SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

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froids.

v • « a * * • . - ’ % - d . ' • | •• ' '...-. J Discours Quatriesme. ipy froids, &: fort fecs- Dont vous pouuds voir la raifon, en confiderant que la terre EBFD eft couuerte de pla- ceurs nues & brouillars, vers les pôles E, & F., où elle n’eft gueres efchauffce par le foleiI,-& que vers B, où il- donne a plomb, il excite quantité de vapeurs, qui eftant fort agitées par l'adtion de là lumière, mpntent en haut très promptement, iufquesace qu'elles foient tantelle- üees, que la refiftence de leur pefauteur face qu'il leuf foit plus ay fe de fe détour- ner, & de prendre leur cours de part & d’aytre vers I 8c M, au delTus des nues G & K, que de continuer plus haut en ligne droite. & ces nues G & K eftant aufly en mefme teins efchauffeés & raréfiées par le foleil *fc con- uertiflent en vapeurs, qui prenent leur coursde G vers H, & de K vers L, plutoft que vers E, & vers F: car l’air efpais, qui eft vers les pôles, leurrefifté bien d auantage, que ne font les vapeurs qui lorteht de la terre vers le mi- dy, & qui eftant fort agitées, & preftes a fe mouuoir de touscoftés, leur peuuent facilement ceder leur place. Ainfi prenant F pour le pôle Ar&ique, le coursde ces vapeurs de K vers L fait vn vent de Nort, qui fouffle pendant le iour en l’Europe. Et ce vent fouffle de haut en bas, acaufe qu'il vient des nues vers la terre. Et il eft ordinairement fort violent, acaufe qu’il eft excite' parla chaleur la plus forte de toutes, a fçauoir celle demidy; & de la matière la plus aylée a diifoudre en vapeur, a B b 2 fçauoir Les M eteores.

fçauoir des nues.’ Enfin ce vent eft fort froid & fort fèc, ’ tant a caufe de (à force, fuiuant ce qui a cfté dio cy âc£ fus que les vens impétueux font toufiours fecs & froids- ':. Comme aulTy il eft fec, à caufe qu’il n’eft ordinairement compofé que des plus groffieres parties de l’eau douce mefldes auec lair, au lieu que l'humidité dépend princi- palement des plus fubtiles j & celles cy ne fe trouuent gueres dans les nues dont il s'engendre; car, comme • vous verres tantoft, elles participent bien plus de la na-’ turedelaglace, que de celle de l'eau; Et il froid, à caufe qu'il amene auec foy vers le midy la matière très fubtile qui eftoit vers le Nort, de laquelle dépend prin- cipalement la froideur. On obferue tout au contraire que les vens de midy foufflentplus ordinairement pen- dant la nuit, & vienent de bas en haut, & font lens, St humides.Dontlaraifonfepeut voirauflTy, en regardant derechef la terre EBFD, & confiderant que là partie D, qui eft fous l’Equateur, & où ie fuppofe qu’il eft main- tenant nuit» retient encore afiTds de la chaleur, que le fo- leilluy a communiquée pendant le iour, pour faire fortir de foy plufieurs vapeurs* y VVUA vjul IvUL UUi) laretienentaufly pluslongtems, que ceux qui font IL ' qui- Discours Qüatriesmp. 197 quides. Ce qui cft caufe que les vapeurs qui fc trouuent vers P, au lieu de pourfuiure leur cours vers Q 8c vers R, s’arefleut & s'efpaiffilfenc en forme de nues, qui empef- chant que celles qui fortent de la terre D ne nîontent plus haut, les contraignent de prendre leur cours de parc & d’autre vers N & vers O, et ainft d’y faire vn vent de midy, qui fouffle principalement. pendant la nuit; et qui vient de bas en haut, a fçauoir de la terre vers l'air; et qui ne peuteftre que fort lent, tant a caufe que fon cours effc retardé par l’elpailfeur défait de la nuit, comme auf* fy a caufe que fa matière ne formnt que de la terre ou de Peau, ne fe peut dilater fi promptement, ny en fi grande quantité, que celle des autres vens, qui fort ordinaire- ment des nuc$. Et enfin il eft chaud et humide, tant a caufe delatardiueté de fon cours; Comme auffy il efl: humide, a caufe qu’il efteompofe' des plus fubtiles par- ties de l’eau douce aufly bien que des plus groflïeres; cac clics fortfcnt enfemble de la terre; Et il eft chaud, a caufe qu’il ameneauec foy versleNort la matière fubtile qui eftoitvers le midy. On obferue aufly, qu’au mois de Mars, & generaîement en toutle printems, les vens font plusfecs, & les changemens d'air plusfubits, &plusfrequens’ qu’erraucune autre faifon de l'annce. Dont larai- fonfe voit encore, en regardant la terre E B F D,&pen- fant que le foleil, que ie fuppofe eftre vis a vis du cercle RA D qui reprefente l’Equateur, &auoirefté trois mois auparauant vis a vis du cercle H N, qui reprefente le tro- pique du Capricorne, a beaucoup moins efohauffe la* moitiéde la terre BFD, où fl fait maintenant te -prin- tems, que l’autre müitic'BE D, où il fait l’automne; & itM», Bb j pat t5>8 Les Meteores.

par confequent que ccte moitié B F D eft beaucoup plus couuerre de neiges, & que tout l'air, qui l’cnui- ronne, eft beaucoup plus efpars,& plus rempli de nues, que celOy qui enuironne l'autre moitié' B E D: ce qui eft - caufe que pendant le iour il s'y dilate beaucoup plus de vapeurs, & qu'au contraire pendantla nuit' il s'y en con- denfe beaucoup d'auantage. car la mafle de la terre y eftant moins efchauffée, &la force du foleil ny eftant pas moindre,ildoity auoirplus d’incfgalité entre la cha- leur du iour, & la froideur de la nuit: & ainfi ces vens d'Orient, que i’ay dit fouffler principalement le matin,& ceux de Nort, qui foufflent fur le milieu du iour, qui les vn s & les autres font fort fecs, doiueut y eftre beaucoup plus forts & plus abondans qu'en aucune autre faifon. Et poureeque les vens d'Occident, qui foufflent le foir, y doiuent aufly eftre'afles forts, par mefmeraifon que ceux d’Orient, qui foufflent le matin; pour peu que le cours régulier de ces vens foit auance", ou retarde", o» détour- ne",pat les caufesparticulieres qui peuuent plus ou moins dilater où efpaiffi r l’air en chafque contrée, ils fe rencon- trent les vns les autres, ôc engendrent des pluies ou des tempeftes, qui cefîent ordinairement aufTy toft apres, a caufe qne les vens d’Orient & de Nort, qui chaiTent les nues, demeurent les maiftres. Eticcroy, cjoecefonf ces vens d’Orient & de Nort, que les Grecs appeloient les Ornithies, a caufe qu’ils ramenoient les.oifeaux qui vierient au printems. Mais pour ce qui eft des Etefics, 'qu’ils obferuoient après le folftice d'efté, il eft vray femblable qu'ils procèdent des vapeurs que lé foleil efleue des terres & des eaux du Septentrion, après auoir • défia i) I SCOURS Qu AT RIESME. I9p défia feiournéafles longs tems vers le Tropiqiïe du Can- cre. Car vous fcau^s, qu’il s’arefte bien plus a propor- tion vers les Tropiques, qu’il ne fait en l’efpacc qui eft entre deux: &il fault penfer que pendant les mois de Mar$,d’Auril& de May, il diffout en vapeurs & en vens la plus parc des dues & des neiges qui font^vcrs noftre Pôle; mais qu’il ne f eut y cfchauffcr les terres & les eaux aflfés fortpouren efieuer d’autres yapeurs qui caufent des vens, que quelques fomaines apre's, lorfque ce grand iourde fix mois, qu’il y fait, eft vn peu au delà de fou midy. * - Au refte ces vens generaux & réguliers, feroient tou- fiours tels que ie viens de les expliquer, fi la fuperficie de la tefre eftoit partout efgalcment couuerte d’eaux, ou partout efgalement dc'couucrte, en forte qu'il nyeuft aucune diuerfité de mers, de terres, & de montaignes, ny aucune autre caufe qui pûft dilater les vapeurs que la prefence du foleil, ou les condenfer que fon ablence. Mais il faut remarquer que lorfque le foleil luift, il fait fortir communément plus de yapeurs des mers que des terres* a caufe que les terres fe trouuant feiches en plu- fieurs endroits, ne luy fourniffent pas tant de matière. Et qu’au contraire lors qu’il eft abfeot, la chaleur qu'il a caufée, en fait fortir d’auantage des terres, que des mers* a caufe quelle y demeure plus fort imprimée. C’eft pourquoy on obferuefouuent aux bords de la m^r, que le vent vient le iour du cofté de i’eau > & la nuit du cofté delà terre. Et c’cft pour cela aufïy que ces feux qu’on nomme des Ardans conduifent de nuit les voyalgeurs verslcscauxycar ilsfuiuent indifféremment le cours de 200. Les METEORES, l’air, qui tire vers là des terres voylines, a caufe que gc* luyquiyeftiècbndenfe. Il fault aufly remarquer, que l’air qui touche la fuperiîcie des eaux, fuit leur coursen quelque façon;D’où vicut que les venschaDgentfouucnt le long des colles de la mer aueefes flux & reflux,..Et quelclongdes grandes riuieres ou fent en tems calme de petits vens, qui fuiuent leur cours.’ Puis il faut remar- quer aufly, que les vappurs, qui vienent des eaux, font bien plus humides & plus efpaifles, que celles qui s’efle- uent des terres, & qu’il y a toufiours parmi celles cy beaucoup plus d'air &: d'exhalaifons. D’où vient, que les mefmes tempeftes font ordinairement plus violentes fur- l’eau que fur la terre, & qu’vn mefme vent peuteftre fecen vn pais & humide en vn autre. Comme on dit que les vens de fnidy,qui font humides prefque par tour» iontfeesen Egipte, où il ny a que les terres friches & brufléesdu réfte de l'Afrique, qui leur fourniflèntde ma- tière. Et c’eft lâns doute cecy qui eft caufe qu’il n’y pleut prefque iamais: carquoy queles vens de Nord venant delà mer y foient humides,toutefois pource qu'auec ce- la ils y font les plus froids qui s'y trouuent, ils n’y peuuenc pasayfement caufer de pluie,aiufi que vous entendras cy apres. Outre cela il faut confiderer, quelalumiere de la Lune, qui eft fort inelgaje félon qu’elle s’efloigne ou s’approche du foleil, contribue a la dilatation des va- peurs; Comme frit aufly celle des au très A lires: Mais que c’eft feulement en mefrae proportion, que nous (en- tons qu'elle agift contre nos yeux; car ce font lesiuges les plus certains que nous puiflions auoir pour condoi- ftre la force de la lumière. Et que par confrquent celle des.

# - Discours Quatriesme. zos des Eftoiles n'eft quafi point confiderable, a comparai- fon de celle de la.Lune, ny celle cy a comparaifon du So- leil. Enfin on doit confiderer, que les vapeurs s’efleuent fort inefgalement des diuerfes contrées de la terre. Car & les montaignes font efchaufféfes par les aftres d'autre façon que les plaines, & les forets que le prairies, & les chams cultiués que les defers, & mefme certaines terres font «plus chaudes d'elles mefmes ou plus ayfées a efchauffer que les autres; Et en fuite fo formant des nues en l'air fort iuefgales,# qui peuuent eftre tranfportées d’vne région en vne autre par les moindres vens, & foii- ûenuësadiuerfosdiftancesdelaterre, mefme plufieurs enfemble au deflus les vnes des autres, les aftres agiffent derechef d’autre façon contre les plus hautes que contre les plus balTeS; & contre celles cy que contre la terre qui eftaudelfous; & d’autre façon contre les mefmes en- droits de la terre lors qu'il ny a point de nues qui les cou- urent, que lors qu'il y en a j & apres qu’il a plû ou neige qu’auparauant. Ce qui fait qu’il eft prefque impoflible de preuoir les vens particuliers qui doiuent eftre chat que iour en chafque contrée de la terre: & que me/me il y en a fouuent plufieurs contraires qui paflent au deflus les vns des autres. Mais on y pourra bien déterminer eu general quels vens doiuent eftre les plqs fircquens, & les plus forts, & en quels lieux & quelles faifons ils doiuent rcgner,fionpirentexa<ftement garde a toutes leschofes qui ont efté icy remarquées. Et on le pourra encore beaucoup mieux déterminer dans -les grandes mers, principalement aux endroits fort efioignés de la terre, a caufe que n'y ayant point d'inefgalités en la foperficie t C#c de de l'eau, (êmblables a celles que nous venons de remar- quer fur les terres, il s'y engendre beaucoup moins de vens irréguliers, & ceux qui vienent des coites ne peu- nent guerespafler iufques là* comme tefmoigne aifés l’experience de nos matelots, qui pourcetc cau/ê ont donnéa la plus large de toutes les mers lenom de Pacifi- que. Et ie ne fçache plus rien ic y digne de remarque, finon que prefque tous les fubits changemens d’air, comme de ce qu*ildeuient plus chaud, ou plus rare, oii plus humide, quelafaifonnelerequert, dépendent des vens: non feulement de ceux qui font aux mefrnes ré- gions où fe font ces changemens, mais aufly de ceux qui en font proches, 8c des diuerfes caufês dont ils procè- dent. Car par exemple, fi pendant que nous fentonsicy vn vent de midy, qui ne procédant que de quelque cau- fe particulière, & ayant fon origine fort près d’icy, n*a- mene pas beaucoup de chaleur, il y en a vn de Nord aux païs voyfins, qui viene d’aflTds loin,ou d'afTés haut, la ma- tière très fubtile qu e cetuy cy amene auec foy peut ay fil- ment paruenir iufques a nous, 8c y caufer vn froid ex- trordinaire. Et ce vent de midy ne fortant que du lac voyfin,peuteftre fort humide au lieu que s’il venoic des campaignesdefertesqui (ont au delà, il feroirplus fcc. Etn’eftant caufe'que par la dilatation des vapeurs de ce lac, fans que la condenfation d’aucunes autres qui (oient vers le Septentrion y contribue-, il doit rendre noftre airbienplusefpais, &plus pefant, que s’il n'eftoit caufe'que par cete condenfation, fans qu’il fcfift aucune dilatation de vapeurs vers le midy. Aquoy fi nous ad- iouftons que la matière fubtile, 8c les vapeurs qui font dans Discours Cinquiesme. • ioj danslêspores de la terre, prenant diuers cours -, y font aùfly comme des vcns, qui amènent auec foy des e*ha- laifons de toutes fortes, félon les qualités des terres par où ils paflentjôr outre cela que les nufc's, en s’abaiflant, peuuent cihfervn vent qui chafle l'air de haut en bas, ainfi quele diray cy appres: nous aurons ie croy, tod- tes les caufès des changemens d’air qui fc refnarquent.

DES NVES.

AP r s $ auoir confiderc, comment les vapeurs en fe dilatant caufcnt les vens, il faut voie comment en fe condenfant & referrant elles compofent les nues & les brouillas. A fçauoir fitoft qu'elles deuienent notable- ment moins tranfparentes que l’air pur, fi elles s’eften- dent iufquesala fuperficiede la terre, on les nomme des brouillas; mais fi elles demeurent fufpenduës plus haut, on les nomme des nues. Et il eft à remarquer que ce quilles fait ainfi deuenir moins tranfparente* que l'air pur, c’eft que lorfquc leur mouuement s alentift, & que leurs parties font aflfds proches pour s’entretoucher, el- les (éloignent 8c s’aflèmbJent en diuers petits tas, qui font autant de gouttes d*eau, oubiçn de parcelles dé gla- ce. Car pendant qu’elles demeureut tout a fait feparées & flotantes en l'air, elles ne peuuent gueres empefeher le cours de lalumiere; au lieu qu’eftant aflernblces, en- core que les gouttes d’eau ou les parcelles de glace qu’elles compofent foient tranfparentes, toutefois a 4.• C c 2 caufe 10+ Les Mbteores.

caufe que chafcune de leurs fuperfîcies fait reflefchir vné partie des rayons qui donnent decontre, ainfiqu'ila efté dit en la Dioptrique de toutes celles des cors tran- fparens, ces fuperfîcies fe trouuent ayfement en afTés grand nombre pour les faire tous ou prefqoe tous refle- fchir. Et pour les gouttes d’eau elîes fc forment, lorfque la matière fubtile qui eft autour des petites parties des vapeurs, n’ayant plus afles de force pour faire quelles s'eftendent & fe chaffent les vnes lesautres, en a encore - afTés pour faire quelles fe plient, & en fuite que toutes celles qui fe rencontrent fe ioignent & s'accumulent en- femble en vnc boule. Et la fuperficie de cete boule de- uient incontinent toute efgale & toute polie, a caufe que les parties de l'air qui la touchent fe meuuent d’au- tre façon que les fienes, & aulfy la matière fubtile qui eft en fes pores d'autre façon que.celle qui eft en ceux de l’air, comme il a défia tantoft eftd expliquden parlant de la fuperficie de l’eau de la mer. Et pour mefme raifoa aufly elle dcuient exactement ronde: car comme vous pouués fouuent auoir veu,que l’eau desriuieres tournoyé & fait des cercles, aux endroits où il y a quelque choie quil'empefchedefcmouuoir en ligne droite aufly vifte que fon agitation le requert: ainfifaut il penfèr, que la matière fubtile coulant par les pores des autres cors, en mefine façon qu’vne riuiere par les interualles des her- bes qui croifTent en fon lit, & paflànt plus librement d’vn endroit de l’air en l’autre, &d’vn endroit de l’eau aufly en l’autre, que de l’air en l’eau, ou réciproquement de l’eau en l’air, comme il a elle' ailleurs remarqué elle doit tournoyer au dedans de çete goutte y & aufly au dehors ' Discours C inqjiiesme. aor en l’air qui l’enuironne, mais d'autre mefure qu'au (Je- dans, & par ce moyen difpofèren rond toutes les parties de fe fuperficie. Car elles ne peuueift manquer d'obeir a les mouuemens, d’autant q*e l'eau eft vn cors liquide. Et fins doute cecy eft fuftifant pour faire entendre, que les gouttes d’eau doiuent eftre exactement rondes, au * fons que leurs feCtious font parallèles a la fuperficie de la tcrre;car il n’y a point de raifon qu’aucune des parties de leur circonférence s’efloigne ny s'approche de leurs centres plus que les autres en ce feps là, vuqu’elles ny font ne plus ne moinspreftees d'vn cofté que d'autre par l’air qui les enuironne,au moins s'il eft calme & tranquil- le, comme nous le deuons icy fuppofer. Mais pourcé- que les confidcrant en autre fenson peut douter, lors- qu'elles font fi petites. que leur pefenreur n’a pas la force de leur faire diuifer l'air pour defeendre, fi cela ne les rend point vn peu plus plates & moins efpaiflès en leur hauteur qu’en leur largeur, comme T, ou V $il faut pren- dre garde qu’elles ont de l’air autour de leurs colles auffy bien qu'au deffous; & que fi leur pefanteur n’cft fuffi- ^ q ‘ fente pour faire que celuy qui eft au V x V dçffous leur quitte fa place, &: les laifTe defcendre;elle ne le peut eftre non plus pour faire que celuy qui eft aux collés fe retire, & les laifTe deuenir plus larges. Et pource quon peut douter tout au contraire, lorfque leur pefanteur les feit defeendre, fi l’air qu elles diuifent ne les rend point vn peu plus longues &eftroites, comme X, ou Y* il faut encojrc prendre garde, qu’en eftant enuironndes tout autour, celuy quelles diuifent, & dont elles vont occu- Cc 3 per io 6 Les Meteores.

per la place en defcendaDt, doit monter a mefine téms au deflus d'elles, pour yTcdaplir celle qu'elles y laiflent, & qu'il ne le peut qn’en coulant tout le long de leur fu- pcrticie, où il trouue le chemin plus court & plus ay fé lorfqu’elles font rondes, que fi elles auoient quelque au- tre figure, car chafcun fçait que de toutes les figures c'eft la ronde qui eft la plus capable,c'eft a dire, celle qui alemoinsdefuperficie araifon de la grandeur du cors qu'elle contient. Et ainfi en quelle façon qu'on le veuil- le prendre, ces gouttes doiuenf toufiours demeurer rondes; fi ce n'eft que la force de quelque vent, ou quel- que autre caufe particulière les en empefehe. Pour ce qui eft de leur groffeur,elIe dépend de ce que les parties de lavapeur font plus ou moins proches les vnes des au- tres lorsqu'elles commencent aies compofor, & auflÿ 3e ce qu'elles font par apres plus ou moins agitées, & de la quantite'cfes autres vapeurs qui peuuent venir fe ioindre a elles. Car chafcune dabbord ne fo compofo que de * deux ou trois des petites parties de la vapeur qui s’entre- rencontrent, mais auflytoft aprdsfi cete vapeur a efté vnpeuefpaifiè, deuxoutroisdevgoutresquis’enfont forrae'es, en fe rencontrant fe ioignent en vne, & de- rechefdeux ou trois de celles cy encore en vne; & ainfi de fuite, iùfqoes a ce qu'elles ne fepuiflent plus rencontrer. Et pendant qu'elles fe fouftienent en l’air, il peut aufly venir d'autres vapeurs fe roindrea elles, & les g’rofi fïr, iufques a ce quenfin leur pelànteur les face tomber en pluie ou en rofée.; Pour les petites parcelles de glace, elles reforment lorfquclefroideft fi grand que les parties de la vapeur Discours Cinquiksme. 207 ne pcuucnt élire pliées par la matière fubtile qui eli par- mi elles. Et fi ce froid ne furuient qu’aprés que les gout- tes font défia formées, il les laifle toutes rondes en les gelant, fî ce n’ell qu’il foit accompagné de quelque vent allés foft, qui les face deuenir vn peu plates du codé qu’il les rencontre. Etau contraire s’il furuient dc's au- parauaut quelles ayent commencé a le former, les par- ties de la vapeur ne feioignent qu’en long, & nccompo- fent que des filets de glace fort déliés. Mais fî le froid foraient entre ces deux tcms, ccqui eft le plus ordinaire, il gele les parties de la vapeur a mefure qu'elles fe plient & s’entalfent plufieurs enfetnble, fans leur donner le loy- fir de s’vnir ailes parfaitement pour former des gouttes: Et ainfi il en lait de petits noeuds ou pelotons de glace, qui font tous blancs, a caufe qu’ils font compofes de plu- fieurs filets, qui ne lailTent pas délire feparc's & d’auoir chafeun leurs fuperficies diftindtes, encore qu’ils foient plies l’vn fur l’autre: Et ces noeuds font comme velus ou couuers de poil tout alentour, a caufe qu'il yatoufiours plufieurs parties de la vapeur, qui ne pouuant fe plier & i’entalfer fitoft queles autres, s'appliquent toutes droi- tes contre eux, & compolèot les petits poils qui les couurent: Et lelon que ce froid vient plus lentement ou plus a coup, &c que la vapeur eft plus efpaHTeou plus ra- re, ces noeuds fe forment plus gros ou plus petits • & les poilsou filets qui fes enuironnent, plus forts & plus cours, ou plus deiic's & plus longs.