SigPhi · Christine de Pizan

Les cent histoires de Troye L'epistre de Othea deesse de prudence envoyee a l'es

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renommee tesmoingnoit par tout le monde de hector le preux l’aymoit de tresgrant amour et de ses parties vint a troye au temps du grant siege pour veoir Hector/ mais quant mort le trouva dolente en fut oultre mesure & atout grant ost de damoiselles moult chevalereuses vengea moult vigoureusement sa mort/ ou elle fist de merveilleuses prouesses/ & maintz grans griefz fist aux gregoys. Et pour ce que elle fut vertueuse dit au bon chevalier que il la doibt aymer. Ce est a entendre que tout bon chevalier doibt aymer & priser toute femme forte en vertu de sens/ et de constance. Et celle femme est adoulee de la mort hector/ c’est a entendre combien prouesse & valeur est amortie en chevalier. Et dit ung sage. Bonté doibt estre louee ou qu’elle soit apperceue.

xv Alegorie.

Panthasselee qui fut secourable pouons entendre la vertu de charité qui est la tierce theologale doibt avoir parfaictement le bon esperit en soy charité & dit cassiodore au psaultier que charité est ainsi comme la pluye qui chiet en printemps qui distile les gouttes de vertus soubz laquelle germe la bonne voulenté et bonne operation fructifie. Elle est patiente en adversitez/ attrempee en prosperité/ puissante en humilité/ joyeuse en affliction/ bien voulante a tous ses ennemys/ & amye mesmement a ses ennemys/ communicaire de ses biens. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.

Caritas patiens est benigna est. Caritas non emulatur/ non agit perperam/ non inflatur/ non est ambitiosa/ non querit que sua sunt.

Prima ad corinthios xiii. capitulo.

xvi Texte Narcisus ne vueilles sembler Par trop grant orgueil affuler Car chevalier oultrecuidé Est de mainte grace vuidé.

xvi Glose.

Narcisus fut ung damoysel qui pour sa grant beaulté fut eslevé en si grant orgueil que il avoit en despris tous les aultres. Et pour ce que il ne prisoit si non lui est il dit qu’il fut si amoureux & assoté de luymesmes que il en mourut apres ce que il se fut miré en la fontaine.

ce est a entendre l’oultrecuidance de luymesmes ou il se mira.

Pour ce deffend au bon chevalier que il ne se mire en ses biens faitz/ parquoy il en soit oultrecuidé. Et a ce propos dit Socrates. Filz garde que tu ne soyes deceu en la beaulté de ta jeunesse/ car ce n’est mie chose durable.

xvi Alegorie.

Or ferons alegorie a nostre propos en applicquant aux sept pechez mortelz. Par narcisus entendrons le peché d’orgueil/ dont le bon esperit se doibt garder. Et dit origenes es omelies. A quoy se en orgueillist terre et cendre. ne homme comment se ose il eslever en arrogance/ quant il pense dont il est venu/ et que il deviendra & en combien fresle vaissel est sa vie contenue/ & en quelles ordures il est plungé/ & quelles nettayeures il ne cesse de getter de sa chair par tous les conduitz de son corps. Et a ce propos dit la saincte escripture.

Si ascenderit ad celum superbia ejus et caput ejus nubes tetigerit quasi sterquilinium in fine perdetur Job. x. capitulo.

xvii Texte.

Athamas plain de grant rage La deesse de forcennage Fist estrangler ses deux enfans Pour ce grant ire te deffens xvii Glose.

Athamas fut roy et mari a la royne juno qui fist semer le bled cuit pour desheriter ses fillastres car elle par argent corrumpit les prestres de la loy qui raportoient les responces des dieux. Si dist au roy & a ceulx de la contree que le bled que on avoit semé n’avoit point prouffité/ pour ce qu’il plaisoit aux dieux que deux enfans que le roy avoit beaulz & gens fussent chassez & exillez. Et pour ce que le roy consentit l’exil de ses deux enfans tout le fist il envis & a grant douleur. dit la fable que la deesse juno en voulut prendre la vengance & ala en enfer dire a la deesse de forsennage que elle venist vers le roy athamas. Adonc l’orrible & l’expouentable deesse vint a tout ses crins serpentins/ & se mist sur le sueil du palais/ et estendit ses bras aux deux lez de la porte. Et adonc telz contens commença entre le roy et la royne que a peu ne se entre occirent. Et quant du palais cuiderent saillir adonc la forsennee deesse tira deux horribles serpens de ses crins et es girons leur lança. Et quant la deesse virent tant espouentable/ adonc tous deux forsenez devindrent. Athamas occist la royne par rage/ et puis ses deux enfans et luymesmes de dessus une haulte roche se lança en la mer.

L’exposicion de ceste fable peult estre que une royne fut tant diverse a ses fillastres qu’elle les fist desheriter/ dont puis n’eut paix entre le pere et la marrastre/ & peult estre que au dernier il l’occist. Et pour ce que ire est ung mortel vice et si mauvais que celluy qui en est fort attaint n’a nulle congnoissance de raison dit au bon chevalier que de ire se doibt garder/ car moult est grant default en bon chevalier estre ireux. Et pour ce dit aristote/ garde toy de ire car elle trouble l’entendement & destourne raison.

xvii Allegorie Athamas qui tant fut plain d’ire entendrons proprement le peché de ire dont le bon esperit doit estre vuide. Et dit saint augustin en une epistre que ainsi comme le vin aigre ou boute corrumpt le vaissel ou il est se il y demeure longuement. Ainsy ire corrumpt le cueur ou elle se boute se elle y demeure de jour a autre/ pour ce dit saint pol l’apostre Sol non occidat super iracundiam vestram. ad epheseos. quarto ca.

xviii Texte.

Sur toute rien toute ta vie Fuys la faulse deesse envie Qui fist devenir plus vert que yerre Aglaros qui puis devint pierre xviii Glose.

Aglaros ce dit une fable fut soeur hercé qui tant fut belle que pour sa beauté eut espouse mercurius le dieu de language et furent filles cycrops le roy d’athenes mais tant eut aglaros envie sur sa seur hercé qui pour sa beauté tant fut avancee comme d’estre mariee au dieu que toute d’envie se defrisoit/ et seche devint et descoulouree/ & verte comme yerre pour l’envie que elle portoit a sa seur. ung jour estoit aglaros sur le sueil de l’huis assise et a mercurius qui entrer vouloit en l’ostel veoir l’entree ne pour priere qu’il luy fist entrer ens ne le vouloit laisser. Adonc le dieu se courroussa et dit que tousjours y peust elle remaindre aussi dure comme elle avoit le courage: et lors devint aglaros dure comme pierre si peult estre averee la fable par semblable cas advenir a aulcunes personnes/ Mercurius peult estre ung puissant homme bien emparlé qui fist sa serourge emprisonner ou mourir pour aulcun desplaisir que elle luy avoit fait. Et pour ce dit que elle fut muee en pierre/ et pour cause que trop est villaine tache/ & contre gentillesse estre envieux dit au bon chevalier que il s’en garde sur toute riens. Et dit socrates. Celuy qui porte le faisseau d’envie a peine perpetuelle.

xviii Allegorie Sicomme l’auctorité defend envie au bon chevalier. Celluy mesmes peché defend la sainte escripture au bon esperit/ et dit Sainct augustin.

Envie est la hayne de felicité d’autruy: et se estend l’envie de l’envieux contre ceulz qui sont plus grant de soy/ pour ce que il n’est ainsy grant que eulx/ et contre ceulx qui sont moindres de soy de paour qu’ilz ne devienent aussi grans comme luy/ et a ce propos dit l’escripture.

Nequam est oculus mundi et avertens faciem suam. ecclesiastici. xiiii.

ca.

xix Texte.

Ne soyes ne trop long ne prolixe.

A toy garder de la malice Ulixés qui l’oeil au geant Embla/ tant fust il cler veant xix Glose.

Dit une fable que quant Ulixés s’en retournoit en grece apres la destruction de troye/ grant orage de temps transporta sa nef en une isle ou eut ung geant/ qui n’avoit fors ung seul oeil emmy le frond d’orrible grandeur. Ulixés par sa subtilité luy embla & ravit/ c’est a entendre lui creva. Si est a entendre que le bon chevalier se garde que paresce ne le laisse surprendre aux baratz et agaz des malicieux si que son oeil en puist estre ravi. C’estassavoir l’oeil de son entendement ou son honneur ou sa terre ou ce qu’il a plus chier comme souvent adviennent maintz inconveniens par paresce et lacheté Et a ce propos dit hermes/ bieneureux est celluy qui use ses jours en solicitude convenable.

xix. Allegorie Ce qui est dit que le bon chevalier ne soit ne long ne prolixe/ pouons entendre le peché de paresce que le bon esperit ne doibt avoir. Car comme dit bede sur les proverbes salomon le paresceux n’est pas digne de regner avec dieu qui ne veult labourer pour l’amour de dieu. Et n’est pas digne de recepvoir la couronne promise aux chevaliers qui est couart de entreprendre les champs de bataille. pour ce dit l’escripture.

Cogitationes robusti semper in habundantia omnis autem piger in egestate erit Proverbiorum. xxi. ca.

xx Texte Ne prens pas contens aux renouilles Ne en leur palu ne te fouilles Contre lathona s’assemblerent Et l’eaue clere luy troublerent.

xx Glose.

La fable dit que la deesse lathona fut mere phebus/ et phebé qui est le soleil & la lune et a une ventree les porta. Juno par tous pays les chassoit pour ce que ensainte estoit de jupiter son mari. Ung jour fut moult travaillee la deesse lathona et arriva a ung gué & lors s’abaissa sur l’eaue pour estancher sa grant soif/ la avoit vilains a grans tourbes qui pour la grant chaleur du soleil en l’eaue se baignoient/ & lathona prindrent a ramposner & a luy troubler l’eaue que elle cuidoit boire/ ne pour priere que elle leur feist ne la voulurent souffrir/ ne avoir pitié de son meschief/ si les mauldist/ & dist que a tousjours mais ilz peussent demeurer au palu & fussent lais & abhominables & tousjours ne cessassent de braire & de ramposner. Adonc devindrent les vilains renouilles/ qui depuis ne finerent de braire comme il appert au temps d’esté en ces rivages. Si peult estre que aulcuns paysans firent desplaisir a aucune grant maistresse qui les fist getter en la riviere & noyer. Ainsi devindrent renouilles. Ce est a entendre que le bon chevalier ne se doibt nullement souiller au palu de vilennie. Mais doibt fuyr toutes vilaines taches qui sont contraires a gentillesse/ car comme vilanie ne peult souffrir en soy gentillesse/ aussi ne doibt gentillesse souffrir en soy vilanie/ ne mesmement contendre ne prendre debat a personne vilaine de vices/ & de parler vilain. Et dit platon. Celuy qui adjouste a sa gentillesse noblesse de bonnes meurs est a louer. Et celuy a qui souffist la gentillesse qui vient de ses parens sans acquerir bonnes condicions/ ne doibt pas estre tenu pour noble.

xx Alegorie.

Les villains qui devindrent renoulles pouons entendre le peché d’avarice qui est contraire au bon esperit. Et dit sainct augustin que l’homme avaricieux est semblable a enfer. Car enfer ne scet tant engloutir de ames qu’il die c’est assez. Et se tous les tresors du monde estoient amassez en la possession de l’avaricieux/ il ne seroit pas rassasié. Et a ce propos dit l’escripture.

Insatiabilis oculus cupidi. in parte iniquitatis non satiabitur.

Ecclesiastici. xiiii. capitulo.

xxi Texte Au dieu bacus point ne t’acordes Car ses conditions sont ordes Non vaillables en ses depors Les gens fait transmuer en pors xxi Glose.

Bacus fut ung homme qui premierement planta vignes en grece. Et quant ceulx de la contree sentirent la force du vin qui les enyvroit ilz disrent que bacus estoit ung dieu qui telle force avoit donnee a la plante. Si est par bacus entendue yvresse. Et pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doibt abandonner a yvresse/ car c’est ung tres impacient vice a tout noble/ & a homme qui vueille user de raison.

Et a ce propos dit ypocras. Superfluitez de vins & de viandes destruisent le corps & l’ame & les vertus.

xxi Alegorie Par le dieu Bacus pouonz entendre le peché de gloutonnie dont le bon esperit se doit garder. De gloutonnie dit sainct gregoire es morales que quant le vice de gloutonnie prent a seigneurier la personne/ elle pert tout le bien que elle avoit fait.

Et quant le ventre n’est restraint par abstinences/ toutes vertus sont ensemble noyees. Pour ce dit saint pol.

horum finis interitus/ quorum deus venter est & gloria in confusione eorum qui terrena sapiunt. Ad philippenses. iii. capitulo.

xxii Texte Ne t’assotes pas de l’ymage Pimalion se tu es sage Car de tel ymage paree Est la beaulté trop comparee.

xxii Glose.

Pymalion fut ung moult subtil ouvrier de faire ymages. Et dit une fable que pour la grant vilité que il veit es femmes de cidoine il les desprisa & dist que il feroit une ymage ou il n’airoit que redire/ une ymage de femme tailla de souveraine beaulté/ quant il eut parfaicte amour qui subtillement scet cueurs ravir le fist estre amoureux de son ymage & pour luy fut agrigé des maulx d’amours/ plains & clamours a piteux souspirs luy faisoit/ mais l’ymage de pierre ne l’entendoit. Au temple de venus s’en alla pymalion & tant luy fist devote clamour que la deesse en eut pitié/ & en demonstrance de ce le brandon que elle tenoit a parluy s’esprint & aluma. Adonc pour le signe fut joyeux l’amant & vers son ymage s’en va & entre ses bras le print & tant l’eschaufa a sa chair nue que l’ymage eut vie & a parler se print & ainsi pymalion eut joye recouvree.

A ceste fable pevent estre mises maintes expositions & semblablement a toutes aultres fables et pour ce les firent les poetes affin que les entendemens des hommes se aguisassent & subtilliassent a y trouver divers propos. Si peult estre entendu que pymalion desprisa la vilité des femmes folieuses & s’enamoura d’une pucelle de tresgrant beaulté/ laquelle ne vouloit ou ne pouoit entendre ses piteux plaingz nonplus que se de pierre fust. L’ymage avoit faicte. C’est que par penser a ses belles beaultés s’estoit enamouré/ mais en la parfin tant la pria & tant s’en tint pres que elle l’ayma a sa voulenté & l’eut a mariage & ainsi eut l’ymage dur comme pierre recouvree vie par la deesse venus.

Si veult dire que le bon chevalier ne doibt estre assoté de sy fait ymage en telle maniere qu’il en laisse a suyvir le mestier d’armes auquel il est obligé par l’ordre de chevalerie. Et a ce propos dit aptalim/ impartinente chose est a prince de soy assoter de chose qui soit a reprendre.

xxii Alegorie L’ymage pymalion dont le bon chevalier ne se doibt assoter prendrons le peché de luxure/ dont l’esperit chevalereux doit garder son corps de luxure/ dit sainct hierome en une epistre. O feu d’enfer de qui la busche c’est gloutonnie/ la flamme c’est orgueil/ les flamesches sont corrumpues parolles/ la fumee c’est mauvaise renommee/ la cendre c’est povreté/ & la fin est le torment d’enfer. A ce propos dit sainct pierre l’apostre.

Voluptatem existimantes delicias coinquinationis/ & macule deliciis affluentes conviviis suis luxuriantes. secunde petri. ii. ca.

xxiii Texte De dianes soyes recors Pour l’honnesteté de ton corps Car ne luy plaist vie touillie Ne deshonneste ne souillie.

xxiii Glose.

Dyane c’est la lune. et comme il ne est riens tant maulvais qui n’ait aulcune proprieté/ la lune donne condicion chaste/ & la nommerent d’une dame ainsi nommee qui fut moult chaste & tousjours vierge. Si veult dire que honnesteté de corps bien appartient a bon chevalier. A ce propos dit hermes. Celui ne pourroit estre de parfait sens qui en lui n’airoit chasteté.

xxiii Alegorie Et pour ramener les articles de la foy a nostre propos/ les quelz ne pourroient prouffiter au bon esperit chevalereux prendrons pour diane dieu de paradis/ lequel est sans tache aulcune/ amour de toute netteté/ & a qui chose souillee ne pourroit estre aggreable au createur du ciel & de la terre. Laquelle chose est necessaire a croire au bon esperit/ sicomme dit le premier article de la foy que dist monseigneur sainct pierre.

Credo in deum patrem omnipotentem creatorem celi et terre.

xxiiii Texte.

La deesse ceres resemble Qui les bledz donne & nul n’emble Ainsi doibt estre abandonné Bon chevalier bien ordonné xxiiii Glose Ceres fut une dame qui trouva l’art de arer les terres car devant semoient les gaignages sans labourer. Et pour ce que plus abondamment porta la terre apres ce que elle eut esté aree disrent que elle estoit deesse des bledz et la terre nommerent de son nom. Si veult dire que ainsi comme la terre est abandonnee et large donnerresse de tous biens/ doibt estre aussi le bon chevalier a toutes personnes abandonné/ et donner son ayde et reconforter selon son pouoir. et dit aristote. Soies liberal donneur & tu acquerras amis.

xxiiii Allegorie Ceres a qui doit ressembler le bon chevalier prendrons pour le benoit filz de dieu/ que le bon esperit doibt ensuivir qui tant nous a largement donné de ses haultz biens. Et en luy doit estre creu fermement/ sicomme dit le second article que dit sainct Jehan ou il dit.

Et in jesum christum filium ejus unicum dominum nostrum.

xxv Texte.

Toutes vertus entes et plantes En toy comme ysis fait les plantes Et tous les grains fructifier Ainsy doibs tu edifier xxv Glose.

Ysis dient aussi estre deesse des plantes et de cultiveure qui leur a donné vigueur et croissance de multiplier. pour ce dit au bon chevalier et donne comparaison que ainsy doit il fructifier en toutes vertus/ et tout mal vice eschiver. Et dit hermes a ce propos. O homme se tu sçavoies l’inconvenient de vice comme tu t’en garderoies. Et se le louyer congnoissoyes de vaillance comme tu l’aimerois.

xxv Allegorie La ou il dit que a isys qui est plantureuse doibt ressembler pouons entendre la benoite conception de jesucrist par le saint esperit en la benoicte vierge marie mere de toute grace/ de qui les grans louenges ne pourroient estre ymaginees ne dittes entierement/ laquelle digne conception doit le bon esperit avoir entee en soy et tenir fermement le digne article sicomme le dit saint Jaques le grant.

Qui conceptus est de spiritu sancto natus ex maria virgine.

xxvi Texte.

Ne te tiens pas au jugement Midas/ qui mie sagement Ne juga/ sy ne t’y conseilles Car il eut pour ce d’asne oreilles xxvi Glose Midas fut ung roy qui eut petit entendement/ et dit une fable que phebus & pan le dieu des pastours estrivoient ensemble & disoit phebus que le son de la lire faisoit plus a louer que le son du fretel ou du flajol et pan soustenoit l’opposite & disoit que plus faisoit a louer celluy du fretel sur midas se mirent du jugement de ce discort/ et apres ce que tous deux eurent joué devant Midas a long loisir/ il juga que mieulx valoit le son du fretel. Si dit la fable que phebus qui airé fut en despit de son rude jugement luy fist avoir oreilles d’asnes en demonstrance que entendement d’asne avoit qui si rudement avoit jugé. Si peut estre que aucun juga follement contre ung prince qu’il punit par luy faire porter sur luy aucun signe de fol qui a entendre par les oreilles d’asne. Si est a entendre ceste fable que bon chevalier ne se doit tenir a fol jugement non fondé sur rayson ne luy mesmes ne doit estre juge de folle sentence. A ce propos dit ung philosophe. Le fol est comme la taulpe qui oyt et n’entent & dyogenes compare le fol a la pierre.

xxvi. Allegorie Le jugement midas ou le bon chevalier ne se doibt tenir pouons prendre pilate/ qui le benoict filz de dieu juga a prendre lier et pendre au gibet de la croix comme larron lui qui estoit pur sans tache. Si est a entendre/ que bon esperit se doit garder de jugier l’innocent: & doibt croire l’article que dit sainct andrieu.

Passus sub pontio pilato crucifixus mortuus et sepultus.

xxvii Texte Se as loyaulx compaignons d’armes Jusqu’en enfer ou sont les armes Tu dois aller secourir les Au besoing com fist hercules xxvii Glose Dit une fable que pirotheus et theseus allerent en enfer pour proserpine rescourre que pluto eut ravie: et mal habillez y eussent esté se hercules qui leur compaignon yre ne les eust secourus/ qui tant y fist d’armes que tous les infernaulx mist en effroy. Et a cerberus le portier d’enfer couppa les chaines. si veult dire que le bon chevalier ne doibt faillir a son loyal compaignon pour doubte de peril quel qu’il soit/ car loyalle compaignie doibt estre une mesme chose. Et pitagoras dit. Tu dois garder l’amour de ton amy diligemment.

xxvii Allegorie Ce que l’auctorité dit que il doit secourir ses loyaulx compaignons d’armes jusques en enfer pouons entendre la benoite ame de jesuchrist qui tira hors les bonnes ames des sains patriarches et prophetes qui au lymbe estoient et par exemple doit faire le bon esperit et traire a soy toutes vertus & croire l’article sicomme le dit saint philippe.

Descendit ad inferna.

xxviii Texte Aymes & prises cadmus Et ses disciples chiers tenus Soient de toy/ car la fontaine Gaigna du serpent a grant peine.

xxviii Glose.

Cadmus fut ung moult noble & fonda thebes qui cité fut de moult grant renommee/ l’estude y mist/ & luy mesmes fut moult lettré & de grant science. Et pour ce dit la fable que il dompta le serpent a la fontaine/ c’est a entendre science et sagesse qui tousjours sourt.

Le serpent est noté pour la peine & travail qu’il convient a l’estudiant dompter ains qu’il ait science acquise/ & dit la fable que luy mesmes devint serpent/ qui est a entendre que corrigeur & maistre fut des autres. si veult dire othea que le bon chevalier doibt aymer et honorer les clercz lettrez qui sont fondez en sciences. A ce propos dit Aristote a Alixandre/ honorez sapience & la fortifiez par bons maistres.

xxviii Alegorie Cadmus qui dompta le serpent a la fontaine que le bon chevalier doibt aymer pouons entendre la benoicte humanité de jesuchrist qui dompta le serpent/ & gaigna la fontaine c’est la vie de ce monde qu’il passa a grant peine & a grant travail/ dont il eut parfaicte victoire quant il resuscita au tiers jour. Sicomme dit sainct thomas.

Tertia die resurrexit a mortuis.

xxix Texte Moult te delictes au sçavoir Yo/ plus qu’en nul aultre avoir Car par ce pourras moult aprendre Et du bien largement comprendre.

xxix Glose.

Yo fut une damoiselle fille du roy ynacus qui moult fut de grant sçavoir et trouva maintes manieres de lettres qui devant n’avoient esté veues/ combien que aulcunes fables disent que yo fut amye jupiter & que vache devint & puis femme commune fut/ mais comme les poetes aient mussé verité soubz couverture de fable peult estre entendu que jupiter l’ayma/ c’est a entendre les vertus de jupiter qui en elle furent elle devint vache/ car sicomme la vache qui donne lait lequel est doulx & nourrissant elle donna par les lettres que elle trouva doulce nourriture a l’entendement/ ce que elle fut femme commune peult estre entendu que son sens fut commun a tous comme lettres sont communes a toutes gens.

Pource dit que le bon chevalier doibt moult aymer yo qui peult estre entendu pour lettres & escriptures & les hystoires des bons que le bon chevalier doibt voulentiers ouyr racompter & lyre & dont l’exemple luy peult estre vaillable. A ce propos dit Hermes. Qui s’efforce de acquerir science & bonnes meurs/ il trouve ce qui luy plaist en ce monde & en l’autre.

xxix Alegorie Yo qui est notee par lettres & escriptures nous pouons entendre que le bon esperit se doibt delicter a lyre les sainctes escriptures & les avoir escriptes en sa pensee & par ce pourra apprendre a monter au ciel avec jesuchrist par bonnes oeuvres et saincte contemplation/ et croire le digne article que dist sainct Barthelemy.

Ascendit ad celos sedet ad dexteram dei patris omnipotentis.

xxx Texte.

Gardes en quelque lieu que soyes Qu’endormi des flageolz ne soyes Mercurius/ qui souef chante Les gens o son flageol enchante xxx Glose.

Dit une fable que quant jupiter aymoit yo la belle que juno en fut en moult grant suspicion/ et du ciel descendit en une nuee pour son mary surprendre au fait/ mais quant jupiter la veit venir il mua s’amie en une vache/ mais juno n’en fut pourtant hors de pensee/ ains la vache luy demanda en don et jupiter maulgré son courage luy ottroya comme celuy qui refuser ne luy osa pour doubte de suspicion. Adonc juno a argus son vachier qui cent yeulz avoit bailla la vache a garder/ et tousjours la guettoit. Mais le dieu mercurius par le commandement jupiter print son flagol qui souef chante/ et tant corna a l’oreille argus que de tous ses cent yeulx l’un apres l’autre l’endormit puis luy osta la vache & le chief luy trencha. L’exposicion de ceste fable peult estre que aucun puissant homme ayma une damoiselle que sa femme voulut avoir pour guetter que son mari n’y peust advenir/ et grans gardes y myst & cler voyans qui peult estre noté par les yeulx argus/ mais l’amant par personne malicieuse et bien parlante fist tant faire que les gardes se consentirent a rendre s’amye ainsi furent endormis par le flagol mercurius et eurent le chief trenchié. Pour ce dit au bon chevalier que a tel flagol ne se doibt laisser endormir que il ne soit desrobé de ce que il doit bien garder. Et a ce propos dit hermes/ gardez vous de ceulx qui se gouvernent par malice.

xxx Allegorie.

Par les flagolz mercurius pouons entendre que par l’ancien ennemy le bon esperit ne soit deceu d’aulcune incredulité sur la foy ou aultrement. Et doibt croire fermement l’article que dit Sainct mathieu l’evangeliste qui dit que nostreseigneur vendra juger les vifz et les mors ou il dit.

Inde venturus judicare vivos & mortuos.

xxxi Texte.

Croy que pirrus ressemblera Son pere et encor troublera Ses ennemis par grever les La mort vengera d’achiles xxxi Glose.

Pirrus fut filz achilles et bien ressembla son pere de force et de hardement. Et apres la mort de son pere vint sur troye et moult asprement venga le pere & moult dommaga les troyens. pour ce dit au bon chevalier que se il a meffait au pere que il se garde du filz quant en aage sera/ car se le pere a esté vaillant semblablement doibvera estre le filz. A ce propos dit ung sage. La mort du pere attrait la vengance du filz.

xxxi Allegorie La ou il dit que pirrus ressemblera son pere pouons entendre le sainct esperit/ lequel procede du pere en qui doit croire le bon esperit sicomme dit Saint jaques le myneur.

Credo in spiritum sanctum.

xxxii Texte.

Frequente le temple & honneures Le dieu des cieulx en toutes heures Et de cassandra tien l’usage Se tu veulx estre tenu sage xxxii Glose Cassandra fut fille au roy priam/ et moult fut bonne dame & devote en leur loy les dieux servoit et le temple hantoit & pou parloit sans necessité: & quant parler luy convenoit elle ne disoit chose qui veritable ne fust ne en mensonge ne fut oncques trouvee trop fut saige cassandra/ pour ce dit au bon chevalier que a celle doibt ressembler/ car parolle mensongiere est moult a reprendre en bouche de chevalier/ si doit dieu servir et le temple honnourer c’est a entendre l’eglise et ses ministres. Et dit pitagoras treslouable chose est servir a dieu & sanctifier ses sains.

xxxii Allegorie L’auctorité dit que le temple doibt frequenter le bon chevalier par semblable cas doit faire le bon esperit et doit avoir singuliere devocion en saincte eglise catholicque et en la communion des saintz sicomme dit l’article/ que dit Sainct simon.

Sanctam ecclesiam catholicam sanctorum communionem.

xxxiii Texte.

Se tu vas moult souvent par mer Tu dois neptunus reclamer Et bien dois celebrer sa feste Affin qu’il te gard de tempeste xxxiii Glose Neptunus selon la loy des payens estoit appellé le dieu de la mer. Et pour ce disoit au bon chevalier que il le deveroit servir affin que il luy fust secourable/ sur mer si est a entendre que les chevaliers qui souvent vont en maintz voyages en mer ou autres divers perilz ont plus necessité d’estre devotz & servir dieu et les sainctz que aultres gens/ affin que au besoing leur soient secourables/ et aydans et doivent prendre singuliere devocion a aucun sainct par devotes oraisons/ par quoy ilz se reclament a luy en leur besoing & comme il ne suffist pas seulement oraison de bouche/ dit ung sage. Je ne repute mie dieu estre seulement servi par parolles mais par bonnes oeuvres et bonne vie mener.

xxxiii Allegorie Neptunus que le bon chevalier doit reclamer se il va souvent par mer prendrons que le bon esperit qui est continuellement en la mer du monde doit reclamer devotement son createur & prier que se il luy doint vivre que il puisse avoir remission de ses pechez/ et doibt croire l’article que dit Sainct jude.

Remissionem peccatorum.

xxxiiii Texte Ayes a toute heure regard A attropos et a son dart Qui fiert et n’espargne nul ame Ce te fera penser de l’ame xxxiiii Glose Les poetes appellerent la mort attropos pource veult dire au bon chevalier que il doit penser que tousjours ne vivra mie en cestui monde mais tost s’en partira/ si doit plus user des vertus de l’ame que soy delicter es vices du corps. Et a ce doit tout chrestien penser affin qu’il ait a memoire la promission de l’ame qui durera sans fin. Et a ce propos dit pitagoras que ainsi comme nostre commandement vient de dieu/ convient que nostre fin y soit.

xxxiiii Allegorie La ou dit au bon chevalier que il ait regard a attropos qui est notee la mort semblablement doibt avoir le bon esperit/ qui par les merites de la passion de nostre seigneur jesucrist doit avoir ferme esperance avec la peine et diligence que il mettra a avoir paradis en la fin. Et doibt croire fermement que il ressuscitera au jour du jugement/ et aura vie pardurable/ se il le dessert comme dit le dernier article que dit saint Mathias.

Carnis resurrectionem vitam eternam. Amen.

xxxv Texte.

Bellorophon soit exemplaire En tous les faitz que tu veulz faire Qui mieulx ayma vouloir mourir Que desloyauté encourir xxxv Glose.

Bellorophon fut ung chevalier de moult grant beauté & plain de loiauté sa marrastre fut forment esprinse de s’amour/ mais pour ce que il ne voulut consentir sa voulenté/ elle fist tant que il fut condemné a estre devoré des fieres bestes/ & il ayma mieulx eslire la mort que faire desloyauté si dit au bon chevalier que pour doubte de mort encourir ne doibt faire desloyauté. A ce propos dit hermes/ tu doibs mieulx vouloir mourir sans cause que faire desconvenue ne desloyaulté. Or vendrons a desclairer les commandemens de la loy/ & y prendrons allegorie a nostre propos.

xxxv Allegorie Bellorophon qui tant fut plain de loyaulté peult noter dieu de paradis/ et comme sa digne misericorde nous ait esté et soit plaine de loyaulté nous y pouons prendre le premier commandement qui dit. Tu n’adoureras point dieux estranges/ C’est a dire ce dit sainct augustin l’onneur qui est appellé latrye tu ne la porteras ne a ydole ne a ymage ne a semblance ne a quelconque creature/ car c’est honneur deue tant seulement a dieu/ en ce commandement est deffendu toute ydolatrie de cecy parle nostre seigneur en l’evangile.

Dominum deum tuum adorabis & illi soli servies. Mathei quarto capitulo.

xxxvi Texte Menimom ton loyal cousin Qui a tout besoing t’est voisin Et tant t’ayme/ tu le doibs aymer Et pour son besoing toy armer xxxvi Glose Menimom fut cousin Hector & de la lignee aux troyens & quant hector estoit es fiers estours & es batailles ou maintesfois durement estoit empressé de ses ennemis menimom qui tant fut vaillant chevalier le suyvoit de pres si secouroit hector et departoit les grans presses & bien y parut car quant achiles l’eut en trahyson occis menimom navra durement achiles & l’eust occis se bref secours ne luy fust venu. Pource dit au bon chevalier que il le doibt aymer & secourir a son besoing & est a entendre que tout prince et bon chevalier qui ait parent quelque petit ou povre qu’il soit bon & loyal le doibt aymer & le doibt porter en ses affaires/ & par especial quant le sent estre loyal a soy/ & avient aulcunes fois que ung grant prince est plus aymé & plus loyaument de son povre parent que du bien puissant et a ce propos dit le philosophe Rabion/ multiplie tes amys/ car ilz te seront secourables.

xxxvi Alegorie Menimom le loyal cousin pouons encor prendre dieu de paradis qui bien nous a esté loyal cousin de prendre nostre humanité auquel nous ne pourrons guerdonner/ si y pouons prendre le.ii. commandement qui dit.

Tu ne prendras pas le nom de dieu en vain/ c’est a dire ce dit sainct augustin. Tu ne jureras point deshonnestement ne sans cause ne pour coulourer faulcesté car il ne peult estre plus grant abusion que de amener en tesmoignage de faulceté la souveraine & tres ferme verité/ & en ce commandement est deffendue toute mensonge/ tout parjure/ & tout blaspheme. A ce propos dit la loy.

Non habebit dominus insontem eum qui assumpserit nomen domini dei sui frustra. xx. capitulo.

xxxvii Texte Avise toy ains que parolle De grant menace nice & fole De ta bouche ysse par trop dire Et en leomedon te mire xxxvii Glose Leomedon fut roy de troye & pere priam/ et quant jason hercules & ses compaignons alloyent en colcos pour la toison d’or querre et ilz furent arrivez & descenduz au port de troye pour eulx refreschir sans nul mal faire a la contree/ adonc leomedon comme mal advisé les envoya par ses messagiers laidement conraier de sa terre et fort menacer se tost ne vuydoient dont les barons gregoys par icelluy conraiement se tindrent tant estre injuriez que apres s’en ensuyvit la premiere destruction de troye.

Pource veult dire au bon chevalier que comme parolle de menace soit layde & vilaine doibt estre moult pesee ains qu’elle soit dicte/ car maintz grans maulx en sont souvent ensuyvis. A ce propos dit le poete Omer. Celuy est sage qui sa langue scet refrener.

xxxvii Alegorie Comme parolle de grant menace viengne de arrogance & briser commandement soit aussi oultrecuidance pouons prendre que nul ne doit briser les festes/ car c’est contre le commandement qui dit. Souvienne toy de sanctifier le jour du sabbat/ parquoy nous est commandé dit sainct augustin que le dimenche nous festons en lieu du sabbat aux juifz nous le devons solenniser en repos de corps & en cessant de toutes oeuvres serviles & en repos de l’ame en cessant de tous pechez/ & de ce repos parle ysaÿe le prophete.

Quiescite agere perverse/ discite benefacere.

xxxviii Texte Ne cuydes pas estre certain Ainçoys la verité atain Pour ung pou de presumption Piramus t’en fait mention xxxviii Glose Piramus fut ung jouvencel de la cité de babilone et quant il n’avoit que vii. ans d’aage amour le navra de son dart & fut espris de l’amour tisblé belle damoiselle & gente & sa pareille d’aage. Et pour la grant frequentence des deux amans ensemble fut apperceue leur grant amour & par ung serf fut accusee a la mere a la damoiselle qui sa fille print & enferma en ses chambres & dist que bien la garderoit de hanter piramus grant fut la douleur des deux enfans pour celle cause & leurs plains & pleurs moult piteux long dura celle prison/ mais au feur que leur aage croissoit embrasoit en eulx l’amoureuse estincelle qui pour longue absence point n’estaignoit/ mais comme entre les palais aux parens aux deux amans n’eust que une paroy tisblé ung jour avisa la paroy crevee