Quand nous lisons immédiatement après que Moïse change devant le roi sa baguette en serpent, et toutes les eaux du royaume en sang, qu’il fait naître des grenouilles qui couvrent la terre, qu’il change en poux toute la poussière, qu’il remplit les airs d’insectes ailés venimeux, qu’il frappe tous les hommes et tous les animaux du pays d’affreux ulcères, qu’il appelle la grêle, les tempêtes et le tonnerre pour ruiner toute la contrée, qu’il la couvre de sauterelles, qu’il la plonge dans des ténèbres palpables pendant trois jours, qu’enfin un ange exterminateur frappe de mort tous les premiers-nés des hommes et des animaux d’Égypte, à commencer par le fils du roi; quand nous voyons ensuite ce peuple marchant à travers les flots de la mer Rouge suspendus en montagnes d’eau à droite et à gauche, et retombant ensuite sur l’armée de Pharaon, qu’ils engloutissent; lors, dis-je, qu’on lit tous ces miracles, la première idée qui vient dans l’esprit, c’est de dire: Ce peuple, pour qui Dieu a fait des choses si étonnantes, va sans doute être le maître de l’univers. Mais non, le fruit de tant de merveilles est de souffrir la disette et la faim dans des sables arides; et, de prodige en prodige, tout meurt avant d’avoir vu le petit coin de terre où leurs descendants s’établissent ensuite pour quelques années. Il est pardonnable sans doute de ne pas croire cette foule de merveilles dont la moindre révolte la raison.
Cette raison, abandonnée à elle-même, ne peut se persuader que Moïse ait écrit des choses si étranges. Comment peut-on faire accroire à une génération tant de miracles inutilement faits pour elle, et tous ceux qu’on dit opérés dans le désert? Quel personnage fait-on jouer à la Divinité, de l’employer à conserver les habits et les souliers de ce peuple pendant quarante ans, après avoir armé en leur faveur toute la nature!
Il est donc très-naturel de penser que toute cette histoire prodigieuse fut écrite longtemps après Moïse, comme les romans de Charlemagne furent forgés trois siècles après lui, et comme les origines de toutes les nations ont été écrites dans des temps où ces origines, perdues de vue, laissaient à l’imagination la liberté d’inventer. Plus un peuple est grossier et malheureux, plus il cherche à relever son ancienne histoire: et quel peuple a été plus longtemps misérable et barbare que le peuple juif?
Il n’est pas à croire que lorsqu’ils n’avaient pas de quoi se faire des souliers dans leurs déserts, sous la domination de Moïse, on fût chez eux fort curieux d’écrire. On doit présumer que les malheureux nés dans ces déserts ne reçurent pas une éducation bien brillante, et que la nation ne commença à lire et à écrire que lorsqu’elle eut quelque commerce avec les Phéniciens. C’est probablement dans les commencements de la monarchie que les Juifs qui se sentirent quelque génie mirent par écrit le Pentateuque, et ajustèrent comme ils purent leurs traditions. Aurait-on fait recommander par Moïse aux rois de lire et d’écrire même sa loi, dans le temps qu’il n’y avait pas encore de rois? N’est-il pas probable que le dix-septième chapitre du Deutéronome est fait pour modérer le pouvoir de la royauté, et qu’il fut écrit par les prêtres du temps de Saül?
C’est vraisemblablement à cette époque qu’il faut placer la rédaction du Pentateuque. Les fréquents esclavages que ce peuple avait subis ne semblent pas propres à établir la littérature dans une nation, et à rendre les livres fort communs; et plus ces livres furent rares dans les commencements, plus les auteurs s’enhardirent à les remplir de prodiges.
Le Pentateuque attribué à Moïse est très-ancien, sans doute, s’il est rédigé du temps de Saül et de Samuel: c’est environ vers le temps de la guerre de Troie, et c’est un des plus curieux monuments de la manière de penser des hommes de ce temps-là. On voit que toutes les nations connues étaient amoureuses des prodiges à proportion de leur ignorance. Tout se faisait alors par le ministère céleste, en Égypte, en Phrygie, en Grèce, en Asie.
Les auteurs du Pentateuque donnent à entendre que chaque nation a ses dieux, et que ces dieux ont, à peu de chose près, un égal pouvoir.
Si Moïse change au nom de son Dieu sa verge en serpent, les prêtres de Pharaon en font autant; s’il change toutes les eaux de l’Égypte en sang, jusqu’à celle qui était dans les vases, les prêtres font sur-le-champ le même prodige sans qu’on puisse concevoir sur quelles eaux ces prêtres opéraient cette métamorphose, à moins qu’ils n’eussent créé de nouvelles eaux exprès. L’écrivain juif aime encore mieux être réduit nécessairement à cette absurdité que de laisser douter que les dieux d’Égypte n’eussent pas le pouvoir de changer l’eau en sang aussi bien que le Dieu de Jacob.
Mais quand celui-ci vient à remplir de poux toute la terre d’Égypte, à changer en poux toute la poussière, alors paraît sa supériorité tout entière; les mages ne peuvent l’imiter, et on fait parler ainsi le Dieu des Juifs: Pharaon saura que rien n’est semblable à moi. Ces paroles qu’on met dans sa bouche marquent un être qui se croit seulement plus puissant que ses rivaux: il a été égalé dans la métamorphose d’une verge en serpent, et dans celle des eaux en sang; mais il gagne la partie sur l’article des poux et sur les suivants.
Cette idée de la puissance surnaturelle des prêtres de tous les pays est marquée dans plusieurs endroits de l’Écriture. Quand Balaam, prêtre du petit État d’un roitelet nommé Balac, au milieu des déserts, est prêt de maudire les Juifs, leur Dieu apparaît à ce prêtre pour l’en empêcher. Il semble que la malédiction de Balaam fût très à craindre. Ce n’est pas même assez pour contenir ce prêtre que Dieu lui ait parlé, il envoie devant lui un ange avec une épée, et lui fait encore parler par son ânesse. Toutes ces précautions prouvent certainement l’opinion où l’on était que la malédiction d’un prêtre, quel qu’il fût, entraînait des effets funestes.
Cette idée d’un Dieu supérieur seulement aux autres dieux, quoiqu’il eût fait le ciel et la terre, était tellement enracinée dans toutes les têtes, que Salomon, dans sa dernière prière, s’écrie: « Ô mon Dieu! il n’y a aucun dieu semblable à toi, sur la terre ni dans le ciel. » C’est cette opinion qui rendait les Juifs si crédules sur tous les sortiléges, sur tous les enchantements des autres nations. C’est ce qui donna lieu à l’histoire de la pythonisse d’Endor, qui eut le pouvoir d’évoquer l’ombre de Samuel. Chaque peuple eut ses prodiges et ses oracles, et il ne vint même dans l’esprit d’aucune nation de douter des miracles et des prophéties des autres. On se contentait de leur opposer de pareilles armes; il semblait que les prêtres, en niant les prodiges des nations voisines, eussent craint de décréditer les leurs. Cette espèce de théologie prévalut longtemps dans toute la terre.
Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail de tout ce qui est écrit sur Moïse. On parle de ses lois en plus d’un endroit de cet ouvrage. On se bornera ici à remarquer combien on est étonné de voir un législateur inspiré de Dieu, un prophète qui fait parler Dieu même, et qui ne propose point aux hommes une vie à venir. Il n’y a pas un seul mot dans le Lévitique qui puisse faire soupçonner l’immortalité de l’âme. On répond à cette accablante difficulté que Dieu se proportionnait à la grossièreté des Juifs. Quelle misérable réponse! C’était à Dieu à élever les Juifs jusqu’aux connaissances nécessaires, ce n’était pas à lui à se rabaisser jusqu’à eux. Si l’âme est immortelle, s’il est des récompenses et des peines dans une autre vie, il est nécessaire que les hommes en soient instruits. Si Dieu parle, il faut qu’il les informe de ce dogme fondamental. Quel législateur et quel Dieu que celui qui ne propose à son peuple que du vin, de l’huile et du lait! quel Dieu qui encourage toujours ses croyants comme un chef de brigands encourage sa troupe par l’espérance de la rapine! Il est bien pardonnable, encore une fois, à la raison humaine de ne voir dans une telle histoire que la grossièreté barbare des premiers temps d’un peuple sauvage. L’homme, quoi qu’il fasse, ne peut raisonner autrement; mais si Dieu en effet est l’auteur du Pentateuque, il faut se soumettre sans raisonner.
MONDE.
DU MEILLEUR DES MONDES POSSIBLES.
MONSTRES.
Il est plus difficile qu’on ne pense de définir les monstres. Donnerons-nous ce nom à un animal énorme, à un poisson, à un serpent de quinze pieds de long? Mais il y en a de vingt, de trente pieds, auprès desquels les premiers seraient peu de chose.
Il y a les monstres par défaut. Mais si les quatre petits doigts des pieds et des mains manquent à un homme bien fait, et d’une figure gracieuse, sera-t-il un monstre? Les dents lui sont plus nécessaires. J’ai vu un homme né sans aucune dent; il était d’ailleurs très-agréable. La privation des organes de la génération, bien plus nécessaires encore, ne constitue point un animal monstrueux.
Il y a les monstres par excès; mais ceux qui ont six doigts, le croupion allongé en forme de petite queue, trois testicules, deux orifices à la verge, ne sont pas réputés monstres.
La troisième espèce est de ceux qui auraient des membres d’autres animaux, comme un lion avec des ailes d’autruche, un serpent avec des ailes d’aigle, tel que le griffon et l’ixion des Juifs. Mais toutes les chauves-souris sont pourvues d’ailes; les poissons volants en ont, et ne sont point des monstres.
Réservons donc ce nom pour les animaux dont les difformités nous font horreur.
Le premier nègre pourtant fut un monstre pour les femmes blanches, et la première de nos beautés fut un monstre aux yeux des nègres.
Si Polyphème et les cyclopes avaient existé, les gens qui portaient des yeux aux deux côtés de la racine du nez auraient été déclarés monstres dans l’île de Lipari et dans le voisinage de l’Etna.
J’ai vu une femme à la Foire, qui avait quatre mamelles et une queue de vache à la poitrine. Elle était monstre, sans difficulté, quand elle laissait voir sa gorge, et femme de mise quand elle la cachait.
Les centaures, les minotaures, auraient été des monstres, mais de beaux monstres. Surtout un corps de cheval bien proportionné, qui aurait servi de base à la partie supérieure d’un homme, aurait été un chef-d’œuvre sur la terre: ainsi que nous nous figurons comme des chefs-d’œuvre du ciel ces esprits que nous appelons anges, et que nous peignons, que nous sculptons dans nos églises, tantôt ornés de deux ailes, tantôt de quatre, et même de six.
Nous avons déjà demandé avec le sage Locke quelle est la borne entre la figure humaine et l’animale, quel est le point de monstruosité auquel il faut se fixer pour ne pas baptiser un enfant, pour ne le pas compter de notre espèce, pour ne lui pas accorder une âme. Nous avons vu que cette borne est aussi difficile à poser qu’il est difficile de savoir ce que c’est qu’une âme, car il n’y a que les théologiens qui le sachent.
Pourquoi les satyres que vit saint Jérôme, nés de filles et de singes, auraient-ils été réputés monstres? Ne se seraient-ils pas crus au contraire mieux partagés que nous? N’auraient-ils pas eu plus de force et plus d’agilité? ne se seraient-ils pas moqués de notre espèce, à qui la cruelle nature a refusé des vêtements et des queues? Un mulet né de deux espèces différentes, un jumart fils d’un taureau et d’une jument, un tarin né, dit-on, d’un serin et d’une linotte, ne sont point des monstres.
Mais comment les mulets, les jumarts, les tarins, etc., qui sont engendrés, n’engendrent-ils point? Et comment les séministes, les ovistes, les animalculistes, expliquent-ils la formation de ces métis?
Je vous répondrai qu’ils ne l’expliquent point du tout. Les séministes n’ont jamais connu la façon dont la semence d’un âne ne communique à son mulet que ses oreilles et un peu de son derrière. Les ovistes ne font comprendre ni ne comprennent par quel art une jument peut avoir dans son œuf autre chose qu’un cheval. Et les animalculistes ne voient point comment un petit embryon d’âne vient mettre ses oreilles dans une matrice de cavale.
Celui qui, dans sa Vénus physique, prétendit que tous les animaux et tous les monstres se formaient par attraction, réussit encore moins que les autres à rendre raison de ces phénomènes si communs et si surprenants.
Hélas! mes amis, nul de vous ne sait comment il fait des enfants: vous ignorez les secrets de la nature dans l’homme, et vous voulez les deviner dans le mulet?
À toute force vous pourrez dire d’un monstre par défaut: Toute la semence nécessaire n’est pas parvenue à sa place, ou bien le petit ver spermatique a perdu quelque chose de sa substance, ou bien l’œuf s’est froissé. Vous pourrez, sur un monstre par excès, imaginer que quelques parties superflues du sperme ont surabondé; que de deux vers spermatiques réunis, l’un n’a pu animer qu’un membre de l’animal, et que ce membre est resté de surérogation; que deux œufs se sont mêlés, et qu’un de ces œufs n’a produit qu’un membre, lequel s’est joint au corps de l’autre.
Mais que direz-vous de tant de monstruosités par addition de parties animales étrangères? Comment expliquerez-vous une écrevisse sur le cou d’une fille? Une queue de rat sur une cuisse, et surtout les quatre pis de vache avec la queue qu’on a vus à la foire Saint-Germain? Vous serez réduits à supposer que la mère de cette femme était de la famille de Pasiphaé.
Allons, courage, disons ensemble: Que sais-je?
MONTAGNE.
C’est une fable bien ancienne, bien universelle, que celle de la montagne qui, ayant effrayé tout le pays par ses clameurs en travail d’enfant, fut sifflée de tous les assistants quand elle ne mit au monde qu’une souris. Le parterre n’était pas philosophe. Les siffleurs devaient admirer. Il était aussi beau à la montagne d’accoucher d’une souris qu’à la souris d’accoucher d’une montagne. Un rocher qui produit un rat est quelque chose de très-prodigieux; et jamais la terre n’a vu rien qui approche d’un tel miracle. Tous les globes de l’univers ensemble ne pourraient pas faire naître une mouche. Là où le vulgaire rit, le philosophe admire; et il rit où le vulgaire ouvre de grands yeux stupides d’étonnement.
MORALE.
MORALE.
Bavards prédicateurs, extravagants controversistes, tâchez de vous souvenir que votre maître n’a jamais annoncé que le sacrement était le signe visible d’une chose invisible; il n’a jamais admis quatre vertus cardinales et trois théologales; il n’a jamais examiné si sa mère était venue au monde maculée ou immaculée; il n’a jamais dit que les petits enfants qui mouraient sans baptême seraient damnés. Cessez de lui faire dire des choses auxquelles il ne pensa point. Il a dit, selon la vérité aussi ancienne que le monde: Aimez Dieu et votre prochain. Tenez-vous-en là, misérables ergoteurs; prêchez la morale, et rien de plus. Mais observez-la, cette morale: que les tribunaux ne retentissent plus de vos procès; n’arrachez plus par la griffe d’un procureur un peu de farine à la bouche de la veuve et de l’orphelin; ne disputez plus un petit bénéfice avec la même fureur qu’on disputa la papauté dans le grand schisme d’Occident. Moines, ne mettez plus (autant qu’il est en vous) l’univers à contribution; et alors nous pourrons vous croire.
Je viens de lire ces mots dans une déclamation en quatorze volumes, intitulée Histoire du Bas-Empire: « Les chrétiens avaient une morale; mais les païens n’en avaient point. » Ah! monsieur Le Beau, auteur de ces quatorze volumes, où avez-vous pris cette sottise? Eh! qu’est-ce donc que la morale de Socrate, de Zaleucus, de Charondas, de Cicéron, d’Épictète, de Marc-Antonin?
Il n’y a qu’une morale, monsieur Le Beau, comme il n’y a qu’une géométrie. Mais, me dira-t-on, la plus grande partie des hommes ignore la géométrie. Oui; mais dès qu’on s’y applique un peu, tout le monde est d’accord. Les agriculteurs, les manœuvres, les artistes, n’ont point fait de cours de morale: ils n’ont lu ni de Finibus de Cicéron, ni les Éthiques d’Aristote; mais sitôt qu’ils réfléchissent, ils sont sans le savoir les disciples de Cicéron: le teinturier indien, le berger tartare, et le matelot d’Angleterre, connaissent le juste et l’injuste. Confucius n’a point inventé un système de morale, comme on bâtit un système de physique. Il l’a trouvé dans le cœur de tous les hommes.
Cette morale était dans le cœur du préteur Festus quand les Juifs le pressèrent de faire mourir Paul, qui avait amené des étrangers dans leur temple. « Sachez, leur dit-il, que jamais les Romains ne condamnent personne sans l’entendre. » (Actes des apôtres, xxv, 16.)
Si les Juifs manquaient de morale ou manquaient à la morale, les Romains la connaissaient et lui rendaient gloire.
La morale n’est point dans la superstition, elle n’est point dans les cérémonies, elle n’a rien de commun avec les dogmes. On ne peut trop répéter que tous les dogmes sont différents, et que la morale est la même chez tous les hommes qui font usage de leur raison. La morale vient donc de Dieu comme la lumière. Nos superstitions ne sont que ténèbres. Lecteur, réfléchissez: étendez cette vérité; tirez vos conséquences.
MOUVEMENT.
Un philosophe des environs du mont Krapack me disait que le mouvement est essentiel à la matière.
« Tout se meut, disait-il; le soleil tourne continuellement sur lui-même, les planètes en font autant, chaque planète a plusieurs mouvements différents, et dans chaque planète tout transpire, tout est crible, tout est criblé; le plus dur métal est percé d’une infinité de pores, par lesquels s’échappe continuellement un torrent de vapeurs qui circulent dans l’espace. L’univers n’est que mouvement; donc le mouvement est essentiel à la matière.
— Monsieur, lui dis-je, ne pourrait-on pas vous répondre: Ce bloc de marbre, ce canon, cette maison, cette montagne, ne remuent pas: donc le mouvement n’est pas essentiel?
— Ils remuent, répondit-il: ils vont dans l’espace avec la terre par leur mouvement commun; et ils remuent si bien (quoique insensiblement) par leur mouvement propre qu’au bout de quelques siècles il ne restera rien de leurs masses, dont chaque instant détache continuellement des particules.)
— Mais, monsieur, je puis concevoir la matière en repos: donc le mouvement n’est pas de son essence.
— Vraiment, je me soucie bien que vous conceviez ou que vous ne conceviez pas la matière en repos. Je vous dis qu’elle ne peut y être.
— Cela est hardi; et le chaos, s’il vous plaît?
— Ah, ah! le chaos! si nous voulions parler du chaos, je vous dirais que tout y était nécessairement en mouvement, et que « le souffle de Dieu y était porté sur les eaux »; que l’élément de l’eau étant reconnu existant, les autres éléments existaient aussi; que par conséquent le feu existait, qu’il n’y a point de feu sans mouvement, que le mouvement est essentiel au feu. Vous n’auriez pas beau jeu avec le chaos.
— Hélas! qui peut avoir beau jeu avec tous ces sujets de dispute? Mais vous qui en savez tant, dites-moi pourquoi un corps en pousse un autre.
— Parce que la matière est impénétrable; parce que deux corps ne peuvent être ensemble dans le même lieu; parce qu’en tout genre le plus faible est chassé par le plus fort.
— Votre dernière raison est plus plaisante que philosophique. Personne n’a pu encore deviner la cause de la communication du mouvement.
— Cela n’empêche pas qu’il ne soit essentiel à la matière. Personne n’a pu deviner la cause du sentiment dans les animaux; cependant, ce sentiment leur est si essentiel que si vous supprimez l’idée de sentiment vous anéantissez l’idée d’animal.
— Eh bien, je vous accorde pour un moment que le mouvement soit essentiel à la matière (pour un moment au moins, car je ne veux pas me brouiller avec les théologiens). Dites-nous donc comment une boule en fait mouvoir une autre.
— Vous êtes trop curieux; vous voulez que je vous dise ce qu’aucun philosophe n’a pu nous apprendre.
— Il est plaisant que nous connaissions les lois du mouvement, et que nous ignorions le principe de toute communication de mouvement.
— Il en est ainsi de tout; nous savons les lois du raisonnement, et nous ne savons pas ce qui raisonne en nous. Les canaux dans lesquels notre sang et nos liqueurs coulent nous sont très-connus, et nous ignorons ce qui forme notre sang et nos liqueurs. Nous sommes en vie, et nous ne savons pas ce qui nous donne la vie.
— Apprenez-moi du moins si, le mouvement étant essentiel, il n’y a pas toujours égale quantité de mouvement dans le monde.
— C’est une ancienne chimère d’Épicure, renouvelée par Descartes. Je ne vois pas que cette égalité de mouvement dans le monde soit plus nécessaire qu’une égalité de triangles. Il est essentiel qu’un triangle ait trois angles et trois côtés; mais il n’est pas essentiel qu’il y ait toujours un nombre égal de triangles sur ce globe.
— Mais n’y a-t-il pas toujours égalité de forces, comme le disent d’autres philosophes?
— C’est la même chimère. Il faudrait qu’en ce cas il y eût toujours un nombre égal d’hommes, d’animaux, d’êtres mobiles: ce qui est absurde.
— À propos, qu’est-ce que la force d’un corps en mouvement?
— C’est le produit de sa masse par sa vitesse dans un temps donné. La masse d’un corps est quatre, sa vitesse est quatre, la force de son coup sera seize; un autre corps est deux, sa vitesse deux, sa force est quatre: c’est le principe de toutes les mécaniques. Leibnitz annonça emphatiquement que ce principe était défectueux. Il prétendit qu’il fallait mesurer cette force, ce produit, par la masse multipliée par le carré de la vitesse. Ce n’était qu’une chicane, une équivoque indigne d’un philosophe, fondé sur l’abus de la découverte du grand Galilée, que les espaces parcourus dans le mouvement uniformément accéléré étaient comme les carrés des temps et des vitesses.
« Leibnitz ne considérait pas le temps qu’il fallait considérer. Aucun mathématicien anglais n’adopta ce système de Leibnitz. Il fut reçu quelque temps en France par un petit nombre de géomètres. Il infecta quelques livres, et même les Institutions physiques d’une personne illustre. Maupertuis traite fort mal Mairan, dans un livret intitulé ABC, comme s’il avait voulu enseigner l’a b c à celui qui suivait l’ancien et véritable calcul. Mairan avait raison; il tenait pour l’ancienne mesure de la masse multipliée par la vitesse. On revint enfin à lui; le scandale mathématique disparut, et on renvoya dans les espaces imaginaires le charlatanisme du carré de la vitesse, avec les monades, qui sont le miroir concentrique de l’univers, et avec l’harmonie préétablie. » N.
NATURE DIALOGUE ENTRE LE PHILOSOPHE ET LA NATURE.
le philosophe.
Qui es-tu, nature? je vis dans toi; il y a cinquante ans que je te cherche, et je n’ai pu te trouver encore.
la nature.
Les anciens Égyptiens, qui vivaient, dit-on, des douze cents ans, me firent le même reproche. Ils m’appelaient Isis; ils me mirent un grand voile sur la tête, et ils dirent que personne ne pouvait le lever.
le philosophe.
C’est ce qui fait que je m’adresse à toi. J’ai bien pu mesurer quelques-uns de tes globes, connaître leurs routes, assigner les lois du mouvement; mais je n’ai pu savoir qui tu es.
Es-tu toujours agissante? Es-tu toujours passive? Tes éléments se sont-ils arrangés d’eux-mêmes, comme l’eau se place sur le sable, l’huile sur l’eau, l’air sur l’huile? As-tu un esprit qui dirige toutes tes opérations, comme les conciles sont inspirés dès qu’ils sont assemblés, quoique leurs membres soient quelquefois des ignorants? De grâce, dis-moi le mot de ton énigme.
la nature.
Je suis le grand tout. Je n’en sais pas davantage. Je ne suis pas mathématicienne; et tout est arrangé chez moi selon les lois mathématiques. Devine si tu peux comment tout cela s’est fait. le philosophe.
Certainement, puisque ton grand tout ne sait pas les mathématiques, et que tes lois sont de la plus profonde géométrie, il faut qu’il y ait un éternel géomètre qui te dirige, une intelligence suprême qui préside à tes opérations.
la nature.
Tu as raison; je suis eau, terre, feu, atmosphère, métal, minéral, pierre, végétal, animal. Je sens bien qu’il y a dans moi une intelligence; tu en as une, tu ne la vois pas. Je ne vois pas non plus la mienne; je sens cette puissance invisible; je ne puis la connaître: pourquoi voudrais-tu, toi qui n’es qu’une petite partie de moi-même, savoir ce que je ne sais pas?
le philosophe.
le philosophe.
Nous sommes curieux. Je voudrais savoir comment, étant si brute dans tes montagnes, dans tes déserts, dans tes mers, tu parais pourtant si industrieuse dans tes animaux, dans tes végétaux.
la nature.
Mon pauvre enfant, veux-tu que je te dise la vérité? C’est qu’on m’a donné un nom qui ne me convient pas: on m’appelle nature, et je suis tout art.
le philosophe.
Ce mot dérange toutes mes idées. Quoi! la nature ne serait que l’art?
la nature.
Oui, sans doute. Ne sais-tu pas qu’il y a un art infini dans ces mers, dans ces montagnes, que tu trouves si brutes? Ne sais-tu pas que toutes ces eaux gravitent vers le centre de la terre, et ne s’élèvent que par des lois immuables; que ces montagnes qui couronnent la terre sont les immenses réservoirs des neiges éternelles qui produisent sans cesse ces fontaines, ces lacs, ces fleuves, sans lesquels mon genre animal et mon genre végétal périraient? Et quant à ce qu’on appelle mes règnes animal, végétal, minéral, tu n’en vois ici que trois; apprends que j’en ai des millions. Mais si tu considères seulement la formation d’un insecte, d’un épi de blé, de l’or, et du cuivre, tout te paraîtra merveilles de l’art.
le philosophe.
le philosophe.
Il est vrai. Plus j’y songe, plus je vois que tu n’es que l’art de je ne sais quel grand être bien puissant et bien industrieux, qui se cache et qui te fait paraître. Tous les raisonneurs depuis Thalès, et probablement longtemps avant lui, ont joué à colin-maillard avec toi; ils ont dit: Je te tiens, et ils ne tenaient rien. Nous ressemblons tous à Ixion; il croyait embrasser Junon, et il ne jouissait que d’une nuée.
la nature.
Puisque je suis tout ce qui est, comment un être tel que toi, une si petite partie de moi-même pourrait-elle me saisir? Contentez-vous, atomes mes enfants, de voir quelques atomes qui vous environnent, de boire quelques gouttes de mon lait, de végéter quelques moments sur mon sein, et de mourir sans avoir connu votre mère et votre nourrice.
le philosophe.
Ma chère mère, dis-moi un peu pourquoi tu existes, pourquoi il y a quelque chose.
la nature.
Je te répondrai ce que je réponds depuis tant de siècles à tous ceux qui m’interrogent sur les premiers principes: « Je n’en sais rien. » le philosophe.
Le néant vaudrait-il mieux que cette multitude d’existences faites pour être continuellement dissoutes, cette foule d’animaux nés et reproduits pour en dévorer d’autres et pour être dévorés, cette foule d’êtres sensibles formés pour tant de sensations douloureuses, cette autre foule d’intelligences qui si rarement entendent raison? À quoi bon tout cela, nature?
la nature.
Oh! va interroger celui qui m’a faite.
NÉCESSAIRE.
osmin.
Ne dites-vous pas que tout est nécessaire?
sélim.
Si tout n’était pas nécessaire, il s’ensuivrait que Dieu aurait fait des choses inutiles.
osmin.
C’est-à-dire qu’il était nécessaire à la nature divine qu’elle fît tout ce qu’elle a fait.
sélim.
Je le crois, ou du moins je le soupçonne. Il y a des gens qui pensent autrement: je ne les entends point; peut-être ont-ils raison. Je crains la dispute sur cette matière. osmin.
C’est aussi d’un autre nécessaire que je veux vous parler.
sélim.
Quoi donc? de ce qui est nécessaire à un honnête homme pour vivre? du malheur où l’on est réduit quand on manque du nécessaire?
osmin.
Non; car ce qui est nécessaire à l’un ne l’est pas toujours à l’autre: il est nécessaire à un Indien d’avoir du riz, à un Anglais d’avoir de la viande; il faut une fourrure à un Russe, et une étoffe de gaze à un Africain; tel homme croit que douze chevaux de carrosse lui sont nécessaires, tel autre se borne à une paire de souliers, tel autre marche gaiement pieds nus: je veux vous parler de ce qui est nécessaire à tous les hommes.
sélim.
Il me semble que Dieu a donné tout ce qu’il fallait à cette espèce: des yeux pour voir, des pieds pour marcher, une bouche pour manger, un œsophage pour avaler, un estomac pour digérer, une cervelle pour raisonner, des organes pour produire leurs semblables.
osmin.
Comment donc arrive-t-il que des hommes naissent privés d’une partie de ces choses nécessaires?
sélim.
C’est que les lois générales de la nature ont amené des accidents qui ont fait naître des monstres; mais en général l’homme est pourvu de tout ce qu’il lui faut pour vivre en société.
osmin.
Y a-t-il des notions communes à tous les hommes, qui servent à les faire vivre en société?
sélim.
Oui. J’ai voyagé avec Paul Lucas, et partout où j’ai passé j’ai vu qu’on respectait son père et sa mère, qu’on se croyait obligé de tenir sa promesse, qu’on avait de la pitié pour les innocents opprimés, qu’on détestait la persécution, qu’on regardait la liberté de penser comme un droit de la nature, et les ennemis de cette liberté comme les ennemis du genre humain; ceux qui pensent différemment m’ont paru des créatures mal organisées, des monstres comme ceux qui sont nés sans yeux et sans mains.
osmin.
Ces choses nécessaires le sont-elles en tout temps et en tous lieux? sélim.
Oui; sans cela elles ne seraient pas nécessaires à l’espèce humaine.
osmin.
Ainsi une créance qui est nouvelle n’était pas nécessaire à cette espèce. Les hommes pouvaient très-bien vivre en société et remplir leurs devoirs envers Dieu, avant de croire que Mahomet ait eu de fréquents entretiens avec l’ange Gabriel.
sélim.
Rien n’est plus évident: il serait ridicule de penser qu’on n’eût pu remplir ses devoirs d’homme avant que Mahomet fût venu au monde; il n’était point du tout nécessaire à l’espèce humaine de croire à l’Alcoran: le monde allait avant Mahomet tout comme il va aujourd’hui. Si le mahométisme avait été nécessaire au monde, il aurait existé en tous lieux; Dieu, qui nous a donné à tous deux yeux pour voir son soleil, nous aurait donné à tous une intelligence pour voir la vérité de la religion musulmane. Cette secte n’est donc que comme les lois positives qui changent selon les temps et selon les lieux, comme les modes, comme les opinions des physiciens, qui se succèdent les unes aux autres.
La secte musulmane ne pouvait donc être essentiellement nécessaire à l’homme.
osmin.
Mais puisqu’elle existe. Dieu l’a permise?
sélim.
Oui, comme il permet que le monde soit rempli de sottises, d’erreurs, et de calamités. Ce n’est pas à dire que les hommes soient tous essentiellement faits pour être sots et malheureux. Il permet que quelques hommes soient mangés par les serpents; mais on ne peut pas dire: Dieu a fait l’homme pour être mangé par des serpents.
osmin.
Qu’entendez-vous en disant: Dieu permet? Rien peut-il arriver sans ses ordres? Permettre, vouloir et faire, n’est-ce pas pour lui la même chose?
sélim.
Il permet le crime, mais il ne le fait pas.
osmin.
Faire un crime, c’est agir contre la justice divine, c’est désobéir à Dieu. Or Dieu ne peut désobéir à lui-même, il ne peut commettre de crime; mais il a fait l’homme de façon que l’homme en commet beaucoup: d’où vient cela? sélim.
Il y a des gens qui le savent, mais ce n’est pas moi. Tout ce que je sais bien c’est que l’Alcoran est ridicule, quoique de temps en temps il y ait de bonnes choses. Certainement l’Alcoran n’était point nécessaire à l’homme; je m’en tiens là: je vois clairement ce qui est faux, et je connais très-peu ce qui est vrai.
osmin.
Je croyais que vous m’instruiriez, et vous ne m’apprenez rien.
sélim.
N’est-ce pas beaucoup de connaître les gens qui vous trompent, et les erreurs grossières et dangereuses qu’ils vous débitent?
osmin.
J’aurais à me plaindre d’un médecin qui me ferait une exposition des plantes nuisibles, et qui ne m’en montrerait pas une salutaire.
sélim.
Je ne suis point médecin, et vous n’êtes point malade; mais il me semble que je vous donnerais une fort bonne recette si je vous disais: Défiez-vous de toutes les inventions des charlatans, adorez Dieu, soyez honnête homme, et croyez que deux et deux font quatre.
NEWTON ET DESCARTES.
SECTION PREMIÈRE.
SECTION II.
Newton fut d’abord destiné à l’Église. Il commença par être théologien, et il lui en resta des marques toute sa vie. Il prit sérieusement le parti d’Arius contre Athanase; il alla même un peu plus loin qu’Arius, ainsi que tous les sociniens. Il y a aujourd’hui en Europe beaucoup de savants de cette opinion; je ne dirai pas de cette communion, car ils ne font point de corps; ils sont même partagés, et plusieurs d’entre eux réduisent leur système au pur déisme, accommodé avec la morale du Christ. Newton n’était pas de ces derniers; il ne différait de l’Église anglicane que sur le point de la consubstantialité, et il croyait tout le reste.
Une preuve de sa bonne foi, c’est qu’il a commenté l’Apocalypse. Il y trouve clairement que le pape est l’antechrist, et il explique d’ailleurs ce livre comme tous ceux qui s’en sont mêlés. Apparemment qu’il a voulu par ce commentaire consoler la race humaine de la supériorité qu’il avait sur elle.
Bien des gens, en lisant le peu de métaphysique que Newton a mis à la fin de ses Principes mathématiques, y ont trouvé quelque chose d’aussi obscur que l’Apocalypse. Les métaphysiciens et les théologiens ressemblent assez à cette espèce de gladiateurs qu’on faisait combattre les yeux couverts d’un bandeau; mais quand Newton travailla les yeux ouverts à ses mathématiques, sa vue porta aux bornes du monde.
Il a inventé le calcul qu’on appelle de l’infini; il a découvert et démontré un principe nouveau qui fait mouvoir toute la nature. On ne connaissait point la lumière avant lui; on n’en avait que des idées confuses et fausses. Il a dit: Que la lumière soit connue, et elle l’a été.
Les télescopes de réflexion ont été inventés par lui. Le premier a été fait de ses mains; et il a fait voir pourquoi on ne peut pas augmenter la force et la portée des télescopes ordinaires. Ce fut à l’occasion de son nouveau télescope qu’un jésuite allemand prit Newton pour un ouvrier, pour un faiseur de lunettes, artifex quidam nomine Newton, dit-il dans un petit livre. La postérité l’a bien vengé depuis. On lui faisait en France plus d’injustice, on le prenait pour un faiseur d’expériences qui s’était trompé; et parce que Mariotte se servit de mauvais prismes, on rejeta les découvertes de Newton.
Il fut admiré de ses compatriotes dès qu’il eut écrit et opéré. Il n’a été bien connu en France qu’au bout de quarante années. Mais en récompense nous avions la matière cannelée et la matière rameuse de Descartes, et les petits tourbillons mollasses du révérend père Malebranche, et le système de M. Privât de Molières, qui ne vaut pas pourtant Poquelin de Molière.
De tous ceux qui ont un peu vécu avec monsieur le cardinal de Polignac, il n’y a personne qui ne lui ait entendu dire que Newton était péripatéticien, et que ses rayons colorifiques, et surtout son attraction, sentaient beaucoup l’athéisme. Le cardinal de Polignac joignait à tous les avantages qu’il avait reçus de la nature une très-grande éloquence; il faisait des vers latins avec une facilité heureuse et étonnante; mais il ne savait que la philosophie de Descartes, et il avait retenu par cœur ses raisonnements comme on retient des dates. Il n’était point devenu géomètre et il n’était pas né philosophe. Il pouvait juger les Catilinaires et l’Énéide, mais non pas Newton et Locke.
Quand on considère que Newton, Locke, Clarke, Leibnitz, auraient été persécutés en France, emprisonnés à Rome, brûlés à Lisbonne, que faut-il penser de la raison humaine? Elle est née dans ce siècle en Angleterre. Il y avait eu, du temps de la reine Marie, une persécution assez forte sur la manière de prononcer le grec, et les persécuteurs se trompaient. Ceux qui mirent Galilée en pénitence se trompaient encore plus. Tout inquisiteur devrait rougir jusqu’au fond de l’âme, en voyant seulement une sphère de Copernic. Cependant si Newton était né en Portugal, et qu’un dominicain eût vu une hérésie dans la raison inverse du carré des distances, on aurait revêtu le chevalier Isaac Newton d’un san-benito dans un auto-da-fé.