Des gens ingénieux et profonds, des creuseurs d’antiquités, qui sauraient comment la terre était faite il y a cent mille ans si le génie pouvait le savoir, ont prétendu que les hommes, réduits à un très-petit nombre dans notre continent et dans l’autre, encore effrayés des révolutions innombrables que ce triste globe avait essuyées, perpétuèrent le souvenir de leurs malheurs par des commémorations funestes et lugubres. « Toute fête, disent-ils, fut un jour d’horreur, institué pour faire souvenir les hommes que leurs pères avaient été détruits par les feux échappés des volcans, par des rochers tombés des montagnes, par l’irruption des mers, par les dents et les griffes des bêtes sauvages, par la famine, la peste et les guerres. » Nous ne sommes donc pas faits comme les hommes l’étaient alors. On ne s’est jamais tant réjoui à Londres qu’après la peste et l’incendie de la ville entière sous Charles II.
Nous fîmes des chansons lorsque les massacres de la Saint-Barthélémy duraient encore. On a conservé des pasquinades faites le lendemain de l’assassinat de Coligny; on imprima dans Paris: « Passio domini nostri Gaspardi Colignii secundum Bartholomæum. » Il est arrivé mille fois que le sultan qui règne à Constantinople a fait danser ses châtrés et ses odalisques dans des salons teints du sang de ses frères et de ses vizirs.
Que fait-on dans Paris le jour qu’on apprend la perte d’une bataille, et la mort de cent braves officiers? on court à l’opéra et à la comédie.
Que faisait-on quand la maréchale d’Ancre était immolée dans la Grève à la barbarie de ses persécuteurs; quand le maréchal de Marillac était traîné au supplice dans une charrette, en vertu d’un papier signé par des valets en robe dans l’antichambre du cardinal de Richelieu; quand un lieutenant général des armées un étranger qui avait versé son sang pour l’État, condamné par les cris de ses ennemis acharnés, allait sur l’échafaud dans un tombereau d’ordures avec un bâillon à la bouche; quand un jeune homme de dix-neuf ans plein de candeur, de courage et de modestie, mais très-imprudent, était conduit au plus affreux des supplices? on chantait des vaudevilles.
Tel est l’homme, ou du moins l’homme des bords de la Seine. Tel il fut dans tous les temps, par la seule raison que les lapins ont toujours eu du poil, et les alouettes des plumes.
SECTION V.
De l’origine des arts.
Quoi! nous voudrions savoir quelle était précisément la théologie de Thaut, de Zerdust, de Sanchoniathon, des premiers brachmanes, et nous ignorons qui a inventé la navette! Le premier tisserand, le premier maçon, le premier forgeron, ont été sans doute de grands génies; mais on n’en a tenu aucun compte. Pourquoi? c’est qu’aucun d’eux n’inventa un art perfectionné. Celui qui creusa un chêne pour traverser un fleuve ne fit point de galères; ceux qui arrangèrent des pierres brutes avec des traverses de bois n’imaginèrent point les pyramides: tout se fait par degrés, et la gloire n’est à personne.
Tout se fit à tâtons jusqu’à ce que des philosophes, à l’aide de la géométrie, apprirent aux hommes à procéder avec justesse et sûreté.
Il fallut que Pythagore, au retour de ses voyages, montrât aux ouvriers la manière de faire une équerre qui fût parfaitement juste. Il prit trois règles, une de trois pieds, une de quatre, une de cinq, et il en fit un triangle rectangle. De plus, il se trouvait que le côté 5 fournissait un carré qui était juste le double des carrés produits par les côtés 4 et 3; méthode importante pour tous les ouvrages réguliers. C’est ce fameux théorème qu’il avait rapporté de l’Inde, et que nous avons dit ailleurs avoir été connu longtemps auparavant à la Chine, suivant le rapport de l’empereur Kang-hi. Il y avait longtemps qu’avant Platon les Grecs avaient su doubler le carré par cette seule figure géométrique.
Archytas et Ératosthènes inventèrent une méthode pour doubler un cube, ce qui était impraticable à la géométrie ordinaire, et ce qui aurait honoré Archimède.
Cet Archimède trouva la manière de supputer au juste combien on avait mêlé d’alliage à de l’or; et on travaillait en or depuis des siècles avant qu’on pût découvrir la fraude des ouvriers. La friponnerie exista longtemps avant les mathématiques. Les pyramides construites d’équerre, et correspondant juste aux quatre points cardinaux, font voir assez que la géométrie était connue en Égypte de temps immémorial; et cependant il est prouvé que l’Égypte était un pays tout nouveau.
Sans la philosophie nous ne serions guère au-dessus des animaux qui se creusent des habitations, qui en élèvent, qui s’y préparent leur nourriture, qui prennent soin de leurs petits dans leurs demeures, et qui ont par-dessus nous le bonheur de naître vêtus.
Vitruve, qui avait voyagé en Gaule et en Espagne, dit qu’encore de son temps les maisons étaient bâties d’une espèce de torchis, couvertes de chaume ou de bardeau de chêne, et que les peuples n’avaient pas l’usage des tuiles. Quel était le temps de Vitruve? celui d’Auguste. Les arts avaient pénétré à peine chez les Espagnols, qui avaient des mines d’or et d’argent, et chez les Gaulois, qui avaient combattu dix ans contre César.
Le même Vitruve nous apprend que dans l’opulente et ingénieuse Marseille, qui commerçait avec tant de nations, les toits n’étaient que de terre grasse pétrie avec de la paille.
Il nous instruit que les Phrygiens se creusaient des habitations dans la terre. Ils fichaient des perches autour de la fosse, et les assemblaient en pointe; puis ils élevaient de la terre tout autour. Les Hurons et les Algonquins sont mieux logés. Cela ne donne pas une grande idée de cette Troie bâtie par les dieux, et du magnifique palais de Priam. Apparet domus intus, et atria longa patescunt: Apparent Priami et veterum penetralia regum.
Æn., II, 483-84.
Mais aussi le peuple n’est pas logé comme les rois: on voit des huttes près du Vatican et de Versailles.
De plus, l’industrie tombe et se relève chez les peuples par mille révolutions.
Et campos ubi Troja fuit...Æn., III, 11.
Nous avons nos arts, l’antiquité eut les siens. Nous ne saurions faire aujourd’hui une trirème; mais nous construisons des vaisseaux de cent pièces de canon.
Nous ne pouvons élever des obélisques de cent pieds de haut d’une seule pièce; mais nos méridiennes sont plus justes.
Le byssus nous est inconnu; les étoffes de Lyon valent bien le byssus.
Le Capitole était admirable; l’église de Saint-Pierre est beaucoup plus grande et plus belle.
Le Louvre est un chef-d’œuvre en comparaison du palais de Persépolis, dont la situation et les ruines n’attestent qu’un vaste monument d’une riche barbarie.
La musique de Rameau vaut probablement celle de Timothée, et il n’est point de tableau présenté dans Paris, au salon d’Apollon, qui ne l’emporte sur les peintures qu’on a déterrées dans Herculanum.
ANTI-TRINITAIRES.
Ce sont des hérétiques qui pourraient ne pas passer pour chrétiens. Cependant ils reconnaissent Jésus comme sauveur et médiateur; mais ils osent soutenir que rien n’est plus contraire à la droite raison que ce qu’on enseigne parmi les chrétiens touchant la trinité des personnes dans une seule essence divine, dont la seconde est engendrée par la première, et la troisième procède des deux autres.
Que cette doctrine inintelligible ne se trouve dans aucun endroit de l’Écriture.
Qu’on ne peut produire aucun passage qui l’autorise, et auquel on ne puisse, sans s’écarter en aucune façon de l’esprit du texte, donner un sens plus clair, plus naturel, plus conforme aux notions communes et aux vérités primitives et immuables.
Que soutenir, comme font leurs adversaires, qu’il y a plusieurs personnes distinctes dans l’essence divine, et que ce n’est pas l’Éternel qui est le seul vrai Dieu, mais qu’il y faut joindre le Fils et le Saint-Esprit, c’est introduire dans l’Église de Jésus-Christ l’erreur la plus grossière et la plus dangereuse, puisque c’est favoriser ouvertement le polythéisme.
Qu’il implique contradiction de dire qu’il n’y a qu’un Dieu, et que néanmoins il y a trois personnes, chacune desquelles est véritablement Dieu.
Que cette distinction, un en essence, et trois en personnes, n’a jamais été dans l’Écriture.
Qu’elle est manifestement fausse, puisqu’il est certain qu’il n’y a pas moins d’essences que de personnes, et de personnes que d’essences.
Que les trois personnes de la Trinité sont ou trois substances différentes, ou des accidents de l’essence divine, ou cette essence même sans distinction.
Que dans le premier cas on fait trois dieux.
Que dans le second on fait Dieu composé d’accidents, on adore des accidents, et on métamorphose des accidents en des personnes.
Que dans le troisième, c’est inutilement et sans fondement qu’on divise un sujet indivisible, et qu’on distingue en trois ce qui n’est point distingué en soi.
Que si on dit que les trois personnalités ne sont ni des substances différentes dans l’essence divine, ni des accidents de cette essence, on aura de la peine à se persuader qu’elles soient quelque chose.
Qu’il ne faut pas croire que les trinitaires les plus rigides et les plus décidés aient eux-mêmes quelque idée claire de la manière dont les trois hypostases subsistent en Dieu, sans diviser sa substance, et par conséquent sans la multiplier.
Que saint Augustin lui-même, après avoir avancé sur ce sujet mille raisonnements aussi faux que ténébreux, a été forcé d’avouer qu’on ne pouvait rien dire sur cela d’intelligible.
Ils rapportent ensuite le passage de ce père, qui en effet est très-singulier: « Quand on demande, dit-il, ce que c’est que les trois, le langage des hommes se trouve court, et l’on manque de termes pour les exprimer: on a pourtant dit trois personnes, non pas pour dire quelque chose, mais parce qu’il faut parler et ne pas demeurer muet. Dictum est tamen tres personæ, non ut illud diceretur, sed ne taceretur. » (De Trinit., lib. V, cap. ix.)
Que les théologiens modernes n’ont pas mieux éclairci cette matière.
Que quand on leur demande ce qu’ils entendent par ce mot de personne, ils ne l’expliquent qu’en disant que c’est une certaine distinction incompréhensible, qui fait que l’on distingue dans une nature unique en nombre, un Père, un Fils, et un Saint-Esprit.
Que l’explication qu’ils donnent des termes d’engendrer et de procéder n’est pas plus satisfaisante, puisqu’elle se réduit à dire que ces termes marquent certaines relations incompréhensibles qui sont entre les trois personnes de la Trinité.
Que l’on peut recueillir de là que l’état de la question entre les orthodoxes et eux consiste à savoir s’il y a en Dieu trois distinctions dont on n’a aucune idée, et entre lesquelles il y a certaines relations dont on n’a point d’idées non plus.
De tout cela ils concluent qu’il serait plus sage de s’en tenir à l’autorité des apôtres, qui n’ont jamais parlé de la Trinité, et de bannir à jamais de la religion tous les termes qui ne sont pas dans l’Écriture, comme ceux de Trinité, de personne, d’essence, d’hypostase, d’union hypostatique et personnelle, d’incarnation, de génération, de procession, et tant d’autres semblables qui, étant absolument vides de sens puisqu’ils n’ont dans la nature aucun être réel représentatif, ne peuvent exciter dans l’entendement que des notions fausses, vagues, obscures et incomplètes. (Tiré en grande partie de l’article Unitaires de l’Encyclopédie, lequel article est de l’abbé de Bragelogne.)
Ajoutons à cet article ce que dit dom Calmet dans sa dissertation sur le passage de l’épître de Jean l’Évangéliste: « Il y en a trois qui donnent témoignage en terre: l’esprit, l’eau, et le sang; et ces trois sont un. Il y en a trois qui donnent témoignage au ciel: le Père, le Verbe, et l’Esprit; et ces trois sont un. » Dom Calmet avoue que ces deux passages ne sont dans aucune Bible ancienne; et il serait en effet bien étrange que saint Jean eût parlé de la Trinité dans une lettre, et n’en eût pas dit un seul mot dans son Évangile. On ne voit nulle trace de ce dogme ni dans les évangiles canoniques, ni dans les apocryphes. Toutes ces raisons et beaucoup d’autres pourraient excuser les anti-trinitaires, si les conciles n’avaient pas décidé. Mais comme les hérétiques ne font nul cas des conciles, on ne sait plus comment s’y prendre pour les confondre. Bornons-nous à croire et à souhaiter qu’ils croient.
ANTROPOMORPHITES, voyez ANTHROPOMORPHITES.
ANTROPOPHAGES voyez ANTHROPOPHAGES.
APIS.
Le bœuf Apis était-il adoré à Memphis comme dieu, comme symbole, ou comme bœuf? Il est à croire que les fanatiques voyaient en lui un dieu, les sages un simple symbole, et que le sot peuple adorait le bœuf. Cambyse fit-il bien, quand il eut conquis l’Égypte, de tuer ce bœuf de sa main? Pourquoi non? il faisait voir aux imbéciles qu’on pouvait mettre leur dieu à la broche sans que la nature s’armât pour venger ce sacrilège. On a fort vanté les Égyptiens. Je ne connais guère de peuple plus misérable; il faut qu’il y ait toujours eu dans leur caractère et dans leur gouvernement un vice radical qui en a toujours fait de vils esclaves. Je consens que dans les temps presque inconnus ils aient conquis la terre; mais dans les temps de l’histoire ils ont été subjugués par tous ceux qui ont voulu s’en donner la peine, par les Assyriens, par les Grecs, par les Romains, par les Arabes, par les Mameluks, par les Turcs, enfin par tout le monde, excepté par nos croisés, attendu que ceux-ci étaient plus malavisés que les Égyptiens n’étaient lâches. Ce fut la milice des Mameluks qui battit les Français. Il n’y a peut-être que deux choses passables dans cette nation: la première, que ceux qui adoraient un bœuf ne voulurent jamais contraindre ceux qui adoraient un singe à changer de religion; la seconde, qu’ils ont fait toujours éclore des poulets dans des fours.
On vante leurs pyramides; mais ce sont des monuments d’un peuple esclave. Il faut bien qu’on y ait fait travailler toute la nation, sans quoi on n’aurait pu venir à bout d’élever ces vilaines masses. A quoi servaient-elles? à conserver dans une petite chambre la momie de quelque prince ou de quelque gouverneur, ou de quelque intendant, que son âme devait ranimer au bout de mille ans.
Mais s’ils espéraient cette résurrection des corps, pourquoi leur ôter la cervelle avant de les embaumer? les Égyptiens devaient-ils ressusciter sans cervelle?
APOCALYPSE.
SECTION PREMIÈRE.
Justin le martyr, qui écrivait vers l’an 270 de notre ère, est le premier qui ait parlé de l’Apocalypse; il l’attribue à l’apôtre Jean l’Évangéliste: dans son dialogue avec Tryphon (n 80), ce Juif lui demande s’il ne croit pas que Jérusalem doit être rétablie un jour. Justin lui répond qu’il le croit ainsi avec tous les chrétiens qui pensent juste. « Il y a eu, dit-il, parmi nous un certain personnage nommé Jean, l’un des douze apôtres de Jésus; il a prédit que les fidèles passeront mille ans dans Jérusalem. » Ce fut une opinion longtemps reçue parmi les chrétiens que ce règne de mille ans. Cette période était en grand crédit chez les Gentils, Les âmes des Égyptiens reprenaient leurs corps au bout de mille années; les âmes du purgatoire, chez Virgile, étaient exercées pendant ce même espace de temps, et mille per annos. La nouvelle Jérusalem de mille années devait avoir douze portes, en mémoire des douze apôtres; sa forme devait être carrée; sa longueur, sa largeur et sa hauteur, devaient être de douze mille stades, c’est-à-dire cinq cents lieues, de façon que les maisons devaient avoir aussi cinq cents lieues de haut. Il eût été assez désagréable de demeurer au dernier étage; mais enfin c’est ce que dit l’Apocalypse au chapitre xxi.
Si Justin est le premier qui attribua l’Apocalypse à saint Jean, quelques personnes ont récusé son témoignage, attendu que dans ce même dialogue avec le juif Tryphon il dit que, selon le récit des apôtres, Jésus-Christ, en descendant dans le Jourdain, fit bouillir les eaux de ce fleuve, et les enflamma; ce qui pourtant ne se trouve dans aucun écrit des apôtres.
Le même saint Justin cite avec confiance les oracles des sibylles; de plus, il prétend avoir vu les restes des petites-maisons où furent enfermés les soixante et douze interprètes dans le phare d’Égypte du temps d’Hérode. Le témoignage d’un homme qui a eu le malheur de voir ces petites-maisons semble indiquer que l’auteur devait y être renfermé.
Saint-Irénée, qui vient après, et qui croyait aussi le règne de mille ans, dit qu’il a appris d’un vieillard que saint Jean avait fait l’Apocalypse. Mais on a reproché à saint Irénée d’avoir écrit qu’il ne doit y avoir que quatre Évangiles, parce qu’il n’y a que quatre parties du monde et quatre vents cardinaux, et qu’Ézéchiel n’a vu que quatre animaux. Il appelle ce raisonnement une démonstration. Il faut avouer que la manière dont Irénée démontre vaut bien celle dont Justin a vu.
Clément d’Alexandrie ne parle, dans ses Électa, que d’une Apocalypse de saint Pierre dont on faisait très-grand cas. Tertullien, l’un des grands partisans du règne de mille ans, non-seulement assure que saint Jean a prédit cette résurrection et ce règne de mille ans dans la ville de Jérusalem, mais il prétend que cette Jérusalem commençait déjà à se former dans l’air; que tous les chrétiens de la Palestine, et même les païens, l’avaient vue pendant quarante jours de suite à la fin de la nuit; mais malheureusement la ville disparaissait dès qu’il était jour.
Origène, dans sa préface sur l’Évangile de saint Jean, et dans ses Homélies, cite les oracles de l’Apocalypse; mais il cite également les oracles des sibylles. Cependant saint Denis d’Alexandrie, qui écrivait vers le milieu du iii siècle, dit, dans un de ses fragments conservés par Eusèbe que presque tous les docteurs rejetaient l’Apocalypse comme un livre destitué de raison; que ce livre n’a point été composé par saint Jean, mais par un nommé Cérinthe, lequel s’était servi d’un grand nom pour donner plus de poids à ses rêveries.
Le concile de Laodicée, tenu en 360, ne compta point l’Apocalypse parmi les livres canoniques. Il était bien singulier que Laodicée, qui était une église à qui l’Apocalypse était adressée, rejetât un trésor destiné pour elle; et que l’évêque d’Éphèse, qui assistait au concile, rejetât aussi ce livre de saint Jean enterré dans Éphèse.
Il était visible à tous les yeux que saint Jean se remuait toujours dans sa fosse, et faisait continuellement hausser et baisser la terre. Cependant les mêmes personnages qui étaient sûrs que saint Jean n’était pas bien mort étaient sûrs aussi qu’il n’avait pas fait l’Apocalypse. Mais ceux qui tenaient pour le règne de mille ans furent inébranlables dans leur opinion. Sulpice Sévère, dans son Histoire sacrée, livre IX traite d’insensés et d’impies ceux qui ne recevaient pas l’Apocalypse. Enfin, après bien des oppositions de concile à concile, l’opinion de Sulpice Sévère a prévalu. La matière ayant été éclaircie, l’Église a décidé que l’Apocalypse est incontestablement de saint Jean; ainsi il n’y a pas d’appel.
Chaque communion chrétienne s’est attribué les prophéties contenues dans ce livre: les Anglais y ont trouvé les révolutions de la Grande-Bretagne; les luthériens, les troubles d’Allemagne; les réformés de France, le règne de Charles IX et la régence de Catherine de Médicis; ils ont tous également raison. Bossuet et Newton ont commenté tous deux l’Apocalypse; mais, à tout prendre, les déclamations éloquentes de l’un, et les sublimes découvertes de l’autre, leur ont fait plus d’honneur que leurs commentaires.
SECTION II.
SECTION II.
Ainsi deux grands hommes, mais d’une grandeur fort différente, ont commenté l’Apocalypse dans le xvii siècle: Newton, à qui une pareille étude ne convenait guère; Bossuet, à qui cette entreprise convenait davantage. L’un et l’autre donnèrent beaucoup de prise à leurs ennemis par leurs commentaires, et, comme on l’a déjà dit le premier consola la race humaine de la supériorité qu’il avait sur elle, et l’autre réjouit ses ennemis.
Les catholiques et les protestants ont tous expliqué l’Apocalypse en leur faveur, et chacun y a trouvé tout juste ce qui convenait à ses intérêts. Ils ont surtout fait de merveilleux commentaires sur la grande bête à sept têtes et à dix cornes, ayant le poil d’un léopard, les pieds d’un ours, la gueule du lion, la force du dragon; et il fallait, pour vendre et acheter, avoir le caractère et le nombre de la bête; et ce nombre était 666.
Bossuet trouve que cette bête était évidemment l’empereur Dioclétien, en faisant un acrostiche de son nom. Grotius croyait que c’était Trajan. Un curé de Saint-Sulpice, nommé La Chétardie, connu par d’étranges aventures, prouve que la bête était Julien. Jurieu prouve que la bête est le pape. Un prédicant a démontré que c’est Louis XIV. Un bon catholique a démontré que c’est le roi d’Angleterre Guillaume. Il n’est pas aisé de les accorder tous.
Il y a eu de vives disputes concernant les étoiles qui tombèrent du ciel sur la terre, et touchant le soleil et la lune qui furent frappés à la fois de ténèbres dans leur troisième partie.
Il y a eu plusieurs sentiments sur le livre que l’ange fit manger à l’auteur de l’Apocalypse, lequel livre fut doux à la bouche et amer dans le ventre. Jurieu prétendait que les livres de ses adversaires étaient désignés par là; et on rétorquait son argument contre lui.
On s’est querellé sur ce verset: « J’entendis une voix dans le ciel, comme la voix des grandes eaux, et comme la voix d’un grand tonnerre; et cette voix que j’entendis était comme des harpeurs harpants sur leurs harpes. » Il est clair qu’il valait mieux respecter l’Apocalypse que la commenter.
Camus, évêque de Belley, fit imprimer au siècle précédent un gros livre contre les moines, qu’un moine défroqué abrégea; il fut intitulé Apocalypse parce qu’il y révélait les défauts et les dangers de la vie monacale; Apocalypse de Méliton, parce que Méliton, évêque de Sardes, au ii siècle, avait passé pour prophète. L’ouvrage de cet évêque n’a rien des obscurités de l’Apocalypse de saint Jean; jamais on ne parla plus clairement. L’évêque ressemble à ce magistrat qui disait à un procureur, « Vous êtes un faussaire, un fripon. Je ne sais si je m’explique. » L’évêque de Belley suppute, dans son Apocalypse ou Révélation, qu’il y avait de son temps quatre-vingt-dix-huit ordres de moines rentés ou mendiants, qui vivaient aux dépens des peuples sans rendre le moindre service, sans s’occuper du plus léger travail. Il comptait six cent mille moines dans l’Europe. Le calcul est un peu enflé; mais il est certain que le nombre des moines était un peu trop grand.
Il assure que les moines sont les ennemis des évêques, des curés et des magistrats.
Que parmi les privilèges accordés aux cordeliers, le sixième privilège est la sûreté d’être sauvé, quelque crime horrible qu’on ait commis, pourvu qu’on aime l’ordre de Saint-François.
Que les moines ressemblent aux singes: plus ils montent haut, plus on voit leur cul.
Que le nom de moine est devenu si infâme et si exécrable qu’il est regardé par les moines mêmes comme une sale injure, et comme le plus violent outrage qu’on leur puisse faire.
Mon cher lecteur, qui que vous soyez, ou ministre ou magistrat, considérez avec attention ce petit morceau du livre de notre évêque.
« Représentez-vous le couvent de l’Escurial ou du Mont-Cassin, où les cénobites ont toutes sortes de commodités nécessaires, utiles, délectables, superflues, surabondantes, puisqu’ils ont les cent cinquante mille, les quatre cent mille, les cinq cent mille écus de rente; et jugez si monsieur l’abbé a de quoi laisser dormir la méridienne à ceux qui voudront.
« D’un autre côté, représentez-vous un artisan, un laboureur, qui n’a pour tout vaillant que ses bras, chargé d’une grosse famille, travaillant tous les jours en toute saison comme un esclave pour la nourrir du pain de douleur et de l’eau des larmes; et puis faites la comparaison de la prééminence de l’une ou de l’autre condition en fait de pauvreté. » Voilà un passage de l’Apocalypse épiscopale qui n’a pas besoin de commentaires: il n’y manque qu’un ange qui vienne remplir sa coupe du vin des moines pour désaltérer les agriculteurs qui labourent, sèment et recueillent pour les monastères.
Mais ce prélat ne fit qu’une satire au lieu d’en faire un livre utile. Sa dignité lui ordonnait de dire le bien comme le mal. Il fallait avouer que les bénédictins ont donné beaucoup de bons ouvrages, que les jésuites ont rendu de grands services aux belles-lettres. Il fallait bénir les frères de la Charité, et ceux de la Rédemption des captifs. Le premier devoir est d’être juste. Camus se livrait trop à son imagination. Saint François de Sales lui conseilla de faire des romans de morale; mais il abusa de ce conseil.
APOCRYPHES, du mot grec qui signifie « caché ».
On remarque très-bien dans le Dictionnaire encyclopédique que les divines Écritures pouvaient être à la fois sacrées et apocryphes: sacrées, parce qu’elles sont indubitablement dictées par Dieu même; apocryphes, parce qu’elles étaient cachées aux nations, et même au peuple juif.
Qu’elles fussent cachées aux nations avant la traduction grecque faite dans Alexandrie sous les Ptolémées, c’est une vérité reconnue. Josèphe l’avoue dans la réponse qu’il fit à Apion, après la mort d’Apion; et son aveu n’en a pas moins de poids, quoiqu’il prétende le fortifier par une fable. Il dit dans son histoire que les livres juifs étant tous divins, nul historien, nul poëte étranger n’en avait jamais osé parler. Et immédiatement après avoir assuré que jamais personne n’osa s’exprimer sur les lois juives, il ajoute que l’historien Théopompe ayant eu seulement le dessein d’en insérer quelque chose dans son histoire, Dieu le rendit fou pendant trente jours; qu’ensuite ayant été averti dans un songe qu’il n’était fou que pour avoir voulu connaître les choses divines, et les faire connaître aux profanes, il en demanda pardon à Dieu, qui le remit dans son bon sens.
Josèphe, au même endroit, rapporte encore qu’un poëte nommé Théodecte ayant dit un mot des Juifs, dans ses tragédies, devint aveugle, et que Dieu ne lui rendit la vue qu’après qu’il eut fait pénitence.
Quant au peuple juif, il est certain qu’il y eut des temps où il ne put lire les divines Écritures, puisqu’il est dit dans le quatrième livre des Rois, et dans le deuxième des Paralipomènes, que sous le roi Josias on ne les connaissait pas, et qu’on en trouva par hasard un seul exemplaire dans un coffre chez le grand-prêtre Helcias ou Helkia.
Les dix tribus qui furent dispersées par Salmanazar n’ont jamais reparu; et les livres, si elles en avaient, ont été perdus avec elles. Les deux tribus qui furent esclaves à Babylone, et qui revinrent au bout de soixante et dix ans, n’avaient plus leurs livres, ou du moins ils étaient très-rares et très-défectueux, puisque Esdras fut obligé de les rétablir. Mais quoique ces livres fussent apocryphes pendant la captivité de Babylone, c’est-à-dire cachés, inconnus au peuple, ils étaient toujours sacrés; ils portaient le sceau de la Divinité; ils étaient, comme tout le monde en convient, le seul monument de vérité qui fût sur la terre.
Nous appelons aujourd’hui apocryphes les livres qui ne méritent aucune créance, tant les langues sont sujettes au changement. Les catholiques et les protestants s’accordent à traiter d’apocryphes en ce sens, et à rejeter: La Prière de Manassé, roi de Juda, qui se trouve dans le quatrième livre des Rois; Le troisième et le quatrième livre des Machabées; Le quatrième livre d’Esdras; quoiqu’ils soient incontestablement écrits par des Juifs; mais on nie que les auteurs aient été inspirés de Dieu ainsi que les autres Juifs.
Les autres livres juifs, rejetés par les seuls protestants, et regardés par conséquent comme non inspirés par Dieu même, sont: La Sagesse, quoiqu’elle soit écrite du même style que les Proverbes; L’Ecclésiastique, quoique ce soit encore le même style; Les deux premiers livres des Machabées, quoiqu’ils soient écrits par un Juif; mais ils ne croient pas que ce Juif ait été inspiré de Dieu; Tobie, quoique le fond en soit édifiant. Le judicieux et profond Calmet affirme qu’une partie de ce livre fut écrite par Tobie père, et l’autre par Tobie fils, et qu’un troisième auteur ajouta la conclusion du dernier chapitre, laquelle dit que le jeune Tobie mourut à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, et que ses enfants l’enterrèrent gaiement.
Le même Calmet, à la fin de sa préface, s’exprime ainsi: « Ni cette histoire en elle-même, ni la manière dont elle est racontée, ne portent en aucune manière le caractère de fable ou de fiction. S’il fallait rejeter toutes les histoires de l’Écriture où il paraît du merveilleux et de l’extraordinaire, où serait le livre sacré que l’on pourrait conserver?...»
Judith, quoique Luther lui-même déclare que « ce livre est beau, bon, saint, utile, et que c’est le discours d’un saint poète et d’un prophète animé du Saint-Esprit, qui nous instruit, etc. » Il est difficile, à la vérité, de savoir en quel temps se passa l’aventure de Judith, et où était située la ville de Béthulie. On a disputé aussi beaucoup sur le degré de sainteté de l’action de Judith; mais le livre ayant été déclaré canonique au concile de Trente, il n’y a plus à disputer; Baruch, quoiqu’il soit écrit du style de tous les autres prophètes; Esther. Les protestants n’en rejettent que quelques additions après le chapitre x; mais ils admettent tout le reste du livre, encore que l’on ne sache pas qui était le roi Assuérus, personnage principal de cette histoire; Daniel. Les protestants en retranchent l’aventure de Suzanne et des petits enfants dans la fournaise; mais ils conservent le songe de Nabuchodonosor et son habitation avec les bêtes.
DE LA VIE DE MOÏSE, livre apocryphe de la plus haute antiquité.
L’ancien livre qui contient la vie et la mort de Moïse paraît écrit du temps de la captivité de Babylone. Ce fut alors que les Juifs commencèrent à connaître les noms que les Chaldéens et les Perses donnaient aux anges.
C’est là qu’on voit les noms de Zinghiel, Samael, Tsakon, Lakah, et beaucoup d’autres dont les Juifs n’avaient fait aucune mention.
Le livre de la mort de Moïse paraît postérieur. Il est reconnu que les Juifs avaient plusieurs vies de Moïse très-anciennes, et d’autres livres indépendamment du Pentateuque. Il y était appelé Moni, et non pas Moïse; et on prétend que mo signifiait de l’eau, et ni la particule de. On le nomma aussi du nom général Melk: on lui donna ceux de Joakim, Adamosi, Thetmosi; et surtout on a cru que c’était le même personnage que Manethon appelle Ozarziph.
Quelques-uns de ces vieux manuscrits hébraïques furent tirés de la poussière des cabinets des Juifs vers l’an 1517. Le savant Gilbert Gaulmin, qui possédait leur langue parfaitement, les traduisit en latin vers l’an 1635. Ils furent imprimés ensuite et dédiés au cardinal de Bérulle. Les exemplaires sont devenus d’une rareté extrême.
Jamais le rabbinisme, le goût du merveilleux, l’imagination orientale, ne se déployèrent avec plus d’excès.
FRAGMENT DE LA VIE DE MOÏSE.
Cent trente ans après l’établissement des Juifs en Égypte, et soixante ans après la mort du patriarche Joseph, le pharaon eut un songe en dormant. Un vieillard tenait une balance: dans l’un des bassins étaient tous les habitants de l’Égypte, dans l’autre était un petit enfant, et cet enfant pesait plus que tous les Égyptiens ensemble. Le pharaon appelle aussitôt ses shotim, ses sages. L’un des sages lui dit: « roi! cet enfant est un Juif qui fera un jour bien du mal à votre royaume. Faites tuer tous les enfants des Juifs, vous sauverez par là votre empire, si pourtant on peut s’opposer aux ordres du destin. » Ce conseil plut à Pharaon: il fit venir les sages-femmes, et leur ordonna d’étrangler tous les mâles dont les Juives accoucheraient...Il y avait en Égypte un homme nommé Amram, fils de Kehat, mari de Jocebed, sœur de son frère. Cette Jocebed lui donna une fille nommée Marie, qui signifie persécutée, parce que les Égyptiens descendants de Cham persécutaient les Israélites descendants évidemment de Sem. Jocebed accoucha ensuite d’Aaron, qui signifie condamné à mort, parce que le pharaon avait condamné à mort tous les enfants juifs. Aaron et Marie furent préservés par les anges du Seigneur, qui les nourrirent aux champs, et qui les rendirent à leurs parents quand ils furent dans l’adolescence.
Enfin Jocebed eut un troisième enfant: ce fut Moïse, qui par conséquent avait quinze ans de moins que son frère. Il fut exposé sur le Nil. La fille du pharaon le rencontra en se baignant, le fit nourrir, et l’adopta pour son fils, quoiqu’elle ne fût point mariée.
Trois ans après, son père le pharaon prit une nouvelle femme; il fit un grand festin; sa femme était à sa droite, sa fille était à sa gauche avec le petit Moïse. L’enfant, en se jouant, lui prit sa couronne et la mit sur sa tête. Balaam le magicien, eunuque du roi, se ressouvint alors du songe de Sa Majesté. « Voilà, dit-il, cet enfant qui doit un jour vous faire tant de mal; l’esprit de Dieu est en lui. Ce qu’il vient de faire est une preuve qu’il a déjà un dessein formel de vous détrôner. Il faut le faire périr sur-le-champ. » Cette idée plut beaucoup au pharaon.
On allait tuer le petit Moïse lorsque Dieu envoya sur-le-champ son ange Gabriel déguisé en officier du pharaon, et qui lui dit: « Seigneur, il ne faut pas faire mourir un enfant innocent qui n’a pas encore l’âge de discrétion; il n’a mis votre couronne sur sa tête que parce qu’il manque de jugement. Il n’y a qu’à lui présenter un rubis et un charbon ardent: s’il choisit le charbon, il est clair que c’est un imbécile qui ne sera pas dangereux; mais s’il prend le rubis, c’est signe qu’il y entend finesse, et alors il faut le tuer. » Aussitôt on apporte un rubis et un charbon; Moïse ne manque pas de prendre le rubis; mais l’ange Gabriel, par un léger tour de main, glisse le charbon à la place de la pierre précieuse. Moïse mit le charbon dans sa bouche et se brûla la langue si horriblement qu’il en resta bègue toute sa vie; c’est la raison pour laquelle le législateur des Juifs ne put jamais articuler.
Moïse avait quinze ans et était favori du pharaon. Un Hébreu vint se plaindre à lui de ce qu’un Égyptien l’avait battu après avoir couché avec sa femme. Moïse tua l’Égyptien. Le pharaon ordonna qu’on coupât la tête à Moïse. Le bourreau le frappa; mais Dieu changea sur-le-champ le cou de Moïse en colonne de marbre, et envoya l’ange Michel, qui en trois jours de temps conduisit Moïse hors des frontières.
Le jeune Hébreu se réfugia auprès de Nécano, roi d’Ethiopie, qui était en guerre avec les Arabes. Nécano le fit son général d’armée, et après la mort de Nécano, Moïse fut élu roi et épousa la veuve. Mais Moïse, honteux d’épouser la femme de son seigneur, n’osa jouir d’elle, et mit une épée dans le lit entre lui et la reine. Il demeura quarante ans avec elle sans la toucher. La reine, irritée, convoqua enfin les états du royaume d’Éthiopie, se plaignit de ce que Moïse ne lui faisait rien, et conclut à le chasser et à mettre sur le trône le fils du feu roi.
Moïse s’enfuit dans le pays de Madian chez le prêtre Jéthro. Ce prêtre crut que sa fortune était faite s’il remettait Moïse entre les mains du pharaon d’Égypte, et il commença par le faire mettre dans un cul de basse-fosse, où il fut réduit au pain et à l’eau. Moïse engraissa à vue d’œil dans son cachot. Jéthro en fut tout étonné. Il ne savait pas que sa fille Séphora était devenue amoureuse du prisonnier, et lui portait elle-même des perdrix et des cailles avec d’excellent vin. Il conclut que Dieu protégeait Moïse, et ne le livra point au pharaon.
Cependant le prêtre Jéthro voulut marier sa fille; il avait dans son jardin un arbre de saphir sur lequel était gravé le nom de Jaho ou Jéhova. Il fit publier dans tout le pays qu’il donnerait sa fille à celui qui pourrait arracher l’arbre de saphir. Les amants de Séphora se présentèrent: aucun d’eux ne put seulement faire pencher l’arbre. Moïse, qui n’avait que soixante et dix-sept ans, l’arracha tout d’un coup sans effort. Il épousa Séphora, dont il eut bientôt un beau garçon nommé Gersom.