SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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pourroit presenter au seigneur souverain de qui il tiendroit sa baronnye/ lequel en feist le jugement/ mais autre regard y peut avoir/ c’est assavoir que celluy qui le prent est tel qu’il ait povoir de la souveraine justice justicer les hommes malfaiteurs et que de ce faire soit acoustumé comme droit seigneur. sicomme ilz sont assez de seigneuries de semblable auctorité. Je te dis que puis qu’il a trouvé courant le païs robant & occiant ses hommes qu’il le pourra pugnir par sa justice suppose encore que plus grant maistre fust que non obstant ce que arguer on pourroit sur ce pas/ que l’omme ne doibt estre jugé en sa propre cause. Je te respons qu’il le peut faire et par deux raisons.

L’une par la vertu de sa jurisdiction qui est de pugnir et faire justice des malfaicteurs. L’autre qu’il pugnist le delict de celluy qui le fait sur le propre lieu & de ce faire a povoir de la loy car se ung homme assault ung autre & tout a l’offendre/ l’assailly peut faire a l’autre ce que de luy pensoit a faire/ et te dy que c’est attemprance de raisonnable deffence/ mais je te confesse bien que se ledit assailly que jurisdiction n’auroit de ce faire pugnissoit de lui mesmes soubz tiltre de justice son adversaire ou le tenoit en prison que feroit a son seigneur/ & se mettroit en peril de perdre ce qu’il tiendroit de luy/ si le doit tantost rendre audit seigneur car mesmement seroit il loisible en tel cas a ung homme d’eglise pour raver ses choses.

Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou autre grant homme d’armes en fait de guerre & s’il doit estre au prince/ et se c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance.

xxi. chapitre.

Maistre puis que entrés sommes au propos des prisonniers en fait de guerre. Je te demande s’il advient que le capitaine soit prins ou aucun hault homme qui a la partie qui prins l’a/ ait esté fort nuysant et pourroit encore estre s’il eschappoit se selon droit on le peut ou doit faire mourir/ car par loy de nature sembleroit que ouy/ comme il soit vray que toute chose tente a destruire son contraire.

Chier amy je te respons que quoy mesme la loy civile die que celuy qui est prins en bataille est cerf et esclave de celluy qui le prent ne doibt pas estre occis/ car le decret afferme que depuis que ung homme est en prison misericorde lui est deue/ dont se deue lui est misericorde comment pourroit il estre occis sans ce que tort luy fust fait Et encore te diray plus fort.

Ung autre decret dit puis que ung homme a vaincu ung autre/ il est tenu de luy pardonner le mesfait et par especial de luy rendre la vie/ si te dy bien que c’est contre tout droit et toute gentillesse de occir celuy qui se rend/ & te dy que les parens en pourroient poursuivir comme de tort fait/ s’il n’estoit ainsi que le prince l’ostast des mains de celluy qui l’auroit prins & que par bonne et juste cause s’il l’avoit bien desservy et que conseil eust que grant mal pourroit venir a luy et a sa terre de le laisser aller/ le fist mourir en autre usage seroit chose tresmerveilleuse et moult inhumaine et trop grant cruaulté.

Et se tu me dis que les anciens avoient loy que s’il leur plaisoit de faire mourir leurs prisonniers ou les vendre a autres/ ou leur faire faire leur labour.

Je te respons que entre cristiens desquelz la loy est du tout fondee sur misericorde et pité ne loist pas user de tel tirannye. Car selon nostre loy ce sont choses excommuniees et reprouvees.

Or te forme autre question c’est assavoir a qui le prisonnier doibt estre ou au seigneur ou a celluy qui l’a prins/ car il m’est advis que cy devant as bien dit que une loy tesmoingne que le prisonnier est a la voulenté de cellui qui le prent/ & puis que a sa voulenté est dont sembleroit il qu’il fust sien.

Bel amy il semble que tu ayes oublyé ce que par cy devant t’ay dit. Si te dis derechief que quoy que voirement soient de divers maistres plusieurs oppinions pro et contra en ce cas Neantmoins est conclud que toutes proyes prinses si que ja pieça t’ay dit doibvent estre en la voulenté du prince/ auquel il appartient les distribuer selon discretion.

Bien t’entans maistre. Or me dy puys que ainsy est que nous cristiens avons laissé les loix anciennes de mettre en servitude ou occir les prisonniers. Je te demande se justement on peut demander finance d’or d’argent ou autre meuble selon ce que on use en fait de guerre communement/ car se bien m’en souvient tu as cy devant dit que au prisonnier est deue misericorde/ & on luy fait doncques tort de luy faire paier raençon comme on ne luy face nulle misericorde.

Je te respons derechief que voirement lui est deue misericorde en deux manieres/ c’est assavoir que la vie luy doibt estre respitee Et plusfort te dy que le maistre est tenu par droit et obligé de faire ayde et deffendre a son prisonnier contre ung autre qui le vouldroit offencer.

Item avec ce luy est deue misericorde en telle maniere que s’il estoit possible que ung homme d’armes eust tout son vaillant sur soy a l’eure que il est prins tout peut estre au maistre s’il ne luy fait aucune misericorde/ mais de droit escrit il luy doibt faire tellement que en prenant raençon de luy laquelle chose est previse en droit d’armes par especial une nation contre une autre nation quant ilz se combatent sicomme une nation de françoys & l’autre nation d’angloys. Et doibt estre regardé par raison que la raençon ne soit si cruelle que l’omme en soit desert/ femme et enfans mis en povreté/ car autrement ce seroit tirannie et contre tout droit d’armes/ car il n’appartient pas que le gentil homme soit mendiant apres sa raençon Ains luy doibt demourer de quoy vivre et son estat tenir Bien fait a priser l’usance d’italie esquelles guerres quant l’omme d’armes est prins ne pert de commun usage que son cheval & harnois/ sy ne luy fault vendre sa terre ne soy desherter pour sa raençon paier. Si peus veoir en quelle maniere raençon convenable est juste selon le droit d’armes/ laquelle est permise/ mais de mettre l’omme en mauvaise prison et le contraindre par tourmens a paier plus qu’il ne peult est erreur inhumaine et fait de mauvais tirant crestien pire que juif. Et si sachez de vray que ce qu’il en a par celle voye est tresmauvaisement acquis et est tenu de le rendre ou c’est a sa damnation si s’en garde ung chascun.

Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemis les simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxii.e chapitre.

Maistre je te demande quant ung roy ou prince a guerre a ung autre quelle qu’elle soit/ juste ou non/ s’il peut de droit courir la terre de son ennemy et prendre se il peut a prisonniers toutes manieres de gens/ c’est assavoir ceulz du menu peuple gens de labeur et telz gens/ il sembleroit que non Car pour quelle raison doivent ilz porter la penitance de ce qu’ilz ne se meslent comme ilz ne sachent mestier d’armes et ne soit leur office/ ne que a juger guerre ne soient appellez et que par eulz ne vient Ains leur en desplaist/ sicomme a ceulz qui tousjours vouldroient vivre en paix ne plus ne demandent si en doibvent estre francs sicomme il me semble ainsy que par droit font religieux prestres & toutes gens d’esglise. pource que leur estat n’est pas d’eulz entremettre aucunement de fait de guerre Et avec ce quel honneur peut ce estre ne quel pris d’armes de occir ceulz qui oncques harnois ne porterent ne ne s’en sauroient nullement aider ne les povres pastoureaulx & innocens qui ne font nulle autre office que garder les bestes.

Amy ad ce je te respons supposant en telle maniere/ posons que le peuple d’engleterre ne voulzist faire aucune ayde a leur roy pour grever au roy de france/ & les françoys allassent sur eulx sans faulte par droit et selon loy ne deveroient en riens meffaire ne a corps ne es biens du peuple ne de ceulx qu’ilz savoient qui en riens ne seroient en aide tant de chevance comme de conseil a leur roy.

S’il est ainsy que les subgectz d’icelluy roy ou d’autre en cas pareil soient ilz riches ou povres donnent aide confort et faveur de maintenir la guerre/ les françoys selon droit d’armes pevent courir le païs et prendre tout ce qu’ilz trouveront/ c’est assavoir prisonniers de tous estas mondains & toutes choses sans ce que par droit y soient tenuz de les rendre/ car je te dis que par droit determiné tel est droit de guerre/ que se une guerre est jugee par les conseulz des deux roys les gens d’armes pevent gaigner l’un sur l’autre/ & se aucunesfois les povres et simples/ posons qu’ilz ne s’arment le comperent ne peut estre autrement/ car les mauvaises herbes ne se pevent esracher des bonnes quant pres sont l’une de l’autre que les bonnes ne s’en sentent/ mais vray est a droit regarder que les vaillans hommes d’armes se doivent le plus qu’ilz pevent garder de destruire hommes povres ne souffrir que leurs gens les tirannisent car autrement ilz seroient sarrazins et non pas cristiens. Et se j’ay dit que misericorde soit deue aux ungs saiges que moins ne l’est pas aux autres/ sy doivent grever ceulx qui mainnent la guerre & de leur puissance espargner les simples et paisibles.

Cy devise se ung estudiant anglois estoit aux escolles a paris trouvé/ ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemie s’il pourroit estre prins a raençon. xxiii. c.

Mais puis qu’en matiere de prisonniers en fait de guerre sommes entrés je vueil que toy mesmes juges selon ton advis de tel debat et par tel exemple le te proposeray. On scet assez car c’est chose notoire comment le roy de france et celluy d’angleterre ont communement guerre entre eulz. Je prens que ung estudiant licencié de la cité de lomdres soit venu a paris a l’estude pour estre gradué en la science de decret ou de theologie. Advient que ung françoys homme d’armes entent qu’il est anglois & a prisonnier le prent A laquelle chose l’autre forment s’oppose & tant que devant justice vient la question. Auquel debat l’engloys qui en droit fonde ses raisons/ dit qu’il a cas expres de la loy qui fait pour soy pour cause des grans previleges d’eulx aux escoliers et deffent que on ne leur face nul mal ne nul desplaisir/ mais honneur et reverence/ & vecy dist il la raison que la loy y assigne qui seroit celluy dist la loy qui n’auroit escoliers pour recommandez/ lesquelz pour savoir et science acquerir ont delaissé richesses delitz et toutes aises de corps/ leurs amis charnelz & leur pays ont prins estat de povreté/ & ainsy que banis de tous biens ont relenqui le monde et tous autres plaisirs pour l’amour de science/ si seroit bien plain de toute descongnoissance qui mal ne encombrier leur feroit.

A ces raisons l’omme d’armes replicque ainsy. frere je te dy que entre nous françoys ne faisons force des loix de l’empereur Auquel nous ne suymes pas subgectz/ si n’y a que veoir/ l’escolier respond. loix ne sont autre chose que droictes raisons ordonnees selon sagesse/ & se cure n’en avez ja pource ne demeure que le roy de france et les bons seigneurs ne usent de raison et de choses raisonnables/ & de ce que eulx mesmes ont ordonné/ car charlemaine termina l’estude generalle a paris par la voulenté du pape/ laquelle estude se tenoit pour lors a romme/ et y donnerent grans et notables previleges/ & pource envoya le roy de toutes pars querir escoliers & maistres de tous langaiges & les comprint esditz previleges & pourquoy doncques ne pourroient ilz de tous pays venir quant du roy ont licence/ comme tous roys jurent a leur advenement tenir lesditz previleges. A dist l’omme d’armes supposé ce que vous dictes vous devez savoir que puis que guerre fut entre nostre roy et le vostre nul angloys ne doibt en france venir pour telle occasion ne quelconque autre sans avoir bon saufconduit/ et bonne y est la raison/ car vous pourriés soubz l’ombre de l’estude escripre et faire savoir nostre estat en vostre terre/ & pourriez faire des secretz maulx se vous voulliés/ sy n’est raison que au roy ne a sa terre doive tourner a prejudice nul previlege. Ces raisons ouyes amy dy moy ce qu’il t’en semble.

Sans faulte maistre puys qu’il te plaist que mon petit advis en ceste partie serve. Je te dis puys que ainsy est et sans fraude que icelluy que tu dictz soit vray escolier/ c’est assavoir que fainctement ne fust venu/ a occasion d’estude par faulse couleur pour espier ou autre mal faire je tiens sa cause a bonne & que prisonnier estre ne debveroit reserve se ainsy n’estoit que le roy eust fait mandement especial que angloys quelconque ne venist estudier en son royaume et que suffisamment fust publié si que de tous peust estre sceu. Tu as moult bien jugé et sagement distincté/ car mesmement se l’eves[c]hié de paris vacquoit ou l’archeveschié de rouen de sens et d’autres vacquoient & ung angloys y avoit esté esleu/ le roy y pourroit par droit contredire/ La raison est qu’il n’est pas expedient au roy ne au royaume y avoir ses ennemys/ mais encore me respons a ce.

Suppose que l’estudiant ne doive estre emprisonné que me diras tu de ses serviteurs s’il en a amené deux ou troys ou plus d’angleterre/ car le previlege que les escoliers ont ne fust pas donné aux serviteurs. En bonne foy maistre soubz ta correction nonobstant celle raison il m’est avis & me semble que soubz le previlege du maistre lequel soit vray escolier si que dit est doibvent estre comprins ses serviteurs & toute sa famille/ mais a toy maistre vueil demander une chose dont on pourroit faire doubte.

Je suppose que ledit estudiant fut agrevé de maladie le pourroit par droit son pere venir veoir & visiter.

Ad ce je te respons que selon droit escript mais que cautement et falacieusement n’y venist y pourroit et deveroit seurement venir. La raison est pource que trop plusgrant est le droit de nature que celluy de guerre Aussy est tant previlegié amour de pere et de mere a enfant que nul droit d’armes ne pourroit celluy surmonter. Et encore plus fort je dy mesmement que se le pere alloit veoir et visiter son enfant estant en estude tout sain/ voire en estude generalle et previlegié ou que ce fust autant autrepart que a paris pour luy porter livres ou argent qu’il ne doit estre a celle occasion prins arresté ne emprisonné de quelconques contrees amyes ou ennemyes que fussent/ & ceste sentence est determinee en droit escript si que je le dis. Et semblablement ne doibt estre le frere parent ne serviteur qui argent ou livres luy apporteroit/ voire je presuppose les causes dessusdictes reservees/ et tout ce est par la vertu des previleges que ont estudians en toutes estudes generalles.

Cy devise se ung grant seigneur d’angleterre capitaine de guerre posé qu’il fust trouvé seul en une forest/ auquel lieu il tout hors du sens s’en fust fuy/ se on le pourroit prendre et mettre en prison et raençon luy estant hors du cens. xxiiii. chapitre.

Autre question te fais doulz maistre je supose que ung duc ou conte se parte d’angleterre viengne en france avec ses gens pour guerroier le roy. Advient qu’il pert le sens et enragé devient si que tout fol et forsenné s’en va fuyant par boys et par hayes/ la ou il est trouvé de nos françois qui bien l’ont congneu Je demande se prison doit tenir/ car sembleroit que ouy veu la faulce intention qui le menoit estoit pour grever et guerroier le roy et le royaume.

Ad ce je te respons que nous trouvons en droit escrit que ung homme forsené durant celle fureur ne peut estre reputé pour ennemy/ car il n’a arbitre de franche voulenté ou raison puisse ouvrer/ par quoy s’il occioit adonc cent hommes ne seroit pugny par justice ne reputé homicide si ne se peut tel homme rendre ne bailler foy de raençon paier/ comment donc sera prisonnier l’omme malade/ de laquelle maladie tout noble homme se deveroit pener de luy administrer santé de cens & advis/ quelle vaillance seroit Si te dis qu’il ne peut ou doit par droit tenir prison ne raençon paier/ ains doibt estre tenu et rendu aux amys/ et plus fort je te dis que posons que en la prison guerit si ne deveroit il estre retenu ne contraint a paier la cause est telle.

Quant il fut prins il n’avoit sens ne povoir de soy deffendre de laquelle chose a droit juger d’armes nul ne doibt estre prins s’il mesmes ne se rent de signe ou de parolle/ mais comment le feist/ car en religion ne peut entrer tel homme ne faire testament lesquelles choses requierent franche voulenté/ & mesmement ne pourroit recevoir batesme se batisé n’estoit/ lequel on ne donne a homme se de franche voulenté ne le requiert puys qu’il est en aage. Et pource n’y a nulle cause selon droit de le retenir.

Comment maistre tu me dis merveilles se je tenoie ung mien ennemy mortel en ma baillee/ qui peut estre luy de moy partis me occiroit ou durement greveroit s’il povoit/ a tout le moins bien sçay que a son povoir s’en efforceroit et que bonne voulenté en auroit seroit ce donc sens a moy l’en laisser aller ainsy franchement.

Bel amy ad ce je te respons que cest homme dont je dy posons qu’il soit ton ennemy au cas dessusdit tu ne pensases a le retenir si non pour en avoir deniers par raençon & quant les deniers en seroient paiés/ lesquelz sans raison auroies receuz de quoy seroies tu plus asseuré de luy que devant Certes de riens/ & ce ne requiert pas droit d’armes que on face tort l’une partie a l’autre/ ains doibvent tous nobles hommes y garder le droit a autruy/ s’ilz osoient demander et requerir que on leur gardast. Si te dis derechief que le mieulx que en ung tel homme on pourroit faire/ ce seroit que on feist tant qu’il promist de jamais soy armer contre le roy de france/ & au cas que ad ce mener on ne le pourroit ou que l’omme d’armes ville ou pays qui le tiendroit auroient paour d’estre reprins de l’en laisser aller pour la cause de sa puissance/ que encore pourroit grever le royaume/ le plus seur seroit pour en tous cas eulx en descharger qu’ilz le rendissent au prince/ lequel par l’advis de son bon conseil en fera ce que bon en seroit a faire. Et toutesfoys affin que bien l’entendés ce que je dis du et en cas pareil de tous autres.

Cy devise que s’il advenoit que sur les frontieres fust prins aucun homme anglois bourgois qui oncques en sa vie de la guerre ne se mesla/ se par droit tel homme doibt paier raençon/ et semblablement de ung petit enfant/ et aussy de ung aveugle. xxv.e c.

Je te demande ung autre cas. Je prens que ung chevalier françoys soit en armes vers les frontieres de calays ou de bordeaux Advient d’aventure que ung bourgoys de la ville tresancien soit venu pour oyr messe ou pour quelque autre affaire sur la terre françoise ou tantost ledit chevalier le rencontre et le prent de fait/ & dit que son prisonnier sera/ mais l’autre respond que ce n’est droit/ car es guerres du roy d’angleterre oncques ne s’arma pour grever le roy de france ne conseil n’y donna/ ains a tousjours esté dolent et couroucé de la guerre/ lequel de son povoir a tousjours desconseillé/ & se luy prouvera il pour verité/ & avecques ce te dist il/ te dy comme homme ancien comme je suys qui n’est taillé de porter armes ne doit selon droit tenir prison/ si ne devez prendre/ les biens ne les personnes de ceulx qui de la guerre ne se meslent/ si non qu’ilz donnassent aide et faveur a faire et maintenir la guerre contre le roy de france/ de leur franche et bonne voulenté/ Car par force ne par amour n’ay je riens fait/ & tout ce pourroye bien prouver/ si te demande maistre se par droit l’omme d’armes le peut tenir prisonnier.

Je te dis comme dessus que non/ au cas que la verité de ladicte excusation fust suffisamment prouvee/ mais s’il estoit ainsy qu’il eust donné ou donnast conseil pertinent a la guerre en quelque usage/ sicomme assez de anciens hommes qui plus y font par leur conseil que plusieurs autres jeunes par leurs armes et toutes leur force je diroye autrement.

Or me dis doncques se ung françoys avoit prins le petit enfant de ung angloys en pourroit il aussy par droit demander raençon/ car il sembleroit que si veu que celluy qui peut bien faire la plus grant chose peut bien faire la moindre. sicomme quoy il pourroit bien emprisonner le pere se le cas y escheoit/ pourquoy doncques ne pourroit aussy estre le filz emprisonné.

Item et plus fort/ car il pourroit bien prendre les biens du pere/ si doibt estre le filz comprins esditz biens. Je te dis semblablement que par droit ne peut ne doit estre emprisonné le petit enfant/ car raison ne veut que innocence soit grevee. Il est assez notoire que innocent et non coupable est l’enfant de toute guerre et toutes choses/ si ne doibt porter la peine de ce dont il n’a coulpe de conseil ne de biens ne en riens n’a aydé/ car nulle ayde n’a voué.

Maistre suppose que ledit enfant fust demouré riche sans pere ne mere deveroit il doncques paier/ car peut estre que ses tuteurs paient ayde de ses biens pour aider a maintenir la guerre encore te dy je que non/ car quoy que ses tuteurs en paiassent ce ne seroit point de la voulenté de l’enfant qui encore n’auroit aage de discretion.

Sans faulte maistre doncques n’est pas au jourd’uy ceste loy bien gardee. Bel amy je le te confesse & que plus n’y sont gardés les droitz anciens que tenoient les vaillans combateurs/ si abusent de droit d’armes ceulx qui au temps present les excercent par la grant couvoitise qui les surmonte/ si leur doibt tourner a tresmerveilleuse honte et deshonneur d’emprisonner femmes ne enfans gens impotens ne vieillars. Et ceste coustume que ont mise sus par especial les angloys leur doibt estre reputee a grant reproche sicomme ilz l’ont maintenue au royaume de france/ la guerre durant/ tant que fortune leur a esté propice ou ilz ne depportoient dames ne damoiselles grandes moyennes ne petites quant la fortune leur estoit/ avecques a prendre forteresses que tout ne fust mis a raençon tous ceulx qui trouvés y estoient/ que grant honte leur est de prendre ce que revenger ne se peut et leur deust bien avoir suffis la saizine de la forteresse & que les dames quittes s’en allassent/ mais ce qu’il leur en est au derrenier prins peut assez et doibt estre exemple aux autres guerroieurs de autrement faire/ car dieu mercy il n’ont plus de puissance de planté y emprisonner/ car soiés certain que avoir mal acquis ne peut estre longuement possessé de la partie qui l’acquiert ou de ses hoirs.

Item nous fault veoir de ung adveugle s’il est prins de ung homme d’armes/ doibt il tenir prison. Je te dy que se ung aveugle vouloit par folie et oultrecuidance estre homme d’armes que s’il est prins il est digne de pis avoir que ung autre Et se puis je bien prouver par la sainte escripture ou elle parle comment Cayn occist son frere Abel. Et puis comment ung aveugle qui s’appelloit Lameth print ung arc et alloit bersant par bois et par hayes les bestes sauvaiges sy ferit d’aventure cayn et l’occist/ Dont dieu dist que le peché cayn seroit pugny sept foys/ mais le pechié de lameth le seroit lxxvi. fois Par ce appert que soy mettre en office auquel on ne soit suffisant est souveraine follie/ mais se ung aveugle estoit prins qui de la guerre ne se meslast pitié luy est deue/ & s’il estoit tel qu’il eust aucunefoys veu/ & eust esté homme d’armes & maintenant qu’il ne voit plus donnast conseil aux angloys de faire bataille ou d’essillier aucunement par aucunes cautelles d’armes le pays tel aveugle par juste raison peut bien estre mys a raençon.

Cy devise se le cas advenoit que aucuns ambassadeurs venissent vers le roy de france et en passant parmy bordeaux eussent prins aucuns fardages chevaux et charroy a loyer des anglois s’on pourroit icelles choses pardeça arrester et prendre/ et se ung homme d’eglise anglois pourroit en france estre mis a raençon. xxvi. chapitre.

Maistre autre question te vueil mettre en terme. Je prens que le roy d’escoce envoye ses ambassadeurs en france/ lesquelz s’en viennent descendre et prendre port a bordeaux ou a bayonne/ la ou ilz louent ou par adventure empruntent chevalx muletz chariotz charectes et aultres choses dont ilz avoient besoing/ & a tout ce vont a paris. Advient que en leur chemin encontrent ung capitaine de gens d’armes/ ou aucun saudoier françoys lequel comme il soit bien informé que lesditz chevaulz charroy et mulez soient des anglois et non pas ausditz ambassadeurs les arreste et dit que comme icelles choses aux ennemys du roy demourront siennes/ car par droit d’armes retenir les peut et siennes sont acquises/ or me dy maistre se par droit demourer luy doivent.

Je te dy que de droit escrit les ambassadeurs ont par tout previlege de aller seurement eulx et leurs choses Et puys que au roy vont/ n’ont nulz hommes d’armes aucun previlege de les empescher/ & que plusfort est tant est grant le previlege que a ambassadeurs appartient que s’ilz estoient obligés a aucuns marchans de france contraindre ne les pourroient d’estre payés durant leur ambassade/ car droit ne seuffre convenir ne contraindre ambassadeurs de prince se ce n’est de chose que prins auroient en chemin Et mesmement veu que besoing leur estoit de prendre chevaulx chariotz ou charettes pour eulx ou pour tous leurs fardages porter/ si que maladie ou aultre essoine pourroit en chemin venir/ ou peut estre pour porter certains presens au roy/ doibvent eulx & leurs choses avoir sauf aller et sauf venir/ mais il peut bien estre que aucune couleur du debat y pourroit avoir en cas que sans juste necessité auroient mené avecques eulx aucuns angloys & que des bagues d’iceulx chevaulx ou autres choses eust en la compaignie/ car de quelle auctorité pourroient ilz mener en france les ennemys du royaume/ si ne seroit sans cause debatu.

Pour plus savoir encore te requiers maistre que me dies se les françoys par droit pourroient emprisonner ung anglois homme d’eglise/ ou aussy bien les anglois les françoys lequel seroit evesque abbé ou prebstre religieux.

Bel amy parce que ja plusieurs foys as conclud peut estre ta demande solue/ c’est assavoir que nous disons que selon droit escrit l’office de clergé est separee de toute guerre Car le service de dieu auquel ilz sont ou doibvent estre les faitz inhabilles & rudes de porter armes ne quelconques harnois de bataille temporelle ne leur appartient/ car il ne leur affiert office fors d’assouldre les pechés & ramener a droite voye les desvoyez & administrer les sacremens/ ne mesmes pour eulx deffendre selon le decret ne leur loist fors benignité et doulceur. Si seroit doncques bien merveilleuse chose et dure que ilz portassent penitance de ce dont ilz sont ou doibvent estre innocens.

Car se tu me vouloyes dire voire ilz aydent de leurs rentes & de leurs revenues au roy d’angleterre a maintenir la guerre & mesmement de leur conseil. Je respons que ce ne doibvent ilz pas faire/ car ilz n’y sont pas tenuz comme il n’appartient a homme d’eglise donner conseil de guerre Ains est leur office de tousjours mettre paix entre les cristiens: S’il advenoit que par violence leur roy feist prendre leurs biens par force pour alouer en ses guerres. Je te dis que de ce ne pevent mais/ sy ne seroient pourtant tenuz d’estre prins ne de paier raençon ne estre prins ne retenuz comme ennemys de nulle partie/ mais aultrement est.

S’il advient que aucun prebstre voise en guerre ou se ingere de ce aucunement/ s’il estoit prins sans faulte il ne deveroit estre espargné/ que toute rigueur de rudesse ne luy fust faite/ fust prelat ou autre en fait de paier raençon et diroie que tel homme fust mené au pape qui bien le pugnist/ mais autrement d’emprisonner les hommes d’eglise est chose descouvenable.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doibt mieulz aimer a mourir que faulser son serment. xxvii.e chapitre.

Or te vueil faire aucunes demandes qui en cas de prisonniers de guerre assés des precedens deppendent. Je prens que ung chevalier a prins en guerre son ennemy et en ung chastel ou aultre prison l’a mis. Je te demande se ledit prisonnier voit son lieu de s’en aller par cautelle ou subtilité s’il le peut faire justement selon droit de guerre/ car je fays doubte que non pour plusieurs raisons La premiere car il luy a baillé sa foy si n’en peut partir sans soy parjurer. La seconde que droit ne veult que on face a autruy ce que on ne vouldroit que on luy feist/ & icelluy prisonnier ne vouldroit pas que son prisonnier ainsy luy feist si trespasse ceste loy en ce faisant. La tierce qu’il est ainsy que son serf & en son mercy jusques a tant que quitte soit de sa raençon/ si me semble qu’il se meffait en tant qu’il mesmes luy oste/ sicomme le sien/ par propre qui est chose qui faire ne se peult sans mesprendre.

Or bel amy ad ce te respondray pour l’autre partie et bien y a/ a regarder/ Car il convient determiner selon les circonstances. Je te dy que on peut dire pour l’autre qu’il n’a riens mesprins/ car il l’a fait selon la loy de nature/ laquelle veut que toute personne soit en liberté.

Item quant il donna sa foy ce fut par force et par merveilleuse contraincte qui lui fist faire/ & promesse faicte par force la loy ne contraint pas a le tenir/ & autres raisons y pourroit dire/ mais au fort quant a droit d’armes/ lequel est permis par toute loy tout ce y fait petit/ car au droit aller Je te ditz que quant ung homme est prins & qu’il donne sa foy de tenir prison. Sans faulte il ne peut sans foy meffaire vers dieu & vers le monde/ s’en partir sans l’accord de son maistre voire aucuns cas reservez et que bien l’entendez/ c’est assavoir que ledit maistre ne luy face autre mal ne grief sinon le tenir en prison convenable ainsi que le droit l’a limitté/ mais je t’accorde bien que s’il estoit tenu si destroit & sy mal mené que en peril en fust de sa vie et que on luy fist chose cruelle et inhumaine. Je te afferme que se voye trouvoit de s’en aller Il feroit tresgrant sens Ne en riens ne deveroit estre reputé meffait Ou que le maistre ne voulsist prendre deue finance selon son povoir/ & il luy auroit offerte plusieurs foys et prié qu’il la voulsist prendre.

Item et au cas que ledit maistre fust tant cruel que acoustumé eust de faire mourir ou tourmenter ou languir en prison ses prisonniers et telles rudesses qui sont contre loy de gentillesse/ celluy qui de tel homme est tenu n’est pas contraint de luy tenir foy se par quelque voye peut eschapper/ car celle foy bailler est a entendre que ainsy que le maistre est sire du prisonnier par vertu de droit d’armes/ que aussy il le doibt tracter humainement si que ledit droit le donne et non pas le tenir comme beste ou pis que sarrazin ou juif/ lesquelz mesmement ne loist traicter si durement que on leur donne cause de desespoir. Et pource te dis que celluy qui premier brise a autruy et trespasse le droit dessert aussy que pareillement luy soit fait.

Voire maistre s’il advient que ung gentil homme prenne ung aultre en bonne guerre/ et nonobstant que le prisonnier ait juré au maistre de tenir prison ledit maistre le tiengne en bonne tour ou en forte prison encloz. Je te demande se tel homme voit son point s’en peut aller sans mesprendre/ car aucuns pourroient pencer que si/ veu que le maistre ne se fie pas au serment ne en la foy du prisonnier/ & puys que ainsi est qu’il ne s’i fie quelle foy doncques luy peul[t] il rompre ne briser/ car il ne se attent pas nullement au premier lier/ mais ainçoys luy baille autre plus fort/ & ou mieulx s’attend. Pource comme il sembleroit ne brise pas le prisonnier sa foy. veu que son maistre la repute pour nulle.

Je te respons derechief que le droit a distincte des choses d’armes/ se le gentil homme jure a tenir prison s’il est ainsy que son maistre luy donne a menger et a boire suffisamment et logis non trop destroit/ & vueil traicter de deue finance quant temps sera/ & que pour la prison qu’il luy donne ne puisse prendre mort ne declinement de son corps & de sa santé/ se tel prisonnier s’en va nonobstant que maistre le tiengne en bonne garde qu’il brise son serment & fait contre droit de guerre & de son deshonneur car s’il est gentil homme il doibt faire ce qu’il appartient/ c’est assavoir tenir son serment a son maistre/ lequel l’eut occis a l’eure qu’il le print s’il eust voulu/ et posons qu’il le tiengne enclos il ne luy fait nul tort/ car il promist tenir prison bien & loyaument sans la briser/ si ne se peut excuser tel fuitif qui n’ait fait mal Car puys qu’il se mist en peril de la bataille C’est assavoir d’estre mort ou prins Il debvoit savoir que prison n’est pas lieu d’esbatement ne de feste si doibt doncques puys qu’il est encheu au peril porter bien doulcement et patiamment la penitance en esperance de une autrefoys escheoir a meilleur fortune.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doit mieulx aimer a mourir que briser son serment. xxviii.e chapitre.

Je supose maistre que ung chevalier ou homme d’armes soit en la prison d’un autre ou de ung seigneur ou de une ville mais sy grant rigueur luy soit faicte que on luy afferme que ce dedens certain temps n’a fait sa finance Il sera occis/ pour quoy il quiert pour dieu et en pitié que l’en le laisse aller en son pays faire finance et que sans faulte retournera a tout dedens le jour promis. A bref dire on le laisse aller sur son serment fait sur les sainctes evangiles. Par lequel serment il jeure que pour encourir la mort ne fauldra qu’il ne retourne dedens le jour promis. Or advient que impossible luy est de finer sa raençon si est assavoir s’il doibt retourner pour soy retourner mettre a la mort/ laquelle par ses adversaires luy est promise/ car mesmement il est escript es hystoires de romme/ que ainsy le firent jadiz les nobles conquereurs rommains/ qui ains s’exposoient a la mort que enfraindre le jurement de prison. Et ce iceulx qui paiens et mescreans estoient juroient leurs faulx dieux/ ilz le tenoient toutesvoyes mieulx le doivent tenir les christiens quant ilz jurent sur la saincte foy catholicque.

Bel amy tu dis bien. et encore plus de raisons y pourras a ton propos alleguer/ mais a la verité du fait en y a trop/ qui pourroient excuser l’omme en tel cas/ quoy que aucuns docteurs veullent maintenir que mieulx deveroit l’omme vouloir mourir que parjurer le nom de dieu Laquelle chose est vraye en aucun cas/ mais quant a cestuy qui est chose violente et fait ainsy que par force pour sauver sa vie/ n’est pas determiné qu’il vaulsist mieulx a mourir/ & qu’il n’y soit tenu te diray les raisons. Je te dy que selon droit escript/ serment contre bien et utilité et mesmement contre bonnes meurs ne fait pas a tenir/ et quoy que mal soit de soy parjurer est encore trop pis fait de tel serment tenir si doibt estre esleu de deux maulx celluy qui est le moindre criminel. sicomme ung homme aura juré sur les sainctes evangilles ou sur le corps jesucrist sacré/ qu’il occira ung homme ou fera quelque grant malfait/ si n’est pas doubte que pis seroit d’occir ung homme ou bouter feu en une maison/ ou aultre grant mal que de soy parjurer/ quoy que pesché mortel feist des qu’il jura/ car choses desraisonnables a faire ne se doibvent pas jurer.

Or est il ainsy et nul ne doibt le contraire pencer que nul homme n’est maistre de son corps mettre en prison pour occir ne ses membres trencher ne qu’il seroit de ung autre Et il appert qu’il n’en soit en luy Car s’il se occioit luy mesmes/ justice pugniroit le corps honteusement au