V. 1 160. PJen que le cœur d'Orosmane. — Rien que s'explique natu- rellement par Tellipse de autre. Rien est employé dans cette locution au sens positif, conforme à Tétymologie du mot, rem. Il est vrai que la forme dubitative de la phrase lui donne uq sens implicitement négatif, comme dans ce vers de Corneille: Cependant plus j'y songe et plus je m'examine, Moins je me trouve, Seigneur, à me reprocher rien, (Agésikis^ III, 1).
V. 1 163. Se forcer à =z bb faire violence pour...Je ne puis penser Qu'à feindre si longtemps vous puissiez vous forcer.
[Racine, Mithridate, III, 5.)
V. Il67. Fa, mon cœur, — Sur ce passage du vous &\x tu, voir la note 122 ZAÏRE Qui, moi? que sur mon lr6ne une autre fût placée! Non, je n'en eus jamais la fatale pensée. Pardonne à mon courroux, à mes sens interdits, Ces dédains affectés, et si bien démentis; 1 175 G*est le seul déplaisir que jamais dans ta vie^ Le ciel aura voulu que ta tendresse essuie, Je t*aimerai toujours...Mais d'où vient que ton cœur En partageant mes feux, différait mon bonheur? [Parle, était-ce un caprice? est-ce crainte d'un maître, 1180 D'un Soudan, qui pour toi Veut renoncer à l'être? Serait-ce un artifice? épargne-toi ce soin; L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin: Qu'il ne souille jamais le saint nœud qui nous lie! L'art le plus innocent tient de la perfidje: 1185 Je n'en connus jamais, et mes sens déchirés, Pleins d'un amour si vrai...ZAÏllE Vous me désespérez. Vous m'êtes cher sans doute, et ma tendresse extrême Est le comble des maux pour ce cœur qui vous aime.
V. 1171. Qui? moi? Que sur mon trône une autre.. — Il n'y a ici anacoluthe qu'en apparence: en effet, la phrase qui suit équivaut à celle- ci: « Que je place sur mon trône une autne [que toi]. > Au reste ce « Qui? moi! » est une sorte de locution toute faite, moitié interrogative, moitié exclamative: Nous séparer? Qui? moi? Titus de Bérénice?
(Racine. Bérénice^ III, 3).
V. 1176. Le ciel aura voulu. — Sur cette expression, le ciel^ voir la note au v. 89.
V. 1185. Mes sens déchires, — L'épithète seiait peu juste si Ton prenait le mot sens dans son acception propre. Mais c'est là un des termes les plus vagues de la langue poétique du temps. € Les sens » comme <^^ViZ^ en grec, c'est indifféremment la faculté de sentir, J'esprit ou le cœur. Cette dernière signification est celle qu'il faut adopter ici, comme le prouve l'hémistiche suivant: « pleins d'un amour si vrai ». De même aux v ^p ACTE IV, SCÈXE II 123 OROSMANE ciel! expliquez -vous. Quoi I toujours me troubler? 1190 Se peut-il?.,.
ZAÏRE Dieu puissant, que ne puis-je parler?
OROSMANE I\ Quel étrange secret me cachez-vous, Zaïre? Est-il quelque chrétien qui contre moi conspire? I Me trahit-on? parlez.
ZAÏRE F.h I pfî ii t -o n^vnm tmhi p^ /( -- Seigneur, entre eux et vous vous me verriez courir: 1 195 On ne vous trahit point, pour vous rien n'est à craindre; . Mon malheur est pour moi, je suis la seule à plaindre.
OROSMANE Vous à plaindre! grand Dieu!
ZAÏRE Souffrez qu*à vos genoux Je demande en tremblant une grâce de vous.
OROSMANE Une grâce! ordonnez et demandez ma vie.
ZAÏRE 1200 Plût au ciel qu'à vos jours la mienne fût unie!
Orosmane...Seigneur...permettez qu'aujourd'hui, Seule, loin de vous-même, et toute à mon ennui, D'un œil plus recueilli contemplant ma fortune, V. 1189. Toujours me troubler, — Le mot troubler paraîtrait main- tenant bien faible. Il faut lui attribuer, et il pouvait en effet avoir alors, une acception plus énergique.
V. 1203. Contemplant ma fortune. — Fortune équivaut à sort heu- reux ou malheureux. Le mot ne s'emploierait plus aujourd'hui sans épithète, au moins dans ce sens. Cf. vers 641: Toi qui seul as conduit sa fortune et la mienne...< Jamais il n*a été en ma puissance de concevoir comme on trouve \ 124 ZAÏRE Je cache à votre oreille une plainte importune...1205 Demain tous mes secrets vous seront révélés.
OROSMANE De quelle inquiétude, ô ciel, vous m'accablez! Pouvez- vous...?
ZAÏRE Si pour moi lamour vous parle encore, Ne me refusez pas la grâce que j'implore.
OROSMANE Eh bien! il faut vouloir tout ce que vous voulez; 1210 J'y consens; il en coûte âmes sens désolés. Allez; souvenez-vous que je vous sacrifie Les moments les plus beaux, les plus chers de ma vie.
ZAÏRE En me parlant ainsi, vous me percez le cœur.
OROSMANE /[ Eh bien! vous me quittez, Zaïre?
ZAÏRE Hélas! Seigneur.
SCÈNE 111 OROSMANE, CORASMLN OROSMANE 1215 Ah! c'est trop tôt chercher ce solitaire asile', Var. V. IZU; Eh quoi! (1733, 1736). Eh bien I (1748, 1775).
V. 1215: Ahl c'est trop tôt chercher ce solitaire asile (1733. 1748, 1775). Zaïre! ah! c'est trop tôt me fuir dans cet asile (1736).
écrit dana le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre homme. » (Molière, Amants Magnifiqii/eSj III, 1 ) ACTE IV, SCÈNE III 125 C'est trop tôt abuser de ma bonté facile; Et plus fy pense, ami, moins je puis concevoir Le sujet si caché de tant de désespoir.
Quoi donc! par ma tendresse élevée à l'empire, 1220 Dans le sein du bonheur que son âme désire.
Près d'un amant qu'elle aime, et qui brûle à ses pieds, Ses yeux, remplis d'amour, de larmes sont noyés!
Je suis bien indigné de voir tant de caprices: Mais moi-même, après tout, eus-je moins d'injustices? 1225 Ai-je été moins coupable à ses yeux offensés?
/Est-ce à moi de me plaindre? on m'aime, c'est assez; Il me faut expier par un peu d'indulgence De mes transports jaloux l'injurieuse offense.
Je me rends. Je le vois, son cœur est sans détours; 1230 La nature naïve anime ses discours: EUle est dans Tàge heureux où règne Tinnocence; A sa sincérité je dois ma confiance. K(/Elle m'aime, sans doute; oui, j'ai lu devant toi.
Dans ses yeux attendris, Tamour qu'elle a pour moi; i235 Et son âme, éprouvant cette ardeur qui me touche, Vingt fois pour me le dire a volé sur sa bouche.
V. 1221. Qui brûle à ses pieds. — Brûle se dit toujours des amants; mais les mots à ses pieds viennent gâter la métaphore, qu'ils rendraient facilement comique.
V. 1224. EuS'je moins d'injustices? — Cette locution est franche- ment incorrecte. On dit: avoir de l'injustice; et faire une ou des injus» tices; en d'autres termes ce mot, pris au sens concret, et signifiant: action injuste, ne peut être régi que par le verbe faire ou l'un de ses synonymes. En réalité, Voltaire songeait bien à l'injustice abstraite, mais les besoins de la rime lui ont fait mettre le pluriel.
V. 1226. Est-ce à moi de me plaindre? — Voir la note au v. 1460.
V. 1236. — Vers charmant. Voltaire a dit encore dans Candide (chap. 14). u Leur âme tout entière volait sur leur langue, était attentive dans leurs oreilles et étincelante dans leurs yeux. » C'est, avec plus de sensibilité, le mot d'Ennius: volito vivu' per ora viruni.
126 ZAÏRE Qui peut avoir un cœur assez traître, assez bas, Pour montrer tant d'amour et ne le sentir pas?
SCENE IV OROSMANE, CORASMIN, MÉLÉDOR MÉLÉDOR V if Cette lettre, Seigneur, à Zaïre adressée, 1240 Par vos gardes saisie...et dans mes mains laissée..
* OROSMANE K V. 1238. Ne le sentir pas, — Les négations pas^ point, etc., se pla- çaient indifféremment, même en prose, avant ou après un verbe à Tinfinitif. Cette dernière construction est tombée en désuétude.
V. 1239. — Dès qu*Orosmane a repris confiance, un nouvel incident survient, qui va ranimer sa jalousie. L*action ne languit pas un moment. Cette rapidité dans la succession des péripéties est la loi de toute pièce bien conduite.
Y. 1241. Donne, qui la portail? » € Le Soudan ne doit- il pas sur le champ faire venir ce chrétien, et lui dire: Qui t*a chargé de cette let- tre? C*est là du moins le mouvement qui semble le plus naturel...Cepen- dant Fauteur pourrait Répondre qu*un mouvement encore plus prompt, et le premier de tous, c*est de lire la lettre; que dès qu*Orosmane l'a lue, il ne doute pas, d*après ses premiers soupçons, qu'elle ne soit de Nérestan, et que rhorreur de cette perfidie le jette dans des accès de rage qui égarent sa raison. — On peut répliquer à Tauteur que le premier effet de cette même rage doit être de faire arrêter celui qu*il croit son rival, et de le faire amener devant lui. Mais Tauteur répondrait encore que le soudan ne revient à lui que pour écouter le conseil de Corasmin, qui lui propose le moyen le plus infaillible de connaître la véiité et de s* assurer que sa mal- tresse est fidèle ou qu'elle ne Test pas: c'est de lui faire rendre cette let- tre par une main inconnue, par un esclave affidé qui rapportera sa ré- ponse...M (La Harpe ) ji ^j ACTE IV, SCÈNE V 127 MÉLÉDOR Un de ces chrétiens Dont vos bontés. Seigneur, ont brisé les liens: Au sérail en secret il allait s'introduire; On Ta mis dans les fers.
OROSMANE Hélas! que vais-je lire? 1245 Laisse-nous...je frémis.
SCENE V OROSMANE, CORASMIN CORASMIN Cette lettre, Seigneur, Pourra vous éclaircir, et calmer votre cœur.
OROSMANE ^ // Ah \ liRon<j i; ma main trftmhlfi et mon âme étonnée Prévoit que ce billet contient ma destinée. Lisons...ce Chère Zaïre, il est temps de nous voir: V. 1249. « Chère Zaïre, etc.. »« — Il faut convenir que ce billet est admirablement fait pour créer une équivoque et pour changer en certitude les soupçons vagues d'Orosmane. Pas une phrase qui ne soit à double sens; remplir notre espoir, vous connaissez mon zèle; je meurs si vous n'êtes fidèle. Pour quiconque n'est point averti, cette lettfeTi^Tsau- rait être autre cho^e qu'un billet doux. On a remarqué que shîiérestan avait écrit « Ma sœur », au lieu de < Chère Zaïre », il n'y aurait plus d'équivoque, et partant, plus de pièce. — La Harpe, qui veut tout expli- quer et tout justifier, se donne beaucoup de mal pour réfuter cette objec- tion; et il ajoute que « le billet de Néreatan est écrit selon toutes les règles de la prudence ». C'est beaucoup dire. Nérestan est au contraire de la dernière maladresse, et il n'aurait pas fait pis, s'il eût pris à tâche de perdre sa sœur. Mais enfin, une fois admis ce procédé très romanesque et peu vraisemblable du billet à double sens, on doit reconnaître que Voltaire 128 ziicc 123A II «est Ten la mosquée une seeièfe Ofi froo« poof^^z %aDS 1>nnt, et suis être aperrue, TrcmifN^r rcHi^ sarireillaots. et remplir ncrtre espoir: Il but toot hasarder: tous eonoaissez iim« zèle: «le irons atteo/ls; je meors si toos Diètes fidèle. * 1^>5 Eh kieo! Cher Comsmin, que dis-to?
CORASMIX MiMy Seigneur? Je sois épooTanté de ce comble dliorreor.
OROSMA3(E To vois comme on me traite.
CORASMI9( trahison horrible! Hei^enr^ à cet affront irons êtes insensible? Vous dont le cœur tantôt^ snr nn simple soupçon, 1260 O'une douleur si vi%'e a reçu le poison?
Ah! sans doute Thorreur d'une action si noire Vous guérit d*un amour qui blessait votre gloire.
M'en e»t trè« hAbilemeot senri. il ne faut pas demander.trop de vraisem- blance au théâtre, oti tout est convention, — Rapprocher la scène 5 de Tacte II de hon Garde de Navarre, Ici la méprise est fondée non Hur une lettre entière, mais Kur une moitié de lettre, dont les termes sont également é^juivoques. Voltaire lui-même a repris très heureusement ce procédé dan» le conte de Zadig.
V. 1256, — Ce« mot» horreur, horrible^ vont reparaître plusieurs fois h peu de distance, v 1257, 1261, 1271; et il en est de même pour d*au- tres termes à bien d* autres endroits. Si nous ne savions déjà que la pièce fut très rapidement écrite, nous en verrions la preuve dans ces petites né- Kligences, que toutes les retouches successives n*ont pas entièrement effa- cées.
V 1262. Qui hlensait votre gloire,,. Nous avons déjà observé au V. 5.'-^^, ce sens alors si fréquemment donné au mot gloire. Blesser est Nouvent employé d'une façon très hardie avec un complément abstrait pour sijfniflor porter atteinte.
Malheur à qui, du ciel blessant les privilèges...(Voltaire, (Eûftpe, III, 1).
ACTE IV, SCÈNE V 129 OROSMANS Cours chez elle à l'instant, va, vole, Corasmin: Montre luicçt écrit...Qu'elle tremble...et soudain 1265 De cent coups de poignard que Tinfidèle meure! Mais avant de frapper...Ah! cher ami, demeure; Demeure, il n'est pas temps. Je veux que ce chrétien Devant elle amené...non...je ne veux plus rien...Je me meurs...je succombe à l'excès de ma rage.
CORASMIN 1270 On ne reçut jamais un si sanglant outrage.
OROSMANB Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur! Ce secret qui pesait à son infâme cœur! Sous le voile emprunté d'une crainte ingénue.
V. 1266. Mais avant de frapper.,, — « A peine la fureur a-t-elle commandé, que Tamour tremble qu'elle ne soit obéie...Ce mot surtout: « Non, je ne veux plus nen », est le sublime du désespoir:». (LaHarpe). Ce mot que La Harpe admire avec raison est déjà dans Bajazet (II, 1); Mais nous devons reconnaître qu*il a ici beaucoup plus d'énergie.
V. 1271. Le voilà donc connu.,, etc. — c Cette scène a du rapport avec celle où Roxane a surpris la lettre de Bajazet pour Atalide [Bajazet, IV, 5); mais il y a cette différence, que Roxane, en lisant cette lettre, ne fait guère que se confirmer dans les soupçons très fondés qu'elle avait déjà sur Bajazet, dont elle a vu les froideurs; et qu'Orosmane au contraire voit dans la lettre écrite à Zaïre la trahison d'un cœur dont il se croit aussi sûr que du sien. Combien la situation est plus forte! Joignez'-y la diffé- rence de caractère entre une esclave ambitieuse et féroce, trompée dans sa politique et ses intérêts autant que dans son amour, et l'amant le plus gé- néreux, le plus sensible, lé plus confiant, le plus exclusivement rempli du seul sentiment de l'amour...» (La Harpe.) — « C'est par ce vers que Boucher d'Argis commença son fameux rapport sur les événements des 5 et 6 octobre 1789. » (G. Avenel.)
V. 1273. Sous le voile emprunté, — L'auteur réunit ici, par un pléo- nasme assez malheureux, deux images équivalentes, mais tellement diffé- rentes qu'elles ne peuvent se confondre. On dit pour exprimer la fausseté sov^ le voile de^ on dit aussi un sentiment d* emprunt. Mais qu'est-ce qu'un voile emprunté?
9 130 ZAÏRE Elle veut quelque temps se soustraire à ma vue 1275 Je me fais cet effort, je la laisse sortir: .: Elle part en pleurant...fti p/est pour nr^f» frahîr. NI J] Quoi^Zaïre!
-^ CORASMIN Tout sert à redoubler son crime. Seigneur, n'en soyez pas l'innocente victime; Et de vos sentiments rappelant la grandeur...OROSMANE 1280 C'est là ce Nérestan, ce héros plein d^honneur, Ce chrétien si vanté, qui remplissait Solyme De ce faste imposant de sa vertu sublime! Je Tadmirais moi-même, et mon cœur combattu S'indignait qu'un chrétien m'égalât en vertu.
1285 Ah! qu'il va me payer sa fourbe abominable! Mais Zaïre, Zaïre est cent fois plus coupable: V. 1277. — Sert à est mis ici pour contribuer, concourir, — Redou- bler son crime pour la rendre plus criminelle. Redoubler devient donc synonyme de doubler, alors qu'il indique plutôt une récidive.
V. 1279. — « Rappeler zzz faire revenir, en parlant de choses moi*ales qu*on suppose obéir à un rappel » (Littré): Rappelez, rappelez cette vertu sublime.
(Corneille, Cinna, IV, 6). Mais enfin, rappelant son audace première.
(Boileau, Lutrin, II).
V. 1283. Mon cœur combattu. — Il est rare de trouver le mot ainsi employé absolument. € Combattus et flottants pendant tout le cours de notre vie. » [J. J. Rousseau, Emile, I): Arrête, malheureux! Que je suis combattu!...(Gilbert, Plaintes du malheureux), V. 1285 Sa fourbe abominable. — Ce mot a vieilli. Il est pris ici au sens concret, acte de fourberie ^ comme dans Corneille: Ce grand Nicomède Voit quelle digne issue à ses fourbes succède.
(Nicomède, III, 8 ) Y. 1286. — « Après ces premières explosions de la rage, il est dans la ACTE IV, SCÈNE V 131 Une esclave chrétienne, et que j'ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l'abaisser! Une esclave! elle sait ce que j'ai fait pour elle t 1290 Ah! malheureux!
CORASMIN Seigneur, si vous souffrez mon zèle, Si, parmi les horreurs qui doivent vous troubler. Vous vouliez...OROSMANE Oui, je veux la voir et lui parler. | Allez, volez, esclave, et m'amenez Zaïre. ^ nature que Tàme fatiguée retombe sur elle-même et envisage son malheur ».
(La Harpe). — Même situation dans Bajazet (IV, 5): Tu ne remportais pas une grande victoire, Perfide, en abusant ce cœur préoccupé, Qui lui-même craignait de se voir détrompé! Moi, qui, de ce haut rang qui me rendait si fière. Dans le sein du malheur t'ai cherché la première, Pour attacher des jours tranquilles, fortunés, Aux périls dont tes jours étaient environnés! Après tant de bontés, de soins, d'ardeurs extrêmes Tu ne saurais jamais prononcer que tu m* aimes!
V. 1287. Que j'ai pu laisser. — Ce prétérit a toute la valeur d'un conditionnel passé. On trouve au v. 1640 un passé défini employé de la même façon: Ce poignard que mon bras égaré A plongé dans un sein qui dut m'être sacré. Le latin exprime ainsi le plus souvent par le parfait l'idée du condition- nel: potuity oportuit. Cette même tournure se présente aussi chez Racine: Vous, dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les hbnneurs obscurs de quelque légion.
(Britannicus, I, 2.) On la rencontre même encore chez J. J. Rousseau (Préface de la Lettre à d*Alembert). « Ai-je iû me taire? L'ai-je pu, sans trahir mon devoir et ^jua patrie? » V. 1293 et suivants Allez, volez, esclave...— « Orosmane veut voir \ Zaïre et doit le vouloir; mais s'il la 'voit, lui qui vient de dire: « Montrezl lui cet écrit.. », il va infailliblement le lui montrer, et tout va s'éclaircir: 132 ZAÏRE GORASMIN Hélas! en cet état que pourrez- vous lui dire?
OROSMANE 1295 Je ne sais, cher ami, mais je prétends la voir.
GORASMIN Ah! Seigneur, vous allez, dans votre désespoir, Vous plaindre, menacer, faire couler ses larmes. Vos bontés contre vous lui donneront des armes, Et votre cœur séduit, malgré tous vos soupçons, 1300 Pour la justifier cherchex'a des raisons.
M'en croirez- vous? cachez cette lettre à sa vue, Prenez pour la lui rendre une main inconnue; Par là, malgré la fraude et les déguisements. Vos yeux démêleront ses secrets sentiments, 1303 Et des plis de son cœur verx*ont tout Tartifice.
il n*y a plus ni dénoûment ni cinquième acte, et par conséquent plus de pièce. Que fait Tauteur? Il fait donner par Corasmin cet avis, qui entre trop bien dans le premier intérêt d'Orosmane pour qu'il puisse ne pas s'y rendre...» (La Harpe). — Et m'amenez Zaïre, Cette construction a disparu de la langue. Aujourd'hui, par suite d'une règle assez bizarre, le pronom complément direct ou indirect ne peut se placer avant le verbe quand celui- ci esta rimpératif, et dans ce cas seulement: Va, cours, vole, et nous venge.
(Le Cid, I, 8.) Quittez cette chimère, et m'aimez (Polyeucte, IV, 3.) Sois libre, et te souvien Quel fut et le devoir et la mort d'un chrétien.
(Voltaire, Alzire, V, 7.)
V. 1302. Pour la rendre.,, — Rendre zz: remettre à son adresse. Le sens a vieilli. Cf. Voltaire (Lettre à Rochefort, 28janv. 17671» Voici les lettres que j'ai reçues pour vous: je suis bien fâché de ne pas vous les rendre en mains propres. Remarquer cet emploi de prendre au sens de employer, V, 1305. Et des plis de son cœur. — ^ Plis est mis ici comme équiva- lent de replis, bien qu'il n'ait pas le même sens (voir au v. 1334), et ce mot si froid, artifice, détruit l'image au lieu de la continuer.
ACTE IV, SCÈNE V 133 OROSMANE I 1 Penses-tu qu'en eflPet Z aïre me trahisse? ( / AÏÎïniïïr'qïïoïqu^il ensoît, je vais tenter mon sort, [Et pousser la vertu jusqu'au dernier efifort. Je veux voir à quel point une femme hardie 1310 Saura de son côté pousser la perfidie.
CORASMIN Seigneur, je crains pour vous ce funeste entretien; Un cœur tel que le vôtre...OROSMANE Ah! nVn redoute rien. A son exemple, hélas! ce cœur ne saurait feindre: Mais j'ai la fermeté de savoir me contraindre: 1315 Oui, puisqu'elle m'abaisse à connaître un rival...Tiens, reçois ce billet à tous trois si fatal; Va, choisis pour le rendre un esclave fidèle. Mets en de sûres mains* cette lettre cruelle: Va, cours...Je ferai plus, j'éviterai ses yeux; V, 1307. Tenter mon sort. — Tenter la fortune, c'est presque la défier, de même qu'on dsiait/^w^^rDi^w; c'est se lancer dans une entreprise difficile^ aléatoire, qui ne réussira que par une faveur extraordinaire de la fortune. L'analogie des deux mots sort et fortune pourrait induire ici en erreur. Orosmane veut tenter son sort, c'est-à-dire le pénétrer, le sonder, savoir de suite ce qu'il contient, le mettre à l'épreuve, comme en latin experiri.
V. 1317. Pour le rendre, — Voir la note au v. 1302.
V. 1320. C^est elle, — L'auteur a soin de faire paraître Zaïre au mo- ment précis où Orosmane vient de déclarer qu'il ne veut pas la voir. Dans la crise du drame, tout arrive ainsi à contre-temps. Voir au v 920.
1 34 ZAÏRE SCENE VI OROSMANE, ZAÏRE, CORASMIN.
ZAÏRE Seigneur, vous m'étonnez; quelle raison soudaine, Quel ordre si pressant près de vous me ramène?
OROSMANE Eh bien! Madame, il faut que vous m'éclaircissiez: Cet ordre est important plus que vous ne croyez; 1325 Je me suis consulté. Malheureux Tun par Fautre, Il faut régler d'un mot et mon sort et le vôtre. Peut-être qu'en effet ce que j'ai fait pour vous. Mon orgueil oublié, mon sceptre à vos genoux. Mes bienfaits, mon respect, mes soins, ma confiance, 1330 Ont arraché de vous quelque reconnaissance. Votre cœur, par un maître attaqué chaque jour, Vaincu par mes bienfaits, crut Têtre par Tamour. Dans votre âme avec vous il est temps que je lise; 11 faut que ses replis s'ouvrent à ma franchise: 1335 Jugez- vous; répondez avec la vérité Que vous devez au moins à ma sincérité.
Si de quelque autre amour Tinvii^cible puissance L'emporte sur mes soins, ou même les balance, V. 1328. Mon sceptre, — Voir la note au v. 142.
V. 1330. Ont arraché de vous.., — Même expression que dans Bri- tannicus {IV, 2.)
Mes soins et mes tendresses N'ont arraché de vous que de feintes caresses.
V, 1338. Sur mes soins, — Ce mot de soins, maintenant bien pâle, avait alors une valeur particulière, comme le mot ennui, etc., et était très usité dans la langue de la galanterie. « Il (Valère) rendait assez de soins à Camille, d Corneille. (Examen d'Horace,) ACTE IV, SCÈNE VI 135 Il faut me l'avouer, et dans ce même instant, 1340 JTa^gràce e§t_dans._moa_ aœu_rj prononce, elle t'attend; Sacrifie à ma foi l'insolent qui t'adore: Songe que je te vois, que je te parle encore. Que ma foudre à ta voix pourra se détourner, Que c'est le seul moment où je peux pardonner.
ZAÏRE 1345 Vous, Seigneur! vous osez me tenir ce langage? Vous, cruel! Apprenez que ce cœur qu'on outrage^ Et que par tant d'horreurs le ciel veut éprouver, S'il ne vous aimait pas, est né pour vous braver. Je ne crains rien ici que ma funeste flamme; 1350 N'imputez qu'à ce feu qui brûle encor mon âme, N'imputez qu'à l'amour que je dois oublier, La honte où je descends de me justifier. J'ignore si le ciel, qui m'a toujours trahie, A destiné pour vous ma malheureuse vie.
V. 1340. Ta grâce est dans mon cœur,,. « Que ce mouvement géné- reux fait encore aimer Orosmane! On conçoit cependant combien le cœur de Zaïre doit être offensé d'entendre parler de « grâce ». D'abord sa ré- ponse est fière, mais que bientôt elle devient tendre! > (La Harpe). Sur ce tutoiement, voir la note au v. 830.
V. 1341. L'insolent qui t'adore. — Ces mots d'Orosmane sont bien faits pour étonner Zaïre, et on pourrait croire qu'elle va les relever: elle n'en fait rien. C'est qu'en effet il s'ensuivrait une explication entre les deux amants; l'équivoque serait dissipée, et la catastrophe évitée. Zaïre se bor- nera donc, dans sa réponse, à protester de son innocence et de la sincérité de son cœur: bien inutilement, puisque Orosmane croit tenir la preuve certaine de sa trahison. L'intrigue est fort habilement menée; mais, comme on a déjà pu le remarquer, elle ne tient souvent qu'à un fil.
Y. 1345. Vous osez. — La fierté, la hauteur même, sont des qualités requises chez toute princesse de tragédie. Elle doit savoir tenir son rang, Zaïre est esclave, mais parle à son maître en vraie fille des rois; comme plus loin, est né pour vous braver, V. 1352. La honte où je descends, — Voir la note au v. 1487.
V, 1354. A destiné pour vous, — Destiner pour, qui a disparu de notre langue, n'a pas toujours le même sens que destiner à, seul employé 1 36 ZAÏRE 1355 Quoiqu'il puisse arriver, je jure par Thonneur, Qui non moins que lamour est gravé dans mon cœur, Je jure que Zaïre, à soi-même rendue. Des rois les plus puissants détesterait la vue; Que tout autre, après, vous, me serait odieux.
1360 Voulez-vous plus savoir, et me connaître mieux? Voulez-vous que ce cœur à Tamertume en proie. Ce cœur désespéré devant vous se déploie?. Sachez donc qu'en secret il pensait malgré lui Tout ce que devant vous il déclare aujourd'hui; 1365 Qu'il soupirait pour vous avant que vos tendresses Vinssent justifier mes naissantes faiblesses; maintenant. L'idée étymologique de destin y est généralement plus mar- quée. « Ce jour fatal destiné pour le jugement du monde. » (Bourdaloue, sermon sur le Jugement dernier).
V. 1357. A soi-même rendue,,, — Si Ton en croit certains grammai- riens, cette façon de parler serait incorrecte aujourd'hui: on ne pourrait pas remplacer le pronom personnel par le réfléchi, quand il s'agit d'une personne déterminée. Mais au xvii® et au xviii® siècles, cette substitution était presque de règle: Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui (Corneille, Polyeucte, v. 912.) Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi.
(Racine, Phèdre^ II, 5.). Voir également aux vers 152, 1596, etc.
V. 1362. Que ce cœur.,, se déploie, — Expression empruntée à Cor- neille: Souffrez donc qu'avec vous tout mon cœur se déploie.
(Agésilas, î, 4.)
V. 1363. En secret il pensait.,, — L'expression est bien impropre: le cœur pense-i'il'i Voir encore plus loin (v. 1451).
Je connais votre cœur: il penserait comme eux...V. 1366. Mes naissantes faiblesses., — Les faiblesses de l'amour, c'est à-dire tout simplement l'amour: Et vos Cœurs rougiraient des faiblesses du mien.
(Racine, Alexandre, I, 2.)
AQTE IV, SCÈNE VI 137 Qu'il prévint vos bienfaits, qu'il brûlait à vos pieds, Qu'il vous aimait enfin lorsque vous m'ignoriez; Qu'iln'eutjamaisque vous, n'aura que vous pour maître^ 1370 J'en atteste le ciel, que j 'offense peut-être; Et si j'ai mérité son éternel courroux. Si m on cœur fut coupable, ingrat, c'était pour vous.
OROSMANE ~~ Quoi! des plus tendres feux sa bouche encor m'assure! Quel excès de noirceur! Zaïre!...ah, la parjure! 1375 Quand de sa trahison j'ai la preuve en ma main!
ZAÏRE Que dites-vous? Quel trouble agite votre sein?
OROSMANE Je ne suis point troublé. Vous m'aimez?
ZAÏllE Votre bouche Peut-elle me parler avec ce ton farouche D'un feu si tendrement déclaré chaque jour? 1380 Vous me glacez de crainte en me parlant d'amour.
OROSMANE Vous m'aimez?
ZAÏRE Vous pouvez douter de ma tendresse!
V. 1373 et suivants. — Quoi! des plus tendres feux,., etc. Pour cette fin de scène, comparer Shakespeare î Desdém, — Votre épouse, Seigneur, votre fidèle et loyale épouse.
Othello. — Viens, jure-le, damne-toi; car en te voyant ces traits cé- lestes, les démons n'oseraient s'emparer de toi. Damne- toi donc par un double crime: jure que tu m'es fidèle.
Desdém. — Le ciel sait que j'ai dit la vérité.
Othello. — Le ciel sait qu'il est vrai que tu es perfide comme l'enfer.
Desdém. — Envers qui, Seigneur^ avec qui? Comment suis-je perfide?
Othello. — Oh! Desdémona! loin, loin, loin de moi!
(Othello, 1\, 2.)
ZAÏRE Mais encor une fois quelle fureur vous presse? Quels regards effrayants vous me lancez, hélas! Vous doutez de mon cœur?
1385 Qu'on la remène.
OROSMANE Non je n'en doute pas.
ZAÏRE Allez, rentrez. Madame.
SCÈNE VII OROSMANE, CORASMIN.
OROSMANE ' Ami, sa perfidie Au comble de Thorreur ne s'est pas démentie; Tranquille dans le crime, et fausse avec douceur, Elle a jusques au bout soutenu sa noirceur. As-tu trouvé l'esclave? as-tu servi ma rage? 1390 Connajtrai-je à la fois son crime et mon outrage?
Var. 1385. Allez, rentrez, Madame (1733, 1748, 1775). Qu'on la remène. Zaïre ô ciel! (1736.)
V. 1382. — Vous presse...au v. 886, presser était mis poui* oppresser^ accabler, avec le mot fureur il doit s'entendre autrement, vous pousse en avant, vous excite, sens très autorisé.
V. 1386. Au comble de l'horreur, — Mots assez difficiles à expliquer. Evidemment Fauteur ne veut pas dire que Zaïre se trouvait au comble de rhorreur, mais que sa perfidie est un comble d'horreur. Mais comment justifier cet emploi de la préposition à?
ACTE IV, SCÈNE VII 139 CORASMIN Oui, je viens d'obéir; mais vous ne pouvez pas Soupirer désormais pour ses traîtres appas: Vous la verrez sans doute avec indifférence, Sans que le repentir succède à la vengeance, 1 395 Sans que Tamour sur vous en repousse les traits.
OROSMÂNB Corasmin, je Tadore encor plus que jamais.
CORASMIN Vous? ô ciel, vous?
OROSMANE Je vois un rayon d'espérance. Cet odieux chrétien, l'élève de la France, Est jeune, impatient, léger, présomptueux; mot est employé au sens passif. On lit également dans Adélaïde du GueS' clin (IV, 5).
Eh bien, souffriras-tu ma honte et mon outrage? Le mot estime était employé de même pour signifier Testime qu'on inspire.
Il faut le délivrer du péril et du crime, Assurer sa puissance, et sauver son estime.
Corneille (Pompée, I, 1.) Enfin nous trouverons au v. 1562, une expression pareille, mon injure.
V. 1392. Soupirer pour ses traîtres appas, — Expression bien fade au milieu d'une situation aussi dramatique. C'est le langage banal de la galanterie.
V- 1395. Sans que V amour sur vous en repousse les traits. — Ce vers parait incompréhensible. Faut-il entendre: les traits de Zaïre, c'est-à- dire ses séductions? S'agit-il au contraire des traits de la vengeance? C est peu probable, mais on ne peut rien affirmer. Le sens du verbe repousser n'est pas plus clair.
V. 1398. — L'élève de la France, expression rare et hardie, moins par le sens figuré donné au mot élève que par la nature de son complé- ment.
V. 1399. Impatient^ léger, présomptueux. — Voilà une définition du « chevalier français » qui ne répond guère aux éloges hyperboliques du 140 ZAÏRE 1400 II peut croire aisément ses téméraires vœux: Son amour indiscret et plein de confiance, Aura de ses soupirs hasardé Tinsolence: ^ y. Un regard de Zaïre aura pu l'aveugler; j^\v Sans doute il est aisé de s'en laisser troubler.
1405 II croit qu'il est aimé, c'est lui seul qui m'ofiFensè; Peut-être ils ne sont point tous deux d'intelligence. Zaïre n a point vu ce billet criminel, Et j'en croyais trop tôt mon déplaisir mortel. Corasmin, écoutez...dès que la nuit plus sombre 1410 Aux crimes des mortels viendra prêter son ombre, Sitôt que ce chrétien chargé de mes bienfaits, début, V. 325. Il 6st vrai que c'est Orosmane qui parle, et il parle en en- nemi; mais Tidée qu'il exprime est bien au fond celle de Voltaire, qui Ta cent fois reproduite ailleurs.
V. 1402. Hasardé l'insolence, — Cette tournure, qui consiste à rem* placer Tépithète par le substantif correspondant, se montre déjà dans la langue latine à la fin de Tépoque classique. On connaît l'exemple de Phè- dre, coin long itudinem. Elle devient chez nous très fréquente (voir au V. 300). En même temps la désignation de la personne qui accomplit Fac- tion est remplacée par celle du sentiment qui la fait agir: son amour (voir la note au v. 193). Voilà donc, par cette double transformation du sujet et du complément, une phrase où il n'existe plus que des termes abs- traits, ce qui finit par constituer une singulière langue poétique.
V. 1408. Mon déplaisir mortel. — Voir la note au v. 364.
V. 1410. AiLX crimes des mortels, — La nuit complice des crimes qu'elle couvre de son ombre, c'est une idée souvent exprimée par les poètes anciens. (Pindare, PythiquesTV^ 115. Enri^ide^Hippolyte, v. 417.) Vol- taire dira de même un peu plus loin, v. 1518: nuit, nuit effroyable, Peux tu prêter ton voile à de pareils forfaits!
V. 1411. Chargé de mes bienfaits. — N'est ici qu'un équivalent du mot ingrat^ On dit bien d'une personne qu'on accumule sur elle les bien- faits Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler.
(Corneille, Cinna, V, 3).
Mais la péi-iphrase ici n'est pas heureuse; le mot chargé substitué à com- ACTE IV, SCÈNE VII 141 Ayez soin qu'à Tinstant la garde le saisisse; Q u'on prf^p flT*^ pnij p lui le p^iis honteux supplice, jl '^ 1415 Et que chargé de fers il me soit présenté.
Laissez surtout, laissez Zaïre en liberté.
Tu vois mon cœur, tu vois à quel excès je raime4-J Ma fureur est plus grande, et j'en tremble moi-même.
J'ai honte des douleurs où je me suis plongé; 1420 Mais malheur aux ingrats qui m'auront outragé!
blé, peut induire en erreur, et faire croire qu'au moment où Nérestan va paraître, il porte sur lui-même les marques de cette générosité d'Oros- mane* V. 1418. Ma fureur est plus grande,,, — C'est-à-dire plus grande encore que mon amour. De même qu il était dit au v. 307.
Mon amour est plus fort, plus grand que mes bienfaits.