que il n'est a garder que il ne s'i esprengne Et pource la sage mesnagere qui a toutes heures est sur sa garde d'eschever les perilz qui pevent advenir cerche souvent par sa maison par especial au soir de paour que aulcune mesgnie mal songneuse ayt laissé chandelle ou moucheron ou autre chose dont dommage puisse venir tout ainsi ceste dame pourveue de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge quant elle est jeune sicomme on veult adviser a son povoir de mettre en tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse demourer. Et pource de loings & non mye tout a coup que la verge ne brise ira querre ses commencemens pour venir & attaindre a ses conclusions & a ce qu'elle vouldra mettre a fin. Car tout premierement elle prendra toute la peine qu'elle pourra par belle et courtoise maniere & par luy donner aucunes chosettes qui plaisent a jeunes gens & par ce monstrer amiable pour avoir l'amour de sa jeune maistresse & commandera que la bonne dame qui sera ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens quant ilz seront a part & a prime ainsi que l'enfant & la jeune dira aucuneffois des fables & des comptes que on dit a enfans. Et tout ce fera elle pour attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx en gré quant il conviendra que elle la reprengne et corrige / car se elle se monstroit tousjours de pesant maniere sans ris & sans jeux jeunesse qui est encline a joye & soulas ne la pourroit souffrir & l'airoit en si grant crainte que desplaisance y prendroit & mal en gré ses corrections. Et quant elle verra que elle sera bien en sa grace & que elle sera ainsi que toute mignote sur elle / adonc selon l'eage ou le sentement que appercevera en elle luy prendra a compter comptes quant ilz seront en leurs chambres et a leurs devis de dames & damoiselles qui se sont bien gouvernees comment il leur est bien prins & l'onneur que elles en ont & par le contraire comment mal est ensuyvy a celles qui follement se sont portees dira que elle l'a veu advenir de son temps & les fera avant tous nouveaulx que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte des aventures & de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera le courage de sa maistre & des autres qui l'orront & seront toutes atroupelees entour elle & voulentiers l'escouteront dira aucunesfois histoires de sains & de saintes de leurs vies & passions & aucunesfois parmy pource que devis n'ennuye dira quelque truffe a rire & ainsi vouldra que les autres dient affin que chascune devise a son tour / icestes manieres tiendra la sage dame quant au fait d'actraire la jeune princesse a elle aimer / mais a ce qui touche a la correction & enseignement elle introduira par belles & courtoises parolles qu'elle se lieve assés de bonne heure. Si luy apprendra quelques bonnes & briefves oraisons et l'enortera qu'elle les dye en se levant. Salve premierement nostreseigneur & la vierge marie & dira que elle a ouÿ dire que personne qui a de coustume d'adresser ses premieres parolles de bon cueur a nostreseigneur en se levant n'aura ja la journee mauvaise adventure & de ce dira elle verité Car ainsi le tiengnent plusieurs & est la coustume moult bonne la fera vestir & atourner sicomme il appartiendra sans y mettre si longuement que assés de dames font qui est une si grant perte de temps & une coustume malordonnee aler a la messe & dire ses heures devottement & songneusement & avecques ses choses tout le bel maintien ou parler contenance atours & vestemens qui appartiennent a princesse de hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle maniere qu'il n'y ait que redire & tant fera a brief dire par ses saiges ammonnestemens qu'elle la mettra en tel division que chascun dira que de son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx aprinse.
& diront d'elle les gens. O comment affiert grant louenge a jeune cueur estre viel & meur par bonnes meurs voire je supose que ladicte jeune dame soit de si bonne condicion que elle vueille et seuffre estre introduyte & vueille bien retenir. car estre pourroit si diverse que la dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre en bonne rigle. Si doivent estre les menaces de la sage dame telles quant elle reprent sa maistresse de quelque faulte sicomme jeunes gens font. Il n'est si parfait si elle est bonne & doulce & que bien l'ait a main que se elle fait autrement ou que plus face ou die telles choses que la lairra & s'en ira chés elle ne jamais ne la servira & que ce n'est pas belle chose ne bien fait a telle dame comme elle est d'ainsi se gouverner & adonc se la jeune princesse est bonne & doulce & que elle aime la dame aura paour que elle la laisse & se chastiera de pou de menaces mais se elle est revesche & de diverses condicions despite & de pou d'amour elle luy dira a part tout asprement sache bon gré ou mal gré & que elle le dira a ses parens & amis ou son seigneur se besoing est se autrement ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait la charge d'endoctriner & aprendre tel maintien qu'il convient a sa jeune maistresse nonpourtant elle qui sera saige sçaura bien qu'il convient jeunesse se joue & rie si luy en donra & souffrera assés espace convenablement a certaines heures avec les jeunes de ses femmes & qu'il n'y ait ame estrange selon la condicion & que elle verra encline sadicte maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit on voer aux jeunes gens tous leurs plaisirs mais que ilz ne soyent mal honnestes ne desconvenables.
Et de ce propos / c'est assavoir des meurs & contenances qui affierent a la bien ordonnee jeune princesse ne parlerons plus cy endroit pource que si aprés en l'espitre que la dame ancienne envoye a sa maistresse se en sera parlé.
Cy devise les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en gouvernement jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en bonne renommee & en l'amour de son seigneur. chap..xxiiii Et avec ces choses / pource que jeunesse nourrie en grans delices aucunesfois peut de legier estre encline a trop grant gayeté pourroit desvoyer la jeune personne qui point n'a de malice de se garder convient par especial mettre frain de longue main si que ja est touché si devant ains que l'inconvenient adviengne Si peut estre le remede tel la saige dame qui aura en gouvernement la jeune princesse qui verra amour entre le prince son seigneur & sa maistresse si que communement jeunes gens nouveaulx mariés ont ensemble mettra toute la peine que elle pourra & les nourrira en celle amour & les ennortera de dire doulces parolles & amoureuses tousjours l'un a l'autre & faire tous plaisirs & prendra grant cure de elle mesmes rapporter entre eulx gratieulx messages & dons de choses plaisans recommandations & salus pour les nourrir tousjours en celle paix & amour & bien se traveillera que toutes choses au contraire soyent destourbees & eschevees & a part quant le seigneur n'y sera & la jeune princesse se couchera l'ancienne dame luy en tiendra plait en la ramentevant & devisant les bons motz qu'elle luy aura ouÿ dire de l'amour qu'il a en elle et comment il est bon & comme il est bel & gratieulx que bonne nuyt luy doint dieu & toutes telles choses. Et avecques ce pource que est de coustume que les seigneurs chevaliers & escuyers estranges et autres vont aucuneffois devers les princesses & dames & que leurs seigneurs & parens mesmes les y mainent il convient que elles voient & parlent a plusieurs & qu'elles les festoyent sicomme il apartient en festes & en dances aucunesfois ou parler ou autres esbatemens / si que il eschiet donc il avient aucuneffois que aucuns d'iceulx a telles assembles sont ferus de l'amour des dames ou veulent faire semblant que ilz le soyent donc la saige gouverneresse qui tousjours sera pres de sa maistresse prendra bien garde aux semblans & manieres de tous se elle pourra appercevoir par quelque semblant que aucuns ou aucun y voulsist penser & s'il advient que il luy semble en apercevoir quelque chose n'en dira riens a personne ains les tiendra secret a son couraige. Et quant vendra que ilz seront departis & la feste faillie & sa maistresse sera retraicte pourra advenir se sadicte maistresse est privee d'elle luy entrera elle mesmes en parolles disans nous avons bien dancé telz & telz sont gracieulx ou ilz ne sont mye en quelque autre chose. & adonc la saige princesse pourra respondre telz manieres de parolles je ne sçay que c'est / mais je ne voy nul qui me semble tant plaisant ne tant bel & gratieux que fait monsieur & m'en suis bien prinse garde / mais il m'est advis que entre les autres c'est celuy a qui plus advient toutes choses a faire. Et se ledit seigneur est vieil ou lait dira. certes je ne prenois garde a nul de la compaignie sinon a monseigneur. Car il m'est advis que entre les autres il sembloit si bien seigneur & prince / & comment le fait il si bon ouÿr parler qui parle sagement. Et posons qu'il n'y ait esté si le pourra elle ramentevoir en quelque guise disant bien de luy. mais de ce que pensé aura ne dira riens & se prendra bien garde se celuy ou ceulx de qui elle aura ymaginé se mettent en peine de frequenter entour sa maistresse & se ilz querront voyes & manieres cy avoir acointance ou aux parens ou autres qui les y puisse mener ou se eulx ou aucuns de leurs gens si vouldront acointer d'aulcunes des femmes Et se elle voit que aprés ladicte feste ou assemblee nul de ceulx qu'elle a pensé ne se traveille par choses qu'elle y voye s'en mettra en paix & hors de suspection. Mais se elle apperçoit les signes dessusditz ou semblables elle ne aura pas euvre laissee ne son couraige sans grant soing ou cure se pener se veult de y mettre remede a faire son devoir Si conviendra que elle oeuvre bien sagement. Car de le descouvrir a personne s'elle est sage & prudente se gardera bien / & seroit trop mal fait. Mais que fera elle pour le mieulx et pour ouvrer plus sagement / quant verra bien que ce sera a certes que aulcun par grant diligence se vouldra mettre en peine d'estre en grace pour telle amour de sa maistresse ains qu'il ait eu espace de luy en touchier aucune chose. posons qu'il eust le hardement elle luy fera si bel acueil que achoison luy donnera que il s'acointe d'elle / et ce fera il moult voulentiers / car il cuydera pource que c'est la plus prochaine de la dame que sa besoigne en doyve mieulx valoir & pourrira la chose qu'il s'enhardira de luy dire ce qu'il aura sur le cueur avec les grans offres des services & de tous biens qu'il luy fera selon la coustume des hommes en tel cas. Adonc la dame qui sera pourveue de sa responce & qui parlera a luy sans le sceu de la dame & le moins qu'elle pourra luy repondra sans nul effroy bassement par telles parolles. & s'il est tel qu'il appartient dira: monseigneur vrayement je me suis bien donné garde par voz semblans que vous aviez en couraige ce que vous m'avez dit. & pource que vouloye que telles parolles venissent de vous premierement je desiroye que j'eusse telle acointance de vous que le me dissiés affin que je le sceusse ains que aulcune autre personne par qui la chose peut estre raportee & mal selee la sceust ou s'en apperceust. si suis bien ayse que j'ay a present advisé de vous faire la responce sur ce que dit m'avez telle qu'elle est affermee en mon courage & qui jour de ma vie pour mourir en ce prometz je a dieu & a vous ne changera & sans vous faire de ce long sermon ne tenir trop de parolles vous dy tout a ung brief mot & une fois pour toutes que tant que je soye vivant & je soye en sa compaignie ceste jeune dame qui par la fiance que ses amys & son seigneur ont en moy tant n'en soye digne m'ont baillé en gouvernement / ne fera mal ne chose dont reproches ne parolles autres qu'il appartient a avoir a dame telle qu'elle est & du noble sang dont elle est yssue / car de ce a l'ayde de dieu la cuyderay je bien deffendre nonobstant qu'elle en est legiere a garder. Car je sçay bien que toute s'amour est en son seigneur ainsi qu'elle doit estre & qu'elle est toute bonne & bien condicionnee / ne que de telz amours elle n'a que faire ne n'y pense. & si sçay bien tant d'elle que se vous ou autre luy aviez dit ou qu'elle s'en apperceust qu'elle hairoit sur toutes choses celluy qu'elle cuyderoit qui a telle chose vers elle pensast. Si vous suplie monseigneur tant comme je puis que vous en vueillés oster du tout & plus n'y penser. Car je vous jure ma crestienté que vous perdriés vostre peine. Et affin que vous n'y ayez plus nulle esperance pour veoir dire.
Je vous jure mon ame que posons qu'elle le voulsist / ce que je sçay bien que jamais ne feroit: j'y mettroye telles barres qu'elle ne pourroit. Si me croyés seurement & plus ne faictes telz allees ne telz venues ne telz semblans que sur l'ame de moy je ne les pourroye souffrir & conviendroit que je le disse a telz qui ne vous en sçauroyent nul gré & qui bien la garderoye de voz mains. Car je n'ay que d'une mort a mourir / laquelle chose aymeroye mieulx que il me advint que je consentisse ne veisse le deshonneur de ma maistresse. Si vault mieulx que n'en soit plus & que la chose demeure a tant. Telle responce ou semblable fera la sage dame / ne pour promesse don ofre ne menace ne changera son propos ne lors ne autres fois ne riens ne fera qui la puisse flechir au contraire. Si se gardera bien que n'ayt point la chere muee ne enflambee ne les yeulx felons quant elle partira de luy / mais aura le visaige rassis et la maniere asseuree sicomme se de autres choses eussent parlé. affin que personne ne se peust de ce appercevoir.
Aussi ladicte dame se gardera bien que nul mot n'en sonnera a sa maistresse ne a autre soit son privé ou privee / ne nul semblant n'en fera / mais ne la laissera tant soit pou / & se prendra bien garde que nulle femme ou des servans ou aultre ne conseille a elle en maniere qu'elle puisse apercevoir que telle chose peust toucher. Car tantost l'appercevra a la maniere du rire & du parler / posons que elle ne les ouÿst & s'elle en aperçoit certainement quelque chose ne s'en taire mye ains menacera la personne de la faire bouter hors s'elle se mesle de plus conseiller a sa maistresse car ce n'appartient mye & si de pres s'en prendra garde que personne ne aura loisir de luy faire aulcun rapport. Si pourra advenir que celluy ne se souffrera mye pourtant & yra & viendra par aulcune voye cautelleuse qu'il aura trouvee de quelque acointance parquoy de foys a autre y pourra hanter & ce ne pourra la dame pas bien empescher / car se elle ce disoit trop grant mal en pourroit venir / si s'en souffrera. & de pres gardera sa dame et maistresse / mais s'il advient que de si pres ne la puisse garder qu'il ne conviengne que sadicte maistresse apperçoyve ou voye par les semblans ou parolles couvertes que celluy dira l'intencion & voulenté de luy encores ne s'en effroyera elle de riens pource que bien sçaura que maintes dames & damoiselles sont aymees & priees a qui bien petit en chault. & qui pourtant ne les ayme mye. Mais elle se prendra bien garde se elle pourra appercevoir que la jeune dame ou princesse y prengne aucun plaisir. & si elle en parlera plus voulentiers que d'ung autre ou si elle s'esjouyra quant elle le verra / ou s'elle muera aulcune contenance Si mettra toute peine par belles & doulces parolles de traire de sa bouche a privé qu'il n'y ayt que elles deux ce qu'elle aura sur son cueur de celluy homme / & s'il luy en aura point touché ou parle. Et adoncques selon ce qu'elle chantera ou dira elle luy pourra respondre.
Et s'il advient qu'elle mesmes die que voyrement l'apperçoyve ou que il luy ayt dit / et qu'elle en est bien troublee & courroucee / & qu'il luy en poise la dame qui sera saige & discrete appercevera bien aucunement des parolles s'elle la veult bien sagement enquerre & par bonne maniere sans se monstrer au commencement trop rebelle si la dame le dit fainctement & pour luy donner acroire qu'elle n'y veult point penser ou s'elle le dit tout a certes / dont s'il advient qu'elle congnoisse qu'elle ayt bonne voulenté de non y avoir aucune pensee elle sera bien joyeuse & l'ennortera de toute sa puissance que se tienne en son bon propos / si luy dira de tous exemples du mal qui peut advenir & qui maintesfois est advenu a plusieurs par telles follies le grant deshonneur & reproches qui en sourdent & les decevemens qui sont en hommes. Si l'ennortera qu'elle garde bien comment elle respondera saigement a celluy toutes les fois qui luy en parlera & luy die tout a ung mot qu'il pert sa peine / & luy jure & afferme bien a certes que jamais pour toute sa puissance ne l'en demouvera qu'il luy desplaise de telles parolles ne de ses semblans n'a que faire / & avec ces parolles qu'elle l'estrange & eslongne tout le plus qu'elle pourra. Et qu'elle se garde bien que des yeulx de parolle de ris ne de contenance quelconques ne luy face nul semblant parquoy le puist attraire ne luy donner aucune esperance. Ainsi luy toute la maniere que tenir devra pour courtoisement l'estranger luy fera dire quant il viendra qu'elle se repose ou qu'elle est occuppee d'aulcune chose & qu'il ne luy desplaise qu'elle ne le peut veoir pour ceste foys. Et ainsi luy face dire par plusieursfoys que par la continuation de tenir tieulx manieres longuement il apperçoyve bien qu'il perdroit sa peine de plus y muser. Et avecques ces choses la sage dame ennortera bien a sadicte maistresse qu'elle se garde bien que de ceste chose ne parle a homme ne a femme. car mal en pourroit venir & que c'est le plus grant sens de s'en taire / & n'est point honneur a femme se vanter de telle chose. Et ceste deffence luy fera pource qu'elle le disoit se pourroit adresser a tel ou a telle qui ne luy donneroit mye bon conseil ains la conforteroit par adventure & ficheroit en la follie.
ou qui le celeroit maulvaisement Si en pourroit saillir aucune fumee & venir mal / & ainsi par ceste saige tenue fera tant la bonne dame qu'elle estaindera & aneantira toute ceste chose & n'en fera plus qui que l'en doye haïr ou luy chaudra de telle hayne & ne la craindra pour bien faire. Car qui que l'en hait au premier l'en aymera au dernier & prisera mille foys plus quant on verra sa grant prudence & sa constant bonté car bien fait vault tousjours quoy qu'il demeure. Si fera cause que ladicte jeune princesse soit en son temps une tressage bonne & honneste dame & ayt les belles vertus que declairees avons cy devant.
¶ Cy devise de la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en fole amour & l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoyselle qui l'aura en gouvernement. Chapitre.xxv.
Mais pource que toutes gens ne sont pas d'une condition / & qu'il est assez de hommes & de femmes si pervers que quelque bonne correction & enseignement que on leur donne si suyvront ilz tousjours leur mauvaise inclination / & leur monstrer n'est que chose perdue & ne acquiert on que leur haine. Dirons icy a l'enseignement de la bonne dame qui aura en garde et gouvernement aulcune jeune princesse ou dame la maniere qu'elle devera tenir au cas que la maistresse verroit desvoyer en folle amour & qui ne vouldroit user de son saige & bon conseil. Si disons ainsi Et s'il advient que aucune jeune princesse ou haulte dame ne soit mye de tel sçavoir ne constance qu'elle puisse ou saiche ou vueille resister aux admonnestemens que celluy qui met toute sa peine a l'attraire a s'amour par divers semblans & manieres sicomme hommes scevent bien faire en tel cas. & que la dame qui l'a en garde voye & aperçoyve par signes & semblans que son cueur y trait quoy qu'elle luy face entendre & qu'elle luy die le contraire elle sera dolente de ceste chose de tout son cueur.
mais non obstant quelque haine que avoir en doye d'elle fera son devoir de l'admonnester de son bien ne point ne dissimulera ne luy celera de luy dire a part puis par bel puis par menaces. s'elle l'avoit continué luy monstrer le grant mal & peril & le tresgrant prejudice qui en peut venir & sans cesser de ce la tournera tant par adventure que pour la destourber de faict & par l'admonition de ses parolles la pourra demouvoir et oster de celle pensee ains que la folie soit allee plus avant mais s'il advient que tout ne vaille riens & que elle la voye conseiller a part a aulcunes de ses autres femmes qu'elle pourra penser qui saiche de sa convenue & intencion & qu'on mettra peine de conseiller a messaiges qui viendront dehors & qu'on fera divers signes & se gardera l'en d'elle sur toutes riens & que ja sa maistresse qui sera fiere & de haultain couraige ne vueille plus souffrir d'elle / ains luy semble qu'elle n'est plus enfant pour estre en sa gouvernance & correction & que mal prendra en gré ce qu'elle luy dira / respondra fierement demy en menaçant / & qu'elle luy rechignera & grongnera. parquoy on pourra apparcevoir qu'elle sera en sa male grace & qu'elle en vouldroit estre delivre a toutes fins pour mieulx faire a sa voulenté. & orra par adventure qu'elle dira aucuneffois a part aucunes de ses femmes jeunes qui mieulx sera en sa grace que dyable ferons nous de ceste vieille elle ne fait que rechigner le feu d'enfer l'arde / ja n'en serons delivres.
Et l'autre respondra Se m'aist dieu ma dame il fault semer des pois sur les degrés si se rompra le col. Et telles manieres de parolles. Que fera doncques la saige dame puis qu'elle verra que remede n'y peut estre mis & que elle a fait tout son devoir & a quite sa conscience de luy avoir monstré & luy fait dire par son beau pere les maulx qui pour ceste folie faire luy pourroient advenir / et que sadicte maistresse est si attainte que remede n'y pourroit estre mis. & a ja la voye trouvee de faire sa voulenté vueille ou ne vueille & a qui que doye desplaire. Car impossible est de garder personne qui ne veult garder d'elle mesmes / et que on en commence ja a murmurer & a s'en appercevoir & mesmes entre ses femmes par l'envye qu'elles ont sur celle ou celles qui scevent du secret a la jeune dame qui sont les mieulx aymees et en orra ja dire plusieurs nouvelles qui moult luy feront grant mal Adoncques quoy que son cueur en soit dolent merueillesement elle comme sage advisera la meilleure partie en pensant le mal et peril qui luy pourroit advenir de ceste chose se plus demouroit en court. Car posons que elle ne fust pas consentant du fait / laquelle chose ne consentiroit pour mourir & la chose venoit a congnoissance ou des parens ou du mary elle en auroit toute la charge. car ilz diroient / pourquoy ne le nous disiés vous / nous y eussions mis remede. Car nous nous en attendions a vous. Laquelle chose pour riens ne diroit pour les perilz & maulx qui s'en pourroyent ensuyvre. Car qui a conscience & sens doit bien redoubter a faire rapport de telles choses aux maris ne aux amis / ne qui que ce soit / & qui plus est d'y demourer ne seroit mie sans ung autre grant peril qui luy pourroit venir de par la haine de sa maistresse / ou de celuy a qui auroit son cueur. Pource que aulcunnement ilz la doubteroyent & leur seroit advis qu'elle les empescheroit. Et pource elle qui sera sur toutes choses advisee usera a ceste fois de son grant savoir & mestier en sera. si se taira du tout de ceste chose / ne bien ne mal plus a sa maistresse n'en parlera. et ne fera chiere ne semblant que au cueur en ait nul desplaisir / mais tout au plus tost qu'elle pourra par aucune bonne voye que ja de loings aura ouverte des le commencement que les condicions de sa maistresse vit changier se departira de court par le bon vouloir du seigneur se elle peut / mais se elle est bonne & saige se gardera bien que ne puisse appercevoir pourquoy se veult partir. si trouvera achoison se elle scet que il la voulsist a toutes fins retenir ou de maladie ou vieillesse ou d'aucune impotence & inconvenient qui luy soit venu a son propre corps ou se il vuloit trop enquerir de la cause de sa despartie dira avant que congé ne ayt du partir que elle n'est propice d'estre entour telle dame pour aulcun mal qui luy est venu tant qu'elle soit garie. Et ainsi se excusera & pourra advenir que sa mesme maistresse pource que veu aura que elle ne luy en parlera plus sera courroucee de sa despartie pource que elle penseroit que meilleur loysir auroit de faire ce que elle vouldroit tant qu'elle fust avecques elle.
Car les gens ne parleroyent my sitost quant acompaignee seroit d'une telle dame si la vouldra flater & luy fera promesses affin qu'elle demeure. Mais la bonne dame de ce bien & saigement se sçaura excuser en disant que sans faulte elle est malade / mais elle guarie pourra bien retourner ne pour chose que le cueur luy face mal du partir ne pour tendreté qu'elle ayt a sa maistresse se gardera bien se elle est sage de demourer pour quelconques blandissemens. car aprés s'en repentiroit.
Mais s'il advient que la dame soit joyeuse de sa despartie quant viendra au despartir / l'ancienne dame parlera a elle a part agenoillee humblement la remercyera des biens et des honneurs qu'elle luy a faitz luy priera que pardonner luy vueille & si bien & deuement ne l'a servye comme a l'estat d'elle luy appartiendroit ou s'elle a faict ou dit chose aulcune qui luy soit desplaisante que ce luy a fait faire la grant amour & jalousie qu'elle avoit a elle & qu'il luy fait bien mal de laisser.
mais qu'elle est vieille & impotent & ne peut plus servir ou que par adventure vieillesse la fait estre rechinee & si maugratieuse qu'elle ne scet suporter ainsi que devroit les esbatemens des jeunes et pource a plus cher se partir & que ce soit par son bon congié & que elle luy supplie que elle se parte a tout sa bonne grace. car de tant peut bien estre certaine que jamais jour de sa vie n'aura femme qui mieulx ne plus loyaulment ayme elle ne son honneur que elle a fait & fera toute sa vie & que tousjours sera en celle voulenté. Telles manieres de parolles la dame dira a sa maistresse au departir / laquelle par adventure luy respondra belles parolles pour la joye que de sa departie aura / ou par adventure qu'elle l'aura longuement gouvernee & peut estre de son enfance le cueur luy sera mal. Et luy dira peut estre que de riens ne luy a sceu mauvais gré fors de ce que elle ne pensa oncques / et telles manieres de excusations aux quelles choses la dame qui point ne vouldra arguer a elle pource que bien sçaura que riens ne vouldra respondre que voirement peut bien estre advenu que de sa folie pour la grant paour qu'elle avoit d'elle avoit eu aucunes suspections. Si luy priera que tout luy vueille pardonner & que elle soit certaine que jamais jour de sa vie quelque suspection que elle y ait eu ne quoy qu'il en ait esté sa bouche n'en mouvera a personne ne oncques ne feist fors a elle pour son bien & ainsi se departira. Pource que l'espitre qui est contenue au livre du duc des vrays amans ou il est mis que Sebille de la tour l'envoya a la duchesse peut servir au propos que au chapitre cy aprés ensuyt sera de rechief recordé si la peut passer oultre qui veult si au lire luy ennuye ou se autreffois l'a veue quoy qu'elle soit bonne & prouffitable a ouÿr & noter a toutes dames & autres a qui ce peut appartenir.
¶ Cy devise la maniere des lettres que la saige dame peut envoyer a sa maistresse Chapitre. xxvi.
Si pourra advenir aprés ces subzdictes choses que la jeune dame se gouvernera si mal advisement despuys la departie de celle qui gouverner la souloit que parolles seront eslevees contre l'onneur d'elle & tant se multiplieront que la bonne sage dame dessusdicte qui l'avoit en gouvernement et ores demeure a son mesnaige en orra parler / de laquelle chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner & apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonnement que faire de ceste chose & conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose sera contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré que avoir en doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys mieulx retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de bouche de luy escripre & signifier par lettres de rechief l'amonnestement que dire luy souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit prouffiter. Si escripra telles ou les semblables parolles en une lettre & par ung prestre qui escriptes en confession les aura tressecretement les luy envoyera.
Maistresse doubtee dame je me recommande a vous tant & si treshumblement comme je puis ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucun mauvais gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee dame il m'est advis que je suis jeune de vous admonnester vostre bien comme a celle qui a esté en ma gouvernance depuis enfance jusques a ores tout n'en feusse je mye digne me semble que je mesprendroye de moy taire de ce que sçauroye qui vous peust tourner a aucun grief se ne le vous signifioye. Et pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui s'ensuyt de laquelle chose treshumblement je vous prie derechief que maulvais gré ne m'en vueillés sçavoir aucunement. Car vous povez estre trescertaine que tresgrant amour & desir de l'acroissement de mieulx en mieulx de vostre noble renommee & honneur me meut a ce faire. ma dame j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre gouvernement telles que j'en suis dolente de tout mon cueur pour la peur que j'ay du decheement de vostre bon los & sont telles comme il me semble que comme il soit de droit & de raison que toute princesse & haulte dame tout ainsi comme elle est hault eslevee en honneur & estat sur les autres qu'elle doye estre en bonne sagesse meurs conditions & manieres excellente sur toutes affin qu'elle soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien & comme il appartiengne qu'elle soit devote vers dieu & quelle ayt contenance asseuree quoye & rassise en ses esbatemens attrempee et sans effroy rie bas & non sans cause ayt haulte maniere humble chere & grant port. Soit a tous doulce responce & aymable parolle son habit & atour riche & non trop cointe. A estrangiers d'acueil seignery parlant a dangier non trop acointable de regard tardif & non volage. A nulle heure n'appaire male felle ne despite ne a servir trop dangereuse a ses femmes & serviteurs humaines & amiables non trop haultaine en dons large par raison ordonnee. Saiche congnoistre de toutes gens lesquelz sont les plus dignes en bonté et preudhommie & de ses servans les meilleurs & ceulx & celles tire vers soy & leur guerdonne selon leurs merites ne croire ne adjouster foy a flateurs ne flateuses ains les congnoisse & chasse de soy ne croire de legier parolles raportees / n'ait coustume de souvent conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement a nul de ses gens ou de ses femmes si que on ne puisse juger que plus sache de son secret l'une que l'autre & ne dye devant gens a personne quelconques en riant aucuns motz couvers que chascun n'entende / affin que les oyans ne supposent aucun vice secret entre eulx trop enclose en chambre ne trop solitaire ne se doit tenir / ne aussi trop commune a la veue des gens. Mais a certaine heure retraire & aucuneffois plus convenables. Et comme sesdictes condicions & toutes autres manieres convenables a haulte princesse feussent en vous le temps passé estes a present toute changee sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree plus emparlee & plus jolie que ne souliés estre & c'est ce qui faict communement jugier.
les cueurs changent quant les contenances se changent / car vous voules estre seulle & retraire de gens fors d'une ou de deux de vos femmes ou aucuns de vos serviteurs a qui vous conseillés & riés mesmes devant gens & dictes parolles couvertes comme se vous vous entre entendissiés bien & ne vous plaist fors la compaignie d'iceulx / ne les autres ne vous pevent servir a gré. Lesquelles choses & contenances sont cause de mouvoir a envye vos autres servans & de juger que vostre cueur soit en amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame pour dieu mercy prenés garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous a eslevee ne ne vueille vostre ame & vostre honneur pour aucune vaine plaisance mettre en oubly & ne vous fiés en vaines pensees que plusieurs jeunes femmes ont qui se donnent a croire que ce n'est point mal d'aymer par amours / mais qu'il n'y ait villenie car je me rens certaine que autrement ne le vouldriés penser pour mourir & que on vit plus liement & que de ce faire on faict ung homme vaillant & renommé a tousjours. Ha ma chere dame il va tout autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés decevoir & prenes exemples a de telles grans maistresses avés vous veu en vostre temps qui pour seullement estre souppesonnees de telle amour sans que la verité en fust oncques attaincte en perdoyent l'honneur & la vie de telles y eut.
Et si tiens sur mon ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent & leurs enfans en avés reprouchiés & moins prisés / et combien que a toute femme soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop plus est messeant & prejudiciable en princesse ou haulte dame de tant que est plus grande / & la raison y est bonne / car le nom d'une princesse est porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune chose a redire plus est sceu par les estranges contrees que des simples femmes.
Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent seigneurir les terres & estre princes de aultres gens. Si est grant meschief quant il y a aucune suspection qu'ilz ne soyent droitz hoirs & maint meschief en peut venir.
car posons qu'il n'y ait meffait de corps si ne le croyroient mye ceulx qui seullement l'orront dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit de vice semblant par adventure fait par jeunesse & sans malices mauvaises langues jugeront & y adjousteront des choses qui oncques ne furent ne faictes ne pensees / & ainsi va tel langaige de bouche en bouche qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ainsi est necessaire a une chascune grant maistresse avoir plus grant regard en toutes ses manieres contenantes & paraboles que a autres femmes. La cause si est / car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute personne adresse son regard a elle & ses oreilles a ouÿr ce qu'elle dira & son entendement a noter tout son fait. Si ne peut la dame ouvrir l'ueil dire parolle rire ou faire semblant a aucun que tout ne soit recueilly & retenu de plusieurs personnes & puis raporté en maintes places. Et que cuidés vous ma treschiere dame que ce soit mauvaise contenance a une grant maistresse voire a toute femme quant plus qu'elle ne seul deul devient esgaree jolye & plus veult oÿr parler d'amours & puis quant son cueur se change pour aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse tenceresse & ne la peut on servir a gré & ne luy chault de son habit & atour. Certes adonc dient les gens que elle souloit estre amoureuse.
mais ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir Car elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que tousjours soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens ne puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que fort seroit en la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource le plus seur est du tout