Un juge peut savoir toutes les lois sans être habile à les appliquer. Le savant peut n’être habile ni à écrire ni à enseigner. L’habile homme est donc celui qui fait un grand usage de ce qu’il sait; le capable peut, et l’habile exécute. Ce mot ne convient point aux arts de pur génie; on ne dit pas: un habile poëte, un habile orateur; et si on le dit quelquefois d’un orateur, c’est lorsqu’il s’est tiré avec habileté, avec dextérité, d’un sujet épineux.
Par exemple, Bossuet ayant à traiter, dans l’Oraison funèbre du grand Condé, l’article de ses guerres civiles, dit qu’il y a une pénitence aussi glorieuse que l’innocence même. Il manie ce morceau habilement, et dans le reste il parle avec grandeur.
On dit habile historien, c’est-à-dire l’historien qui a puisé dans les bonnes sources, qui a comparé les relations, qui en juge sainement, en un mot qui s’est donné beaucoup de peine. S’il a encore le don de narrer avec l’éloquence convenable, il est plus qu’habile, il est grand historien, comme Tite-Live, de Thou, etc.
Le nom d’habile convient aux arts qui tiennent à la fois de l’esprit et de la main, comme la peinture, la sculpture. On dit un habile peintre, un habile sculpteur, parce que ces arts supposent un long apprentissage; au lieu qu’on est poëte presque tout d’un coup, comme Virgile, Ovide, etc., et qu’on est même orateur sans avoir beaucoup étudié, ainsi que plus d’un prédicateur.
Pourquoi dit-on pourtant habile prédicateur? C’est qu’alors on fait plus d’attention à l’art qu’à l’éloquence, et ce n’est pas un grand éloge. On ne dit pas du sublime Bossuet: c’est un habile faiseur d’oraisons funèbres. Un simple joueur d’instruments est habile; un compositeur doit être plus qu’habile: il lui faut du génie. Le metteur en œuvre travaille adroitement ce que l’homme de goût a dessiné habilement.
Dans le style comique, habile peut signifier diligent, empressé. Molière fait dire à M. Loyal: Il vous faut être habile À vider de céans jusqu’au moindre ustensile.
(Tartuffe, acte V, scène iv.)
Un habile homme dans les affaires est instruit, prudent et actif: si l’un de ces trois mérites lui manque, il n’est point habile.
Habile courtisan emporte un peu plus de blâme que de louange: il veut dire trop souvent habile flatteur; il peut aussi ne signifier qu’un homme adroit qui n’est ni bas ni méchant. Le renard qui, interrogé par le lion sur l’odeur qu’exhale son palais, lui répond qu’il est enrhumé, est un courtisan habile. Le renard qui, pour se venger de la calomnie du loup, conseille au vieux lion la peau d’un loup fraîchement écorché pour réchauffer sa majesté est plus qu’habile courtisan. C’est en conséquence qu’on dit un habile fripon, un habile scélérat.
Habile, en jurisprudence, signifie reconnu capable par la loi; et alors capable veut dire ayant droit, ou pouvant avoir droit. On est habile à succéder; les filles sont quelquefois habiles à posséder une pairie; elles ne sont point habiles à succéder à la couronne.
Les particules dans, à, et en, s’emploient avec ce mot. On dit habile dans un art: habile à manier le ciseau; habile en mathématiques.
On ne s’étendra point ici sur le moral, sur le danger de vouloir être trop habile, ou de faire l’habile homme; sur les risques que court ce qu’on appelle une habile femme, quand elle veut gouverner les affaires de sa maison sans conseil. On craint d’enfler ce dictionnaire d’inutiles déclamations. Ceux qui président à ce grand et important ouvrage doivent traiter au long les articles des arts et des sciences qui instruisent le public; et ceux auxquels ils confient de petits articles de littérature doivent avoir le mérite d’être courts.
Habileté. Ce mot est à capacité ce qu’habile est à capable: habileté dans une science, dans un art, dans la conduite.
On exprime une qualité acquise en disant: Il a de l’habileté. On exprime une action en disant: Il a conduit cette affaire avec habileté.
Habilement a les mêmes acceptions: Il travaille, il joue, il enseigne habilement; il a surmonté habilement cette difficulté. Ce n’est guère la peine d’en dire davantage sur ces petites choses.
HAUTAIN.
Hautain est le superlatif de haut et d’altier. Ce mot ne se dit que de l’espèce humaine: on peut dire en vers: Un coursier plein de feu levant sa tête altière;...J’aime mieux ces forêts altières; mais ou ne peut dire forêt hautaine, tête hautaine d’un coursier. On a blamé dans Malherbe, et il paraît que c’est à tort, ces vers si connus: Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers.
(Paraphrase du psaume CXLV.)
On a prétendu que l’auteur a supposé mal à propos les âmes dans ces sépulcres; mais on pouvait se souvenir qu’il y avait deux sortes d’âmes chez les poëtes anciens: l’une était l’entendement, et l’autre l’ombre légère, le simulacre du corps. Cette dernière restait quelquefois dans les tombeaux, ou errait autour d’eux. La théologie ancienne est toujours celle des poëtes, parce que c’est celle de l’imagination. On a cru cette petite observation nécessaire.
Hautain est toujours pris en mauvaise part. C’est l’orgueil qui s’annonce par un extérieur arrogant; c’est le plus sûr moyen de se faire haïr, et le défaut dont on doit le plus soigneusement corriger les enfants. On peut être haut dans l’occasion avec bienséance. Un prince peut et doit rejeter avec une hauteur héroïque des propositions humiliantes, mais non pas avec des airs hautains, un ton hautain, des paroles hautaines. Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d’être hautaines, parce qu’ils leur passent tout; mais les femmes ne leur pardonnent pas.
L’âme haute est l’âme grande; la hautaine est superbe. On peut avoir le cœur haut avec beaucoup de modestie: on n’a point l’humeur hautaine sans un peu d’insolence; l’insolent est à l’égard du hautain, ce qu’est le hautain à l’impérieux. Ce sont des nuances qui se suivent, et ces nuances sont ce qui détruit les synonymes.
On a fait cet article le plus court qu’on a pu, par les mêmes raisons qu’on peut voir au mot Habile. Le lecteur sent combien il serait aisé et ennuyeux de déclamer sur ces matières.
HAUTEUR.
GRAMMAIRE, MORALE.
Si hautain est pris en mal, hauteur est tantôt une bonne, tantôt une mauvaise qualité, selon la place qu’on tient, l’occasion où l’on se trouve, et ceux avec qui l’on traite. Le plus bel exemple d’une hauteur noble et bien placée est celui de Popilius, qui trace un cercle autour d’un puissant roi de Syrie, et lui dit: « Vous ne sortirez pas de ce cercle sans satisfaire à la république, ou sans attirer sa vengeance. » Un particulier qui en userait ainsi serait un impudent. Popilius, qui représentait Rome, mettait toute la grandeur de Rome dans son procédé, et pouvait être un homme modeste.
Il y a des hauteurs généreuses, et le lecteur dira que ce sont les plus estimables. Le duc d’Orléans, régent du royaume, pressé par M. Sum, envoyé de Pologne, de ne point recevoir le roi Stanislas, lui répondit: « Dites à votre maître que la France a toujours été l’asile des rois. » La hauteur avec laquelle Louis XIV traita quelquefois ses ennemis est d’un autre genre, et moins sublime.
On ne peut s’empêcher de remarquer ici ce que le P. Bouhours dit du ministre d’État Pomponne: « Il avait une hauteur, une fermeté d’âme que rien ne faisait ployer. » Louis XIV, dans un Mémoire de sa main, dit de ce même ministre qu’il n’avait ni fermeté ni dignité.
On a souvent employé au pluriel le mot hauteur dans le style relevé, les hauteurs de l’esprit humain; et on dit dans le style simple: il a eu des hauteurs, il s’est fait des ennemis par ses hauteurs.
Ceux qui ont approfondi le cœur humain en diront davantage sur ce petit article.
HÉMISTICHE.
Hémistiche, ἡμιστίχιον, s. m.; moitié de vers, demi-vers, repos au milieu du vers. Cet article, qui paraît d’abord une minutie, demande pourtant toute l’attention de quiconque veut s’instruire. Ce repos à la moitié d’un vers n’est proprement le partage que des vers alexandrins. La nécessité de couper toujours ces vers en deux parties égales, et la nécessité non moins forte d’éviter la monotonie, d’observer ce repos et de le cacher, sont des chaînes qui rendent l’art d’autant plus précieux qu’il est plus difficile.
Voici des vers techniques qu’on propose (quelque faibles qu’ils soient) pour montrer par quelle méthode on doit rompre cette monotonie que la loi de l’hémistiche semble entraîner avec elle: Observez l’hémistiche, et redoutez l’ennui Qu’un repos uniforme attache auprès de lui.
Que votre phrase heureuse, et clairement rendue, Soit tantôt terminée, et tantôt suspendue; C’est le secret de l’art. Imitez ces accents Dont l’aisé Jéliotte avait charmé nos sens.
Toujours harmonieux, et libre sans licence, Il n’appesantit point ses sons et sa cadence.
Sallé, dont Terpsichore avait conduit les pas, Fit sentir la mesure, et ne la marqua pas.
Ceux qui n’ont point d’oreille n’ont qu’à consulter seulement les points et les virgules de ces vers; ils verront qu’étant toujours partagés en deux parties égales, chacune de six syllabes, cependant la cadence y est toujours variée; la phrase y est contenue ou dans un demi-vers, ou dans un vers entier, ou dans deux. On peut même ne compléter le sens qu’au bout de six vers ou de huit; et c’est ce mélange qui produit une harmonie dont on est frappé, et dont peu de lecteurs voient la cause.
Plusieurs dictionnaires disent que l’hémistiche est la même chose que la césure; mais il y a une grande différence. L’hémistiche est toujours à la moitié du vers; la césure, qui rompt le vers, est partout où elle coupe la phrase.
Tiens, le voilà, marchons, il est à nous, viens, frappe.
Presque chaque mot est une césure dans ce vers.
Hélas! quel est le prix des vertus? la souffrance.
La césure est ici à la neuvième syllabe.
Dans les vers de cinq pieds ou de dix syllabes, il n’y a point d’hémistiche, quoi qu’en disent tant de dictionnaires; il n’y a que des césures: on ne peut couper ces vers en deux parties égales de deux pieds et demi.
Ainsi partagés, — boiteux et mal faits, Ces vers languissants — ne plairaient jamais.
On en voulut faire autrefois de cette espèce, dans le temps qu’on cherchait l’harmonie, qu’on n’a que très-difficilement trouvée. On prétendait imiter les vers pentamètres latins, les seuls qui ont en effet naturellement cet hémistiche; mais on ne songeait pas que les vers pentamètres étaient variés par les spondées et par les dactyles; que leurs hémistiches pouvaient contenir ou cinq, ou six, ou sept syllabes. Mais ce genre de vers français, au contraire, ne pouvant jamais avoir que des hémistiches de cinq syllabes égales, et ces deux mesures étant trop courtes et trop rapprochées, il en résultait nécessairement cette uniformité ennuyeuse qu’on ne peut rompre comme dans les vers alexandrins. De plus, le vers pentamètre latin, venant après un hexamètre, produisait une variété qui nous manque.
Ces vers de cinq pieds à deux hémistiches égaux pourraient se souffrir dans des chansons; ce fut pour la musique que Sapho les inventa chez les Grecs, et qu’Horace les imita quelquefois, lorsque le chant était joint à la poésie, selon sa première institution. On pourrait parmi nous introduire dans le chant cette mesure qui approche de la saphique: L’amour est un dieu — que la terre adore; Il fait nos tourments; — il sait les guérir: Dans un doux repos, — heureux qui l’ignore, Plus heureux cent fois — qui peut le servir.
Mais ces vers ne pourraient être tolérés dans des ouvrages de longue haleine, à cause de la cadence uniforme. Les vers de dix syllabes ordinaires sont d’une autre mesure; la césure sans hémistiche est presque toujours à la fin du second pied; de sorte que le vers est souvent en deux mesures, l’une de quatre, l’autre de six syllabes. Mais on lui donne aussi souvent une autre place, tant la variété est nécessaire.
Languissant, faible, et courbé sous les maux, J’ai consumé mes jours dans les travaux.
Quel fut le prix de tant de soins? l’envie; Son souffle impur empoisonna ma vie.
Au premier vers, la césure est après le mot faible; au second, après jours; au troisième, elle est encore plus loin, après soins; au quatrième, elle est après impur.
Dans les vers de huit syllabes il n’y a ni hémistiche ni césure: Loin de nous ce discours vulgaire, Que la nature dégénère, Que tout passe et que tout finit.
La nature est inépuisable, Et le travail infatigable Est un dieu qui la rajeunit.
Au premier vers, s’il y avait une césure, elle serait à la sixième syllabe. Au troisième, elle serait à la troisième syllabe, passe, ou plutôt à la quatrième se, qui est confondue avec la troisième pas; mais en effet il n’y a point là de césure. L’harmonie des vers de cette mesure consiste dans le choix heureux des mots et dans les rimes croisées: faible mérite sans les pensées et les images.
Les Grecs et les Latins n’avaient point d’hémistiches dans leurs vers hexamètres. Les Italiens n’en ont dans aucune de leurs poésies: Le donne, i cavalier, l’arme, gli amori.
Le cortesie, l’audaci imprese io canto Che furo al tempo che passaro i Mori D’Africa il mare, e in Francia nocquer tanto, etc.
(Ariosto, cant. I, st. 1.)
Ces vers sont comptés d’onze syllabes, et le génie de la langue italienne l’exige. S’il y avait un hémistiche, il faudrait qu’il tombât au deuxième pied et trois quarts.
La poésie anglaise est dans le même cas. Les grands vers anglais sont de dix syllabes; ils n’ont point d’hémistiches, mais ils ont des césures marquées: At Tropington — not far from Cambridge, stood A cross, a pleasing stream — a bridge of wood, Near it al mill — in low and plashy ground, Where corn for all the neighbouring parts — was found.
Les césures différentes de ces vers sont ici désignées par les tirets.
Au reste, il est inutile de dire que ces vers sont le commencement de l’ancien conte italien du Berceau, traité depuis par La Fontaine. Mais ce qui est utile pour les amateurs, c’est de savoir que non-seulement les Anglais et les Italiens sont affranchis de la gêne de l’hémistiche, mais encore qu’ils se permettent tous les hiatus qui choquent nos oreilles; et qu’à ces libertés ils ajoutent celle d’allonger et d’accourcir les mots selon le besoin, d’en changer la terminaison, de leur ôter des lettres; qu’enfin dans leurs pièces dramatiques et dans quelques poëmes, ils ont secoué le joug de la rime: de sorte qu’il est plus aisé de faire cent vers italiens et anglais passables que dix français, à génie égal.
Les vers allemands ont un hémistiche, les espagnols n’en ont point. Tel est le génie différent des langues, dépendant en grande partie de celui des nations. Ce génie, qui consiste dans la construction des phrases, dans les termes plus ou moins longs, dans la facilité des inversions, dans les verbes auxiliaires, dans le plus ou moins d’articles, dans le mélange plus ou moins heureux des voyelles et des consonnes; ce génie, dis-je, détermine toutes les différences qui se trouvent dans la poésie de toutes les nations. L’hémistiche tient évidemment à ce génie des langues.
C’est bien peu de chose qu’un hémistiche. Ce mot semblait à peine mériter un article, cependant on a été forcé de s’y arrêter un peu. Rien n’est à mépriser dans les arts; les moindres règles sont quelquefois d’un très-grand détail. Cette observation sert à justifier l’immensité de ce Dictionnaire, et doit inspirer de la reconnaissance, par les peines prodigieuses de ceux qui ont entrepris un ouvrage, lequel doit rejeter, à la vérité, toute déclamation, tout paradoxe, toute opinion hasardée, mais qui exige que tout soit approfondi.
HÉRÉSIE.
SECTION PREMIÈRE.
Mot grec qui signifie croyance, opinion de choix. Il n’est pas trop à I’honneur de la raison humaine qu’on se soit haï, persécuté, massacré, brûlé pour des opinions choisies; mais ce qui est encore fort peu à notre honneur, c’est que cette manie nous ait été particulière, comme la lèpre l’était aux Hébreux, et jadis la vérole aux Caraïbes.
Nous savons bien, théologiquement parlant, que l’hérésie étant devenue un crime, ainsi que le mot une injure; nous savons, dis-je, que, l’Église latine pouvant seule avoir raison, elle a été en droit de réprouver tous ceux qui étaient d’une opinion différente de la sienne.
D’un autre côté, l’Église grecque avait le même droit; aussi réprouva-t-elle les Romains quand ils eurent choisi une autre opinion que les Grecs sur la procession du Saint-Esprit, sur les viandes de carême, sur l’autorité du pape, etc., etc.
Mais sur quel fondement parvint-on enfin à faire brûler, quand on fut le plus fort, ceux qui avaient des opinions de choix? Ils étaient sans doute criminels devant Dieu, puisqu’ils étaient opiniâtres: ils devaient donc, comme on n’en doute pas, être brûlés pendant toute l’éternité dans l’autre monde; mais pourquoi les brûler à petit feu dans celui-ci? Ils représentaient que c’était entreprendre sur la justice de Dieu; que ce supplice était bien dur de la part des hommes; que de plus il était inutile, puisqu’une heure de souffrance ajoutée à l’éternité est comme zéro.
Les âmes pieuses répondaient à ces reproches que rien n’était plus juste que de placer sur des brasiers ardents quiconque avait une opinion choisie; que c’était se conformer à Dieu que de faire brûler ceux qu’il devait brûler lui-même; et qu’enfin, puisqu’un bûcher d’une heure ou deux est zéro par rapport à l’éternité, il importait très-peu qu’on brûlât cinq ou six provinces pour des opinions de choix, pour des hérésies.
On demande aujourd’hui chez quels anthropophages ces questions furent agitées, et leurs solutions prouvées par les faits: nous sommes forcés d’avouer que ce fut chez nous-mêmes, dans les mêmes villes où l’on ne s’occupe que d’opéra, de comédies, de bals, de modes, et d’amour.
Malheureusement ce fut un tyran qui introduisit la méthode de faire mourir les hérétiques; non pas un de ces tyrans équivoques qui sont regardés comme des saints dans un parti, et comme des monstres dans l’autre: c’était un Maxime, compétiteur de Théodose l, tyran avéré par l’empire entier dans la rigueur du mot.
Il fit périr à Trêves, par la main des bourreaux, l’Espagnol Priscillien et ses adhérents, dont les opinions furent jugées erronées par quelques évêques d’Espagne. Ces prélats sollicitèrent le supplice des priscillianistes avec une charité si ardente que Maxime ne put leur rien refuser. Il ne tint pas même à eux qu’on ne fît couper le cou à saint Martin comme à un hérétique. Il fut bien heureux de sortir de Trêves, et de s’en retourner à Tours.
Il ne faut qu’un exemple pour établir un usage. Le premier qui chez les Scythes fouilla dans la cervelle de son ennemi, et fit une coupe de son crâne, fut suivi par tout ce qu’il y avait de plus illustre chez les Scythes. Ainsi fut consacrée la coutume d’employer des bourreaux pour couper des opinions.
On ne vit jamais d’hérésie chez les anciennes religions, parce qu’elles ne connurent que la morale et le culte. Dès que la métaphysique fut un peu liée au christianisme, on disputa; et de la dispute naquirent différents partis, comme dans les écoles de philosophie. Il était impossible que cette métaphysique ne mêlât pas ses incertitudes à la foi qu’on devait à Jésus-Christ. Il n’avait rien écrit, et son incarnation était un problème que les nouveaux chrétiens qui n’étaient pas inspirés par lui-même résolvaient de plusieurs manières différentes. Chacun prenait parti, comme dit expressément saint Paul; les uns étaient pour Apollos, les autres pour Céphas.
Les chrétiens en général s’appelèrent longtemps nazaréens; et même les Gentils ne leur donnèrent guère d’autre nom dans les deux premiers siècles. Mais il y eut bientôt une école particulière de nazaréens qui eurent un évangile différent des quatre canoniques. On a même prétendu que cet évangile ne différait que très-peu de celui de saint Matthieu, et lui était antérieur. Saint Épiphane et saint Jérôme placent les nazaréens dans le berceau du christianisme.
Ceux qui se crurent plus savants que les autres prirent le titre de gnostiques, les connaisseurs; et ce nom fut longtemps si honorable que saint Clément d’Alexandrie, dans ses Stromates, appelle toujours les bons chrétiens vrais gnostiques, « Heureux ceux qui sont entrés dans la sainteté gnostique! » « Celui qui mérite le nom de gnostique résiste aux séducteurs, et donne à quiconque demande. » Les cinquième et sixième livres des Stromates ne roulent que sur la perfection du gnostique.
Les ébionites étaient incontestablement du temps des apôtres; ce nom, qui signifie pauvre, leur rendait chère la pauvreté dans laquelle Jésus était né.
Cérinthe était aussi ancien; on lui attribuait l’Apocalypse de saint Jean. On croit même que saint Paul et lui eurent de violentes disputes.
Il semble à notre faible entendement que l’on devait attendre des premiers disciples une déclaration solennelle, une profession de foi complète et inaltérable, qui terminât toutes les disputes passées et qui prévînt toutes les querelles futures: Dieu ne le permit pas. Le symbole nommé des apôtres, qui est court, et où ne se trouvent ni la consubstantialité, ni le mot trinité, ni les sept sacrements, ne parut que du temps de saint Jérôme, de saint Augustin, et du célèbre prêtre d’Aquilée, Rufin. Ce fut, dit-on, ce saint prêtre, ennemi de saint Jérôme, qui le rédigea.
Les hérésies avaient eu le temps de se multiplier: on en comptait plus de cinquante dès le v siècle.
Sans oser scruter les voies de la Providence, impénétrables à l’esprit humain, et consultant autant qu’il est permis les lueurs de notre faible raison, il semble que de tant d’opinions sur tant d’articles il y eut toujours quelqu’une qui devait prévaloir. Celle-là était l’orthodoxe, droit, enseignement. Les autres sociétés se disaient bien orthodoxes aussi; mais, étant les plus faibles, on ne leur donna que le nom d’hérétiques.
Lorsque dans la suite des temps l’Église chrétienne orientale, mère de l’Église d’Occident, eut rompu sans retour avec sa fille, chacune resta souveraine chez elle, et chacune eut ses hérésies particulières, nées de l’opinion dominante.
Les barbares du Nord, étant nouvellement chrétiens, ne purent avoir les mêmes sentiments que les contrées méridionales, parce qu’ils ne purent adopter les mêmes usages. Par exemple, ils ne purent de longtemps adorer les images, puisqu’ils n’avaient ni peintres ni sculpteurs. Il était bien dangereux de baptiser un enfant en hiver dans le Danube, dans le Véser, dans l’Elbe.
Ce n’était pas une chose aisée pour les habitants des bords de la mer Baltique de savoir précisément les opinions du Milanais et de la Marche d’Ancône. Les peuples du midi et du nord de l’Europe eurent donc des opinions choisies, différentes les unes des autres. C’est, ce me semble, la raison pour laquelle Claude, évêque de Turin, conserva dans le ix siècle tous les usages et tous les dogmes reçus au viii et au vii, depuis le pays des Allobroges jusqu’à l’Elbe et au Danube.
Ces dogmes et ces usages se perpétuèrent dans les vallées, et dans les creux des montagnes, et vers les bords du Rhône, chez des peuples ignorés, que la déprédation générale laissait en paix dans leur retraite et dans leur pauvreté, jusqu’à ce qu’enfin ils parurent sous le nom de Vaudois au xii siècle, et sous celui d’Albigeois au xiii. On sait comme leurs opinions choisies furent traitées, comme on prêcha contre eux des croisades, quel carnage on en fit, et comment depuis ce temps jusqu’à nos jours il n’y eut pas une année de douceur et de tolérance dans l’Europe.
C’est un grand mal d’être hérétique; mais est-ce un grand bien de soutenir l’orthodoxie par des soldats et par des bourreaux? Ne vaudrait-il pas mieux que chacun mangeât son pain en paix à l’ombre de son figuier? Je ne fais cette proposition qu’en tremblant.
SECTION II.
DE L’EXTIRPATION DES HÉRÉSIES.
SECTION III.
On ne peut que regretter la perte d’une relation que Strategius écrivit sur les hérésies, par ordre de Constantin. Ammien Marcellin nous apprend que cet empereur voulant savoir exactement les opinions des sectes, et ne trouvant personne qui fût propre à lui donner là-dessus de justes éclaircissements, il en chargea cet officier, qui s’en acquitta si bien que Constantin voulut qu’on lui donnât depuis le nom de Musonianus. M. de Valois, dans ses notes sur Ammien, observe que Strategius, qui fut fait préfet d’Orient, avait autant de savoir et d’éloquence que de modération et de douceur; c’est au moins l’éloge qu’en a fait Libanius.
Le choix que cet empereur fit d’un laïque prouve qu’aucun ecclésiastique d’alors n’avait les qualités essentielles pour une tâche si délicate. En effet, saint Augustin remarque qu’un évêque de Bresse, nommé Philastrius, dont l’ouvrage se trouve dans la Bibliothèque des Pères, ayant ramassé jusqu’aux hérésies qui ont paru chez les Juifs avant Jésus-Christ, en compte vingt-huit de celles-là, et cent vingt-huit depuis Jésus-Christ; au lieu que saint Épiphane, en y comprenant les unes et les autres, n’en trouve que quatre-vingts, La raison que saint Augustin donne de cette différence, c’est que ce qui paraît hérésie à l’un ne le paraît pas à l’autre. Aussi ce Père dit-il aux manichéens: Nous nous gardons bien de vous traiter avec rigueur; nous laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quelle peine il faut pour trouver la vérité, et combien il est difficile de se garantir des erreurs; nous laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quels soupirs et quels gémissements il faut pour acquérir quelque petite connaissance de la nature divine. Pour moi, je dois vous supporter comme on m’a supporté autrefois, et user envers vous de la même tolérance dont on usait envers moi lorsque j’étais dans l’égarement.
Cependant si l’on se rappelle les imputations infâmes dont nous avons dit un mot à l’article Généalogie, et les abominations dont ce Père accusait les manichéens dans la célébration de leurs mystères, comme nous le verrons à l’article Zèle, on se convaincra que la tolérance ne fut jamais la vertu du clergé. Nous avons déjà vu, à l’article Concile, quelles séditions furent excitées par les ecclésiastiques à l’occasion de l’arianisme. Eusèbe nous apprend qu’il y eut des endroits où l’on renversa les statues de Constantin, parce qu’il voulait qu’on supportât les ariens; et Sozomène dit qu’à la mort d’Eusèbe de Nicomédie, l’arien Macédonius disputant le siége de Constantinople à Paul catholique, le trouble et la confusion devinrent si grands dans l’église de laquelle ils voulaient se chasser réciproquement, que les soldats, croyant que le peuple se soulevait, le chargèrent; on se battit, et plus de trois mille personnes furent tuées à coups d’épée ou étouffées. Macédonius monta sur le trône épiscopal, s’empara bientôt de toutes les églises, et persécuta cruellement les novatiens et les catholiques. C’est pour se venger de ces derniers qu’il nia la divinité du Saint-Esprit, comme il reconnut la divinité du Verbe, niée par les ariens, pour braver leur protecteur Constance, qui l’avait déposé.
Le même historien ajoute qu’à la mort d’Athanase, les ariens, appuyés par Valens, arrêtèrent, mirent aux fers et firent mourir ceux qui restaient attachés à Pierre, qu’Athanase avait désigné son successeur. On était dans Alexandrie comme dans une ville prise d’assaut. Les ariens s’emparèrent bientôt des églises, et l’on donna à l’évêque installé par les ariens le pouvoir de bannir de l’Égypte tous ceux qui resteraient attachés à la foi de Nicée.
Nous lisons dans Socrate qu’après la mort de Sisinnius l’Église de Constantinople se divisa encore sur le choix de son successeur, et Théodose le Jeune mit sur le siége patriarcal le fougueux Nestorius. Dans son premier sermon, il dit à l’empereur: « Donnez-moi la terre purgée d’hérétiques, et je vous donnerai le ciel; secondez-moi pour exterminer les hérétiques, et je vous promets un secours efficace contre les Perses. » Ensuite il chassa les ariens de la capitale, arma le peuple contre eux, abattit leurs églises, et obtint de l’empereur des édits rigoureux pour achever de les exterminer. Il se servit ensuite de son crédit pour faire arrêter, emprisonner et fouetter les principaux du peuple qui l’avaient interrompu au milieu d’un autre discours dans lequel il prêchait sa même doctrine, qui fut bientôt condamnée au concile d’Éphèse.
Photius rapporte que lorsque le prêtre arrivait à l’autel, c’était un usage dans l’Église de Constantinople que le peuple chantât: Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel; et c’est ce qu’on nommait le trisagion. Pierre le Foulon y avait ajouté ces mots: « Qui avez été crucifié pour nous, ayez pitié de nous. » Les catholiques crurent que cette addition contenait l’erreur des eutychiens théopaschites, qui prétendaient que la Divinité avait souffert; ils chantaient cependant le trisagion avec l’addition pour ne pas irriter l’empereur Anastase, qui venait de déposer un autre Macédonius, et de mettre à sa place Timothée, par l’ordre duquel on chantait cette addition. Mais un jour des moines entrèrent dans l’église, et au lieu de cette addition chantèrent un verset de psaume; le peuple s’écria aussitôt: « Les orthodoxes sont venus bien à propos. » Tous les partisans du concile de Chalcédoine chantèrent avec les moines le verset du psaume; les eutychiens le trouvèrent mauvais; on interrompt l’office, on se bat dans l’église, le peuple sort, s’arme, porte dans la ville le carnage et le feu, et ne s’apaise qu’après avoir fait périr plus de dix mille hommes.
La puissance impériale établit enfin dans toute l’Égypte l’autorité de ce concile de Chalcédoine; mais plus de cent mille Égyptiens, massacrés dans différentes occasions pour avoir refusé de reconnaître ce concile, avaient porté dans le cœur de tous les Égyptiens une haine implacable contre les empereurs. Une partie des ennemis du concile se retira dans la haute Égypte, d’autres sortirent des terres de l’empire, et passèrent en Afrique et chez les Arabes, où toutes les religions étaient tolérées.
Nous avons déjà dit que, sous le règne d’Irène, le culte des images fut rétabli et confirmé par le second concile de Nicée. Léon l’Arménien, Michel le Bègue et Théophile, n’oublièrent rien pour l’abolir; et cette contestation causa encore du trouble dans l’empire de Constantinople, jusqu’au règne de l’impératrice Théodora, qui donna au second concile de Nicée force de loi, éteignit le parti des iconoclastes, et employa toute son autorité contre les manichéens. Elle envoya dans tout l’empire ordre de les rechercher, et de faire mourir tous ceux qui ne se convertiraient pas. Plus de cent mille périrent par différents genres de supplices. Quatre mille, échappés aux recherches et aux supplices, se sauvèrent chez les Sarrasins, s’unirent à eux, ravagèrent les terres de l’empire, se bâtirent des places fortes où les manichéens, que la crainte des supplices avait tenus cachés, se réfugièrent, et formèrent une puissance formidable par leur nombre et par leur haine contre les empereurs et les catholiques. On les vit plusieurs fois ravager les terres de l’empire, et tailler ses armées en pièces.
Nous abrégeons les détails de ces massacres; ceux d’Irlande, où plus de cent cinquante mille hérétiques furent exterminés en quatre ans; ceux des vallées de Piémont, ceux dont nous parlerons à l’article Inquisition, enfin la Saint-Barthélemy, signalèrent en Occident le même esprit d’intolérance, contre lequel on n’a rien de plus sensé que ce que l’on trouve dans les ouvrages de Salvien.
Voici comment s’exprime, sur les sectateurs d’une des premières hérésies, ce digne prêtre de Marseille, qu’on surnomma le maître des évêques, et qui déplorait avec tant de douleur les dérèglements de son temps qu’on l’appela le Jérémie du v siècle. « Les ariens, dit-il, sont hérétiques; mais ils ne le savent pas: ils sont hérétiques chez nous, mais ils ne le sont pas chez eux; car ils se croient si bien catholiques qu’ils nous traitent nous-mêmes d’hérétiques. Nous sommes persuadés qu’ils ont une pensée injurieuse à la génération divine, en ce qu’ils disent que le Fils est moindre que le Père. Ils croient, eux, que nous avons une opinion injurieuse pour le Père, parce que nous faisons le Père et le Fils égaux: la vérité est de notre côté; mais ils croient l’avoir en leur faveur. Nous rendons à Dieu l’honneur qui lui est dû; mais ils prétendent aussi le lui rendre dans leur manière de penser. Ils ne s’acquittent pas de leur devoir; mais dans le point même où ils manquent ils font consister le plus grand devoir de la religion. Ils sont impies, mais dans cela même ils croient suivre la véritable piété. Ils se trompent donc, mais par un principe d’amour envers Dieu; et quoiqu’ils n’aient pas la vraie foi, ils regardent celle qu’ils ont embrassée comme le parfait amour de Dieu.
« Il n’y a que le souverain juge de l’univers qui sache comment ils seront punis de leurs erreurs au jour du jugement. Cependant il les supporte patiemment, parce qu’il voit que s’ils sont dans l’erreur, ils errent par un mouvement de piété. » HERMÈS, ou ERMÈS, ou MERCURE TRISMÉGISTE, ou THAUT, ou TAUT, ou THOT.
On néglige cet ancien livre de Mercure Trismégiste, et on peut n’avoir pas tort. Il a paru à des philosophes un sublime galimatias; et c’est peut-être pour cette raison qu’on l’a cru l’ouvrage d’un grand platonicien.
Toutefois, dans ce chaos théologique, que de choses propres à étonner et à soumettre l’esprit humain! Dieu, dont la triple essence est sagesse, puissance et bonté; Dieu, formant le monde par sa pensée, par son verbe; Dieu, créant des dieux subalternes; Dieu, ordonnant à ces dieux de diriger les orbes célestes, et de présider au monde; le soleil, fils de Dieu; l’homme, image de Dieu par la pensée; la lumière, principal ouvrage de Dieu, essence divine; toutes ces grandes et vives images éblouirent l’imagination subjuguée.
Il reste à savoir si ce livre, aussi célèbre que peu lu, fut l’ouvrage d’un Grec ou d’un Égyptien.
Saint Augustin ne balance pas à croire que le livre est d’un Égyptien qui prétendait être descendu de l’ancien Mercure, de cet ancien Thaut, premier législateur de l’Égypte.
Il est vrai que saint Augustin ne savait pas plus l’égyptien que le grec; mais il faut bien que de son temps on ne doutât pas que l’Hermès dont nous avons la théologie ne fût un sage de l’Égypte, antérieur probablement au temps d’Alexandre, et l’un des prêtres que Platon alla consulter.
Il m’a toujours paru que la théologie de Platon ne ressemblait en rien à celle des autres Grecs, si ce n’est à celle de Timée, qui avait voyagé en Égypte ainsi que Pythagore.
L’Hermès Trismégiste que nous avons est écrit dans un grec barbare, assujetti continuellement à une marche étrangère. C’est une preuve qu’il n’est qu’une traduction dans laquelle on a plus suivi les paroles que le sens.
Joseph Scaliger, qui aida le seigneur de Candale, évêque d’Aire, à traduire l’Hermès ou Mercure Trismégiste, ne doute pas que l’original ne fût égyptien.
Ajoutez à ces raisons qu’il n’est pas vraisemblable qu’un Grec eût adressé si souvent la parole à Thaut. Il n’est guère dans la nature qu’on parle avec tant d’effusion de cœur à un étranger; du moins on n’en voit aucun exemple dans l’antiquité.
L’Esculape égyptien qu’on fait parler dans ce livre, et qui peut-être en est l’auteur, écrit au roi d’Égypte Ammon: « Gardez-vous bien de souffrir que les Grecs traduisent les livres de notre Mercure, de notre Thaut, parce qu’ils le défigureraient. » Certainement un Grec n’aurait point parlé ainsi.
Toutes les vraisemblances sont donc que ce fameux livre est égyptien.
Il y a une autre réflexion à faire, c’est que les systèmes d’Hermès et de Platon conspiraient également à s’étendre chez les écoles juives dès le temps des Ptolémées. Cette doctrine y fit bientôt de très-grands progrès. Vous la voyez étalée tout entière chez le juif Philon, homme savant à la mode de ces temps-là.
Il copie des passages entiers du Mercure Trismégiste dans son chapitre de la formation du monde. « Premièrement, dit-il, Dieu fit le monde intelligible, le ciel incorporel, et la terre invisible; après il créa l’essence incorporelle de l’eau et de l’esprit, et enfin l’essence de la lumière incorporelle, patron du soleil et de tous les astres. » Telle est la doctrine d’Hermès toute pure. Il ajoute que « le verbe ou la pensée invisible et intellectuelle est l’image de Dieu ».