de même une lésion organique souvent ignorée transformer la cénesthésie, substituer au sen¬ timent ordinaire de l’existence un état de tristessvs, d’angoisse, d’anxiété (sans cause, dit le malade); par¬ fois un état de joie, de plénitude, d’exubérance, de ’ parfait bonheur: expression trompeuse d’une grave désorganisation et dont le plus frappant exemple se rencontre dans ce qu’on a appelé l’euphorie des mou¬ rants. Tous ces changements ont une cause physiolo- ' gique, ils en représentent le retentissement dans la conscience, et quant à dire que, si ces variations sont senties, l’état normal ne l’est pas, autant vaudrait soutenir que la vie régulière n’est pas une manière de vivre, parce qu’elle est monotone. Ce sentiment de la vie, qui, parce qu’il se répète perpétuellement, reste au-dessous de la conscience, est la base véritable de la personnalité. Il l’est, parce que, toujours présent, tou- LES AMNÉSIES GÉNÉRALES 85 [Urs agissant, sans repos ni trêve, il ne connaît ni le mmeil ni la défaillance, et qu’il dure autant que la I}, dont il n’est qu’une forme. C’est lui qui sert de pport à ce moi conscient que la mémoire constitue; ■st lui qui rend les associations possibles et les main- nt.

L’unité du moi n’est donc pas celle d’un point ma- lématique, mais celle d’une machine très compli- iée. C’est un consensus d’actions vitales, coordonnées ibord par le système nerveux, le coordinateur par cellence, puis par la conscience, dont la forme natu- le est l’unité. Il est en efl'et dans la nature des états ychiques de ne pouvoir coexister qu’en très petit inbre, groupés autour d’un principal qui seul repré- ite la conscience dans sa plénitude.

Supposons maintenant qu’on puisse d’un seul coup langer notre corps et en mettre un autre à sa place ’ uelette, vaisseaux, viscères, muscles, peau, tout est laf, sauf ie système nerveux, qui reste le même avec itson passé enregistré en lui. Il n’est pas douteux ce cas que l’afflux de sensations vitales insolites ne ndiiise le plus grand désordre. Entre l’ancienne cé- idhésie gravée dans le système nerveux et la nou- de agissant avec l’intensité de tout ce qui est actuel sriouveau, il y aurait une contradiction inconciliable. te hypothèse se réalise en une certaine mesure dans b cas morbides. Des troubles organiques obscurs, P. anesthésie totale modifient parfois la cénesthésie, i point que le sujet croit être en pierre, en beurre, i; cire, en bois, avoir changé de sexe ou être mort. l dehors des cas morbides, qu’on remarque ce qui oroduit à la puberté: « Avec l’entrée en activité de idaines parties du corps qui jusque-là étaient restées 86 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE dans un calme complet et avec la révolution totale l i se produit dans l’organisme à cette époque de la \, de grandes masses de sensations nouvelles, de p(. chants nouveaux, d’idées vagues ou distinctes, et d’i- pulsions nouvelles passent en un espace de temps re- tivement court à l’état de conscience. Elles pénètnt peu à peu le cercle des idées anciennes et ârriven i faire partie intégrante du moi. Celui-ci devient pari même tout autre; il se renouvelle, et le sentiment 3 soi-même subit une métamorphose radicale. Jusq^'i ce que l’assimilation soit complète, cette pénétrât! 1 et cette dissociation du moi primitif ne peuvent gui 3 s’accomplir sans qu’il se passe de grands mouveme s dans notre conscience et sans qu’elle subisse' un ébri- lement tumultueux *. » — On peut dire que toutes s fois que les changements de la cénesthésie, au 1 1 d’être insensibles, ou temporaires, sont rapides et p- manents, un désaccord éclate entre les deux éléme s qui constituent notre personnalité à l’état normal:b sentiment de notre corps et la mémoire consciente, i le nouvel état tient bon, il devient le centre auquele rattachent les associations nouvelles; il se forme ai i un nouveau complexus, un nouveau moi. L’antaj- nisme entre ces deux centres d’attraction — l’ancii, qui est en voie de dissolution; le nouveau, qui est 1 voie de progression — produit suivant les circonstans des résultats divers. Tantôt l’ancien moi dispari, après avoir enrichi le nouveau de ses dépouilles, c’e- à-dire d’une partie des associations qui le coni- tuaient. Tantôt les deux mot alternent sans parvenir 1. Griesiuger, Traité des maladies mentales, p. 55 et si. Tout ce passage est excellent comme analyse.

LES AMNÉSIES GÉNÉRALES 87 supplanter. Tantôt l’ancien moi n’existe plus que ins la mémoire; mais, n’étant rattaché à aucune f.à- îsthésie, il apparaît au nouveau moi comme v.a ranger La digression qui précède avait pour but d’appuyer ir des raisons ce qui avait été simplement affirmé: 'amnésie périodique n'est qu’un phénomène secon- ■lire; elle a sa cause dans un désordre vital, — le sen- ment de l’existence qui n’est à proprement parler le le sentiment de l’unité de notre corps passant par îux phases alternantes. Tel est le fait primitif qui itraîne la formation de deux centres d’association et ir conséquent de deux mémoires.

Pour aller plus loin, d’autres questions se posent aux- lelles on ne peut malheureusement pas répondre: 1“ Quelle est la cause physiologique de ces variations pides et régulières de la cénesthésie? On n’a émis :rce point que des hypothèses (état du système vas- ilaire, action inhibitoire, etc.).

:2® Quelle est la raison qui rattache à chaque forme I la cénesthésie certaines formes d’association à l’ex- iision des autres? On n’en sait rien On peut affirmer luleraent que, dans les amnésies périodiques, la con- icvation reste intacte, c’est-à-dire que les modifica- tins cellulaires et les associations dynamiques subsis- . C’est ainsi que j'explique un cas de Leuret [Fragments jich. sur la folie, p. 2771 souvent cité. Une aliénée qui ne se {signait que par « la personne de moi-mêuie >> avait conservé laiémoire très exacte de sa vie jusqu’au commencement de E folie; mais elle rapportait cette pério Je de sa vie à une autre, l l’ancien moi, la mémoire seule avait persisté. 11 y aurait tiucoup à dire sur ces désordres de la personnalité, mais cela Etirait de notre sujet.

88 LES MALADIES DE LA Ml'lMOIDB lent: la facuUé de réviviscence seule est atteinte,; nssnciations ont deux points de départ: un étaA éveille quelques groupes, mais est incapable d evei^r les autres; un état B fait le contraire; certains grou^s entrent également dans les deux complexus (caslei scission incomplète).: En somme, deux états physiologiques qui parlir‘ alternance déterminent deux cénesthésies qui dér- minent deux Cfori^s') d’association et par suite dix'i mémoires. c^ty^ | Pour compléter nos remarques, il est bon d’ajoiir quelques mots sur cette liaison naturelle qui s’étatj^ malgré des interruptions quelquefois longues, er'e' les périodes de même nature, particulièrement er’s'i les divers accès de somnambulisme. Ce fait intéressai à plusieurs titres ne doit être examiné ici qu’au pciU de vue du retour périodique et régulier des souvenirs. Si bizarre qu’il paraisse d’abord, il est Icp que et s’accorde parfaitement avec notre concept ni du moi. Car, si le nmLjilo&P-à--el»aque-4B&taj^ quia soinme des -états -de conscien&e actuels et des acti ii vitales dans lesquelles la conscience a ses racines, ilî| clair que, toutes les fois que ce complexus physicji' gique et psychique se reconstituera, le moi se retri ü vera le même et les mêmes associations seront éveilk'jl^ Dans chaque accès, il se produit un état physiologid particulier; les sens sont en grande partie fermés excitations extérieures; par suite, beaucoup d’assoc tions ne peuvent plus être suscitées. Il y a simplifii-f tion de la vie mentale, réduction à une conditab presque mécanique. Il est clair d’ailleurs que ces él^' se ressemblent beaucoup entre eux, en raison de Irf e rtp simplicité même, et qu’ils diffèrent totalement de I LA LOI DE RÉGRESSION 89 veille. Dès lors, il est naturel que les mêmes condi- ins entraînent les mêmes effets, que les mêmes élé- ;nts donnent lieu aux mêmes combinaisons, que les unes associations soient éveillées à l’exclusion des très. Elles trouvent dans l’état pathologique leurs nditions d’existence, qui dans l’état normal ne se icontrent pas ou sont en lutte avec beaucoup d'au- Dans l’état de santé et de veille, en effet, les phéno- ?nes de conscience sont trop variés, trop nombreux, ur que la même combinaison ait des chances de se îi’oduire plusieurs fois. Cela arrive cependant dans dains cas bizarres, par suite de causes inconnues. Jn clergyman, dit le D‘' Reynolds, en apparence très ■n portant, célébrait le service un dimanche; il oisit les hymnes, les leçons, prononça une prière .emporanée. Le dimanche suivant, il procéda exac- Inent de la même manière, choisit les mêmes hymnes, i mêmes leçons, récita la même prière, prit le même te et prononça le même sermon. En descendant de (chaire, il n’avait aucun souvenir d’avoir fait, le di- [nche précédent, ce qu’il venait de répéter enlière- (nt. 11 en fut fort efl'rayé et redouta longtemps une tladie cérébrale qui ne survint pas » On a vu Ijresse produire le même retour du souvenir, comme s le cas très connu de ce commissionnaire irlandais i, ayant perdu un paquet pendant qu'il était ivre, ûvra de nouveau et se rappela où il l’avait laissé.

I omme nous l’avons dit en commençant, les amné- r périodiques, si curieuses qu’elles soient, en ap- bnnent plus long sur la nature du moi que sur celle L l* Reynolds ap. Carpeiiter, p. M, 90 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE de la mémoire. Elles renferment cependant unepd d’enseignement: nous y reviendrons dans le paragi- phe qui va suivre.

ÆeS-amnési^ progressive^ sont celles qui, par i travail de ^îssoTution lent et continu, conduisenli l’abolition complète de la mémoire. Cette définition.t applicable à la plupart des cas. C’est par exceptiîi seulement que l’évolution morbide n’aboutit pas à t|e extinction totale. La marche de la maladie est ts simple; peu frappante, comme tout ce qui se prodt par actions lentes; très intructive, parce que, en nos montrant comment la mémoire se désorganise, ej nous apprend comment elle est organisée.

Nous n’avons pas à rapporter ici de cas particulie, rares, exceptionnels. Il y a un type morbide à peu pu constant qu’il suffit de décrire.

La première cause de la maladie est une lésion i cerveau à marc'Ké envahissante ^hémorrhagie_cii- brale^ apoplexie, ramollissement, paralysie généra, atrojihTé^des vieillards, etc., etc.). Pendant la pério; initiale, il n’existe que des désordres partiels. Le na¬ ïade est sujet à de fréquents oublis qui portent te- jours sur les faits récents. SU interrompt une besogr, elle est oubliée. Les événements de la veille, de l’avai- veille, un ordre reçu, une résolution prise, tout eela(; aussitôt effacé. Cette amnésie partielle est un syna- tôme banal de la paralysie générale à son début. L; asiles d’aliénés sont pleins de malades de cette cat gorie qui, le lendemain de leur entrée, affirment qu’’ LA LOI DE RÉGRESSION 91 sont depuis un an, cinq ans, dix ans; qui n ont l’un souvenir vague d’avoir quitlé leur maison et ,ir famille; qui ne peuvent désigner le jour de la naine ni le nom du mois. Mais le souvenir de ce qui lété fait et acquis avant la maladie reste encore ide et tenace. Tout le monde sait aussi que, chez I vieillards, l’affaiblissement très marqué de la mé- :)ire est relatif aux faits récents, jà se bornent, ou à peu près, les données de la psy- blogie courante. Elle semble admettre, au moins iplicitement, que la dissolution de la mémoire ne suit ;:une loi. Nous allons donner la preuve du contraire. (Pour découvrir cette loi, il faut étudier psychologi- [ement lajmuvche de la démmice'. Dès que la période 1 prodromes, dont on vient de parler, est dépassée, il ( produit un affaiblissement général et graduel de «des les facultés, qui finit par réduire l’individu à une I toute végétative. Les médecins ont distingué, sui¬ nt leurs causes, diverses espèces de démence (sénile, (’alytique, épileptique, etc.). Ces distinctions sont ur nous sans intérêt. Le travail de dissolution men- Jî reste au fond le même, quelles qu’en soient les lises, et c’est la seule chose qui nous importe. Or la pstion qui se pose est celle-ci: Dans cette dissoluii, la perte de la mémoire suit-elle un ordre? jes nombreux aliénistes qui ont laissé des descrip- iis de la démence ne se sont pas arrêtés à cette [istion, sans portée pour eux. Leur témoignage n’en fa que plus de valeur, si nous pouvons découvrir üz eux une réponse: et elle s’y trouve. Quand on ' Nous prenons ici le mot démence au sens médical et non some synonyme de folie eu général.

92 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE interroge les meilleures autorités (Griesinger, Bs- x larger, Falret, Foville,etc., etc.), on découvre que rajï nésie, après avoir été limitée d’abord aux faits récer||K s’étend aux idées, puis aux sentiments et aux affectus i et finalement aux actes. Nous avons là toutes les d(- nées d’une loi. Pour la dégager, il suffit d’examii^, successivement ces divers groupes. _ f il 1° Il est d’observation si vulgaire que l’affaiblis -, ment de la mémoire porte d’abord sur les"fàïts'réCED|7' qu’on ne remarque pas combien cela est choquant pcir; le sens commun. 11 serait naturel de croire à prit. que les faits les plus récents, les plus voisins du pi-, sent sont les plus stables, les plus nets; et c’est ce (i ^ arrive à l’état normal. Mais, au début de la démen* 'î il se produit une lésion anatomique grave: un cq“' mencement de dégénérescence des cellules nerveusî I Ces éléments en voie d’atrophie ne peuvent plus i server les impressions nouvelles. En termes pis i précis, ni une modification nouvelle dans les cellul* \ ni la formation de nouvelles associations dynamiqis î, n’est possible ou au moins durable. Les conditics'if anatomiques de la stabilité et de la réviviscence ma' s. quent. Si le fait est totalement neuf, il ne s’inscrit ps:i. dans les centres nerveux ou est aussitôt effacé '. SI i n’est qu’une répétition d’expériences antérieures; encore vivaces, le malade rejette le fait dans le pass:! les circonstances concomitantes du fait actuel s'effacer bien vite et ne permettent plus de le localiser à |i i place. Mais les modifications fixées dans les élémer? ' 1. Dans un cas de démence sénile, un malade, pendant qi^ torze mois, n’a jamais reconnu son médecin, qui venait le siter tous les jours (Felmann, Archiv. fur Psychiatrie, 1864]. F.

LA LOI DE RÉGRESSION 93 jrveux depuis de longues années et devenues orga- iques, les associations dynamiques et les groupes associalions cent fois et mille fois répétées persistent icore; elles ont une plus grande force de résistance )ntre la destruction. Ainsi s’explique ce paradoxe de mémoire: Le nouveau meurt avant l’ancien.

2“ Bientôt ce fonds ancien sur lequel le malade peut icore vivre s’entame à son tour. Les acquisitions intel- 'ctuelles se perdent peu à peu (connaissances scienti- ■|ues, artistiques, professionnelles, langues étran¬ ges, etc.). Les souvenirs personnels s’effacent endes- indant vers le passé. Ceux de l’enfance disparaissent js^erniers. Même à une époque avancée, des aven- res, des chants du premier âge reviennent. Souvent, déments ont oublié une grande partie de leur j'opre langue. Quelques expressions reviennent par jcident; mais d’ordinaire ils répètent d’une manière Ihtomatique les mots qui leur sont restés (Griesinger, liillarger). Celte dissolution intellectuelle a pour (Use anatomique une atrophie qui envahit peu à peu Icorce du cerveau, puis la substance blanche, produi- int une dégénérescence graisseuse et athéromateuse «s cellules, des tubes et des capillaires de la substance irveuse.

3“ Les meilleurs observateurs ont remarqué « que Il facultés affectives s’éteignent bien plus lentement (eles facultés intellectuelles ». Il peut sembler sur- lenant d’abord que des états aussi vagues que les fitiments soient plus stables que les idées et les états i ellectuels en général. La réflexion montre que les sitiments sont ce qu’il y a en nous de plus profond, ( plus intime, de plus tenace. Tandis que notre intel- 1 ence est acquise et comme extérieure à nous, nos 94 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE sentiments sont innés. Considères dans leur soue, indépendamment des formes raffinées et complets qu’ils peuvent prendre, ils sont l’expression imméd le et permanente de notre organisation. Nos viscères, )8 muscles, nos os, tout, jusqu’aux éléments les plusi- times de notre corps, contribuent pour leur part àcs former. Ç^s^sentiments, c’est nous-mêmes; l’amn^ie demos sentiments, c’ést l’oubli de nous-mêmes. Illst donc logique qu’elle se produise à une époque oila désorganisation est déjà si grande que la personne té j commence à tomber par morceaux.

4" Les acquisitions qui résistent en dernier lieu sat celles qui sont presque entièrement organiques;ja routine journalière, les habitudes contractées de Ionie date. Beaucoup peuvent encore se lever, s'habilr, prendre leurs repas régulièrement, se coucher, s’ocener à. des travaux manuels, jouer aux cartes et à d’au es jeux, quelquefois même avec une aptitude reirr- quable, alors qu’ils n’ont plus ni jugement, ni voie é, ni affections. Cette activité automatique, qui ne ap¬ pose qu’un minimum de mémoire consciente, appartnt à cette forme inférieure de la mémoire pour laqule les ganglions cérébraux, le bulbe et la moelle suffîsi.t.

La destruction progressive de la mémoire suit dïc une marche logique, une loi. Elle descend progresse- i ment de l'instable au stable. Elle commence pares- souvenirs récents qui, mal fixés dans les éléments rr- veux, rarement répétés et par conséquent faiblemat associés avec les autres, représentent l’organisalm à son degré le plus faible. Elle finit par cette ménure sensorielle, instinctive, qui, fixée dans l’organisie, devenue une partie de lui-même ou plutêt lui-mêie, représente l’oro-anisation à son degré le plus fort, 'u LA LOI DE RÉGRESSION 95 rme initial au terme final, la marche de l’amnésie, glée par la nature des choses, suit la ligne de la oindre résistance, c’est-à-dire de la moindre orga- sation. La pathologie confirme ainsi pleinement ce le nous avons dit précédemment de la mémoire: C’est un processus d’organisation à degrés variables iiiinpris entre deux limites extrêmes: l’état nouveau, ;nregistrement organique. » _ Celle loi, que.j’appellerai/ loi de régression) ou de ré- rsion, me paraît ressortir des faits, s'imp'^er comme le vérité objective. Cependant, pour dissiper tous les }utes et prévenir toutes les objections, j’ai pensé qu’il rait bon de vérifier cette loi par une contre-épreuve. Si la mémoire, lorsqu’elle se défait, suit la marche variable qui vient d’être indiquée, elle doitsuivre une : arche inverse lorsqu’elle se refait: les formes qui dis- araissent les dernières doivent reparaître les premières, jusqu’elles sont les plus stables, et la restauration doit faire en remontant.

Il est bien difficile de trouver des cas probants, abord il faut que la mémoire revienne d’elle-même, is cas de rééducation prouvent peu. De plus, il est rare le les amnésies progressives soient suivies de guéri- ,n. Enfin, l’attention n’ayant jamais été portée sur point, les documents font défaut. Les médecins pré- :cupés d’autres symptômes se contentent de noter le la mémoire « revient peu à peu ».

Dans son Essai cité plus haut, Louyer-Villermay )serve « que, quand la mémoire se rétablit, elle suit ins sa réhabilitation un ordre inverse de celui qu’on •serve dans son abolition: les faits, les adjectifs, les bstantifs, les noms propres. » 11 y a peu à tirer de tte remarque assez confuse. Voici qui est plus clair.

96 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE « Dernièrement, on a vu en Russie un célèbre astinome oublier tour à tour les événements de la vei^, puis ceux de l’année, puis ceux des dernières anms et ainsi de suite la lacune gagnant toujours, tant qu’ei n il ne lui restait plus que le souvenir des événemds de son enfance. On le croyait perdu. Mais, par un a It soudain et un retour imprévu, la lacune se combla^n sens inverse, les événements de la jeunesse redevenjl visibles, puis ceux de l’âge mûr, puis les plus réceis, puis ceux de la veille. La mémoire était restaurée tit j entière quand il mourut*. » L’observation qui suit est encore plus précise, lie a été notée heure par heure. J’en transcris la pis grande partie j « Je dois faire mention d’abord de quelques défis bien insignifiants en eux-mêmes, mais qu’il est néoi- saire de connaître, parce qu’ils se lient à un phénomi e remarquable. Dans les derniers jours de novembre, n officier de mon régiment fut blessé au pied game par le frottement d’une botte. Le 30 novembre, il la à Versailles pour y avoir un entretien avec son frèrell dîna dans cette ville, revint le même soir à Paris, t, en rentrant dans son logement, il trouva une lettre e son père sur la cheminée.

« Maintenant voici le fait lui-même. Le 1“*' décemt:, cet officier était au manège et son cheval s’étant abati, il tomba sur la partie droite du corps, surtout suie pariétal droit. Cette commotion fut suivie d’une lég e 1. Taiue. De l' Intelligence, t. I, liv. II, chap. ii, § 4.

2. « Observation sur un cas de perte de mémoire » r iM. Kœmpfen dans les Mémoires de l’Académie de médecine, IS, tome IV, p. 489. Je dois l’indication de cette curieuse obseili- lion à M. le D*' Riti, médecin à l’asile de Charentou.

LV LOI DE RÉGRESSION i^ncope. Revenu à lui, il remonta à cheval « pour issiper un reste d’étourdissement » et il continua sa ■çon d’équilation pendant trois quarts d’heure avec une rande régularité. Cependant de temps en temps, il isait à l’écuyer: « Je sors d’un rêve. Que m’est-il donc arrivé? » On le reconduisit à son domicile Habitant la même maison que le malade, je fus mandé jssitôt. 11 était debout, me reconnut, me salua comme l’ordinaire et me dit: « Je sors comme d’un rêve. Que m’est-il donc arrivé? » — Parole libre. Réponses stes à toutes les questions. Il ne se plaint que de con- sion dans la tête.

« Malgré mes demandes, celles de son écuyer et de :ii domestique, il ne se rappelle ni sa blessure de ivant-veille, ni son voyage à Versailles de la veille, i sa sortie du matin, ni les ordres qu’il a donnés avant I sortir, ni sa chute, ni ce qui a suivi. Il reconnaît rfaitement tout le monde, appelle chacun par son im, sait qu’il est officier, qu’il est de semaine, etc.

« Je n’ai pas laissé passer une heure sans observer ce rilade. Chaque fois que je revenais à lui, il croyait njours me voir pour la première fois. Il ne se rap- pe aucune des prescriptions médicales qu’il vient de ivre (bain de pieds, frictions, etc.). En un mot, rien 'iXisle pour lui que l'action du moment.

< Six heures après l’accident, le pouls commença à i relever et le malade commença à retenir la réponse ni faite tant de fois; Vous êtes tombé de cheval.

I Huit heures après l’accident, le pouls gagne encore > malade se souvient de m’avoir vu une fois.

Deux heures et demie plus tard, le pouls est normal.

- malade n’oublie plus rien de ce qu’on lui dit. Il se '■ pelle parfaitement sa blessure au pied. Il commence HiBOT. — Mémoire 6 98 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE