Mais les diuerfes figures de cete grefle n'ont encore rien de curieux ny de remarquable, a comparaifon de celles de laneige qui fe fait de ces petis noeuds ou pelo- tons de glace arrenge'spar le vent en forme de feuilles, en la façon que i’ay tantoft deferite. Carlorfque la cha- leur commence a fondre les petis poils de ces feuilles, elle abat premièrement ceux du deifiis & du deflous, a caufe que ce font les plus expofés a fon adion, & fait que le peu de liqueur qui en fort, fe refpaud fur leurs fuperfi- cies^où il remplift aufly toft les petites inefgalités qui s’ytrouuent, &ainfi les rend aufly plates & polies que font celles des cors liquides, nonobftant qu’il s’y regele tout aufly toft, a caufe que fila chaleur n’eft point plus grande qu’il eft befoin pour faire que ces petis poils, eftant enuironnès d’air tout autour, fe degelcnt,fims qu’il fe fonde rien d’auantagej elle ne l’eft pas affés pour em- pefeher que leur matière ne fe regele, quand elleeft for ces fuperficies qui font de glace. Après cela cete chè- Ee 3. leur.- 2U Les M eteores.
leur ramoliflant& flefchiflaut auffy les petits poils qui refteut autour de chafque noeud dans le circuit où il eft enuironnc'de fix autres femblablesa luy, elle fait que sqcux de ces poils, qui font les plus efloignes des fix noeuds voyfins, feplians indifféremment ça &là,fe vont tousioindreaceuxquifontvisa vis de ces fix noeuds* car ceuxcy eft ans rafroidis par la proximité de ces neuds, ne peuuent le fondre, mais tout au contraire font geler derechef la matière des autres, fitoft quelle eft mefiee parmi la leur. Au moyen dequoy il fe forme fix pointes ou rayons autour de chafque noeud, qui peuuent auoir diverfes figures félon que les noeuds font plus ou moins gros & prelTés, & leurs poils plus ou moins fors &longs, & la chaleur qui les affemble plus ou moins lente & modérée, & félon auffy que le vent qui accompaigne ce- te thaleur, fi au moins elle eft accompaignée de quelque ****** #***# vent, eft plus ou moins fort. Et ainfï la face extérieure de la nue, qui cftoit auparauant telle qu'on voir vers Z : ou Discours Sixiesme. iz$ ou vers M,deuient par après telle qu’on voit versO ou vers Q., & chafcune des parcelles de glace, dont elle eft compofeé, a la figure d'vne petite rofe où eftoile fort bien taillée. * • Mais aÆn que vous ne penfie's pas que ie n'en parle que par opinion, ie vous veux faire icy le rapport d'vne obferuationquei’enayfaitel’hyuerpaird 163 j\ Lequa- triefmede Feurier, l'air ayant efteauparauant extrême- ment froid, il tomba le loir a Amfterdam,où i’eftois pour lors, vn peu de verglas, c’eft a dire, de pluie qui fe geloit en arriuant contre la terre, & apres il fuiuit vne grefle fort menue, dont ie iugay que les grains qui n’eftoient qu’a peu près de la grofleur qu'ils font reprefentés vers H, eftoient des gouttes de la mefme pluie qui s’eftoient gelées au haut de l’air. Toutefois au lieu d'eftre exacte- ment rons comme fans doute ces gouttes auoient efte', ils auoient vn colle' notablement plus plat que lautre,ea forte qu’ilsreflembloient prefque en figure la partie de noftre œil qu'on nomme l'humeur criftaline. D'où ie connu que le vent, epi eftoit lors très grand & très froid, auoit eu la force de changer ainfi la figure de» gouttes en les gelant» Mais ce qui m'eftonna le plus de tout, fut qu’entre ceux de ces grains, qui tombèrent les- derniers, i’en remarquay quelques vns qui auoient au- tour de foyfix petites dens, ferablables a celles des ro- ues des horologes^ ainfi que vous voyës vers I. Et ces dens eftant fort blanches, comme du fucre, au lieu que les grains, qui eftoient de glace tranfparente,fembloient prefque noirs, elles paroiffoient manifeftement eftre fai- tes d'vne neige fort fubtilë qui s’eftoit attachée autour ïk*N ~ d'eux- Les Meteores.
Jr «J *24 ★ ***- ##*# » # # m # ««**« »»99 ***** d’eux depuis qu'ils eftoient formes, ainfi que s’attache U gelée blanche autour des plantes. Et ie connu cecy d’au- tant plus clairement de ce que tout a lafini’enrencon- trayvn ou deux qui auoient autour de foy plufieurs pe- tits poils (ans nombre, -compotes d’voe neige plus pale & plus fubtile que celle des petites dens qui eftoient au- tour des autres, en forte qu'elle luy pouuoit eftre com- parée en melïne façon que la cedÉre non foulée, dont fo couurent les charbons en fo confumant, a celle qui eft recuite & entaflée dans le fuier. Seulement auois-je de la peine aimaginer qui pouuoit auoir formé & compaf- féfi iuftement ces fîx dens autour de chafque grain dans le milieu d'vn air libre & pendant l'agitation d’vn fort grand vent, iufques a ce qu’enfinie-conlîderay, que ce vent auoit pu facilement emporter quelques vos de ces grains au deflous ou au delà de quelque nue, & les y fou- ftenir, a caufe qu’ils eftoient allés petits; & que là ils qimifnr deu s’arrenger en telle forte, que chafcun d’eux - fuft Discours Sixiesme. aay fuft enuironnéde fix autres fitués en vn mefmepUn, fui- uant l’ordre ordinaire de la nature. Ep.de plus qu’il eftoit bien vrayferablable, que la chaleur, qui auoit deu cftre vn peu auparauant au haut de l’air, pour caufcr la pluie que'i'auoisoblernée • y auoit auEy efmcu quelques va- peurs que ce mefme vent auoit chaînées contre ces grains, où elles s’eftoient gelées en forme de petits poils fort déliés, fit auoient mefme peuteftrc ayde a les foufte* nir: en forte qu'ils auoient pû facilement demeurer là fufpetidus, iufques a ce qu’il fuit derechef furuenu quel* -que chaleur. Et que cete chaleur fondant d’abbord tous . les poils, qui eftoient autour de chafque grain; excepté ceux quis’eftoienttrouucsvis a vis du milieu de quel- qo’vndês fix autres grains qui l’enaironnoienr, a caufe que leur froideur auoit empefchéfona&ion; la matière de ces poils fondus s'eftoit méfiée aufly tnft, parmi les lix ms de ceux qui eftoient demeurés; fie les ayant parce ♦ moyen fortifiés & rendus d’au tant ‘moi ns penetrables a la chaleur, elle s'eftoit gelée parmi eux, fie ils auoient ainficompoiccesfixdens. Au lieu que les poils fans nombre que i'auois vû autour de quelques vns des der-. J niers grains qui eftoient tombeà, n'auoieot point du tout eftcattâins parceté chaleur. Le lendemain matin furies huit heures iobforoay encore v ne autre forte de grefle, ou plutoft deneige, dont ic n’auois jamais ouy parler.
C'cftoient de petites lames de glace toutes plates, fort polies, fort traofparentes, enuiron de l’efpaifTeur d'vne feuilfe d'afTcs gros papier, 6c de la grandeurquelles fe voyent vers K, mais fi parfaitement taillées en hexago- nes, fit dont les fix coftés eftoient fi droits, & les fi* an- ’ Ff gles * ' " * * N > T • N 2t6 Les Mbteores.
-gles fi efg aux, qu'il eft impoffible aux hommes de rien faire de fi exaâ. Ic vis bien incontinent que ces lames auoientdeu eftre premièrement de petits pelotons de glace, arranges comme i’aytantoft dit, &prefTés par vn vent très fort, accompagné d’aflesde chaleur, en forte que cete chaleur auoit fondu tous leurs poils, & auoit tel- lement rempli tous leurs pores de l’humidité’ qui en eftoit fortie, que de blancs, qu’ils auoient eftd aupara- vant, ils eftoient deuenustranfparens; & que ce vent les auoit a mefme tems fi fort prefles les vns contre les au- tres, qu’il n’eftoit demeure' aucun efpace entre deux, & qu’il auoit auflyapplani leurs fuperficies eu pafiant par defiiis & par défions, & ainfi leur auoit iuftement donne' la figure de ces lames. Seulement reftoit il vu peu de difficulté", en ce que ces pelotons de glace ayant cfte'ainfi demi fondus, & a mefme tems preflVs l’vn contre l’autre, ils ne s’eftoient point collas enfèmble pour cela, mais eftoient demeures tous fepares..Car quoy que i’y prifie garde expreflement, ie n’en pu iamais rencontrer deux qui tinfent l’vn a l’autre. Mais ie me fatisfis bientoftià defliis, en confiderant de quelle façon le vent agite tou- fiours, & fait plier fucceflSuement toutes les parties de la fuperficie del’eau,-ep coulant par defius,fàns la rendre pour cela rude ou inefgale. Car ie connu de là qu’in- falliblement il fait plier & ondoyer eu mefme forte les fuperficies des nues y &qoy remuant continuellement chafque parcelle de glace, vn peu autrement que fès yny fines, il ne leur permet pas de fe coller cnfemblâ tout a fait, encore qu’il ne les defarrenge point pour cela, &ç qu'il ne laifie pas cependant d'applanit & de polir leurs ■.'i l * petites Discours Sixiesme^ 217 H **** *** * * :****** ° K ♦ <fi * *f ####, # # # $ 0S0Q, Oôô o ooo ÿè*ë!w 1 ***** petites fuperficies: en mefme 4àçon qne nous voyons quelquefois qu'il pohft celle des ondes, qu*il fait en la poulîiere d’rne campaigne. Apré's cete nuë il en vint vne autre, qui neproduifoit que de petites rozes ou rou- es, a fix dens arondies en demis cercles, telles qu'on les voit vers Q, &qui eftoient toutes tranfparentes,& tou- tes plates, a peu près de mefme efpaifTeur que les lames qui auoient précédé', & les mieux taillées & compaflees, qu'il (bit poffible d'imaginer. Mefme i’apperceu au mi- lieu de quelques vnes vn point blanc fort petit, qu’on euft pu dire eftre la marque da pied du compas dout on s’eftoit fèrui pour les arondir. Mais il me fut ayfe' de iu- ger, qu’elles s'eftoient formées de la mefme façon que ces lames, excepté que le vent les ayant beaucoup moins ' preffëes, & la chaleur ayant peuteftre aûffy elle Vn peu, moindre, leurs pointes ne s’eftoient pas fondues tout a fait, mais feulement vn peu racourcies, & arondies par le bout en forme dçdens, Et pour le point blanc qui pa- . i Ff 4 roifloit roiflbit au milieu de quelques vues, ie ne doutois point qu’il ne procédait de ce que la chaleur, qui de blanches les auoit rendues tranfparentes, auoit eftc" li médiocre, quelle n’auoit pas du tout pénétré iufques a leur centre. 11 fuiuit apres pluficurs autres telles roués, iointes deux a deuxpar vuailîien, on plutoft, a caulè que du commen- cement ces aiffieux eftoient fort gros, on eult pû dire que c’eftoient autant de petites colomnes de criftal,dont chafque bout eftoitorne'd'vne rôle a fix feuilles vn peu plus large que leur baze. Mais il en tomba par après de plus déliés, & Ibuuent les rofes ou eftoiles qui eftoient a leurs extrémités -eftoient inefgales. Puis il en tomba anflyde plus cours, & escorede plus cours par degrés, iufques a cequ’enfin ces eftoiles fe ioignirent tout a fait, & il en tomba de doubles a douze pointes ou rayons a£ fés longs & parfaitement bien compaffés, aux vnes tous efgaux, & aux autres alternatiuementinefgaux, comme on les voit vers F & vers E. Et tout Cecy me donna oc- cafion de conlïderer, que les parcelles déglacé, qui font de deux dîners plans ou feuilles pofées l’vne fur l’autre dans les nues, fepeuuent attacher enfemble plus ayfe- ment, que celles d’vne mefme feuille, car bienque le vent, agiflànt d’ordinaire plus fort contre les plus bafles de ces feuilles que contre les plus hautes, les face mou- üoir vn peu plus vifte, ainfi qu’il a efté tantoft remarque': neanmoins il peut aufty quelquefois agir contre elles d’efgale force, "& les faire ondoyer de mefme façon; principalement lorfqu'il nyenaque deux ou trois î’vne fur l’autre, &lors fe criblant par les enuirons des pelo- tons qui les coinpofent, il fait que ceux de ces pelotons, î.o'il? *. qui Discours Sixiesme.
qui fe correfpondent en diuerfes feuilles, fc tienent tou- fiours comme immobiles vis a vis les vns des autres, nonobftant l'agitation & ondoyement de ces feuilles, a caille que par ce moyen le paflageluy eftplusayfc. Et cependft t la chaleur, n’eftant pas moins empefehee par la proximité des pelotons de deux diverfes feuilles, de fondre ceux de leurs poils quilbregardent, que par la proximité de ceux d’ vne mefme, ne fond que les autres poils d’alentour, quifemeflans auflytoft parmi ceux qui demeurent, & sy' regelant, compofent les ailEeux ou co- lomnes qui joignent ces petits pelotons, au mefme tems qu’ils fe changent en rozes ou en eftoiles. Et ie ne m’e- ftonnay point delagrofleur, que i’auois remarquéeau commencement en ces colonmes, encore que ie cqn- nufle bien que la matière des petits poils, qui auoient efte' autour de deux pelotons, n’auoitpA fuffire pour les com- . pofcr: car ic penlây qu'il y auoit eu peuteftre quatre ou cinq feuilles l'vne fur l’autre, &quela chaleur ayant agi plus fort contre les deuxou trois du milieu, que contre la première & la derniere,à caufe qt#elles eftoienc moins expofées au vent, auoit prefque entièrement fondu les pelotons qui les compofoient, & en auoit formé ces co- lomnes. le ne m eftonnay point non plus, de voir fouuent deux eftoiles d’inefgale grandeur iointcsenfemblc, car prenant garde, que les rayons de la plus grande eftoient touffeurs pluslongs & plus pointus que ceux de l’autre, ie iugeois que la caufe en eftoit, que la chaleur ayant eftéplus forte autour de la plus petite que de l’autre, * auoit d’auantage fondu & eraoufléles pointes de ces ra- yons: oubien que cete plus petite pouuoic aufly auoir Ff 3 cft<f ajô Les Meteores?
eftécompofeé d'vn peloton de glace pins petit? Enfin’ ie ne in’eftonnay point de ces eftoiles doubles a douze rayons, qui tombèrent après, car ie iugay quechafcune * auoit elle compofée de deux fimplesa fi x rayons}- par U chaleur qui cftant plus forte entre les deux feuilles où el- » les eftoient qu’au dehors, auoit entièrement fondu les petits filets de glace qui les conioignoient, & ainfyles auoit collées enfemble* Comme aufly elle auoit accour-’ cy ceux qui conioignoient les autres, qne i’auois vù tomber immédiatement auparauant. Or entre plufieurs miliers de ces petites eftoiles queie confideray ce iour _ là.quoy que i’yprifle garde expreflemêtjie n’en pûiamais remarquer aucune qui euftplus ou moins de fix rayons, excepte' vn fort petit nombre de ces doubles qui en auoient douze, & quatre ou cinq autres qui eHauoiént huit. Et celles cy n’eftoient pas exactement rondes,ain- fy que toutes les autres, mais vn peu en ouale, & entière- ment telles qu’on les peut voir versO. d’où ieiugay qu’el- les s’eftoient formées en la conionétion des extrémités de deux feuilles, qdl le vent auoit pouffées l’vne contre rautreaumefmctems que la chaleur conucrtifloit leurs petits pelotons en eftoiles. car elles auoient exactement la figure que cela doit caufèr. Et cete conion&ion, le faifant fùiuant vne ligne toute droite, ne peut eftre tant empefehéepar l’ondoyement que caufentlcs venr,que . celle des parcelles d’vne mefrne feuilleroutre que la chaleur peut aufly eftré1 plus grande entre les bords de ces feuilles, quand elles s’approchent l* vne de rautre,qu’auz autres lieux, ôc cete chaleur ayant a demi fondu les par- • • celles de glace qui y fout, le froid qui luy fuccede au nfo- - ' ' ment Di sc oo rs Six ie s me. 2ji ment qu'elles commencent a le toucher les peutayfe- ment coller enfèmble. Au refte outre les eftoiles dont i ay parle" iufqucs icy qui eftoient tranfparentes, il en tomba vne infinité d'autres ce iour là qui eftoient toutes branches comme du fucre,& dont quelques vnes auoient • a peu près mefme figure que les tranfparentes, mais la plus part auoient leurs rayons plus pointus, & plus déliés, & fouucnt diuifés, tantoft en trois branches, dont les deux des cofte's eftoient repliées en dehors de part, & d'autre & celle du milieu demeuroit droite, en forte qu*elles reprefentoient Vue fleur de lis, comme on peut voir versR; &tantoft enplufieurs, qui reprefentoient des plumes, ou des feuilles de fougere, ouchofes fèm- blables. Et il tomboit aufly parmi ces eftoiles ptofieurs autres parcelles de glace en forme de filets, & fans autre figure déterminée. Dont toutes les caufes font ayfe'es a entendre, carpourla blancheur de ces eftoiles, elle ne procedoit que de ce que la chaleur n'auoit point pénétré" iufques au fois de leur matière, ainfi qu’il eftoit mnnife- fte de ce que toutes celles qui eftoiët fort minces eftoiêt tranfparentes. Et fi quelque fois les rayons des blanches, n'eftoient pas moins cours & moufles que ceux des tranf.
parentes, ce n’eftbit pas qu’ils fe fuflent autant fondus a la chaleur, mais qu’ils auoient eft é d’auantage prefTés par les vens: & communément ils eftoient plus longs & poin- tus, a caufe qu’ils s’eftoient moins fbnduSj Et lorfque ces royous eftoient diuifés en plufieurs branches, c’eftoic que la chaleur auoit abandonne" les petits poils qui les compofoient, fitoft qu’ils auoient commence' a s’appn> cher les vns des autres pour s’aflembler } Et lors qu ils Lv ' ' ‘ ‘ * eftoient.
c (Voient feulement diuifcs en trois branches, c'eftoit qu'elle les auoit abandonnes vn peu plus tardjEt les deux branches des codés fè replioient de part & d’autre en de- hors lorfque cete chaleur feretiroit, à caufè que la pro- ximité' de la branche du milieu les rendoit incontinent plus froides, & moins flexibles de fon code, cequifor- moit chafque rayon en fleur de lis. Et les parcelles dé- glace quin’auoicnt aucune figure déterminée, m’aflîi- roient que toutes les nues n’efloiët pas compofees de pe- tits noeus ou pelotons, mais qu’il y en auoit aufly qui n’e* lVoicnt faites que de filets confufement entremeflés. Pour la caufe qui faifoit defeendre ces edoiies, la violen- ce du vent qui continua tout ce iour là me la rendoit fort manife Ae,car ie iugeois qu’il pouuoit ayfèment les defiuv renger & rompre les feuilles quelles compofoient, aprefc les auoir faites,- & que fitod quelles edoient ainfy defar- rengées,penchant quelquun de leurs codés vers la terre, elles pouuoient facilement fendre l'air, a caulê quelles edoient toutes plates, & fc trouuoient affés pelantes pour defeendre. Mais s’il tombe quelquefois de ces edoiies en tems calme, c'ed que l’air de defious en fe re- feront attire afby toute la nuë, ou que ccluy de deflos en ledilatantla poufleenbas, & par mefine moyen les delàrrenge. d’où vient que pour lors elles outcouflume- d'edre fuiuies de plus de neige. cëqui n’arriua point ce iour là. Le matin fuiuant il tomba des floccons de neige, qui fembloient edre compolc's d’vn nombre infini de fort petites edoiies iointes enfemble: toutefoisenyre- gardant de plus prés ie trouuay que celles du dedans n’e- ftoient pas fi régulièrement formées que celles du défi- ' fus, & Discours Sjxiesme. 233 (iis, & qu’elles poyu.oientayfement procéder de la diA (clution d’vne noë femblâblç.a celle qui a eftë cy deflus marquée G. Puis cete neige ayant celle, vn vent fubit ^ové*« çja forme dorage fittomber vnpeu de grefle blanche, deiapage fort longue, &menqë, dont chafquc grain auoit lafïgu- z1*- rc a va pain de fucre. & l'air deuenant clair & fereintout àufly toft, ieiugayqqe cete grefle s'eft oit formée de la plus haute partie des nues, dont la neige eftoit fort fub- tfle, & compose de filets fort delids, en la façon que i’ay tantoft deferite. Enfin a trois iours delà, voyait tomber de la neige toute compofce de péçits noeuds ou pelotons enuirorinés jd'vfl grand nombre de poils cntremcllds 8c qui n'auoient audune forme d’eftoiles, ie me confirma èn la creaûce de tout ceque i’auois imagine' touchant cete matière.
Pourles.nuësqui nefont compofe'es que de gouttes d*eaü,iieft ayfé a entendre de ce que iay dit comment elles delcendent en pluie: àfçauoir, ou par leur propre pefimtéur, lorfque leurs gouttes le trouuent afles gref- fes; ou pareeque l’air qui eft délions en fe rcdrant,ou ce- • luy qui eft deflus cnlespreflant, jeur donnent occafion des’abaifler^ou p^reeque plufîeurs de ces caufes con- courent enlemble* Etc’eftqugna l’airdudeflous fc re- tire,' que fe fait la pluie la plus menue qui puitfe eftrë, car mcfme elle eft idors quelquefois fi menue, qu’on ne "quand Ianuë nesabaifle qu’a caufe qu’elle eft preflcc par l’air du deflus, car ies plus hautes de fes gouttes def- cçndandes ^remi^.s, en rençonçrent^d’autres qui les C. g grof- J* - 234 Les Meteores.
groffiflent. Et de plus iay vû quelquefois en ellé, pen- dant vntems calme accompagne d’vne chaleur pelante & elloufante, qu’il comméncoft a tomber de telle pluie, auantmefme qu’il euft paru aucune nuë. dont la caufe elloit qu’y ayant en l’air beaucoup de vapeurs, qui fans doute elloient preflees par les vens des autres lieux, ain- fi que le calme & la pefanteur de l'air le tefraoignoient, les gouttes en qooy ces vapeurs fc.conuertilToïent de- uenoient fort grolTes en tombant, &tomboient a mefu- re qu’ellcs'feformoient.
Pour les brouillars, Iorfquela terre en fe refroidiiïant, & l’air qui eft dans lès pores lè referranr, leilt donne mo- yen de s’abailfer, ilsfc conufertiflfent en rozée s’ils font compofés de gouttes d’eau, & en bruine ou gelée blan- che s'il; font compofés de vapeurs défia gelées, ou plu- toft qui fe gèlent a mefurc qu'elles touchent la terre. Et cecyarriue principalement la nuit ou le matin, a caufe que c’ell le tems que la terre en s’efloignant du foleil fe refroidifl.Mais le vent abat aufly fort fouuent les brouil- las, en furuenant aux lieux ou ils font: & mcfme il peut tranfporter leur matière, & en faire de là rozée on’ de la gelée blanche, en ceuxou ils h’bntpoirit'efté apér- ceus: & on voit alors que cetc gelée ne s’attache aux plantes, que fur les collés que le vent touche.
Pour le ferein, qui ne tombe Jamais que le foir,& ne fe connoift que par les reumes & les maux de telle qu’il caufe en quelques contrées, il rie confille qu’en certai- nes cxhalaifonsfubtiles & pénétrantes, qui ellant plus fi- xes que les vapeurs, ne s’efleuêt qu’aux païs alTés chauds & aux beaux iours, & qui retombent tout aufly toft que la 1 Discours Sixième. 237 la chaleur du foleilles abandonne, d'ou vient qu’il a di- uerfes qualités endiuers pais, & qu’il eft rnefme in- connu en plufieurs, félonies différences des terres d’ou fortent ces exhalaifons. Et ie ne dis pas qu'il ne foit fou- upnt a ccoinpagné de la rozce, qui commence a tomber des le loir, mais bien que ce n'eft nullement elle qui cau- fe les maux dont on l'accufe. Ce font auffy des exhalai- fons qui compofent la manne, & [es autres tels fucs, qui defcendent de l’air pendant la nuitj car pour les vapeurs, efles ne Içauroient /échanger en autre cho/ê qu’en eau ou en glace. Et ces fucs non feulement font diuers en diuers païs, mais auffy quelques vns ne s’attachent qu’a certains cors, a cau/ê que leurs parties font fans doute de telle figure, qu’elles n'ont pas affes de pri/e contre les autres pour s’y arefter.
Que fi la roze'e ne tombe point, & qu'on voye au ma- tin les brouillas s'elleuercnhaut, &laifler la terre toute effuicé, c'eft ligne de pluie. car cela n’arriue gueresque lorfque la terre, ne s'eftant point a/Tés refroidie la nuit, oueftant extrordinairement e/chauffée le matin, pro- duift quantité de vapeurs, qui repouffant ces brouillas vers le ciel font que leurs gouttes en Ce rencontrant Ce grofliflent, & fê difpofent a tomber en pluie bientoft apres. C’eft auffy vn ligne de pluie de voir que noftre air eftant fort charge" de nues, le foleil ne laifle pas de paroiftre afles clair dés le matin, car c’eft adiré qu’il n’y a point d’autres nues en l'air vpyfin du noftre vers l’Orient, qui empefehent, que/a chaleur du foleil ne condenfe celles qui font au deffus de nous, & mefinc auffy quelle n’eüeuedc uouuelles vapeurs de noltre G g 2 • terre ■ 1 » ' Les' Météores.
terre qui les augmente: Mais cete