SigPhi · Voltaire

Dictionnaire philosophique

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Mais il faut considérer que Raphael a daigné peindre des grotesques. Molière ne serait point descendu si bas s’il n’eût eu pour spectateurs que des Louis XIV, des Condé, des Turenne, des ducs de La Rochefoucauld, des Montausier, des Beauvilliers, des dames de Montespan et de Thiange; mais il travaillait aussi pour le peuple de Paris, qui n’était pas encore décrassé; le bourgeois aimait la grosse farce, et la payait. Les Jodelets de Scarron étaient à la mode. On est obligé de se mettre au niveau de son siècle avant d’être supérieur à son siècle; et, après tout, on aime quelquefois à rire. Qu’est-ce que la Batrachomyomachie attribuée à Homère, sinon une bouffonnerie, un poëme burlesque?

Ces ouvrages ne donnent point de réputation, et ils peuvent avilir celle dont on jouit.

Le bouffon n’est pas toujours dans le style burlesque. Le Médecin malgré lui, les Fourberies de Scapin, ne sont point dans le style des Jodelets de Scarron, Molière ne va pas rechercher des termes d’argot comme Scarron, ses personnages les plus bas n’affectent point des plaisanteries de Gilles; la bouffonnerie est dans la chose, et non dans l’expression. Le style burlesque est celui de Don Japhet d’Arménie.

Du bon père Noé j’ai l’honneur de descendre, Noé qui sur les eaux fit flotter sa maison, Quand tout le genre humain but plus que de raison.

Vous voyez qu’il n’est rien de plus net que ma race, Et qu’un cristal auprès paraîtrait plein de crasse.

(Acte I, scène ii.)

Pour dire qu’il veut se promener, il dit qu’il va exercer sa vertu caminante. Pour faire entendre qu’on ne pourra lui parler, il dit: Vous aurez avec moi disette de loquelle.

(Acte I, scène ii.)

C’est presque partout le jargon des gueux, le langage des halles; même il est inventeur dans ce langage.

Tu m’as tout compissé, pisseuse abominable.

(Acte IV, scène xii.)

Enfin la grossièreté de sa bassesse est poussée jusqu’à chanter sur le théâtre: Amour nabot, Qui du jabot De don Japhet As fait Une ardente fournaise… Et dans mon pis As mis Une essence de braise.

(Acte IV, scène v.)

Et ce sont ces plates infamies qu’on a jouées pendant plus d’un siècle alternativement avec le Misanthrope, ainsi qu’on voit passer dans une rue indifféremment un magistrat et un chiffonnier.

Le Virgile travesti est à peu près dans ce goût; mais rien n’est plus abominable que sa Mazarinade: Mais mon Jules n’est pas César; C’est un caprice du hasard, Qui naquit garçon et fut garce, Qui n’était né que pour la farce… Tous tes desseins prennent un rat Dans la moindre affaire d’État.

Singe du prélat de Sorbonne, Ma foi, tu nous la bailles bonne: Tu n’es à ce cardinal duc Comparable qu’en aqueduc.

Illustre en ta partie honteuse, Ta seule braguette est fameuse...Va rendre compte au Vatican De tes meubles mis à l’encan… D’être cause que tout se perde, De tes caleçons pleins de merde.

Ces saletés font vomir et le reste est si exécrable qu’on n’ose le copier. Cet homme était digne du temps de la Fronde. Rien n’est peut-être plus extraordinaire que l’espèce de considération qu’il eut pendant sa vie, si ce n’est ce qui arriva dans sa maison après sa mort.

On commença par donner d’abord le nom de poème burlesque au Lutrin de Boileau; mais le sujet seul était burlesque; le style fut agréable et fin, quelquefois même héroïque.

Les Italiens avaient une autre sorte de burlesque qui était bien supérieur au nôtre: c’est celui de l’Arétin, de l’archevêque La Casa, du Berni, du Mauro, du Dolce. La décence y est souvent sacrifiée à la plaisanterie; mais les mots déshonnêtes en sont communément bannis. Le Capitolo del forno de l’archevêque La Casa roule à la vérité sur un sujet qui fait enfermer à Bicêtre les abbés Desfontaines, et qui mène en Grève les Duchaufour; cependant il n’y a pas un mot qui offense les oreilles chastes: il faut deviner.

Trois ou quatre Anglais ont excellé dans ce genre: Butler, dans son Hudibras, qui est la guerre civile excitée par les puritains tournée en ridicule; le docteur Garth, dans la Querelle des apothicaires et des médecins; Prior, dans son Histoire de l’âme, où il se moque fort plaisamment de son sujet; Philippe, dans sa pièce du Brillant Schelling.

Hudibras est autant au-dessus de Scarron qu’un homme de bonne compagnie est au-dessus d’un chansonnier des cabarets de la Courtille. Le héros d’Hudibras était un personnage très-réel qui avait été capitaine dans les armées de Fairfax et de Cromwell: il s’appelait le chevalier Samuel Luke.

Le poëme de Garth sur les médecins et les apothicaires est moins dans le style burlesque que dans celui du Lutrin de Boileau: on y trouve beaucoup plus d’imagination, de variété, de naïveté, etc., que dans le Lutrin; et, ce qui est étonnant, c’est qu’une profonde érudition y est embellie par la finesse et par les grâces. Il commence à peu près ainsi: Muse, raconte-moi les débats salutaires Des médecins de Londre et des apothicaires.

Contre le genre humain si longtemps réunis, Quel dieu pour nous sauver les rendit ennemis?

Comment laissèrent-ils respirer leurs malades, Pour frapper à grands coups sur leurs chers camarades?

Comment changèrent-ils leur coiffure en armet, La seringue en canon, la pilule en boulet?

Ils connurent la gloire; acharnés l’un sur l’autre, Ils prodiguaient leur vie, et nous laissaient la nôtre.

Prior, que nous avons vu plénipotentiaire en France avant la paix d’Utrecht, se fit médiateur entre les philosophes qui disputent sur l’âme. Son poëme est dans le style d’Hudibras, qu’on appelle doggerel rhymes: c’est le stilo Bernesco des Italiens.

La grande question est d’abord de savoir si l’âme est toute en tout, ou si elle est logée derrière le nez et les deux yeux sans sortir de sa niche. Suivant ce dernier système, Prior la compare au pape qui reste toujours à Rome, d’où il envoie ses nonces et ses espions pour savoir ce qui se passe dans la chrétienté.

Prior, après s’être moqué de plusieurs systèmes, propose le sien. Il remarque que l’animal à deux pieds, nouveau-né, remue les pieds tant qu’il peut quand on a la bêtise de l’emmaillotter; et il juge de là que l’âme entre chez lui par les pieds; que vers les quinze ans elle a monté au milieu du corps; qu’elle va ensuite au cœur, puis à la tête, et qu’elle en sort à pieds joints quand l’animal finit sa vie.

À la fin de ce poëme singulier, rempli de vers ingénieux et d’idées aussi fines que plaisantes, on voit ce vers charmant de Fontenelle: Il est des hochets pour tout âge.

Prior prie la fortune de lui donner des hochets pour sa vieillesse: Give us playthings for our old age.

Et il est bien certain que Fontenelle n’a pas pris ce vers de Prior, ni Prior de Fontenelle: l’ouvrage de Prior est antérieur de vingt ans, et Fontenelle n’entendait pas l’anglais.

Le poëme est terminé par cette conclusion: Je n’aurai point la fantaisie D’imiter ce pauvre Caton, Qui meurt dans notre tragédie Pour une page de Platon.

Car, entre nous, Platon m’ennuie.

La tristesse est une folie: Être gai, c’est avoir raison.

Çà, qu’on m’ôte mon Cicéron, D’Aristote la rapsodie, De René la philosophie; Et qu’on m’apporte mon flacon.

Distinguons bien dans tous ces poëmes le plaisant, le léger, le naturel, le familier, du grotesque, du bouffon, du bas, et surtout du forcé. Ces nuances sont démêlées par les connaisseurs, qui seuls à la longue font le destin des ouvrages.

La Fontaine a bien voulu quelquefois descendre au style burlesque.

Autrefois carpillon fretin Eut beau prêcher, il eut beau dire, On le mit dans la poêle à frire.

(Fable x du livre IX.)

Il appelle les louveteaux, messieurs les louvats. Phèdre ne se sert jamais de ce style dans ses fables; mais aussi il n’a pas la grâce et la naïve mollesse de La Fontaine, quoiqu’il ait plus de précision et de pureté.

BOULEVERT ou BOULEVART.

Boulevart, fortification, rempart. Belgrade est le boulevart de l’empire ottoman du côté de la Hongrie. Qui croirait que ce mot ne signifie dans son origine qu’un jeu de boule? Le peuple de Paris jouait à la boule sur le gazon du rempart; ce gazon s’appelait le vert, de même que le marché aux herbes. On boulait sur le vert. De là vient que les Anglais, dont la langue est une copie de la nôtre presque dans tous ses mots qui ne sont pas saxons, ont appelé le jeu de boule bowling-green, le vert du jeu de boule. Nous avons repris d’eux ce que nous leur avions prêté. Nous avons appelé d’après eux boulingrins, sans savoir la force du mot, les parterres de gazon que nous avons introduits dans nos jardins.

J’ai entendu autrefois de bonnes bourgeoises qui s’allaient promener sur le boulevert, et non pas sur le boulevart. On se moquait d’elles, et on avait tort. Mais en tout genre l’usage l’emporte; et tous ceux qui ont raison contre l’usage sont sifflés ou condamnés.

BOURGES.

Nos questions ne roulent guère sur la géographie; mais qu’on nous permette de marquer en deux mots notre étonnement sur la ville de Bourges. Le Dictionnaire de Trévoux prétend que « c’est une des plus anciennes de l’Europe, qu’elle était le siège de l’empire des Gaules, et donnait des rois aux Celtes ».

Je ne veux combattre l’ancienneté d’aucune ville ni d’aucune famille. Mais y a-t-il jamais eu un empire des Gaules? les Celtes avaient-ils des rois? Cette fureur d’antiquité est une maladie dont on ne guérira pas sitôt. Les Gaules, la Germanie, le Nord, n’ont rien d’antique que le sol, les arbres et les animaux. Si vous voulez des antiquités, allez vers l’Asie, et encore c’est fort peu de chose. Les hommes sont anciens, et les monuments nouveaux: c’est ce que nous avons en vue dans plus d’un article.

Si c’était un bien réel d’être né dans une enceinte de pierre ou de bois plus ancienne qu’une autre, il serait très-raisonnable de faire remonter la fondation de sa ville au temps de la guerre des géants; mais puisqu’il n’y a pas le moindre avantage dans cette vanité, il faut s’en détacher. C’est tout ce que j’avais à dire sur Bourges.

BOURREAU.

BOURREAU.

Il semble que ce mot n’aurait point dû souiller un dictionnaire des arts et des sciences; cependant il tient à la jurisprudence et à l’histoire. Nos grands poëtes n’ont pas dédaigné de se servir fort souvent de ce mot dans les tragédies; Clytemnestre, dans Iphigénie, dit à Agamemnon: Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d’en faire à sa mère un horrible festin.

(Acte IV, scène iv.)

On emploie gaiement ce mot en comédie: Mercure dit dans l’Amphitryon (acte I, scène ii): Comment! bourreau, tu fais des cris!

Le joueur dit (acte IV, scène xiii):...Que je chante, bourreau!

Et les Romains se permettaient de dire: Quorsum vadis, carnifex?

Le Dictionnaire encyclopédique, au mot Exécuteur, détaille tous les priviléges du bourreau de Paris; mais un auteur nouveau a été plus loin. Dans un roman d’éducation, qui n’est ni celui de Xénophon, ni celui de Télémaque, il prétend que le monarque doit donner sans balancer la fille du bourreau en mariage à l’héritier présomptif de la couronne, si cette fille est bien élevée, et si elle a beaucoup de convenance avec le jeune prince. C’est dommage qu’il n’ait pas stipulé la dot qu’on devait donner à la fille, et les honneurs qu’on devait rendre au père le jour des noces.

Par convenance on ne pouvait guère pousser plus loin la morale approfondie, les règles nouvelles de l’honnêteté publique, les beaux paradoxes, les maximes divines, dont cet auteur a régalé notre siècle. Il aurait été sans doute par convenance un des garçons… de la noce. Il aurait fait l’épithalame de la princesse, et n’aurait pas manqué de célébrer les hautes œuvres de son père. C’est pour lors que la nouvelle mariée aurait donné des baisers âcres, car le même écrivain introduit dans un autre roman, intitulé Héloïse, un jeune Suisse qui a gagné dans Paris une de ces maladies qu’on ne nomme pas, et qui dit à sa Suissesse: Garde tes baisers, ils sont trop âcres.

On ne croira pas un jour que de tels ouvrages aient eu une espèce de vogue. Elle ne ferait pas honneur à notre siècle si elle avait duré. Les pères de famille ont conclu bientôt qu’il n’était pas honnête de marier leurs fils aînés à des filles de bourreau, quelque convenance qu’on pût apercevoir entre le poursuivant et la poursuivie.

Est modus in rebus, sunt certi denique fines, Quos ultra citraque nequit consistere rectum.

(Hor., lib. I, sat. i.)

BRACHMANES, BRAMES.

Ami lecteur, observez d’abord que le P. Thomassin, l’un des plus savants hommes de notre Europe, dérive les brachmanes d’un mot juif barac par un C, supposé que les Juifs eussent un C. Ce barac signifiait, dit-il, s’enfuir, et les brachmanes s’enfuyaient des villes, supposé qu’alors il y eût des villes.

Ou, si vous l’aimez mieux, brachmanes vient de barak par un K, qui veut dire bénir ou bien prier. Mais pourquoi les Biscayens n’auraient-ils pas nommé les brames du mot bran, qui exprimait quelque chose que je ne veux pas dire? ils y avaient autant de droit que les Hébreux. Voilà une étrange érudition. En la rejetant entièrement on saurait moins et on saurait mieux.

N’est-il pas vraisemblable que les brachmanes sont les premiers législateurs de la terre, les premiers philosophes, les premiers théologiens?

Le peu de monuments qui nous restent de l’ancienne histoire ne forment-ils pas une grande présomption en leur faveur, puisque les premiers philosophes grecs allèrent apprendre chez eux les mathématiques, et que les curiosités les plus antiques, recueillies par les empereurs de la Chine, sont toutes indiennes, ainsi que les relations l’attestent dans la collection de Duhalde?

Nous parlerons ailleurs du Shasta; c’est le premier livre de théologie des brachmanes, écrit environ quinze cents ans avant leur Veidam, et antérieur à tous les autres livres.

Leurs annales ne font mention d’aucune guerre entreprise par eux en aucun temps. Les mots d’armes, de tuer, de mutiler, ne se trouvent ni dans les fragments du Shasta, que nous avons, ni dans l’Ézour-Veidam, ni dans le Cormo-Veidam. Je puis du moins assurer que je ne les ai point vus dans ces deux derniers recueils; et ce qu’il y a de plus singulier, c’est que le Shasta, qui parle d’une conspiration dans le ciel, ne fait mention d’aucune guerre dans la grande presqu’île enfermée entre l’Indus et le Gange.

Les Hébreux, qui furent connus si tard, ne nomment jamais les brachmanes; ils ne connurent l’Inde qu’après les conquêtes d’Alexandre, et leurs établissements dans l’Égypte, de laquelle ils avaient dit tant de mal. On ne trouve le nom de l’Inde que dans le livre d’Esther, et dans celui de Job, qui n’était pas Hébreu. On voit un singulier contraste entre les livres sacrés des Hébreux et ceux des Indiens. Les livres indiens n’annoncent que la paix et la douceur; ils défendent de tuer les animaux: les livres hébreux ne parlent que de tuer, de massacrer hommes et bêtes; on y égorge tout au nom du Seigneur; c’est tout un autre ordre de choses.

C’est incontestablement des brachmanes que nous tenons l’idée de la chute des êtres célestes révoltés contre le souverain de la nature; et c’est là probablement que les Grecs ont puisé la fable des Titans. C’est aussi là que les Juifs prirent enfin l’idée de la révolte de Lucifer, dans le I siècle de notre ère.

Comment ces Indiens purent-ils supposer une révolte dans le ciel sans en avoir vu sur la terre? Un tel saut de la nature humaine à la nature divine ne se conçoit guère. On va d’ordinaire du connu à l’inconnu.

On n’imagine une guerre de géants qu’après avoir vu quelques hommes plus robustes que les autres tyranniser leurs semblables. Il fallait ou que les premiers brachmanes eussent éprouvé des discordes violentes, ou qu’ils en eussent vu du moins chez leurs voisins, pour en imaginer dans le ciel.

C’est toujours un très-étonnant phénomène qu’une société d’hommes qui n’a jamais fait la guerre, et qui a inventé une espèce de guerre faite dans les espaces imaginaires, ou dans un globe éloigné du nôtre, ou dans ce qu’on appelle le firmament, l’empyrée. Mais il faut bien soigneusement remarquer que dans cette révolte des êtres célestes contre leur souverain, il n’y eut point de coups donnés, point de sang céleste répandu, point de montagnes jetées à la tête, point d’anges coupés en deux, ainsi que dans le poëme sublime et grotesque de Milton.

Ce n’est, selon le Shasta, qu’une désobéissance formelle aux ordres du Très-Haut, une cabale que Dieu punit en reléguant les anges rebelles dans un vaste lieu de ténèbres nommé Ondéra pendant le temps d’un mononthour entier. Un mononthour est de quatre cent vingt-six millions de nos années. Mais Dieu daigna pardonner aux coupables au bout de cinq mille ans, et leur Ondéra ne fut qu’un purgatoire.

Il en fit des Mhurd, des hommes, et les plaça dans notre globe à condition qu’ils ne mangeraient point d’animaux, et qu’ils ne s’accoupleraient point avec les mâles de leur nouvelle espèce, sous peine de retourner à l’Ondéra.

Ce sont là les principaux articles de la foi des brachmanes, qui a duré sans interruption de temps immémorial jusqu’à nos jours: il nous paraît étrange que ce fût parmi eux un péché aussi grave de manger un poulet que d’exercer la sodomie.

Ce n’est là qu’une petite partie de l’ancienne cosmogonie des brachmanes. Leurs rites, leurs pagodes, prouvent que tout était allégorique chez eux; ils représentent encore la vertu sous l’emblème d’une femme qui a dix bras, et qui combat dix péchés mortels figurés par des monstres. Nos missionnaires n’ont pas manqué de prendre cette image de la vertu pour celle du diable, et d’assurer que le diable est adoré dans l’Inde. Nous n’avons jamais été chez ces peuples que pour nous y enrichir, et pour les calomnier.

DE LA MÉTEMPSYCOSE DES BRACHMANES.

La doctrine de la métempsycose vient d’une ancienne loi de se nourrir de lait de vache ainsi que de légumes, de fruits et de riz. Il parut horrible aux brachmanes de tuer et de manger sa nourrice: on eut bientôt le même respect pour les chèvres, les brebis, et pour tous les autres animaux; ils les crurent animés par ces anges rebelles qui achevaient de se purifier de leurs fautes dans les corps des bêtes, ainsi que dans ceux des hommes. La nature du climat seconda cette loi, ou plutôt en fut l’origine: une atmosphère brûlante exige une nourriture rafraîchissante, et inspire de l’horreur pour notre coutume d’engloutir des cadavres dans nos entrailles.

L’opinion que les bêtes ont une âme fut générale dans tout l’Orient, et nous en trouvons des vestiges dans les anciens livres sacrés. Dieu, dans la Genèse, défend aux hommes de manger leur chair avec leur sang et leur âme. C’est ce que porte le texte hébreu. « Je vengerai, dit-il, le sang de vos âmes de la griffe des bêtes et de la main des hommes. » Il dit dans le Lévitique: « L’âme de la chair est dans le sang. » Il fait plus; il fait un pacte solennel avec les hommes et avec tous les animaux, ce qui suppose dans les animaux une intelligence.

Dans des temps très-postérieurs, l’Ecclésiaste dit formellement: « Dieu fait voir que l’homme est semblable aux bêtes: car les hommes meurent comme les bêtes, leur condition est égale; comme l’homme meurt, la bête meurt aussi. Les uns et les autres respirent de même: l’homme n’a rien de plus que la bête. » Jonas, quand il va prêcher à Ninive, fait jeûner les hommes et les bêtes.

Tous les auteurs anciens attribuent de la connaissance aux bêtes, les livres sacrés comme les profanes: et plusieurs les font parler. Il n’est donc pas étonnant que les brachmanes, et les pythagoriciens après eux, aient cru que les âmes passaient successivement dans les corps des bêtes et des hommes. En conséquence ils se persuadèrent, ou du moins ils dirent que les âmes des anges délinquants, pour achever leur purgatoire, appartenaient tantôt à des bêtes, tantôt à des hommes: c’est une partie du roman du jésuite Bougeant, qui imagina que les diables sont des esprits envoyés dans les corps des animaux. Ainsi de nos jours, au bord de l’Occident, un jésuite renouvelle, sans le savoir, un article de la foi des plus anciens prêtres orientaux.

DES HOMMES ET DES FEMMES QUI SE BRÛLENT CHEZ LES BRACHMANES.

Les brames ou bramins d’aujourd’hui, qui sont les mêmes que les anciens brachmanes, ont conservé, comme on sait, cette horrible coutume. D’où vient que chez un peuple qui ne répandit jamais le sang des hommes ni celui des animaux, le plus bel acte de dévotion fut-il et est-il encore de se brûler publiquement? La superstition, qui allie tous les contraires, est l’unique source de cet affreux sacrifice: coutume beaucoup plus ancienne que les lois d’aucun peuple connu.

Les brames prétendent que Brama leur grand prophète, fils de Dieu, descendit parmi eux, et eut plusieurs femmes; qu’étant mort, celle de ses femmes qui l’aimait le plus se brûla sur son bûcher pour le rejoindre dans le ciel. Cette femme se brûla-t-elle en effet, comme on prétend que Porcia, femme de Brutus, avala des charbons ardents pour rejoindre son mari? ou est-ce une fable inventée par les prêtres? Y eut-il un Brama qui se donna en effet pour un prophète et pour un fils de Dieu? Il est à croire qu’il y eut un Brama, comme dans la suite on vit des Zoroastres, des Bacchus. La fable s’empara de leur histoire, ce qu’elle a toujours continué de faire partout.

Dès que la femme du fils de Dieu se brûle, il faut bien que des dames de moindre condition se brûlent aussi. Mais comment retrouveront-elles leurs maris qui sont devenus chevaux, éléphants, ou éperviers? comment démêler précisément la bête que le défunt anime? comment le reconnaître et être encore sa femme? Cette difficulté n’embarrasse point les théologiens indous; ils trouvent aisément des distinguo, des solutions in sensu composito, in sensu diviso. La métempsycose n’est que pour les personnes du commun; ils ont pour les autres âmes une doctrine plus sublime. Ces âmes étant celles des anges jadis rebelles vont se purifiant; celles des femmes qui s’immolent sont béatifiées, et retrouvent leurs maris tout purifiés: enfin les prêtres ont raison, et les femmes se brûlent.

Il y a plus de quatre mille ans que ce terrible fanatisme est établi chez un peuple doux, qui croirait faire un crime de tuer une cigale. Les prêtres ne peuvent forcer une veuve à se brûler; car la loi invariable est que ce dévouement soit absolument volontaire. L’honneur est d’abord déféré à la plus ancienne mariée des femmes du mort: c’est à elle de descendre au bûcher; si elle ne s’en soucie pas, la seconde se présente, ainsi du reste. On prétend qu’il y en eut une fois dix-sept qui se brûlèrent à la fois sur le bûcher d’un raïa; mais ces sacrifices sont devenus assez rares: la foi s’affaiblit depuis que les mahométans gouvernent une grande partie du pays, et que les Européans négocient dans l’autre.

Cependant il n’y a guère de gouverneurs de Madras et de Pondichéry qui n’aient vu quelque Indienne périr volontairement dans les flammes. M. Holwell rapporte qu’une jeune veuve de dix-neuf ans d’une beauté singulière, mère de trois enfants, se brûla en présence de M Russel, femme de l’amiral, qui était à la rade de Madras: elle résista aux prières, aux larmes de tous les assistants. M Russel la conjura, au nom de ses enfants, de ne les pas laisser orphelins; l’Indienne lui répondit: « Dieu, qui les a fait naître, aura soin d’eux. » Ensuite elle arrangea tous les préparatifs elle-même, mit de sa main le feu au bûcher, et consomma son sacrifice avec la sérénité d’une de nos religieuses qui allume des cierges.

M. Shernoc, négociant anglais, voyant un jour une de ces étonnantes victimes, jeune et aimable, qui descendait dans le bûcher, l’en arracha de force lorsqu’elle allait y mettre le feu, et, secondé de quelques Anglais, l’enleva et l’épousa. Le peuple regarda cette action comme le plus horrible sacrilége.

Pourquoi les maris ne se sont-ils jamais brûlés pour aller retrouver leurs femmes? Pourquoi un sexe naturellement faible et timide a-t-il eu toujours cette force frénétique? Est-ce parce que la tradition ne dit point qu’un homme ait jamais épousé une fille de Brama, au lieu qu’elle assure qu’une Indienne fut mariée avec le fils de ce dieu? Est-ce parce que les femmes sont plus superstitieuses que les hommes? est-ce parce que leur imagination est plus faible, plus tendre, plus faite pour être dominée?

Les anciens brachmanes se brûlaient quelquefois pour prévenir l’ennui et les maux de la vieillesse, et surtout pour se faire admirer. Calan ou Calanus ne se serait peut-être pas mis sur un bûcher sans le plaisir d’être regardé par Alexandre. Le chrétien renégat Pellegrinus se brûla en public, par la même raison qu’un fou parmi nous s’habille quelquefois en arménien pour attirer les regards de la populace.

N’entre-t-il pas aussi un malheureux mélange de vanité dans cet épouvantable sacrifice des femmes indiennes? Peut-être, si on portait une loi de ne se brûler qu’en présence d’une seule femme de chambre, cette abominable coutume serait pour jamais détruite.

Ajoutons un mot; une centaine d’Indiennes, tout au plus, a donné ce triste spectacle; et nos inquisitions, nos fous atroces qui se sont dits juges, ont fait mourir dans les flammes plus de cent mille de nos frères, hommes, femmes, enfants, pour des choses que personne n’entendait. Plaignons et condamnons les brames; mais rentrons en nous-mêmes, misérables que nous sommes.

Vraiment nous avons oublié une chose fort essentielle dans ce petit article des brachmanes, c’est que leurs livres sacrés sont remplis de contradictions. Mais le peuple ne les connaît pas, et les docteurs ont des solutions prêtes, des sens figurés et figurants, des allégories, des types, des déclarations expresses de Birma, de Brama et de Vitsnou, qui fermeraient la bouche à tout raisonneur.

BULGARES ou BOULGARES.

Puisqu’on a parlé des Bulgares dans le Dictionnaire encyclopédique, quelques lecteurs seront peut-être bien aises de savoir qui étaient ces étranges gens, qui parurent si méchants qu’on les traita d’hérétiques, et dont ensuite on donna le nom en France aux non-conformistes, qui n’ont pas pour les dames toute l’attention qu’ils leur doivent; de sorte qu’aujourd’hui on appelle ces messieurs Boulgares, en retranchant l et a.

Les anciens Boulgares ne s’attendaient pas qu’un jour dans les halles de Paris, le peuple, dans la conversation familière, s’appellerait mutuellement Boulgares, en y ajoutant des épithètes qui enrichissent la langue.

Ces peuples étaient originairement des Huns qui s’étaient établis auprès du Volga; et de Volgares on fit aisément Boulgares.

Sur la fin du VII siècle, ils firent des irruptions vers le Danube, ainsi que tous les peuples qui habitaient la Sarmatie; et ils inondèrent l’empire romain comme les autres. Ils passèrent par la Moldavie, la Valachie, où les Russes, leurs anciens compatriotes, ont porté leurs armes victorieuses en 1769, sous l’empire de Catherine II.

Ayant franchi le Danube, ils s’établirent dans une partie de la Dacie et de la Mœsie, et donnèrent leur nom à ces pays qu’on appelle encore Bulgarie. Leur domination s’étendait jusqu’au mont Hémus et au Pont-Euxin.

L’empereur Nicéphore, successeur d’Irène, du temps de Charlemagne, fut assez imprudent pour marcher contre eux après avoir été vaincu par les Sarrasins; il le fut aussi par les Bulgares. Leur roi, nommé Crom, lui coupa la tête, et fit de son crâne une coupe dont il se servait dans ses repas, selon la coutume de ces peuples, et de presque tous les hyperboréens.

On compte qu’au IX siècle, un Bogoris, qui faisait la guerre à la princesse Théodora, mère et tutrice de l’empereur Michel, fut si charmé de la noble réponse de cette impératrice à sa déclaration de guerre, qu’il se fit chrétien.

Les Boulgares, qui n’étaient pas si complaisants, se révoltèrent contre lui; mais Bogoris leur ayant montré une croix, ils se firent tous baptiser sur-le-champ. C’est ainsi que s’en expliquent les auteurs grecs du Bas-Empire, et c’est ainsi que le disent après eux nos compilateurs.

Et voilà justement, comme on écrit l’histoire.

Théodora était, disent-ils, une princesse très-religieuse, et qui même passa ses dernières années dans un couvent. Elle eut tant d’amour pour la religion catholique grecque qu’elle fit mourir, par divers supplices, cent mille hommes qu’on accusait d’être manichéens, « C’était, dit le modeste continuateur d’Échard, la plus impie, la plus détestable, la plus dangereuse, la plus abominable de toutes les hérésies. Les censures ecclésiastiques étaient des armes trop faibles contre des hommes qui ne reconnaissaient point l’Église. » On prétend que les Bulgares, voyant qu’on tuait tous les manichéens, eurent dès ce moment du penchant pour leur religion, et la crurent la meilleure puisqu’elle était persécutée; mais cela est bien fin pour des Bulgares.

Le grand schisme éclata dans ce temps-là plus que jamais entre l’Église grecque, sous le patriarche Photius, et l’Église latine sous le pape Nicolas I. Les Bulgares prirent le parti de l’Église grecque. Ce fut probablement dès lors qu’on les traita en Occident d’hérétiques, et qu’on y ajouta la belle épithète dont on les charge encore aujourd’hui.

L’empereur Basile leur envoya, en 871, un prédicateur nommé Pierre de Sicile, pour les préserver de l’hérésie du manichéisme; et on ajoute que dès qu’ils l’eurent écouté, ils se firent manichéens. Il se peut très-bien que ces Bulgares, qui buvaient dans le crâne de leurs ennemis, ne fussent pas d’excellents théologiens, non plus que Pierre de Sicile.

Il est singulier que ces barbares, qui ne savaient ni lire ni écrire, aient été regardés comme des hérétiques très-déliés, contre lesquels il était très-dangereux de disputer. Ils avaient certainement autre chose à faire qu’à parler de controverse, puisqu’ils firent une guerre sanglante aux empereurs de Constantinople pendant quatre siècles de suite, et qu’ils assiégèrent même la capitale de l’empire.

Au commencement du XIII siècle, l’empereur Alexis voulant se faire reconnaître par les Bulgares, leur roi Joannic lui répondit qu’il ne serait jamais son vassal. Le pape Innocent III ne manqua pas de saisir cette occasion pour s’attacher le royaume de Bulgarie. Il envoya au roi Joannic un légat pour le sacrer roi, et prétendit lui avoir conféré le royaume, qui ne devait plus relever que du saint-siége.

C’était le temps le plus violent des croisades; le Bulgare, indigné, fit alliance avec les Turcs, déclara la guerre au pape et à ses croisés, prit le prétendu empereur Baudouin prisonnier, lui fit couper les bras, les jambes et la tête, et se fit une coupe de son crâne, à la manière de Crom, C’en était bien assez pour que les Bulgares fussent en horreur à toute l’Europe: on n’avait pas besoin de les appeler manichéens, nom qu’on donnait alors à tous les hérétiques, car manichéen, patarin et vaudois, c’était la même chose. On prodiguait ces noms à quiconque ne voulait pas se soumettre à l’Église romaine.

Le mot de Boulgare, tel qu’on le prononçait, fut une injure vague et indéterminée, appliquée à quiconque avait des mœurs barbares ou corrompues. C’est pourquoi, sous saint Louis, frère Robert, grand inquisiteur, qui était un scélérat, fut accusé juridiquement d’être un boulgare par les communes de Picardie. Philippe le Bel donna cette épithète à Boniface VIII.

Ce terme changea ensuite de signification vers les frontières de France; il devint un terme d’amitié. Rien n’était plus commun en Flandre, il y a quarante ans, que de dire d’un jeune homme bien fait: C’est un joli boulgare; un bon homme était un bon boulgare.

Lorsque Louis XIV alla faire la conquête de la Flandre, les Flamands disaient en le voyant: « Notre gouverneur est un bien plat boulgare en comparaison de celui-ci. » En voilà assez pour l’étymologie de ce beau nom.

BULLE.

Ce mot désigne la boule ou le sceau d’or, d’argent, de cire, ou de plomb, attaché à un instrument, ou charte quelconque. Le plomb pendant aux rescrits expédiés en cour romaine porte d’un côté les têtes de saint Pierre à droite, et de saint Paul à gauche. On lit au revers le nom du pape régnant, et l’an de son pontificat. La bulle est écrite sur parchemin. Dans la salutation le pape ne prend que le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, suivant cette sainte parole de Jésus à ses disciples: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous sera votre serviteur. » Des hérétiques prétendent que par cette formule, humble en apparence, les papes expriment une espèce de système féodal par lequel la chrétienté est soumise à un chef qui est Dieu, dont les grands vassaux saint Pierre et saint Paul sont représentés par le pontife leur serviteur, et les arrière-vassaux sont tous les princes séculiers, soit empereurs, rois, ou ducs.

Ils se fondent, sans doute, sur la fameuse bulle in Cœna Domini, qu’un cardinal diacre lit publiquement à Rome chaque année, le jour de la cène, ou le jeudi saint, en présence du pape, accompagné des autres cardinaux et des évêques. Après cette lecture, Sa Sainteté jette un flambeau allumé dans la place publique, pour marque d’anathème.

Cette bulle se trouve page 714, tome I du Bullaire imprimé à Lyon en 1763, et page 118 de l’édition de 1727. La plus ancienne est de 1536. Paul III, sans manquer l’origine de cette cérémonie, y dit que c’est une ancienne coutume des souverains pontifes de publier cette excommunication le jeudi saint, pour conserver la pureté de la religion chrétienne, et pour entretenir l’union des fidèles. Elle contient vingt-quatre paragraphes, dans lesquels ce pape excommunie: 1 Les hérétiques, leurs fauteurs, et ceux qui lisent leurs livres; 2 Les pirates, et surtout ceux qui osent aller en course sur les mers du souverain pontife; 3 Ceux qui imposent dans leurs terres de nouveaux péages; 10 Ceux qui, en quelque manière que ce puisse être, empêchent l’exécution des lettres apostoliques, soit qu’elles accordent des grâces, ou qu’elles prononcent des peines; 11 Les juges laïques qui jugent les ecclésiastiques, et les tirent à leur tribunal, soit que ce tribunal s’appelle audience, chancellerie, conseil, ou parlement; 15 Tous ceux qui ont fait ou publié, feront ou publieront des édits, règlements, pragmatiques, par lesquels la liberté ecclésiastique, les droits du pape et ceux du saint-siége seront blessés ou restreints en la moindre chose, tacitement ou expressément; 14 Les chanceliers, conseillers ordinaires ou extraordinaires, de quelque roi ou prince que ce puisse être, les présidents des chancelleries, conseils ou parlements, comme aussi les procureurs généraux, qui évoquent à eux les causes ecclésiastiques ou qui empêchent l’exécution des lettres apostoliques, même quand ce serait sous prétexte d’empêcher quelque violence.

Par le même paragraphe le pape se réserve à lui seul d’absoudre lesdits chanceliers, conseillers, procureurs généraux et autres excommuniés, lesquels ne pourront être absous qu’après qu’ils auront publiquement révoqué leurs arrêts, et les auront arrachés des registres; 20 Enfin le pape excommunie ceux qui auront la présomption de donner l’absolution aux excommuniés ci-dessus; et afin qu’on n’en puisse prétendre cause d’ignorance, il ordonne: 21 Que cette bulle sera publiée et affichée à la porte de la basilique du prince des apôtres, et à celle de Saint-Jean de Latran; 22 Que tous patriarches, primats, archevêques et évêques, en vertu de la sainte obédience, aient à publier solennellement cette bulle, au moins une fois l’an.

24 Il déclare que si quelqu’un ose aller contre la disposition de cette bulle, il doit savoir qu’il va encourir l’indignation de Dieu tout-puissant, et celle des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul.

Les autres bulles postérieures, appelées aussi in Cœna Domini, ne sont qu’ampliatives. L’article 21, par exemple, de celle de Pie V, de l’année 1567, ajoute au paragraphe 3 de celle dont nous venons de parler que tous les princes qui mettent dans leurs États de nouvelles impositions, de quelque nature qu’elles soient, ou qui augmentent les anciennes, à moins qu’ils n’en aient obtenu l’approbation du saint-siége, sont excommuniés ipso facto.

La troisième bulle in Cœna Domini, de 1610, contient trente paragraphes, dans lesquels Paul V renouvelle les dispositions des deux précédentes.

La quatrième et dernière bulle in Cœna Domini, qu’on trouve dans le Bullaire, est du 1 avril 1627. Urbain VIII y annonce qu’à l’exemple de ses prédécesseurs, pour maintenir inviolablement l’intégrité de la foi, la justice et la tranquillité publique, il se sert du glaive spirituel de la discipline ecclésiastique pour excommunier en ce jour, qui est l’anniversaire de la cène du Seigneur: 1 Les hérétiques; 2 Ceux qui appellent du pape au futur concile; et le reste comme dans les trois premières.

On dit que celle qui se lit à présent est de plus fraîche date, et qu’on y a fait quelques additions.

L’histoire de Naples par Giannone fait voir quels désordres les ecclésiastiques ont causés dans ce royaume, et quelles vexations ils y ont exercées sur tous les sujets du roi, jusqu’à leur refuser l’absolution et les sacrements, pour tâcher d’y faire recevoir cette bulle, laquelle vient enfin d’y être proscrite solennellement, ainsi que dans la Lombardie autrichienne, dans les États de l’impératrice-reine, dans ceux du duc de Parme, et ailleurs.