V. 883. Ces feux dont il soupire, — L'emploi de dont est très fréquent dans la langue classique, la préposition pm^ étant souvent remplacée par de après un verbe (voir la note au v. 387). Le mot feux, comme beaucoup d'autres termes employés par métaphore, perdait son sens premier pour ne garder que celui du mot abstrait qu'il remplaçait, amour. C'est ainsi que les yeux signifiaient la beauté, le sang la noblesse ou la race, et que l'on finissait par dire le sang qui brille en vous, le jour que je respire; le sang qui régnait, v. 273. Il n'y aurait donc, selon les habitudes de la lan- gue, rien que de très légitime dans cette expression, les feux dont il sou- pire^ si l'eau du baptême et l'idée d'éteindre ne venaient nous rappeler qu'il s'agit en même temps d'un véritable feu. Alors les images deviennent incompatibles.
V. 886. Dont ton cœur est pressé. — Sur l'emploi de dont, voir au V. 883. Sur l'emploi de presser, voir la note au v. 1382.
V. 890, Avant qne le pontife. — L'horreur du mot propre, la recher- che de la noblesse à tout prix font mettre ici le pontife au lieu du prêtre. Voir encore aux vers 1087, 1115.
V. 895. Va d'un père expirant. — Sur cet emploi de un, voir la note ACTE III, SGÈNE V 101 NÉRESTAN Je pars. Adieu, ma sœur, adieu: puisque mes vœux Ne peuvent t'arracher à ce palais honteux, Je reviendrai bientôt par un heureux baptême 900 T'arracher aux enfers, et te rendre à toi-même.
SCÈNE V ZAÏRE, seule.
ZAÏRE / I I 1 Me voilà seule, 6 Dieu! que vais-je devenir? A^ Dieu, commande k mon cœur de ne te_p_oint Jrahir! M^ Hélas! suis-je en effet ou FrançjBiise ou Sultane?
^^^ i Fille de Lusignan, ou femme d'Orosmane?
905L' Suis-je amante ou chrétienne? P serments que j'ai faits, Mon père, mon pays, vous serez satisfaits. Falime ne vient point. Quoi! dans ce trouble extrême, Var. 900. T'arracher aux enfers (1733, 1748. 1767. 1768. 1770, 1771, 1775, 1784). T'arracher à tes fers (1736). V. 903. On lit dans Tédition de Kehl Française ou Musulmane; nous n*a- vons pas trouvé la justitication de cette leçon; les éditions de 1733, 1736, 1748, 1767, 1768, 1770, 1771, 1775, 1777, donnent toutes le texte que nous avons reproduit.
V. 90 1. — « Cette scène vient d'ajouter encore à tous les motifs que Tart du poète veut opposer à i*amour; et on va sentir incessamment qu*il ne fallait pas employer moins. Orosmane va reparaître, les larmes de Zaïre nous ont sans cesse occupés de lui, et dès qu'il parlera, nous serons tous, au fond du cœur, du parti de son amour. Ce qui est dû au devoir, à la reli* gion, aux bienséances de toute espèce, est encore plus, il faut Tavouer, de réflexion que de sentiment; mais la passion tient immédiatement au cœur: la passion, c'est nous-mêmes. » Cette observation de La Harpe répond suffisamment à la critique deSchlegel, rapportée plus haut, à propos de la scène III du second acte.
^ 102 ZAÏRE Mon cœur peut il porter, seul et privé d'appui, 910 Le fardeau des devoirs qu'on m'impose aujourd'hui?
A la loi, Dieu puissant, oui, mon âme est rendue; Mais fais que mon amant s'éloigne de ma vue.
Cher amant! ce matin raurais-je pu prévoir, Que je dusse aujourd'hui redouter de te voir? 9io Moi qui, de tant de feux justement possédée, Que de l'entretenir, d'écouter ton amour, ^ Te voir^ te souhaiter, attendre ton retour!
Hélas! et je t'adore, et l'aimer est un crime!
V. 912. Mais fais que mon amant, — L'ancienne orthographe est fai. IjS est supprimée comme dans tous les impératifs de ce genre. Voir la note V. 913, 914. — Vers exquis de naturel et de sentiment.
V. 915. De tant de feux justement possédée, — Ici encore, comme nous Tavons remarqué au v. 883, le met feux perd son sens métaphorique pour devenir simple synonyme à' amour. Voir encore au v. 920 le beau feu qui m'anime.
V. 917. U écouter ton amour, Te voir, te souhaiter,,.
Remarquer Tellipse de la préposition avec les derniers infinitifs. Les exemples de cette suppression ne manquent pas chez Corneille et chez Ra- cine: Afin de la convaincre et détromper le roi (Corneille, Nicomède, I, 1.)
De les flatter lui même et nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et Toubli de sa femme.
(Racine, Britannicus, v. 821.)
ACTE m, SCÈNE VI 103 SCENE VI ZAÏRE, ORpSMANE y i \ ^' ORO^MANE 920 Paraisrôz, tout est prêt, le beau feu qui m'anime Ne souffre plus, Madame, aucun retardement. • Les flambeaux de Thymen brillent pour votre amant, Les parfutns de Tencens remplissent la mosquée; Du dieu de Mahomet la puissance invoquée 925 Confirme mes serments et préside à mes feux.
Var. 920. Toutes les éditions que nous avons consultées donnent le beau feu; c'est dans l'édition de Kehl que Ton trouve et Vardeur; peut-être alors cette correction^ ainsi que celle du v. 903, serait-elle due à Voltaire lui-même.
V. 920. Paraissez, tout est prêt,,. — « C'est là ce que les connais- seurs appellent un vrai coup de théâtre. Assemblez des milliers d*hommes, et il n'y en aura pas un dont le cœur ne palpite à ce seul mot Parais- sez tout est prêt, pas un qui ne pense en lui-même: Que va dire, que va faire la malheureuse Zaïre? » (La Harpe.) En effet, quand Fauteur a combiné la situation de telle sorte que la lutte entre deux personnages est inévitable et prévue, il lui suffit de les mettre en présence pour exciter au plus haut point Tanxié té. Celui qui survient débute toujours par un mot qui montre combien il arrive à contre-temps. C'est ce que fait Narcisse dans Britannicus (IV, 4.) Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste. Voir encore au v. 1320. ^ Ces mots le beau feu ne s'emploient mainte- nant que dans un sens ironique.
V. 921. Aucun retardement. — Retard exprime simplement le fait, tandis que retardement exprime Faction de retarder.
Tous vos retardements sont pour moi des refus.
(Racine, Andromaque, IV, 3.)
Cette nuance est à peu près effacée maintenant, et le mot retard se substitue à retardement dans la plupart des cas.
V. 925. Et préside à mes feux. — Encore les feux! Le mot était d'un usage courant dans la langue galante, mais Voltaire l'emploi à satiété.
104 ZAÏRE Mon peuple prosterné pour vous offre ses vœux. Tout tombe à vos genoux; vos superbes rivales Qui disputaient mon cœur et marchaient vos égales, Heureuses de vous suivre et de vous obéir, 930 Devant vos volontés vont apprendre à fléchir.
'. j Le trône, les festins et la cérémonie, / ^"^"-"nO [/Tout est prêt; commencez le bonheur de ma vie.
ZAÏRE Où suis-je? malheureuse! 6 tendresse! ô douleur I OROSMANE Venez.
ZAÏRE Où me cacher?
OROSMANE Que dites-vous?
ZAÏRE Seigneur!
Var. 926. Le teste que nous donnons est celui des éditions de 1733, 1748, l767s 1768, 1770, 1771, 1775; c'est aussi celui de Kehl, sauf la coquille consterne. Mes sujets prosternés offrent pour vous leurs vœux (1736). V. 927. Venez, en ce moment...(1733, 1736), Tout tombe à vos genoux (1748 et suivantes).
V. 92S. Qui disputaient mon cœur. — Lorsque Ton dit d'une armée qu'elle dispute le terrain à Fennemi, cette armée est une, et cet effort col- lectif est l'équivalent d'un seul effort individuel. Ici au contraire, ces riva- les ne sont pas réunis pour disputer à Zaïre le cœur d'Orosmane, chacune le dispute pour son compte; le verbe a donc la même valeur que si l'auteur avait mis disputaient entre elles, ou se disputaient.
V. 928. Et marchaient vos égales...— « Cet expression, dit La Harpe, est devenue commune: Voltaire surtout Ta fréquemment employée. N'ou- blions pas qu'elle appartient originairement à Racine, qui le premier a rendu d'une manière si heureuse le vers de Virgile: Ast ego quae divum incedo regina...(Éneide, I, 46.)
Je ceignis la tiare et marchai son égal.
(Athalie, III, 3.)
ACTE m, SCÈNE VI 105 OROSMANB 935 Donnez-moi votre main; daignez, belle Zaïre...ZAÏRE Dieu de mon père, hélas! que pourrai-je lui dire?
OaOSMANE Que j'aime à triompher de ce tendre embarras! Qu'il redouble ma flamme et mon bonheur!...ZAÏRE Hélas!
OROSMANB Ce trouble à mes désirs vous rend encor plus chère; 940 D'une vertu modeste il est le caractère.
Digne et charmant objet de ma constante foi, Venez, ne tardez plus.
ZAÏRE Fatime, soutiens-moi...Seigneur!
OROSMANE ciel! eh quoi?
ZAÏRE Seigneur, cet hyménée Était un bien suprême à mon àme étonnée.
Var. 941. De ma constante foi (1733. 1748, 1775). De mes vœux, de ma foi (1736). V. 942. Venez, ne tardez plus (1733, 1748, 1775). Idole de mon cœur (1736). Ah! grand Dieu, soutiens-moi (1767).
V. 937. Que j'aime- à triompher.,, — Le mot triompher peut avoir deux sens. Tantôt il est synonyme de vaincre, tantôt il sïgniûe tirer avan- tage de, se prévaloir. Les deux sens conviennent également ici; peut être le premier est-il préférable.
V. 942. Fatime, soutiens-moi. — De même au v. 627. Soutiens-moi, Chdtillon, Il y a peu de tragédies où cette formule ne se trouve.
V. 944. A mon âme étonnée, — C'est à-dire poter mon âme. On sait que U préposition à indiquait, dans Tancienne langue, une foule' de rap- ZAÏRE 945 Je n'ai point recherché le trône et la grandeur.
Qu'un sentiment plus juste occupait tout mon cœur! Hélas! j'aurais voulu qu'à vos vertus unie, Et méprisant pour vous les trônes de l'Asie, Seule et dans un désert auprès de mon époux, 950 J'eusse pu sous mes pieds les fouler avec vous. Mais.., Seigneur...ces chrétiens...OROSMANE Ces chrétiens...Quoi? Madame, Qu'auraient donc de commun cette secte et ma flamme?
ZAÏRE Lusignan, ce vieillard accablé de douleurs, Termine en ces moments sa vie et ses malheurs.
OROSMANE 955 Eh bien! quel intérêt si pressant et si tendre A ce vieillard chrétien votre cœur peut-il prendre? VJtûUUi'ètes point chrétienne; élevée en ces lieux, Vous suivez dès longtemps la foi de mes aïeux. Un vieillard qui succombe au poids de ses années ports, exprimés aujourd'hui par d'autres prépositions. « L'homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la nature, » (Pascal, Pensées^ I, 1.)
Que les fureurs de la terre Ne sont que paille et que verre A la colère des cienx.
(Malherbe, VI.) Voir encore au v. 708.
V. 947-950. J'aurais voulu que.., f eusse pu. — Le sens est: J'au^ rais voulu pouvoir. On attendrait donc que je pusse: et non que j'eusse pu. Mais le verbe de la proposition principale étant au conditionnel passé, amène par une sorte d'attraction le passé dans la subordonnée. « Si Baby- lone eût pu croire qu'elle eût été périssable comme toutes les choses hu- maines. 1 (Bossuet, Histoire Univ, III, 4.) « Le roi n'a point voulu que la reine soit allée à Paris » [M"* de Sévigné ) V. 952. Cette seùte et ma flamme. — Sur ce sens du mot secte, voir la note au v. 178.
ACTE m, SCÈNE VI 107 960 Peut-il troubler ici vos belles destinées? Cette aimable pitié qu'il s attire de vous, Doit se perdre avec moi dans des moments si doux.
ZAÏRE Seigneur, si vous m'aimez, si je vous étais chère...OROSMANE Si vous Tètes, ah Dieu!
ZAÏRE Souffrez que l'on difl^re...965 Permettez que ces noeuds par vos mains assemblés...OROSMANE Que diles-vous? ô ciel! est-ce vous qui parlez, Zaïre?
ZAÏRE Je. ne puis soutenir sa colère.
OROSMANE Zaïre!
V. 960. Vos belles destinées.., — Destinées est simplement synonyme de vie^ comme dans ces vers d'Alzire (II, 2).
Apprends que ton ami, plein de gloire et d'années, Coule ici près de moi ses douces destinées.
V. 962. Doit se perdre avec moi,.. — C'est-à-dire être perdue par vous. C'est le moyen mis pour le passif. Voltaire avait déjà dit au v. 943: D'une heure encore, ami, mon bonheur se diffère.
Cf. d'Alembert (Lett, au roi de Prusse, 1778). — « Je n'entretiendrai pas Votre Majesté de toutes les sottises qui se font et qui se disent, et qui se lisent ou ne se lisent pas dans le séjour que j'habite. > V. 963. Si je vous étais chère, — Cet im^Avfedt si j'étais, immédiate- ment après le présent vous m'aimez, répond à une idée très délicate et très juste. La seconde expression corrige la première. Ce bonheur est déjà si loin! Zaïre n*en peut parler que comme d'une chose perdue.
V. 965. Ces nœuds par vos mains assemblés. — Nœud revient sans cesse pour exprimer l'idée abstraite d'union; par suite^ il est presque devenu lui-même un terme abstrait, et ces mots qui continuent la métar phore, surtout j?ar vos mains^ la rendent plutôt obscure.
108 ZAÏRE ZAÏRE 'est affreux, Seigneur, de v ous déplaire; Excusez ma douleur...Non, j'oublie à RTfoi*--- 970 Et tout ce que je suis, et tout ce que je dois. Je ne puis soutenir cet aspect qui me tue. Je ne puis...Ah! souffrez que loin de votre vue, Seigneur, j'aille cacher mes larmes, mes ennuis. Mes vœux, mon désespoir, et Thorreur où je suis.
(Elle sort).
SCENE VII OROSMANE, CORASMIN OROSMANE 975 Je demeure immobile, et ma langue glacée Se refuse aux transports de mon âme offensée. Est-ce à moi que Ton parle? ai-je bien entendu? . ^ Est-ce moi qu'elle fuit? 6 ciel! et qu'ai-je vu? ^ j Corasmin, quel est donc ce changement extrême? 9(80 Je la laisse échapper! je m*îgnore moi-même.
CORASMIN Vous seul causez son trouble, et vous vous en plaignez; Var V. 974. Mes vœux, mon désespoir, (1733, 1748 et suivantes).
Mes vœux, mon amour même (1736) V. V. 981-982. Peut-être accusez-vous ce trouble trop charmant Que rinnocence inspire à Taspect d'un amant (1733). Vous accusez peut-être un cœur où vous régnez: Vous causez ses soupirs et vous vous en plaignez (1736). Le texte que nous donnons est celui de Tédition de 1748 et de toutes celles qui ont suivi.
y. 973. Mes ennuis. — Voir la note au v. 87.
V. 975. Je demeure immobile. — De même dans Cinna (V, 1): Je demeure stupide.
ACTE m, SCÈNE VII 109 Vous accusez, Seigneur, un cœur où vous régnez.
OROSMANE Mais pourquoi donc ces pleurs, ces regrets, cette fuite, Cette douleur si sombre en ses regards écrite? 985 Si c'était ce Français!...qiiel soupçon! quelle horreur!
Qfuelle lumière affreuse a passé dans mon cœur!
Hélas! je repoussais ma juste défiance: Un barbare, un esclave, aurait cette insolence?
Cher ami, je verrais un cœur comme le mien 990 [Réduit à redduter un esclave chrétien?
Mais parle, tu pouvais observer son visage, ïu pouvais de ses yeux entendre le langage; Ne me déguise rien, mes feux sont-ils trahis?
Je crains d'irriter vos alarmes. . 11 est vrai que ses yeux ont versé quelques larmes; Var. V. 983. Ce trouble, celte fuite (1733, 1736).
Ces regrets, cette fuite (1748 et suivantes).
V. 981. Gorasmin n*a rien compris à ce qui se passe. C'est l'habitude des confidents.
V. 992. De ses yeux entendre le langage,,, — Racine est encore plus énergique: J'entendrai des regards que vous croirez muets.
(Britannicus, II, 3.)
L'image est consacrée; ce sont les muets truchements dont parle Bélise.
V. 993. Mes feux sont-ils trahis? — Sur cet emploi du mot feux, voir la note au v. 883.
V. 995. C'en est assez,,. — C'est Orosmane qui s'exalte lui-même. Corasmin parle indifféremment, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et ne contribue en rien à aigrir ses soupçons. Nous sommes loin des insi- nuations diaboliques de Jago.
liO ZAÏRE Mais, Seigneur, après tout, je n'ai rien observé Qui doive...OaOSMANE A cet affront je serais réservé?
Non, si Zaïre, ami, m'avait fait cette offense, 1000 Elle eût avec plus d'art trompé ma confiance.
Le déplaisir secret de son cœur agité.
Si ce cœur est perfide, aurait-il éclaté?
Ecoute: garde-toi de soupçonner Zaïre.
Mais, dis-tu, ce Français gémit, pleure, soupire: 1005 Que m'importe après tout le sujet de ses pleurs?
Qui sait si l'amour même entre dans ses douleurs?
Et qu'ai-je à redouter d'un esclave infidèle.
Qui demain pour jamais se va séparer d'elle?
CORASMIN jN'avez-vous pas. Seigneur, permis malgré nos lois, 1010 Qu'il jouit de sa vue une seconde fois? Qu'il revint en ces lieux?
OROSMANE Qu'il revint? lui! ce traitre! Qu'aux yeux de ma maltresse il osât reparaître? Oui, je le lui rendrais, mais mourant, mais puni, Mais versant à ses yeux le sang qui m'a trahi; 1015 Déchiré devant elle, et ma main dégouttante Confondrait dans son sang le sang de son amante...Excuse les transports de ce cœur offensé; 11 est né violent, il aime, il est blessé.
Je connais mes fureurs, et je crains ma faiblesse; V. 1006. Qui sait si V amour même, — Bien que placé à côté du subs- tantif amour, même est adverbe; c'est au verbe entre qu'il se rattache Le vers fausse ici la construction qui serait: qui sait si l'amour entre même,,, V. 1014. Le sang qui m'a trahi, — Cette alliance de mots ne manque pas de hardiesse. Voltaire a dit de même dans A délaïde du Guêsclin (IV, 3-.) Je veux vous haïr et mourir...Répandre devant vous tout le sang qui vous aime ACTE III 111 1020 A des troubles honteux je seni^ que je m'abaisse.
Non, c'est trop sur Zaïre arrêter un soupçon; Non, son cœur n'est point fait pour une trahison./ Mais ne crois pas non plus que le mien s'avilisse A souffrir des rigueurs, à gémir d'un caprice, 1025 A me plaindre, à reprendre, à redonner ma foi: Les éclaircissements sont indignes de moi.
Il vaut mieux sur mes sens reprendre un juste empire; / Tl vaut mieux oublier jusqu'au nom de Zaïre.
Allons, que le sérail soit fermé pour jamais; Var. 1029 et suivants. Le texte que nous donnons a été introduit par Tédition de 1748, et reproduit par toutes celles qui ont suivi (sauf que Tédii. de 1771 met au V. 1029. Qu'aux chrétiens le sérail soit,,.) On lisait antérieurement: Allons..., mais qu'aux chrétiens le sérail soit fermé.
ciel, pourquoi faut-il qu'Orosmane ait aimé? Fin du troisième acte (1733).
Corasmin, que ces murs soient fermés pour jamais.
Fais veiller la terreur aux portes du palais; Que tout subisse ici le frein de Tesclavage.
Des rois de TOrient suivons Taustère usage.
On peut s*en s'avilir, abaissant sa fierté, Jeter sur son esclave un regard de bonté.. • Mais il est trop ho'nteux de craindre une maîtresse, ^ Aux mœurs de TOccident laissons cette faiblesse, etc.. (1736).
V. 1020. A des troubles honteux.., — Assez rare au pluriel, dans le sens d' <i agitation de Fâme. » Cf. Pascal {Lettres à M^^^ de Roiinnez): € Saint-Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre. » V. 1023. Que le mien [nion cœm'] s^avilisse,.. à me plaindre, — Voir une construction analogue au vers 569.
V. 1026. Les éclaircissements. — Un éclaircissement, c'est Texplica-' tion que Ton demande, Tenquéte que Ton fait, sur des actes ou des paroles dont le caractère a paru équivoque ou blessant.
Vos embrassements Ne se passeront ils qu'en éclaircissements?
(Racine, Britannicus, I, 2 ) Oh! qui va rondement Ne daigne pas entrer en éclaircissement.
(Piron, Métromanie, II, 4.) V. 1029 et suiv. Allons^ que le sérail,.., etc. — La Harpe fait sur ces ZAÏRE 1 030 Que la terreur habite aux portes du palais; Que tout ressente ici le frein de Tesclavage.
Des rois de TOrient suivons l'antique usage On peut, pour son esclave oubliant sa fierté^ Laisser tomber sur elle un regard de bonté. ''1035 Mais il est trop honteux de craindre une maltresse; Aux mœurs de Toccident laissons cette bassesse.
Ce sexe dangereux, qui veut tout asservir, S'il régne dans l'Europe^ ici doit obéir.
Var. V. 1035. L'édition de 1738 donnait à ce vers la forme suivante: Mais il est trop honteux d'avoir une faiblesse. Correction arbitraire contre laquelle Voltaire protesta, voir Introduction.
derniers vers une remarque fort juste: « Non- seulement ce courroux trom- peur est naturel à un amant irrité qui se suppose alors une force qu'il n'aura pas longtemps, mais il donne lieu au poète de tirer des 'mouvements de la passion les incidents qui nouent Tintrigue. Les ordres que donne Orosmane étaient nécessaires pour obliger Nérestan de hasarder la lettre qui produira bientôt la catastrophe...»
V. 1038. Ce sexe dangereux. — Il n'est pas impossible que Voltaire ait songé à son temps en écrivant ces vers: le xviu^ siècle fut en effet le règne des femmes, dans la vie mondaine, dans la littérature et dans la politique. La boutade d'Orosmane serait moins justifiée si elle s'appliquait au moyen âge, oii la femme fut au contraire absolument méprisée. Il est vrai qu'au temps de Voltaire, on nejugeait guère du moyen-âge que par les romans de chevalerie. Ce passage est à rapprocher des vers du début: Ces belles contrées Où d'un peuple poli les femmes adorées, Reçoivent cet encens que l'on doit à vos yeux, Compagnes d'un époux et reines en tous lieux.
ACTE IV SCÈNE PREMIÈRE ZAÏRE, FATIME FATIME Que je vous plains, Madame, et que je vous admire! 1040 C'est le Dieu des chrétiens, c'est Dieu qui vous inspire; Il donnera la force à vos bras languissants De briser defe liens si chers et si puissants.
ZAÏRE Eh! pourrai-je achever ce fatal sacrifice?
FATIME Vous demandez sa grâce, il vous doit sa justice: 1045 De votre cœur docile il doit prendre le soin.
ZAÏRE Jamais de son appui je n'eus tant de besoin.
FATIME Si vous ne voyez plus votre auguste lamille. Le Dieu que vous servez vous adopte pour fille; ' Vous êtes dans ses bras, il parle à votre cœur; 1050 Et quand ce saint pontife, organe du Seigneur, V. 1041. 1/ donnera la force. — La place donnée dans la phrase au mot force fait supposer d'abord qu'il n'est suivi d'aucun complément. Ainsi le voudrait la construction de la prose. Cette inversion, exigée par le vers, lui donne plus de souplesse sans nuire à l'idée.
8 114 ZAÏRE Ne pourrait aborder dans ce palais profane...ZAÏRE Ah! j'ai porté la mort dans le sein d'Orosmane, (/ ' * J'ai pu désespérer le cœur de mon aaianU, ' » Quel outragé, Fatirne, et quel affreux moment! 1055 MonDieUjVousTordonnez!.:. j'eusse été trop heureuse!
FATIME Quoi! vous regretteriez cette chaîne honteuse! Hasarder la victoire, ayant tant combattu!; Victoire infortunée! inhumaine vertu! /"^' ' Non, tu ne connais pas ce que je sacrifie. 1060 Cet amour si puissant, ce charme de ma vie.
Dont j'espérais, hélas! tant de félicité, Dans toute son ardeur n'avait point éclaté.
Fatime, j'offre à Dieu mes blessures cruelles; Je mouille devant lui de larmes criminelles 1065 Ces lieux où tu m'as dit qu'il choisit son séjour; Je lui crie en pleurant: Ole-moi mon amour.
Var. i056. Sédition de Kehl porte: Quoi! regretter encor...Nous n*avons pu trouver Torigine de cette leçon dans les éditions que nous avons consultées: elles donnent toutes: Quoi! vous regretteriez L„ V. 1051. Aborder dans ce palais, — Le verbe aborder, pris dans son sens général, qu'il soit suivi d'un nom de personne ou d'un^nom de chose, s'emploie ordinairement sans préposition, aborder quelqu*un, aborder une ville, aborder tel ou tel sujet. Si son complément est précédé d'une préposition comme à, en, dans^ c'est que le verbe est employé dans son sens restreint, comme terme de marine. On trouverait difficilement d'au- tres exemples de la tournure adoptée ici par "Voltaire.
V. 1053. J'ai pu désespérer, — Pouvoir a ici, comme très souvent, le sens de se résoudre ri, avoir le courage ou r audace de,,.
Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir!
(Rsiciney Andromaque^ Il j 1.) Tyrans que j'ai vaincus, je pourrais vous servir! Peuples que j'ai sauvés, je pourrais vous trahir! ' (Voltaire, Bruius, III, 7.)
ACTE IV, SCÈXE I 115 Arrache-iïioi mes vœux, remplis-moi de toi-même; Mais, Fatime, à Tinstant les traits de ce que j'aime, Ces traits cjiers et charmants, que toujours je revois, 1070 Se montrent dans mon âme entre le ciel et moi. Eh bien! race des rois, dont le ciel me fit naître, Père, mère, chrétiens, vous mon Dieu,vous mon maître, Vous qui de mon amant me privez aujourd'hui, Terminez donc mes jours, qui ne sont plus pour lui!
1075 Que j'expire innocente, et qu'une main si chère De ces yeux qu'il aimait ferme au moins la paupière!
Ah! que fait Orosmane? il ne s'informe pas Si j'attends loin de lui la vie ou le trépas; 11 me fuit, il me laisse, et je n'y peux survivre.
FATIME 1080 Quoi! vous, fille des rois que vous prétendez suivre, Vous dans les bras d'un Dieu, votre éternel appui...?
ZAÏRE Eh! pourquoi mon amant n'est-il pas né pour lui?
* * V. 1067. Arracht-moi mes vœux, — Le mot vœux^ auquel, lorsqu^il est ainsi employé seul, nous rattachons plutôt maintenant une idée reli- gieuse, est ici au contraire employé dans son sens le plus profane, serments d'amour, et se trouve assez malheureusement associé au verbe arracher. Remplis^moi. Orthographe du xviii« siècle, rempli-moi. Voir, sur ces anciennes fwmes d'impératif, la note au v. 247.
V. 1077. 1/ ne s'informe pas,,, — Hermione dit de même en cariant de Pyrrhus.
Il ne s'informe pas Si Ton souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
(Andromaque, V, l.)
V. 1082. Eh l pourquoi mon amant,.. — Voilà Zaïre en révolte ou- verte contre la religion qu'on veut lui imposer. Elle a dit, dès le début de la pièce (I, 1,) Peut-être, sans l'amour, j'aurais été chrétienne; Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oublié. Son cœur n'a pas changé depuis. Malgré les dernièi*es recommandations de yl son père, malgré les instances de Nérestan, ou sent qu'elle mourra infidèle. -^ /t ty ' H6. ZAÏRE Orctnanè est-il fait pour être sa victime? Dieu pourrait-il haïr un cœur si magnanime?
1085 Généreux, bienfaisant, juste, plein de vertus, ^^(^,^ "^^Slil était né chrétien, que serait-il de plus? j ' ^ /. UK ^yy^ Et ph\t à Dieu du moins que ce saint interprète, ^ '" ^^ Ce ministre sacré que mon âme souhaite.
Du trouble où tu me vois vint bientôt me tirer!
1090 Je ne sais, mais enfin j'ose encor espérer Que ce Dieu, dont cent fois on m'a peint la clémence. Ne réprouverait point une telle alliance: Peut-être, de Zaïre en secret adoré, Il pardonne aux combats de ce cœur déchiré; 1095 Peut-être, en me laissant au tr6ne de Syrie, Il soutiendrait par moi les chrétiens de TAsie. Faiime, tu le sais, ce puissant Saladin, Qui ravit à mon sang Tempire du Jourdain, Qui fit comme Orosmane admirer sa clémence, 1100 Au sein d'une chrétienne il avait pris naissance, FATIME Ah! ne voyez-vous pas que pour vous consoler...Var. 1101-1102. Fatime. — Que faites-vous, madame? Eh 1 ne voyez- vous pas?...Zaïre. — Oui, je vois tout, je meurs et ne m'aveugle pas (1733). Fat. — Eh! ne voyez-vous pas que pour vous excuser...Zaïre. — Oui, je vois tout, hélas! je meurs sans m*abuser (1736). Nous donnons le texte de 1748, reproduit par toutes les éditions suivantes.
V 1086. S*il était né chrétien, que serait-il de plus? — Ce vers est comme la morale de la pièce. Rapprocher ce que dit Orosmane àNérestan, au premier acte, v. 265.
Qu'ils aillent sur tes pas apprendre à ta patrie Qu'il est quelques vertus au fond de la Syrie.
C'est bien là, semble-t-il, ce qu9 Fauteur a "voulu prouver, quoiqu'il en dise; c'est du moins l'impression qui se dégage de toute cette tragédie.
V. 1087. Que ce saint interprète. — Comme nous Tavons déjà ob- p^rvé au v, 890, la langue classique du xviii® siècle emploiera tous les dé- tours et toutes les circonlocutions possibles plutôt que d'appeler ce prêtre par son vrai nom.
ACTE IV, SCÈNE I il7 fAÏRI Laisse-moi, je vois to^HTj^ meurs sans m'aveugler: Je vois que mon pays, mon sang, tout me condamne; Que je suis Lusignan, que j'adore Oro smane; 1105 Que mes. vœux, que mes jours à ses jours sont liés. Je voudrais quelquefois me jeter à ses pieds, De tout ce que je suis faire un aveu sincère.
Songez que cet aveu peut perdre votre frère, Expose les chrétiens, qui n'ont que vous d'appui, 1110 Et va trahir le Dieu qui vous rappelle à lui, ZAÏRE Ah! si tu connaissais le grand cœur d'Orosmane!
FATIME tJLâst le protecteur de la loi musulmane, Et plus il vous adore, et moins il peut souflfrir Qu'on vous ose annoncer un Dieu qu^l doitljaïr. 1115 Le pontife à vos yeux en secret va se rendre, Et vous avez promis...ZAÏRE Eh bien! il faut l'attendre., J'ai promis, j'ai juré de garder qc secret.^. '' Hélas! qu'à mon amant je le tais à regret! Et, pour comble d'horreur, je ne suis plus aimée.
Var. y. 1115. Cette nuit doit se rendre (1733.)
En secret va se rendre (1736 et suivantes).
V. 11 04. /g SMis Lusignan, — Le mot étonne employé sans arcticle, surtout dans la bouche d'une femme. On dirait aujourd'hui une Lusignan, V. 1 107. Faire un aveu sincère, — C'est ce que ferait toute autre à sa place. Mais alors plus de pièce possible. Il serait donc puéril de chica- ner l'auteur sur ce point. C'est une de ces invraisemblances comme on en accepte forcément dans toute action dramatique. Toutefois Voltaire a tenu à indiquer l'objection pour la prévenir, etilla réfute plus ou moins par la bouche de Fatime.
Ii- ZAÏRE SCÈNE II OROSMANE, ZAÏRE.
OROSMANE 1120 Madame, il fut un temps où mon àme charmée, Ecoutant sans rougir des sentiments trop chers, Se fît une vertu de languir dans vos fers. Je croyais être aimé, Madame, et votre maître. Soupirant à vos pieds, devait s'attendre à Tètre: 1125 Vous ne m'entendrez point, amant faible et jaloux. En reproches honteux éclater contre vous. Cruellement blessé, mais trop fier pour me plaindre,) Trop généreux, trbp grand pour m'abaisser à feindre, Je viens vous déclarer que le plus froid mépris / V. 1120. Madame, il fat un temps. — « Je ne ferai point, dit La Harpe, un mérite particulier à Voltaire de ce premier morceau, dont le fond se retrouverait dans d'autres pièces, parce que Tamour n'a point d'il- lusion plus commune que celle de l'indifférence affectée » Il existe en effet au théâtre, tragédie ou comédie, peu importe, bien des scènes de dépit amoureux,, dont on retrouverait le point de départ dans l'Ode éternelle d'Horace (III, 9) Donec gratus eram tibi, ou même plus haut dans ce mot de Térence (Andr. v. 556) Amantium irae amoris integratio est, et le premier discours d'Orosmane peut sembler vulgaire dans la forme; mais il y a dans la scène un de ces mots du cœur qui suffisent au succès d'une pièce. Le Zaïre, vous pleurez, est resté fameux, et la scène même, dans son ensemble, n'a rien de la banalité des réconciliations ordinaires. La si- tuation de Zaïre, qui avoue son amour mais garde son secret, et se dérobe encore à son amant au moment niême où il croyait l'avoir ressaisie, est aussi nouvelle que poignante.
V. 1128. Trop généreux, trop grand — Orosmane peut parler de sa générosité, mais est-ce bien à lui de se dire grand?
ACTE IV, SCÈNE II 119 1130( De vos caprices vains sera le digne prix.
Ne vous préparez point à tromper ma tendresse, A chercher des raisons dont la flatteuse adresse, A nies yeux éblouis colorant vos refus, Vous ramène un amant qui ne vous connaît plus, 1133 Et qui craignant surtout qu'à rougir on Texpose, D'un refus outrageant veut ignorer la cause, u^- [adame, c'en est fait, une autre va monter :ang que mon amour vous daignait présenter; Une autre aura des yeux, et va du moins connaître ;;0e quel prix mon amour et ma main devaient être. 1 1 pourra m'en rmUpr • mf^i^ mon ffipur s^y rj^snnt Que j'aime mieux vous perdre, et, loin de votre vue.
V. 1130. De vos caprices vains. —Ne pouvant s'expliquer ce brusque changement de sa maîtresse, il n*a d'autre ressource que de Tattnbuer à la coquetterie. Le mot de caprice revient plus d'une fois dans cette scène et dans la suivante, v. 1162, 1179, 1123. On dirait qu'Orosmane, comme tous les Orientaux auxquels il se flatte pourtant de ne pas ressembler, se fait une assez pauvre idée de la nature féminine, et ce serait là un trait de éaractère, si Voltaire pouvait être suspect de couleur locale.
V. 1135. Craignant qu'à rougir on l'expose. — Craindre que doit se construire, en prose, avec la particule négative ne: je crains qu'il ne vienne. Mais cette règle n'est pas toujours observée en poésie: Votre âme alarmée Craignait qu'en expirant ce fils vous eût nommée.
(Corneille, Rodogune, V, 4).
La langue familière supprime aussi très souvent la particule; on en trouve de nombreux exemples chez M"*® de Sévigné. Ce qui est cu- rieux,^ c'est que Voltaire ait maintes fois blâmé chez Corneille cette cons- truction qu'il ne s'était pas fait scrupule d'employer. (Voir au v. 1 155.).
V. 1139, Une autre aura des yeux. — Sera plus clairvoyante que vous, saura mieux reconnaître et apprécier mes bontés: Pensez-vous, Madame, qu'en ces lieux, Seule pour vous connaître Octavie ait des yeux?
(Racine, Britannicus, II, 3.)
420 ZAÏRE Mourir désespéré de vous avoir perdue, 1145 Que de vous posséder, s'il faut qu'à votre foi 11 en coûte un soupir qui ne soit pas pour moi. Allez, mes yeux jamais ne reverront vos charilnes.
ZâÏKB Tu m*as donc tout ravi, Dieu témoin de mes larmes! Tii veux commander seul à mes sens éperdus...1150 Eh bien! puisqu'il est vrai que vous ne m'aimez plus. Seigneur...OROSMANE Il est trop vrai que l'honneur me l'ordonne. Que je vous adorai, que je vous abandonne. Que je renonce à vous, que vous le désirez. Que sous une autre loi...Zaïre, vous pleurez?
ZAÏRE 1155 Ah! Seigneur! ah! du moins, gardez de jamais croire V. 1144. Mourir désespéré, — « Il a débuté par annoncer le plus froid mépris, et finit par faire entendre, tout en renonçant à Zaïre, quMl ne pourra la perdre sans en mourir de regret. Tel est le chemin que Ta- mour fait en quelques minutes. » (La Harpe.)
V. 1 145. S* il faut qu'à votre foi. — On voit mieux ici ce que l'auteur veut dire que ce qu'il dit. Si vous devez soupirer en me donnant votre foi. Mais il est difficile d'admettre que le mot foi représente une personne.
V, 1152, Que je vous adorai. — Au xviu® siècle, la distinction était encore très marquée entre le prétérit défini et le prétérit indéfini. Le pre- mier marquait un temps plus éloigné. Cette différence s'est à peu près effa- cée, en même temps que Tusage du passé défini devenait beaucoup plus restreint.
V. 1155. Gardez de jamais croire, — Garder était souvent ainsi employé neutralement avec Iç sens de se garder, prendre garde, et se construisait indifféremment avec que ou avec de.
Gardez qu'une voyelle à courir trop hâtée (Boileau, Art poétique^ L) Gardez donc de donner, ainsi que dans Clélie ( — îrf., Art poétique^ IH.) Lorsqu'il était construit avec que^ on était libre d'y joindre ou de n'y pas joindre le ne consécutif, ce qui arrivait également avec le verbe craindre, 4 ACTE IV, SCÈNE II 121 Que du rang cVun Soudan je regrette la gloire; Je sais qu'il faut vous perdre, et mon sort Ta voulu: Mais, Seigneur-, mais mon cœur ne vous est pas connu: Me punisse à jamais le ciel qui me condamne, 1160 Si je regrette rien qu,eJe cœur d'Orosmane!
QROSMAirE Zaïre, vous m'aimez!
ZAÏRE Dieu! si je Taime, hélas!
OROSMANE Quel caprice étonnant que je ne conçois pas!
Vous m'aimez? Eh! pourquoi vous forcez-vous, cruelle, A déchirer le cœur d'un amant si fidèle?. 1165 Je me connaissais mal; oui, dans mon désespoir.
J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir.
Va, mon cœur est bien loin d'un pouvoir si funeste.
Zaïre, que jamais la vengeance céleste Ne donne à ton amant, enchaîné sous ta loi, 1170 La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi!
Var. 1162. Quel caprice odieux, que je ne connais pas! (1733.) Quel caprice odieux, que je ne conçois pas! (1736.) Quel caprice étonnant (1748, 1T75).