troys differences y a/ dont les unes furent faictes et ordonnees des le temps ancien pour l’estat des dignités et non pas de leur personne ne de leur lignage/ sicomme est le signe de l’aigle/ lequel est deputé pour la dignité imperial Si ne le doibt nul porter s’il n’est empereur.
Item semblablement y a autres armes qui sont d’office/ sicomme nous dirons les capitoliers de thoulouse/ lesquelz durant leur office portent unes propres armes ad ce deputees es choses qui a office appartiennent.
Semblablement les consulz de monpellier/ mesmement se assemblee on faisoit en la ville ces propres armes d’office porteroient/ & se autres prenoient/ on les reprendroit & ne leur seroit souffert Et semblablement en divers lieux sont propres armes.
Item la seconde difference d’armes est de celles qui purement viennent par succession de linage aux roys ducs contes et aultres seigneurs plus petis sicomme est l’ermine pour le duc de bretaigne/ la croix d’argent au duc de savoye et ainsy des aultres seigneurs Et de ceulx par especial ne deveroit nulz prendre les armes/ & encores peux tu veoir que on congnoist tousjours le chief de la seigneurie ad ce qu’il porte les plaines armes sans difference & que ceulx qui sont du lignaige tous aultres gentilz hommes/ sy te dy bien que de droit & raison nul ne se doibt embatre de riens prendre sur armes de gentilz hommez ne porter choses semblables ne mesmement gentil homme sur l’autre s’il n’est ainsy que de ancienneté puisse monstrer qu’elles aient esté a ses predecesseurs/ ou que aucun seigneur eust donne bende/ quartier ou aucune partie de ses armes a luy ou a ses bons predicesseurs/ car par ainsy les pourroit il bien porter sans ce que le linage y peust contredire/ car a aucuns barons chevaliers et gentilz hommes ont esté donnees les armes qu’ilz portent d’ancienneté ou les differences qui y sont par aucuns princes ou grans seigneurs/ si ne doibvent estre prinses par nul autre si que dit est/ mais bien est vray que s’ilz avoient ou veoient que ung homme estrange venist en place qui portast les mesmes armes & toutes pareilles d’aucun gentil homme de france ou d’autre part/ que d’ancienneté semblablement eussent porté ses predecesseurs/ il ne feroit tort a personne ne riens ne luy en pourroit estre demandé.
Item la iii.e difference est des armes que chascun jour sont trouvees a voulenté sicomme il advient aucunesfoys que fortune eslieve les hommes a son plaisir si que les bien petis montent en hault estat/ & aucunefoys advient par la suffisance des personnes ou en armes science sagesse ou conseil ou par autre vertu avoir en soy que hommes se font diversement/ si n’est pas mal employé a ceulx qui le vallent par noblesse de vertu/ & adonc quant ceulx se voient en estat monter prennent armes a leur voulenté & de tel devise qu’il leur plaist dont les aucuns se fondent sur leurs surnoms/ sicomme ung homme qui aura nom pierre maillart prendra les mailletz/ & ainsy diversement/ ou d’autre devise se mieux leur plaist/ & puis les hoirs qui de luy descendront porteront a tousjours icelles/ et par celle voye prennent premierement armes.
Cy devise en quelle maniere ung gentil homme peut calenger les armes de ung autre xvi.e cha.
Or me dy que je l’entende je prens que mon pere ait prins son plaisir en ces armes/ une biche de gueulles a troys estoilles par dessus/ et ung autre homme qui riens n’appartient a mon pere eust prins les pareilles les peut il doncques par droit porter sans contredit.
Je te respons que sur ce debat font les maistres des loix celle question/ que se ung homme ou linage avoit prins unes nouvelles armes puys que plublicquement les auroit portees/ & il advenist que ung autre homme de la ville ou mesmement du païs dont il seroit les voulzist prendre ou que depuis les eust prinses n’est pas raison qu’il les porte/ ains doibvent demourer au premier ne le seigneur du lieu ne le doibt suffrir se complaincte en estoit faite/ car telles armez furent trouvés pour la difference ains seroit confusion/ & il appartient au premier et a sa justice de pas souffrir a ses subgetz que l’un face tort ne honte a l’autre et prendre armes que ung aultre auroit ja prinses sembleroit sicomme ung despris fait par despit ou despris pour commencer contencion Maistre or me respons de ung aultre debat qui assez pourroit advenir.
Ung gentil homme allemant vient a paris pour servir le roy et estre de sa court Auquel lieu treuve ung autre gentil homme qui porte les propres armes de son lignage De laquelle chose l’allemant lui veut calenger/ mais le françoys respond qu’il ne les a pas trouvees/ ains les portoient anciennement ses predicesseurs/ l’allemant dit que plus est ancien son linage & pource luy doivent demourer & que plus est pourtant que le françoys le contredit & nye Il respond que en ceste querelle se combatra/ & de fait gecte son gaige devant le roy sy te demande s’il a bonne cause et se par droit d’armes le roy y doit juger bataille.
En bonne foy que bataille pour celle occasion y soit jugee ne accorderoit nul droit/ evidente en est la raison/ car quel dommaige ne deshonneur peut venir a L’alemant se ung françoys qui n’est pas du pays dont il est/ & ne sont soubz ung mesme seigneur ne de une terre porte armes aux siennes semblables. Puis que mesmement sont siennes d’ancienneté/ pour quoy les luy peut il calenger ne sa longue possession empescher/ certes de ce ne appartient juger bataille ne aultre droit fors que chascun se tiengne en son vouloir. Je ne dy pas que s’il advenoit que pour faulcement dissimuler ung chevalier ou ung homme d’armes de france ou d’aultre part/ que homme fust de tresmauvaise vie et prensist les armes de ung chevalier allemant avec lesquelles fist les mauvaistés Ledit allemant n’auroit pas mauvaise cause de les luy calenger ains seroit sa querelle juste et bonne/ mais autre bataille ne seroit a juger contre ce mauvais homme si non les fourches car il ne seroit pas droit que ung homme se meist en peril contre ung mauvais homme qui evidamment seroit de mauvaise vie/ & pour cestuy barat d’autruy armes prendre pourroit on estre pugny par droit en plusieurs manieres/ car se ung sauldoier de simple linage alemant ou d’autre part venoit en france es guerres du roy pour estre prins et retenu a gaiges & portast les armes d’aucun ancien linage de son païs duquel selon la renommee eussent acoustumé d’estre tresbonnes gens d’armes/ et pour plus estre honnoré et d’avoir meilleur gaige et greigneur estat les eust prinses/ n’est pas doubte que se telle chose venoit a congnoissance et le lignage s’en reclamast de tort il en seroit pugni par droit & aussy qui contreferoit la marque d’un autre/ car se telle chose estoit soufferte se pourroient faire infiniz debatz et baratz.
Des armes et penonceaux et des couleurs plus nobles d’armoyerie. xvii.e cha.
Mais pource que en ceste matiere entrez sommes et que ramentu me as les banieres & armez des grans seigneurs/ te diray des couleurs que on y repute les plus haultes & les plus riches/ car difference y a de noblesse pour la representation qu’elles font selon nature. Les maistres de loy d’armes treuvent que couleur d’or est la plus riche/ & la raison est pource que l’or en sa nature est cler & luisant/ vertueux & confortant tellement que les maistres de phisique le donnent pour souverain confort a l’omme debilité pres de mort/ & avec ce represente le soleil qui est tresnoble lumiere/ car la loy dit qu’il n’est chose plus noble que clarté. Et pour ceste excellence disoit l’escripture que le juste et la saincte personne resemble l’or & le soleil & pource que l’or en sa proprieté est comparé au soleil en plusieurs choses ordonnerent les anciennes loix que homme ne portast or si non les princes si est doncques or la plus noble.
Item la seconde couleur est pourpre que nous disons vermeil ou rouge et represente le feu/ si est le feu plus luisant en son corps apres le soleil & le plus noble de tous les quatre elemens/ pour laquelle noblesse semblablement ordonnerent les loix que on ne portast vermeil si non les souverains seigneurs.
Item la tierce noble couleur est Azur/ laquelle pour sa figure represente l’air/ lequel apres le feu est le plus noble des elemens/ car il est en son corps subtil et penetratif et habille a recevoir les influences.
Item la iiii.e couleur est le blanc que on dit en armoyerie argent/ laquelle couleur de blanc est la plus noble de celles qui cy apres s’ensuivent/ car plus est prochain des corps luisans & avec ce signifie pureté & innocence/ & dit l’escripture que les vestemens de nostre seigneur apparoient aux appostres blancs comme noix. Et ceste couleur de blanc represente l’eaue/ laquelle apres luy est la plus noble.
Item l’autre couleur est noir que on dit en armoyerie sable qui represente la terre et signifie doleur/ car plus s’eslonge de clarté que ne font les autres/ & pource fut trouvé que en signe de douleur noirs habis appartenissent aux dolans si est la plus basse et la plus humble qui soit/ & pource fut ordonné que religieux s’en vestissent.
Item l’autre couleur d’armoierie est vert qu’on dit sinople qui signifie bois/ champs/ & prez. Et pource qu’elle n’est pas comptee des quatre ellemens est reputee la moindre/ & d’icelles six couleurs sont differencees toutes armes et banieres par diverses divises prinses par haultesse des le temps tresancien.
Explicit le livre de droit d’armes subtilité & cautelle ad ce servans selon Vegece de l’art de chevalerie. Imprimé le xxvi.e jour de Juing Mil. CCCC. quatre vings & huit/ par Anthoine verard Libraire demourant a Paris sur le pont nostre dame a l’ymage sainct Jehan l’evangeliste ou au palaiz empres la chapelle ou on chante la messe de messeigneurs les presidens.
[Marque d’imprimeur] JESUS Pour provocquier ta grant misericorde De tous pecheurs faire grace et pardon Anthoine Verard humblement te recorde Ce qu’il a il tient de toi par don.
Icy sont declairees les douze vertus que ung noble homme et de noble couraige doibt avoir en son cueur/ et en sa memoire et en user.
Vous yssus de noble maison Et de gentil sang successeurs Tant de vertus que de raison Devez estre vrays possesseurs De vos parfaitz predicesseurs Avez le nom et heritaige Mais douze vertus qui sont seurs Font seulement noble couraige.
Ceulx qui gentilz nommer se veullent Et nobles dire et maintenir Et pour nobles tenir se veullent Douze vertus doivent tenir Cest abregé leur administre S’ilz les veullent entretenir Et de leur cueur faire registre.
Noblesse.
La vertu premiere est noblesse Car le noble doibt estre extrait De noble sang de gentillesse Dont son nom et ses armes trait Garde soy de faire faulz trait Mais ce monstre filz legitisme Et soit son cueur en vif pourtrait De nobles meurs et bon regime.
Foy.
Par cas pareil doibt avoir foy Tout noble homme premierement Envers dieu le souverain roy Et a son prince entierement.
La doit garder sans quelque offence Qui sa foy faulce ou son serment Du tout pert honneur & credence.
Leaulté.
Tiercement ensuyt leaulté Que le noble doibt possesser Comme la leur de sa bonté En son cueur la doibt entasser Pour nul cas ne la doit faulser Soit vers son espouse ou sa dame Car mieux vaut leal trespasser Que desleal vivre en blasme.
Honneur.
Sur honneur doibt estre fondé Du noble le desir finable Qui veult estre recommandé En tous ses faitz soit honnorable Il ait la bouche veritable Et cueur assiz plus hault que roche Ainsy pourra estre semblable Aux parfais qui sont sans reproche.
Droicture.
Apres honneur ensuyt droicture Qui le noble fait obliger A garder toute creature En droit. et le mal corriger Ses armes ne doibt encharger S’il n’a bonne et juste querelle Et ne doibt croire de legier Mais partie ouye sans cautelle.
Prouesse.
Prouesse est la haulte vertu Qui en cueur de noble recline Son nom est mort et abatu Se prouesse en luy ne domine Preux et vaillans s’y determine Pour louenge & renom acquerre Ou aultrement il n’est pas digne De tenir seigneurie ne terre.
Amour.
Amour est la vertu feable Qui au noble fait dieu amer Reffuge doulz & amiable/ Se doibt le noble a tous clamer Faire se doibt aussy amer/ D’amour conduit et de franchise En gardant par terre & par mer Vesves orphenins et l’eglise.
Courtoisie.
Courtoisie est la vertu noble Qui le noble peut decorer C’est ung des beaulx fruitz du vignoble Que gentil cueur peut savourer Il doibt contendre & labourer D’estre doulz et d’umble vouloir Si se pourront en luy mirer Tous et toutes pour mieulx valoir.
Diligence.
Diligence acquiert par son gré Prouesse et honneur largement Et met le noble en hault degré S’il le veult croire seulement Attaindre ne peut franchement Les autres vertus l’exellence Qui premier n’a le fondement Et le moyen de diligence.
Necteté.
Cueur gentil qui a honneur chache Doibt avoir necteté entiere Car on veult que une seule tache Deffait la robe tant soit chiere En faitz en ditz et en maniere Necteté la doibt esclarchir C’est des haulx biens la tresoriere Qui les nobles peut enrichir.
Largesse.
En noble cueur et gratieux Doibt estre largesse comprinse Car ung cueur avaricieux Ne fera ja de haulte emprinse Qui est large chascun le prise Bien est servy et tant amé Que par sa largesse bien prise Il est haultement renommé.
Sobresse.
Sobresse fait l’arriere garde Dont le noble homme est capitaine Affin que ses vertus bien garde En bonté dont n’ait gloire vaine Ne dye parolle villaine Et de pres se garde en tout lieu Car ja n’aura vertu haultaine Qui de son ventre fait son dieu.
Noble homme pas ne fourligne Aime mieux honneur que peccune Considere ta noble ligne De ces vertus aime chascune Et d’icelle n’oublie aucune Car d’une çainture sont çaintes Qui pert la lumiere de l’une Toutes les aultres sont estaintes.
Estudie es nobles histoires Des preuz des loyaulz des parfaiz De leurs honnorables memoires Peuz valoir en ditz et en faiz Se tu portes le pareil faiz A tes successeurs pourra plaire Et leur seras se ainsi le faiz Droicturier patron d’exemplaire.
Cy sont les vii. vertus que en noblesse doibt avoir Et par especial es princes.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR L’orthographe, la ponctuation et l’usage des majuscules sont conformes à l’original. On a cependant résolu les abréviations par signes conventionnels (par exemple cõe pour comme), différencié u/v et i/j, et ajouté cédilles, apostrophes et accents. Les pieds de mouche (¶) ont été convertis en alinéas. On a suppléé à l’absence de point en fin de paragraphe.
Seules ont été corrigées les erreurs manifestement imputables au typographe (confusion entre lettres semblables, doublons, etc.). A certains endroits où la lecture ne semblait pas fluide, on s’est appuyé sur le manuscrit ms. 10476 de la Bibliothèque royale de Bruxelles pour ajouter quelques lettres ou mots manquants, signalés entre crochets.