¶ Et que de ces choses dis voir dieu qui proprement est toy & toy qui proprement est lui le savez. Si reviens a ce que devant est dit que comme fortune m’a contraire ades continue par tieulx molestes qui ne sont a cuer femenin & foible pas petites plus me grieve l’empeschement que a l’estude par ses occupacions me fait qui mainte foiz troublent si ma fantasie que ne peut vaquer l’entendement au bien qui lui delite/ tant est ofusqué par ses dures pointures/ que ne fait le fait du mal que j’en seuffre.
Respont philosophie a cristine.
Quant ainsi je oz toutes mes raisons finees je me teus quoye/ adont la excellent deesse parla ainsi que se semblant feist de sousrire/ tout ainsi que fait un sage quant les raisons du simple lui sont presentes/ mais non pourtant mon ignorence ne me toli l’aisance de sa digne parolle/ qui ainsi me dist Certes amie a tes parolles cognoiz comment folle faveur te deçoit es jugemens de ton meismes estat/ O creature avuglee qui attribues a male fortune les dons de dieu et son propre galice dont il t’abeuvre/ Et pour quoy te plains tu par ingratitude des biens que as receus/ et certes moult est perverti l’estommac qui propice viande reçoit/ & la convertist dalmagiablement a sa nourriture/ Et ou est doncques le sens de ton entendement qui ne cognoist ce qui lui est prouffitable/ et que tu es deceue te prouveray par pratique de groz exemple tout ainsi comme l’expert medecin qui considere la faculté de la nature & compleccion de son pacient & selon sa force ou foiblece lui donne purgatoire et medicine/ ainsi useray en toy de regime tenue et legier pour la foiblece de l’estomac de ton entendement a qui choses pesantes et ponderans teles ou semblables que jadis donnay a mon amé boece sicomme en son livre as trouvé seroyent fortes a digerer et convertir a la sustentacion de ta neccessité/ Et pource comme exemples ruraulx soient aux simples cause de plus legierement comprendre les fourmes des choses par celle voye sus fondement de sainte escripture la plus seure/ te ramenray se je puis a vraye cognoiscence de ton tort.
Belle amie par ce que comprendre puis en ton fait moult te plains et tiens mal contempt de fortune que tu dis estre et avoir esté ja lonc temps ennemie de ta prosperité/ & que tres lors que en france conduisi tes parens & toy avec eulx ourdi le las de tribulacion ou conduire te vouloit/ Et puis les autres aventures tu dis estre venues a ton grant grief aux quelles choses non a toutes particulierement/ Car n’en est besoing/ mais assez servira pour chacune ma general responce te monstreray ta vehemente folie & la descongnoissance qui te deçoit en ceste partie/ et te destourne d’aviser le vray de ton fait/ avises un pou en toy meismes les grans persecucions & mortieulx inconveniens qui ont puis esté & ancore sont comme il ne puisse estre en paix/ ou pays dont tu es nee/ et penses a certes se dieu te fist point grant grace non obstant que t’en plaignes de oster toy et les tiens de entre les flames de ceulx qui se bruslent/ cuides tu par ta foy que eschappee en fusses jusques au jour d’uy sans ta part avoir du mal/ ou sur toy/ ou le veant avoir a de tes amis Car meismes par de ça as tu plouré de tes charnelz qui s’en sont sentus/ mais apres je me ry de ta niceté qui attribues a la poissance de fortune la mort et trespas de creature humaine/ sicomme tu dis du roy Charles & de tes autres amis/ et ce qui est ou secret de dieu escript qui toutes choses dispose & gouverne a son bon plaisir/ C’est a savoir la fin et terme de vie humaine/ Il semble que vueilles appliquer a aventure/ quant tu dis que fortune t’en despoullia Tout ainsi comme se autre chose ne eust afaire fors soy occuper pour tes nuisances/ Et scez tu la cause qui te meut a tieulx ymaginacions/ c’est la trop grant faveur et tendreur que as a toy meismes & a l’aise de tes plaisirs qui te fait tout ce qui avient contre ce que vouldroyes attribuer au propos de ce que tu ymagines/ Car quant est de la mort du roy et aussi des autres dieu les avoit ordenez a ce terme pour le meilleur comme toutes choses ainsi le face/ & se le mieulx fust les laisser fait le eust Et des jugemens de dieu quoy que ilz vous semblent merveilleux n’est pas en vous deu discuter en hardies parolles/ car comme il soit tout sapient/ scet bien que il fait.
¶ Et des autres adversitez dont tu te plains resembles l’enfant trop mignot qui se deult du petit coup de la verge que son pere lui donne/ et ne scet cognoistre le bien que il lui fait/ ainsi certes te plains sanz cause Car ne scez adroit que sont tribulacions/ & en ce monstres que tu es femme tendre fresle et pou souffrant qui de pou se scent/ Et ce te prouveray je par raison cy apres.
Le reconfort de philosophie.
Toy qui te plains pour un pou de tribulacions se elles te sont survenues tout ainsi comme se dieu fust plus tenus a toy que a un autre/ Avises en toy meismes que pevent dire plusieurs bonnes personnes et christiens comme toy qui par estranges fortunes n’ont pas seulement perdu tous leurs biens temporelz mais leur membres dont sont mahaignez par longue maladie/ et par survenue aventure/ et en autres cas divers tourmentez en esperit ou en leurs corps/ Et ancore avec ce en tel povreté que ilz n’ont lieu propre ne chose pour eulx couvrir ne leur lasse vie repaistre se ilz ne se vont traisnant par entre vous a grant peine/ cerchant voz aumosnes ou souvent treuvent pou de pitié que dirons nous de ceulx la/ ou des autres qui ont diverses grandes tribulacions en maintes guises que ilz sont mal eureux infortunez et de dieu haÿs/ nennil nennil/ Ce n’est mie selon les sentences de noz loys qui sont l’euvangile/ ains dirons que beneurez sont tout ainsi comme dieu le dit lui meismes d’yceulz et des paciens.
¶ _Beati pauperes quoniam ipsorum est regnum celorum/ beati pacifici quoniam filii dei vocabuntur._ ¶ Si dis que tu juges follement Car ne sont pas infortunez au regart des distribucions justes de dieu les plus persecutez ains sont les plus beneurez en tant comme plus s’approchent de la vie jhesucrist en ce monde en toute tribulacion. Pour vostre exemple. Si te dis que de tant es tu eureuse et je le te monstre se nyer ne veulx la sainte escripture/ comme tu approches aucunement a ceulx qui passent par tribulacion/ et plus eureuse fusses mais que pacience avec fust/ se plus en eusses/ car de tant seroit plus grant ton merite/ et se tu es ferme en la foy/ de la quelle chose mal fus nee se il n’est ainsi/ point ne mescroiras ce que je dis.
¶ Et a ce propos ne dit saint augustin sur le.xxi.e pseaulme Sache dist il tout homme que dieu est un medecin qui au malade pecheur baille tribulacion pour medicine a son salut non pas pour peine de sa dampnacion/ O malade pecheur quant tu reçois la medicine de dieu en tribulacion tu te deuls/ tu te plains et cryes a ton medecin il ne te escoute pas a ta voulenté mais il te escoute a ta santé.
Encore de mesmes.
Mais alons oultre pour dieu mercis savoir mon de quoy tu te peus clamer de dieu ne plaindre de fortune/ et certes par ce que il me semble en toy apperçois grant ingratitude & descognoissance quant de foison biens graces que par tant de fois t’a faites & fait chacun jour/ non pas seulement ne le remercies ains te reputes recevoir tres grant tort comme se digne fusses non pas senz plus de mieulx avoir mais toutes choses a ton souhaid/ & que il soit vray avise toy avise quans grans benefices et dons de dieu si notables toy indigne as receus/ & chacun jour fais aux quelles choses se bien penser y veulx & sagement en toy discuter tu trouveras que les adventures qui avenues au monde te sont que tu imputes a male fortune te sont propices & couvenables meismement a l’utilité de ton vivre au monde et pour ton mieulx sicomme cy apres te monstreray Mais ta sensualité te tolt vraye cognoiscence.
¶ Je avise que entre les autres prosperitez.iii. choses entre vous mondains sont que vous reputez comme les principales de voz joyes & gloires & sanz partie de ycelles.iii. ou toutes je suppose que il n’est quelconques richece qui content feist cuer d’omme/ Et qu’il n’est si grant tresor des biens de fortune que cellui a qui elles faillent ne voulsist avoir donné se il l’avoit pour posseder ycelles/ les.ii. sont hors soy & l’autre en soy meismes La premiere est estre nez de nobles parens la quelle noblece je entens des vertus/ La seconde avoir corps sanz nulle defformité et assez plaisant saintif et non maladis/ mais bien complexionné et de competant discrecion & entendement/ La tierce joye qui n’est mie petite avoir enfans beaulx et gracieux au monde de bonne discrecion et de bonnes meurs et craignans dieu/ O femme avises ton ingratitude/ Es tu donques exaussie de celles belles graces avec maintes autres que dieu t’a donnees/ il semble que oublié ayes comment il t’est quant si meseureuse te reputes Est il femme au jour de huy que tu cognoisces plus glorieuse de parens que tu es/ ne te souvient il de la digneté de nostre noble philosophe ton pere qui de noz estudes tant estoit familier que nous seyons en la chayere avecques lui devisant de noz secrés et pour l’acointance de nostre industrie fu en son temps repputé le suppellatif en noz sciences speculatives/ & avec ce vray catholique comme tous jours & a sa fin paru/ et vertueux que je m’en rapporte a toy que plus prises seulement & plus te prouffite la rumignacion de son savoir qui demouree t’est que quelconques avoir non obstant que t’en plaignes que il te peust avoir laissié/ penses se contente de ce bien te dois tenir/ Que diray je de ta tres noble mere scez tu point de femme plus vertueuse/ remembre toy depuis sa jonece jusques au jour d’ui se vie contemplative constamment ou service de dieu quelque occupacion que elle onques eust l’a nul jour laissiee je croy que non/ O quel noble femme comme sa vie est glorieuse comme de celle que nulle tribulacion onques ne suppedita ne brisa par impacience son tres bon courage/ & quel exemple de vivre en toute vertu pour toy/ se tu bien t’i mires/ avises combien grant grace dieu te fait ancore avec tout de si noble mere laisser vivre en ta compaignie en sa viellece plaine de tant de vertu/ & quantes foix elle t’a reconfortee & menee de tes impaciences a cognoistre ton dieu/ Et se tu te plains que peine seuffre ton cuer pour ce que vers elle te semble ne peus faire comme il appartient je te dis/ ce vouloir avec la pacience est meritoire a toy et a elle/ et de elle sanz faille la digne conversacion & vie esleue l’a fait estre clere entre les femmes c’est chose nottoire et tres beneuree Item quant au.ii.e/ en tes biens ne t’a par ta foy dieu donné corps fort assez & bien compleccionné selon ta qualité lui en peus tu rien demander/ se tu ne varies/ si gardes que de tel entendement que il y a mis/ bien en uses/ ou se non/ mieulx te vaulsist moins avoir sceu/ Ce qui touche a la.iii.e joye/ n’as tu enfans beaulx gracieux & de bon sens/ ton premier fruit qui est une fille donnee a dieu et a son service/ rendue par inspiracion divine de sa pure voulenté & oultre ton gré en l’eglise et noble religion de dames a poissi/ ou elle en fleur de jonece et tres grant beauté se porte tant notablement en vie contemplative et devocion/ que la joye de la relacion de sa belle vie souventes foiz te rent grant reconfort/ et quant de elle meismes tu reçois les tres doulces et devotes lettres/ discretes et sages que elle t’envoye pour ta consolacion es quelles elle jeunette et ignocente te induit et amonneste a haÿr le monde et despriser prosperité.
¶ N’as tu un filz aussi bel et gracieux et bien moriginez/ et tel/ que de sa jonece qui ne passe.xx. ans du temps que il a estudié en noz premieres sciences en gramaire on ne trouveroit ne rethorique et poetique lengage naturellement a lui propice gaires plus apte et plus soubtil que il est avec le bel entendement & autre bonne intiquative que il a/ et que je ne mente es choses dictes assez sont magnifestes si que chacun le peut veoir/ non pas le te dis pour toy induire a vaine gloire/ mais affin que graces rendes a cil dont tout bien vient qui t’a donné les diz biens & mains autres/ & lesquieulx fortune ne donne mie/ mais lui de sa pure grace especiale a qui il lui plaist.
¶ Des autres complaintes que tu fais de tes amis germains que tu ne vois et qui de toy sont loings/ je ne fais compte Car comme ce monde ci ne soit que un trespas dois esperer que par les prieres de la bonne mere et la preudommie de eulx serés par la misericorde de dieu conduis en la cité de joye c’est la sus ou ciel ou se dieu plait vous entre verrés perpetuellement.
Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint.
De ce que ton mari en jone aage mort te toli dont tu te plains je te dy que dieu ne te fist nul tort quant son serf pour mettre en plus hault degré volt ravoir/ et lui plut que tu demourasses en la vallee de tribulacion pour esprouver ta pacience et pour toy affiner en vertu/ Sicomme dit saint augustin sur le.lx.e pseaulme que en une meisme fournase la paelle art & l’or se purge/ la paelle tourne toute en cendre/ & l’or de toute escume et ordure se nettoye/ Et que est a entendre la fournase doulce amie scez tu/ c’est le monde ou tu es/ la paelle/ Ce sont les mau prouffitans/ l’or/ ce sont les justes/ le feu/ de toy/ il te doit plaire/ ou il te veult mettre tu le dois vouloir/ tu as commandement de endurer il a l’office de purger/ et combien que la paele arde en ce feu/ c’est la douleur que tu sens/ toutevoye se tu es sage tu t’y purges comme l’or.
¶ Et ancore avec tout ce que le mieulx ait esté pour toy/ et au prouffit de ton sens le te monstreray Il n’est ou monde plus grant bien et toy meismes pas ne le me nyeras/ que cellui qui vient de l’entendement/ & qui le parfait en savoir/ la quelle chose fait estude qui apprent science/ et experience de moult de choses/ Ces.ii. causes font la personne estre sage se faute de l’entendement ne lui tolt a ton propos il n’est mie doubte que se ton mary te eust duré jusques a ore/ l’estude tant comme tu as ne eusses frequenté Car occupacion de maisnage ne le t’eust souffert au quel bien d’estude tu te mis comme a la chose plus esleue selon ton jugement apres la vie qui est de tous poins pour les parfais c’est la contemplative/ la quelle est vraye sapience/ le quel bien d’estude je sçay que confesseras que pour tous les biens de fortune ne vouldroies quelque pou que y ayes fait ne t’i estre occuppee & que la delectacion qui tant t’en agree ne eusses Dont ne te dois tu pas tenir pour meseuree/ quant tu as entre les autres biens une des choses du monde qui plus te delite et te plaist a avoir/ C’est a savoir le doulx goust de science. Item se riche et garnie & sans tribulacion fusses demouree/ en delices te fusses nourrie/ lesquelles choses conduisent creature a plusieurs inconveniens/ Si n’eusses mie l’experience de congnoistre le monde/ et cause de tant le haÿr/ la quelle chose dieu veult/ Et par consequant ne fusses si savant/ car saches de vray que les riches que chascun agree non mie pour eulx/ mais pour le leur/ n’ont si grant cause de congnoistre les fallaces du monde ne lesquieulx sont leurs vrays amis comme ont ceulx qui les espreuvent et qui passent par adversitez Car il leur semble pour ce que le monde leur rit que il ne soit autre paradis et que il soit vray/ toy meismes as ouy mainte foiz dire a de yceulx riches/ qu’ilz vouldroient que dieu gardast son paradis et a tous jours les laissast en ce monde/ Or regarde a quel prejudice tournent les delices quant ilz ramainent la voulenté qui doit suivre raison a tele bestialité que elle ne use ne que une beste mue ne mais aux pastures basses/ & ne se lieve ne regarde a son propre lieu naturel qui est le ciel dont l’ame fourmee a l’image de dieu est venue et doit tendre a aler Et que il soit vray que les espreuves de tribulacion te soient prouffitables je me rapporte a toy que se dieu te ramenoit a un pou plus d’aise de prosperité que pour riens ne vouldroyes que tribulacion ne eusses essayee/ Or conclus en toy meismes et prens garde/ puis que ainsi est que a l’entendement & au bien de ton corps sont valables/ se a l’ame/ se bien en as usé plus sont proufitables/ Car dit saint augustin sur l’euvangile saint jehan/ Les tribulacions que dieu veult que tu ayes a souffrir en ce monde/ ce n’est pas peine de dampnacion/ ains est le flayel de correccion Et vous enfans de dieu estes appellez a l’eritage pardurable/ Et si ne daignez estre flayelez.
Encore de ce mesmes.
Apres il me semble que tu te plains Et dis que comme tu fusses choite es las de dure fortune tantost que tu fus vesve te assaillirent les mauvais par divers travaulx de plais & de plusieurs inconveniens que ilz te bastirent O ma chiere amie/ ce n’est pas de nouvel que les mauvais persecutent les ingnocens qui deffendre ne se scevent ou pevent/ mais non pourtant que ce soit a leur dampnacion/ yceulx persecuteurs/ se bien a ton utilité sceusses user des trais de leurs dars seroient les orfevres de ta couronne// Car dit saint jerome en l’epistre a ciprian que de tant comme creature humaine plus est afflicte par poissance d’ennemis & de cruauté/ et de tant plus croist la couronne de son loyer/ O folle qui plouroies par desconfort a ton foyer comme dit as ou temps de tes tribulacions/ helas & ainsi faisoies de ton prouffit ton dommage/ se par impacience estoit Car dit saint augustin/ beau filz se tu pleures gardes que ce soit soubz la correccion de dieu ton pere et non mie par impacience/ car la verge dont il te bat n’est mie punicion/ ains est signe que tu as part en son testament Car dieu t’envoioit ton mieulx et user n’en savoies Or regarde les beaulx enseignemens des sains docteurs/ car de tel viande te vueil je repaistre comme elle soit plus penetrant par aventure en ton entendement que force d’argumens ne seroit/ de quoy autre foiz usay en confort de creature humaine.
¶ Helas ne t’enseigna en ce pas ci saint gregoire ou.x.e livre de morales que tu devoies faire lors que il dit tieulx parolles/ de tant dist il/ que nous endurons pour l’amour de nostre dieu plus paciemment tribulacion de tant plus croist nostre esperance en lui/ Car la joye de retribucion pardurable ne peut estre cueillie se premierement n’est semee en affliccion/ Et escoute un beau vers de ses parolles.
¶ Les maulx qui ycy nous estraignent a aler a dieu nous contraignent.
¶ Et combien que ci devant t’aye dit/ et il est vray que cause n’eusses de si grant affliccion avoir selon le effait des choses comme tu dis que avoyes/ Toutevoyes puis que te reputoies mal eureuse tu l’estoies/ et c’estoit ce qui le te faisoit estre/ Car se toy meismes ne t’i reputasses ne le fusses mie/ Dont puis que maladie ta meismes reputacion te donnoit medicine/ Il couvient a quelque cause que le mal soit venus mais a celle fin que a de tes amies ou amis semblablement enformez/ ou a d’autres simples ou ignorens du coliege chrestien a qui ce vendra a congnoissance puisse mon remede estre valable/ le regime a garison prouffitable de tel maladie ne te sera par moy vee/ Et ancor voy que maistier en as/ et a propos que de pou te plaignisses.
¶ Escoute que dit Cassiodore sur le psaultier/ nous endurons dist il petites choses mais s’il nous souvenoit bien quel buvrage pour nous but en la croix de nostre seigneur qui a lui nous appelle/ nous avons matiere de pacience O creature se il est ainsi que tribulacion tu ayes receue ou reçoives/ Comment dieu t’a donné belle maniere de vivre se bien en scez user/ car tribulacion euvre l’oreille du cuer mainte foiz la ou mondainne prosperité la clot.
Encore de ce.
De ce que tu m’as dit/ que cheus en paroles de ce de quoy tu estoies ignocent dont tu te troubloies O chiere amie quelle gracieuse punicion dieu qui t’aime & n’est mie doubte que mainte fois l’as courroucié par divers pechiez Il te volt donner par te corriger en ce que tu n’estoies mie coulpable pour les pechiez muciez par aventure en conscience ou par effait en quelque maniere que commis avoies/ et ainsi mainte foiz le fait a creature Car en la chose dont n’est mie en coulpe la pugnist d’autres divers pechiez mais c’est grant purgacion pour cellui qui est persecutez de son innocence/ et les flaiolz des mauvais sont les instrumens de sa gloire/ Et de cessi dit saint gerome es morales ou .xx.e livre le tout poissant dist il seuffre en ce monde que les mauvais griefvent les bons/ a ce que par la forsennerie des reprouvez soit purgee de la vie des esleus/ Et n’est point a cuider que jamais dieu souffrist que les mauvais ainsi cruellement tourmentassent les non coulpables ou les bons se il ne veoit combien il leur prouffite/ Car quant les mauvais forcennent sur les non courpables Adont sont luisans les ignocens & purgiez & la perversité des mauvais plus redonde sur la perdicion de eulx O dieux et de entre vous qui passer voulez de delices en delices c’est a savoir des ayses de ce monde que vous desirez aux biens celestiaulx la quelle chose ne se peut faire.
¶ Escoutez que dit saint gregoire en une omelie quant je considere dist il job couché sus un fumier comme mesel/ Saint jehan baptiste mourant de fain en un desert/ saint pierre estendu en crois/ saint jaques decolé de herode/ Je pense comment dieu tourmentera a son jugement durement ceulx que il repreuve/ quant ycy presentement il afflict si durement ceulx que il aime et appreuve.
¶ Et entre vous mondains qui pensez en voz petites tribulacions que dieu vous ait oubliez Et que fortune vous persecute/ Pensez vous que il soit plus tenus a vous que a ses autres bons amis a qui tant laissa souffrir.
¶ Mais de ycelle souffrance escoutez que dit saint bernard en un sermon/ mes freres dist il nous sommes en ce monde ainsi comme en un champ de bataille/ Et pour ce qui ycy playez de tribulacion n’apperra ne recevra en l’autre la victoire de la couronne glorieuse/ O belle amie que cellui est sage & vray/ Bon mainnager ou celle/ qui toutes choses scet bien traire a son prouffit & bien en user soit de prosperité ou d’aversité/ mais comme les delices mondains soient plus fors a en user au prouffit de l’ame que les tribulacions nostresire pour bien de creature communement les envoie a ses mieulx amez/ Car nient plus ne lui cousteroit a envoyer prosperité que aversité/ mais soyez certaine que lui qui scet vostre fragilité le fait pour le meilleur de cil a qui l’envoye/ Car non obstant que vous en murmuriez par impacience souventes fois si estes vous plus actes en la voye de tribulacion a aler ou ciel que ceulx qui sont nourris es grans delices/ et que il soit vray se mescroire ne voulez comme heretiques les saintes escriptures & les sains docteurs moult en avez de preuves/ Car se tu me dis que fortes sont a passer les tribulacions de ce monde & que elles dueillent griement.
¶ Helas escoute a ce propos que dit crisostome sus l’euvangile saint mathieu/ se aucun dist il repute la voye de ceste vie laborieuse pour les afflictions qui y sont il accuse sa parece/ Car se aux maronniers les floz de la mer & les tempestes et les gelees de l’iver aux laboureurs/ et les playes orribles navreures aux chevaliers/ Semblent estre legeres a porter pour l’esperance du gaing/ ou de l’onneur temporelle que ilz en attendent par plus forte raison nous doivent sembler aysiees les tribulacions de ce monde pour les quelles nous est promis paradis en loyer.
¶ Ha dieux & avec tout ce pensez vous point entre vous pecheurs que ayés desservi par maintes diffames ancore trop plus grant punicion que souffisant n’est de pugnir l’aversité que vous avez/ Et quant dieu selon sa misericorde amodere et adoulcist vers vous sa justice pour un pou au regart de voz maulx vous donner a souffrir/ n’estes vous bien tenus a lui/ Et a ce propos dit pierre de ravenne en une epistre/ dieu dist il te pugnist en ce monde a ce que la peine temporelle rachate tes ardeures de la mort pardurable/ Car ainsi que les pierres ne sont mises en edefice se premierement ne sont taillees & au martel acquerries ne le grain n’est point mis ou grenier tant que au fleau soit batu/ aussi ne peus tu estre logié en l’edefice de paradis ne mis ou guernier des esleus se tu n’es esprouvé par tribulacion.
Encore de reconfort.
Amie chere par ce que dit t’ay/ me semble que assez doit souffire au propos que au premier je promis te monstrer ton tort des grans reclaims que m’as fais de tribulacions que tu dis avoir passees n’estre si grandes que tu les poises/ & aussi que pour ton prouffit te sont premises se en toy ne tient. Assez me semble t’ay prouvé souffisamment/ mais sur le temps present ou quel tu dis ancores durer tes infortunes ou tu ne vois ne cognoiz voye de relachement/ Te respondray confondant pareillement tes oppinions en ce que tu ymagines.
¶ Et apres pour le temps avenir se croire me veulx tout ainsi comme le bon medecin quant il a curé son malade/ lui baille regime pour preserver sa santé & affin que il ne renchee/ te bailleray ordre et voie de estre conduite a la vraye felicité ou tout cuer humain doit tendre comme il n’en soit point d’autre/ Et premierement pour ce que tu ne congnoiz ton estat le te fere congnoistre/ te feray une demande Car par ce que de toy entens tu ne te tiens mie content de telle porcion que tu as de biens Et t’est avis que assez de autres abondent en superfluitez de choses dont escharceté as et souffreté/ Si te demande se tu congnoiz homme ou femme soit prince princesse ou autre des plus remplis des biens de fortune/ soit en seignourie/ estas honneurs et autres dignitez/ je te parle de la vie des mondains/ & en resserve les speculans nobles de entendement/ que tu voulsisses avoir changié ton simple estat & maniere de vivre/ la voulenté que tu as et l’amour et delit de estude que tu prens a ta vie solitaire pour avoir la cure & charge de tant de divers faisselz/ Et dame de conscience et l’ardeur de couvoitise & tout tel courage comme a le plus eureux & fust meismes converti ton corps foible & femenin en homme pour estre transmuee de condicions et de tout en cellui ou celle a qui tu reputes es biens mondains fortune plus propice/ adont respondis a la dame honoree/ dame a quoy me fais tu ceste demande/ ne scez tu que couvoitise tant ne me suppedite que pour tous les biens de fortune voulsisse avoir changié mon estre a cellui d’un autre pour toutes ses richesces/ O folle et comment peut estre que apres tele sentence tu te reputes mal eureuse et puis que mieulx te souffist ton estat que cellui de un tres poissant riche ne feroit/ pour le laissier donc te reputes tu plus riche c’est a savoir plus eureuse que le plus riche qui soit tant que touchent ses richesces/ Car comme toute chose tende tous jours a sa perfeccion/ se tu reputoies le plus riche plus parfaict que toy/ tu vouldroies doncques ton estre avoir au sien changié/ Et ainsi peus tu veoir que le mal ou le bien que les gens ont leur vient par cuider et par oppinion & non mie des choses/ Car cellui est riche qui plus ne couvoite/ et cellui est povre qui art en desir/ amie chiere ci n’as pas mauvaise cause/ or te souffise doncques l’estat ou dieu t’a appellee/ Et de ce que tu te complains de la charge de plusieurs parens que il te faut avoir/ prens la en pacience et fais ton devoir/ Car tout est pour ton merite/ & te resjouis en ce que ilz sont bons/ & espere en dieu comme dit le psalmiste et fais bien/ Car il ne te fauldra ja/ nature est de pou soustenue qui vit a la neccessité de nature il se sauve. Mais qui vit selon les supperfluitez de delices il se pert et dampne & accourse ses jours.
Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture.
Mais pource que tu n’as pas ancore la mer de ton pelerinage toute passee te tendray de promesse verité sus l’enseignement de ton vivre.
¶ Tu qui felicité desires se parvenir y veulx viens a moy je te ouvreray la voye/ la quelle non obstant que toute soit plaine de tribulacions/ aler n’y peus par autre chemin et pour ce que entre les autres peines dures a souffrir semble entre vous mondains que injure et persecucion sanz cause receue de voz prochains soit a porter paciemment la plus fort chose fonderay l’entree de nostre oroison sur ce que dit a ce propos saint gregoire sur ezechiel/ tous les biens dist il que nous faisons sont nulz se paciemment nous ne endurons les maulx que recevons de noz prochains Et de ce nous donna exemple Jhesucrist qui plus souffry de son meismes peuple que autre homme ne pourroit souffrir.
¶ Mais bien dit voir grisostome/ quant sur l’epistre saint paul aux ebrieux il dist/ il n’est riens qui si grant confusion au persecuteur qui autrui persecute face que de endurer paciemment & forment ses injures/ et ne lui en rendre vengence en fait ne en parolle.
¶ De ce parla hue de saint victor ou.iii.e livre de l’ame/ grant vertu dist il est a cellui qui est blecié se il espargne cellui a qui il pourroit nuire Car c’est la plus noble victoire que homme puist avoir que de espargner par vertu cellui a qui grever pourroit.
¶ Et que les mauvais soient communement persecuteurs des bons/ ne fus pas repunante a ce que devant est dit/ quant je dis a mon amé boece que ceulx de nostre prophession desirent a estre haÿs des mauvais/ Car comme toute chose hee son contraire ne seront pas leurs hayneulx participans de leurs mauvaistiez.
¶ O gens mortieulx ce dit boece pour quoy la hors querez la beneurté qui assise dedens vous est ignorence vous deçoit/ car la pure vraye beneurté est avoir de soy meismes la seigneurie Car homme n’a si chere chose comme soy meismes Et ce ne lui peut fortune tolir/ Et affin que tu saches que es choses de fortune ne peut avoir felicité je te dy que felicité et beneurté sont les souverains biens de nature Et ce est raison et entendement & bien souverain ne peut estre perdus/ Et ces meismes paroles que je te dis pareillement dis a mon amé boece// Donques entre vous usez des dons de dieu et laissez aler ceulx de fortune/ et apprenez a seignourir vous meismes & adont ne vous seront tant grevez a porter les tribulacions pour l’amour de cellui pour qui le ferés.
¶ Car dit a ce propos saint gregoire ou.v.e de morales se la pensee de l’omme est adreciee en dieu par forte entencion/ quanqu’i est amer en ceste vie lui semble doulx/ & tout quanque afflict il repute repos.
¶ Ancore dit le benoit gregoire sur ezechiel dieu avec ses dons nous mesle ses fleaulx/ a ce que tout quanque mondainnement nous delictoit nous semble amer/ et affin que en noz courages un feu se alume de charitable pacience qui nous excite tous jours au desir du ciel. Et ainsi nous morde delitablement/ nous tourmente souefvement/ et qui nous contriste joyeusement Ha dist il ou premier de morales/ le benoit job quant dieu souffroit que il fust de l’ennemi frappez/ autant de voix de pacience comme il rendoit en ses tourmens autant de dars il regitoit contre son adversaire/ Et assez plus grans coups lui donnoit que il ne soustenoit.
¶ Et en ce dist il lui meismes est discernee la pensee juste de la pensee injuste Car la juste en tous estas et en toutes adversitez confesse la louange du tout poissant/ & l’injuste ne fait que murmurer.
¶ Et de ce dit saint ambroise sus le pseaume de _Beati inmaculati_/ En ce as tu le grant merite de pacience se toy existant subget aux tribulacions tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevé de maladie tu rens graces/ et en quelque estat que tu soies plus afflict & tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience se toy existant subget aux tribulacions/ tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevez de maladie/ tu rens graces & en quelque estat que tu soyes plus afflict et tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience/ c’est celle en toute somme qui est la maistre portiere de paradis/ et sanz qui les autres vertus ne tiennent lieu Et ce conferme Cassiodore sur le psaultier/ pacience dist il est la vertu qui vaint toutes choses non mie en combatant mais en souffrant non pas en murmurant mais en rendant graces C’est la vertu qui nettoie toute l’ordure de volupté & qui a dieu rent les ames cleres.
Instruit philosophie a despriser les biens mondains.
Et de ce que entre vous tant amez les assemblemens des richeces/ & tant vous traveillez pour ycelles m’en tairay je dont non feray Car combien que par aventure petit penetreront mes parolles es courages obstinez/ non pourtant viennent avant les notables au propos de leur vitupere/ lesquieulx le dit boece nostre amé recite en son livre de reconfort/ et les approuvons par l’escripture sainte en la maniere encommenciee/ et avisez quelle introite d’ycelles/ veulx tu dist il assembler peccune il couvient que tu la soubtrayes a qui que soit veulx tu avoir dignetez tu seras ou desdaing des envieux/ veulx tu surmonter les autres/ tu seras en peril de hayneux/ se tu montes en poissance/ la paour de decheoir ne te laira point/ veulx tu renommee avoir il te couvendra moult souffrir veulx tu delices/ tous ceulx te despriseront qui serf te verront a tes aises/ Et pour ce peus notter que ces voies ne font pas l’omme riche C’est a savoir assouvy.
¶ Escoute ancore ces propres parolles/ certes dist il les richeces n’estaignent pas l’avarice que l’en ne peut saouler/ ne la poissance ne fait estre seur cellui qui de lians est enchaennez/ Et quant povoir vient aux mauvais il ne les fait pas bons mais descueuvre et monstre leur mauvaistie dont veu ce que vous avez joye de mettre voz cures a choses qui autre sont que vous ne les nommez & que l’en peut assez reprendre pour ce que elles ne sont ne vrayes poissances ne vrayes dignitez/ Je puis conclurre de toute fortune que il n’y a chose qui a desirer face ne qui naturellement soit bonne quant tous jours elle ne se joint pas aux bons & que a ceulx a qui elle se joint elle n’est pas bonne.
¶ Et assez s’acorde a ceste sentence aristote quant ou livre de bonne et de male fortune dit que la ou est le plus grant engin et entendement n’est mie tous jours la meilleur fortune/ Et souvent avient que la ou fortune est plus propice n’est mie le plus grant entendement.
¶ Et ce est contre les arrogans qui presument d’eulx/ Et cuident que quant fortune leur est propice que ce soit pour leur grant savoir ou value/ mais comme l’experience du contraire nous soit magnifeste veons le plus des bons et de cler engin mal fortunez es biens mondains/ Et pource est voir le proverbe des lombars qui dit/ a fol aventureux n’a lieu sens/ mais dit boece que plus prouffite la male fortune que la bonne Car la bonne fait semblant de beneurté/ Et ainsi elle ment comme en ses biens n’ait beneurté/ Et la mauvaise est vraye en ce que elle monstre par soy changier que elle n’a point d’estat seur/ La bonne donques deçoipt & la mauvaise fait sage par l’usage de tribulacion/ Et certes Comme il dit les richesces ont donné nom a maint mauvais & sanz vertu/ Et pour ce cuident yceulx que il ne soit autre bien ne plus digne chose que avoir tresors pierres precieuses et grans seignouries/ O viles dignetez et poissances du monde que entre vous exaussiez jusques au ciel et ne savez qu’est povoir & vraye digneté/ & se mauvais vous a/ onques grant elevacion d’eaues ou de flames plus ne dalmagierent.
¶ Helas homme/ et se tu regardes ton corps/ tu ne trouveras pas plus