jours par ce qui est plus digne/ Car le parfaict precede l’imparfaict de nature et de temps ilz se donnoient a entendre que l’eaue fust plus honorable et plus digne des dieux/ Et dont comme il appere qu’ilz cuidassent l’eaue premiere et plus ancienne des dieux/ lesquieulx dieux peut estre ilz entendoient estre les corps du ciel ou autres corps sensibles/ Car ancore des choses sepparees n’avoient cognoissance/ Il dit que nulle plus ancienne oppinion de ceste n’a esté es choses de nature/ La quelle soit cogneue/ meismement ancore ceste oppinion a esté nagaires d’aucuns renouvellee/ non pas qu’ilz deissent l’eaue plus noble ne si noble que dieu comme yceulx premiers firent/ mais sans ficcion aucune ilz la disoient & affermoient estre premiere & aussi la derreniere des choses de ce monde/ car meismes ilz la mettent premiere que le ciel/ Car la premiere espere/ c’est assavoir une que ilz ymaginent comprendre La.ix.e ilz la mettent estre eaue Sicomme plus plainement frere rogier bacon le recite en son livre du ciel ou.xii.e chapitre/ Et peut estre a ce ilz se mouvoient cuidans les vieulx poetes accorder avecques eulx/ ou peut estre pour les diz des philosophes nommans en plusieurs lieux les eaues sur le ciel/ Toutefoiz tant yceulx philosophes que aussi les poetes en tant comme a bon sens se puissent ramener au moins le plus des choses en enveloppement et soubz ombre parlerent non les nouveaulx mais yceulx anciens en tant que des sciences les portes vous ouvrirent vous les devez excuser amer et supporter.
Les contre dis d’aristote aux autres philosophes.
Aristote qui lonc temps fu apres ou quel je fus tres vraye et certaine par le moyen de son noble engin et entendement qui moy et mes filles attrey les plus soubtilles impugnatables/ & les autres poetes non mie les impugna en tant comme poetes/ mais en tant que ilz semblent philosophes/ et sont hors de verité/ aussi recite il d’ippones/ le quel sicomme maisme il recite sur le livre de l’ame/ fu de tres rude engin/ car il mettoit l’ame des bestes et des hommes estre eaue/ Cestui dit il suivi du tout thales sanz lui riens adjouster/ Et pource dit il nulle louange ne nul pris n’en doit recevoir.
¶ A autres philosophes je dis et fis a croire que l’air estoit principe de toutes choses si comme a dyogenes & anaximenes/ et disoient que l’air estoit premier de l’eaue Et principe de toutes choses simples/ c’est a savoir des elemens/ Si est a savoir que.ii. anaximenes furent et tous .ii. philosophes C’est assavoir l’un du temps aristote/ Et de cestui il n’entent pas ycy/ mais cestui anaximenes dont il fait mencion fu disciple d’anaxamandra qui disciple avoit esté thales devant dit/ Et cestui anaximenes & anaximendra furent du temps que cirus conquist le royaume de mede/ et transporta aux persens ou temps de la destruccion du temple de jherusalem/ En ce temps cy aussi c’est assavoir ou temps d’anaximenes regnoit tarquin l’orgueilleux. Le.vii.e et le derrenier roy de romme/ cellui qui fu chacié pour tarqui son filz qui viola lucrece/ cellui aussi fu disciple d’anaximenes/ Toute foiz tant de difference ont ilz qu’anaximenes mettoit l’air simplement principe se non en tant que composé il fust avec raison divine/ Et de ce vint une oppinion qui est recitee sur le premier de l’ame/ Et la raison peut estre fu tele qui les mouvoit Car ilz veoient que par respiracion d’air la vie de plusieurs animaulx au moins du plus des bestes est sauvee/ Et sanz air elle est anichilee/ Et aussi car ilz veoient par imitacion & ensuite de l’air varier les generacions et les corrupcions des herbes et de plusieurs des choses.
¶.ii. autres philosophes c’est assavoir ypassus et eraclitus mirent le feu estre principe et matere des choses et peut estre furent meus a ce pour la soubtilleté et noblece qu’il a/ Car meismes pour ce que ilz le veoyent luisant et monter contre mont/ ilz cuidoient le ciel estre de feu/ Cestui eraclitus/ pittagoras/ democritus et anaxagoras & plusieurs autres furent tous en un temps/ C’est a savoir ou temps que prophetisoient/ en judee/ aggenus/ zacharias/ et malechias/ ou temps du dit cirus.
¶ Cestui eraclitus sicomme il avoit oppinion ou feu quant aux principes & causemens des choses ainsi comme on lit fu tout le premier de tous les anciens qui par maniere d’art trouva deviner ou feu/ et celle art que on dit piromancie/ Et sicomme on lit en aucuns traictiez d’elle/ lui lonc temps ainçois pronostiqua la desolacion de babiloine la cité devant qu’elle fust avenue.
¶ Ainsi diversement mirent yceulx le principe de matiere/ C’est assavoir d’eaue d’air & de feu en y adjoustant le quart element/ c’est assavoir la terre ilz en disoient toutes choses causees/ et les disoient estre incorruptibles & ingenerables/ sicomme faisoient ceulx qui mirent un principe/ mais il metoit que par l’assemblement d’entre eulx selon diversité de plus ou de moins se causoient les diversitez des choses qui se font.
¶ Dont combien que anaxagoras fust ainsné d’empedecles en temps/ toutefoiz fu il plus novice en savoir/ Car comme un chacun abregier doye a son povoir les principes des choses par quoy moins en deust avoir mis que ne fist empedocles le quel en mettoit trop sicomme plus plainement il appert ou premier de phisiques/ Cestui ancore pour les accroistre les mist infinis/ c’est assavoir car il disoit les elemens et toutes choses estre faites d’infinies petites parties/ lesquelles il mettoit estre les drois princippes & mettoit les choses estre engendrees & corrompues par desassemblement d’icelles N’autrement ycelles ne pourissent ainçois pardurablement demeurent/ Dont par les choses ja dictes de Aristote conclut que par anaxagoras et par les oppinions des jadis philosophes on ne peut autre chose cognoistre fors seulement la cause de matiere.
Encore des oppinions.
Pittagoras disoit les esperes qui sont menez ou ciel estre dix. Combien comprises par les mouvemens des planettes/ l’uitieve par le mouvement des estoilles/ et la.ix.e par le mouvement journal qui est le premier mouvement/ mais pittagoras adjousta la.x.e antixthonan c’est a dire menee au contraire des mouvemens/ et par consequant sonnent contrairement/ Car comme il mist & aussi le mirent plusieurs autres que des mouvemens des esperes du ciel se facent armonies Car comme ilz considerassent que naturellement noz pensees lesquelles ilz metoient de nature celeste se resjouissent de sons qui sont par mesure ordenez/ considerans aussi que tous sons sont de mouvemens causés/ Car sanz mouvement nul son ne seroit fait voyans ou ciel esperes et cercles de diverses grandeurs preporcionnees les unes vers les autres ce leur sembloit par moult nobles mesures et meues aussi de mouvemens couvenables a elles ymaginans par ces choses ou ciel estre grans melodies/ lassus ilz affermoient estre parfaicte musique/ et celle de ça bas estre dirivee de celle de lassus Et aussi selon ceste leur ordenance le mouvement journel qui va d’orient en occident au contraire des autres seroit en l’espere.x.e & la.ix.e seroit celle la quelle si mouvroit toutes les esperes basses au contraire du premier mouvement.
¶ Pittagoras et ceulx de sa secte par lui instruis mettent les principes des choses encheans es causes dessus dictez/ si mettent nombres ainsi que matere et princippe des choses et les passions des nombres ainsi comme les passions ou les abis des choses/ si que nous entendions par passions accidens/ legierement passibles et par abis accidens permanens/ sicomme ilz mettoient que la passion d’aucun nombre selon la quelle il est dit pareillement per estoit princippe de justice pour l’equalité de sa division Car tout nombre qui equalement se devise par egales moitiez unitez et plusieurs autres par semblable maniere/ yceulx ilz disoient princippes de justice/ Et par semblable maniere les autres accidens des choses ilz assimuloient aux accidens des nombres & mettoient les principes des nombres per et non per/ pour ce qu’icelles sont leurs premieres differences mais le nombre per ilz metoient estre le principe d’infinité Et le nombre non per estre princippe aux choses lesquelles sont fenies/ Sicomme plus plainement il appert declairié sus le.iii.e de phisiques/ c’est assavoir que le nombre per semble estre couvenable a division.
¶ Pour ce infinité par especial se semble ensuivre a la division des choses continuees/ Et le nombre non per si a le per soubz lui/ & ancore unité la quelle est cause de indivision/ Et aussi prenoient ilz que les nombres non pers adjoustez par ordre l’un a l’autre retiennent la figure des quarrez nombres mais les pers varient leurs figures/ Sicomme.iii.
adjoustez avec un qui est le principe des nombres/ causent ce nombre .iiii. le premier de tous nombres quarrez/ car.ii. fois.ii. sont .iiii. Et de rechief cinq qui apres.iiii. est le premier nomper adjousté avec.iiii. fait.ix. qui est second quarré/ car.iii. fois .iii. sont.ix. Et ancore adjousté.vii. a.ix. font.xvi. qui est le .xvi. font.xxv. qui est le quart quarré/ Et ainsi de tous autres. Mais se le nombre de.ii. qui est le premier nombre per est adjousté a un il constitue nombre triangulier/ c’est assavoir.iii. Et se a lui estoit adjousté.iiii. qui est le second per il constitue.vii. qui n’a tele figure/ Et ainsi les nombres pers adjoustez aux quarrez ne gardent point une meismes figure/ Et pour ceste raison leur attribuoient infinité/ et aux nompers finité/ Et pour ce que finité si signifie fourme a qui compette l’active vertu/ Et infinité en depart la matiere a qui compette passibilité/ pour ce les nombres pers ilz disoient femmelles et les masculins nompers/ Et de ses.ii. diversitez per et nomper feni et non feni non pas seulement ilz constituoient nombre mais aussi unité/ Car unité disoient ilz est per et nomper en vertu/ pour ce que toutes differences de nombres en vertu couviennent a unité/ Car tout se retournent en elle & elle en nesune/ Car combien que unité de fait ne soit pas aucun nombre. Toute foiz disoient ilz en vertu elle est un chacun nombre/ Et pource la mettoient ilz constituee de per et de nomper/ Et tous nombres constituez de elle Et mettoient le ciel et toute chose sensible estre faictes de nombres/ Et ytele estoient l’ordre des princippes qu’ilz mettoient.
De ce mesmes.
Aucuns autres naturiens anciens furent qui mirent mouvement c’est a savoir en tant comme ilz mettoyent un principe le quel par reffaccion et condempsacion ilz disoient mouvable du quel aussi engendrees metoient les diversitez des choses/ Et par ceste maniere le monde disoient engendré selon toutes differences des parties de lui/ Toute foiz car en lui ne mettoient variacion se non selon les accidens/ pource concluoient ilz que selon substance tout le monde fust un/ autres plusieurs oppinions furent dont la narracion longue seroit/ mais en brief yceulz anciens philosophes s’entre accordent assez en ce que ilz dient es choses aucun principe de matiere/ sicomme thales et dyogenes & leurs semblables/ & les aucuns si en misdrent plusieurs sicomme empidocles/ Et aucuns autres aucunes choses non corporelles sicomme ceulx qui mirent dualité/ c’est a savoir platon qui mist & grant et petit/ lesquieulx ilz dient non estre corps/ les ytaliens aussi c’est a savoir pitagoras ont remis infeni/ le quel de rechief pas ne mettoient corps/ Empedocles aussi les.iiii. elemens qui sont corps pour principes mettoient aussi anaxagoras mettoit infinité de semblables parties/ c’est assavoir infenies pars semblables estans indivisibles pour principe des choses/ Et tous ceulx ci ont touché tele cause/ c’est assavoir la cause de materre/ Et ceulx aussi qui ont dit l’air ou l’eaue ou le feu pour principes ou autre moyen entre yceulz elemens sicomme plus espeus de feu ou plus tenues d’air/ Tous yceulx ont mis ycellui corps estre premier principe et element des choses/ Et ainsi appert il que tous ceulx devant diz quant aux choses ja dictes ont mise seulement cause materielle autres plusieurs yceulx anciens ensuivirent que je delaisse pour briefté/ Toutefoiz est a notter que tant avons eu d’eulx que par leurs diz ne causes ne principes oultre yceulx canons mis en phisiques/ nul de eulx n’a diffini/ bien qu’encore obscurement trestous/ toutefoiz les aucuns y semblent approcher/ C’est a savoir yceulz qui materre estre principe dirent/ fust une ou plusieurs ou corporee ou non/ aussi platon qui mist grant et petit & les ytaliens qui mirent infini/ Et empedocles/ l’eaue le feu l’air et la terre/ Et anaxagoras l’infinité de semblables parties/ Car tous ceulx ci toucherent celle cause/ voire et aussi tous ceulx qui ont touché d’air et d’eaue ou de plus espés de feu ou de plus soubtil d’air/ lesquieulx ilz assignoient estre element premier/ yceulx tous seulement ont touché de materre.
¶ Mais les autres du principe de mouvement toucherent/ c’est a savoir tous ceulx qui amistié ou haine ou entendement mirent estre principes.
¶ Toutefoiz qui soit l’estre ou substance es choses plainement nul ne dist/ Toutefoiz cuidoient ycelles estre causees d’immobilité et de reposement/ Et pour ce de ce qui est la substance aux choses ilz mirent especes estre causes/ et un la cause des especes.
Encore de ce.
Comme ces choses soient obscures a sentir aux gens lais et rudes a dire en lengage vulgar et meismes a ton entendement pour la grosseur de lui estranges passeray oultre des oppinions des anciens philosophes lesquieulx en assez de manieres fis errer sus les princippes des choses.
¶ Mais de ces choses fu je clere a mon tres amé filz aristote le prince de philosophie le quel reprima yceulx anciens par vives raisons sicomme cy en brief te toucheray sanz du tout definir/ car longue en seroit la narracion non delitable a ceulx qui ne la sentent/ Aristote donques reprime les oppinions d’icelz anciens philosophes es principes des choses/ Et pour ce faire il se devise en.ii. parties premierement/ il impreve les singulieres oppinions/ et d’enciennement il requeult les choses qui sont dictes et les continue a celles qui ensuivent/ la premiere par ce divise en.ii. autres/ premierement il impreuve les oppinions de ceulx qui naturellement ont parlé.ii.ement des pittagorians & des autres/ encore en la premiere part il fait.ii.
choses/ premierement il impreuve les oppinions de ceulx qui mirent une cause materielle &.ii.ement de ceulx qui en mirent plusieurs/ ancore au premier il fait.ii. choses premierement il impreuve les oppinions ja dictes en general &.ii.ement en especial/ Il les impreuve en general par.iii. raisons dont la premiere est telle Car comme les choses non seulement aucunes soient corps/ mais aussi qu’aucunes soient non corps comme il est apparu en son livre de l’ame que yceulx anciens n’ayent mis fors seulement principes corporeulx/ La quelle chose appert/ Car ilz mettoient un/ c’est assavoir le monde estre une seule substance et une seule nature/ Sicomme la matere la quelle corporee ilz metoient recevant mesure c’est a dire division/ Et toute foiz corps ne puisse estre cause de chose incorporee/ il appert que en ce ilz ont failli qu’insouffisamment ilz ont assignez les principes des choses/ Et non pas seulement en ce ilz ont failli/ mais en autres choses plusieurs comme plus a plain apres il declare. La.ii.e raison est tele/ que quiconques a neccessairement a determiner de mouvement/ Il fault que il mette aucune cause de mouvement dont comme les diz philosophes ayent neccessairement a traictier de mouvement La quelle chose si appert doublement c’est assavoir/ car ilz s’efforçoient a deviser la cause de generacion et de corrupcion/ les quelles ne sont sanz mouvement Tant aussi Car de toutes choses naturellement ilz vouloient traicter/ Et toutefoiz toute naturelle consideracion enquiert de mouvement pour ce que nature est principe de mouvement et de repos comme il appert ou .ii.e de phisiques/ il s’ensuit que ilz devroient traictier de la cause qui est le principe de mouvement/ Et ainsi comme ilz ostassent ou oubliassent ycelle appert que ilz failloient La.iii.e raison Car comme une chacune chose naturelle ait substance et essence/ C’est a dire fourme/ Car fourme est princippe de l’estre et ce que c’est/ Donques comme ce par qui toute chose a son estre soit le principe d’elle & de sa cognoiscence/ Comme les philosophes dis/ ne meissent l’estre des choses cause et laissassent la fourme il appert que ilz failloient ycy repreuve il leur oppinion plus en especial/ & se fait doublement/ premierement quant a ceulx qui le feu estre mettoient principe/ l’une/ bien que le feu fust souffisant.ii.ement quant a ce que ilz laissoient la terre comme aucunement elle appere premiere. premierement il resume la posicion d’eulx/ Car comme ilz missent chacun des simples corps transmuer l’un en l’autre si que les uns sont engendrez des autres selon constricion ou inspissacion c’est assavoir selon tenueté ou engrossissement/ sicomme les groz des soubtilz/ Et pour ce ilz missent l’un de ces.iii. estre premier principe Car les autres sont engendrez de lui/ ou par congregacion ou disgregacion/ lesquelles guises toute foiz se different quant a priorité ou posteriorité c’est assavoir car selon une maniere ce semble premier estre de quoy autre est engendré/ par soubtiliacion/ et ceste guise il met.ii.ement Mais dit il que ce soit premier de qui autre est engendré par condempsacion ou inspissacion/ il appert dit il par ceulx qui mettoient principes les corps plus simples/ c’est a savoir les corps ayans tres menues parties/ desquieulx par condempsacion ilz disoient les choses estre faictes/ sicomme aucuns qui mettoient le feu pource que il est tres soubtil/ aussi un chacun des autres eslemens eut un philosophe qui le jugia premier/ mais pour quoy dist il ne mirent la terre estre principe/ Il ne peut estre dit que ce eust esté contre l’oppinion commune/ Car oppinion divulguee fu la terre substance de toutes choses estre/ Et mesmement exeodus qui fu l’un des poetes theologisans l’affermoit disant la terre estre premiere faite par quoy comme il appere que la terre estre principe fu l’oppinion des theologisans poetes qui precederent les naturiens philosophes/ seulement les naturiens escheverent a la mettre principe pour la groissesse de ses parties Et pour ce comme ilz veissent que l’air eust plus grosses parties que le feu et l’eaue que l’air/ et ilz ne veissent rien si soubtil que feu/ Il s’ensuit dit il que en ensuivant ce principe de condempsacion nulz ne dirent si bien que ceulx qui mirent feu principe/ Car comme pour cause de soubtilleté aucune chose puit estre appellé premiere/ il est neccessité que celle soit principe qui est tres soubtille sur toutes/ Toute foiz s’il estoit vray n’estoit riens que feu il s’ensuivroit s’aucun disoit que air fust plus groz que feu/ ou plus soubtil que eaue que ilz mesprendroient.
Ancore des oppinions des philosophes.
Mais certes ycy met il l’autre raison par la quelle au rebours il appert que la terre soit tres proprement principe/ car comme ce soit chose evident que ce qui est derrenier en generacion est premier en nature/ pource que nature a la fin de generacion tent a ce qui est premier en son entencion/ mais tant que une chose est plus deprise plus espesse et aussi plus composte/ Tant est elle plus derreniere en generacion/ pour ce que en voye de generacion on precede de plus simples choses aux composees sicomme des elemens on va aux miscions/ et les mixtions aux humeurs et des humeurs aux membres/ tant que finablement on vient a homme qui est le plus compost Semblablement doncques comme ce qui est le plus espeus appert estre en generacion derrenier/ et par consequant principe de nature/ il appert que ceste conclusion soit contraire a celle de devant/ Car ainsi la terre qui est plus espesse et plus disperse sera premiere d’eaue et l’eaue que l’air/ et l’air que le feu/ Si est pour ce a savoir que il y a difference entre querir ce qui est premier & a parler simplement/ Car s’on enquiert de premier simplement n’est pas doubte que premier est parfaict/ de imparfaict et faict que ou de poissance en fait/ se non par aucun ens parfaict/ c’est a dire par aucune chose estant de fait parfaicte Et c’est cy a savoir que je appelle poissance en tant que je la distingue contre fait/ La poissance de quelconques effait le quel n’est c’est a dire de quelconque chose produisible et menable en aucune nature soit bonne ou mauvaise/ ycelle nature non estre ore/ mais povoir estre/ Et pource la nomme l’en poissance de povoir estre ou non/ mais quant elle est/ elle est nommee fait a difference de povoir estre/ Et parce il appert que fait est le plus noble/ Dont pource se nous parlons de la perfeccion de dieu/ dieu si est tres parfaict/ et donques tres premier/ Car en son essence nulle possibilité ne fu ainçois que fait/ mais ces particulieres choses qui precedent en leur estre de poissance en effait/ la poissance en ycelles quant temps si precede le fait et ainsi l’imparfaict le parfait combien toutefois que a nature le fait soit le premier c’est asavoir quant en son entencion et maniere d’elles savoir produire/ Tout ainsi que il appert d’un messagier qui va en aucun lieu Combien que le lieu ou il va quant au labour et a son entencion il atteigne de y venir/ Toutefoiz estoit il le premier quant a son entencion/ car autrement ne se fust il pas meu/ Et sicomme au lieu quant il ataint on pourroit dire qu’il y estoit deffaict. aussi ainçois qu’il atteignist s’entencion povoit estre appellé poissance/ Et ainsi il appert que fait se non en temps/ toute foiz quant a nature ou a entencion est premier que poissance/ il est du tout manifeste que ainsi le premier principe de toutes choses il fault estre tres simple pour ce que toutes choses sont composees des simples & non e converso donques il estoit neccessaire aux anciens naturiens que l’un et l’autre ilz attribuassent au principe premier/ c’est a savoir au principe du monde qu’ilz attribuassent avec souveraine simplicité souveraine perfeccion Mais comme ces.ii. ne puissent estre atribuez a aucun principe corporel Car es generacions & es corrupcions les tres simples choses sont les plus imparfaictes pour ce leur sembloit estoient ilz contraires mettre division es principes.
Cesse a parler des oppinions.
Plus te diroie assez quelle je fus es anciens philosophes en divers cas/ et mesmement en cestui dessus dit plus largement/ & aussi des solucions du vray distingueur et sage determineur Aristote Et qui plus de ce vouldra savoir quiere le philosophe en sa methaphisique Mais comme la matiere soit obscure de ce/ a tant souffise/ Et ainsi comme en une riche mercerie ou tresor/ sont avec perles diverses pierres precieuses de plusieurs vertus couleurs et pris/ les quelles au goust et plaisances de divers barguigneurs sont requises/ Soient ycestes choses ou tresor de ton volume reservees aux hommes scienceux de soubtil entendement/ Et passent oultre les moins expers aux choses plus legieres et communes Et tres ore soit changié l’ordre de nostre rethorique en plus vulgare et elegant parleure en retournant a nostre premiere arrenge te soient assés souffisantes les preuves des choses devant dictes/ me tenant quitte de promesse a toy par moy faite/ C’est a savoir de te clairer les termes de ma poissance manifestes mesmement es hommes plus sages & de plus soubtilz engins.
De l’ombre la poissance que elle a.
Or t’ay je assez prouvé par ce que devant est dit comment je suis cause premiere des oeuvres humaines & que se precedent ne fusse aucune oeuvre n’aroit effect es humains/ pource te vueil reprendre en aucune partie de tes dis/ en ton livre intitulé de la mutacion de fortune le quel compilas par grant labour & estude/ Car combien que par moy t’en venist l’invencion trop faillis sauve ta grace/ Lors que tu tant octorisas la poissance de dame fortune que tu la dis estre toute ordenaresse des fais qui cueurent entre les hommes/ Et ma poissance souveraine sur toutes influences refleccibles es oeuvres communes qui precelle toutes autres/ tu oublias/ Si ne te soit honte offrir l’amende a moy suppellative de toy en ceste partie injuriee te rendant repentie coulpable comme mal avertie me recongnoissant suppellative sur toutes poissances relatives ça bas de dieu ordenees/ Et que ceste chose te soit magnifeste vueil que me desnoues cest argument/ Je te demande le quel est plus noble ou l’acteur qui est principe de la chose premierement mise en fourme/ ou l’euvre qui despent et vient de la poissance de l’acteur premier princippe/ Et moy a elle/ certes dame je tiens que comme dieu soit principe de toutes choses/ Et aussi comme dit aristote l’entendement est le souverain des biens/ Car a lui tous les autres obeissent le premier principe des choses je confesse le plus parfaict en accion de oeuvre comme ci devant est assez prouvé/ Et elle a moy/ bien respondis/ or t’ay vaincue par ton meismes jugement/ Car non obstant qu’entendement soit devant moy quant en concept Toute foiz suis je premiere cause de toutes choses bonnes ou mauvaises faictes ou pourchacees par pensees ou oeuvres humaines/ Et donques comme devant est dit s’il est ainsi/ ce que si/ que principe soie des speculacions et toutes choses ouvrables/ comme il appert Je conclus vraye ma preposicion que je precelle les choses ouvrees/ Et que fortune a qui tant de poissance atribuez/ n’est fors ma chamberiere mercenere comme conduisarresse des oeuvres ja par moy disposees a mettre a effaict.
¶ Mais affin que il ne semble que par mouvement de envie lui vueille soubtraire la fame de son auctorité/ te cognois estre vray qu’en disposicion de oeuvre/ fortune a poissance de conduire les fais particuliers bien ou mal selon le soufflement de son influence/ mais te souviegne que differens sont noz mouvemens/ car de rechief te dis que je euvre en esperit et fortune ne peut ouvrer fors es choses ja par moy deliberees aptes a recevoir ses influences es choses dehors et foraines mais es repostailles de la pensee es quelles je sui muciee n’a nulle poissance/ doncques tu peus cognoistre que elle est serville et villaine vers mon auctorité comme elle soit au monde sicomme superflue comme le las de l’adversaire/ Et je soie celle sans qui nulle chose n’est faite et sans qui nul fruit d’oeuvre ne pourroit l’omme conduire a perpetuelle gloire.
Encore dit de sa poissance.
Que te diroie de mes poissances n’en doubtes point que elles passent & precedent toutes les choses mondaines Et t’acertaine que par moy singulierement depuis le commencement du monde a esté est et sera gouverné tout l’univers et fondé sur moy es choses ouvrees par les hommes/ Et non obstant que grans sciences lois escriptes/ rigles de princes coustumes de terres soient en commun usage/ si te di je que precede toutes leurs poissances/ et plus puis que toutes ensemble/ et qu’il soit voir il appert par ce que non obstant ycestes coustumes ou establissemens souventes foiz/ fais errer meismes ceulx qui y sont les plus savans et les plus expers et entrer en tieulx argumens dont les conclusions sont faulces et dampnables sicomme ja est prouvé par ce qui est dit des anciens philosophes.
¶ Et pource que tu attribues en ton dit livre de la mutacion de fortune/ elle estre menarresse des antregiez des seignouries/ je te dis que de tous yces mouvemens suis le premier motif/ ne fu je celle qui tres le .ii.e aage fis a nambroth le jayant par presompcion ediffier la fort cité et tour de babiloine qui onques n’ot pareille comme ci apres sera dit/ si le fis errer tant qu’il dechut de l’atainte de sa pensee/ apres ce temps comme je fusse fort fichee ou cuer du roy de ninive par moy mettre a effaict/ ne vint il a chief de prendre la dicte fort cité de babiloine/ la quelle sa femme semiramis par moy et mon industrie moyennant son chevalereux courage fist ancores enforcir et brayer de bons fossez et bastides.
¶ Item apres ce lonc temps ne donnay je cuer a cirus de guerroyer astiagies son ayol qui a occire l’avoit commandé si me poursuivi tant que il avint a son entente de ce et de tout oryant qu’il conquesta/ et pour ce que la matiere en est belle ancore diray de sa conqueste/ Comme je donnasse cuer et hardement a Cirus de emprendre fortes choses ce meismes recite abacut en sa prophecie Il prist la dicte cité de babiloine la quelle prise fust tant merveillable que ainsi comme dit Orose & saint augustin a peine pout il lors estre creu que par vertu humaine fust conquestee ne qu’en ceste mortelle vie ediffiee et puis prise peut estre. Car si qu’il dit elle estoit en bel espace assise de toutes pars tres fort en sa disposicion façonnee en quarrure/ la haultece de ses murs estoit.l. coubdes/ et l’espesseur autant par .iiii. fois/ tous les murs estoient de pierre cuite enlaciez par cyment/ et avoit cent portes d’arain/ et environnoit.CCCC.lxxx. estades qui valent.li. milles C’est assavoir.xxv. lieues et demie françoises/ Car sicomme raconte orose Comme Cirus eust conquis auques tout orient & voulsist subjuguer babiloine la quelle lui restoit Comme a un des assaulx que il fist il perdist ou fleuve de euffrates qui cignoit la cité de ses chevaliers/ cellui que il amoit le plus/ le quel aussi surmontoit tous les autres en valeur et proece/ Il jura que cellui fleuve le quel avoit noyé si vaillant chevalier deviseroit en tant de parties que nulle part de lui ne seroit si grant que a une petite femme venist aux genoulx/ et ainsi fu car en.CCCC. &.lx. ruisseaulx par force d’ommes en l’espace des champs il devisa le fleuve/ si que le tres noble fleuve qui passoit par dedens la cité osté et subtrait de elle/ fu subjuguee/ et prise.
Encore de ce mesmes & des seignouries.
Pour briefté je laisse infinies autres choses lesquelles ay faites faire pendant ce temps & meismes celles que tu imputes a fortune/ ne vindrent de moy/ Les premieres invencions des fais que ains leur achevement vy en pensees/ non obstant que souvent les veoye autrement qu’ilz n’avenoient de tous les fais des conquereurs passez.
¶ Ne fis je apres autres aventures passees/ a croire au roy xerses qu’il conquerroit toute grece en lui ramentevant sa grant poissance/ Dont pour ce faire assembla tant de gent que mons et vaulx en estoient couvers/ Si avoye couleur de jugier pour lui la victoire/ mais comme fortune me soit souvent contraire/ par especial en fais de guerres et es choses avenir/ je confesse que elle voluntairement donna la victoire aux grieux tresbuchant cellui poissant es las de maleurté sicomme toy meismes as autres foiz apres autres aucteurs recordé en tes volumes Toute foiz non obstant que a lui fusse mençongiere et decevable fis je la premiere naiscence de celle emprise.
¶ Apres ce temps par moy et par mon amonnestement furent commenciees et continuees les grans guerres troyennes/ Ne fis je a croire a leomedon roy de la premiere troye que les gregois dessendus a son port/ quant aloient pour querir la toison d’or estoient venus pour espier sa terre et lui pourchacier dommage/ et par moy sans cause envoya congeer de sa terre jason hercules et les autres barons villainement/ pour le quel despit je me mis ferme ou cuer des dis barons et leur promis que bien s’en vengeroient comme ilz si firent apres/ car je fus simple et nice ou dit roy leomedon qui follement me crut et mal se gaita de yceulx gregois en qui je fus sage et vraye/ si que sagement menerent leur fait par l’ayde et disposicion de fortune conduisaresse de leur bon eur/ si que toute destruirent et ardirent la cité/ le roy occirent et toute la gent.
¶ Apres ne fis je a priant filz leomedon rediffier la seconde troye qui tant fu belle fort et poissant que merveilles estoit a comprendre/ par moy apres entreprist la vengence sur les grieux Si fis aler paaris en grece et ravir helayne et tout faire ce qui en fu fait/ Et par mes amonnestemens avec l’ayde ou nuisance de fortune perdoient troyens et gaignoient Je fus cause de la mort hector/ car je lui faisoie a croire que il n’avoit garde d’achiles qui sans cesser le gaittoit/ si que au derrain l’occist/ Semblablement depuis deceu je achilles tant que il cheut es las de la royne Ecuba qui a bonne cause le hayoit/ tout pour moy et par mon pourchas fu au derrain troye prise et destruite/ De la quelle fis apres partir plusieurs barons du sanc real a tout grant foison de gent qui par mer s’espandirent en diverses contrees dont eneas et sa compagnie arriva en ytale si lui fis couvoiter la fille du roy latin/ et pour celle cause emprendre guerre a turnus qui lui chalengioit Dont d’icellui eneas venu a son entente deffendirent puis les fondeurs de romme.
Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire.
Depuis ensuivant n’ay je esté celle qui les successeurs de yceulx ay amonnestez d’emprendre les grandes et merveilleuses choses/ lesquelles par l’ayde de fortune a eulx propice/ tant esploitierent et par leur travail ayde et sens en lonc espace de temps que ilz conquesterent le monde Sicomme les histoires de leurs gestes/ et toy meismes apres autres en ton dit livre de mutacion de fortune le recordes/ le recitent/ si n’est besoing de plus en faire longue narracion.
¶ Aussi ne fus je celle qui au grant Alixandre tres sa jonesce donnay l’invension d’emprendre les fortes et fieres batailles en lui promettant fortune en son ayde qu’il seigneuriroit sicomme il vint puis a chief de tout le monde/ Semblablement devant et apres ensuivant de toutes conquestes et seigneuries/ et toutes estranges choses mettre a effaict des choses a l’aventure par propos deliberé/ ay esté moyen et principe/ ce ne me peus tu nyer/ se tu ancores par grosseur d’entendement ne m’ignores/ qu’en dis tu me suis je assez magnifestee/ me cognois tu/ et moy a elle/ dame dites ancore. A quoy veulx tu que plus je dye. Ne vois tu l’experience de moy manifeste meismes chacun jour ou pays ou tu demeures par les debas que je fais par mi la ville et en toutes places/ Regardes et avises quieulx descors/ mais meismement entre les princes qui sont d’un sanc et amis naturellement par les diversitez de moy qui suis contraire en eulx le fois devenir comme ennemis maintefoiz et en chacun suis si afferme contrairement en ce qui lui semble bon que l’en ne me peut desmouvoir Car chacun dit que il a droit et ainsi le veult soustenir et a discuter leurs raisons ne vois tu les assemblees qui en sont faites de plusieurs que on dit sages et a chacun pour soy de ses aderés qui different les uns des autres/ Lesquelles choses sont causes de grant inconvenient/ car en pays royaume/ empire ou cité ou je soie ou aye esté communement de plusieurs guises contraires & mal accordables/ ne fu que rebellion et grant debat commocion et bataille ne fust/ ne autrement ne peut estre Car certes la ou je ne suis d’un commun accord/ n’ara ja paix/ mais du tort ou droit d’entre lesdiz princes supperieurs je me tais/ Car de ce determiner n’est mie mon office qui tous jours suis en doubte et non certaine/ mais de ce demander couvendroit a la