ront plus ayfes de m’en croire, que d’auoir la peine de les lire. Aurefte, affinque tout fe face par ordre, ie voudrois premièrement qu’on s’exercait a polir des ver- res, plats d’vn coftc', & couucxes de l'autre, qui enflent la figure d’vne hyperbole dont les poins bruflans fuf- fent a deux ou trois pieds l’un de l'autre: car cette lon- ge ur eft fuffifante pour vne lunete, qui ferne a voir alfes parfaittement les objets inaccefiSbles. Puis ic voudrois qu’on fift des verres concaues de diuerfes figures en les creulant toufiours de plus en plus, iuf- ques a ce qu’on euft trouué parexperiencc la iufte fi- gure de celuy, qui rendroit cette lunete la plus par- fait te qu’il foit poflible,& la mieux proportionnée a l’œil qui auroit a s'en feruir. Car vous fçaués que ces ver- res doiuent dire vn peu plus concaues pour ceux qui ont la veuë courte que pour les autres. Or ayant ain- fitrouud' ce verre concaue, d'autant que le mefme peut feruir au mefme œil pour toute autre forte de Iunetes, iln’eftplusbefoinpourles Iunetes qui fcruen.ta voir les obiets inacceflîbles, que de s’exercer a faire d’autres verres conuexes qui doiuent eftre pofés plus loin du concaue que le premier, & a en faire aufly par degrés qui doiuent eftre pofds déplus en plus loin,iufquesa la plus grande diftance qu’il (e pourra, & qui loient aufly plus grands a proportion. Mais notes que d’au- tant que ces verres conuexes doiuent eftre pofes plus loin des concaues, &par confequent aufly de l’œil, d’au- tant doiuent ils eftre taillés plus exaélement, a caufe que les mefines defauts y détournent les rayons d’autant plus loin de l’en droit où ils doiuent aller. Comme fi le verre La Dioptriqjie verre F détourné le rayon C F autant que le verre E détourné AE, en forte que les an- „Fgles AEG & CF H foientefgaus, ileftma- nifefte que C F, allant vers H, s’efloigne bien plusdupointDoùiliroitfans cela, qu'AEne fait du point B, allant vers G. Enfin la derniè- re & principale cho/e a quoy ic voudrois qu'on s'exercait, c’efta polir les verres conuexes des deux co- ftéspourleslunetesquifèruenta voir les obiets acceffi- bles, & que s’eftant premièrement exerce' a en faire de ceux qui rendent ccslunetes fort courtes, a caufè que ce feront les plus ayfés, on tafehaft apre's par degrés a en fai- rede ceux qui les rendent plus longues, iufques a ce qu’on foit paruenu aus plus longues dont on fe puifTe fèr- uir. Et affin que la difficulté' que vous pourras trouuer enla conftruéfcion de ces dernieres lunetes ne vous dé- goutte, ie vous veux auertirqu’encore que d'abord leur vfàge n’attire pas tant que celuy de ces autres, qui fem- blent promettre de nous efleuer dans les cieux, & de nous y monftrer fur les aftres des cors aufTy particuliers, & peut eftre, aufTy diuers que ceux qu’on void fur la ter- re 5 ie les iuge toutesfois beaucoup plus vtiles, a caufe qu’on pourra voir parleur moyen les diuers meflanges & arrengemens des petitesparties dont les animaus & les plantes, & peut eftre aufTy les autres cors qui nousenui- ronnent, font compofés, & de la tirer beaucoup d’auan- tage pour venir a la connoiffance de leur nature. Car def- ia félon l’opinion de plufieurs Pliilofophes, tous ces cors ne font faits que des parties des elemens diuerfement meflc'es enfemble: & félon la miene, toute leur nature & leur Discours Dixiesme, U3 leureflence, au moins’ de ceux qui font inanimé, ne confilte qu’en la grolTeur, la figure, l’arrangement, & les mouucittcns de leurs parties.
Pour la difficulté’ qui le rencontre, lors qu’on voûte ou c*eufif ces verres des deus coïtés, a faire que les lommets des deux hyperboles foient directement op- pqfés Tvn a l'autre, on y pourra remedier, en arondif- lant furletourleurcirconference'J&Ia rendant exacte- ment efgalc a celle des manches aufquels on les doit attacher pour les polir. Puis lors qu'on les y attache, 8c que le plaftre,ou la poix & le ciment,dont on les y ioint, elt encore frais & flexible, en les faifant palier auec ces manches par vn anneau dans lequel ils n’entrent qu’a peine. le ne vous parle point deplufieurs autres parti- cularités qu’on doit oblèruer en les taillant, ny aulTy de plufieursautreschofesquei’aytantoftdit eltre rcquifes en la conftrudion des lunetes, car il n’y en a aucune que ieiuge fi difficile quelle puifle arrefter les bons efprits. & ie ne me reigle pas fur la portée ordinaire des artifans. mais ie veus elperer que les inuentions que i’ay mifes eu ce Traité feront eltimees aflc’s belles & allés importan- tes pour obliger quelques vns des plus curieus & des plus indultrieus de noltre fiecle à en entreprendre l’exe- cution., F I N.
•A V F I N.
DE LA NATVRE DES . | O u s auons naturellement plus d’admi- ration pour les chofes qui font au deffus de nous que pour celles qui font a pareil- le hauteur, ou au deffous. Et quoy que les nues n'exccdeut gueres les fommets de quelques montaignes, & qu’on en voye mefme fou- uent de plus baffes que les pointes de nos clochers, tou- tefois a caufe quil faut tourner les yeux vers le ciel pour les regarder, nous les imaginons fi relevées, que mefme les Poètes & les Peintres en compofent le throfne de Dieu, & font que là il employé lès propres mains a ouurir & ferme» les portes des vens, a verfer la rozée fur les fleurs, & a lancer la foudre fur les rochers. Ce qui me fait efperer que fi i’explique icy leur nature, en telle for- te, qu’on n’ait plus occafion d’admirer rien de ce qui s’y voit, ou qui en defeent, on croyra facilement qu’il eft poffible en mefme façon de trouuer les caufes de tout ce qu’il y a de plus admirable deffus la terre.
le parleray en ce premier difeours de la nature des cors terreftres en general; affinde pouuoirmieus expli- :W V 3 <lucr jyS Les Meteores.’
quer dans le fuiuant celle des cxhalaifons tz des vapeurs.’ Puis acaufe que ce s vapeurs s’efleuans de l’eau delà mer forment que lqufcfois du felau deflus de fa fuperficie,ie prendraydelàoccafiondem'arefter vn peu à le défai- re, & d’eflayer en luy fi on peut connoiftre les formes de ces cors que les Philofophes difent eftre compofc's de» elemens par vnmellange parfait, aufly bien que celles desMetèores qu'ils difent nen eftre compofc's que par va meflange imparfait. Après cela conduifant les vapeurs par l’air, i’examineray d’où vienent les vens; Etlesfai- * finit aflembler en quelques endroits, ie deferiray la na- ture des nues: Et faifant difloudre ces nues, ie dirayee qui caufe la pluie, la grefle, & la neige; où ie n'oublieray pas celle dont les parties ont la figure de petites eftoiles a fix pointes très parfaitement co'mpaflces, & qui, bien- qu’elle n'ait point efte obferuée par les anciens, ne laifle. pas d’eftrel'vne des plus rares merueilles de la Nature, le n’oublieray pas aufly les tempeftes, le tonnerre, la fou- dre, & les diuers fais qui s’allument en^’air, ou les lu- mières qui s’y voyent. Mais fur tout ie tafeheray de bien dépeindre l’arc en ciel, & de rendre railbn de fes cou- leurSjentellelorte, qu’on puilfe aufly entendre la nature de toutes celles qui fe trouuent en d’autres fuiets. A quoy i’adioufteray la caufe de celles qu’on voit commu- nément dans les nuësj &des cercles qui enuironnent les aftres: Et enfin la caufe des Soleils, ou des Lunes, qui paroiflent quelquefois plufieurs enfcmble.
Ileft vray que la conuoiflance de ces cho/ès,depen- dant des principes generaus de la Nature, qui n’ont point cncorcefte', queiefçachc, bien expliqués, ilfaudraque Di scour s Premier. ij?
îe me fcrue au commencement de quelques fuppofî- tions, ainfi que iay fait en la Dioptrique. mais ic tafc lie- ray de les rendre fi fimples & fi faciles, que vous ne fercs peuteftre pas difficulté de lescroyre, encore que ie ne les aye point demonftrées. 0 le fuppofe premièrement que l’eau, la terre, l’air, & tous les autres tels cors qui nous enuironnent, font com- pofésdcpluficurs petites parties de diuerfes figures & grolfeurs, qui ne font iamais fi bien arrenge'es, ni fi iufte- ment iointes enfemble, qu’il ne relie plufieurs interual- les autour d’elles. Et que ces interualles ne font pas guides, mais remplis de cette matière fort fubtilc* par l’entremife de laquelle i’ay dit cy dclîbsqucfccômuni- quoitl’aélion de la lumière. Puis en particulier ie fup- pofe que les petites parties dont l’eau eftcompolée font longues, vnies, & glilfautes, ainfi que de petites anguil- les, qui quoy qu’elles feioignent& s'entrelacent, ne le nouent ny ne s'accrochent iamais pour cela en telle fa- çon qu’elles ne puiffent ay fement dire feparecs. Et au contraire que prefque toutes celles tant de la terre, que mefme de l’air, & de la plus part des autres cors, ont des figures fortirregulicres & inefgales * en forte qu elles ne jÿeuuent eftre fi peu entrelacées, qu’elles ne s’accrochent & lelient les vnes aus autres, ainfi que font les diuerfes branches des arbrilfcaus, qui croifient enfemble dans vnehaye. Et lorsqu’elles fc lient en cette forte, elles compolènt descors durs, comme de la terre, du bois,ou autres femblables. au lieu que fi elles font finalement pofc'esrvne fur l’autre, fans eftre que fort peu ou point, du tout entrelacée Si açqu’èlle^foient auec cela fi peti- - SP’ - tes.
i6o Les Meteores tes, qu’elles puiflent eflre meuës &feparées par l’agita- f •tion de la matière fubtile qui les eouironne. elles doi- ueut occuper beaucoup d’cfpace, & compofer des cors liquides, fort rares, & fort légers, comme des huiles, ou de lair. ’ De ^lus il faut penfer que la matière fubtile, qui remplift les interuales qui font entre les patries de ces cors, eftde telle nature quelle ne eeffe iamak'de fe monuoir ça & là grandement ville, non point toutefois exactement de mcfmevitelTe, en tous lieus, & en tous tems, mais quelle fe meut communément vn peu plus ville vers la fuperfîcie de la terre, qu’elle ne fait 'âu haut de l’air où fôt Ie.s nues, & plus ville vers les lieus proches de l’Equateur, que vers les Pôles, & au mefmc lieu plus ville l’e 11 équel’hyuer, &le iourque la nuit. Dont la raifen eft euidentc.en fuppolânt que la lumière n'ell au- tre choie qu’vn certain mouucment, ou vne a&ion, dont les cors lumineus pouffent cette matière fubtile de tous collés autourd’cus en ligne droite, ainli qu’ilaelté ditenlaDioptrique. Car il fuit de là que les rayons du foleil, tant droits, que retiefchis, la doinent agiter d’a- uantage le iourque la nuit, &l’ellé que l’hyuer, & fous l’Equateur que fous les Pôles, & contre la terre que vers les nues. Puis il faut aufly penlèr que cette matière fubtile ellcompofée dediuerfes parties, qui bienqu’ellcs 4! foient tontes très petites, le font toutefois beaucoup moins les vnes que les autres, & que les plus groffes, ou pour mieus parler les moins petites, ont toujours le plus de force, ainfiquegcneralement tous les grans cors en ont pluÿque les moindres, quand ils font autant esbran- ûes.Ce qui fait que moinscette matière ell fubtile, c’ell a dire Discours Premier. > i<?i dire corapofce de parties moins petites, plus elle peut agiter les parties des autres cors. Et cecy fait aufly qu’el- Ieeft ordinairement le moins fubtile aux lieus, &aux tems où elle eft le p]us agitée, comme vers la fuperfîcic de la terre que vers les nues, & fous l’Equateur que fous les Pôles, & en eftd qu'en hyuer, &de iour que de nuit. Dont la raifôn eft que lès plus grofles de lès parties ayant le plus de force, peuuent le mieux aller vers les lieux, où l'agitation eftant plus grande, il leur eft plus ayfe' de con- tinuer leur mouuement. Toutefois il y en a touliours .quantité' de fort petites qui Ce coulent parmi ces plus grolfes. Et il eft a remarquer que tous les cors terreftres ont bien des pores, par où ces pins petites peuuent’paf- fer, mais qu’il yen a plufieurs qui les ont fi eftroits, ou tellement difpofés, qu’ils ne recoiuent point les plus grofles; & que ce font ordinairement ceux cy qui fe fen- tent les plus froids quand on les touche, ou feulement quand on s’en approche. Comme d’autant qhe lesi'mar- 4}. bres& les metausfefentcnt plus froids gue le bois, on doit penfer que leurs pores ne recoiuent pasfifacilemêt les parties moins fubtiles de cette matiere; & que les porcs de la glace les recoiuent encore moins facilement que ceux des marbres ou des metaus, d'autant quelle eft encore plus froide. Car ie fuppolè icy que pour le froid & le chaud, iln’eft point bcfoin de conceuoir autre cho- fe, finon que les petites parties des cors que nous tou- chons, eftant agitées plusou moins fort que de couftu-: me, foitpar les petites parties de cette matière fubtile, foit par telle autre caulè que ce puiffe eftre, agitent auf- iÿ plus ou moins les petits filets de ceux de nos nerfs qui % X fout *. • « iCz Les Meteores.
font les organes de l'attouchement. Et que lorsqu’elles les agitent plus fort que de couftume, cela caufe en nous lefentimentde la chaleur; au lieu que lors' qu’elles les agitent, moins fort, cela caufe le fentiment de la froi- deur. Et il eft bien ayfc' a comprendre qu’encore que cette matière fubtile, nefeparepas les parties des cors durs, qui font comme des branches entrelacees,en mef- „ me façon quelle fait celles de l’eau, & de tous les autres cors qui font liquides; ellenelaiffc pas de les agiter & faire trembler plus ou moins, félon que fon mouuement eft plus ou moins fort, & que fes parties font plus ou^ moins groffes. Ainfi que le vent peut agiter toutes les branches des arbriffeaus dont vne paliffade eft compo- fe'e,fanslcsofterpourcclade leurs places. Au refte il faut penferqu'ily a telle proportion entre la forçe de cette matière fubtile, & là rcfiftence des parties des au- tres cors, que lors qu’elle eft autant agitée, & qu’elle n’eft pas plus fubtile, qu'elle a couftume d’eftre en ces quartiers contrôla terre, ellea la force d’agiter, & de ^ faire mouuoir feparement l’vne de l’autre, & mefme de plier la plus part des petites parties de feauentre lefquel- lcs elle fe gliffe, & ainfi de la rendrè liquide. Mais que lors quelle n'eft pas plus agitée, ny moins fubtile, qu’elle a couftume d'eftre en ces quartiers au haut de l'air, ou qu’elle y eft quelquefois en hyuer contre la terre, elle na point affés de force pour les plier & agiter en cette fa- çon, ce qui eft caufe qu’elles s’areftèt confufement ioin- tes & pofëes l’vne fur l’autre, & ainfi quelles compofent vn cors dur, a fçauoir de la glace. En forte que vous pouuds imaginer mefme différence entre de l’eau & de • la Di sc od rs Premier. kTj h glace, que vous fends entre vn ras de petites anguil- les, foit viues, foit mortes, flotantes dans vn batteau dè pefcheur tout plein de trous par lefquels pafle l’eau d'vue riuierc quitus agite, & vntasdesmefmes anguilles tou- tes feiches, & roides de froid fur l^Huagc. Et pourcc- que l’eau ne fe gele iaraais que la matière qui cft entre fes parties ne foit plusfubtile qu'a l'ordinaire, de là vient que les pores de la glace qui fe forment pour lors, ne s’ac- commodans qu’a la grofleur des parties de cette matiè- re plusfubtile, fedifpôfent en telle forte,. qu’ils ne pal- lient receuoir celle qui l’eft moins } Sc ainfi que la glace cft toufiours grandement frdide, nonobftant qu’on la garde iufques al’eftc; Sc mefme qu’elle retient alors fa durete", fans s’amollir peu a peu comme la cire, a calife que la chaleur ne pénétré au dedans qu’a mefure que le deflus deuient liquide.
H y a icy de plus a remarquer qu’entre les parties lon- gues &vnies dont iay dit que l’eau eftoit compofde, il y en a véritablement la plus part qui fe plient ou ceflent fe plier félon que la matiefe fubtile qui les enuironne a quelque peu plus ou moinsde force qu’a l’ordinaire, ainfi que ie viens d'expliquer; mais qu’il y en a auffy dé plus grofles, qui nepouunnt ainfi élire pliecs, compofent les felsj & de plus petites, qui le pouuant cftre toufiours, compofent lesefpritsoueausde vie, qui ne fe geleptiamais. Et que lorfquc celles de l'eau commune ceflent du tout de fe plier, leur figure la plus naturelle neftpas en toutes d'eftre droites comme des ioncs, mais en pln- fieurs d'eftre courbées en diuerfes fortes: d obvient qu’elles ne peuuent pour lors forenger en fi peu d efpa- X 2 3^4- Les Meteores.
ce, que lorfque la matière fubtilc, e fiant affés forte pour les plier, leur fait accommoder leurs figures les vn'cs aux autres, Ileft vray auflyque lors quelle eft plus forte, qu'il n'eft requis a ccc effe(ft, elle eft catffè derechçf qu'elles s'efteudent en plus d'efpace. A infi qu’on pourra; voir par expérience, fi ayant rempli d’eau chaude vn ma- ttas, ou autre teF ^afe dont le col foit affes long & eftroit, on l’expofe a l’air lors qu'il gele: car cette eau s’abaiflera vifiblement peu a peu, iufques a ce quelle foit paruenuë a certain degré de froideur, puis s'enflera & fc rehaufleraaufly peu a peu, iufqu’ace quelle foit toute gcle'e: en forte que le mefme froid qui l’aura condenfée ourcfèrrëe au commencement, la raréfiera par apprés. EtoupeutvoiraufTy par expérience que l’eau qu’on a. tenue longtems fur le feu fe gele plutoft que d’autre, dont la raifon eft que celles de les parties, qui peuuent le moins ceffer de fe plier, s’euaporent pendant qu’on la chauffe.
, Mais affin que vous receuiés toutes ces fuppofitions agec moins de difficulté, fçaehés que ie ne concoy pas les petites parties des cors terreftres comme des atomes * ou particules indiuifibles, mais que les iugeant toutes d’vne mefme matière, ie croy que chafcune pourrait eftre rediuifée en vne infinité' de façons, & quelles ne different entre elles,que comme des pierres de plufieurs diuerfès figures,qui auraient eftccouppces d'vn 'mefme rocher. Puis fçaehés auffy que pour ne point rompre la paix aucc les PhiIofgphes,ie ne veux rieu du tout nier de ce qu’ils imaginent daus les cors déplus queie n’ay dit, comme leurs formes ftibjlant i elles, içurs qualités r telles, & - T' Discours Second. 1*5- 96 chofes fèmblables, mais qu’il me fcmblc que mes rai- l'ons deuront eftre d’autant plus appîouuées, qüe ie ks feray dépendre de moi^s de chofesT * * •. m EXHALAISO ms.
îMci i Dif cours Second.
* ç I vous conlidcrcs que la matière fubtife, qui e/l dans 'les pores des cors terreftres, eftaoFplus fort agitée vne fois que l’autre, foit par la prefence du folcil, foit par telle autre caufe que ce puiflfe eftre, agite aufly plus fort les petites parties de ces cors -t vous entendrés facile- ment quelle doit faire que celles qui font afles petites, & aucc cela de telles figures, ou en telle fituation, quel- les fepeuuentayfemêtfeparer de leurs voyfines, s’efear- tent ça & là les vnes des autres, & s’e/leuent en l’air; non point par quelque inclination particulière qu’elles ayenc amonter, ou que le foleilait en foy quelque forcé' qui les attire, mais feulement a caufe quelles ne trouucnc point d’autre lieu dans lequel il leur foit fi ayfe' de con- tinuer leur mouuement. Ainfi que la pouffieré d’vne campaigne fe foufleue, quand elle ell feulement pouffeé & agitée par les pieds de quelque paflant. Car encore que les grains de cette poufliere foientjbeaucoup plus gros 5c plus pefans, que les petites parties dont'taous par- lons, ils ne laiiTent pas pour çela de prendre leur cours verslecieL Etmeime on voit qu’ils y montent beau- 3 coop.
X V s coup plus liant, lors qu’vne grade plaine eft couuerte de geyns quife remucne*que k>r$ qu’elle n'eft foulée que par vn feul hôiué.Ce qui doit empejcher qu’on ne s’efton- ne de ce que l’adtion du foleil efleue aflieshaut les petites parties de la matière, dont le compofcnt les vapeur^ &IcsexhaIailous, vÛ quelle seftend toufiours en mef- me tems fur toute vne moitié de U terre, & quelle y de- meure les iours entiers. Mais remarqués que ces per tites parties qui font ainfi clleuees en l’air par le foleil’, doiuentpour la plus part auoir la figure que fay attri- buée a celles de l'eaiq a caufe qu’il n’y en a point d’au-' très qui puiflenr fiayfement eftre fepardes des cors où clics font. Et ce feront celies'cy feules que ie nomme- ray particulièrement des vapeurs, affin de les diftinguer des autres qui ont des figures plus irregulieres, & auf- quellcs ie reftreindray le nom d exhalai ion s, a caufe que ie n'en fçache pointde plus propre. Toutefois aufly en- tre les exhalaifons ie comprendray celles, qui ayant a peu prés melme figure que les parties de l’eau, mais eftant plus fubtiles, compofent les efprits ou eaus de vie; a caufe quelles peuüent facilement s'einbrafer. Et i’èn exclueray celles, qui eftant diuifees en plufieurs branches, font fi fubtiles, qu’elles ne font propres qu’à com- poferle cors de l’air. Pour celles qui eftant vn peu plus groflîeres font aufly diuifées en branches, il eft vray qu'elles ne peuuent gueres fortir d’elles mefme des cors durs où elles fetrouuent, mais fi quelquefois Iefei*s’ef- pranti en ces cors, il les en chafle toutes en fume'e. Et aufly lorfque l’eau fe glifle dans l&ïrs pores, elle peut fouuentles en dégager, & les emporter en haut.auec Dïscoïirs Second. iSj fo y. Eh raefme façon que lèvent, paflant au trauers^