SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

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vn banc de fable ou quelque autre obftacle. qui la face monter vers B, lebranfle que cete agitation donne aux parties du fol, peut faire que les premières quivienent enlair, fy dégagent de celles de l’eau douce, qui les te- noient entortillées, 3c que fo trouuant feules vers B a cerfont. Comme fi la mer qui eft vers A, eftant pouflee auec force vers =1 C, y rencontre taine Discours Troisiesme. 181 taine diftance l'vne de l’autre, elles y engendrent des ellincelles, afliés femblables a celles qui fortent des cail- lous quand on les frappe. Il eft vray, qu'a cet effeéfc il eft requis, que ces parties du feifoient fort droites, &fort gliflantes, aftùi qu’elles fe puiflent plu s ayferaent feparer de celles de l'eau douce: d’où vient, que ny la faumeure, ny l’eau de mer qui a eft<f long tems gardée en quelque vaze, ny font pas propres. Il eft requis aufly, que celles de l’eau douce n'embraflent point trop eftroitement cel- les du fel: d’où vient, que ces eftincelles paroiflentplu* quand il fait chaud, que quand il fait froid } & que l'agi- tation de la mer foit aflés forte: d’où vient, qu'en mefme tems il ne fort pas du feu de toutes fes vagues } & enfin que les parties du fel fe raeuucnt de pointe, comme des fléchés, & non de trauers: d’où vient, que toutes les- gouttes, qui reiailliflent horsd’vne mefme eau, n’efclai- rent pas en mefme forte.

Mais confidcrons maintenant comment le fel flotte fur l’eau quand il fe fait, nonobftant que fos parties foient fort fixes & fort pefantes; & comment il s'y forme en pe- tits grains, qui ont vne figure quarree, prefque fembla- bleacelle d’vn diamenttailléen table, excepté quelâ pluslarge deleurs faces eft vn peu creufée.Premiereraêt il eft befoin a cet effe<ft, que l'eau de la mer foit retenue en quelques foflesjpour éviter tant l’agitation coutiuuel- le des vagues.que l’affluence de l'eau douce que les pluies & les riuieres amènent fans cefleen l'Océan. Puis il eft' befoin aufly d’vn tems chaud &fec- affinquel’a&ion du foleil ait afles de force,pour faire que les parties de l’eau douce, qui font roflées autour de celles du fel, s’éuapo- Z j rent..

rent. Et il fault remarquer, que la fuperficie de l’eau eft toufiours fort elgale & voie, comme aufly celle de tou- tes les autres liqueurs:dont la railbn eft, que lès parties fe remuent entre elles de mefme façon &de raelme bran- fle, & que les parties de l’air qui la touchant fe remuent aufly entre elles tout de mefme l’vne que l'autre; mais que celles cyue le remuent pas de mefme façon ny de mefme mefurc que celles là; & particulièrement aufly, que la matière fubtile, qui eft autour des parties de l’air, fe remue tout autrement que celle qui eft autour des parties de l’eau: ce qui eft caulè que leurs fuperficies, en fe frottant l’vne contre l’autre, fc poliflent, eu mefine façon, que fi c’eftoient deux cors durs: excepte'quec’eft beaucoup plus ayfement, & prefque en vn inftant; pour- ce que leurs parties, n ’eftant attachées en aucune façon * les vnes aux autres, s’arrengent toutes dés le premier coup, ainfi qu’il eft requis a cet effeét • Et cecy eft aufly caufe que la fuperficie de l’eau cft beaucoup plus malay- fceadiuiier, que n’eft le dedans: ainly qu’on voit par ex- périence, en ce que tous les cors afles petits, quoyque de matière fort pelante, comme lont de petites aiguil- les d’acicr,peuuët flotter St’ eftre fouftenus au defliis, lors qu’elle n’eft point encore diuifée,• au lieu que lorsqu’el- le l’eft, ilzdefcendent iulqu’au fonds làns s’arefter. En fuite de quoy iltault confiderer que lors que la chaleur de l’air eft alTés grande pour former le fel, elle peut non feulement faire fortir hors de l’eau de mer quelques vnes des parties pliantes qui s y trouuent, & les faire monter en vapeur,mais aufly les y faire monter auec telle vitefle " qu’auant quelles ayent eu le loyfir de fe deueloper d’au- $ 9 Discours Troisiesme. 183 tour de celles du fel, elles arriuent iulques au deflus de la fuperficie de cete eau, où les apportant auec foy, el- les n’acheuent de s’en deuelopper,* qu'aprés que le trou, qu'elles ont fait en cete fuperficie pour en fortir, s'eft re- ferme, au moyen de quoy ces parties du fel y demeurent toutes feules flotantes deflus, comme vous les voyes reprefentées vers D. Car yeftantcouchèesdeleur long, ellesne font point affés pefantes pour s'yenfon. cer, non plus que les aiguilles d'acier dont ic viens de parler, & elles la font feulement vnpeu courber & plier fous elles, a caufe de leur pefateur, tout de melme que font aufly ces aiguilles, de façon que les premieres,eftant femèes par cy par 1| fur cete fuperficie, yfontplufieurs petites foffès ou courbu- res,- puis les autres qui vienent après, fe trouuant fur les pentes de ces folles, roullcnt & gliflent vers le fonds, où elles le vont joindre contre les premières. Et il fault par-_ ticuliereraent icy remarquer, que de quelque part qu'el- les.y vienent, elles fe doiuent coucher iuftement colle a colle de ces premières, comme vous les voyès vers E, au moins les fécondés, &fouventauf- fy les troifiefmes, a caufe que par ce moyen elles defeendent quelque peu plus bas, qu’elles ne pourroient faire fi elles demeuroient en quel- que autre fituatron, comme en cel- le qui fe voit vers F, ou vers G, ou vers H. Et le mou- uement delà chaleur, qui esbranlle toufiours quelque peu cete fuperficie, ayde a les arrenger en cete forte.

Puis U i K N M 184 Les Mïteorîs, Puis lors, qu’ify enaainfy en chafque fofle deux ou trois colle a cofte l'vne de l’autre, celles qui y vienent, de plus fepeuucnt joindre encore a elles en mefmefens, fi elles s’y trouuent aucunement difpofe'es,mais s’il arriue qu’el- les penchent d’auanrage vers les bouts des precedentes que vers les colles, elles fe vont coucher decontre a an- gles droits, comme vous voyes vers K: acaufe que par ce moyen elles defeendent aufly vn peu plus bas, qu'el- les ne pourroient faire fi elles s ’arrengeoient autrement, comme elles font vers L, ou vers M. Et poureequ’il s'en trouue à peu près autant, qui fe vont coucher contre les bouts des deux ou trois premières, que de cellesqui fe vontcoucher contre leurs cofle's,- de là vient, que s'ar- rangeant ainfy plufieurs centaines toutes enfemble, elles forment premièrement vne petite table, qui au iuge- mentdela veuë paroift tresquarrée, &qui efl comme la baze du grain de fel qui commence a fè former. Et il faut remarquer, qu’y en ayant feulement trois du quatre couche'es en mefme fens, comme vers N, celles du mi- lieu s’abaifient vn peu plus que celles des bords j mais qu’y en venât d'autres qui s’y ioigênt en travers, comme vers O, celles cy aydent aux autres des bords a s’abaifler prefque autant que celles du milieu,& en telle forte, que la petite table quarrée, qui fèrt de baze a vn grain de fel, fe formant ordinairement de plufieurs centaines iointes enfemble, ne peut paroiftre a l’oeil que toute plate, en- core qu’elle foittoufiours tant foit peu courbée. Or a mefure quecete table s’agrandift, elle s’abaifledeplus en plus, mais fi lentement, quelle fait plier fous fby la fuperficie de l’eau fans la rompre. Et lors quelle eft paruenuc Discours Troisiesme. xif paruenuë a certaine grandeur, elle Ce trouue fi fort aba- iCCée, que les parties du fel, qui vienent de nouucau vers elle, au lieu de s'arefter contre Ces bords, partent par deflfus, &yroullent en mefme fens& en mefme façon que les precedentes roulloient fur l’eau. Cequi fait quelles y forment derechef vne table quarrée, qui s’aba.- ifle en mefme façon peu a peu. Pois les parties du fel qui vienent vers elle, peuuent encore paffer par deflus, & y former vne troifiefrae table. & ainiy de fuite. Mais il eft a remarquer que les parties du fel, qui fbrmentJadeuxi- efme de ces tables, neroulle pas fi ayfèment fur la pre- mière, que celles qui ont formé cetc première roul- loient fur l’eau, car elles ny trouuent pas vne fuperficie du tout fi voie, ny qui les Iaifle couler fi librement: d'où vient que fbuuct elles ne roullct point iufques au milieu^ qui parce moyen demeurant vuide, ccte fécondé table ne s’abaifle pas fitoft aproportjon qu’auoit fait la pre- mière'; mais deuient vn peu plus grande auant que la troifiefrae commence a fe former; & derechef le milieu de celle cy demeurant vuide elle deuient vn peu plus grande que la féconde, & ainfy de fuite, iufques'a ce que le grain entier,qui fè corapofe d’vn grand nombre de telles petites tables pofees l’vne fur l’autre, foit acheue',c’di a dire, iufques a ce que touchant aux bords des autres grains voyfms, ilnepuifle deuçnir plus large, Pour ce quieftde la grandeur delà première, tafile qui luyfert de baze, elle dépend du degre' de chaleur qui agite l’eau pendant quelle fe forme, car plus l'eau cftagitee, plus les parties du fel qui nagent deflfus font plier fa fuperfi- cie; d'où vient, que cete baze.demeure plus petite, & A a mefmç iStf Les Met boues.

mefrne l’eau peut eftre tant agitée que les parties du fel iront au fonds auant qu’ellesayent formé aucuns grains. Pour le talludes quatre faces qui fortent des quatre co- ftés de cetebaze,ilne dépend que des caufcs défia ex- pliquées, lorsque la chaleur eftefgale pendant tout le tems que le grain eftalêformêr: mais fi elle va en aug- mentant, ce tallu en deuiendra moindre,- & au contraire plus grand, fi elle diminue: en forte que fi elle augmen- te, & diminue, par interualles, ilfe fera comme de pe- tits efchdons de long de ces feces. Et pour les quatre querres ou collés qui ioignent ces quatre faces, elles ne font pas ordinairement fort aiguës ny fortynies. car les parties, qui fe vont ioindre aux colles de ce grain, s’y vont bien quafitoufioürs appliquer de long, commei'ay dit, mais pour celles, qui vont rouller contre fes angles, elles s’y arrengent plus ayfement en autre lèns, a fçauoir , _ comme elles font reprefentées vers P. Ce qui fait que ces querres font vn peu moufles P & inefgales } & que les grains de fel s'y fen- dent fouuent plus ayfement qu’aux autres lieux; & aufly quel’efpacevuidc, qui demeure au mi- lieu, fe fait prefque rond plutoft que quarre. Outre cela poureeque les parties qui compofent ces grains fe vont ioindre confufement, & fans autre ordre que celuy que ie viens d’expliquer, ilarriue fouuent que leurs bouts, au lieu de fe toucher, laiflent entre eux afles d'efpace pour placer quelques parties de l’eau douce, qui s'y en- ferment, & y demeurent pliées en rond, * comme vous voyés vers R, pendant quelles ne s’y meuuent que moyennement. ville; Discours Troisiesme. 187 mais lors qu’vue fort violente chaleur les agite, elles ten- dent auec beaucoup de force a s’eftendre,& le déplier, en mefme façon qu’il atantoft efte' dit qu’elles font / quand l’eau fe dilate en vapeur, ce qui fait quelles rompent' leurs priions tout d’vn coup, & auecefclat. Et c’eftla raifon pourquoy les grains defel, eftant entiers, febri- fent en fautant & pétillant quand on les iette dans le feu- & pourquoy ils ne font point le mèfme eftant mis en * poudrej car alors ces petites prifods font défia rompues. De plus, l’eau de la mer ne peut eftre fi purement com- pofée des partiesquci’aydefcrites, qu’il ne s’yenren- - contre auffy quelques autres parmi, qui fout de telle fi- gure, qu’elles ne laiflent pas de pouvoir y demeurer, en- core quelles foient beaucoup plus delides: &qui, s’al- lant engager entre les parties du fel lors qu’il fe forme, luy peuuent donner & cete odeur de violette très agré- able qu’a le fel blanc quand ileft fraifchement fait, & cete couleur fale qu’a le noir, & toutes les autres varié- tés qu’on peut remarquer dans les fels, & qui dépendent des diuerfes eaux dontils fe forment. Enfinvous ne vous eftonnerds pas de ce que le fel eft fi friable ôcfiayféa rompre comme il eft, en penfant a la façon dont fe ioignént fes parties,- Ny de ce qu’il êft toufiours blanc ou tranfparent eftant pur, en penfant a leur grofleur, & a la nature de la couleur blanche,qui fera cy apres expliquée; Ny de ce qu’il fe fond afles facilement fur le feu quand il eft entier, enconfiderant qu'ily aplufieurspartiesd’eau douce enfermees entre les fienes,- Ny de ce qu’il fe fond beaucoup plus difficilemenr,eftant bienpuluerife' & bien feichd, en forte qu’il n’y refte plus rien de l’eau douce, i,. A a 2 en ï88 Les Meteores.

en remarquant qu’il ne fe peut fondrc,eftant ainlÿ t es parties ne fe plient, & qu’elles ne peuuent que diffr- cilcment fe plier. Car encore qu’on puifle feindre, qu'au- trefois celles de la mer ontefté toutes, par degrés, les vnes plus pliantes, les autres moins: on doit penforque tontes celles, qui ont pû s'entortiller autour de quelques autres, fe font amollies depuis peu a peu, & rendues fort flexibles; au lieu que celles qui ne font point ainly entor-. tillées, font demeurées entièrement roides: en forte qu’il yamaintement en cela grande différence, entre • celles du fel, & celles de l’eau douce. Mais les vnes & les autres doiuent eftre rondes; afçauoir, celles de ifoau douce, comme des chordes,- & celles du fel, comme des cylindres ou des battons: a caufe que tous les cors, quife meuuent en diuerfes façons & long tems, ont couttume des’arondir. Et on peut en fuite connoiftre quelle eft la nature decete eau extrêmement aygre & forte; qui peut foudre l’or, & que les Alchemiftes nomment l’efprit ou l'huyle de fol. car d’autant qu’elle nefe tire que par là violence d’vn fort grand feu, ou du fol pur, ou du fol mette* auec quelque autre cors fort fcc & fort fixe, comme de la brique, qui ne fort qu’a l'empefcher de fe fondre: il eft euident que fos parties font les mefmes qui ontaupa- rauant çompofé le fol, mais qu’elles n’ont pû monter par l'alembic, & ainly de fixes deuenir volatiles, finon apprés qu'en fe chôcquant les vnes contre les autres, a force d’e- ftre agitées parle feu, de roides & inflexibles comme elles eftoient, elles font deuenuës faciles a plic^ & par mefme moyen de rondes en forme de cylindres, elles font deuenuës plates & tranchantes, ainfyquedesfeuilr les de - Discours (Ivàtriesme. *89 les de flambe ou de glayeul V car fans cella elles fl'au- roient pû le plier. Et en fuite il eft ay le a iuger la caufe dt* gouft quelles ont fort different de celny du fel. carie couchant de long fur la langue, & leurs trenchans s'ap- puiant contre les extrémités de fes nerfs, & coulant. deflus en les couppant, elles les doiuent bien agiter d V- ne autre forte quelles ne faifoient auparauant, & par confequent caufer vn autre gouft, a Içauoir, celuy qu'on nomme le gouft aygre. On pourrait ainfy rendre raifon de toutes les autres propriétés de Cete eau, mais la chofc irort a l’infini, & il fera#mieux que retournant a la confi- deration des vapeurs, nous commencions a examiner comment elles le meuuent dans l’air, & comment elles, ycaufentlesvens.

DES VE NX m TOute agitation d’air qui eft fenfible fe nomme vent, & tout cors inuifible & inpalpable fe nomme ^ir. Ainfi lorfquc l’eau eft fort raréfiée & changée en va- peur fort fubtile, on dit qu’elle eft conuertie en air. non- obftant que ce grand air que nous refpirons ne foit, pour la plus part, compofé que de parties qui ont des figures fort differentes de celles de l’eau, & qui font beaucoup .plus déliées. Et ainfi l’air eftantchalfé hors d vnfoufflet, ou pouflVparvn éventail, fe nomme vent; nonobftant que ces venspluseftendus, qui régnent fur la face de la met & de la terre, ne foient ordinairement autre chofe . • Aa 3 <iuelc • • ij>o Les Météores que te mouuement des vapeurs, qui en fè dilatant paffent du lieu où elles font en quelque autre où elles trouüent plus de commodité de s’eftendre.En mefme façon qu’on voit en ce* boules nommées des -Æolipilcs, qu’vn peu d'eau s'exhalât en vapeur fait vn vent affc's grand & affés fort a raifon du peu de matière dont il fe côpofe.Et pour- ceque ce vent artificiel nous peut beaucoup ayder a en- tendre quels font les naturels, il fera bon icy que ie l’ex- plique. ABC DE, eft . vue boule de cuiure bu S, autre telle matière, toute creufe, & toute fermée, Æ=rFexcepté qu’elle a vne fort petite ouuerture en l’en- droit marqué D. & la par- tie de cete boule ABC eftantpleine d'eau, & l’au- tre AEC eftât vuide, c’eft a dire ne contenant que de l’air, on la mçt fur le feu;puisla chaleur agitant les petites parties de l’eau, fait que pla- ceurs s'efleuentaudeffusdelafuperficieA C,où elles s’e.

ftendêt,& s’entrepouflet en tournoyât, & font effort pont s’efcarterles vues des autres, en la façon cy deffus expli- quée. Et pource qu’elles ne peuuent ainfÿ s’efearter, qu'a mefure qu’il en fort quelques vnes par le trouDw tontes les fore çs dont elles s'entrepouffentconfpirêten- femble a chaffer par là toutes celles qui eu fondes plus proches, &ainfy elles caufent vn ventquifouffledelà vers F. Et poureequ'il y a toufiours de nouuelles par- ties de cete eap, qui eftant efleuéés par la chaleur au deffus deflusdecetefùperficie AC, s'eftendent &s’efcartent lVuede l'autre, amefiire qu'il en fort par le trou D: ce vent ne ceffe point que toute l’eau de cete boule ne foit exhale'e, oubien que la chaleur qui la fait exhaler n’ait ceffé. Or les ve ns ordinaires qui régnent en l’air fe font a peu pre's en mefme façon que cetuy cy, &ilnya principalement que deux choies enquoy itz different. La première eft que les vapeurs, dontilzfecompofent, ne s*cfleuent pas feulement de la fuperficie de l’eau, comme en cete boule; mais auffy des terres humides, des neiges, & des nues: d’où ordinairement elles fortent en plus grande abundance que de l'eau pure, a caufe que leurs parties y font défia prefque toutes deiointes & defuoies, & ainfy d’autant plus ayfe'es a feparer. La fécondé eft que ces vapeurs ne pouuant eftre renfer- mées en l’air, ainfy qu’en uueÆoli pile, font feulement empefehées de s’yeftendre efgalemeut detouscoftes, par la refiftence de quelques autres vapeurs, ou de quel- ques nuës,ou de quelques montaignes, où enfin de quel- que vent qui tend vers l'endroit où elles fout,-mais qu'en reugnche il y a fouuent ailleurs d'autres vapeurs, qui s’ef* paifîi fient, & fe reflerrant au mefme tems que celles cy fe dilatent, les déterminent a prendre leur cours vers i’efpace qu’elles leur laiffent. Comme par exemple £ vous imagines qu'il y a maintenant force vapeurs en l'en- droit de l’air marquéF, qui fe dilatent, & tendent a oc- cuper vn efpace incomparablement plus grand que ce- luy qui les contint; & qu’au mefme tems il y en a d’autres vers G, qui fè refferrant & fc changeant en eau ou en neige laififétla plus grand part de l’efpace où elles eftoiët: vous Les M ETÊORES.

vous ne douterés pas que celles qui font vers F ne pre- nent leur cours vers G, &ainfy quelles ne compofent vu vent qui (buffle vers là. Principalement fi vouspenfos auec cela qu'elles foient empefohécs de s’eftendre vers A, & vers B, par de hautes montaignes qui y font; 8c vers E, pourcequc l’air y eft preffc & condenfé' par vn au- tre vent, quifoffiedeCiufquesaD; & enfin qu'il y a des nues au deflu s d'elles quilesempefchentdes'eftendre plus haut vers le ciel. Et remarquas que lorfque les va- peurs paflent en cetc façon d’vn lieu en vn autre, elles emmenent ouchaflent deuantloy tout l'air qui fetrou- ue en leur chemin, & toutes les exhalaifons qui font par- mi: en forte que bienque elles caufont quafi toutes fouies les vens, ce ne font pas toutefois, elles foules qui les com- pofent. Et mcfme aulTy que la dilatation & condenfotion * • Discours Qoatriesme. 193 tion de cesexhalaifons, &de cecair, peuuentâyderala production de ces vens: Mais -que c’eft fi pe u, a compa- raifou de la dilatation & côdenfàtion des vapeurs, qu'el- les ne doiuent quafi point eftre mifes en comte. Car Paircftantdilatc'n’occupcqu'euuiron deux ou trois*fois plus d’efpace qu’eftant médiocrement condenfe, au lieu queles vapeurs en occupent plus de deux ou trois mille fois d’auantage: Et les exhalai Tons ne fc dilatent, c’eft a dire.ne fetirentdes cors terrcftres, que par l'ayde.d’vne grande chaleur puis ne peuuent quafi iamais par aucune froideur eftre derechef autant condenfees, qu’elles l’ont efte' auparauatft. au lieu qa'il ne faut que fort peu de chaleur pourfaire que l’Cau le dilate en vapeur, & dere- chef que fort peu de froideur pour faire que les vapeurs fe changent en eau.

Mais voyons marntenent en particulier les propriétés, & la génération des principaux vens. Premièrement on obferue que tout l’air a fon cours autour de la terre de l'Orient vers l'Occident, ce qu’il nous faut icy fùppo- fer,acaufe que la raifon n’en peut commodément eftre déduite, qu'en expliquant toute la fabrique del’vniuers. Ce que ie n’ay pas icydeflein défaire. Mais eu fuite on obferue que les vens orientauxfont ordinairement beau- coup plus fecs, & rendent l’air beaucoup plus net & plus fèrein que les occidentaux, dont la raifon eftque ceux cy^'oppofant au cours ordinaire des vapeurs, les are- ftenr.&fontqu’elless’efpaifltfTentennuës; au lieu que les autres les chaflent, & les dilfipent. De plus on ob- ferue que c’eft principalement le matin que foufflent les vens d’Orient, & Icfoir que fbufflent ceux d’Occident.

B b dequoy dequoy la raifon vous fera manifefte, fi vous regardé* la terre AB C D, & le foleil S, qui en efclairant la moitié ABC.&fâilantlemidyversB, &la minuit versD, fc couche en mefrae temps au refped: des* peuples qui ha- bitent vers A,& fe Ieue au re- fpe& de ceux qui font vers C. Car pour ce que les va- * peurs qui font vers B font fort dilatées par la çhaleur du iour,elles prenent leur cours» partie par A, & partie parC, vers D,où elles vont occuper la place que laiflent celles, que la fraifcheur de la nuit y condenfe: En forte qu’elles font vn vent d'Occidcnt vers A, où le foleil fe couche - & vu d’Orient vers C, où il fê. Ieue. Et mefme il eft a re- marquer que ce vent, qui-fe fait ainfi vers C, eft ordinai- rement pins fort, &va plusvifte, que celuy qui fe fait vers A: tant à caufe qu’il fuit le cours de toute 4a maflc dp l’airj comme aufly à caufe que la partie de laterre qui eft entre C&D, ayant efté plus long tems fans eftre efclairce par le foleil, que celle qui eft entre D & A, la condenfation des vapeurs a deu s’y faire pluftoft, & plus grande. On obferue aufly que ceft principalement pen- dant le iour qiie foufflent les vens de Nort » & qu'ils vie- nent de haut en bas qu’ils font fort violens, &fort froids.

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