par ou on veoit la lueur de l’autre part/ adonc le mordant de sa sainture ficha par la creveure affin que son amy l’apperceust ce que il fist assez briefment & la firent souvent leurs assemblees les deux amans a moult piteuses complaintes/ a la parfin comme par trop aymer contrains fut leur accord tel que la nuit au premier somme se embleroient de leurs parens & devoient assembler soubz ung murier blanc hors de la cité sur une fontaine ou en leur enfance souloient jouer quant tisblé fut venue a la fontaine seule & paoureuse adonc ouyt ung lyon venir moult roidement dont elle plaine de paour s’en fuyt cacher en ung buisson au plus prochain/ mais en la voye luy cheut sa blanche guimple mais toute l’eut souillee & ensenglantee le lyon qui sur eut vomy l’entraille des bestes que il eut devorees. Oultre mesure fut grande la douleur Piramus qui cuyda s’amye estre devoree des fieres bestes dont apres moult piteux regretz se occist de son espee. Tisblé saillit du buisson/ mais quant elle entendit les souspirs de son amy qui mouroit & veit l’espee & le sang adonc par grant douleur sur son amy cheut qui a elle parler ne peult/ & apres plusieurs grans plains/ regretz et pasmoisons se occist de la mesme espee/ & dit la fable que pour icelle pitié devint lors la mure noire qui souloit estre blanche. Et pource que par petite achoison advint si grande male adventure dit au bon chevalier que a petite enseigne ne doibt donner grant foy. A ce propos dit ung sage. Ne te rendz mye certain des choses qui sont en doubte ains que tu ayes faicte convenable informacion.
xxxviii Allegorie De ce que il dit ne cuide estre certain pouons noter l’ignorance que avons en enfance ou nous sommes soubz la correction de pere et de mere & pour les biens fais que nous recepvons de eulx pouons entendre le quart commandement qui dit honnores pere & mere/ lequel expose sainct augustin en disant que nous devons nos parens honnorer en deux manieres en leur portant deue reverence & en leur administrant leurs necessitez/ a ce propos dit le sage.
Honora patrem tuum et genitus matris tue ne obliviscaris.
ecclesiastici. vii. capitulo.
xxxix Texte Croy pour la santé de ton corps D’esculapion les rapors Et nompas de l’enchanteresse Circés/ qui trop est tromperesse.
xxxix Glose Esculapius fut ung moult sage clerc qui trouva la science de medecine & en fist livres/ & pour ce dit au bon chevalier que il croye ses rapors sur sa santé/ c’est a dire se il a besoing que il se tourne vers les mires et medecins/ nonmie es sors de circés qui fut enchanteresse/ & peult estre dit pour ceulx qui en leurs maladies usent de sors/ de charmes & d’enchantemens & cuident par ce avoir garison qui est chose deffendue & contre les commandemens de saincte eglise & dont nul bon chrestien ne doibt user/ platon repudia & ardit les livres d’enchantemens & de sors fais sur medecine dont ung temps avoient usé et approuva & se tint a ceulx de science raisonnable & de experience.
xxxix Alegorie Pour esculapion qui fut phisicien & mire pouons entendre le quint commandement qui dit. Tu n’occiras point/ c’est a dire ne de cueur/ ne de langue ne de main/ & si est deffendue toute violence percussion & corporelle blesseure & n’est ici deffendu aux princes aux juges & aux maistres de justice mettre a mort les malfaicteurs mais tant seulement a ceulx qui n’en ont point de auctorité/ mais que en cas de necessité la ou ung homme ne pourroit aultrement eschaper auquel cas les drois seuffrent bien tuer aultruy en son corps deffendant aultrement non. A ce propos dit l’evangile.
[Qui gladio occiderit oportet eum in gladio occidi. Luce xiii. cap.]
xl Texte.
A cil a qui trop as meffait Qui ne s’en peult venger de fait Ne t’y fies/ car mal en prent La mort achilles le t’aprent xl Glose.
Achilles fist moult de griefz aux troiens & au roy priam occist plusieurs de ses enfans hector troylus & autres dont haÿr le devoit/ non obstant ce achilles se fya en la royne hecuba femme priam a qui il eut occis ses enfans par trahison et alla par nuit parler a elle pour traicter du mariage de polixene sa fille et de luy & la fut occis par paris & ses compaignons par le commandement de la royne sa mere au temple apolin pour ce dit au bon chevalier que ne se doibt fyer en son ennemy a qui trop a meffait sans faire a luy paix ne aulcune amende. A ce propos dit ung sage/ garde toy des aguetz de ton ennemy qui vengier ne se peult.
xl Allegorie.
Comme en celluy a qui as meffait ne te doibs fier. Nous prendrons que comme nous devons doubter les vengances de dieu soit necessaire tenir le commandement qui dit. Tu ne feras de meschief/ c’est a dire de adultere ne de fornicacion/ et si est defendu ce dit ysodore toute illicite couple charnelle qui n’est en cas de mariage et tout desordonné usage des membres genitales. A ce propos dit la loy.
Morte moriantur mechus et adultera levitici. xx. ca.
xli Texte.
Ne ressembles mie busierres Qui trop plus mauvais que lierres Sa cruaulté fait a reprendre A telz faitz ne te vueilles prendre xli Glose Busierres fut ung roy de merveilleuse cruaulté et moult se delectoit en l’occision des hommes/ et de fait luymesmes en ses temples les occisoyt de couteaulz et en faisoit sacrifice a ses dieux. Pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doit delecter en l’occision de humaine creature. Car telle cruaulté est contre dieu contre nature et contre toute bonté. A ce propos dit socrates au bon conseillier se ton prince est cruel tu le dois amoderer par bons exemples.
xli Allegorie.
Busierres qui fut homicide & contraire a humaine nature/ pouons noter la defence que nous fait le commandement qui dit/ tu ne feras point larcin/ et si est defendu ce que dit Sainct augustin toute illicite usurpacion des choses d’aultruy tout sacrilege toute rapine toute chose tollue par force/ & par seigneurie sur le peuple sans raison. A ce propos dit saint pol l’apostre.
Qui furabatur jam non furetur. ad epheseos. iiii. ca.
xlii Texte N’ayes pas si chier ta plaisance Que trop mettes en grant balance Ta vie/ que tu doibs aymer Lehander est peri en mer.
xlii Glose Lehander fut ung damoisel qui trop aymoit de grant amour Hero la belle/ & comme il y eust ung bras de mer entre les manoirs aux deux amans le passoit lehander tout a nage par nuyt moult souventesfois pour sa dame veoir qui pres du rivage avoit son chasteau affin que leur amour ne fust apperceue/ mais il advint que ung grant orage de temps leva qui par plusieurs jours dura la marine qui destournoyt la joye des amans. Si advint une nuyt que lehander contraint de trop grant desir se mist en la mer au temps de l’orage & la fut sy loing porté par les vagues perilleuses que il luy convint perir piteusement/ Hero qui fut de l’autre part en grant soucy pour son amy quant elle veit le corps venir flotant au rivage adonc estrainte d’une merveilleuse douleur se getta en la mer & en embrassant le corps pery elle fut noyee. Pource dit au bon chevalier que tant ne doibt aymer son delit que pour ce doye mettre sa vie en trop grant aventure. Si dit ung sage. je me esmerveille de ce que je voy tant de perilz souffrir pour le delit du corps/ & faire si petite pourveance a l’ame qui est perpetuelle.
xlii Alegorie.
Comme l’auctorité deffend que il n’ait si chiere sa plaisance peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne parleras point faulx tesmoignages contre ton prochain. Et si est deffendu ce dit sainct augustin toute faulse accusation/ murmuration/ detraction/ tout faulx rapport/ & diffamation d’aultruy & est assavoir ce dit ysodore que le faulx tesmoing fait villanie a trois parties/ c’estassavoir a dieu que il despite en le parjurant/ au juge que il desçoyt en mentant/ & a son prochain que il blesse en faulcement contre luy deposant. Et pour ce dit l’escripture.
Testis falsus non erit impunitus/ & qui loquitur mendacia non effugiet. Proverbiorum. xix. capitulo.
xliii Texte Rens helaine s’on la demande Car en grant meffait gist amende Et mieulx vault tost paix consentir Que tard venir au repentir xliii Glose.
Helayne fut femme au roy menelaus & ravie par paris en grece/ & quant les grecz furent venus sur troye a grant armee pour la vengeance d’icelluy fait/ ains qu’ilz meffeissent a la terre ilz requirent que helayne leur fust rendue & amende leur fust faicte de celle offence ou si non ilz destruiroient le pays/ et pource que riens n’en voulurent faire les troyens s’en ensuyvit le grant meschief qui depuis leur advint/ pour ce veult dire au bon chevalier que se il a folie encouvenancee mieulx lui vault la delaisser & faire paix que la poursuyvre que mal ne luy en aviengne. pour ce dit le philosophe Platon.
Se tu as fait injure a qui que ce soit tu ne doibs estre aise jusques a tant que tu soyes a luy accordé et fait paix.
xliii Alegorie.
Helayne qui doit estre rendue peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne desireras point la femme de ton prochain par quoy est deffendu ce dit sainct augustin la pensee & la voulenté de faire fornication dont le fait est deffendu devant par le. vi. commandement/ car dit nostreseigneur en l’evangile.
Qui viderit mulierem ad concupiscendam eam jam mechatus est in corde suo. Matthei. vi. capitulo.
xliiii Texte Ne ressemble pas la deesse Aurora qui rent grant leesse Aux aultres quant vient a son heure Et pour soy tient tristesse & pleure.
xliiii Glose.
Aurora c’est le point du jour & disent les fables que c’est une deesse et que elle eut ung sien filz occis en la bataille de troye qui cinus fut nommé & pour ce que deesse estoit elle avoit la puissance de ce faire elle mua le corps de son filz en ung cinne & de la vindrent les premiers cinnes. Celle dame estoit de sy grant beaulté que elle resjouissoit tous ceulx qui la veoyent/ mais toute sa vie ploura son filz cinnus qui fut mort & encore le plore ce dit la fable/ car la rousee qui chiet au point du jour disent que c’est aurora qui plore son filz cinnus/ Pource dit que le bon chevalier qui par ses bonnes vertus resjouist les aultres ne doibt estre triste mais joyeux & moderé gratieusement/ pource dit Aristote a Alixandre le grant/ quelque tristesse que ton cueur ait doibs tousjours monstrer lyé visage devant ta gent.
xliiii Alegorie Aurora qui pleure pouons entendre que nul desir ne doibt plourer en nous par couvoiter chose non deue. Et par ce pouons nous noter le.x. et derrenier commandement qui dit. Tu ne couvoiteras pas la maison de ton prochain/ ne son beuf/ ne son asne/ ne chose que il ait/ parquoy ce dit sainct Augustin est deffendue la voulenté de faire larrecin ou rapine/ dont le fait est deffendu devant par le.vii. commandement/ et a ce propos dit David en son psaultier.
Nolite sperare in iniquitate. Rapinas nolite concupiscere.
xlv Texte.
Pour tant se pasiphé fut folle Ne vueilles lire en ton escolle Que telles soyent toutes femmes Car il est maintes vaillans dames xlv Glose.
Pasiphé fut une royne et disent aucunes fables que elle fut femme de grant dissolution & mesmement que elle ayma ung thoreau et que mere fut mynothaurus qui fut moitié homme & moitie thoreau qui est a entendre que elle acointa ung homme de vile condicion de qui elle conceut ung homme qui estoit de grant cruaulté & de merveilleuse force/ et pource qu’il eut forme de homme & nature de thoreau & ce que il fut fort et de grant aspreté et si mauvais que tout le pays essilloit/ disrent les poetes par fiction que il fut moitié homme et moitié toreau et pour ce se ceste dame fut de vile condicion veult dire au bon chevalier que il ne doit dire ne souffrir qu’il soit dit que toutes femmes soient semblables comme la verité soit manifeste au contraire. Galien aprint la science de medecine de une moult vaillante femme & sage appellee clempare qui luy aprint a congnoistre maintes bonnes herbes et leurs proprietez.
xlv Allegorie.
Pasiphé qui fut folle pouons entendre l’ame retournee a dieu. Et dit saint gregoire es omelies que plus grant joye est menee aux cieulx d’une ame retournee a dieu que de ung qui a tousjours esté ainsi comme le capitaine en la bataille ayme mieulx le chevalier qui s’en estoit fuy et puis est retourné/ & apres son retour a fort navré l’ennemy que cellui qui n’a fait nul beau fait. et comme le laboureur aime mieulx la terre qui apres les espines porte abondamment fruit que celle qui n’eut oncques nulles espines & n’a point porté fruit. A ce propos dit dieu par le prophete.
Revertatur unusquisque a via sua pessima & propicius ero iniquitati & peccato ipsorum. Hieremie. xxvi. ca.
xlvi Texte Se filles as a marier Et tu les veulx aparier A hommes dont ne mal te vienne Du roy adrastus te souvienne xlvi Glose.
Adrastus fut roy de arges & moult puissant & preudhoms deux chevaliers errans l’un appelle polmites & l’autre thideus se combatoient par nuyt obscure soubz le portail de son palais dont l’un calengoit le logis de l’autre pour cause du fort temps & de la grosse pluye qui les avoit toute nuit tormentez & la s’estoient d’aventure embatus/ A celle heure le roy se leva qui avoit ouy la noise de espees sur les escus & vint departir les deux chevaliers. Polmites estoit filz au roy de thebes & thideus a ung aultre roy de grece mais de leurs terres furent exillez/ grandement honnora Adrastus les deux barons puis leur donna en mariage deux moult belles filles que il avoit/ apres pour mettre polmites au droit de sa terre que ethiocles son frere tenoit fist grant armee le roy adrastus & sur thebes allerent a grant ost desconfitz & mors & prins y furent tous & les deux gendres du roy mortz/ & les freres dont le descord estoit s’entre occirent en la bataille & ne demeura de tous fors adrastus luy tiers de chevaliers/ & pour ce que a gens exillez remettre en leurs droictz a moult affaire dit au bon chevalier que en tel cas doibt avoir conseil & se doibt mirer en la dicte aventure/ & comme Adrastus eut songé une nuyt que il donnoit ses deux filles par mariage a ung lyon & a ung dragon qui ensemble se combatoient/ dit l’expositeur des songes que songe vient de la fantasie qui peult estre demonstrance de bonne ou de male aventure qui doibt advenir aux creatures.
xlvi Alegorie Ou il est dit que se filles a a marier que il garde a qui il les donnera/ nous pouons entendre que le bon esperit chevalereux a dieu doibt bien regarder a qui il s’acompaigne s’il advient qu’en compaignie vueille aller comme fist le bon thobie/ aussi doit toutes assigner ses pensees en sainctes meditations & dit sainct augustin en ung epistre que ceulz qui ont aprins de nostreseigneur a estre debonnaire & humbles proffitent plus en meditant & en priant que ilz ne font en lysant & en oyant/ pource disoit david en son psaultier.
Meditabar in mandatis tuis que dilexi.
xlvii Texte De cupido/ se jeune & cointes Es/ assez me plaist que t’acointes Par mesure comment qu’il aille Il plaist bien au dieu de bataille.
xlvii Glose Cupido c’est le dieu d’amours/ & pource qu’il ne messiet point a jeune chevalier estre amoureux de dame qui soyt vaillable/ ains en pevent mieulx valoir ses condicions mais que le moyen y sache garder & qui est chose assez advisant aux armes/ dit au bon chevalier que elle consent assez que de cupido s’acointe/ & dit ung philosophe que aymer de bon courage vient de noblesse de cueur.
xlvii Alegorie Que bien plaist au dieu de bataille que de cupido s’acointe peult estre entendue penitance se le bon esperit repentant de ses pechez batailleur contre les vices est jeune & nouvel entré la droicte voye bien plaist au dieu de bataille c’est jesuchrist que il s’acointe de penitence & que jesuchrist par sa digne bataille fut nostre redempteur dit sainct bernard/ quel mot dit il de plusgrant misericorde peult on dire au pecheur qui estoit damné que la ou il s’estoit vendu par peché a l’ennemy d’enfer & n’avoit de quoy se racheter dieu le pere dist pren mon filz & le baille pour toy & le filz dist pren moy & te rachete par moy. Cecy ramentoit sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.
Non corruptibilibus auro vel argento redempti estis: sed precioso sanguine quasi agni incontaminati et immaculati jesu christi. prima petri. i. ca.
xlviii Texte N’occis pas corinis la belle Pour le raport & la nouvelle Du corbel/ car se l’occioyes Apres tu t’en repentiroyes.
xlviii Glose Corinis fut une damoiselle comme dit une fable que phebus ayma par amours le corbel qui adonc le servoit luy apporta qu’il avoit veu corinis s’amye gesir avec ung aultre damoisel/ de celle nouvelle fut tant dolent phebus que il occist s’amye des que il la veit mais a merveilles s’en repentit apres dont le corbel qui guerdon attendoit a avoir de son seigneur pour ce bien fait en fut mauldit & chassé & la plume que il souloit avoir blanche comme nege luy mua phebus en noire en signe de douleur & l’ordonna phebus des lors porteur & anonceur de males nouvelles/ & peult estre entendue l’exposition que le serviteur d’aulcun puissant homme luy raporta semblables nouvelles dont il fut chassé & deffait. Pour ce veult dire que le bon chevalier ne se doibt avansser de dire a son prince nouvelles dont il ait le cueur couroussé/ car a la fin ne luy en pourroit bien venir/ & aussi ne doibt croire raport qui luy soit fait par flaterie. A ce propos dit le philozophe hermes. Ung raporteur ou controuveur de nouvelles ou il ment a celuy a qui il les raporte ou il est faulz a celuy de qui il les dit.
xlviii Alegorie Corinis qui ne doibt estre occise nous entendrons nostre ame que nous ne devons occire par peché mais bien la garder. Et dit sainct augustin que l’ame doibt estre gardee comme le coffre qui est plain de tresor & comme le chastel qui est assiegé des ennemys & comme le roy qui se repose en sa chambre de retrait et doibt estre ceste chambre close de cinq portes qui sont les cinq sens de nature & n’est aultre chose clorre ses portes sinon que retraire les delectations des cinq sens et s’il advient que l’ame doye yssir par ses portes a ses operations foraines elle doibt meurement & rassisement & en discretion yssir & ainsi comme les princes quant ilz veullent yssir de leurs chambres ou ilz ont huyssiers devant eulx tenans maces pour faire voye en la presse/ ainsi quant l’ame doit yssir a veoyr ouyr/ parler/ & sentir/ elle doibt avoir devant soy paour pour huyssier qui doibt avoir pour mace la consideration des peines d’enfer & du jugement de dieu/ & de ainsi garder son ame amonneste le sage.
Omni custodia serva tuum cor quoniam ex ipso vita procedit.
Proverbiorum. iiii. capitulo.
xlix Texte De juno ja trop ne te chaille Se le nouel mieulx que l’escaille D’honneur/ desires a avoir Car mieulx vault prouesse qu’avoir xlix Glose Juno c’est la deesse d’avoir selon les fables des poetes et pource que avoir et richesse convient acquerir a grant peine soing & travail & que tel soing peult destourner honneur acquerre & comme honneur et vaillance soit plus louable que richesse d’autant comme le nouel vault mieulx que l’escaille/ si veult dire au bon chevalier que il n’y doibt mettre si fort sa felicité que vaillance en soit delaissee a poursuyvir. A ce propos dit hermes que mieulx vault avoir povreté en faisant bonnes oeuvres que richesse acquise laidement comme valeur soit perpetuelle & richesse deffaillance.
xlix Alegorie Juno dont il est dit que trop ne luy doibt chaloir est prins pour richesses & que le bon esperit les doibt despriser dit sainct bernard/ o filz d’adam lignee couvoiteuse a quoy aymez vous tant ces mondaines richesses qui ne sont vrayes ne vostres & vueillez ou non il les vous fault laisser a la mort/ & dit l’evangile que le chameau passeroit plus ayseement par le pertuys d’une esguille que le riche n’ataindroit au royaulme des cieulx/ car le chameau n’a que une boce sur son dos/ mais le mauvais riche en a deux/ une de mondaines possessions & l’autre de pechez/ il fault qu’il laisse sa premiere boce a la mort/ mais l’autre vueille ou non il l’emporte avec soy se il ne la laisse avant que il meure. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Facilius est camelum per foramen acus transire/ quam divitem intrare in regum celorum. Matthei. xix. capitulo.
l Texte.
Contre le conseil amphoras Ne va destruire ou tu mourras La cité de thebes ne d’arges N’assemble ost n’escus ne targes l Glose Amphoras fut moult sage clerc de la cité d’arges/ & trop sceut de science. Et quant le roy adrastus voulut aler sur thebes pour la cité destruire/ amphoras qui par science sçavoit que mal luy en vendroit dist au roy que ja n’y alast et que se il y aloit tous y seroient mors et destruis mais il n’en fut mie creu sy avint comme il l’eut dit. Pour ce veult dire au bon chevalier que le conseil du sage est peu prouffitable a celluy qui n’en veult user.
l Allegorie.
Par le conseil amphoras contre lequel ne doit aler en la bataille pouons noter que le bon esperit doit suivir les sainctes predications ce dit saint gregoire es omelies que ainsi comme la vie du corps ne peult estre soustenue sans souvent prendre sa refection corporelle/ ainsi ne peult la vie de l’ame estre soustenue sans souvent ouyr la parolle de dieu doncques les parolles de dieu que vous ouyez des oreilles corpo[re]lles recevez les en vostre cueur. Car quant la parolle ouye n’est retenue au ventre de la memoire. C’est ainsi comme l’estomac malade qui gette hors la viande et tout ainsi comme en desespere de la vie de celuy qui ne retient riens/ mais gette tout hors. Ainsi est celuy en peril de mort perdurable qui oyt les predicacions et ne les retient ne met a oeuvre/ pour ce dit l’escripture.
Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore dei. Mathei quarto ca.
li Texte.
Ta langue soit saturnine Ne soit a nul malle voisine Trop parler est laide coustume Et qui l’ot folie y presume li Glose.
Saturnus comme j’ay dit devant est planette lente & tardive et sage.
Pour ce dit au bon chevalier que sa langue luy doit ressembler car langue doit estre tardive en ce que elle ne parle trop/ et sage que de nul ne mesdie ne ne dye chose dont on s’en puist presumer folie/ car dit ung sage. A la parolle congnoist on le sage & au regard le fol.
li Allegorie.
La langue qui doibt estre saturnine/ c’est a entendre lente de parler dit a ce propos hugues de saint victor que la bouche qui n’a la garde de discretion est ainsi comme la cité qui est sans mur comme le vaissel qui n’a point de overture comme le cheval qui n’a point de frain comme la nef qui est sans gouvernail la langue mal gardee glice comme l’anguille/ perce comme sayette volle tost pert amis et multiplie ennemis noyses esmeut/ & seme discorde/ a ung coup frape & tue plusieurs personnes. Qui garde sa langue il garde son ame/ car la mort ou la vie sont en la puissance de langue. A ce propos dit david en son psaultier.
Quis est homo qui vult vitam dies diligit videre bonos prohibe linguam tuam a malo et labia ne loquantur dolum.
lii Texte.
Croy la corneille et son conseil Jamés ne soyes en esveil De malle nouvelle apporter Le plus seur est s’en deporter lii Glose.
La corneille ce dit la fable encontra le corbeau quant il portoit la nouvelle a phebus de s’amie corinis qui s’estoit meffaicte et tant luy enquist que il lui dist l’occasion de son erre/ mais elle desloua par luy donner exemple d’elle mesmes qui pour semblable cas avoit esté chassee de l’ostel pallas ou jadis souloit estre bien avancee/ mais il ne la voulut pas croire dont mal lui en ensuivit pour ce dit au bon chevalier que la corneille doit croire. Et dit platon. Ne soyes pas jengleur ne au roy grant raporteur de nouvelles.
lii Allegorie.
Que la corneille doive estre creue veult dire que le bon esperit doibt user de conseil sicomme dit sainct gregoire es moralles que force ne vault riens ou conseil n’est car force est tantost abatue se elle n’est appuyee par le don de conseil et l’ame qui a perdu dedens soy le siege de conseil par dehors se espart en divers desirs pource dit le sage.
Si intraverit sapientia cor tuum consilium custodiet te & prudentia servabit te. proverbiorum secundo. c.
liii Texte.
S’a plus fort de toy tu t’efforce A faire plusieurs jeux de force Retray toy que mal ne t’en vienne De ganimedes te souvienne liii Glose Ganimedes fut ung jouvencel de la lignee aux troyens et dit une fable que phebus et luy estoient ung jour ensemble a getter la barre de fer/ et comme ganimedes ne peult contre la force de phebus fut occis par le rebondissement de la barre/ que phebus eut si hault balancee qu’il en eut la veue perdue. Et pour ce dit que a trop plus fort & plus puissant de soy n’est mie bon l’estrif car n’en peult venir si non inconvenient.
Si dit ung sage soy jouer avec les hommes de mal gracieux jeux est signe d’orgueil et fine communement par ire.
liii Allegorie.
Comme il est dit que contre plus fort de soy ne se doibt efforcer est a entendre que le bon esperit ne doit entreprendre trop forte penitence sans conseil/ de cecy dit saint gregoire es morales que penitence ne proffite point se elle n’est discrete ne la vertu de abstinence ne vault riens se elle n’est sy ordonnee que elle ne soit pas plus aspre que le corps ne peult souffrir. Et pour ce conclud que nulle simple personne ne doit entreprendre penitence sans conseil de plus discret de luy/ pour ce dit le sage es proverbes.
Ubi multa consilia ibi erit salus. Proverbiorum. ii. ca.
Et le proverbe commun Omnia fac cum consilio et postea non penitebis.
liiii Texte Ne ressemble mye Jason Qui par medee/ la toison D’or conquist/ dont puis luy tendit Tres mauvais guerdon & rendit liiii Glose.
Jason fut ung chevalier de grece qui alla en estrange contree c’estassavoir en l’isle de colcos par l’enditement peleus son oncle qui par envie sa mort desiroit la avoit ung mouton qui la toison avoit d’or & par enchantement estoit gardé mais comme si forte en fust la conqueste que nul n’y venist qui n’y perdist la vie. Medee qui fille fut au roy de celle contree tant print grand amour a Jason que par les enchantemens que elle sçavoit dont souveraine maistresse estoit donna charmes & aprint enchantemens a Jason par quoy il conquist la toison d’or & dont il eut honneur sur tous les chevaliers vivans et fut restoré de mort par Medee a qui il eut promis a tousjours estre loyal amy/ mais apres foy lui mentit & aultre ayma & du tout la laissa & relenquit nonobstant fust elle de souveraine beaulté. Pource dit au bon chevalier que jason ne vueille ressembler qui trop fut descongnoissant & desloyal a celle qui trop de bien luy avoit fait comme ce soit villaine chose a chevalier & a tout noble de estre ingrat & mal congnoissant d’aulcun bien s’il l’a receu soit de dame damoiselle ou aultre ains luy en doibt souvenir & le guerdonner a son pouoir. A ce propos dit Hermes. Ne vueilles point attendre a remunerer a celuy qui t’a bien fait/ car souvenir t’en doibt a tousjours.
liiii Alegorie.
Jason qui fut ingrat ne doibt le bon esperit ressembler qui des benefices receuz de son createur ne doibt estre ingrat & dit sainct bernard sur cantiques que ingratitude est ennemye de l’ame/ amendrissement de vertus/ dispersion de merites/ perdicion de benefices.
Ingratitude est ainsi comme ung vent sec qui seche la fontaine de pitié/ la rousee de grace & le russel de misericorde. A ce propos dit le sage.
Ingrati enim spes tanquam hibernalis glacies tabescet & dispariet tanquam aqua supervacua. Sapientie xvi. capitulo.
lv Texte De la serpent gorgon te gardes Gard bien que tu ne la regardes De perseus ayes memoire Il t’en dira toute l’hystoire.
lv Glose Gorgon ce dit la fable fut une damoiselle de souveraine beaulté mais pour ce que phebus jeut avec elle au temple dyane tant s’en couroussa la deesse que elle le transmua en serpent de tres horrible figure & avoit telle proprieté celle serpent que tout homme qui la regardoit estoit soubdainement mué en pierre et pour le mal qui d’elle ensuivoit. Perseus le vaillant chevalier alla pour combatre a la fiere beste & en la resplendeur de son escu qui tout fut d’or se myroit pour non regarder la male serpent & tant fist que le chief luy trencha. Mainte exposition peult estre faicte sur la dicte fable et peult estre entendue gorgon pour une cité ou ville qui ja souloit estre de grant bonté/ mais par les vices des habitans devint serpent & venimeuse c’est a entendre que maintz maulx faisoit aux marches voisines comme de tout rober & piller & les marchans & aultres trespassans estoient prins retenuz & mys en d’esctroicte prison & ainsi estoient muez en pierre. Perseus se mira en sa chevalerie & alla combatre contre celle cité & la print & luy osta le pouoir de plus mal faire/ et ainsi peult estre une dame moult belle & de maulvais affaire qui par sa couvoitise maint desnua de leur avoir/ & aultres plusieurs entendemens y pevent estre mys. Pource veult dire au bon chevalier que il se garde de non regarder chose mauvaise qui a mal se peult attraire. Et dit aristote/ fuys gens plains d’iniquité/ & ensuy les sages & estudie en leurs livres & te mire en leurs faictz.
lv Alegorie Que gorgon ne doye regarder/ c’est que le bon esperit ne doit regarder ne penser aux delicez quelconques/ mais soy mirer en l’escu de estat de perfection et que delices soyent a fuyr dit Crisostome que comme c’est impossible que le feu arde en l’eaue ainsi est ce impossible que compunction de cueur soit entre les delices du monde ce sont deux choses contraires et qui destruisent l’un l’autre/ car compunction est mere de larmes et les delices engendrent ris/ compunction restraint le cueur et les delices l’alargissent. A ce propos dit l’escripture.
Qui seminant in lacrimis: in exultatione metent.
lvi Texte Se amour t’acourcist la nuyt Garde que phebus ne te nuyt Parquoy tu puisses estre prins Es liens vulcan & surprins.
lvi Glose Dit une fable que mars & venus s’entraymoient par amours/ avint une nuyt que les deux amans bras a bras furent endormis. Phebus qui cler voyt les surprint & apperceut a vulcan le mari les accusa/ adonc lui qui en ce point les veit forgea une chaine & ung lien comme celuy qui est febvre des dieux et au ciel forge les fouldres & de ses chaines d’arain tous deux les lya ensemble si que mouvoir ne se peurent/ & ainsi les surprint & monstra aux aultres dieux & tel s’en rioyt qui bien eust voulu en semblable mesfait estre escheu. Ceste fable peult estre notee a plusieurs entendemens & mesmes aulcuns pointz touchans la science d’astronomye & aussi arquemie. Pource dit au bon chevalier que il se garde en quelque cas que ce soit d’estre surprins par oubly de temps. Et dit ung sage. A peine est il chose si secrete que d’aulcun ne soit apperceue.
lvi Alegorie La ou l’auctorité dit que se amour t’acourcist la nuyt nous dirons que le bon esperit se doit garder des agaz de l’ennemy/ de cecy dit sainct leon pape que l’ancien ennemy qui se transfigure en ange de lumiere ne cesse de tendre partout les las de ses tentations & de espier comment il puisse espier la foy des creans/ il regarde qui il embrasera de feu de couvoitise/ qui il enflammera de l’ardeur de luxure/ a qui il proposera les athemans de gloutonnie/ il examine de toutes les coustumes/ discute les cueurs/ conjecture les affections/ & la quiert il cause de nuyre ou il trouve la creature plus diligemment encline et occupee/ pource dit sainct pierre.
Sobrii estote & vigilate quia adversarius vester diabolus tanquam leo rugiens circuit querens quem devoret. secunde petri ultimo capitulo.
lvii Texte Thamaris ne desprise pas Pour tant se femme est du pas Te souvienne ou cirus fut pris Car chier compara le despris lvii Glose Thamaris fut royne moult vaillante dame plaine de grant prouesse et de grant hardement et moult sage en armes & en gouvernement. Cirus le grant roy de perse qui avoit conquis mainte region avec grand ost se esmeut pour aller contre la royne de femenie dont il prisoit moult petit la force/ mais elle qui fut experte et subtille au mestier d’armes le souffrit entrer en son royaulme sans soy mouvoir jusques a ce que il se fut mys es destrois passages entre montaignes ou il y avoit moult fort pays/ adonc par embuschemens que thamaris eut fait faire fut assailly Cirus de toutes pars de l’ost des femmes & atant fut mené que prins fut & ses gens tous mortz & prins/ la royne devant elle le fist mener & trencher luy fist le chief & getter en une cuve plaine de sang de ses barons qu’elle eut fait decoler devant luy/ si dist. Cirus qui oncques ne fut saoulé de sang humain. or en peulz boire ton saoul. & ainsi fina cirus le puissant roy de perse qui oncques n’avoit peu estre vaincu en nulle bataille. Pour ce dit au bon chevalier que ja ne soit sy oultrecuidé qu’il n’ait doubte que mal cheoir luy peult par aulcune fortune & par moindre de soy. A ce propos dit Platon. Ne desprise nul pour sa petite faculté/ car ses vertus pevent estre grandes.
lvii Alegorie Thamaris qui ne doibt estre desprisee pourtant se elle fut femme/ c’est que le bon esperit ne doibt despriser ne haÿr l’estat d’humilité soit en religion ou aultre estat/ & que humilité soit a louer dit Jehan cassian que nullement ne peult l’edifice de vertus en nostre ame soy eslever ne dresser se premierement ne sont goustez en nostre cueur les fondemens de vraye humilité lesquelz assis tresfermement puissent soustenir la haultesse de perfection & de charité/ pource dit le sage.
Quanto major es humilia teipsum in omnibus & coram deo invenies gratiam. Ecclesiastici. iii. capitulo.
lviii Texte Ne laisse ton sens avorter A fol delict/ ne emporter Ta chevance/ se demandee T’est/ et te mires en medee lviii Glose.
Medee fut une des plus sachans de sors et de sciences qui oncques fut selon les hystoires. Non obstant ce elle laissa son sens avorter a sa propre voulenté pour son delict acomplir quant a folle amour se laissa maistrier si que en Jason mist son cueur et luy donna honneur corps et chevance dont mauvais guerdon lui rendit. Pour ce dit que le bon chevalier ne doit en soy laisser vaincre raison a fol delict en quelconques cas se il veult user de la vertu de force et dit platon ung homme de legier courage s’ennuye tost de ce qu’il ayme.
lviii Allegorie.
Que son sens ne laisse avorter a fol delict peult estre entendu que le bon esperit ne doit laisser seigneurier sa propre voulenté/ car se la seigneurie de sa propre voulenté ne cessoit il ne seroit point d’enfer ne le feu d’enfer n’auroit point de seigneurie mais que sur la personne qui laisse seigneurier sa propre voulenté. Ta propre voulenté se combat contre dieu et se orguillist c’est ce qui despouille paradis & revest enfer & vuide la value du sang de jesucrist et soubmet le monde a la servitude de l’ennemy. A ce propos dit le sage.
Virga atque correctio tribuent sapientiam puer autem qui dimittitur proprie voluntati confundet matrem suam. proverbiorum. xxix. ca.
lix Texte.
Se a cupido es subgés