SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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la meut damne son ame/ et s’il meurt en tel estat va en voye de perdition se grant repentance par grace divine n’a en la parfin/ mais assez en y a qui de ce font pou de compte en quelque façon/ et a qui ne chault quelle soit la querelle mais qu’ilz aient bonne paye et qu’ilz puissent bien rober.

Helas helas dolente paye advient souvent/ car ung seul coup soudainement rué/ les peut envoyer a tousjours en enfer/ & avec ce est assavoir quoy qu’ilz en facent tous ou la plus grant partie petit compte que tous ceulx qui excedent et passent ce que dit est en l’excercite d’armes les drois et les termes de droit de guerre quelle que soit la querelle juste ou non/ si que les loix la limitent ilz se dampnent et perdent.

Cy devise de droit de pais de sauldees et de gaiges aux gens d’armes.

viii. c.

Affin que les nobles hommes qui ce present livre pourront oyr tant pour le temps present comme celluy advenir/ puissent savoir de quelles choses faire en armes/ Le droit donne licence et desquelles non. Et pource chier amy que cy devant m’as ramentu gaiges et sauldees en fait de guerre/ te diray partie en quoy homme d’armes s’oblege en prendant gaiges & sauldees en fait de guerre/ et aussi en quelle maniere le seigneur est tenu de paier gaiges et en quelle non Car telles choses sont contenues es droitz escrips.

Premierement est assavoir que tous seigneurs villes ou communes seignouries qui prendent gens a sauldees sont tenus de les paier pour le pais qu’ilz sont prins soient mis en euvre ou non. Et mesmement supposé qu’ilz fussent a sejour et sans riens faire voire en cas que la faulte ne tenist en eulz & que tousjours fussent prestz Et se faulte de paiement y a selon la promesse/ je dy que selon droit & raison le pevent demander par belle justice.

Maistre puys que en ceste matiere sommez entrez et tu dis que le seigneur est entré en debte de les paier et y est tenu des gens d’armes contenter de leurs sauldees supposé qu’ilz fussent a sejour/ te vueil a se propos former aucunes demandes en telle maniere.

Premierement je suppose que ung capitaine atout une route de gens d’armes soit retenu es gaiges du roy. Et par son commandement s’en voit en gaigne contre les anglois. Advient que en chemin se logent en certain lieu auquel les gens dudit lieu aient malicieusement empoisonné le pain et le vin par quoy advient que aucuns d’iceulz meurent Autres demeurent malades par l’espace que servir doibvent ou plus/ par quoy n’est en leur puissance de servir le roy ainsy que promis l’avoient/ si te demande se les gaiges d’icelluy temps doibvent avoir perdus. A ceste question respons que non certainement/ veu encore que la maladie leur soit venue a cause dudit service/ car maladie en droit excuse l’omme/ ne a celle cause ne doibt perdre nulles distributions puys que venue est apres la retenue.

Autre question doncques faire te vueil. ung sauldoyer est retenu par une annee a gaiges. S’il advient en celluy temps que il a a faire en son hostel par quoy vient au capitaine et prent licence pour aller veoir sa femme et son mesnage pour l’espace de ung moys. Je te demande se par droit doibt avoir les gaiges de icelluy moys/ car il sembleroit que non/ veu que en celluy temps ne serviroit le seigneur/ ains est allé a ses besoingnes/ pour quoy doncques debveroit il avoir loyer de ce qu’il n’a pas fait.

Je te respons ad ce sache que telle est la maniere d’armes/ que sy grant puissance/ a le congé et licence du capitaine et tant est previlegié/ que puys que voulentiers a consenty le congé/ ledit homme d’armes doit estre reputé pour resident/ car tousjours est demouré serviteur du seigneur en sa guerre/ voire puys que retenu estoit pour l’annee. Mais bien est vray que se obligé estoit par division de temps/ c’est assavoir que sans plus fust retenu a certaine somme par chascun moys/ tant tenu tant payé la diroy je autrement.

Autre question te fais ung chevalier pour une annee est prins a gaiges pour servir le roy en ses guerres. Advient apres que troys moys a servy s’en veult partir et demande les gaiges du temps que servy a/ le capitaine contredit disant qu’il auroit prins pour une annee/ & que s’il ne l’eust promis il en eust bien eu ung autre et qui ne parfait son service pert.

Ad ce je te respons que bon droit a le capitaine/ car se l’omme d’armes fault premierement de sa promesse il n’y a aussy raison que convenance/ de gaiges luy soit tenue. Mesmement plus fort y a/ car je te dis et te certifie que se par sa deffaulte il avoit perdu ses chevaulz ou son habillement de guerre comme harnois et autre ne peust recouvrer/ pour laquelle chose fut non convenable a servir. Il doit perdre tout le temps qu’il a servy. car service ne fait a avoir gaiges/ jusques a la fin/ ou cas toutesfoys que autres convenances n’y seroient faictes. car marché fait & convenance passe toute loy/ & peus bien veoir que la mauvaise chose entremeslee avec la bonne retourne la bonne en mauvaise.

Maistre or me respons a ceste question. ung vaillant homme d’armes est prins pour servir toute une annee. Advient tantost que nouvelles luy viennent que grant affaire a en son hostel. par quoy aller s’en veult/ & au congé prendre dit au capitaine qu’il mettra ung autre en son lieu pour faire le service qu’il debvoit. Ad ce contredit le capitaine disant qu’il l’avoit prins pour sa vaillance preudommie & sagesse/ & que a peine trouveroit il homme qui souffisamment tenist son lieu. Le sauldoyer replicque disant que certains affaires luy sont survenus/ par quoy il perdroit sa terre et son heritage se en personne n’y estoit/ et que selon raison est plus tenu de son sens aider a luy mesmes que a nul autre Si ne le peut contraindre aucunement de demourer/ Le capitaine respont qu’il est obligé par serment sur sainctes evangilles/ Sy n’est pas l’omme en sa franche liberté qui a autruy se lye. Or determinés maistre ceste question Car veu les raisons dudit homme d’armes/ & que en son lieu veut mettre homme souffisant sembleroit que quicte s’en peust aller.

Je te respons que a bien ceste question determiner a grant regard Car il n’est pas doubte que de ung homme d’armes commun deveroit souffrir homme pour homme/ mais a dire que celuy fut tant solennel que a peine son pareil peust estre mis en son lieu/ de y mettre plusieurs autres assez moins vallables ne seroit pas raison. S’il advenoit que ainsy bon y meist je ne le dy pas que la chose ne fust fort raisonnable/ car si que devant t’ay dit/ l’omme d’armes n’est pas maistre de soy puys que par serment est obligé. Pour celle cause te dis que icelluy n’en seroit pas quitte quelque necessité ne quelque affaire qu’il peust avoir en ses besoingnes se de grace especiale le prince ou capitaine qui de ce a la charge de son bon vouloir et plaisir ne l’en quittoit. Et y a bonne raison Car se aucun obligé estoit de paier dix aulnes d’escarlate et il paioit en ce lieu gros burel quoy que tout fust drap ne deveroit pourtant estre quicte.

Cy devise se ung capitaine de certain nombre de gens d’armes les peut bien transmuer a sa voulenté puis qu’ilz sont retenuz a gens d’armes.

ix. c.

Maistre autre question te fais assez deppendant de la dessusdite. Je suppose que receu soit a gaiges ung capitaine pour une annee/ ou qu’il soit venu avec luy Cent hommes d’armes lesquelz soient tous passez et escrips a la monstre Advient ung moys apres qu’il veult remuer ses gens tous ou partie et mettre autres en leur lieu/ Je te demande se par droit le peut bien faire. et sembleroit que sy/ car il doibt bien souffrir s’il a cent hommes convenables ainsy qu’il a promis. Et avecques ce s’il ne le peut ainsy faire et n’en avoit l’auctorité seroit grant prejudice/ car se entre les siens on veoit aucuns mauvais et de perverses meurs larrons ou de mauvaise vie & nuysant aux autres et dont honte peut venir a tous ne vauldroit il pas mieulz que changez feussent en autre lieu que laisser en leur lieu.

Ad ce respons que droit est si juste chose et si raisonnable que esten[dre] se veult a ung chascun sans faire nul tort. Et pour ce te dis que le simple capitaine qui est soubz le principal capitaine ne le peut bonnement faire sans la licence majeur/ car se ainsy estoit il seroit en luy de faire extorcions aux compaignons s’il luy plaisoit/ c’est assavoir prendre autre par aucune faveur ou par convoitise de prendre part a leurs gaiges ou par quelque fraude/ & de bouter ceulx qui paradventure meilleurs seroient/ sy doibt avant la main avoir bien advisé de prendre telz compaignons avec soy qu’il ne soit nul besoing de les changer.

Se changer les fault par aucune adversité qui en eulx soit c’est son deshonneur quant telz les a choisiz/ mais ce a toutes fins advient que change y conviengne en quelque façon ou maniere que ce soit/ et sans faulte ce ne se doibt faire aucunement sans le congé du souverain de l’ost. et encore que ce soit par tresgrande deliberation. Et s’il advient aucunement que de soy mesmes le face n’est pas doubte que celluy qui est cassé ne se puist plaindre au capitaine par especial s’il est homme ydoine et convenable et en doibt avoir droit.

A venir au propos des capitaines convoiteux qui tricheries et baratz pevent faire aux petis compaignons. Il en est assez. qui reçoivent leur paie et pour eulz la retiennent et leur suffist de les paier de petit de chose. et ceulz paradventure ne s’en osent plaindre pource que par ce couvent & en faisant tel marchié a eulz/ affin d’estre receu si y sont mis/ dont c’est moult grant pechié/ car par ce sont contrains a faire plus de maulz & de pillage que s’ilz fussent bien paiés. Si deveroit le capitaine a telz choses bien prendre garde/ car a moins ne pevent les povres soudaiers soient de pié ou de cheval gens de traict ou autres.

que de la povre paye avoir/ qu’ilz gaignent au peril de leurs vies et a si grant traveil de leurs corps/ si fait fort grant pechié qui leur oste ne amoindrist. Et ce n’eussent jamais souffert les anciens. Ains estoient plus couvoiteux que la gaigne tournast au proffit des sauldoyers que a eulz mesmes/ car les preux vouloient que ceulz eussent le gaignage et a eulz suffisoit avoir l’onneur.

Cy devise se ung seigneur envoye ung homme d’armes pour garnison d’aucune sienne forteresse sans ce que aucuns gaiges luy soient promis/ et il advient que en chemin soit destroussé. Auquel des deux peut demander ces interestz/ ou au seigneur qui l’envoye ou a celluy qui destroussé l’a. Item se ung homme d’armes est venu servir ung seigneur en sa guerre sans convenance de gaiges/ se le seigneur est tenu de le paier. x. c.

Autre demande te fais. Je suppose seigneur envoye ung chevalier en aucune sienne forteresse pour la garder sans ce que a luy face aucune convenance de gaiges ne de sauldees. Advient en chemin que a icelluy sont ostez par force ses biens son harnois et ses chevaulz/ auquel peut le chevalier par droit demander sa perte/ ou a celluy qui l’envoye ou a celluy qui l’a destroussé.

Je te respons qu’il les peut demander a l’un & a l’autre/ c’est assavoir a celluy qui l’envoie peut faire demande par action de violence et de fait/ mais se le premier les luy restitue. Il est tenu de luy delaisser l’action & droit de la demande que a l’autre eust peu faire par vertu de quoy le peult faire convenir Or me dy derechief ung baron a certaine [guerre]/ a l’aide duquel ung chevalier par sa courtoisie sans ce que requis en soit vient en sa compaignie et aide. Je te demande se icelluy apres le service peut demander gaiges ne saudees s’il lui plaist Car il sembleroit que non/ car pour quoy il n’y estoit pas appellé/ & sembloit que son entente fust de servir par courtoisie.

Ad ce je te respons que s’il n’est de son lignage ou que grandement tenu y soit ou que par charité venu y fust sans faulte il peut courtoisement faire demande pour son vivre et estat tenir s’il lui plaist/ car le droit dit que nul n’est tenu soy armer a ses propres despens/ sy doibt suffire au seigneur qu’il ait eu le secours de l’autre/ et de tant que plus franchement y est venu/ tant plus y est tenu. Si lui doibt satisfation de gaiges ou d’autres biens faitz.

Cy devise se ung roy envoie secours a ung autre roy sans l’en avoir requis se il seroit de le paier/ et semblablement de une dame vefve/ a laquelle par courtoisie aucun auroit aydé. xi. cha.

Maistre je suppose que le roy d’arragon envoiast demain au roy de france grant ost de ses gens a secours en sa guerre de sa pure courtoisie pour certain temps sans ce que nullement en eust esté requis/ mais l’eust fait simplement pour rendre la courtoisie semblable autrefois de luy receue/ je te demande se ces gens apres le service pourroient demander paiement de ce dont ils sont tenuz.

Je te respons amy que se le roy de france a autresfois servy le roy d’arragon ou autre en sa guerre de certains gens d’armes paiés pour aucun temps si que assez est de coustume entre princes bien amys faire l’un pour l’autre. Semblablement est tenu par droit de gentilesse le roy d’aragon faire au roy de france non pas que de droit le roy de france luy peust demander se autre convenance n’y avoit/ car qui franchement donne ne peut contraindre estre remuneré/ mais en quelconque maniere soit la venue le roy de france est tenu par droit de noblesse leur donner dons posé que tous paiez soient venuz non pas que par voye de droit escript eussent action de faire au roy demande de paiement puys qu’il ne les y avoit mandés.

Encore te demande/ je prens que une dame vefve tenant aucune seigneurie soit oppressé de guerre a grant tort et peché d’aucun seigneur ou chevalier/ a l’ayde de laquelle veit ung gentil chevalier meu de pitié & pour garder le droit des dames & croistre sa renommee en vaillance et chevalerie/ & a tout dire y fait tant de proesse que par sa proesse met ladicte dame a paix de sa guerre/ & luy face avoir plaine restitution/ pourroit icelluy apres ces choses demander sallaire de ses biens faitz comme celluy qui bien l’auroit desservy.

Je te respons que non/ car par mandement ne estre prins a gaiges ne la peut contraindre. Et se dire me veulz que grandement ait fait le proffit de la dame. Je te respons que plus grant a fait le sien propre en tant que en honneur et renommee il en est exaulcez. A laquelle cause il vient si est ja paié du sallaire qu’il queroit/ mais bien est vray que se la dame est puissante & ait de quoy elle doit tant faire pour luy/ que exemple luy donne/ & mesmement aux autres tel/ que se autrefoys en avoit a faire fust voulentiers secourue.

Cy devise se ung roy a guerre a ung autre et luy vueille aller courir sus a grant ost. se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par droit calenger le passage. posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne fors que pour l’argent. xii. c.

Des choses d’armes te vueil faire une autre question. Je suppose que le roy de france vueille pour aucune querelle faire guerre au roy de honguerie par quoy assemble son ost pour aller sur luy/ pour laquelle cause rescript au duc d’austriche qu’il prendra son chemin par son pays/ mais il l’asseure que mal ne grief par luy ne par ses gens n’aura sa terre ne ses hommes/ ains bien et proffit en tant que pour son argent prendra vivres par tout ou il passera. Le duc d’austriche qui de ce fait doubte. Respond au roy que de ce veult estre sceur par bons hostagiers avoir que restitué sera se dommaige luy est fait. Si te demande qu’en est de droit a faire. Car le duc dist qu’il est prince en son pays si ne passera nul par la en armes s’il ne luy plaist & d’autre part posé qu’il le consente si seroit ce fort que tel ost peust passer sans faire moult d’outraiges/ & pource veult avoir de la restitution bonne sceureté.

Amy je te respons que par droit escrit celluy pour son bon droit et juste querelle va en armes peut et doibt avoir son chemin et passage es voyes publicques par tous pays et royaumes par tel sy que nul grief ne soit par luy ne par ses gens fait au païs. & dont puis que ainsy est il n’est nul besoing ne il n’appartient pas qu’il donne hostagiers quant il y a raison qu’il soit fait. Et ce tesmoingne le decret la ou il recite l’istoire comment quant le peuple d’israel s’en alloit contre les ennemys Il les convint passer par le pays des amonees/ lesquelz voulurent contredire le passage/ mais quant ilz veirent que par amour n’en povoient finer Ilz gaignerent par force le passage que dieu leur ordonna Si dis que semblablement seroit de droit et de raison de ainsy faire en tous cas pareil.

Je te demande maistre/ je prens que ung baron de france ait meu guerre a tort et mauvaise cause a ung chevalier en laquelle mout luy fait de griefz et de dommaiges/ mais pour celle foys ne peut trouver droitement voye d’avoir droit par justice de luy. Neantmoins assemble ses amis avec grant route de gens d’armes pour courir sus audit baron lequel de sa part si bien se deffent que entrer ne peut sur son païs ne dommaiger sa terre. Et pource que fait/ il dommage les terres voisines et foule a icellui baron pource que adherens et favourables luy sont Sy prent ledit chevalier proye de toutes pars tant que moult en enrichist et qu’il peut bien valoir autant comme il avoit eu de dommaige.

Advient ung temps apres que a paris s’entretreuvent/ auquel lieu le chevalier fait convenir ledit baron a la court de parlement et la luy demande restitution des dommaiges que fait luy avoit a tort & sans cause en ladicte guerre. A laquelle chose l’autre respont que bien luy doibt suffire ce qu’il a gaigné a cause d’icelle/ car comme devant fust ung povre chevalier il estoit devenu riche et plain d’avoir par la proye qu’il avoit conquise & prinse. Le chevalier replicque que de ce n’a que faire/ car ce qu’il a gaigné en pou[r]suivant son droit n’estoit de riens du scien/ & que se pugny avoit les voisins du peché de ce qu’ilz le soustenoient a tort contre luy n’estoit raison que leurs biens prins et qui n’estoient pas siens lui deussent tourner au proffit de sa debte.

Si te demande sur ce qu’il est de faire.

Ad ce je te respons que s’il estoit ainsy que le chevalier eust tant fait qu’il eust des biens du baron ou de ses hommes tant que restitué fust bien et suffisamment/ sans faulte par droit il luy deveroit suffrir/ mais se menant icelle guerre il ait gaigné ou prins sur les voisins par la maniere que tu l’as dit laquelle chose est droit de guerre/ ledit baron n’en est de riens deschargé/ ains est tenu aux dommaiges et interestz que fais luy avoit & bien argue le chevalier de ce qu’il dit. Car ce l’autre vouloit dire que il n’appartient pas que une debte soit payee deux fois/ & doncques puis que paié estoit il luy debvoit bien suffire tout ce ne vault neant pource qu’il n’est pas au regard du baron s’il a gaigné/ ains est en pugnition de ceulx qui aidoient au baron contre luy.

Cy devise se ung homme avoit esté navré de ung autre lequel apres le coup s’en fust fuy le poursuivist et le navrast se justice le vouldroit pugnir. xiii. chapitre.

Maistre il me souvient que avez dit cy devant que a l’omme en soy deffendant est permis de blescer ung autre/ & pource que toutes blesceurez par maltalent faictes l’un sur l’autre sont et pevent estre appellez des membres et deppendances de guerre te vueil faire telle question.

Ung homme a ung autre navré et sy tost qu’il a donné le coup s’en fuyt tant qu’il peut/ mais le navré tant le suyt qu’il l’ataint et semblablement le blesce/ sy demande se celluy qui poursuyt doibt estre pugny/ Car il sembleroit par les ditz que veu qu’il n’auroit pas passé les mettes de justice que premier blescé estoit/ s’il a apres blescé et mesmement s’il l’avoit occis/ par ce que j’entens de droit de deffence si en deveroit il estre excusé/ & avec cela fait sans actendre/ car s’il eust attendu jusques a autre jour/ je ne l’escuseroye pas pource que ce seroit vengance.

Je te respons ad ce que le cas que tu ditz est difference de juste deffence et privilegie/ c’est assavoir selon les droiz puis qu’il s’en fuyoit apres son coup/ la loy ne octroye pas que l’autre le deust poursuivir ne blescer/ & pour ce dessert pugnition/ mais vray est que trop plus grande l’a desservie cellui qui blesça/ & le second a desservye grande ou petite pugnition. Il y a entre les maistres plusieurs oppinions mais pourtant n’est pas doubte que le premier mouvement qui est de soy sentir feru justice n’y a que veoir puis que feru auroit esté de fer/ car pour garder sa vie les droiz seuffrent occir ung aultre/ & se tu me ditz peut estre que l’assaillant n’a pas voulenté d’occir. Je te respons que ce ne scet pas l’assailly/ aussy ne sont pas coups ferus a patron/ car tel cuide ferir qui occist. Et pour ce pourroit bien tant actendre le premier feru a occir/ que par l’assaillant se trouveroit occis.

Neantmoins doibt l’omme garder pour conscience et pour l’amour et tremeur de dieu qui ne occye autruy. car nulle chose ne desplaist plus a dieu que son semblable deffaire/ & celluy est le seul juge qui toutes choses a son droit pugnist ne riens ne luy peut estre celé.

Cy fait mention se ung homme d’armes emprunte harnoys et chevaulz et il les pert se rendre les doibt. xiiii. chapitre.

Maistre autre question te demande.

Ung chevalier d’allemaigne ou d’autre part vient a paris ou il treuve le roy prest pour aller en la bataille/ ledit chevalier qui de ce n’estoit adverti n’avoit pour lors harnoys qui fust propice pour soy/ mais comme desireux de servir le roy et son honneur accroistre fait tant que ung gentil homme qu’il le congnoist/ luy preste monture bonne et belle et le pourvoit de tresbon harnoys tel que a luy affiert/ advient que en la bataille celluy chevalier allemant pert chevaulz harnoys & tout ce qu’il a/ si que a peine tout nud peut il eschapper Apres laquelle chose le dessusdit gentil homme demande audit chevalier tout ce qu’il luy avoit presté/ sy est assavoir s’il est tenu selon droit d’armes de les restituer.

Je te respons que ceste question est assez clere en droit et es loix/ & pource te monstrer Je te dy au vray que puys que ledit chevalier a esté en la bataille pour laquelle avoit emprunté lesditz harnoys et chevaulz et que de riens n’en a fait fraulde n’est pas tenu de les rendre/ mais se aultre part estoit allé ou pour bareter les eust empruntez et que faintement monstrast les avoir perduz/ & que on peust savoir le contraire. Je diroye autrement.

Maistre s’il estoit ainsy que toutes lesdictes choses eust prinses a loyer de quelque marchant armurier les harnoys et les chevaulz de ung ou deux marchans et perduz les eust si que dit est/ seroit il pas tenu de paier & rendre le loyer.

Je te respons semblablement comme dessus que non/ en cas que autre convenance expresse de les rendre/ quoy que advenir deust ne luy auroit faicte.

Cy devise se cautelles & subtillités d’armes sont justes a faire. xv.e chapitre.

Autre question differentiee du dessusdit propos te vueil faire/ dy moy je t’en prye est ce bonne raison et selon droit que ung roy ou prince par cautelle et subtilité face tant qu’il subjugue et ait son ennemy soit en bataille ou autre part/ car il sembleroit que non veu qu’il loist tenir droicture & raison sy ne pourroit estre dit qu’il deceust autruy. Et aussy toute personne qui a juste cause/ doit avoir bonne esperance en dieu que bien luy en prendra se par peine & diligence pou[r]suit/ doncques celluy qui a juste querelle doit aller ce semble le droit chemin de guerre sans y aller ne user de cautelle.

Chier amy tu dis moult bien/ mais neantmoins te certiffie que selon droit d’armes veoir plus fort selon dieu et l’escripture on peut vaincre son ennemy par cautelle engin ou barat sans tort d’armes/ puis que la guerre est jugee et notiffiee entre les parties/ & qu’il soit vray nostre seigneur en donna mesmes exemple quant il ordonna et enseigna a Josué comment par cautelle surprendroit ses ennemys/ et de telles choses user se peut on assez communement aider en armes/ mais je te confesse bien qu’ilz sont certaines manieres de barter/ lesquelles sont reprouvees et deffendues tant en fait d’armes comme en tous autres cas Sicomme je assuroye aucun de venir vers moy en certain lieu & je y seroye pour parler a luy/ & tant feisse par mon asseurement qu’il y venist/ & la je le feisse surprendre par aucun agait pour luy mal faire/ occir ou prendre/ telle chose seroit traÿson mauvaise. Ou se par fainte treve ou paix j’espioye mon point de grever autruy quant garde ne s’en donneroit ou que despourveu seroit et en tous cas semblablez. Je feroye mal mon grant deshonneur reproche & pechié Et pource dist la loy puis que la loy est donnee a son ennemy on luy doibt tenir et garder/ mais autre chose est se le vaillant capitaine ou homme d’armes scet ordonner embusches par ou son ennemy ou adversaire doit passer qui garde ne s’en donne ou aultres manieres de cautelles/ mais qu’elles ne soient contre foy promises ne l’asseurement que on auroit fait/ & a la raison que tu dis puys que on a bonne et juste cause que on s’en doit actendre a dieu/ quoy que en substance je le t’accorde Toutesfoys combien que bon droit ait le roy de france contre le roy d’angleterre en cas pareil/ si convient il aider a soustenir son bon droit le mieulz que on peut/ & adont quant par sens et tresbonne diligence on fait son devoir/ doibt on avoir tresgrande esperance en dieu le createur qu’il aidera la chose a conduire & en bien parfaire.

Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.

Maistre a nostre propos me semble par ce que m’avez cy devant conclud/ c’est assavoir que se ung chevalier ou aucun homme d’armes envoyé d’aucun seigneur pour garnison d’aucune forteresse/ sans que convenances de gaiges ne de sauldees luy soient faictes et il advient que en chemin soit destroussé/ se audit seigneur quil l’a envoyé peut par droit s’il luy plaist faire demande de restitution. Et certes je vueil faire encore autre question. Je suppose que ung capitaine de lombardie ou d’autrepart ainsy que autresfoys on a fait venir en france eust avecques soy amené cent ou deux cens bons brigans si fut luy & sa compaignee retenu chascun a cinq francs pour le moys/ & envoiez en certain lieu/ auquel chemin fut par ses ennemys assailly ou il perdit ses places son harnoys et ses choses/ & ses compaignons leurs cuirasses leurs pavaix & toutes leurs bagues Je te demande s’ilz pourroient demander au roy leur dommaige.

Ad ce je te respons que non au cas que autre convenance n’y auroit/ et ne pevent demander que ce qui leur fut promis/ & se tu me veulz demander pour quelle raison le capitaine n’a aussy grant accion de demander au maistre qu’il l’envoye comme dit est. Je te dis pour ce que la loy porte plus grant faveur a cellui qui pas n’est lyé & est mys en besoingne que a cellui qui se lye/ & par exemple le peus veoir de ung homme qui aura demouré avecques ung marchant ou autre homme an & jour sans ce que par marchié fait se soit loué. Il peut faire trop plus grant demande des biens de l’ostel et de la marchandise/ s’il n’y a aucune autre certaine cause/ que ledit maistre s’excuse que celluy homme qui loué seroit par marchié fait/ & pource te dis que l’omme n’est pas bien advisé qui prent aucun pour residamment demourer en sa maison/ s’il ne fait avecques luy aucun marché absolut/ car la loy presuppose l’omme ainsy demourant comme compaignon du maistre ainsy que a gaigne et a perte.

Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent prendre vivres a eulz necessaires au moins de grief/ que faire se pourroit sur les laboureurs/ ainçoys qu’ilz peussent estre arrivez au païs dudit prince. xvii.e chapitre Autre question te vueil faire. Supposons que ung seigneur eust envoyé querre sauldoyers pour ung an en estrange pays pour le venir secourir en sa guerre/ laquelle il esperast durer longuement/ Advenist que avant icelle guerre et que icelles gens avecques leur capitaine puissent estre arrivez au pays dudit prince quoy que de tout leur povoir se fussent hastez/ s’ilz leur souffrent prendre tant seulement vivres necessaires en passant oultre pour necessité de vie tant seulement soustenir/ au moins de grief sur les povres laboureurs que faire se pourroit. Je te respons que ouy/ voire non pas qu’ilz feissent comme les loups/ ausquelz ne souffist pas quant au toit entrent d’une brebis Ains estranglent tout le troppeau/ comme semblablement le font plusieurs de nos gens d’armes/ lesquelz s’ilz ont besoing d’un poullet ou d’un pinion ilz en occient x.

ou xii. Et tel oultraige font de biens comme s’ilz fussent loups ravissans sans riens de conscience et comme s’il ne fust pas de dieu ne que jamais deussent mourir. Helas bien sont aveuglez ceulz qui le font/ car plus en peril de mort vont que autre gens. et telz y ont moins de regard que autrez.

Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien paiés de prendre vivres sur le païs. xviii. chapitre.

Maistre or m’escoute ung petit s’il te plaist. Je te demande quant gens d’armes sont prins a gaiges/ ausquelz il n’ait deffaulte de payer/ s’il leur loist avec leur gaiges prendre vivres sur le pays et pillier autres choses comme au jourd’uy on le fait communement.

Je te respons certainement que non & que telle chose n’est pas droit de guerre/ ains est extortion mauvaise et violente faicte sur le peuple a tort & a peché Car sicomme toy mesmes as cy devant dit a vouloir mener juste guerre/ le prince avant la main doibt bien adviser en quel lieu et comment pour ce faire finance sera prinse: & sur toutes choses doit donner ordre que ses gens d’armes soient bien paiez pour paier justement leurs vivres et ce qu’ilz prennent. & adonc seroit juste chose de bien pugnir ceulz qui prendroient riens sans paier/ mais arguer me povoies voir/ mais se par quelque adventure soubdain cas advenoit que les ennemys survenissent sur le pays/ par quoy conviendroit deffendre/ ains que le prince eust fait sy grant amas comme il appartiendroit a paier gens d’armes de moys en moys/ car en tresor pas n’en auroit: Je te respons que a toute chose necessaire se convient aider selon povoir/ car quant en ce cas seroit le prince assez excusé/ de propres ouvriers du roy mys en icelle besoingne pour lui & en son nom pource ne doibt estre leur avecques leurs gaiges/ mais ce que le prince leur veult donner de grace/ laquelle grace pour voir dire bien et largement leur affiert.

Sicomme a ceulz qui mettent a escot si chier chastel comme le sang les membres et la vie/ et de leur bien remunerer est d’ancienneté noble coustume/ de plus en plus a ceulz qui l’ont desservye & de proyes gaigné et en guerre ne recepvoient quelque proffit les vaillans anciens/ Ains leur suffisoit seulement en avoir l’onneur et que leurs gens en eussent le preu. Et par ce tellement acqueroient l’amour des gens d’armes qu’ilz en achevoient les grandes et merveilleuses emprinses comme il apparut.

Cy devise que on doibt faire des proies et choses qui sont prinses en armes. xix. chapitre.

Autre maniere de question faire te vueil. Je te demande que on doibt faire des choses gaignees sur les ennemys & en bataille.

Amy a ceste question convient respondre par distinction de cas. Car premierement selon la loy civille est assy. de quel affaire est la personne qui a conquis en armes et y a maniere d’entendre en quel cas et en quelles guerres/ icelles loix pevent avoir lieu.

Premierement se une guerre se fait par mandement du roy ou prince qui ait povoir de ordonner et mettre sus juste guerre Aucuns droitz sont reservez a tel seigneur/ qui a autres gens ne sont pas/ c’est assavoir que toute gaigne doibt estre a la voulenté du prince ou du lieutenant capitaine/ car depuis que les gens d’armes sont aux gaiges du roy ou prince selon les loix tout doibt estre au seigneur soit prisonnier ou autre proye/ & ainsy anciennement le souloit on faire/ quoy que de grace au temps present au païs de france ou quelque autre part par longue coustume soit laissé es hommes d’armes ce qu’ilz conquierent se chose n’est de sy grant poix qu’elle passe le pris et somme de dix mille francs/ laquelle chose soit prisonnier ou autre meuble doit estre rendue au roy/ par tel si qu’il est tenu de donner audit homme d’armes la somme de x. mille francs/ & telle chose est de bonne coustume de pays/ mais la dessusdicte loy y afferme le decret qui dit plainement que toute la proye doibt estre a la voulenté du seigneur/ il la doibt justement partir a ceulz qui luy ont bien aidé a gaigner a chascun selon sa merite/ & que ceste chose soit vraye ne pourroit nul le contraire soustenir/ car prouvee est par droit escript qui mesmement y assigne telle raison/ c’est assavoir que se ainsy estoit que les prisonniers ou proye feussent aux gens d’armes/ tout ainsy et par ceste mesme raison deveroient estre des chasteaulz et villes qu’ilz prendroient a eulz Laquelle chose seroit injuste & de mauvaise raison qu’ilz gaignassent terre avec les sauldees du prince et a ses despens/ car ce qu’ilz font est fait comme haste/ il ne auroit plus que faire de gens.

Je te demande se iceulx pourroient faire demande de toute l’annee ou seulement du temps encouru puys la convenance Car il sembleroit que ouy/ car la loy dit que se ung advocat du roy ou de aucun seigneur prins a pencion a commencé a faire son office/ les gaiges de toute l’annee luy sont deuz posé qu’il mourust ses hoirs pourroient faire la demande/ pourquoy ne pourroient doncques ces gens joyr de ce mesme droit/ car peut estre qu’il en ont perdu d’estre retenuz autre part ou asseurez eussent esté pour toute l’annee. Et assez d’aultres raisons se pourroient encore dire lesquelles pour briefté je laisse/ et te respons en bref que en ceste raison et toutes aultres que dire y pourroyes sont de pou de valleur Car je te certifie qu’ilz se doivent tenir contens d’estre paiez seulement du temps qu’ilz ont servy/ & telle est la raison.

Ilz furent sauldoyers pour garder le pays ains qu’il fust perdu/ mais puis qu’il est perdu ilz ne pevent plus nullement servir de ce pourquoy ilz ont esté prins Et pour celle cauce ilz ne doibvent en nulle façon ne maniere avoir ne recepvoir les gaiges du dessusdit service lesquelz ne le pevent faire aucunement C’est assavoir garder le pays qui est perdu/ & nulle loy n’oblige l’omme a chose impossible/ car se contraindre voulloient d’estre payez on leur pourroit respondre/ & on vous contraindra de garder le païs qui est ja perdu comment sera ce fait. Et par ce concludz ce que dit est.

Cy commence a parler de prisonniers de guerre. Et devise comment ung puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince/ et aussi comment non. xx. cha.

Et pource que cy devant t’ay dit que selon ladicte loy est assavoir de quel affaire est la personne qui en armes a acquis/ & de se t’ay declairé une partie. Or supposons autrement/ c’est assavoir que ung baron feist guerre contre ung autre fust juste ou non/ ou deffendist sa terre contre aucun aultre/ car pour soy deffendre et sa terre deffendre et garder quelque soit le cas. Il convient juger juste guerre comme soy deffendre soit doncques selon la loy et droit/ se celluy baron qui se deffent prent celluy qui l’a envaÿ/ cuideroies tu doncques qu’il fust sien.

Je te certiffie que non seroit ne autre droit selon la loy n’y auroit qu’il pourroit sans plus tenir et garder sa personne tant qu’il la