SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

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Et vous pouués voir dececy qu’il y a toufiours deux chofesqui fontrequifes pour couuertir les vapeurs eu eau ou en glace,afçauoir, que leurs parties foient alTés v* y proches 208 Les Meteores.

/ proches pour s’cntretoucher, & qu’il y ait autour d’elles afles de froideijrpour faire qu’en s'entretouchant elles fe ioignent & s’arëfteut les vnes aux autres. Car ce ne (è- roit pas aflbs que leur froideur fuft très grande, fi elles cftoieut efparfès en l’air fi loin a loin qu’elles ne Ventre- touchaflcnt aucunement, ny aufly quelles fuflent fort proches les vnes des autres &: fort preflees, fi leur cha- leur, c’eft adiré, leuragitation,eftoit aflbs forte pour les empefeherdefe joindre. Ainfi on ne voit pas qu’il (è forme toufiours des nues au haut de l’air, nonobftant que le froid y foit toufiours alfés grand pour cet effeâ: & il eft requis de plus, qu’vn vent occidental, s’oppofent au cours ordinaire des vapeurs, les alfemble & les condenle auxendroitsoùilüe termine - ou bien que deux ouplu- fieurs autres vens, venans dediuers collés, les preflent & accumulent entre eux; ou qu’vn de ces vens les cbafTe contre vne nuë défia formée • ou enfin qu’elles aillent s’aflembler de (bymefme contre le defious de quelque nuë, a mefure quelles fortent de la terre. Et il ne fe for- me pas aufly toufiours des brouillars autourde pous • ny en hyuer, encore que l'air y (oit a(Tés froid; nyen efte'.en- core que les vapeurs y (oient afles abondantes; mais feulement lorlque la froideur de l’air & l'abondance des va- peurs concourent enfèmble. Comme il arriue fouuent le (oir ou la nuit lorfqu'vn iour afles chaud a précédé'. Principalement au printems plus qu’aux autres faifons, mefine qu’en automne, à caufe qu’il y a plus d’inelgalité entre la chaleur du iour & la froideur de la nuit. Et plus aufly aux lieux marefeageux ou maritimes que fur les terres qui font loin des eaux,ny fur les eaux qui font loin ♦ D I SCOURS C INQUIESME. des terres', a caofe que l’eau perdant plutoft là chaleur que la terre, y rafroidift l’air, dans lequel fe condenfcnt les vapeurs que les terres humides 8c chaudes produifent en abondance. Mais les plus grans brouillas fe forment, comme les nues, aux lieux où le cours de deux ou plu- fieurs vens fe termine. Car ces vens chaffent vers ces lieux là plufieurs vapeurs, qui s'y efpaiflenr^ou en brouilr las, fi l'air proche de la terre eft fort froid -t ou en nues, s’il ne l’eftaffës pour les condenfer que plus haut. Et remarqués que les gouttes d’eau, ou les parcelles de gla- ce, dont les brouillas font compofes, ne peuuent eftre que très petites, ca^ fi elles cftoient tant foit peu gref- fes, leur pefànteur les ferait defeendre afles prompte- ment vers la terre, de façon que nous ne dirions pas que ce fuflent des brouillas, mais de la pluie ou de la neige. Et aueccelaqueiamaisilnepeutyauoir aucun vent où ils font, qu’il ne les diffipe bientoft aprés,principalement lorfqu'ils font compofës de gouttes d’eau; caria moindre agitation d’air fait que ces gouttes en fe ioignànt pfti- fieursenfemblefegroflHTent& tombent en pluie ou en rofée. Remarqués auflytoftehant les nues, qu'elles peu- uent eftre produites a diuerfes diftances dè la terre, félon que les vapeurs ont Ioyfirde monter plus ou moins haut, auant que d'eftre affés condenfées pour les com- pofer.D’où vient,qu’on en voit fbuuenr plufieurs au défi- fus les vues desautres, & mefme qui font agfte'es par di- uers vens. Et Cecy arriue princtpalement aux^aîs dé montaignes,a eau fe que la chaleur qui éfleüe les vapeurs y agift plus inefgalementqu'aux-auçrés lieux. Il Faut re- marquer outre cela, qtieles plus hautes de Ces nues ne • ‘;v Dd peui io Les Meteores^ peuuent quafiiamais eftrecompofe'es de gouttes d'eau,' mais feulement de parcelles de glace -t car il eft certain que l’air, où elles font, eft plus froid, ou du moins aufly froid queceluy qui eft aux fommets des hautes montai- ’ gnes: lequel neanmoins l’eft alfés, mefme au ceur de reftc', pour empefcher que les neiges ne s’y fondent. Et pourceque plbs les vapeurs s’efleuent haut, plus elles y trouuent de froid qui les gele, & moins elles y peuuent eftre preflees par les vens.De là vient que pour l’ordinai- re les plus hautes parties des nuës ne le compofcnt que de filets de glace fort déliés, & qui font efpars en l’air fort loin a loin j Puis vn peu au deflous il fç forme des noeuds ou pelotons de cete glace, qui font fort petits,& couuers de poils, & par degrés encore d’autres au délions vn peu moins petits j Et enfin quelquefois tout au plus bas il le forme des gouttes d’eau. Et lorfque l’air, qui les contient, eft entièrement calme & tranquille, • oubien qu’il eft tout efgalement emporté par quelque vent,tant ces gouttes, que ces parcelles de glace, y peuuent de- meurer elparfes allés loin a loin & fans aucun ordre, en forte que pour lors la forme des nuës ne différé en rien de celle des brouillas. Mais poureeque fouuent elles font poulTées par des vens qui n’occupept pas efgalement tout l’air qui les enuironne, & qui par confoquent ne les pouuant faire mouuoir de mefme mefure que cet air, , coulent par delTus, & par deflous, eu lesprelTant, &les contraignant de prendre la figure, qui peut le moins cm- pefoher leur mouuement: celles de leurs fuperficies con- tre lefquelles paflent ces vens deuicnent toutes plates & vnies. Et ceque ie defire icy particulièrement que vous ' remat» inUft Di SCQURS ClVQUIBSME. ÜI remarquas jc'eflt que tous les petits noeuds ou pelotons de neige, quifetrouuentences fuperficies, s'arrengent exactement en telle forte, que chafcun d’eux en a fix au- tres autour de foy, qui le-couchent, ou du moins qui ne font pas plus cfloignds de luy l’vn que l’autre. Suppofons par exemple qu'au deflus de la terre A B, il vient vn vent de la partie occidentale D > qui s’oppofe au cours ordi- naire de l'air, ou fi vous l'aymcs mieux à vn autre vent.

S' S' qui vient de la partie Orientale Q & que ces deux vens le font arellés au commencement l’vn l'autre, enuiron l'efpace F G P, où ils ont condenfe' quelques vapeurs, dont ils ont fait vue malle confufe,pendant que leurs for- ces lebalOTÇant & fe trouuantefgales en cet endroit, ils y ont lailfo l'air calme & tranquille. Car il arriue fouuent que deux vens font oppofc's en cete forte, acaulèqu’il y en a toufiours plufieurs differens autour de la terre en mefme tems, & que chafcun d’eux y eftend d ordinaire fon cours, lânsfedccourner, iufquesau lieu où il en ren- contré vn contrairequiluyrefiftej mais leurs* forces n’y peuuent gueres demeurer long tems ainfi balancées, Sc l)d 2 ' leur ait Les Mbteore;.

leur matiereyaffiaant de plus en plus s’ils ne ceflent tons deux enfemble, ce qui eft rare, le plus fort prcnt enfin fon cours par le defious, ou le defiiis de la nuë, ou xnefme aufly par le milieu,ou tout alentour,felon qu’il s’y trouue plus difpofe'j au moyen de quoy s’il n'amortift l’autre tout a faic,il le contraint au moins de fe détourner. Corn- me icy ie fuppofc que le vent occidental, ayant pris fon cours entre G & P, a contraint l’Oriental de pafler par defious vers F, où il %fait tomber en rofée le brouillar qui y eftoit, puis a retenu au defiiis de Iby la nuë G, qui fe trouuaut preffée entre ces deux vens, eft deuenuë fort plate & eftenduëi Et les petits pelotons de glace qui ont efté en là fuperficie, tant du defiiis, que du defious, com- me aufly en celle du defious delanoë P, ont dû s’yarren* ger en telle forte que chafoun en aitfix autres qui l'enui- ronneut. car on ne fçauroit imaginer aucune raifonquî les en ait einpcichcs, & naturellement tous les cors rons & efgaus, qui font meus en vn mefme plan, par vne force affés femblable s'arrangent en cete forte ainfi que vous pourresvoirparexperience.cn iettant confufement vn çang ou deux de perles rondes toutes défilées. fur vne aflîette, & les esbranflant, ou foufflant feulement vn peu decontrcaffin quelles s’approchent lesvnes des autres. Mais notés, que ie ne parle icy que des fuperficies du deflbus ou du deflus, & non point de celles des collés, a caufe que l'inefgale quantité" de matière, que les vens peuuent pouffer decontre a chafque moment, ou en ofter, rend ordinairement la figure de leur circuit fort irreguliere & inefgale. Ien’aioufte point au ffy, que les petits noeus de glace, qui compofènt le dedans de la nue G, fe doiuentarrenger en mefme façon que ceux des fu- perficiès, a caufe que ce n’eft pas vne ebofe du tout fi manifefte. Maisie defire que vous confideriés encore ceux, qui fe pçuuent aller arefter au deflbus d'elle, apres qu’elle eft toute formée. car fi, pendant qu'elle demeure fufpeoduë eu l’elpace G, il fort quelques vapeurs des eu- - droits de la terre qui font vers A, lesquelles fe refroidif- fantenl’airpeuapeufeconuertiireuten petitsnoeus de glace, que le ventchafle vers L, il n’y a point de doute que ces noeus s'y doiuent arrenger en telle forte que chalcun d’eux loit enuironné de fix autres.quile preflent efgalement, &foieut en mefme plan; Sc ainfi compofçr ' premièrement comme vne feuille qui s’eftende fous la fuperficie de cete nuë, puis encore vne autre feuille qui s’ellende fous celle cy, & ainfi encore d’autres, autant qu'il y aura de matière. Et de plus il fout remarquer, que le vent, qui pafle entfela terre & cete nuë,agiflantauec Dd 3 * ' plus 4 ..

m gp >' ►» / f * i. * plus de force contre la plus baffe de ces feuilles que con- tre celle qui eft immédiatement au defTus, & auec plus de force contre celle cy que contre celle qui eft encore au defTus, & ainfi de fuite, les peut entraifncr, & faire mouuoir feparement l'vne de l’autre, & polir par ce mo- * yenleurs fuperficies, en rabatant des deux cofte's les pe- tis poils qui font autour des pelotons dont elles font # composes. Et mefme il peut faire gliffervne partie de ces feuilles hors du deffous de ccte nue G, & les tranf- * porter au delà, comme vers N, où elles en compofont vncnouueile. Et encore que ien’àycicy parlé que des parcelles de glace qui font èntaffées en forme de pcti«i. * . noeuds ou pelotons, le mefme fe peut ayferaentaufly en- tendre des gouttes d’eau, pourvûque le vent ne foit point afTés fort pour faire quelles s’entrepou fient, ou- c bien qu’il y ait autour d*elles quelques exhalaifons, ou, comme il arriue fonuent, quelques vapeurs non encore.

', difpoü P Discours Cinouiesme. iif difpofées aprendre la forme de l’eau» qui les feparent. car autrement fi toft qu’elles le touchent elles s’aflem- blent plufietfrs en vne, &ainfideuiénent fi grofles& fi pcfantes, qu’elles font contraintes de tomber en pluie.

Au refte ce que iay tantoft dit,que la figure du circuit de chafquenuëeft ordinairement fort irreguliere & in- cfgale, ne fe doit entendre que de celles qui occupent moins d’efpace en hauteur & en largeur que les vens qui les enuironnent. Car il fe trouue quelquefois fi grande abondance de vapeurs en l'endroit où deux ou plufieurs vens fe rencontrent.quelles contraignent ces vcns de tournoyer autour d’elles au lieu de pafier au defius on au deffous, & ainfi qu’elles forment vne nuë extrordinai- rement grande, qui eftant efgalement preflëe de tous codés par ces vens, deuient toute ronde & fortvnie en fon circuit. Etmefme qui lorfque ces vens font un peu chauds, ou bien qu’elle cft expofée a la chaleur du Soleil, y acquert comme vncefcorfe ou vne croufte de plufieurs parcelles de glace jointes *enfemble, qui peut deuenir alTcs grofle & elpaifle fans que là pelànteur la fa- ce tomber, a caufe que tout le rettc de la nuë U fouftient.

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DE 'JF ■%..

DELA NEIGE, DELA PLVIE, # ET DE LA GRESLE., ‘Di/cours Sixième.

IL y a plufieurs chofes qui empefchent communé- ment que les nues ne defcencîerft incontinent apre's eftre forme'es. Car premièrement les parcelles déglacé ou les gouttes d'eau dont elles font compofcéf, eftant fort petites, & par confequentayantbeaucoupde fuper- ficiearaifondelaquantite'de leur matière, la refiftence de l'air qu’elles aurdient adiuiferfî elles defcendoient, pèut ayfement auoir plas de force pour les en empefeher que n’en a leur pefânteur pour les y contraindre. Puis les vens, qui font d’ordinaire plus fors contre la terre où leur cors éft plus groflîcr qu’au haut de l’air où il eft plus fùbtiî, & qui pour cete caufe agiflent plus de bas en haut que de haut en bas, peuuent non feulement les foufte- nir, mais fouuent aulïy les faire monter au deflus de la région de l’air où elles fe trouuent. Et le mefme peu- uent encore les vapeurs qui fortant de la terre, ou venant de quelque autre coftd,font enflerTair qui eft fous elles; ouaufty lafeule chaleur de cet air qui chie dilatant les repouffèj ou la froideur de celuy qui eft au deflus qui en le referrant les attire; ou chofe s femblables. *Et particu- lièrement les parcelles de glace, eftant poulTees les vnes contre les autres parles vens, s’entretouchent fans s’vniç pour cela tout a fait, & compofent vn cors fi rare, fi Iegef, , & fi Discours Sixième. 117 &fieftendu, que s’il ny furuientde la chaleur qui fonde quelques vnes de fès parties & par ce moyen le conden- fe & l’appefantifle, il ne peut prefquc iamais defeendre iufqu’a terre. Mais comme il aefté dit cy deflus, que l’eau eft en quelque façon dilatée parle froid lorfqu’elle fegele, ainfi faut il icy remarquer, que la chaleur, quia coufturaede raréfier les autres cors, condenfe ordinai- rement eeluy des nues. Etcecyeftayfea expérimenter en la neige qui eft delà mefine matière dont elles font, excepté qu’elle eft défia plus condenfee. car on voir, qu'eftant mife en lieu chaud, elle fe referre & diminue beaucoup de grofleur, auant<ju’ilen forte aucune eau, ny qu'elle diminue de poids. Ce qui arriue d’autant,que les extrémités des parcelles déglacé, dont elle eft com- pofee,cftant plus deli ces quelerefte, fe fondent plutoft, &enfe fondant, c’eft a dire, en fe pjiant & deuenant comme viues& remuantes, a caufe de l'agitation de la matière fubtile qui le s enuironne, elles fe vont glifler & attacher contre les parcelles de glace voyfines, fans pour cela fe detacherde celles a qui elles font défia iointes, & ainfi les font approcher les vnes des autres. Mais pour- ce que les parcelles, qui côpofcntles nues, font ordinaixement plus loin a loin que celles qui compofent la nei- ge qui eft fur terre, elles ne peunent ainfi s’approcher de * quelques vnes de leurs voyfines fans s efloigner par mef- me moyen de quelques antres. Cequi fait, qu’ayant efté auparauent efgalement elparfes par l'air, elles fe diuifent apres en plufieurs petits tas ou floccons, qui deuienenc d autant plus gros, que les parties de la nuë ont efte' plus /errées, & que la chaleur eft plus lente. Et mefme lorf- — Ee que 2I8 Les Meteores.

que quelque vent, ou quelque dilatation de tout l’air qui eft au deffus de la nue ou autre telle caufc fait que les plus hauts de cesfloccons defèendent les premiers, ils s’attachent a ceux de deflou s qu'ils rencontrent en leur chemin, & ainfi les rendent plus gros. Apres quoy la chaleur, en les condenfant& les appefantiffant déplus en plus, peutayfement les faire defcendre iufque a ter- re. Et lors qu’ils y defcendent ainfi fans eftre fondus tout a fait, ils compolènt de la neige.; mais fi l’air, par où ils paffent, eft fi chaud qu’il les fonde, ainfi qu’il eft tou- fiours pendant l eftd', & fort fouuent auffy aux autres fai- fonsen noftre climat, ils fe conuerti fient en pluie. Et il arriue aufly quelquefois, qu’apres eftre ainfi fondus ou prefque fondus, il furuient quelque vent froid qui les ge- lant derechef en fait de la grefle.

Or cete grefle peut eftre de pluficurs fortes. Car pre- mieremêtfileventfroitquila caufe rencôtre des gout- tes d’eau défi* formées, il en fait des grains de glace tons tranfparens& tous ronds, excepte qu'il les rend quel- quefois vn peu plats du cofte qu’il les pouffe. Ets’il ren- contre des floccons de neige prefque fondus,maisqui ne foient point encore arondis en gouttes d'eau, alors il en tait cete grefle cornue, & de diuerfes figures irregulie- « res, dont quelquefois les grains fc trouuent fort gros, a caufe qu’ils font formes par vn vent froid, qui chaffant la nue de haut en bas, pouffe plufieurs de fes floccons l’vn contre l’autre,& les’ gele tous en vne maffe. Et il eft icy a remarquer, que lorfque ce vent approche de ces floc- cons qui fe fondent, il fait que la chaleur de l'air qui les enuironne, c’eft a dire, la matière fubtile la plus agitée 8c Discours Sixiesme. np &la moins iubtile qni foit en cct air, fe retire dans leurs pores, a caufe qu’il ne les peut pas du tout (i toft péné- trer. Enmefme façon que fur terre quelquefois, lorf- qu’ilarriue tanta coup vn vent ou vne pluie qui rafroidift l'air de dehors, il entre plus de chaleur qu’auparauant dans les maifoas. Et la chaleur, qui eft dans les pores de ces floccons, Ce tient plutoft vers leurs fuperficies que vers leurs centres, d'autant que la raatiere fubtile, qui la caufe, y peut mieux continuer fes mouuemens: & là elle les fond de plus en plus vn peu deuant qu’ils com- mencent derechef a Ce geler: & mefme les plus üquides, c'eft a dire, les plus agitées de leurs parties qui fe trou- uent ailleurs, tendent aufTy verslà;au lieu que celles, qui n’ont pas loyfir de Ce fondre, demeurent au centre, d’où vient que le dehors de chafque grain de cete grefle, ^ftant ordinairement compofé d’vne glace continue & tranlparente, il y a dans le milieu vn peu de neige, ainfi que vous pourrc's voir en les caftant. Et pourcequ’elle ne tombe quafiiaraais qu’en efte, cecy vous aflurera, que les nuëspeuuenteftre pour lors composes de par- celles de glace aufly bien que l'hyuer. Mais la raifon qui empefehe qu'il ne peut gueres tomber en hyuer de telle grefle, au moins dont les grains foientvn peu gros, eft qu’il n’arriuc gueres afles de chaleur iufques aux nues pour cet effed:, finon lorfqu’efles font fl bafles, que leur matière eftant fondue, ou prefque fondue, n’auroit pas letemsdefe geler derechef, auantque d’eftre defeen- due iufques a terre. Que fi la neigen’eft point encore fi. fondue, mais feulement vn peu refchauffce & ramollie, lorfque le vent froid,qui la conuertift en grefle, fiiruient, l Ee 2 elle 2xo Les Meteores.

elle ne fe rend point du tout tranfparente, mais demeure- blanche comme dufucre. Et fi iesfloccons de cete net* ge font aflfës petis, comme de la grofleur d’vn pois ou au deflous, chafcunfeconuertiften vn grain de grefle qui eft afles rond. Mais s'ils font plus gros, iis fe fendent & fcdiuifent en plufieurs grains tous pointus en forme de pyramides. Car la chaleur, qui fe retire dans les pores de ces floccons au moment qu’vn vent froid commence aies enuirouner,condcnfe& referre toutes leurs parties, en tirant de leurs circonférences vers leurs centres, ce qui [es fait deuenir aflfds ronds; & le froid, les pénétrant aufly toft apres, &: les gelant, les rend beaucoup plus durs que n’eft la neige. Et poureeque lorfqu’ils font vn peu gros, la chaleur qu'ils ont au dedans continue en- core de faire que leurs parties intérieures fo refêrrent & fe condenfent, en tirant toufiours vers le centre, apré» que les extérieures font tellemct durcies &engeldes par le froid qu’elles ne les peuuent fuiure; il eft neceflaire qu'ils fr fendent en dedans, fuiuant des plans ou lignes droites qui tendent vers le centre, & que leurs fentes' s’augmentant de plus en plus a mefure que le froid péné- tré plus auant, enfin ils s’efr latent & fcdiuifent en plufieurs pièces pointues,qui font autant de grainsde grefle. le ne détermine point en combien de tels grains cliafcun fe peut diuifer, mais il me fomble que pour l’ordinaire ce doit eftre en 8 pour le moins, & qu’ils fo peuuent aufly peuteftre diuifcr en douze ou ao ou 14, mais encore mieux en trente deux, ou mefme en beaucoup plus grand nombre, folon qu’ils font plus gros, &d’vne neige plusfubtile, & que le froid, qui lesconuertift en grefle, . jt. eft: Discours Sixiesme. zn eft plus af{)re & vient plus a coup. Et ï’ay oblêrué' plus dVnefois;detellegrcfle,dont les grains auoient a peu près la figure des fcgmens d’vne boule diuifce en huit parties efgales par trois fedions qui s'entrccouppent au centre a angles droits. Puis i'en ay aufly obferué d'au- tres, qui eftans plus longs & phis petis, fembloient cftfe enuiron le quart de ceux là, bienque leurs querrcs, s’eftant èmouflèes & arondies en fe referrant, ils euflent quafi la figure d’vn pain de fucre. Et i’ay obferué’ aufly, que deuant ou après, ou mefmc parmi ces |grains de gre- fle, il en tomboit communément quelques autres qui eftoient rons.