SigPhi · Christine de Pizan

L'avision de Christine (French)

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tres clere resplandissant poissant deesse que tu veis enclose en chartre et emprisonnee & de qui fraude s’estudie a estoupper et clorre les voyes de sa lumiere sicomme a toy meismes fu apparant et de qui les menistres quoy que leur desplaise n’osent soubz peine d’estre batus tinter ne lever l’ueil/ mais de leurs descors fois je sourdre par toutes places nouveaulx debas entre leurs ministres et aderez et par toute la ville en deviser negativement l’un contre l’autre/ et meismes a de ceulx qui ne les cognoiscent en estranges terres en qui je me fiche diversement/ Si les fais entre batre souventes foiz/ et questionner mesmes de chose qui riens ne leur touche/ Disant l’un contre l’autre Tel seigneur a droit pour tel cause et pour tele/ L’autre replique que non/ et ainsi par non a/ si a/ si fu/ non fu/ je fais gent entre occire souventes foix meismes es tavernes souvent avient adont suis je forte quant il y a vin & plus je y abonde & fais mesler gens de la chappe a l’evesque/ ou des guerres de anthioche le quel a ou droit ou tort et ou le quel est plus sage/ ou le quel ne l’est mie/ Et ainsi je demonstre es humains leur ignorence de eulz debatre de ce de quoy riens ne scevent et ne leur appartient/ O quel folie en homme de qui le sens doit gouverner raison/ se fonder sans elle sur moy & jugier par moy certainement de chose non certaine et que ilz ignorent Que t’en diroie je fois vivre les gens par moy/ c’est a entendre disposer leurs fais selon ce que je leur conseille/ Et quant ilz pevent avenir a l’ordre de vivre que je leur fois desirer/ adont sont ilz contens de la chose que ilz vouloient/ mais je suis different en eulx/ Car je fais penser et cuider a l’un que bon lui soit/ une maniere de vivre/ et certaines choses que il appete lui sont bonnes/ que a un autre ycelles meismes ne plairoient point/ mais lui plairoient toutes contraires/ Et cestes differences viennent selon les condicions et aages des gens sicomme je suis autre es jones que je ne suis es vieulx/ et meismes es.ii. aages entre eulx suis je different/ Et pour ce que ainsi je differe suis je cause des debas du monde/ et chacun me cuide avoir en soy meilleur/ je fais sembler a un homme que avoir des flourins il n’est plus de joye Je fais sembler a un autre que avoir belles dames il n’est plus de bien/ aux uns juger que science est souveraine chose/ aux autres que chevalerie est meilleur et plus noble & ainsi des autres choses/ Et pour ce ne fu onq si parfaict pas jhesuscrist comme homme qui peut bien vivre ne estre agreable a l’oppinion de tous Toute foiz te dis je bien que vivre vertueusement & bien faire si emporte le plus des voix des gens.

Ce que l’ombre disoit des arquemistes.

Comment cuides tu que je soie comme j’ay dit fort atachee es speculatis clercs & entre les autres es arquemistes qui la science cuident trouver par les termes entendre de aucuns livres obscurs de faire l’or/ merveilles est car s’il est voir que aucuns philosophes par investiguer les secrés de nature telle art trouvassent/ la quelle chose fort semble a croire/ toutevoie tant sont couvers estrangement les textes de leurs aucteurs que bonnement le sens humain ne les scet ne mais a l’aventure concevoir/ ne sentir fors telement quellement/ mais voy ci qui deçoit les ouvrans en ycelle art que ilz dient et touchent que comme il n’apartiengne que aux ignorans ruraulx soit descouvert si noble secret/ pour le bien des soubtilz l’ont voulu si mucier que des rustiques ne leur soit tolu ne fortraict/ Et ycy est la decevance/ Car chacun qui s’i fiche cuide estre du nombre des plus soubtilz & abuse en son entendement en estudiant yceulx livres lesquieulx baillent le sens de leurs termes/ a si doubles ententes que le plus cler voyant n’i voit nulle goute mais adont je me fiche en eulx et leur fais a croire que l’asemblement des metaulx sublimez diversement comment et de quoy doivent estre mistionnez de diverses matieres et nourris en feu attaindront l’art de nature et par espace de temps sera converty en or ou argent et toute voye l’un entant la maniere du composer en une guise l’autre en un autre/ et le tiennent secret les ouvreurs sans conferir ensemble de paour que ce que ilz en croyent et la maniere de leur ouvrer peust aviser un autre de trouver la voye d’i attaindre ne jamais nul ou pou n’euvre de la guise de l’autre/ et ainsi gastent le temps et perdent et font grant mise follement par vaine esperance qui par aventure en leur erreur les reconforte pour un pou de apparance ou conjecture de aucune congelacion estrange faite par diverses mistions & feu quelque matiere dure remettre ou pouldre en eaue ou autrement cuident par ce avenir au degré ou ilz tendent lesquelles choses sont toutes frivolles/ et tournent a folies et a chetivoison et toute jour et nuit font feu contemplant un fournel/ mau peus & mau vestus se paissent de vent/ & la font chasteaulx en espaigne pensant comment il seront aise quant l’or saront faire/ et quieulx despens ilz menront/ Et que cuides tu que de tieulx arquemistes sourdent aucune fois de grans trompeurs qui cabusent les seigneurs & leur font a croire que se ilz eussent quelque mise n’est mie doubte que ilz ont ja ataint un grant secret si en tireront grant prouffit/ et ainsi par quelque apparance de verité soubtille en ycelle art monstrent signe de aucune chose voir semblable/ et au derrain tout tourne a neant comme tu as veu meismes en ton aage avenir de plusieurs de quoy il estoit grant renom/ et maintes gens foy y adjoustoient Sicomme d’un en alemaigne que on nommoit maistre bernard qui tant se faisoit renommer par l’estat que il tenoit/ et meismes a ton pere envoya il lettres/ et tant fist que trop de gens foy y adjoustoient/ et aloient de toutes pars clercs devers lui/ et toutevoye au derrain fu trouvé que tout estoit neant et tromperie/ et de autres plusieurs que tu as veus que au derrain on faisoit mourir par leurs dessertes par cabusemens faire a seigneurs/ Et avient aucune foiz que je me fiche si en eulx par la speculacion que ilz y ont trop ententive/ je les fois devenir tous fantastiques & si astras que ilz sont comme inconversables.

¶ La bonne galle est quant de aucuns folz non lettrez s’i boutent qui mieulx cuident entendre et exposer les textes des aucteurs que les plus savans & les lisent et ymaginent dessus/ et dieux scet les bonnes fantasies/ que ilz y ont sicomme un orfevre qui volt devenir arquemiste/ mais il le fu au contraire de la ou il tendoit Car or cuidoit faire et le deffist/ comme il fust riches homs et povre devint/ cellui estudiant un chapitre entendi que mercure c’est a savoir un metal que ainsi ilz nomment estoit la matiere ouvrable de la science Et comme il passast oultre tousjours lisant de rechief entendi que la cause de la perfeccion de l’oeuvre estoit matere reputee ville/ Et que on trouvoit sur le fiens gittee sicomme chose desprisee Adont comme cestui fust fort ententif a bien speculer ceste chose que ce povoit estre Au derrain determina en soy que vrayement par ce que dit estoit/ c’est a savoir mercure que comme les aucteurs eussent baillez leurs termes obscurs/ on devoit retourner le mot/ c’est a savoir cure ton marc que il entendi par la fiente de l’omme que l’en devoit curer/ et ancore plus de ce/ le certiffia que il trouvoit que sus les fiens comme chose ville estoit trouvee/ si s’arresta sus ces poins/ et commença a ouvrer en sa fiente en la faisant secher au feu et faire pouldre et la fin en fu que il puoit comme charongne/ & chacun le fuioit et se moquoit on de lui qui cuidoit faire de fiante or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir/ un autre estoit qui cuidoit de savates faire or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir puis les bruloit/ et tant ouvra que les voisins qui empulantis en furent le chacierent.

¶ De tieulx folz est il assez ouvrans en celle science a qui n’en remaint ne mais parte de temps & povreté/ Et qu’il ne soit mie dit selon le proverbe commun que les sciences n’ont plus fors ennemis que ceulx qui les ignorent/ que elle soit vraye ou non je ne te acertaine mie/ Toutevoie je te dis sans prejudice que la difficulté d’elle par vehementes raisons que comme les oeuvres de nature soient impossibles a ataindre sophistiquement donroit cause a plusieurs des plus avisez de non y perdre temps et mise par folle occupacion/ en esperance vaine y adjoustant grant foy.

Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit.

Des nobles qui suivent les armes sont ilz point que tu cuides par moy deceus/ certes si sont souvente foiz plusieurs y a Car je les fais abuser du fait des armes par ce que ilz n’en scevent ou ne veulent savoir les propres termes lesquieulx sont tieulx. Il ne loit point a nul s’armer pour aler en bataille ne se combatre fors pour certaines causes C’est a savoir pour la loy de dieu contre les mescreans ou herites contraires a la foy/ Item pour deffendre l’eglise/ son prince/ son pays/ sa terre/ le bien publique/ le droit des ignocens/ & ses propres choses/ & autrement n’est loy qui le permette ne n’est bataille juste & sans dampnacion. Or y prens garde se de tous ceulx qui s’arment sont droiturierement ses poins gardez/ et se nulz y vont sus mauvaises querelles.

¶ Bataille que tu le saches justement faite est premise de droit divin & du droit des gens qui n’est autre chose meismes ce dit la loy/ que entencion de remettre a droit par force d’armes chose par autruy deraisonnablement contendue/ Si ne regarde de sa nature ne mes retourner droit a droit & faire convertir guerre a paix/ ne les maulx que fais y sont/ de la nature de bataille ne sont mie ains par mauvais usage acoustumé en guerre sont fais/ & que batailles en justes causes soient de dieu premises appert en plusieurs lieux de l’escripture/ sicomme il ordena a un homme nommé jhesus comment sa bataille establiroit/ et que une embuche feist pour surprendre ses ennemis/ Et de ce dient voz docteurs que dieux est vainqueur et ordeneur des batailles comme par plusieurs fois est apparu.

¶ Mais ceulx a qui je fais faire armes perilleuses & sanz raison/ et leur donne a croire que grant honneur leur sera pour l’amour de leurs dames sans visiere ou un bras nu/ ou descouvert d’aucun de leur harnois/ ou en aucun autre peril emprendre fait contre un autre a qui n’ont nul contens je les deçois/ et pareillement ceulx qui tieulx armes leur aceptent/ et a eulx se coupplent.

Ce que l’ombre disoit des gens d’armes.

Et ceulx qui donnent gage pour a oultrance en champ de bataille combatre sus aucune querelle soit droit ou tort/ je te promet en ce cas sont par moi deceus/ car vers dieu mesprennent & pechent grandement/ et te diray comment/ combatre en champ est contre droit divin qui est de dieu et de sainte escripture contre le droit des gens Le civil/ le decret/ et contre droit canon et cellui qui l’acepte/ pareillement peche La cause est que a dieu miracle ne chose contre nature on ne doit demander/ comme telle chose faire soit une maniere de tempter dieu esperant il aydera au droit/ Si ne doit/ Si ne doit estre quise de la voulenté de dieu experience/ Et que ceste espreuve soit faulse/ on a veu maintefoiz que cellui qui droit avoit estoit vaincus/ sicomme une decretale raconte de .ii. freres qui furent restez d’un crime & comme ilz fussent de celle cause vaincus en champ tout ne fussent ilz mie coulpables & apres la verité fu sceue par la confession meismes de ceulx qui le delit commis avoyent/ et pareillement de plusieurs a esté prouvé la loy deffendi que teles preuves non droitturieres plus ne fussent en usage/ Item juges sont establis pour cognoistre des causes et faire droit/ Et est loy ordenee que nul de sa propre cause ne soit juge/ Et cellui le veult estre qui prouver veult son fait par soy meismes et par sa victoire qui est soubz la distribucion de fortune/ et a l’aventure Item le droit canon commande que au pape l’en obeisse/ le quel soubz peine d’escommenie deffent comme chose reprouvee contre droit de justice/ que tele espreuve ne soit faicte Et tu me diras donques comment seront punis les mau faicteurs secrés Je te respons que dieu pour lui s’est reservee la punicion/ et dit un decret que se en ce monde tous maulx pugnis estoient/ le jugement de dieu dont point de lieu n’aroit/ et cellui presomptueusement le se veult attribuer qui la victoire de la vengence s’en veult donner.

¶ Et comment est uns homs si folz qui plain de vices et de pechiez se sent/ poson que il ait bonne querelle en aucun cas/ que il cuide que a lui pecheur dieu face miracle de la chose muciee que il quiert/ mais se il estoit sage paour devroit avoir de la pugnicion de dieu en sa juste cause/ Comme souvent aviengne & soit avenu que dieu a dissimulee vengence du pecheur ou cas ou desservi l’avoit/ et puis le pugni en chose dont estoit ignocent.

La fin de l’oroison de l’ombre.

Que dis tu souffist il t’ay je assez compté du fait de mes poissances desquelles ne pourroyes en ta vie comme autre foiz t’ay dit tous les exemples ouyr tant en y a et si divers sont/ Scez tu ancore qui je suis/ Et moy a elle dame congnoistre vous cuidasse/ mais les raisons contradictoires que me narrez/ vaciler me font en vostre cognoissance/ car se bien l’ay entendu/ tres au premier me dites que la ou verité est attainte/ ne povez arrester/ et toutevoye bien sçay et suis certaine que en maint cas m’avez pure verité ycy endroit clariffiee. Si ne sçay entendre comment ce peut estre que chose doubteuse tesmoing puisse estre de verité pure Et elle a moy fille envers le sens de ton entendement & escoutez et nottez/ Car je te promet que quoy que autrefoiz en divers cas te fusse menterresse en cestui cy t’ay je dit voir/ se bien l’entens & ne m’i contredis/ S’il te recorde de ce qu’ay dit/ c’est assavoir que cause suis moyennant estude & entendement de faire attaindre les choses vrayes/ mais bien est vray que aussitost que attaintes sont je me depars en cellui cas ne plus n’y arreste Et qu’il soit voir ainsi l’as esprouvé/ car non obstant que ces choses t’aye dictes non pas moy les t’ay certefiees mes les ses par le moyen d’estude qui raporté l’a a ton entendement/ le quel par raison est certain que ainsi soit/ pource en ces cas de toy me partiray et en lieu te remaindra certaineté/ Et par plus groz exemple ne te souvient il de moy et de ma cognoissance par les divers cas que je t’ay fait mettre en termes & faire plusieurs lectures.

¶ Ne fus je celle qui mist le debat entre les clercs disciples de maistre jehan de meun comme il s’i appellent/ Et toy sur la compillacion du rommant de la rose du quel entre vous contradictoirement escripsistes l’un a l’autre chacune partie soustenant ses raisons/ sicomme il appert par le livret qui en fu fait.

Responce de christine a l’ombre.

Adont comme mon entendement se apperceust par clere cognoissance qui estoit celle qui tant araisonnee m’avoit je dis ainsi.

¶ Ha dame oppinion poissant et forte voirement vous doy je mon bien cognoistre/ car tres m’enfance oz je vostre accointance/ Et certainement je cognois et confesse vostre auctorité estre de grant vigueur et poissance/ et quoy que vous soiez blasmee souventes foiz/ qui bien de vous use ne peut errer/ et mal/ pour cellui en qui vous n’estes saine/ mais puis que il vous a pleu de vostre grace tant m’onorer que a moy si clere evidemment vous estes magnifestee me racontant voz grans proprietez/ encore vous requier que ennuy ne vous soit de me declairier aucunes demandes Et elle a moy/ fille dis ce qu’il te plaist.

¶ Dame puis que il est ainsi que de vous vient la premiere invencion des oeuvres humaines bonnes ou malles/ rudes ou soubtilles selon la disposicion des entendemens comme dit avez/ plaise vous me certiffier se es choses par vous engendrees en moy lesquelles a mon povoir par le moyen d’estude & de tel science et entendement comme j’ay qui en mes compilacions et volumes sont declairees se en aucune chose y ay erré/ comme si sage ne soit qui aucune foiz ne erre/ Et elle a moy amie chiere soyes en paix car se ainsi estoit mieulx vouldroie tart que jamais les amender Car je te dis que non/ Tout t’ay je blasmee de ce que prerogative de honneur vols comme je ay dit devant donner a fortune et moy comme je soie princippe y oublias mais non pour tant faulte n’y a.

¶ Non obstant que par moy maint s’en debatent diversement Car les aucuns dient que clercs ou religieux les te forgent Et que de sentement de femme venir ne pourroient mais ce sont les ignorens qui ce dient/ Car ilz n’ont pas la cognoiscence des escriptures qui de tant de vaillans femmes sages et lettrees et mesmement prophetes qui ou temps passé ont esté font mencion/ Et comme nature ne soit amendrie de sa poissance/ ancore en peut estre/ les autres dient que ton stile est trop obscur/ et que on ne l’entent/ si n’est si delitable et ainsi diversement le fais aux uns louer & aux autres reprimer de loz/ comme chose quelconques estre a tous agreable soit impossible/ mais tant te dis que verité par le tesmoing de l’experience ne seuffre le blasme avoir effait sur le loz/ si te conseil que ton oeuvre tu continues comme elle soit juste Et ne te doubtes d’errer en moy/ Car tant que je seray en toy fondee sur loy/ raison & vray sentement tu ne mesprendras es fondacions de tes oeuvres/ es choses plus voir semblables non obstant de plusieurs les divers jugemens/ les uns par moy simplement/ les autres par envie/ Car je t’acertaine que quant elle et moy sommes ensemble adont se font les tres faulx jugemens ne il n’est si bon qui y soit espargné/ et adont suis je perilleuse quant envie me gouverne/ si faisons la personne avuglee es autruy choses et en son meismes fait qui en soy nous a si lui rongnons le cuer/ ne reposer ne la laissons/ et vouloir lui donnons de faire maint maulx qui accomplis sont aucune foiz/ & mal est gouverné cil qui chiet entre noz mains ja si bon ne sera ne si poissant.

¶ Ne veames nous jadis les portes de romme au preus julius cesar qui tant victorieux s’en retournoit/ & au dernier tant pourchaçames que il fu occis/ Assez de teles en avons faites/ ne il n’est si sage qui garder s’en sache/ Si t’ay assez narré de mes aventures et a tant souffise/ Car parce que je donne a croire a l’un que une chose est bonne et bien faite ou que elle est vraye/ & a l’autre tout le contraire/ dont sourdent bataille et maint debas/ la prolicité de mes narracions si racontees pourroit aux lisans a ennuy tourner/ Et si te prophetise que yceste lecture sera de plusieurs tesmoignee diversement les uns sur le lengage donront leur sentence en plusieurs manieres/ diront que il n’est pas bien elegant Les autres que la composicion des materes est estrange/ et ceulx qui l’entendront en diront bien/ et le temps avenir plus en sera parlé que a ton vivant/ Car tant te dis je ancore que tu es venue en mauvais temps Car les sciences ne sont pas a present en leur reputacion ains sont comme choses hors saison/ et que il soit vray/ tu en vois peu qui a celle cause soient en la maison de fortune sus haulciez.

¶ Mais apres ta mort vendra le prince plain de valour et sagece qui par la relacion de tes volumes desirera tes jours avoir esté de son temps et par grant desir souhaidera t’avoir veue Si me suis a toy descripte/ Or diffinis de moy ce que il t’en semble.

¶ Et moy a elle dame comme la descripcion de vous meismes/ m’en appreigne la diffinitive. Je dis que comme parfaictement/ ore vous cognoisce/ que vous voirement estes de ignorence fille adhesion a une partie en doubtant tous jours de l’autre/ Et de ce je m’avise ce que de vous dit aristote ou premier livre de posteres que cellui qui vous a doubté tous jours que autrement puist estre que ce que il pense/ comme vous soiés non certaine/ Et saint bernard dit aussi ou.v.e chapitre de consideracion que vous estes ambiguë et povez estre deceue/ Si dis et conclus que vous estes adhesion a une partie/ la quelle adhesion est causee de l’aparance de aucune raison prouvable soit que l’oppinant ait doubte de l’autre partie soit que non/ de vostre poissance je dis que pour l’ignorence qui est es hommes que par vous est plus le monde gouverné que par grant savoir.

Explicit la.ii.e partie du livre de l’avision christine.

Ci commence la tierce partie du livre de christine/ le quel parle/ de confort de philosophie.

Es escolles dessus dictes apres ces choses comme je traçasse de lieu en lieu/ cerchiant divers estudes fus convoyee par maintes chambres et haulteces de pluseurs degrez/ Et comme les passages et destrois des diz degrez fussent penibles et difficiles a ceulx qui acquerir et posseder les vouloient a qui ne fust souffert se trouvé souffisant ne fussent a moy qui transitoirement estoie errant par yceulx assez legiere fu la voye/ Et tout ainsi comme a un estrangier voyageur lyement souventes foiz sont monstrez et ouvers les tresors des princes par ou ilz passent affin que ilz voyent la magnificence et richece de yceulx si que recorder le puissent en leur pays/ fus paisiblement & sans grant dangier menee par toutes les places des dictes estudes/ Et de raconter la beauté et tresors que je y vi/ me passe pour briefté/ mais tant en di que avec la beauté inextimable qui m’y apparu/ la soubtilleté des divers ouvrages comment furent fais ouvrez et tissus et de quieulx matieres mon entendement n’estoit digne de concevoir ne comprendre ne partir ne m’en povoie de plus hault monter pour veoir diverses beautez fu souffisant seulement mon bon desir et amour a m’empetrer lieu et licence de plus savoir ainsi convoyee par la segretaine de philosophie abbesse et superieure de ycellui couvent/ fus pourmenee par tous les estages de toutes beautez et bonnes choses remplis et combles/ Et comme ancore plus de grace receusse de ycelle noble conduisaresse de sa liberalité & plaine largece me donna congié de hardiement mettre la main/ et prendre tant comme porter pourroie des tresors de ces coffres Et je de ce non reffusant comme couvoiteuse de en enrichir en la merciant me baissé pour mon giron en emplir/ mais comme trop pesant fussent a mon corps femenin et foible selon mon grant desir/ petit en emportay/ et non si peu que je le donnasse pour quelconques autre tresor ou richece.

¶ Ainsi convoyee fus menee tout au plus hault sommeton ou quel avoit situee une tres belle sale clere luisant et de fines couleurs/ tres richement painte ou furent pourtraictes toutes sciences et leur deppendances au tour des parois et tout par mi la dicte sale avoit fourmes arrengees pour seoir les escoliers escoutans les leçons des maistres/ la en droit lisans en chayere qui la estoit haulte et moult bien ouvree/ moy joyeuse de estre parvenue a si bel estre m’amusoie aux riches pourtraitures vivement faites et de soubtilz ouvriers.

¶ Adont comme je voulsisse encercher de toutes choses avisay un huissellet de yvoire moult bien ouvré le quel estoit fort cloz et barré/ ainsi comme ma veue moult ententive estoit celle part comme assez pres j’en fusse/ presumant par les congectures que je veoie/ que grant tresor encloz la devoit avoir reputant eureux l’entendement a qui la cognoiscence en seroit donnee desiroie que tel digneté fust a moy descouverte/ Lors si que je estoie en ce penser ouy la dedens moult grant remuement & diverses voix femenines de doulce et soueve parolle/ tost apres ouy barres tyrer clefs tourner et le dit huissellet desverrouller/ adont comme je fouisse celle part pour tost estre preste sans ressongner presompcion ou mesprenture a me ficher ens/ oz le visage tout au plus pres/ mais aussi comme je avoie esté joyeuse esperant celle ouverture fus a l’ouvrir autant esmerveillee et remplie d’espoventement Car si tost que ouvert fu une si tres grant lumiere me feri en la face et es yeulx que cuiday de tous poins estre avuglee par quoy de paour et de la merveille cheus sur le sueil de l’uis pasmee me repentant d’estre si hault montee/ adont comme ancore a terre fusse gisant/ ycy une voix femenine de ce pourpris haulte sonnant mais non espoventable ne orrible/ ainçois doulce belle et tres gracieuse/ mais ainsi que se auques loings de moy fust je la ouoye/ la quelle m’appella par mon nom disant mon ancelle tres loyalle lieves sus et ne te espoventes Car l’amour que as a moy et le desir qui te maine en suppleant ton ignorence te sera valable/ adont moy resjouye doublement/ c’est a savoir de ce que voix de dame tres venerable me sembloit m’appelloit Et secondement que saroye partie de ce que desiroye me ravigora et tres fort esjouy/ Lors de rechief comme desireuse de choisir a l’ueil la beauté merveilleuse qui m’aparoit estre ou lieu dont sailloit telle clarté/ adreçay ma veue de plain visage/ tout par mi le dit huissellet/ mais tout ainsi comme quant par mi le ray du souleil on regarde contremont ou ciel il semble veoir en l’espere luisant un visage si cler que l’ueil humain ne le peut souffrir/ semblablement la vi une tele tresluisent espere que toute la chambre emplissoit de tres grant resplandeur/ Et environ celle espere avoit.ix. dames luisantes comme estoilles desquelles je avoie cognoiscence que establies estoient pour elle servir et moult me sembloient de grant reverence si baissay incontinent ma veue ja toute esblouye metant ma main au devant dis ainsi/ Tres haulte et tres noble creature de la quelle la cognoissance m’est occulte/ puis que il vous plaist tant m’onorer que vostre servante & ancelle me daignez appeller/ plaise vous me certiffier donques la proprieté de vous ma venerable maistresse/ Et elle a moy ma mechinete saches que non obstant que tes yeulx foibles ne me puissent clerement veoir pour leur grosseur/ que je suis celle qui nuement et visiblement s’aparu ou temps de l’exil/ et de sa tribulacion/ a mon chier ame filz boece le tres sollempnel philosophe/ le quel par mes confors je garday de mort et de langueur desesperee.

Ce que christine dit a philosophie.

Quant j’oz ainsi ouy parler la tres venerable deesse par les quelles paroles et enseignes elle me fu manifeste/ adont a.ii. genoulz je me gitay ainsi disant/ o tres glorieuse sapience de la quelle toutes cognoissances despendent tant de bon cuer remercy dieu et toy qui tant benignement m’as fait digne de ton accointance/ et n’as eu orreur de moy femme ignorent non digne de descoudre les lassemens de ta chaussemente/ ains comme maistrece tres amiable/ m’as a toy appellee/ la quelle humilité me certefie que tu ne refuseras a moy ta chamberiere des petites mietes de ton relief souffisans pour sa nourriture Car comme tu eusses nourry du laict de tes mamelles et de tes precieux mets ton tres amé filz dessusdit qui tant t’onora et ama ne l’oublias pas ou temps de sa grant neccessité/ et pareillement plusieurs autres de tes enfans/ semblablement je suppose que moy ta serville mercenaire que tu as nourrie des demourans des grosses viandes de tes tables tu n’oublieras ains donras remede reconfortant les navreures de ses infortunees adversitez/ car pour celle cause croy que dieu saint esperit pere des povres & leur vray administrateur m’a conduite au terme de ta cognoissance Sicomme il scet les pesanteurs de mes perplexitez/ aux quelles reconfort ne m’est presenté par les humains de nulle part/ Et comme assez soyent de moy celees et couvertes mes dictes aversitez et non revellees aux mondains ainçois tres muciees pour cause que par aventure eulx non charitables tourneroient les complaintes de mes neccessitez a derrision & despris/ sans que aucun fruit donnant alegence m’en ensuivist/ Et pource a toy celestielle cognoissance sepparee des viltez de ça jus/ et vraye phisicienne essoreray et esventeray les complaintes de mes pensees/ confiant que ta clemence n’ara a despris l’umble voix de sa servante/ et amenistreras reparacion a la ruyne de mon espoir/ rué jus par les soufflemens de fortune en la quelle hayne ay esté tres mon enfance diversement non obstant que souvent m’ait monstré son cler visage/ mais quant resjouir m’i cuidoye moult tost le couvroit de s’obscure nue.

La complainte de christine a philosophie.

Reverend dame/ obeissance en facondede predite a ta serinité ne te tourt a ennuy la narracion de mes aventures pour le procés de leur prolixité/ et te plaise daigner estendre l’ayde de ton conseil au secours de la chetivoison de mes pensees O dame chiere maistrece vueilles notter comment fortune la variable/ m’a tous jours esté comme dit est tres amere marrastre Considerant tres l’estre de mon enfance/ Car comme je fusse nee de nobles parens ou pays d’ytalye en la cité de venise en la quelle mon pere nez de boulongne la grace ou je fus puis nourrie/ ala espouser ma mere qui nee en estoit par l’acointance que mon dit pere avoit de lonc temps devant a mon ayol/ clerc licencié et docteur né/ de la ville de fourly/ et gradué a l’estude de boulongne la grace qui salarié conseiller de la dicte cité ou je nasqui estoit a cause du quel parenté mon dit pere ot la cognoissance des veneciens/ et fu pour la souffisance et auctorité de sa science retenu semblablement conseiller salarié de la dicte cité de venise en la quelle fu un temps resident a grant honneur richeces et gaings.

¶ Or me dis ne fu ce pas fortune qui en ce temps assez tost apres ma nativité fist mon dit pere pour certaines besongnes et ses possessions viseter se transporter en la dicte cité de boulongne la grace/ En la quelle lui vint tantost nouvelles & certains messages tout en un temps de.ii. tres excellens roys lesquieulx pour la grant fame de l’auctorité de sa science le mandoient priant et prommettant grans salaires et emolumens chacun endroit soy que vers lui voulsist aler/ dont l’un estoit le souverain des roys chrestiens le roy de france Charles le sage quint de cellui nom/ Et l’autre fu le roy de honguerie/ cellui au quel pour sa desserte et merite est demouré apres lui tel nom que on le dit le bon roy de honguerye.

¶ Adont comme la souffisance de ces ambassaderies pour la reverence de la digneté des diz princes ne fust a mettre arriere/ delibera mon dit pere a obeir a l’une des parties/ c’est assavoir comme au plus digne/ et aussi le desir de veoir les estudes de paris et la haultece de la court françoise/ venir vers le dit roy de france esperant transitoirement veoir le roy/ obeir a ses commandemens/ et viseter les dis estudes l’espace d’un an puis s’en tourner vers sa femme & famille/ la quelle il ordena demourer sus ces possessions et heritages a boulongne la grace/ Et toutes ces dites choses faites & ordenees avec la licence de la dicte seignourie de venise se party & vint en france/ ou quel lieu fu du dit sage roy Charles tres grandement receus et honorez/ et tost apres l’experience veue de son savoir & science l’establi son conseiller tres especial privé et chier tenu/ le quel lui fu tant agreable que du partir au chief de l’an ne pot avoir licence ains volt a toutes fins le dit roy que grandement a ses cousts et frais envoyast querir sa femme enfans & famille pour user a tous jours leur vie en france pres de soy/ en promettant possessions rentes/ et pensions pour tenir honorablement leur estat/ neant moins comme mon dit pere en esperant tous jours le retour retardast ceste chose pres de l’espace de.iii. ans/ en la fin couvint que fait fust/ Et ainsi comme dit est fu fait le transport de nous de ytalie en france/ grandement fu receue la femme et enfans de ton amé philosophe maistre thomas mon dit pere arrivé a paris lesquieulx le tresbenigne bon sage roy volt veoir et recevoir joyeusement/ la quelle chose fu faite tost apres leur venue a tout leurs abis lombars riches d’aournemens et d’atour selon l’usage des femmes et enfans d’estat/ ou chastel du louvre a paris ou mois de dessembre/ estoit le dit roy lors que la presentacion du dit mesnage a belle et honorable compaignie de parens fu a ses yeulx magnifesté/ la quelle femme et famille a tres grant joye et offre il receut.

Dit christine de ses bonnes fortunes.

Moult nous fu fortune favorable le temps durant de la vie du sus dit bon sage roy charles/ Et avec les autres gloires des prosperitez receues/ en joyeuse plantureuse et paisible vie/ en mariage/ comme ce soit naturel joye/ a tout loyal serviteur veoir la prosperité de son bon maistre la dieu merci puis le temps de la venue de mon dit pere au service du roy gouverné en partie mesmement en ses guerres par l’administracion de son sage conseil selon la science de astrologie crut & augmenta de mieulx en mieulx la valeur de ses prosperitez recevant plusieurs victoires et conquestes sus ses ennemis/ et que ces choses soient vrayes je m’en rapporte aux vivans princes & autres ancore de ce temps qui ce scevent/ le quel dit bien du prince estoit le comble de la joye de son sus dit feal serviteur/ non obstant que a l’usage des philosophes fust nulle l’espargne de la peccune/ et avoir de mon dit pere/ la quelle chose sauve sa reverence je ne repute mie louable en l’estat des mariez soubz la quelle main doit estre la cure de leur maisnage souffreteux apres eulx peut estre a cause de leur prodigalité/ toute voye non obstant la liberalité de ses coustumes la pourveance du bon roy ne laissoit a l’ostel de son amé deffaillir nulles choses neccessaires.

¶ A venir au point de mes fortunes le temps vint que ja approchoie l’aage ou quel on seult les filles assener de mari tout fusse je ancores assez jeunette non obstant que par chevaliers autres nobles & riches clercs fusse de plusieurs demandee et ceste verité ne soit de nul reputee ventence/ Car l’auctorité de l’onneur et grant amour que le roy a mon pere demonstroit estoit de ce cause non mie ma valeur/ comme mon dit pere reputast cellui plus valable qui le plus science avec bonnes meurs avoit/ ainsi un jone escolier gradué bien né et de nobles parens de picardie de qui les vertus passoient la richece/ a cellui que il reputa comme propre filz je fus donnee/ En ce cas ne me plains je de fortune/ car a droit eslire en toutes couvenables graces sicomme autre foiz ay dit a mon gré mieulx ne voulsisse cellui pour sa souffisance tost apres nostre sus dit bon prince qui l’ot agreable lui donna l’office comme il fust vaquant de notaire et son secretaire a bourses & a gages et retint de sa court tres amé serviteur.

Entre a parler christine de ses males fortunes.

Ainsi dura celle prosperité par plusieurs annees/ mais comme la dicte fortune se montrast envieuse de noz gloires volt restraindre la source dont ilz venoient/ Et ne fu ce pas par elle voirement chiere maistresse qu’a cestui royaume fu procuré le grief dommage du quel malement se senti le mesnage de maistre thomas ce fu lors que le tresbon sage prince non pas envielli par cours de nature mais en assez jeune aage comme de .xliiii. ans chut en maladie assez brieve dont il trespassa. helas voirement souvent avient que choses bonnes petit durent/ Car ancore au jour d’uy se a dieu plust avoir laissié durer sa vie neccessaire a cestui royaume du quel le gouvernement & estat malement est ores de cellui de lors different/ ne fust trop enviellis/ Or fu la porte ouverte de noz infortunes/ et moy estant ancore assez jeunette y fus entree Et comme ce soit de commune coustume des poissans hommes close la bouche