SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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que les deux ostz s’entrevoient sans assembler est bon de toucher la meilleur voie puys que partir convient sicomme vegece l’enseigne qui dit ainsy.

Puys que partir te veux garde bien que les tiens ne sachent en quelque façon que ce soit pour eschever l’assemblee/ mais fais courir la voix entre eulx que c’est pour aucune cautelle trouvee pour grever en autre lieu et rataindre mieulx les ennemys qu’ilz ne s’en donnent garde/ et les autres par certains agaitz.

Vegece.

Car vegece dit se tes gens savoient que partir voulsissez sans en plus faire/ tantost petit a petit leveroient le champ/ pource qu’ilz penseroient que tu fussez espouenté de donner la bataille si pourroit estre a ton grant honte.

Apres dist il tu doibs garder que tes ennemis ne l’apperçoivent/ car tantost te pourroient courir sus. Et pource aucuns en tel cas aucunesfois ont fait assembler une flotte de gens a cheval & courir ça et la pour faire umbre a ceulx de pié qui endementiers passoient oultre.

Aultres se sont partis de nuyt qui est une maniere merveilleusement honteuse/ car ceste appert estre droicte fuite. Et autres en belle bataille arrengee s’en partent plainement/ mais ses manieres de partir ce dist il ne sont pas a louer se grant necessité pour l’ost sauver ne le fait faire/ Mais meilleur maniere est dist il que ceulx de pié legierement armez se partent tout coiement et voisent prendre ung certain champ dont le lieu soit a leur avantage et la se treuve tout l’ost. Et se les ennemys se mettent a chasser les premiers venus leur soient audevant tant que l’ost s’assemblera/ Adonc de l’avantaige de la place avec leur force se pourront aider a eulx contrester & vendre chier leur fuite/ car dist il nulle riens n’est plus perilleuse a ceulx qui follement chassent que eulx embatre sur agait ou en lieu qui au chois soit pourpris des adversaires.

Quant on se part de la place/ une partie de l’ost voise par le grant chemin bien ordonneement/ ou cas que les ennemys tendent a les suyvir/ et les autres soient envoiez secretement par autres costiant leurs compaignons. Sy advient communement que ceulx qui chassent par le grant chemin pource que entour eulx peust veoir se delaient ça et la & puys s’en partent/ mais quant cuident estre delivrez & que la chasse ont laissee et ne leur chault plus d’ordonnance comme ceulx qui cuident estre asseur. Adont les embusches lez quelque terre leur courent sus par grant vigueur/ et par celle voye moult adommaiger. Et comment qu’il soit celluy qui part de son ennemy doibt en toutes guises pourveoir s’il est chassé que les chasseurs aient aucun meschief au retourner ou par bastir agait ou par pas enforcer ou en quelque autre maniere. S’il advient que a iceulx chassans conviengne passer aucun fleuve ou rivieres fay ton agait pour courir sus aux premiers passez/ & ordonne autre partie de tes gens se tu peulx par derriere ceulx qui encores attendent a passer. Et s’il te convient mesmes passer par aucuns boys au destroitz envoye devant personnes feables et saiges qui te sachent rapporter le pas/ et se embusches y a/ car moins honteuse chose seroit a recevoir dommaige en combatant a son ennemy appertement que avoir encombrier par ung agait/ dont on ne seroit donner garde par grande negligence.

Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de trieves avecque ses adversaires ou ennemys. Et comment il se peult preserver et garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre deceu.

Chapitre xx.

Affin que riens qui convenable soit expedient a mettre en nostre livre ne soit oublyé des cas qui en armes souvent adviennent et advenir peust est bon de parler d’une chose qui trop durement peult grever l’ost/ et plus vaincre que fer ne quelconques autres choses/ et qui souverainement fait a eschever et s’en garder quoy que mout forte chose soit a destourner quant en ost c’est embatue si que declairé sera cy apres.

Devisé avons comment ung ost se peult partir le plus sceurement du champ en cas que meilleur conseil lui dist de non combatre. Or supposerons autrement. C’est assavoir que en champ soient les deux ostz a grant effort d’une part et d’autre appareillés de prendre journee de bataille/ mais par certains moiens entrent en tractié de paix/ si est assavoir que en ce cas est necessaire ce que devant avons tant dit: c’est que le capitaine soit sage. Affin que en toutes choses ce sache tenir au mieulx/ et pour ensuyvir la voye que sagesse peult enseigner premierement advisera/ a deux principalles choses.

La premiere est qu’il considerera qui sont les personnes qui traictent et de quel mouvement leur peut venir.

La seconde quel et sur quelz poins est fondé celluy traictié/ quelle est la demande que on luy fait ou quelle est l’offre.

A la premiere des deux fait a/ adviser se ceulx qui traictent sont ses amis ou s’il les repute/ ou s’ilz sont gens moyens non adherens d’un costé ne d’autre/ ou se simplement sont deceuz de l’autre partie/ s’il est ainsy qu’il viengne simplement de l’autre partie moult s’imposera de bon signe se fraude n’y a car ou dieu les a inspiré/ ou il appert qu’ilz doubtent [et] resoingnent la bataille. Neantmoins doit bien adviser la maniere de la demande & aussy l’offre Et pource que quant se vient grant poix porte/ la chose se conseillera avec les sages de son conseil et bien advisera sur tous les poins tant que au respondre ne se montre ignorant et qu’il n’y ait riens oublié. En laquelle responce gardent l’onneur et preu de leur prince et aussi le leur.

Il ne sera trouvé reffusant de la voye d’accord a ses bons poins raisonnablement Lequel accord ou appointement en quelque maniere ne doibt estre achevé sans la licence du prince Lequel est en escript tout par ordre la demande et l’offre demandee Car bien doit estre advisé de soy garder d’en agreer quelconques convenances aux ennemys sans licence et voulenté de luy de son conseil/ par l’exemple de ung tresbon conduiseur de l’ost rommain qui avoit esté envoyé devant la cité de magence dont il fut desconfit avec quarante mille de ses gens. Et pource que apres la desconfiture il agrea paix aux magenciens sans la licence de ceulx de romme/ ilz ne la tindrent pas Ains envoierent ledit conduiseur de l’ost rommain prins et lyé a magence et rompirent l’accord Et icy fait a regarder/ car se tu peux appercevoir que on te tiengne en parolles par loing traing trouvant aucunes choses sans necessité pour alonger temps/ saches de vray que tout est decepvance et cautelle/ en attendant aucun secours delayer sans plus la bataille/ ou affin que tes garnisons soient tandiz dissipees et que tes gens se ennuyent du long sejour et se partent pou ou pour quelque autre cause Item se ledit traictié vient de ung autre moyen si que se le pappe y avoit envoié ung legat pour mettre paix/ ou ung autre prince ou seigneur meu par bonne voulenté/ quoy que devers le prince deust estre allé premierement ou supposé que toy mesmes soyes le prince doibs a celluy moien bien declarer l’occasion/ la cause le bon droit et la juste querelle que as de mener guerre contre l’autre partie affin que ledit traicteur qui veult sans sang espandre mettre fin en ceste guerre soit advisé de ce faire telle admende et satisfacion qu’il appartient monstrant aux ennemys leur grant tort. et aussy se les ennemis dient avoir meilleur droit ne soies aveugle que voulenté te destourne a toy submettre a raison/ & se tu sens que en aucunes choses ayes droit et es autres non/ tu te doibs plus legierement condescendre a traictié et accorder partie du voulloir des autres sans ton deshonneur se mieulx ne peulx faire et que laisse aller aucune chose de ton droit. Posons encore que l’ost des ennemys fust amoindry en quantité & que la tienne fust multipliee de gens et puissance et le leur amoindry par aucune puissance autre ou quelque fortune par quoy redoubtant la bataille bien voulsissent traicter et faire paix toy faisant bonnes offres pour eulx mieulx mettre en son devoir/ et eschever effusion de sang/ ou qu’ilz fussent inspirés de vouloir faire paix et tresbon et loyal accord/ combien que leur puissance fut a la tienne assez egale/ que doibs tu faire/ te doibs tu enorgueillir/ pourtant les cuidant avoir si que d’avantage se a la bataille venoit/ par quoy nullement ne voulsisse venir/ a accord Ains plus te feroit on d’offres et plus seroies trouve rebelle et dur Certes nenny/ car a peine seroit trouvé que oncques advenist que les reffusans justes offres quelque droit qu’ilz eussent ne quelque grant quantité de gens qu’ilz fussent contre petite/ que mal ne leur en advenist au derrenier. Et semble que en tel fait dieu pugnisse iceulx reffusans/ mais vecy ou tu doibs regarder & la est le peril c’est que par traïson ne puisse estre deceu par desloyaulx moiens soubz umbre de traicter paix/ et a quoy le pourras tu congnoistre/ certainement par ses raisons pourras avoir couleur de toy douter & estre sur ta garde/ par quoy s’il est ainsi que le mouvement d’entrer en traicté/ soit venu d’aucuns des tiens par la condition de luy pourras penser quelles pourroient estre les causes qui l’ont meu a vouloir faire traicté/ car se sage est et preudomme et de juste conscience et que tu le saches bien/ tu ne te dois esmerveiller se tel homme vouldroit voulentiers trouver voye pour eschever effusion de sang par aucun bon et honnorable traicté et que paix fust/ mais s’il est homme non acoustumé de soy trouver en telz cas et lasche de courage quoy qu’il puist estre malicieux et bien parlant tu peus bien pencer que de laschetté et de couardise luy peult venir/ Mais non pourtant ne doibs tu du tout debouter ses raisons/ mais adviser se elles sont bonnes & a ton honneur et proffit.

Une aultre chose fait a considerer c’est que en bien escoutant celluy qui la voye d’accord & de traictié te conseille advise se la paix peut mieulx estre & venir a son proffit que la guerre & se en parlant il se efforce de toy mettre en couraige de faire paix Laquelle pour le grant desir qu’il a ne te soit pas bien honnorable. Ou se c’est homme couvoiteux auquel par dons ou promesses on luy eust par aventure fait dire/ a ceulx icy se savoir ne peulx tu ne dois adjouster en aucune maniere nulle foy/ mais les bouter arriere tant que tu pourras se souffisamment en es informé. Car le tresmauvais et desloyal conseilleur ne chasse tousjours fors a son proffit/ & le loyal vise plus au bien publicque que au sien propre.

Or est necessaire que durant le traictié que ainsy comme les ambassadeurs viennent vers toy de dela/ que tu y renvoies des tiens. Si doibs en ceste chose estre si bien advisé que n’en soyez deceu/ car moult y peult avoir grant peril se preudommes ne sont/ car par telz moyens et ambassadeurs plusieurs citez pays et royaumes sicomme Troyes jadiz et autres plusieurs ont esté deceuz par faulx et traytres ambassadeurs eulx monstrans estre loyaulx et bons Ne il n’est pas de pareil peril a cestuy pource que tant est couvert que a peine nul tant soit sage ne se peut de trayteur garder se par traïson a entreprins a le grever.

Contre ce peril y a meilleur remede que de y envoier des plus prochains de son sang se avec soy en a qui grant compte facent de sa mort et destruction et de tes meilleurs amis/ non pas par adventure de ceulx en qui plus te fies/ car par iceulx ont plusieurs esté deceuz/ mais de ceulx que tu auras mis en hault degré et qui perderoient se tu n’estoies & aultres de qui tu sentiras la vie et conscience bonne honnesté et loyale/ et de loyauté user en tours de guerres et batailles et que de traïson ne soient reprovez selon la sentence des bons/ bien le demonstra le tresvaillant fabricius dont tant avons parlé/ Lors qu’il estoit ost contre le roy pirus/ qui moult grevoit par ses batailles les rommains.

Et le medicin d’icelluy roy pirus vint a Fabricius et luy offrit emprisonner son maistre mais que bien le voulsist guerdonner. Le vaillant homme luy respondit que ce n’estoit pas l’usage des rommains vaincre par traïson/ si le fist renvoier a son maistre lequel quant il sceut le cas dist a haulte voix. Or avant tourneroit le soleil de son cours que fabricius se partist de loyauté. Si s’en partit le roy pirrus sans donner ceste fois la bataille pour la cause de ceste grant bonté.

Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il espoir pour certain avoir bataille. xxi. c.

Apres ces choses pour venir au point que fait de guerre conclud/ c’est assavoir assemblee de bataile comme ce soit le fait principal disons ainsi/ & s’il advient a toutes fins que necessité de combatre contraint l’ost de assembler a certain jour aux ennemis adonc ne doibt pas estre despourveu le sage capitaine de tout ce qu’il luy convient faire et adviser au mieulx & sont aucunes choses qui ne sont pas a oublier/ que fera il doncques il n’aura pas pou a penser/ car plus grant fait entre les hommes ne peut estre fait que cellui ou gist le plain fais de toute la contree l’estat du prince et la vie de infinies personnes/ l’onneur ou deshonneur du seigneur ou de la chevalerie et de tous nobles.

Adonc assemblera il tous les capitaines de l’ost devant soy et vouldra en audience parler a eulx presens tous ceulx qui estre y pourroient dire en telle ou semblable maniere. Treschiers freres compaignons et amis nous sommes icy assemblez si que vous savez par le commandement de nostre bon prince pour garder et tenir sa place ceste part comme ces lieutenans pour maintenir a l’espee la juste querelle de son bon droit que ses nobles predicesseurs ont par long temps soustenue/ ou qu’il a/ a bonne cause entreprise contre tel roy ou seigneur Duquel a receu plusieurs griefz/ c’est chose vraye sicomme nous en sommes bien informez Si sommez tenuz comme loyaulx subgetz ou ses advoez prenans de luy gaiges et souldees de garder & soustenir sa bonne cause en exposant corps et biens sicomme promis l’avons par nos sermens bien & loyaument sans deguerpir la place pour paour de mort. Or faisons donc tant et de ce vous supplie tous et requiers sicomme a chevaliers freres amys et compaignons que par nous et l’effort de noz corps & verde hardy couraige a nostre predit bon prince rapportons la victoire de ceste bataille si qu’il en ait l’onneur & preu et nous avec lui en soyons tousjours honnorez et prisez et que sa bonne grace nous puissons desservir. Si avons bonne cause beaulz seigneurs d’assaillir de fier couraige et envaÿr de grant voulenté ses ennemis/ bien le vous sçay a dire/ car ilz ont tort et nous droit. Si est dieu devers nous lequel sans faulte nous aidera a les vaincre se en nous ne tient. Or vueillés donc mes chiers amis chascun en droit soy si bien le faire que je aye cause de rapporter de vous telle relation que a tousjours mais il vous en soit mieulx. Et quant est de moy je vous jure sur ma foy que qui bien se portera a ceste besoigne je le pourverray a sa vie en honneur et grant proffit. Or allons hardiement mes enfans contre ces gens nos ennemis en nous commandant a dieu & lui priant qu’il nous en doint la victoire sicomme nous le desirons/ Telz manieres de parlers dira le saige capitaine aux siens & que ainsy doit estre fait se accordent tous acteurs qui en ce cas ont parlé/ & dient que ces manieres tenoient Scipion/ Julius cesar/ Pompee & les autres conquereurs Avec ce afferment que le capitaine doibt estre large et habandonné/ et est assavoir que les livres de chevalerie ne appreuvent quelconques couvoitises en capitaine avoir prins en honneur d’armes/ & certes ce demonstra bien le tresvaillant fabricius lequel pour l’exemple de sa bonté replicquons tant de fois en ce livre quant le roy pyrrus son ennemy qui moult le desiroit a traire de sa partie pour sa grant vaillance luy envoya grant quantité de vaisselle d’or et d’argent/ pource qu’il avoit entendu que si povre estoit que a sa taible n’estoit servy que en vaisselle de bois/ mais il la refusa en disant qu’il aimoit mieulx menger a honneur en vaisselle de boys que a honte et reproche en vaisselle d’argent. Il affiert aussi que le capitaine soit doulx & bening entre ses gens/ autrement n’est digne de tel office/ car ilz dient que par le moien de sa largesse & benignité il peut plus attraire les cueurs des siens que par nulle autre chose/ et sa benignité doibt donner hardiesse mesmes aux petis et de simple estat: de lui oser dire & signifier aucune chose se bonne leur semble ou fait des armes ainsi qu’il peut advenir que aucuns petis pevent avoir des bons amys Si que dieu donne ses graces aucunesfois qu’ilz ne doivent pas estre deboutez pour leur simple et povre estat. Et est escript que les vaillans conquereurs preteritz departoient les conquestes et proyes largement aux gens d’armes/ & pour eulx leur suffisoit seulement avoir l’onneur des batailles/ et pource faisoient leurs gens tout ce qu’ilz vouloient. Et que avec ce parolles attrayans soient bonnes ce dit vegece que le bon admonnestement du vaillant duc croist a ost hardement et courage/ et pource doibt souvent admonnester en demonstrant aux siens le droit qu’ilz ont/ & le tort des ennemys et comment sont tenus au prince et a la contree/ les admonnester de bien faire et promettre offices a ceulx [qui] bien feront Et de fait pour donner exemple aux autres doibt honnourer ceulx qui autresfois se seront bien portez et leur faire du bien/ affin que meilleur cueur en ayent. Et par telles parolles peult aussi croistre l’ire et maltalent des siens contre leurs ennemis et l’amour en bon vouloir devers le prince.

Cy devise la maniere de prendre l’avantage du champ selon vegece. xxii.

cha.

Vegece dit que le capitaine doibt regarder au jour qu’il veult donner la bataille quelle voulenté ses gens ont/ car il peult appercevoir s’ilz ont paour/ par le viaire par les parolles et le mouvement du corps/ mais il dist que ce n’est pas a entendre de ceulx qui ne l’ont aprins/ car ce n’est pas merveilles s’ilz la ressoingnent/ mais se des exercitez d’armes font doubte/ doit delaier s’il peult a ung autre jour Et s’il a gens d’aucun païs jeunez et non usagés & qu’il doute de leur loyauté: commettre les doibt a bons et loyaulx capitaines & qui bien les sachent embesoigner & mettre en lieu ou fuir ne puissent Car par l’effroy de telz gens peut estre la bataille en peril/ & les bien introduire que obeissans soient/ Car nulle riens ne proffite plus en ost que obeyr aux capitaines/ et pource dist il que pour une seule voix ceulx qui seront loing de leur capitaine ne pevent savoir les soudaines necessitez qui pevent venir en bataille/ trouverent les anciens de user de certains signes par lesquelz hastivement faisoient savoir en l’ost ce que faire devoient/ ou par son de trompes par different chant ou par buisines ou autrement/ mais affin que par oyr plusieurs fois celle mesme maniere de son les ennemis ne s’i entendissent parfoys le differoient/ & se leur estoit avant le coup bien notiffié/ et des leur enfance on leur monstroit l’usage d’armes. Ces manieres leur estoient aprinses affin que par necessité des batailles en fussent duitz/ & pour celle cause furent trouees les trompettes qui diversifient leurs sons selon les cas qui adviennent. Or vient a point d’arrenger les batailles selon vegece. Si advisera le sage capitaine se que dit est de prendre premier l’avantage du champ en quoy troys principaulx poins sont a regarder. Le premier est de prendre le hault de la place.

Le second que a l’eure que la bataille durera les ennemys aient le soleil en l’oeil. Et le tiers que le vent leur soit contraire. Et se a ses trois choses peut advenir luy sera prouffit en tant qu’il n’est pas doubte que celluy qui est en la haulte place a avantage de force contre celluy qui est en bas.

Item le soleil en l’oeil fait grant encombrier et pareillement le vent qui les emplit de pouldre/ et aussi le trait porté par le vent en a plus grant force/ & aussi a l’oposite oste & destourne la force et la partie contraire/ et assavoir que par deux cautelles vainquirent les rommains en bataille ceulx de cycambre et les tyars/ ce fut par adviser de les envaÿr de tel costé que iceulx eussent le soleil au devant/ & l’autre fust par si fort les haster que loisir ne eurent de eulx mettre en ordonnance.

Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost en champ pour combatre. xxiii. c.

Comme vegece mette plusieurs manieres d’arenger ost en bataille si que dit sera cy apres lesquelles pevent estre sont en aucunes choses differentes des ordonnances du temps present. la cause est par aventure pource que adonc se combatoient les gens plus a cheval que a pié/ et aussy comme il ne soit quelconque chose es ordres des humains qui par espace de champ de temps ne se mue et change me semble bon toucher en bref aucunement en termes plus entendibles des ordonnances communes du temps present/ sicomme assés est sceu de ceulx qui les armes exercent/ c’est assavoir faire son avant garde a longue estandue des gens d’armes arrengez ouniement serrez ensemble et que l’un ne passe l’autre/ les meilleurs & les plus esleuz au premier front/ les mareschaux empres eulx avec les estandars & banieres et fait on eles aux costés devant esquelles est le trait canonniers arbalestriers & archiers semblablement arengez.

Apres la premiere bataille que on dit avant garde vient la grosse bataille ou toute la flote des gens d’armes est mise arengez tous par ordonnance de leurs capitaines qui sont entre eulx/ leurs banieres et enseignes levees sont par plusieurs rengz les ungs apres les autres ouniement mis. Si fait le connestable crier sur la hart que nul ne se desroute. Et dient aucuns que se quantité de gens de commune y a on doibt de icelles gens efforcer les eles des costez par beaulx rengs par derriere le trait et que commis soient a bons capitaines et aussi les mettre au devant de la grosse bataille si que se fuyr vouloient que les gens d’armes d’appres les en gardassent. Au millieu de ceste grosse bataille est mis le prince de l’ost/ la principale baniere devant soy a laquelle est le regard de la bataille/ et a ceste cause est baillee a tenir a l’un des meilleurs et esprouvez hommes d’armes pour la sceureté tant du prince comme de la baniere devant soy a laquelle est le regard de bataille/ vient la tierce que on dit arriere garde. Laquelle est ordonnee pour aider a conforter ceulx de devant/ qui semblablement sont mis par belle ordre/ et par derriere icelle sont les valletz a cheval qui aident les autres se besoing est et y sont bons & les chevaulx de leurs maistres la tiennent et estachent que par derriere on ne vienne envaÿr la bataille/ de laquelle chose se assez y a de gens d’armes et on se doubte que par la venissent les ennemys/ ceulx qui sagement veullent combatre font une autre bataille qui tourne le dos vers la dicte bataille toute preste de recevoir ceulx qui viendront avant/ & avec toutes ces choses communement est ordonnee une quantité d’ommes duitz du mestier monstez sur bons destriers tous prestz a costez de venir rompre & desrenger la bataille des ennemis a course de chevaux quant assemblez seront/ et pource est souvent la bataille gaignee de la partie de ceulx qui mieulx s’en scevent aider/ et conseillent aucuns expers d’armes quoy que ceste maniere d’arrenger ost soit la plus commune/ que quant il advient que on n’a pas trop grant quantité de commune/ mais plus de bonnes gens d’armes que toute l’assemblee soit mise devant si que dit est. Et dient que plus sceurement on s’i combat Et ceste maniere de combatre fut bien tenue en la bataille de Rosbetre ou le roy de france charles sixiesme de ce nom eut victoire contre quarante mille flamans.

Et semblablement fut fait n’a pas longtemps en la bataille du Liege ou Jehan duc de bourgongne qui fut filz de philippe filz du roy de france atout asés petite quantité de bonnes gens d’armes fut victorieux comme vaillant prince contre xxxv mille liegois.

Cy Devise selon vegece et les anciens l’ordre de arrenger bataille.

xxiiii. chapitre.

Quoy qu’il soit cy devant dit et apres des manieres de combatre et arrenger ost Dient les anciens qui de ceste matiere/ ont parlé que la meilleur maniere de ordonner bataille est en rondeur et que on mette plusieurs batailles ou front devant et du costé ou les ennemys doibvent venir soient mys les meilleurs et les plus esprouvez/ et se serrez se tiennent ensemble a peine pourront estre desconfitz posé que les autres soient plus/ & s’il advient que les adversaires soient moins de gens/ la bataille doibt estre ordonnee en maniere d’un fer de cheval. Et par ceste maniere dist il les enclorras se tu y donnes bonne ordre. Et se les autres sont foison ordonne ta bataille sicomme ague devant pour partir/ mais bien enseigne vegece le capitaine que a l’eure que la bataille assemble ne se advise de changer autre ordre & mener ailleurs aucun nombre de gens qu’il face partir de l’ordonnance: car ce seroit pour tout honnir et mettre trouble en ses batailles/ ne riens dist il ne prouffite plus que garder l’ordre qui doibt estre tenue et l’espace qui entre les rens doibt estre. Car on doibt regarder par grant cure que trop ne s’empressent ne amoncellent/ ne aussi qu’ilz ne se laschent/ mais soient convenablement serrez/ car autrement perdroient la fiance de combatre et empescheroient l’un l’autre et trop cler entreluisant Et donneroient entree aux ennemis/ aussi en peril seroient d’estre rompus et esparpillez dont la paour de eulx mesmes les rendroit tous esperduz.

Icelluy vegece dit que par belle ordre doivent yssir a champ auquel le capitaine ja par plusieurs foys les ait mis en ordonnance pour monstrer comment quant a la bataille viendra se deveront maintenir. La premiere bataille estandue ainsy qu’elle doibt/ et puis la seconde bataille et les autres. si que l’ordre soit gardee entre eulx si que dit est.

Aucuns capitaine dist il ont eu maniere de faire tourner leurs batailles en esquerre/ et puis en triangle que on appelloit lors bersueil Et ceste maniere d’ordonnance a/ a plusieurs proffité en bataille/ et quant force d’ennemys leur courroit sus se mettoient en rondeur les meilleurs au premier reng tout devant si gardoient les leurs d’eux tourner en fuite et que trop de dommaige ne leur survenist. Et avoient les anciens maniere que jamais tout leur ost ne mettoient en une assemblee/ ains faisoient plusieurs batailles affin que les nouveaux venissent secourir aux lassez. Et par celle voye a peine pevent estre desconfitz du tout/ car ce que l’une bataille perdoit l’autre recouvroit. Neantmoins sont faitz de batailles adventureux par quoy nul ne sy doibt fier/ car aucunesfois advient tout le contraire de ce que paravant on pensoit.

Exemple qui eust pensé/ que des tresgrans ostz assemblez des cartaginois aux rommains deust estre l’ocasion si egale en la bataille que une fois en advient/ car il n’en demoura homme nul d’une part ne d’autre.

Il dist aussi que le jour que la bataille doibt estre est convenable de pou menger affin d’avoir plus longue alaine et estre plus mouvables et plus legiers/ mais bon vin doibt on boire qui peut pource que aux membres donne grant vigueur et esjoist l’esperit de celluy qui en prent convenablement et sans trop.

Il advient dist il que aucques tous les couraiges des hommes se troublent quant aller doibvent en la bataille/ mais a ceulx qui sont ayrez leur croist force et hardement et oublient tout peril/ et pource le sage capitaine pour donner cause a ses gens d’estre ayrez et plus fiers les doibt avoir/ ains la bataille fait plusieurs escharmoucher aux ennemis affin que par recevoir coups & blecheures d’eulx soient plus afelonnis contre eulx. Et dit que les moins sages et les moins hardiz seulent lever le cry ains que la bataille commence/ laquelle chose ne se doibt faire/ car les corps doibvent venir avec le cry.

Les anciens avoient regard en l’assemblee de leurs batailles que les hommes d’armes ne fussent pas espouentez pour le cry que font aucunesfois les gens de commune quant l’ost assemble/ ou que font ceulx qui ont paour/ & pource les advisoient par certain son de trompettes.

Aussy ceulx doubtent la bataille qui n’ont aprins l’exercite/ et pource dit le livre telz gens sont a occupper en autres chosez que en armes.

Car ceulx qui ne veirent oncques occir homme ne espandre sang en ont frayeur/ et pource quant ilz y sont pensent plus de fuyr que de combatre/ sy pevent plus empescher que valoir a tout le moins s’ilz ne sont mys soubz bon capitaine. Aucuns dient qu’ilz doibvent estre mis tous ensemble et autres dient que non/ & qui doibvent estre meslez avec les bons.

Derechief pour dire en bref et recapituler ce qui est convenable a garder en ordonnance de bataille enseigne sept choses ou le capitaine doit regarder. La premiere qu’il ait prins place a son advantage s’il peut si que dit est/ ou il ait mis les siens en bonne ordonnance. La seconde qu’ilz soient d’un costé targez de montaigne affin qu’on ne luy puisse nuyre & par devant eulx une belle riviere si que on ne puisse a eulx venir. La iii. qu’ilz n’aient pouldre ne soleil qui a l’oeil puissent nuyre. La iiii. qui mout leur peut valloir est s’ilz sont advisez de l’estat de leurs ennemis et bien informez quant ilz font leur ordonnance/ et par ou ilz viennent. Car selon ce se pevent ordonner et les attendre a leur advantage. La v. qu’ilz ne soient soulez ne affoiblis par fain. La vi. qu’ilz soient tous d’un couraige a tenir place & mieulx aimer mourir que fuyr/ sy ne seront pas telz gens legiers a desconfire. La vii. que leurs ennemis ne sachent pas leur intention ne se qu’ilz tendent a faire et de quelz tours sont advisez. Neantmoins si que dessus est dit merveilleuses sont les adventures des batailles. Il advient aucunesfois tellement qu’il semble que dieu vueille aider a l’une des parties et point a l’autre. Si qu’il advint lors que les rommains se combatoient aux deux roys d’orient de grant puissance jugurta/ et boctius. Adonc comme l’ardeur du soleil fust sy grande ou champ que a pou ilz n’y attaignoient/ souvent si se leva ung vent si grant que le traict des arcs dont iceulx roys avoient grant planté n’eut sicomme point de puissance. Et apres vint une grosse pluye qui tout rafreschit les rommains/ & fut aux autres choses merveilleusement contraires/ car les cordes de leurs arcs se laschoient. Et les oliphans dont foison y avoit/ qui sont grandes bestes qui ne pevent souffrir eaue ne se pondrent mouvoir et les chaingles qui soustenoient les chasteaulx chargés d’eaue. Si ne leur fut pas encombrier/ et par celle voye desja resvigourez pour la frescheur si asprement les envaÿrent que ja soit ce qu’ilz feussent plus petite quantité de gens si eurent ilz la victoire.

Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost et de combatre.

xxv. c.

Derechief selon vegece sont vii. manieres de batailles ordonneez et de combatre a ost en champ en son iii. livre au xxi. chapitre/ lesquelles quoy qu’il les baille assez obscurement et qu’elles ne soient a entendre du tout fors a ceulx qui maistres sont en l’exercite et office des armes ay mises sy ensuivant.

La premiere maniere d’arenger ost en champ dit vegece est celle qui se fait au long front ainsy que on fait maintenant/ mais ceste maniere sy qu’il dist n’est pas tresbonne pource qu’il convient que l’espace soit longue et que l’ost soit tout estandu et qu’il ne chiet pas/ tousjours champ propice a ce faire. Et quant il y a fossez ou vallees ou mauvais pas/ par la est legierement la bataille rompue/ Avec ce se les adversaires sont grant multitude de gens/ il yra au costé dextre ou au senestre/ & ensçaindra la bataille ou grant peril y a. Si dist ainsy l’acteur ou cas dist il que tu n’ayes plus grant foison de gens qui soient ordonnez et mis contre les ennemys se ad ce tu es venu prens tes meilleurs hommes et enchain les ennemis se peux au chain de ton ost.

La seconde maniere est meilleure et se par icelle tu ordonnes ung pou de gens vaillans et bien esprouvez en lieu propre tu pourras avoir victoire posé que ton adversaire eust plus de gens/ & est de celle telle la maniere de combatre que quant les batailles viennent pour assembler.

Lors changeras ta senestre ele/ de son lieu en autre affin que tu voyes loing au dextre cor de ton ennemy et que on n’y puisse traire ne lancer/ et ta dextre ele/ joings a la senestre. Et illec par les meilleurs de tes gens commence la bataille aspre et forte et par grant vigueur a cheval et a pié soit tellement envaÿe ladicte senestre ele ou tu es joint que tu voises en boutant & courant sus par telle maniere que tu viengnes au doz de tes ennemys/ et se tu en peux une fois partir les adversaires approchans tes gens sans doubte tu auras victore/ et ceste partie de ton ost que tu auras substraicte des autres demourra sceure.

Ceste maniere de bataille est ordonnee en maniere de ung a de lettre. Et se tes adversaires l’ordonnent ainsy premier dont isse des tiens grant rengee de gens venans de front et les assemble a ton senestre cor et en telle maniere contresteras a ton ennemy par force qu’il ne te boutera arriere par art de combatre.

La iii. maniere de combatre est semblable a la seconde et ne differe fors en ce que ton senestre cor commence a combatre au dextre cor de ton adversaire/ & se tu as ta senestre ele meilleur que la dextre/ lors adjouste avec tresfors combateurs a cheval et a pié/ et a l’assembler joings premierement ta senestre ele a la dextre ele de ton ennemy/ & tant comme tu pourras bouter arriere la senestre ele de ton ennemy et te haste d’enchaindre. Et l’autre de ton ost ou tu scez qu’ilz ne sont pas si fors desqueuvre tant que tu pourras de l’ele senestre des autres/ si que glaves ne dars n’y puissent parvenir/ et icy tu doibs garder que tes ennemys ne facent ber[s]ueil de leurs gens pour rompre ta bataille au travers/ et en ceste maniere se combat on proffitablement/ & en especial se le cas advient que ton adversaire ait son senestre cor moins fort assez que ton cor senestre.

La iiii. maniere de combatre est telle que quant tu auras ordonné tes batailles avec iiii. ou v. cens combatans ainçois que tu approches tes ennemys qui de ce riens ne scevent/ tu esmouveras soudainement ambedeux tes eles si que de l’un & l’autre cor tes ennemys non pourveux seront contrains de trouver les doz/ et se isnellement peuz ce faire tu auras victoire/ mais ceste maniere ja soit ce que tu ayes tresfors et exercitez gens d’armes je le tiens a perilleuse/ car se la moictié de la bataille est contrainte a diviser et descourir ton cor en deux parties et ton ennemy n’est vaincu a la premiere emprainte/ ilz ont occasion d’envaÿr tes gens d’armez divisez & le milieu qui seroit departi de tes eles.

La v. maniere de combatre est semblable a la quarte/ mais s’il y a plus que les archiers et les legierement armez/ arrenge les devant la premiere bataille affin que ceulx ne puissent estre derompuz/ car aussy bien de ton dextre cor envaÿs et assaulx le senestre cor de ton ennemy et du senestre le dextre/ et se ainsy le peux chastoier tantost sera vaincu/ mais la bataille du milieu n’est pas en peril pource qu’elle est deffendue des legierement armez et des archiers.

La vi. maniere de combatre est tresbonne et quasi semblable a la seconde/ & de ceste se ont acoustumé aider les loings combateurs en esperance de victoire/ Posons que pou de gens soient/ par bien ordonner leurs batailles/ la bataille arrengee aux ennemys joings ton dextre cor/ a l’autre senestre/ et illec commence la bataille avecques les meilleurs